La bataille du Mount Kimbie

MUSIQUES | Quoi de plus beau que la métamorphose d'une chenille en papillon ? Celle de Mount Kimbie, duo d'avant-gardistes de la bass music devenu paire d'orfèvres pop. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 28 novembre 2013

La présence d'une personne de forte corpulence sur la pochette d'un disque n'est jamais anodine. Le petit grassouillet qui roule des mécaniques sur You've Come a Long Way, Baby, l'enregistrement le plus rentable de Fatboy Slim ? L'assurance d'en prendre plein la (smiley) face. Le moustachu à bourrelets qui prend la pose, nu, sur le Hefty Nine du Bloodhound Gang ? La promesse d'une bonne tranche de rigolade subabdominale.

Pour son premier album, Crooks & Lovers, le duo anglais Mount Kimbie a lui jeté son dévolu sur une black en jogging écarlate dont le postérieur n'a rien à envier, question circonférence, à celui de The Watermelon Woman (La Femme Pastèque), une habituée des pages de Playboy qui, forte d'un tour de hanches de 120 cm, règne sur le pays des gros popotins, le Brésil. Signe qu'à son écoute nous allions littéralement nous remuer les fesses ? Loupé. Car la black en question s'éloigne nonchalamment de l'objectif, comme Dominic Maker et Kai Campos ont pris leur distance avec le dubstep pour mieux renouveler, à renforts de réverbérations à basse fréquence, de mélodies sous-marines et de fragments sonores d'une stimulante disparité (onomatopées filtrées, glissements de doigts sur des cordes de nylon, bruissements industriels...), cette dance music pour canapé dont le label Warp s'est fait une spécialité.

Le Roi de la montagne

Attentif à de telles perturbations de l'espace-temps musical, c'est lui qui a publié cet été le successeur de ce coup d'essai en forme de coup de maître : Cold Spring Fault Less Youth. Un disque pas moins fourmillant et pas moins flegmatique, mais qui voit ces cousins germains de Burial (comme les siens, leurs morceaux ont la densité d'un smog automnal) et dignes héritiers d'Amon Tobin (avec lequel ils partagent une passion pour les field recordings, qu'ils combinent à des samples et de "vraies" lignes de basse, de batterie et de guitare) se fermer un peu plus les portes des clubs, qu'ils avouent d'ailleurs peu fréquenter, pour mieux se pencher à la fenêtre de la pop.

Au risque de laisser échapper, dans le cas de Campos, un chant à peine moins spectral que celui de James Blake. C'est toutefois un autre crooner sachant murmurer à l'oreille des machines qui les rejoint à deux reprises sur l'album: King Krule, dont la voix de petite frappe mal dans sa peau tachetée ne pouvait trouver meilleur accompagnement que ces instrumentaux profondément euphoniques. Au Sucre, où ils résonneront ce mardi, le roi ne sera pas de la party. La montagne en revanche, devrait y être aussi belle que dans la chanson de Jean Ferrat.

Mount Kimbie
Au Sucre, mardi 10 décembre


Mount Kimbie


Le Sucre 49-50 quai Rambaud Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le magicien d'OOZ

Grand Mix | Quatre ans après le disque qui l'a révélé sous l'alias King Krule, le jeune Archy Marshall revient avec le magistral The OOZ. Mais comme on revient d'entre les morts : à la fois embaumé, momifié, et dans tous ses états (musicaux).

Stéphane Duchêne | Mardi 28 novembre 2017

Le magicien d'OOZ

« Y-a- t- il quelqu'un ici ? » chante King Krule sur The OOZ, morceau-titre de son dernier disque. Plus loin : « Je ne sais pas pourquoi je te cherche (...) Pouvons-nous nous rencontrer ici / jusqu'à la fin des temps. » D'emblée, King Krule fait ainsi penser à l'un de ces personnages qui émergent d'un long coma, ou d'une bonne cuite, après que la fin du monde a eu lieu sans eux – dans le cas de King Krule, après que la gloire lui a tourné la tête jusqu'au vertige. Les voilà alors errant dans un monde vidé de sa substance, abandonné aux morts par les vivants et peuplé de créatures hostiles prêtes à vous sauter à la gorge. Bref, un monde cul par dessus-tête, en miroir comme le titre de cet album, lecture inversée du Zoo de Zoo Kid, précédent alias d'Archy Marshall – "oozing" signifie également "suintant". Si bien que King Krule fait à la fois office de dernier humain, de roi du dernier monde connu et de créature d'apocalypse, hostile à elle-même, dont on ne saurait où finit l'un et où commence l'autre. Comment le pourrait-on quand

