Insomniaque - Semaine du 5 au 11 mars

MUSIQUES | 3 RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : Kill the Noise au Club Transbo, le premier anniversaire des soirées Encore à la Plateforme et Clark au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 4 février 2014

06.02 EZ! #19

Voilà bien longtemps que nous n'avions parlé de dubstep dans ces colonnes. En tout cas sous sa forme la plus mainstream – celle qui repose sur une imagerie de stickers pour bagnoles et sonne finalement plus comme une indigestion de consoles 16 bits et de modems 56k que comme la soi-disant musique de demain. La venue au Club Transbo de Kill the Noise nous donne l'occasion de renouer avec notre amour des drops qui déchaussent les molaires et des mélodies qui donnent envie de relancer un vieux Zelda, ce proche de Skrillex au look de petite frappe étant l'un des plus efficaces en la matière.

 

08.02 Encore
Les soirées Encore fêtent leur premier anniversaire et, plutôt que d'éditer une compilation de remixes du morceau homophone de Francis Cabrel, leurs organisateurs ont préféré composer, à la Plateforme, l'un des plus excitants plateaux techno de la saison. L'un des plus éclectiques aussi : l'Anglais Sigha, l'Italien Lucy et le Gallois Benjamin Damage ont beau être tous les trois basés à Berlin, les textures asphyxiantes du premier, les cadences proto-industrielles du second et les atmosphères rêveuses du troisième n'ont pas grand chose en commun. Si ce n'est de repousser les limites du genre.

 

08.02 Positive Education
Sur Feast/Beast, compilation de ses remixes, Chris Clark apparaît muni d'un bouquet de mains. Le label Warp, dont il promeut depuis le début du siècle l'esprit d'aventure avec une radicalité incomparable, ne pouvait retenir meilleure représentation de cet adroit touche-à-tout, passé d'une electronica tordue et granuleuse à une techno vindicative et fuyante avant de fusionner le tout en un sidérant maelström de pixels et de parasites. Une mue que documente l'excellente trilogie Body Riddle / Tuning Dragon / Totem Flares et des concerts (dont un au Kao ce week-end) déconseillés aux ouïes et cornées sensibles.


EZ! 19

Kill the noise + Oxidia + Nasty J + Kpush

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Encore - 1er anniversaire

Benjamin Damage + Sigha
La Plateforme 4 quai Victor Augagneur Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Positive Education

Clark + Käpäk + Leome + Botine + Schemer + Positive Education Band
Le Kao Ninkasi Gerland, 267 rue Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Cinq expos à voir en septembre

Bons Plans | De l'art brut, une friche industrielle, des galeries et deux musées qui s'accouplent : voici cinq expositions à découvrir en cette rentrée.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 9 septembre 2019

Cinq expos à voir en septembre

Le Palais de Tokyo investit une friche lyonnaise pour la Biennale L’événement artistique du mois, c’est l’ouverture de la nouvelle Biennale d’Art Contemporain, dont l’exposition internationale principale se tiendra aux (immenses) usines Fagor et au Musée d’Art Contemporain. L’équipe du Palais de Tokyo de Paris y présente cinquante-cinq artistes de tous horizons (esthétiques et géographiques), autour de la thématique du paysage. Peu d’entre eux sont connus et 90 % des œuvres exposées seront des créations. Une biennale pleine de surprises, donc ! 15e Biennale d’art contemporain, Là où les eaux se mêlent À Fagor-Brandt du 18 septembre au 5 janvier 2020 De l'art brut dans toute la ville L’art brut a le vent en poupe dans les musées, les galeries, les foires d’art contemporain. Mais, à Lyon, cela fait mai

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Rami Malek : « je voulais surprendre la caméra autant que lui la surprenait »

Bohemian Rhapsody | Les qualités de Rami Malek vont au-delà d’une ressemblance physique troublante avec Freddie Mercury. L’acteur s’est investi corps et âme dans ce portrait du meneur de Queen. Propos rapportés lors de sa visite parisienne.

Vincent Raymond | Dimanche 11 novembre 2018

Rami Malek : « je voulais surprendre la caméra autant que lui la surprenait »

Les membres de Queen Brian May et Roger Taylor sont producteurs exécutifs du film. Quelle influence ont-ils exercé sur le tournage, et vous ont-ils dit des choses particulière sur Freddie Mercury? Rami Malek : Déjà, vous pouvez imaginer à quel point c’était incroyable et monumental d’incarner Freddie Mercury : personne d’autre n’a été aussi provocateur ; après on a cassé le moule ! Quand Brian et Roger m’ont accueilli et accepté, ça a été comme une bénédiction. Je ne crois pas que j’aurais pu avoir une chance d’incarner Freddie s’ils n’avaient pas cru en moi. Brian m’a apporté beaucoup de soutien : il m’a permis de l’appeler à n’importe quel moment — ce que j’ai parfois fait à des moments difficiles extérieurs au films, parce qu’il était peu à peu devenu un mentor. Lorsqu’il a vu le film, ce qu’il m’a déclaré constitue pour moi le plus grand remerciement que je pouvais espérer ; j’en suis extrêmement fier. Vous avez déclaré que ce film avait changé votre vie. En quoi exactement ? Franchement, comment ne l’aurait-il pas changée ? En tant qu’acteur, j’ai été mis au défi

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Show must go on : "Bohemian Rhapsody"

Drama-queen | De la fondation du groupe Queen au légendaire concert de Wembley lors du Live Aid de 1985, la vie de son leader charismatique, chanteur et auteur principal, Farrokh Bulsara dit Freddie Mercury, entre ses inspirations géniales, ses caprices et ses excès.

