Des airs de saison

Pascale Clavel | Vendredi 3 janvier 2014

En matière de musique classique, la proposition reste alléchante pour cette deuxième moitié de saison : variée comme on aime, surprenante comme on n'y croyait plus. Quelques pistes pour se frayer un chemin de traverse dans un paysage musical parfois brumeux : en mars des Cantates de Bach par le chef d'orchestre japonais Masaaki Suzuki, à entendre au Festival de musique baroque de Lyon ; en avril, au même endroit, Marc Minkowski s'emparera avec fougue de La Passion selon saint Jean, pur bonheur.

Du côté de l'Orchestre National de Lyon, on peut se frotter les mains, l'orchestre renouant pour de bon avec la musique vocale avec, en février, Roméo et Juliette de Berlioz, en mars les incontournables mais captivantes Carmina Burana et en avril La Passion selon saint Matthieu, dirigée par un Ton Koopman au sommet.

Le Concert de L'Hostel Dieu offrira quant à lui un moment musical atypique, dialogue envoutant autour de la nuit, durant lequel les leçons de Ténèbres de Couperin s'emmêleront aux ragas des indiens.

Piano à Lyon poursuit sur sa lancée avec le retour en avril d'Alexandre Tharaud (sous ses doigts magiques, Mahler et Schubert sonneront comme jamais), tandis que l'Opéra accueillera le même mois un festival consacré à Benjamin Britten où l'on pourra redécouvrir Curlew River dans une mise en scène bouleversante d'Olivier Py. Opéra qui, un mois plus tôt, co-produira à la Renaissance l'intrigante nouvelle création de Roland Auzet, Steve V, mise en parallèle multimédia et transdisciplinaire (le dramaturge Fabrice Melquiot au texte, le rappeur Oxmo Puccino au micro) des destins de Steve Jobs et Henri V.

Enfin, la Biennale Musiques en scène consacrera le compositeur Heiner Goebbels, le temps d'une très attendue rétrospective.

Pascale Clavel


Cantates de Bach

Par le Bach Collegium Japan, dir Masaaki Suzuki
Chapelle de la Trinité 29-31 rue de la Bourse Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Curlew river

De Benjamin Britten, livret William Plomer d'après Juro Motomsa, dir mus Alan Woodbridge, ms Olivier Py, par l'Orchestre, les Chœurs et la Maîtrise de l'Opéra, 1h15, en anglais surtitré. Des pèlerins prêts à changer de rive entendent un chant craintif et étrange, celui d'une Folle
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

MUSIQUES | On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables (...)

Philippe Yves | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables des mois à venir. Et ce sont les amoureux du piano qui seront les mieux servis tant les organisateurs de concerts ont convoqué à Lyon le gratin pianistique international. À l’Auditorium, on applaudira les padawans (l’Autrichien Till Fellner, de Beethoven à Berio le 11 mars, et Lang Lang, dont on vérifiera le 11 avril si la démesure sied au Concerto italien de Bach) comme le maître Murray Perahia, accompagné de l’Academy of Saint Martin-in-the-Fields le 4 juin. En attendant la réouverture de la Salle Molière, le piano s’écoute aussi Salle Rameau avec Ravel par Bertrand Chamayou le 5 février et un récital d’Alexandre Tharaud le 11 mai. À l’encre indélébile, vous noterez le double récital de Martha Argerich et Nicolas Angelich le 13 avril dans un monstrueux programme avec la version deux pianos du Sacre du Printemps. Ça ne se refuse pas. Et comme il n’y a pas que le piano dans la

Continuer à lire

La rentrée musique côté classique

MUSIQUES | Cette saison, tous les lieux lyonnais consacrés aux musiques dites savantes affichent un programme qui ose, qui revendique, qui dénonce une époque contemporaine en plein repli. De belles expériences en perspective.

Pascale Clavel | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté classique

Peter Pan, Jean-Sébastien Bach et Matrix sont dans un bateau. Rien d’halluciné dans ces propos, juste une lecture aiguë de la nouvelle saison de l’Auditorium. Depuis l’arrivée du très décomplexé Jean-Marc Bador à la tête de la maison, la programmation s’affole, s’emballe et le choix semble si vaste qu’on pourrait s’y perdre. Il faudrait tout tester, devenir un mélomane glouton. Certains diront qu’il y en a pour tous les goûts, d’autres que, franchement, c’est trop. Partons de l’idée que la proposition est alléchante. Les portes se sont ouvertes sur l’inoxydable Symphonie n°9 de Beethoven dirigée par Léonard Slatkin. Cerise sur le gros gâteau, le public s'est vu investi d’une belle mission : chanter l’Hymne à la joie à tue-tête, avec ses tripes et ses convictions, acte quasi politique en ces temps où la fraternité entre les peuples est plutôt mise à mal – Jean-Marc Bador et Léonard Slatkin martèlent d'ailleurs d’une seule voix leur volonté d'«effacer les distances et gommer le temps» ; vaste ambition, utopie régalante. L’énigmatique pianiste Hélène Grimaud et l’indémodable Ton Koopman seront tous deux artist

