Postmoderne jazz

MUSIQUES | Rock star du jazz, en rupture avec les codes maison, Brad Mehldau a su s'offrir une place au soleil avec comme atout majeur sa singularité, entre sensibilité exacerbée et goût affiché pour la postmodernité au détriment de tout classicisme. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 25 février 2014

On taquinerait probablement le cliché en affirmant que le pianiste tatoué à gueule de rock star Brad Mehldau est l'enfant terrible du jazz. Combien le jazz a-t-il d'ailleurs compté d'enfants terribles ? A peu près tous les plus grands de la discipline. Et pourtant on n'est pas loin de la vérité pour un musicien qui a toujours pris soin d'éviter les écueils de la geste jazz, ne prêtant serment d'allégeance que selon ses propres termes et contribuant à populariser le genre bien au-delà de son public habituel.


C'est avec Art of the Trio – avec Larry Grenadier déjà, contrebassiste, de Joshua Redman, autre prodige, du saxophone cette fois, révélé dans les 90's – que Mehldau se paie une place de choix dans le périmètre jazz. Mais en bordure de ce périmètre. Car l'enfant d'Hartford, Connecticut, n'entend pas se départir de son naturel romantique et mélancolique, hérité d'une enfance douloureuse et d'une formation classique très portée sur Brahms.

Dialectique


En trio ou en solo, comme sur le très beau Largo, le territoire de Mehldau est celui de la sensibilité et de l'interprétation, d'une capacité à émouvoir que ne fait que renforcer la dialectique très précise qu'articule le pianiste à la frontière du formalisme le plus structuré et de la savante dose d'improvisation qui vient s'y greffer. Le tout à la recherche d'une épure qui va à l'encontre des tentations ramenardes inhérentes à tout virtuose – il est doté de la capacité de jouer une mélodie de la main droite, une autre de la main gauche, le tout à un tempo différent. Pourquoi se placer dans le sillage des grands anciens au seul risque d'être retourné par une vague quand on peut tracer son propre sillon ?


C'est donc dans ces ornières que Mehldau va chercher le jazz, dans l'expression qu'il entrevoit sa propre créativité. Comme lorsqu'il reprend des classiques non-jazz qui deviennent ses propres standards tels, parmi des dizaines, d'autres Paranoid Android de Radiohead, River Man de Nick Drake ou Martha My Dear des Beatles, mais aussi Jimi Hendrix, Elvis Costello, Sufjan Stevens ou... Alice Cooper. Avec son trio, aujourd'hui complété par Jeff Ballard à la batterie, Mehldau a ainsi été l'un des premiers, si ce n'est le premier, à introduire la pop moderne – celle qui a commencé avec l'avènement des Beatles – dans le jazz. Pas étonnant : enfant, il rêvait d'être une rock star.


 

Brad Mehldau Trio
A l'Auditorium de Lyon, dans le cadre du Off d'A Vaulx Jazz, mardi 4 mars


Brad Mehldau trio


Auditorium de Lyon 149 rue Garibaldi Lyon 3e
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«Un volcan s’éteint, un être s’éveille» dit le célèbre adage publicitaire. Il est pourtant des volcans qui ne s’éteignent jamais, ou plutôt continuent à faire jaillir boules de feu, laves et fumerolles bien longtemps après leur ultime éruption. C’est en tout cas ce que s’est dit cette année A Vaulx Jazz, au moment de s’atteler à une programmation qui, tout en faisant la part (très) belle aux pianistes (Craig Taborn, Robert Glasper, Sophia Domancich, Giovanni Mirabassi…) et aux voix (Sandra Nkaké, LaVelle et même Yasiin Bey/Mos Def !...) tout en continuant d’explorer des genres cousins ou non – folk, blues, funk, flamenco, électro – à coups de grands noms (Bill Frisell, Zombie Zombie, C. J. Chenier…) a décidé de se lancer dans la volcanologie musicale. Métaphoriquement s’entend. Encore que… Car les volcans en question sont bien entendu sonores – et d’ailleurs la plupart d’entre eux n’ont probablement jamais vu et encore moins bu une goutte de Volvic, de Quézac ou d'eau ferrugineuse de leur vie. Et ce sont à la fois leurs fantômes, leur souvenir et leurs ravages qu’on célébrera ici. Ils sont au nombre de quatre : Miles Davis, Nina Simone, Iggy Pop et John Zorn.

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