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Show must go on :

Sa vie n’avait certes rien d’une comédie, mais elle fut musicale et couronnée de succès dès lors qu’il intégra ce qui deviendrait Queen. Voilà pourquoi Bryan Singer a pris le parti de réduire à ces dix-quinze années de carrière l’existence de Freddie M. À bien des égards, la démarche est justifiée : nul besoin de traîner dans les soubassements de l’enfance pour saisir que le petit Farrokh est complexé par ses origines — qu’il n’aura de cesse de dissimuler au long de sa vie : on le déduit de ses attitudes de jeune adulte. Plus intéressantes sont sa maturation artistique dans le groupe, l’édification artisanale du morceau-titre, son affirmation égotique et, dans une autre mesure, la découverte de son orientation sexuelle. No sex, we’re puritan Or c’est là que la bât blesse : la représentation de cette icône gay est, à tout le moins, ambiguë. Singer le dépeint quasiment sous les traits d’un “hétérosexuel contrarié“. En effet, les seules relations charnelles montrées à l’écran sont celles de Freddie avec sa première petite amie. Par la suite, il e

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L’étoffe des 2.0 : "First Man - le premier homme sur la Lune"

Astrobiopic | de Damien Chazelle (E-U, 2h20) avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

L’étoffe des 2.0 :

De son entrée à la NASA comme pilote d’essai à son retour victorieux de la Lune, la trajectoire professionnelle et intime de Neil Armstrong dit Mister Cool ; un ingénieur doté d’une intelligence, d’une chance et d’un sang-froid peu communs, qui fut le premier terrien à fouler le sol lunaire… L’engouement exagéré pour ce film d’élève appliqué qu’était La La Land aura eu la vertu de propulser Damien Chazelle vers un sujet plus ambitieux : l’aventure exploratoire la plus stupéfiante de l’Histoire. Le cinéaste la raconte en la restreignant à un individu réduit à son absence apparente d’affects — n’est-il pas paradoxal, de posséder des qualités surhumaines, voire inhumaines, pour devenir le “Premier Homme“ ? La désormais légendaire impassibilité (inexpressivité, version bienveillante) de Ryan Gosling

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Parie ici ta sortie : "Action ou vérité"

Cap ou pas cap ? | de Jeff Wadlow (É.-U., 1h40) avec Lucy Hale, Tyler Posey, Violett Beane…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Parie ici ta sortie :

Springbreak pour Olivia et ses potes, qui vont se soûler au Mexique. Sur place, ils suivent un étudiant dans une église abandonnée et se défient à “Action ou vérité”. Au retour, ils découvrent avec effroi qu’une malédiction les condamne à prolonger le jeu sans fin sous peine de mort… Issue de la très prolifique maison Blumhouse Productions (Get Out, Happy Birthdeath), cette bien sympathique série B s’inscrit sans trembler dans les rails d’un cinéma de genre que les ongles des victimes de Destination finale (1, 2, 3, 4, 5) ou Urban Legend (1, 2) ont déjà largement labouré — sans parler des griffes de Freddy Krueger. Le principe ne varie pas d’un iota : les membres d’une troupe d’écervelé·e·s ayant commis individuellement et/ou collectivement une forme de sacrilège doivent subir une vengeance plus ou moins paranormale avant de périr à tour de rôle selon des protocoles rivalisant en raffinement. Le procédé étant relativement mécanique, et malgré les coups de théâtre cout

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Tante hâtive d’évasion : "Oh Lucy !"

Road Movie | de Atsuko Hirayanagi (Jap-E-U, 1h35) avec Shinobu Terajima, Josh Hartnett, Koji Yakusho…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Tante hâtive d’évasion :

Tokyo. Employée s’épanouissant dans son aigreur de vieille fille, Setsuko accepte de se rendre à la place de sa nièce Mika au cours d’anglais dispensé par John. Séduite, elle décide de continuer mais Mika et John s’enfuient aux USA ! Setsuko part à leur recherche, avec sa sœur (qui la hait)… Les chemins de la liberté prennent parfois des détours inattendus ; celui emprunté par Setsuko se révèle cahoteux, voire libertaire, mais en définitive des plus efficaces puisqu’elle parvient à se défaire de toutes les attaches toxiques de son existence. En cela, elle accomplit ce que beaucoup rêvent de faire : dire son fait à son patron et à ses proches, changer de vie, trouver l’amour… Un poil foutraque, par moments d’une absurdité totalement incorrecte, ce road movie pris en sandwich entre deux tranches de vie tokyoïte ne ressemble pas à grand chose de connu — à part peut-être une sorte de manche retour de Lost in Translation. Quant à sa fantaisie, elle ne masque pas la cruauté ni l’hypocrisie ambiantes : le bonheur existe, mais il se paie au prix fort.

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Fête comme chez vous : "The Party" de Sally Potter

ECRANS | de Sally Potter (G-B, 1h08) avec Kristin Scott Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Fête comme chez vous :

Ministre de la Santé ! Tout juste nommée à ce poste prestigieux, Janet compte fêter la nouvelle avec son mari et des proches. Hélas, la soirée en petit comité va sonner l’halllali de son couple, de ses amitiés, de sa carrière, de ses illusions… Sally Potter réunit une distribution de poids pour ce tout juste long métrage — bien lui a pris de ne pas chercher à le rallonger par principe en diluant l’intrigue : elle l’aurait abîmée. Empruntant au théâtre son huis clos, elle ne se trouve cependant pas prisonnière de son décor grâce à une réalisation et un montage nerveux, à l’unisson de l’ambiance électrique de la soirée. Le choix esthétique du noir et blanc, marqueur inconscient du genre polar, surprend — et l’affiche, montrant l’héroïne brandissant un pistolet (reprenant une double image-clef du film) pourrait l’accréditer. En réalité, la dualité des personnages se trouve ainsi représentée (et ses moyens termes dans leurs nuances de gris). Et si le noir finit par dévorer l’écran, c’est parce que la fête célèbre en définitive le deuil des idéologies ; on imagine ma