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MUSIQUES | Chaque semaine à Lyon, on dénombre plus de soirées électro que d'occurrences du mot fuck dans une minute du Loup de Wall Street (soit pas moins de neuf). Histoire d'y voir plus clair, voici les habitués de notre rubrique Insomniaque qui affichent les line-ups de rentrée les plus excitants. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

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We Are Reality A l'heure où des scientifiques étudient sérieusement la possibilité que notre réalité ne soit qu'une simulation informatique, le Sucre s'impose avec ce rendez-vous bi-mensuel comme l'endroit où garder les pieds sur terre. Difficile en effet de faire plus concret que la techno promue par We Are Reality, dont le casting a cet automne, entre les retours du maestro Carl Craig (19 octobre, avec le cogneur britannique Boddika) et des figures de proue du Berghain (Ben Klock le 5 octobre, Marcel Dettman le 2 novembre), des airs de who's who. A ne pas manquer également, un détour house par la case Innervisions avec ses fondateurs, Dixon

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Krule world

MUSIQUES | Seul maître à bord du courant blue wave dont il est à la fois l’instigateur et le perpétrateur unique, Archy Marshall, physique de sauterelle à la couronne (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 1 avril 2014

Krule world

Seul maître à bord du courant blue wave dont il est à la fois l’instigateur et le perpétrateur unique, Archy Marshall, physique de sauterelle à la couronne rouquemoute, a l’air droit sorti d’un film de Ken Loach ou d’un épisode de Skins ; l’air de trimbaler sa misère au petit matin quand l’Angleterre se réveille d’une nuit de cuite. Mais cette Angleterre, qu’elle fut victorienne, thatcherienne, blairiste et aujourd’hui moche comme un Cameron, a toujours eu cette fascinante capacité à recracher ses rebuts en façonnant des génies. Archy est de ceux-là, qui a quelque chose en lui d’un King. King Krule en l’occurrence, son double (ex-Zoo Kid, autre avatar qui lui allait si bien), poussé à l’adolescence sur le devant de la scène par un talent aussi précoce que prodigieux – et développé en réalité au sein d’une famille très portée sur la musique plus que dans les arrière-cours de pubs décatis. Krule, c'est une voix d’outre-monde, grave – mais grave – genre Joe Strummer-Edwyn Collins zombie-crooner, qu’il mâchonne d’un accent cockney à couper au tesson, une culture m

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Nuits Sonores 2013 - La prog de nuit

MUSIQUES | Au moment de lever le voile sur le volet diurne de Nuits Sonores 2013, les équipes d'Arty Farty étaient si ric-rac que c'est avec des valises oculaires éligibles à une "franchise bagages supplémentaires" qu'elles ont animé la conférence de presse correspondante. Cette fois, elles étaient en avance : censée tomber jeudi 21 février, la programmation nocturne de la onzième édition du festival a été révélée la veille, le teint frais et le sourire franc. La voici.

Benjamin Mialot | Mercredi 20 février 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de nuit

Editorialisation. Tel est, plus encore que pour les éditions précédentes, le maître-mot de cette onzième édition de Nuits Sonores. On a pu le vérifier avec les NS Days et leurs scènes labellisées (une portant l'emblème de la bible en ligne Resident Advisor, une sponsorisée par la Red Bull Music Academy et une consacrée à la carte blanche à Bruxelles), c'est au tour des Nuits, sises comme l'an passé (mais pour la dernière fois) aux anciennes usines Brossette et organisées, toujours comme l'an passé, en trois scènes aux dimensions décroissantes, de se faire l'écho de ce souci de cohérence. Qui par le biais d'un partenariat avec un festival, qui via un regroupement géographique, qui à la faveur d'une délégation d'une partie de la fonction de curateur à un artiste. Au-delà de ce qu'elle induit en termes de mise en réseau et d'image, la démarche aboutit sur un net renouvellement de la proposition artistique formulée par Arty Farty : cette année, les big names se comptent sur les doigts de la main, la programmation s'équilibrant entre pointures discrètes et nouveaux venus en pleine bourre.A cette aune, on attend beauco

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