Continuer à lire

Espace-son

ARTS | Dans le cadre de l'exposition "Listen Profoundly" au Musée d'art contemporain, l'artiste allemand Heiner Goebbels présente une fort belle installation entremêlant sons et éléments visuels. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 mars 2014

Espace-son

Invité d'honneur de la biennale Musiques en scène, l'inclassable Heiner Goebbels (né en 1952 en Allemagne, il est à la fois compositeur, metteur en scène et musicien) nous aura pour le moins déçu à travers deux de ses pièces de théâtre musical présentées au TNP. La troisième partie de I went to the house but did not enter allait même jusqu'à "lyncher" l'un des plus beaux textes de Beckett, Cap au pire, en le faisant chanter par l'ensemble Hilliard, plus habitué aux partitions médiévales. Rendre Beckett lyrique relève pour le moins du contresens, voire du mauvais goût. Considérée comme l'une des œuvres-clés de Heiner Goebbels, Stifters Dinge et ses cinq pianos automatiques a fini elle aussi par nous lasser, malgré ses prouesses techniques et quelques passages esthétiquement séduisants à base de fumerolles à la surface de l'eau. On allait donc découvrir l'installation de l'artiste au Musée d'Art Contemporain un peu à reculons... A tort, tant Genko-An 69006 se révèle être une expérience sensorielle envoûtante et zen ! La quadrature du cercle

Continuer à lire

Pas la moindre des choses

MUSIQUES | A la fin de l'année dernière, la Familie Flöz, collectif berlinois passé maître dans l'art de la pantomime masquée, donnait à voir, dans une généreuse débauche (...)

Benjamin Mialot | Mardi 11 mars 2014

Pas la moindre des choses

A la fin de l'année dernière, la Familie Flöz, collectif berlinois passé maître dans l'art de la pantomime masquée, donnait à voir, dans une généreuse débauche d'énergie et de fantaisie, les querelles, délires et autres micro-événements plus ou moins cocasses qui, peut-être, à l'abri des regards, surviennent dans les coulisses d'un théâtre. Cette semaine, au TNP, leur compatriote Heiner Goebbels, compositeur et metteur en scène dont l’œuvre structure la septième édition de la très avant-gardiste biennale Musiques en Scène, met lui au centre du plateau les objets et phénomènes qui d'ordinaire participent de la magie d'un spectacle sans qu'on les remarque vraiment : projecteurs, instruments, bouts de décors, écrans, gouttes de pluie qui résonnent sur le toit... Autant d'éléments qui s'imbriquent dans Stifters Dinge («les choses de Stifter», du nom d'un écrivain autrichien romantique du XIXe siècle), atonale «œuvre pour piano sans pianiste mais avec cinq pianos» qu'interprète un assemblage assez monumental et motorisé desdits pianos, à mi-chemin de l'installation contemporaine et du bazar horrifique, de l'exposition de trophées de chasse et de la pièce de

Continuer à lire

Ça bouge chez les classiques

MUSIQUES | Signe d’une grande et belle vitalité artistique, cette saison encore les plus grands interprètes seront à Lyon. De Grame à l’Auditorium en passant par l’Opéra, Piano à Lyon et tant d’autres, tous s’y mettent pour proposer à public exigeant toujours plus, encore mieux. Petit tour d’horizon… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 20 septembre 2013

Ça bouge chez les classiques

Quelle autre ville que Lyon peut s’enorgueillir d’abriter en son sein autant de propositions musicales généreuses et surprenantes ? Pour son 31e Festival de musique baroque, Eric Desnoues surprend encore et fait venir à Lyon les immenses Savall (le 12 octobre à la Chapelle de la Trinité), Jaroussky (le 12 décembre), Minkowski (le 15 avril) et Herrweghe (le 11 juin). Cerise sur le gâteau, il accueillera le 20 mars le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, qui dirigera des cantates de Bach. Suzuki à la baguette et le Kapellmeister renait de ses cendres. Piano à Lyon, qui se délocalise pour une saison salle Rameau, offre de son côté dix concerts de haute volée, Jérôme Chabanne ayant tissé un programme où anciens et nouveaux se croisent. Gautier Capuçon et son complice Frank Braley reviendront ainsi ébouriffer le public lyonnais le 7 février tandis que l’hypnotique Alexandre Tharaud se frottera à l’Adagietto de la 5e symphonie de Mahler - qu’il a lui même transcrit pour piano - le 24 avril. Les Percussions Claviers de Lyon, quant à

Continuer à lire

Messe organique

MUSIQUES | «J’ai la partition de la moitié d’une messe, et qui donne les meilleures espérances», écrit Mozart en janvier 1783. Le compositeur avait promis l’achèvement (...)