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Leçons de son : "Buena Vista Social Club : Adios" de Lucy Walker

Documentaire | de Lucy Walker (É-U-Cu, 1h50) documentaire avec Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Manuel Mirabal…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Leçons de son :

Vingt ans ou presque après le documentaire de Wenders, y avait-il encore des choses à apprendre sur le groupe d’octo-et-nonagénaires cubains ? Étonnamment, oui. Réalisé à l’occasion de la tournée d’adieux du Buena Vista Social Club, ce film est davantage qu’une séquelle du précédent opus : il creuse aussi ses racines grâce à un luxe d’archives inédites. Si Lucy Walker opte pour une structure plus classique et une réalisation moins “virtuose” que son prédécesseur allemand, elle compense par un supplément de valeur informative et d’émotion : les maîtres du son dont elle établit le parcours médiatique (Ibrahim Ferrer, Compay Secundo, Rubén González…) avant leur entrée dans l’illustre orquesta sont désormais tous mort, exception faite de la vaillante Omara Portuondo. La cinéaste exhume par ailleurs des images (parfois tendues) de la conception de l’album de 1996, rendant au producteur Nick Gold des lauriers souvent indument tress

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"HHhH" de Cédric Jimenez : tête de mort

ECRANS | de Cédric Jimenez (Fr, 2h00) avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Allemagne, 1931. Radié de la marine pour une affaires de mœurs, Reinhard Heydrich épouse Lina von Osten et avec elle le nazisme. Il créera pour Himmler un service de renseignements, puis les Einsatzgruppen ; théorisera la Solution finale avant de périr en 1942 dans un attentat. Le roman de Laurent Binet, HHhH (en français décrypté, “le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich”) fait partie de ces ouvrages qu’une adaptation cinématographique condamne immanquablement au nivellement par la médiocrité, au sens propre du terme. Les contraintes budgétaires sont telles qu’il faut accumuler les coproductions (donc les concessions) quitte à édulcorer les audaces narrative et/ou artistique. Avec sa distribution internationale et sa version originale anglophone, HHhH renvoie à ces euro-puddings qui faisaient l’ordinaire des années soixante-dix. Cédric Jimenez, qui avait déjà montré son attachement à cette période dans La French, tente d’en limiter la fatale pesanteur grâce à une construction non strictement

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Les figures vacantes de Daniel Clarke

Peinture | Daniel Clarke peint les petites joies de la vie quotidienne et des périodes de vacances, tout en y faisant filtrer angoisse, étrangeté et absence. Il présente ses nouvelles œuvres à la galerie Françoise Besson.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

Les figures vacantes de Daniel Clarke

Depuis 2005, le peintre Daniel Clarke expose régulièrement à la galerie Françoise Besson, et c'est un bonheur que de l'y suivre. Un bonheur, cependant, traversé dans ses tableaux d'ombres mélancoliques, de failles existentielles, d'angoisses sourdes... L'artiste, né à New York en 1971 et vivant en France depuis 1993, peint la vie comme elle vient : sa compagne, ses enfants, ses amis, des scènes de vacances... Rien a priori de très mouvementé ni de très singulier ici, et l'on pourrait presque rapprocher cette quiétude un peu banale de l'univers d'Henri Matisse qui nous préoccupe lui-aussi cette semaine. Les deux peintres partagent encore une manière proche d'instiller de l'étrangeté et de l'inquiétant parmi des scènes triviales, et flirtent tous deux avec l'abstraction. Murs, cloisons, portes ou fenêtres sont traitées par Daniel Clarke en aplats de couleurs franches comme autant de monochromes entourant, attirant, aimantant ses personnages. Un « dehors intime » Si la figure humaine ne se dissout pas complètement

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"Sing Street" : band de jeunes

ECRANS | de John Carney (Irl, G-B, E-U, 1h46) avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Dublin, 1985. Espérant s’attirer les faveurs de la splendide Raphina, Conor décide de monter un groupe avec ses (rares) camarades de lycée. Une manière de s’évader de la crise économique omniprésente lui valant une relégation dans un établissement public et précipitant le divorce de ses parents… Ex-fans des eighties, directeurs de salles de concert, préparez-vous à pleurer des larmes de vinyle devant cette charmante romance à l’accent rugueux fleurant la douce nostalgie du jukebox d’une époque musicalement magique — autant qu’elle empeste l’haleine nicotinée du skin. À elle-seule, la BO de Sing Street justifie le déplacement : Joe Jackson (Steppin’ Out), Daryl Hall & John Oates (l’imparable Maneater), Duran Duran, The Cure (In Between Days, tudieu !), sans parler des compos du groupe Sing Street, pas déshonorantes… Un concentré de la diversité bouillonnante des années new wave, en perpétuelle réinvention culturelle, mélodique, vestimentaire ; une période métamorphique en écho aux mutations inhérentes à l’adolescence. John Carney a su miraculeusement rendre tangible non seulement ce jaillissemen

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Clubbing : nos trois soirées de la semaine

MUSIQUES | 12.02.16 Dave Clarke Cet enfant de Brighton, ville anglaise célèbre pour sa plage, sa baston entre mods et rockers et son exigente scène musicale, a (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 10 février 2016

Clubbing : nos trois soirées de la semaine

12.02.16 Dave Clarke Cet enfant de Brighton, ville anglaise célèbre pour sa plage, sa baston entre mods et rockers et son exigente scène musicale, a grandi dans le hip hop et derrière les platines, ça s’entend : si Dave Clarke a la même vista technique qu’un Cut Killer, c’est pour mixer une techno ardue, lourde, sans concession aucune, limite hardcore dans son feeling. Féru d’électro (on parle du terme originel, pas de sa généralisation aux musiques électroniques), l’auteur de l’anthem Red 1 sera au Sucre ce vendredi pour donner la leçon à la meute des jeunes loups. Viril. 13.02.16 Marc Romboy Longtemps resté un second couteau de la scène rave dans laquelle il évolue depuis le début des 90’s, Marc Romboy a enfin pris la lumière avec l’arrivée de la scène electro house voire minimale au sein de laquelle il s’est illustré par quelques belles pistes, seul ou en duo avec Stephan Bodzin, ouvrant un label fort couru (Systematic Recordings) sur lequel il signa Booka Shade

