A la croisée des mondes

MUSIQUES | Fondée au milieu des années 1990, l'association 6e Continent fête cette semaine les dix ans de l'espace qu'elle anime. L'occasion de retracer le parcours, semé d'embûches, de cette bande de potes de la Guillotière devenue l'un des principaux vecteurs de mixité culturelle et sociale de la ville. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 24 janvier 2014

Dans le langage courant, l'expression "sixième continent" est sujette à bien des interprétations. Pour les plus formalistes, il s'agit de l'Antarctique, exclu de la famille pour cause d'inhospitalité. Pour d'autres, le terme désigne le Vortex de déchets du Pacifique nord, gigantesque amas de plastiques et de débris de bateaux dont la désagrégation "nourrit" jusqu'à l'empoisonnement des centaines de milliers d'oiseaux et mammifères marins. Enfin, depuis sa découverte à l'hiver 2013, ce serait un bout de terre préhistorique dont les secrets, enfouis sous l'océan Indien depuis le Jurrasique, pourraient nous en apprendre long sur les mécanismes tectoniques qui ont façonné la surface, fragmentée et disparate, de notre planète. C'est à cette troisième acception que l'association lyonnaise qui porte ce nom s'apparente le plus, elle qui, depuis sa fondation en 1995 et jusqu'à ce week-end, durant lequel elle célébrera avec force concerts les dix ans d'existence de son espace pluridisciplinaire (sis au 51 de la rue Saint-Michel, dans le septième arrondissement), dessinent loin des projecteurs les contours d'espaces d'échanges aux airs de berceaux de l'humanité.

Les copains d'abord

L'aventure débute donc au mitan des années 90 à la Guillotière, le quartier le plus cosmopolite de Lyon. Un statut pour le moins historique, puisque son fameux pont fut pendant une bonne partie du XIXe siècle l'unique moyen d'accéder à la ville depuis l'Est, faisant du quartier un territoire d'accueil privilégié pour les immigrés italiens, maghrébins ou asiatiques qui rallieront successivement la ville. A l'époque, Mohammed Sidrine, actuel directeur de l'association 6e Continent, est discothécaire en médiathèque. Il ne mène pour autant pas une vie rangée : sur son temps libre, il milite pour une meilleure visibilité des musiques dites du monde et, par extension, la reconnaissance de la diversité comme composante essentielle du vivre ensemble, notamment par l'entremise du défunt fanzine World Mag, qu'il édite avec une bande d'amis. C'est l'ouverture de la Biennale de la danse à l'Afrique puis au Brésil, et les retours contrastés qu'elle génèrera, qui vont leur donner l'envie de passer à l'étape supérieure : l'organisation d'un festival.

6e Continent voit le jour en 1997 au Pez Ner et déplace environ trois cents personnes. Un score honorable pour une première édition qui, en lieu et place du rock de pointe sur lequel la salle de Villeurbanne fait tant bien que mal son beurre, invite à écouter gratuitement du flamenco et de la musique marocaine. De là, l'événement n'aura de cesse de prendre de l'ampleur. Il devient pluridisciplinaire et thématique (la tradi-modernité, la culture tsigane, la scène locale...) en 2001, s'étend à Gerland l'année suivante, s'attire les significatives bien que maigres faveurs de la Ville, de la région et de la DRAC, s'ouvre au Sénégal, au Pakistan, à la Réunion, invite Alpha Blondy à souffler sa dixième bougie... Jusqu'à rassembler, sous sa forme actuelle (des animations à la Guillotière, une fête citoyenne, deux soirées de concerts, dont l'une explorant les liens entre musique électronique et musiques du monde, et un bal folk géant à Gerland) jusqu'à 15 000 personnes sur un même temps fort. Dans l'intervalle, l'association se professionnalise. Mohamed Sidrine en devient officiellement directeur en 2001, après s'en être éloigné le temps de décrocher un DESS en direction de projets culturels. Et commence à s'interroger sur la possibilité de pérenniser à l'année les activités de 6e Continent.

