Les nombrils du monde

MUSIQUES | Duo perpignanais parti à la conquête de l'Amérique avant même qu'on ait entendu parler de lui en France, The Limiñanas se pointe déjà avec son troisième album, une allure dingue et une geste musicale quasiment indescriptible faite de psychédélisme cinématographique et de spectres yéyé multicolores. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2014

A la question «où se trouve le centre du monde ?», chacun répondra à peu près : «quelque part autour de mon nombril» ou «dans ton coeur» (pour les plus polis). Salvador Dali, lui, situait ce lieu primordial du côté de la gare de Perpignan. Ensuite, Cali – a-t-on noté qu'une seule lettre et une place dans l'alphabet sépare les patronymes de ces deux "génies" ? – est venu tout saloper et transpirer des cheveux en gueulant «C'est quand le bonheur ?», on a eu envie de mourir sans avoir été heureux et on n'a guère plus regardé Perpignan que légèrement de travers.


Puis sont arrivés les Limiñanas. Bon, ne nous cachons pas derrière le petit doigt de la lorgnette, en France, Lionel et Marie Limiñana sont aussi connus du grand public que Cali est étudié à l'IRCAM ou à la Berklee Academy, mais les States, cet Eldorado pour lequel on abandonne sans peine son ego hexagonal, les adorent. Leurs vinyles font un tabac – un petit tabac, genre bar-tabac de village mais quand même –, ils sont la preuve qu'il y a une vie avant et après Get Lucky.

Pas très drogue


Sans doute faut-il y voir les effets de ce côté
frenchy but chic qui n'a pas oublié de s'empiffrer de Nuggets – les compilations garage, pas les pépites de crypto-poulet –, de s'abreuver de soul fumante, de voir la vie en technicolor filmée par Tarantino. Quand, en 2010, ils chantent Je ne suis pas très drogue, il y a de quoi se trouver confus. C'est Brigitte Bardot barjot mangeant du phoque à La Madrague, Gainsbourg vapotant comme un auto-cuiseur, Dutronc en chemise à fleurs, Antoine Doinel qui joue du tambourin, le Brian Jonestown Massacre à la Chance aux Chansons, Otis Redding à la fête de la loutre. C'est yéyé et c'est «No, no, no», comme le chantait Miss Maison du Vin. C'est Nouvelle Vague et c'est écume multicolore. C'est la France frontalière de l'Espagne mais aussi du monde entier. C'est une «Mercedes déglinguée» transformée en Ford Mustang.


Tout le programme est déroulé sur le "name-droppant" et "Patrick-Coutinesque"
Votre côté yéyé m'emmerde sur le terrrrible Costa Blanca, sorti l'an dernier. The Limiñanas, qu'on ne s'y trompe pas, roule à peu près un million de mécaniques à la seconde. C'est compris dans le prix du trip. Et puis comme disait Dali : «Attention,  à jouer au génie, on risque de le devenir».
 

The Limiñanas [+ Magnetix]
Au Clacson, samedi 15 février


Liminanas + Magnetix

Psyché rock yéyé + garage
Le Clacson 10 rue Orsel Oullins
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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The Limiñanas : « Les dogmes ne nous intéressent plus »

Rock | Avec Shadow People, un disque détonnant produit par Anton Newcombe, le meilleur groupe garage catalan du monde, The Limiñanas, a livré en début d'année son album le plus abouti, le plus libre, et peut-être le plus personnel. Et frappé un gros coup dont les secousses se propagent à très grande vitesse dans le paysage rock. Entretien avec M. Limiñana avant leur passage à L'Epicerie Moderne.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mars 2018

The Limiñanas : « Les dogmes ne nous intéressent plus »

Sur cet album vous avez travaillé pour la première fois avec un producteur et non des moindres, Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre. Comment a-t-il influé sur votre manière de travailler, vos habitudes et surtout votre son qui n'a jamais été aussi percutant ? Lionel Limiñana : La première fois qu'on est allé à Berlin, je lui ai amené toutes les rythmiques et la plupart des mélodies, des riffs en tout cas. Nous attendait là-bas une ingé son, Andrea Wright, qui a produit des gens aussi différents que Black Sabbath, Echo & the Bunnymen, quelqu'un qui sait enregistrer une batterie et une guitare. On a commencé par reprendre toutes les rythmiques de Marie et là, déjà, j'ai senti que le disque prenait de l'épaisseur par rapport à ce que j'aurais fait. On a commencé à travailler sur cette base-là, Andrea, Marie et moi. Anton se baladait dans l'appart', il entrait, écoutait de l'extérieur et balançait un riff ou un arrangement de mellotron. Ça s'est monté par petits bouts avec des interventions d'Anton qui avait toute

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Disquaire Day : Vinyl, Vidi, Vici