Pascale Clavel | Jeudi 28 mars 2013

Messe organique

«J’ai la partition de la moitié d’une messe, et qui donne les meilleures espérances», écrit Mozart en janvier 1783. Le compositeur avait promis l’achèvement de sa Messe en Ut mineur pour la guérison de sa femme Constance. Acte de foi pure, il en sort un chef d’œuvre de la musique sacrée, l’un des plus bouleversants de tous les temps, à placer sur un pied d'égalité avec la Messe en Si de Bach. Cette messe, l’une des premières ne relevant d’aucune commande officielle et la dernière qu'il ait composée, étonne par sa finesse et son élégance. Libéré enfin des contraintes que lui imposait l’archevêque salzbourgeois Colleredo, Mozart avait alors une envie folle de séduire un nouveau public. Inspirée, organique, démesurément bouleversante, l’œuvre n'en reste pas moins marquée, au niveau stylistique, par l’influence de Haendel et de Bach. A l'époque, Mozart vient en effet de découvrir le contrepoint fugué des deux maîtres et le Kyrie qui ouvre la messe résume assez bien cela : tout est sombre et lourd, avant que tout ne s’éclaire sur le Christe. Quant au solo de soprano qui transperce les mélodie

Continuer à lire

Claude et Robert en tête

MUSIQUES | Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de (...)

Pascale Clavel | Dimanche 6 janvier 2013

Claude et Robert en tête

Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de Lyon vient de réussir l’exploit le plus impressionnant de ces dernières années, en choisissant comme clef de voute du prochain Festival Justice/Injustice Claude, premier opéra du compositeur Thierry Escaich. L’ancien garde des Sceaux en a écrit le livret d’après le court roman de Victor Hugo. Lorsqu’on sait que Jérémie Rhorer est à la baguette et Olivier Py à la mise en scène, on jubile par avance. N’en oublions pas le reste de la programmation musicale lyonnaise, riche et diversifiée, savoureuse et délicatement construite autour de quelques pépites à déguster sans modération. Le Festival de musique baroque notamment, qui fête ses 30 ans et fait pour l’occasion venir Marc Minkowski, le baroqueux qui résiste le mieux au temps. Il nous livrera en avril une Messe en ut de Mozart des plus inspirées. Les Journées Grame quant à elles, s’étirent dans le temps pour que nos oreilles puissent enfin s’installer dans leur siècle. De janvier à mai, elles nous invitent

Continuer à lire

Juste avant l’Evrest

MUSIQUES | Faut-il encore le présenter ? Alexandre Tharaud, le pianiste élégant, l’interprète subtil au toucher sensuel. Nommé soliste instrumental de l’année aux (...)

Pascale Clavel | Dimanche 4 mars 2012

Juste avant l’Evrest

Faut-il encore le présenter ? Alexandre Tharaud, le pianiste élégant, l’interprète subtil au toucher sensuel. Nommé soliste instrumental de l’année aux Victoires de la musique classique 2012, ce pianiste inclassable est à Lyon pour deux soirées savamment ficelées, les 15 et 16 mars. Alexandre Tharaud, c’est un style, un esprit libre, une pulsation reconnaissable entre toute, une jouissance du phrasé, une explosion de couleurs et une spontanéité du discours dont on ne se lasse jamais. Sa relation quasi charnelle à son instrument peut surprendre : «J’aime l’instrument, au point d’en caresser le vernis, de l’embrasser avant de jouer…». Pour son passage à Piano à Lyon, il s'attaque à deux programmes qui n’ont strictement rien à voir. Il se confronte tout d’abord aux Variations Goldberg de Bach, l’un des sommets de la littérature pour clavier et consacre sa deuxième soirée à 10 sonates de Scarlatti, aux Funérailles de Liszt et à la Sonate N°2 de Chopin. Tharaud s’est déjà frotté à Bach mais là, c’est toute une soirée pour faire entendre à sa façon, des Variations Goldberg jouées avant lui par des Maîtres redoutables – pensons à Gustav Leonhardt, à

Continuer à lire

L’œuvre ultime

MUSIQUES | Le Requiem de Mozart reste entouré de légendes plus ou moins savoureuses et de mystères fort étonnants ; des circonstances bizarres de la commande de cette (...)

Pascale Clavel | Vendredi 14 janvier 2011

L’œuvre ultime

Le Requiem de Mozart reste entouré de légendes plus ou moins savoureuses et de mystères fort étonnants ; des circonstances bizarres de la commande de cette partition jusqu’à la mort du compositeur au beau milieu du Lacrimosa. Dès les premières mesures du Kyrie, c’est un véritable séisme interne qui se produit. Une pulsation lancinante ne nous quitte plus, les cors de basset étirent un phrasé qui semble hors du temps pendant que les cordes installent une puissante et hypnotique rythmique. Et voilà le génie de Mozart, du spirituel et du terriblement terrestre au même instant. Bien sûr, on connaît les tubes de l’œuvre comme l’explosif Dies Irae ou le merveilleux Lacrimosa. Des interprétations du Requiem, il en existe tant qu’on peut se demander pourquoi aller écouter celle du chef d’orchestre Ton Koopman plutôt qu’une autre. Pourtant, pour qu’une partition se réveille et se révèle, il faut des hommes comme lui, capables de faire entendre le sens du texte, la puissance spirituelle par delà un phrasé ou une harmonie. À la tête de l’Orchestre national de Lyon, Ton Koopman saura sans nul doute faire entendre la beauté totale du Hostias ou encore faire émerger les questions existentielles

Continuer à lire