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Riddim Collision 2015 : Clark et Blanck Mass, mutants après tout

MUSIQUES | À l'affiche d'une 17e Riddim Collision en tout point formidable, les Britanniques Clark et Blanck Mass ont suivi depuis leurs débuts un cheminement similaire, d'une annihilation pure et simple de la notion de pulsation à son rapiéçage frankensteinien. Développant, indirectement, une vision apparentée d'un devenir mutant de l'Humanité. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 3 novembre 2015

Riddim Collision 2015 : Clark et Blanck Mass, mutants après tout

Un jour, des implants cérébraux nous offriront la possibilité de télécharger les compétences de notre choix à la volée. Un jour, des bio-imprimantes nous permettront de remplacer en un tour de clavier les organes endommagés par nos excès. Un jour, grâce à des prothèses robotiques, nous pourrons nous affranchir des limitations physiques que Mère Nature nous impose arbitrairement. Bref, un jour, nous serons tous de parfaits fantasmes kraftwerkiens, hommes-machines figés dans une éternelle béatitude de synthèse. C'est en tout cas ce qu'affirme le transhumanisme, ce courant intellectuel prônant l'amélioration des capacités humaines par la science et la technique. Pour l'heure, la réalité est un peu moins glamour. Obésité galopante, affaissement musculaire à force de sédentarité, crainte croissante des défaillances radioactives : l'Homme est plutôt parti pour ressembler au Master, le grand méchant du jeu de rôle post-apocalyptique Fallout, repoussant tas de chair connecté prônant l'Unité, autrement dit le perfectionnement et la dépersonnalisation de l'espèce humaine par la mutation génétique. Longue vie à la nouvelle chair La particul

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Le Démon d'or vous entraîne au bout de la nuit

MUSIQUES | «L’accès au festival se fait uniquement par la commune de Limonest car la route de la Glande est en sens unique» prévient le site du Démon d'or. (...)

Benjamin Mialot | Mardi 23 juin 2015

Le Démon d'or vous entraîne au bout de la nuit

«L’accès au festival se fait uniquement par la commune de Limonest car la route de la Glande est en sens unique» prévient le site du Démon d'or. Indirectement, le ton est donné : on ne se rend pas là-haut pour se tourner les orteils, surtout que la programmation de l'édition 2015 de cette chasse aux fantômes de l'ennui en milieu bucolique est particulièrement gratinée. Notamment en matière de musiques à danser, via la présence d'une flopée de Lyonnais bien connus de nos services, selectors au goût sûr (Fabylicious, Freakistan, Boulimix...) ou jeunes talents à bon droit (Submarine FM et son post-dubstep aux reflets d'argent, le dompteur de beats Groove Sparkz, le quatuor de trip-hop de chambre Wild Wild Waves), mais aussi et surtout grâce à une carte blanche au collectif Encore au cours de laquelle la techno se déclinera sur tous les tons, du hardcore cybernétique de Manu le Malin à l'ambient molletonnée de Benjamin Damage. C'est toutefois côté hip-hop, qu'on l'aime détendu

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Melody

ECRANS | De Bernard Bellefroid (Belg-Fr-Lux, 1h32) avec Rachael Blake, Lucie Debay…

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Melody

Melody est coiffeuse à domicile et, en attendant de réunir les fonds pour s’acheter son salon, dort dans les cages d’escalier bruxelloises. Contre une forte rémunération, elle accepte de porter l’enfant d’Emily, une riche Anglaise, après avoir subi l’insémination en Ukraine. Bernard Bellefroid choisit d’abord de laisser planer le doute sur l’identité réelle et les motivations profondes de Melody : mythomane, calculatrice ou simplement paumée, elle passe de l’ingénue à l’intruse dans la maison lorsqu’elle s’installe de force chez son hôte, entre chantage et manipulation psychologique. Cette première partie n’est pas mal du tout, car elle refuse conjointement le film à sujet (les mères porteuses) et les explications simples. Ensuite, tout s’effondre : la révélation de la maladie d’Emily, des origines familiales de Melody et la lourde symbolique de filiation / adoption / (re)naissance qui en découle plonge le film dans des abîmes lacrymaux et psychologisants, révélant sa vraie nature de mélodrame pataud. Seule l’étonnante Lucie Debay, le genre de comédiennes qui tapait dans l’œil des frères Dardenne avant qu’ils ne leur préfèrent des stars installées,

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Les soirées du 1er au 7 avril

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la nuit Voyage Direct au Transbo, Teki Latex au Petit Salon et Ben Sims / Robert Hood au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 31 mars 2015

Les soirées du 1er au 7 avril

03.04 Voyage Direct Label Night Désormais qu'on ne peut même plus faire confiance aux pilotes allemands, la façon la plus sûre de découvrir un pays est encore de s'y projeter mentalement. Ça tombe bien, c'est ce que proposent Art Feast et le Transbordeur cette semaine, le temps d'une nuit consacrée au label Rush Hour, institution néerlandaise de la house des années 2000, et plus précisément à son émanation localiste Voyage Direct. Seront aux commandes Maxi Mill, Boris Werner et surtout Tom Trago, le boss de l'imprint en question – et accessoirement l'un des plus fins connaisseurs des musiques fiévreuses (funk, disco, boogie...).