Quartier voisin

De cette réflexion naît en 2004 6e Continent, le lieu. Un vrai local alternatif, tags et meubles de récupération compris, régi par les mêmes principes d'exigence et d'accessibilité que le festival qui l'a précédé et installé à la Guillotière (avec toute la symbolique que cela suppose) dans un espace qui a déjà connu mille vies, de la fromagerie au bar. Un bar, on en trouve d'ailleurs un dans l'entrée. Il sert des bières chinoises comme des jus de fruits exotiques, et contribue au financement de nombreuses activités artistiques et citoyennes, de la pure diffusion scénique (une centaine de dates par an dont une, pour l'anecdote, d'un Vigon en pleine réhabilitation en 2012) à l'accompagnement administratif de nombre des musiciens qui tapent le bœuf chaque jeudi en passant par l'accueil d'associations étudiantes et de quartiers. C'est toutefois un autre service qui contribue à la majorité des 70% d'autofinancement de l'endroit (le festival affiche une balance inverse) : des cours de danse.
Leur succès est tel qu'il a même tendance à vampiriser l'énergie de l'équipe, composée de quatre équivalents temps plein (épaulés par une cinquantaine de bénévoles, contre le quadruple pour le festival). Un mal nécessaire, selon Mohamed Sidrine, qui concède, malgré une labellisation "Scène découverte" en2009, mener «un combat permanent pour travailler dans des conditions décentes» et se sent rétrospectivement aussi fier qu'essoufflé par le chemin parcouru. Et avoue carburer à l'utopie, celle-là même qui, depuis bientôt vingt ans, se confond avec son intime conviction que les rythmes gnawa, la chanson kabyle et les déhanchés de la salsa, entre autres composantes de l'anniversaire décennal qu'il s'apprête à célébrer, peuvent inverser la lente dérive vers le repli des territoires frontaliers du sien.

Les 10 ans du 6e Continent
Vendredi 31 janvier et mardi 1er février au 6e Continent


10 ans du 6e continent

Gadjo Loco + Forro de Rebecca + Dialek + DJ Lamine
6e Continent 51 rue Saint-Michel Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


10 ans du 6e continent

Le Bonk + Reno Bistan + Aïssi + DJ James Stewart...
6e Continent 51 rue Saint-Michel Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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6e Continent, c'est fini

Politique Culturelle | Vendredi, le 6e Continent, salle emblématique de la Guillotière, dansera pour la dernière fois.

Sébastien Broquet | Mardi 19 décembre 2017

6e Continent, c'est fini

La nouvelle était redoutée depuis de longs mois : la salle du 6e Continent, dédiée à la sono mondiale et située dans le 7e arrondissement, met la clé sous la porte. Mohamed Sidrine, son directeur, nous l'a confirmé de vive voix ce lundi : face à la désaffection progressive de tous ses partenaires publics, il ne peut plus continuer. Le coup de grâce aura été porté par la suppression des trois emplois aidés le 9 août dernier par le gouvernement, qui permettaient à la salle de tourner et d'assurer aussi les cours de danse qui apportaient du cash dans la machine. Depuis cette date, la salle fonctionnait en pointillés, uniquement grâce aux bénévoles et aux membres du conseil d'administration : seul un technicien son étant payé en cachet, grâce à la billetterie. Ce système n'était évidemment pas viable et il prendra définitivement fin ce vendredi 22 décembre, avec une grande fête finale confiée au Monde Collectif (regroupant rappeurs et graffeurs comme NM Scratcherz et Wone2)

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Bienvenue au 6e Continent, terre de musiques et de partage

Festival | De Guillotière à Gerland, le festival associatif 6e Continent œuvre pour la promotion des cultures du monde et pour la valorisation des diversités et mixités culturelles. À l'occasion de l'ouverture de la 19e édition, nous avons discuté avec Mohamed Sidrine, directeur du festival.