Top 10 | Entre une réédition d'A-ha et un disque de Xiu Xiu jouant la musique de Twin Peaks, le Disquaire Day, c'est plus de 200 références tous azimuts, toutes périodes, inédits, rééditions, collector, attrape-couillons, ayant pour seul point commun le support aussi authentiquement vinyl que le toupet de Dick Rivers. On y a subjectivement picoré dix petites perles pour la bonne bouche.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 avril 2016

Disquaire Day : Vinyl, Vidi, Vici

Allen Toussaint – Live in Philadelphia 1975 (Rhino) Parce qu'il n'y a pas plus bel hommage à rendre au king of New Orleans, qui nous a quitté en novembre, que de se déhancher sur ces titres saisis sur le vif dans la cité de l'Amour Fraternel, quarante ans avant sa mort. Big Star – Complete Columbia : Live a University of Missouri 4/25/93 (Columbia) Avril 1993, les mythiques inventeurs de la power pop se reforment (partiellement) à Missouri University. Un live mythique ici réédité, remasterisé et agrémenté de cinq inédits. David Bowie – The Man Who Sold the world, picture disc 12'' (Parlophone) On ne va pas épiloguer. On tombe dessus, on achète ce disque (un sublime vinyl peint et une pochette ad hoc), quitte à vendre le monde. Elvis Presley – I'm Leavin : Elvis Folk Country (Sony Music) De Dylan à Gordon Lightffoot, voici rassemblés les divers enregistrements folk du king entre 1966 et 1973. Florence & the Machine – Delilah/Only Love can break your heart 7'' (Island)

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Limiñanas/Comelade : crème de la crème catalane

MUSIQUES | Comme il était temps que se réunissent sur disque les garagistes vintage de Limiñanas et leur génial ami bricoleur Pascal Comelade ! Ce fut fait en 2015 avec Traité de Guitarres Triolectiques. Comme il était temps aussi qu'ils montent une dream team catalane sur scène, pour nous montrer leur bric à branque.

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 février 2016

Limiñanas/Comelade : crème de la crème catalane

« Attention, à jouer au génie, on risque de le devenir ». Ainsi finissions-nous il y a deux ans un article consacré aux Limiñanas, duo garage des environs de Perpignan, mettant ainsi leur destin dans la bouche de Salvador Dali (Cali, Perpignanais lui aussi, n'étant pas disponible). On ne va pas vous dire que les Limiñanas sont devenus les génies pour lesquels leurs disques fiers à bras et désinvoltes, leur j'm'enfoutisme pas vendeur, donnaient l'impression qu'ils se prenaient. Leur étonnant succès US semblait le confirmer, quand en France ils étaient quasi inconnus – cela va changer on vous l'annonce avec la sortie de Malamore en 2016. Même si dans leur genre, inclassable et incassable, ils sont assez géniaux – ce qui n'est pas tout à fait pareil. À défaut de devenir tout à fait ce génie, Lionel et Marie Limiñana ont eu l'idée – de génie – d'aller à la rencontre (ou peut-être est-ce l'inverse ? Ou peut-être sont ils allés l'un vers l'autre) d'un autre génie Catalan. Non, toujours pas Cali, mais Pascal Comelade. Catalan casanier comme eux en même temps que, comme eux, increvable voyageur musical, brocanteur esthétique, bavard mutique

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Nuits Sonores 2013 - Jour 4

MUSIQUES | Nuits Sonores, c'est terminé. Déjà ? Déjà. A se demander si un an d'attente pour quatre jours de réjouissances, ce n'est pas un peu cher payé. Au vue de la somme de glorieux souvenirs que nous avons emmagasinés lors de la dernière journée de cette édition 2013, on peut vous affirmer que ça ne l'est pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 12 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 4

N'eut été la présence de Tale of Us et des Raveonettes à son générique, nous n'aurions sans doute pas mis les pieds au quatrième NS Days, histoire de rassembler le peu de forces encore à notre disposition avant le bouquet final. Sans surprise, nous l'aurions amèrement regretté. Car si le duo italien a signé un set à la hauteur de sa précédente prestation lyonnaise (un mix marathon de 4h au Club Transbo en décembre dernier) et si la loud pop spectorienne du duo danois a été au cœur de l'un des concerts les plus troublants – de sensualité et de puissance - de cette édition, c'est un quasi-inconnu qui a livré la prestation la plus inattendue : Squeaky Lobster, producteur bruxellois dont l'abstract hip hop kaléidoscopique, à défaut d'avoir emporté l'adhésion de l'audience, nous a pour notre part durablement scotché. Les "Lee Hazlewooderies" saturées des Liminanas, le rock'n'roll high energy des Mojomatics et les collisions métalliques de The Hacker (qui a remplacé à la dernière minute le pauvr

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