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Les chants des machines

MUSIQUES | Pour les gens de la musique électronique, l'image et la lumière ne sont (trop) souvent que des placebos pour laptopgazer – comme on parle de shoegazers (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 février 2015

Les chants des machines

Pour les gens de la musique électronique, l'image et la lumière ne sont (trop) souvent que des placebos pour laptopgazer – comme on parle de shoegazers pour les guitaristes obnubilés par leurs pédales d'effet – souffrant d'une sévère carence de charisme. D'une certaine manière, le Mirage Festival inverse ce rapport de subordination, investissant Le Sucre pour deux showcases conçus comme des soirées d'appel destinées à attirer l'attention sur les sections moins intelligibles du festival. Le compromis s'arrête là, Monkeytown et Crème Organization, les deux labels à l'honneur de ces soirées, comptant parmi les plus insaisissables du Vieux Continent. Le premier, tanière de Modeselektor, par la polissonnerie – qu'on pourrait ici orthographier avec un y – avec laquelle ses pensionnaires, en l'occurrence Bambounou et le solaire Benjamin Damage, se jouent des codes de la techno. Le second, fondé à Amsterdam voilà tout juste quinze ans par DJ TLR, par sa propension des siens (y compris les petits derniers, Marquis Hawkes et Innershades), émulée depuis par L.I.E.S., à avilir la h

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The Smell of Us

ECRANS | De Larry Clark (Fr, 1h28) avec Lucas Ionesco, Diane Rouxel…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Smell of Us

The Smell of Us marque un brutal coup d’arrêt dans la carrière cinématographique de Larry Clark, jusqu’ici brillante. Pourtant, il n’y a a priori ici qu’une tentative de transposer ses obsessions dans le Paris d’aujourd’hui : l’adolescence, le skate, le sexe hédoniste et sans tabou… Mais d’un seul coup, tout sonne faux, pompeux et, disons le mot, malsain. Car Clark, qui jusqu’ici avait réduit les adultes à des figures de parents dépassés ou irresponsables, se pique soudain de mettre en scène sa propre vieillesse et son attirance pour les jeunes gens à travers des séquences d’un voyeurisme embarrassant, où il s’agit avant tout de se rincer l’œil face aux torses imberbes et aux entrejambes de ses ados. Qu’un des personnages principaux s’adonne à la prostitution pour se payer ses doses de coke l’autorise à filmer des séquences assez abjectes, notamment celle où un vieux pervers lui suce goulûment les orteils. Quoique, tout cela est aussi parfaitement ridicule, les dialogues, partiellement improvisés par les comédiens, ressemblant à une parodie du langage djeun’s, et les différents supports — téléphones portables, Internet — produisant une bouillie visuelle

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Insomniaque - Soirées du 19 au 25 novembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le lancement du magazine "Sottises", Rrose au DV1 et Fred P au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 novembre 2014

Insomniaque - Soirées du 19 au 25 novembre

20.11 Rrose 1920 : Marcel Duchamp s'invente un alter ego féminin chapeauté, Rrose Sélavy. Un demi-siècle plus tard, un mystérieux Californien lui emboîte le pas. A la différence que ce ne sont pas des aphorismes érotiques que Rrose conçoit dans le secret de sa frange, mais des chefs-d’œuvre de techno mercuriale – en cela qu'ils n'ont de cesse, de ramdams métalliques en textures sonnantes non identifiées, de monter en puissance et en sophistication, jusqu'à menacer de vous faire imploser la fiole façon Scanners. Non, il ne touchera pas non plus aux pissotières du DV1. 21.11 The Cosmic Adventure Que la nature ait horreur du vide, le New-yorkais Fred P n'en a rien à secouer. Au contraire : c'est parce qu'il est resté fidèle aux fondamentaux de la deep (intériorisation, simplicité), non sans les nimber d'une noirceur lo-

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La Planète des singes : l’affrontement

ECRANS | Cruelle déception : cette deuxième partie censée expliciter les origines du récit de Pierre Boulle ne possède ni l’efficacité, ni la puissance politique du premier volet, Matt Reeves se coulant dans le moule industriel du blockbuster estival. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

La Planète des singes : l’affrontement

Alors que personne ne misait un kopeck sur son éventuelle réussite, La Planète des singes : les origines avait séduit à peu près tout le monde par son mélange d’exploit technique et d’efficacité narrative, sans parler de son étonnant contenu politique, où les esclaves-singes se révoltaient contre leurs maîtres-humains. Rupert Wyatt et ses deux scénaristes, Rick Jaffa et Amanda Silver, avaient eu l’intelligence de coller aux codes du film de prison pour conférer à ce prequel la vitesse et la sécheresse des meilleures séries B. Dans un monde bien fait, on aurait dû en rester là et regarder en boucle ce modèle de divertissement intelligent. Mais la loi hollywoodienne exige qu’on ne laisse jamais un succès dormir sur ses deux oreilles… Wyatt au placard, remplacé par Matt Reeves, Jaffa et Silver cornaqués par le renégat Mark Bomback — le dernier Wolverine, le quatr

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Insomniaque - Semaine du 30 octobre au 5 novembre

MUSIQUES | Les 3 RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le "barathon" du Riddim Collision, Alto Clark au Kraspek Myzik et JD Twitch au Club Transbo. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 23 octobre 2013

Insomniaque - Semaine du 30 octobre au 5 novembre

31.10 Riddim Collision Lancée le 10 octobre, la quinzième édition du Riddim Collision connaitra son acmé les 8, 9 et 10 novembre au Transbordeur. Entre temps, le festival investira les pentes de la Croix-Rousse pour une sorte de barathon, durant lequel se produiront simultanément une quinzaine de formations (au Trokson, aux Valseuses, aux Capucins, au Buffet Froid et au Kraspek Myzik). Parmi elles, le one-man-band qui en a sous la pédale d'effet Jessica93, les métalleux a