Corentin Fraisse | Jeudi 1 juin 2017

Bienvenue au 6e Continent, terre de musiques et de partage

Le festival 6e Continent a été créé en 1997, c’est la 19e cette année : comment a-t-il évolué selon vous ? Mohamed Sidrine : Quand on l’a créé, c’était un petit festival. Lors de la première édition, il y a eu 300 personnes ; là on en est à plusieurs milliers. On a gardé le même esprit : musiques du monde, accessibilité à tous avec un festival à prix libre, un public intergénérationnel de toutes les origines sociales, économiques et culturelles. Le principe, au-delà du projet artistique du festival, c’est un projet de société : on crée des espaces où les gens peuvent se rencontrer, échanger, dialoguer. C’est encore aujourd’hui un projet culturel, mais aussi militant, pour pouvoir mieux vivre ensemble. Pouvez-vous nous parler de Tous à la Guill’, qui ouvre le premier soir ? MS : Ce seront 120 événements, qui se passeront simultanément dans le quartier. Ça va d’un petit concert latino dans un bar, à un concert de chansons devant les buralistes, des fanfares sur la place Mazagran… Mais toujours en partenariat avec des associations du quartier. Sur la place Mazagran, c’e

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Le 6e Continent dans une impasse

Politique Culturelle | Confrontée aux baisses de subventions, l'équipe de 6e Continent menée par son emblématique directeur Mohamed Sidrine tente de trouver des solutions. La mairie est à l'écoute, mais souhaite un projet revu et corrigé.

Sébastien Broquet | Mardi 7 mars 2017

Le 6e Continent dans une impasse

C'est un lieu emblématique et fondamental pour la culture comme pour la diversité, dans le 7e arrondissement de Lyon, qui est actif depuis 2004 dans des locaux ayant autrefois hébergé le mythique collectif Frigo. C'est encore un festival depuis bientôt 19 ans et une première édition au Pez Ner à Villeurbanne, maintenant installé du côté de Gerland, depuis 2002. Mais l'association 6e Continent est aujourd'hui dans une impasse. Les comptes sont au plus bas : le budget de l'association autofinancée à 80% est dans le rouge, depuis que la Région mais aussi l'État se sont désengagés. Comme nous l'expliquions ici, la Région a retiré ses 15 000€ annuels, subvention versée pour le fonctionnement de la salle. Et a diminué son apport au festival de 5000€, accordant désormais 10 000€ à l'événement qui se tiendra du 1er au 3 juin, où sont d'ores et déjà programmés

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Du mouvement pour les salles de spectacles

Lieux de Culture | Ça bouge du côté des salles de l'agglomération : le CCO s'apprête à déménager tout en insufflant de la créativité à un projet d'envergure, le Razzle repousse son ouverture et le 6e Continent cherche des solutions pour éviter la tourmente.

Sébastien Broquet | Mardi 10 janvier 2017

Du mouvement pour les salles de spectacles

Le Razzle L'ouverture était prévue le week-end du 20 janvier, un nouveau festival, Transfer, devait s'y dérouler en partie en février et une large part de la programmation était déjà établie : l'on attendait avec impatience de vous en conter plus sur ce lieu qui risque fort de prendre rapidement une place prépondérante dans la vie nocturne (un restaurant de nuit est également prévu sur le bateau) et culturelle de la ville, nombre d'activistes et collectifs locaux ayant déjà été contactés, mais malheureusement, la nouvelle est tombée il y a quelques jours par le biais d'un post sur leur page Facebook : le Razzle repousse son ouverture à une date ultérieure. « Malgré les efforts importants déployés par nos équipes et nos nombreux soutiens, nous faisons face à plusieurs imprévus techniques qui nous empêchent de maintenir l’inauguration aux dates annoncées. Nous sommes évidemment très déçus et nous faisons le maximum pour vous accueillir à bord du Razzle le plus rapidement possible. » est-il communiqué. Certains concerts sont en cours de relocalisation dans d'autres salles de la v

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Rachid Taha : "Sincèrement, on vous a prévenu"

Festival 6e Continent | Rockeur adepte des sons électroniques dès la première heure, moderniste enregistrant des albums consacrés au répertoire chaabi ou raï, bringueur parfois limite ou phénomène de scène dingue d’Elvis, chroniqueur avisé de notre époque, Rachid Taha est un caméléon, une utopie et un manifeste à lui tout seul.