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Insomniaque - Semaine du 18 au 24 mars

MUSIQUES | 19.09 Art Feast LovesQui dit rentrée dit nouveau projet. En attendant de vous parler du nôtre dans notre prochain numéro, un mot sur celui d'Art Feast : la (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 11 septembre 2013

Insomniaque - Semaine du 18 au 24 mars

19.09 Art Feast LovesQui dit rentrée dit nouveau projet. En attendant de vous parler du nôtre dans notre prochain numéro, un mot sur celui d'Art Feast : la création d'un label qui, a raison d'une sortie tous les deux mois, poursuivra à l'échelle européenne le travail de promotion de la scène house locale que l'association mène depuis bientôt cinq ans. Une nouvelle résidence à La Marquise marquera le coup dès cette semaine, avec la complicité d'une discrète et néanmoins influente figure des nuits techno berlinoises (derrière les platines du Bar 25 puis du Kater Holzig et aux manettes du label Suol) : Mutlu. 20.09 Haste

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La classe !

SCENES | Le maître s’est absenté cinq minutes dans le couloir, les enfants montent sur les tables et mettent le bazar. Sauf qu’avec le chorégraphe William Forsythe, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 24 mai 2013

La classe !

Le maître s’est absenté cinq minutes dans le couloir, les enfants montent sur les tables et mettent le bazar. Sauf qu’avec le chorégraphe William Forsythe, la maîtrise demeure patente, même dans l’accident et le fragment, et les quatorze interprètes de One Flat Thing, Reproduced, pièce créée en 2000 et transmise au Ballet de l’Opéra en 2004, prennent des risques à des vitesses virtuoses. Evoluant dans un quadrillage austère de seize tables, parmi ses interstices ou sur ses surfaces éphémères, ils semblent, à la fois et paradoxalement, mus par une certaine sauvagerie électrique et par une mécanique précise et aigue. La contrainte mobilière dédouble la cisaille des mouvements, fragmente les corps, hache la chorégraphie, découpe des plans acérés, dangereux, excitant aussi de nouveaux gestes. «Ce qui m’intéresse, c’est ce qui reste du mouvement, pas le mouvement lui-même, pas le mouvement pour le mouvement, mais ce qu’il signifie, le sens qu’il révèle, avec les à-côtés, les débris, les résidus, les différentes couches, la prolifération autour… Sa disparition et sa résurgence… », déclare Fors

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Nuits Sonores 2013 - Jour 1

MUSIQUES | Après un warm up aussi vert et bon enfant qu'une réunion de fruits Oasis et une inauguration moins guindée que celle de l'an passé, Nuits Sonores 2013 est entré hier dans le vif du sujet. Retour sur une première journée qui, bien que déséquilibrée, n'a pas été avare en torgnoles soniques. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 9 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 1

La tentation était trop grande, y céder n'a pas été sans conséquences : programmés sur la scène principale des Subsistances, l'illustre Carl Cox (qui se produisait pour la première fois au festival) et le fidèle Laurent Garnier ont vampirisé la quasi totalité du public du premier NS Days, jusqu'à imposer au personnel de sécurité l'improvisation, à l'entrée d'une verrière rapidement devenue impraticable, d'un système de file d'attente. On pourrait le déplorer. On pourrait si ces deux "dinosaures" n'avaient pas d'ores et déjà assuré deux des prestations les plus mémorables de Nuits Sonores 2013, le premier dans le registre fédérateur et bouncy qui a fait sa réputation, le second avec l’œcuménisme et la passion qu'on lui connaît depuis maintenant neuf éditions. On pourrait si ce monopole avait empêché les Bordelais de J.C.Satàn, chefs de file du renouveau garage, de livrer un concert survolté et poisseux, et les Strasbourgeois de Electric Electric de prouver qu'avec ou sans Colonie de vacances, ils comptent parmi les faiseurs de bruit les plus excitants du pays.

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Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 4. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 20 mai 2012

Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

Trois sur neuf. Nous n'avons deviné les noms que de trois des neuf invités qui, hier, se sont relayés jusqu'au petit jour aux platines de la secret stage des anciennes usines Brossette. Même pas la moyenne. Nulle incompétence derrière ce pronostic de parieur mutuel urbain du dimanche, seulement le reflet du crédit que l'on accorde à Nuits sonores. Quitte à éprouver des regrets là où tout ne devrait être que gratitude.     Stage divin Il faut reconnaître qu'Arty Farty nous a fait un beau cadeau avec ce secret stage, foulé dans l'ordre par Clara Moto, The Hacker, Gesaffelstein, Oxia, Dixon, un Ricardo Villalobos tout juste remis de son examen du très exigeant catalogue du label ECM aux Célestins, Brodinski, Agoria et Laurent Garnier. Reconnaître également que, même si nous étions en attente d'une surprise qui n'est jamais venue, d'un

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Nocturnes

CONNAITRE | Scénario et dessin : Clarke (Le Lombard)

Benjamin Mialot | Mercredi 25 janvier 2012

Nocturnes

Michael Bay bradant ses réserves de TNT pour autofinancer son premier marivaudage rohmerien. Justin Bieber enregistrant pour Sub Pop un disque de heavy psych. Epic Games retardant la sortie du prochain Gears of War pour développer un jeu de plates-formes conceptuel. Christian Audigier se donnant les moyens de décrocher un poste de directeur créatif chez Christian Dior. «Improbable !», «Je dirais même plus, impossible !», vous entend-on d'ici vociférer derrière vos moustaches en forme de consonnes. Et pourtant, c'est un virage aussi serré que vient de prendre le dessinateur Clarke avec Nocturnes. Comment ça qui ? Mais si, vous voyez bien, Mélusine, Mister President et Cosa Nostra, ces saillies premier degré option gros nez dont le jury du Festival International de la BD d'Angoulême se sert d'allume-feu pour la cuisson des farcis poitevins dont il se repait entre deux délibérations. Et ben c'est de lui. Ou plutôt c'était de lui, car désormais, on veillera à associer son nom à ce seul thriller introspectif, paru dans l'illustre collection Signé des éditions Le Lombard. D'abord parce qu'il s'y essaye au réalisme avec un

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Le bonheur est dans le précaire

ARTS | Dans les œuvres de Daniel Clarke en 2005, le soleil brillait, les couleurs éclataient et la chaleur faisait vibrer l'atmosphère des plages et des (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 décembre 2011

Le bonheur est dans le précaire

Dans les œuvres de Daniel Clarke en 2005, le soleil brillait, les couleurs éclataient et la chaleur faisait vibrer l'atmosphère des plages et des jardinets. Non sans qu'une inquiétante étrangeté ou une présence un peu morbide sourdent ici ou là, Daniel Clarke se faisait connaître comme un peintre du bonheur et des scènes de vie familiale. «L'une des démarches qui m'a toujours intéressé, déclare l'artiste dans un entretien, est l'idée que, comme Morandi, si l'on aiguise un sujet en particulier, que ce soit des bouteilles ou mes enfants ou ma femme et que l'on travaille suffisamment cette idée, durant assez longtemps, cette idée particulière s'ouvrira comme une fleur géante». Et parmi ses œuvres récentes, une grande fleur vaginale s'ouvre concrètement aux côtés d'une statue d'Aphrodite et d'un enfant. La sexualité, l'étrangeté, la tension au sein de la banalité se font aujourd'hui de plus en plus intenses, de plus en plus visibles. «Je veux apporter à mes œuvres des compositions plus oniriques et offrir à mes émotions plus de liberté, afin de montrer l'autre côté du miroir» dit encore Daniel Clarke. La pierre statuai

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Toast

ECRANS | De S. J. Clarkson (Ang, 1h32) avec Oscar Kennedy, Freddie Highmore…

Dorotée Aznar | Vendredi 30 septembre 2011

Toast

Genèse pop et nostalgique de la vocation de Nigel Slater, cuistot et critique culinaire anglais parfaitement inconnu de ce côté-ci de la Manche. Dans sa première partie, le film se révèle aussi passionnant qu’un biopic de Jean-Luc Petitrenaud ou Joël Robuchon pourrait l’être pour un spectateur scandinave. Le deuxième acte, focalisé sur la rivalité entre le héros et sa marâtre, se développe faiblement sur l’idée que la cuisine peut être le moyen de se lier à ses proches, quitte à les transformer de façon irréversible – mais pour le coup, cette absconse morale se dilue dans l’envie de plus en plus tenace de se goinfrer de tarte aux citrons meringuée. Les deux interprètes de Nigel Slater (enfant et ado), d’une fadeur dommageable, participent malheureusement pour beaucoup au désintérêt d’un film dont on a de plus en plus de mal à cerner les enjeux. En prenant tous ces éléments en compte, il faut d’autant plus louer la réalisation de S. J. Clarkson, artisan télévisuel chevronné dont il s’agit du premier long-métrage : élégante, inspirée, ingénieuse mais sans épate, la mise en scène de Toast parvient à élever un récit farouchement anodin et à en faire jaillir une émotion inattendue là

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Gainsbourg (vie héroïque)

ECRANS | Cinéma / Avec sa bio filmée de Serge Gainsbourg, le dessinateur Joann Sfar propose un portrait très personnel, à la fois intime et historique, de cette icône controversée de la culture nationale. Un premier film déroutant, dont les qualités et les défauts sont pris dans les mêmes plis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 janvier 2010

Gainsbourg (vie héroïque)

D’abord le sous-titre : "Vie héroïque". Puis l’accroche : «un conte de Joann Sfar». Ce Gainsbourg arrive entouré de deux précautions adressées au spectateur : la vie de Gainsbourg sur l’écran sera celle d’un héros, ce qui est le propre de tout biopic, notamment quand il s’attaque à des figures musicales mythiques, de Jim Morrison à Edith Piaf en passant par Ray Charles. Quant au conte, il dit la part d’invention que Sfar a prise avec la réalité du personnage public et privé — distinction qui, avec Gainsbourg, n’a pas grand sens. De fait, si le film est une œuvre extrêmement personnelle, une vision iconoclaste d’une icône controversée, il y a parfois en lui une étrange soumission aux scories de la biographie sur grand écran. Comme un papier plié méticuleusement mais qui, déplié, formerait un dessin aléatoire, "Gainsbourg (vie héroïque)" échappe aux jugements définitifs et oblige à l’examen attentif. Héros national Le film s’ouvre sur le jeune Lucien Ginzburg en pleine occupation allemande. Pendant que son père, immigré russe et musicien raté, l’oblige à jouer du piano, il se rêve en grand peintre français. Premier schisme intim

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Daniel Clarke, «J'ai passé une nuit entre la couleur et le papier»

ARTS | Avec Daniel Clarke (exposé à la galerie Françoise Besson jusqu'au 31 janvier), le bonheur au quotidien est aussi poignant et fragile qu'un château de sable (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 23 décembre 2009

Daniel Clarke, «J'ai passé une nuit entre la couleur et le papier»

Avec Daniel Clarke (exposé à la galerie Françoise Besson jusqu'au 31 janvier), le bonheur au quotidien est aussi poignant et fragile qu'un château de sable léché par une marée montante... Ses toiles ou dessins, influencés aussi bien par les Impressionnistes que par la peinture figurative américaine des années 1950-1960, vibrent de lumières, de couleurs vives et d'effets de matières presque tactiles. Les enfants, les amis, l'épouse, représentés à la campagne, en vacances, ou dans la solitude d'intérieurs douillets, semblent à la fois plongés dans un état de grande sérénité et menacés de disparition. La peinture leur donne une présence forte, mais elle coule aussi, s'étiole, se désagrège...