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Rachid Taha :

Au début des années 80, quand vous avez commencé avec Carte de Séjour, vous écoutiez les Talking Heads, produits par Brian Eno, ou The Clash. Aujourd'hui, ce même Brian Eno, ou Mick Jones, vous appellent pour travailler avec vous : comment le ressentez-vous ? Je le ressens d'une manière tout à fait normale, sans être prétentieux, mais quand j'ai commencé à Lyon avec Carte de Séjour, j'étais sûr que j'allais les rencontrer, que je travaillerais avec eux un jour ou l'autre. C'est arrivé. Et l'histoire continue : j'avais très envie de bosser avec Damon Albarn. Et nous allons tourner ensemble au mois de juillet. Tous ces gens avec qui je rêvais de travailler, je les ai eu : c'est super. Brian Eno, comment s'est passé la rencontre ? Il m'a appelé. Il travaillait justement avec Damon Albarn et il voulait faire une voix avec moi, pour un album à l'occasion des Jeux Olympiques en Grèce, en 2004. Moi j'étais fan et ça faisait longtemps que je voulais le rencontrer. Comme avec Robert Plant, aussi.

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Brain Damage, back to the roots

Festival 6e Continent | Brain Damage, qui dévoile chaque vendredi un épisode sa Web-série Walk the Walk sur le site du Petit Bulletin, est également à l'affiche du festival 6e Continent.

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Brain Damage, back to the roots

La thèse vaut la peine de s'y attarder : ce serait en reculant que l'on avance. Deux des groupes les plus intéressants de la scène dub apparue dans nos contrées au mitan des années 90 ont continué de passionner en se retournant vers le passé plutôt qu'en poursuivant une quête éperdue du nouveau son, d'essayer de coller aux tendances. Inventant largement à ses débuts, Zenzile à Angers s'est retourné au moment où ce dub en live périclitait, vers un post-punk à la PIL pour se ressourcer. Brain Damage a fini par faire de même, de manière assez radicale avec son dernier disque paru l'an dernier sur Jarring Effects : une plongée en apnée dans les seventies et le reggae roots, avec une idée derrière le crâne dépourvu de dreadlocks de Martin Nathan, la tête pensante et agissante : convier de légendaires voix du genre à venir écrire puis conter au micro leur jeunesse, autour des thèmes de la transmission et de l'éducation.

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Tout un monde

CONNAITRE | Depuis 1997, le festival 6e continent a un mérite non négligeable : il ne s'est jamais posé la question de savoir de ce qu'est l'identité nationale. Car (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 mai 2012

Tout un monde

Depuis 1997, le festival 6e continent a un mérite non négligeable : il ne s'est jamais posé la question de savoir de ce qu'est l'identité nationale. Car c'est au bout du monde qu'il va et même un peu plus loin, d'où son nom qui nous gratifie d'un nouveau continent. De ces voyages au bout de la terre, 6e continent rapporte des musiques d'un peu partout, celles que par paresse on nomme «du monde» pour signifier un peu bêtement qu'elles ne sont justement pas d'ici mais d'ailleurs. De débats «cités interculturelles» en exposition «mon voisin cet étranger», 6e continent annonce la couleur quand côté musique on passe du folk à la danse orientale, des «Cubaneries» aux accents balkaniques (Kiftelele, Tram des Balkans). Ici la chanson kabyle d'Aissi côtoie le slam de Tata Milouda, et ces artistes venus d'ailleurs sont en fait souvent lyonnais comme Cheikh Kouider ou le le burkinabe Bebey Prince Bissongo qui touche à tout ce que la musique africaine compte de connexions entre la tradition et la connexion. «Le monde à Lyon», c'est du mardi 22 mai au samedi

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Brésil en Rhône-Alpes

CONNAITRE | Jusqu’au samedi 5 juin, la 12e édition du festival 6e Continent vous invite à un voyage au Brésil. Musique, cinéma, arts de rue, contes, danse, mode, arts (...)

Dorotée Aznar | Mardi 25 mai 2010

Brésil en Rhône-Alpes

Jusqu’au samedi 5 juin, la 12e édition du festival 6e Continent vous invite à un voyage au Brésil. Musique, cinéma, arts de rue, contes, danse, mode, arts plastiques, gastronomie… une variété d’expressions artistiques sera proposée aux 30 000 visiteurs attendus pour cette édition qui se déroulera au Parc de Gerland mais aussi dans divers lieux de Lyon et de l’agglomération lyonnaise.

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