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Choke

ECRANS | De Clark Gregg (EU, 1h32) avec Sam Rockwell, Kelly McDonald…

Christophe Chabert | Mercredi 14 janvier 2009

Choke

Chuck Palahniuk, auteur du roman dont est tiré le film, a souvent grand mal à canaliser son imagination débordante. Partisan d’une écriture brute et sensorielle, il lui faut bien des cinéastes de la trempe de David Fincher (avec Fight Club) pour conférer une cohérence visuelle et thématique à ses délires narratifs vertigineux. Ce qui n’est malheureusement pas le cas de Clark Gregg, éternel second couteau hollywoodien qui s’essaie ici à la réalisation : comme tétanisé par son sidérant matériau de base (un obsédé sexuel, employé d’un parc historique et escroc à la petite semaine, en vient à croire qu’il est une sorte de Messie déviant), Gregg s’engonce dans une mise en scène atone, où le champ / contrechamp est roi. Là où le roman parvenait à maintenir vaille que vaille un cap dramatique, le film se contente d’une succession de vignettes faussement trash, se repose exclusivement sur ses (bonnes) performances d’acteurs, enfile les péripéties comme des perles. Au vu du potentiel d’un tel récit, on peut parler de gâchis… FC

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Une fiancée pas comme les autres

ECRANS | De Craig Gillepsie (EU, 1h42) avec Ryan Gosling, Patricia Clarkson…

Christophe Chabert | Vendredi 19 décembre 2008

Une fiancée pas comme les autres

Ryan Gosling est probablement l’acteur chouchou du festival de Sundance : il se cantonne surtout à des rôles difficiles, dans des productions indépendantes typiques de la politique de programmation du fameux raout select de Robert Redford – des œuvres sur des sujets de société fort, mais pas trop frondeuses quand même, hein... Après avoir mollement parlé de l’addiction dans Half Nelson ou du malaise social dans The United States of Leland, notre beau Ryan s’attaque ici au marasme affectif. Il campe Lars, vieux garçon vivant reclus dans sa bicoque juste à côté de son frère et de sa belle-sœur, dont le bonheur affiché le renvoie en permanence à sa propre inadaptation. Il va pallier ce manque de façon inattendue : un beau jour, un colis arrive à son intention, introducing une poupée gonflable qu’il va présenter à toute la communauté comme sa moitié. Oublions un quelconque parallèle avec Monique de Valérie Guignabodet : le film de Craig Gillepsie s’attache surtout, dès lors, à décrire l’empathie de la population à l’égard de son doux cinglé, dont elle entretient la névrose avec une tendresse faisant l’essentiel de la force du film. Pour ce qui est du traitement de

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Le bonheur et ses ombres

ARTS | Expo / Avec une apparente simplicité, Daniel Clarke (né en 1971 aux États-Unis, il vit actuellement à Paris) peint ses enfants, sa femme, ses amis sur des (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 27 novembre 2008

Le bonheur et ses ombres

Expo / Avec une apparente simplicité, Daniel Clarke (né en 1971 aux États-Unis, il vit actuellement à Paris) peint ses enfants, sa femme, ses amis sur des plages estivales. Ses grands formats portent une attention toute particulière à la lumière (en cela influencés par les Impressionnistes), aux reflets, aux vibrations et aux mouvements diffus de la matière : embruns et flux sablonneux, brises suggérées… En maillots de bain et lunettes de soleil, les individus représentés semblent vivre un bonheur parfait et insouciant. Il l’est sans doute. Mais peu à peu se dégage des œuvres de Clarke un sentiment d’inquiétude et d’étrangeté : ses personnages se montrent presque toujours de dos ou de profil, les formes tremblent parmi des coulures de peinture, s’étiolent parfois, certains regards semblent absorbés, absents… Que se cache-t-il donc au milieu des rires et des jeux, sous les verres fumés, derrière les nuques ou de l’autre côté des visages ? Une angoisse diffuse sans doute, un sentiment de fragilité et de finitude, le goût acide de l’éphémère. Dans le saisissant tableau Walla Walla dream, on ne remarque pas immédiatement ce personnage en peignoir multicolore qui s’interpose entre deux

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Black christmas Bob Clark Wild side

ECRANS | En 1974, le Canadien Bob Clark fait faire un pas de géant au cinéma de terreur avec ce Black Christmas. Dans une pension pour jeunes étudiantes, un mystérieux (...)

Christophe Chabert | Vendredi 31 octobre 2008

Black christmas
Bob Clark 
Wild side

En 1974, le Canadien Bob Clark fait faire un pas de géant au cinéma de terreur avec ce Black Christmas. Dans une pension pour jeunes étudiantes, un mystérieux tueur visiblement schizophrène a décidé de trucider une par une ses habitantes. Comme dans tous les films qui reprendront les règles de ce slasher séminal, la question centrale est où est-il ? Le film répond dès l’ouverture par un plan en caméra subjective où l’assassin s’introduit dans la pension. Mais la force de la mise en scène consiste à ne pas dessiner trop clairement la géographie de la maison, si bien qu’il y a toujours un angle mort d’où le tueur peut surgir. D’ailleurs, il ne surgit jamais, et c’est l’incroyable culot de Black Christmas : assassin aux voix multiples mais sans corps ni visage, il est jusqu’au bout un danger abstrait et insaisissable. Carpenter reprendra dans Halloween l’idée de cette menace fantôme qui rôde derrière les plans, dans ses amorces ou dans son hors champ. Pour Clark, le slasher est aussi l’occasion de mettre à mal l’hypocrisie puritaine de l’époque : rejet de l’avortement, stigmatisation des drogues douces, crainte de la mixité et de l

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