Au-dessous des volcans

MUSIQUES | Points culminants d'une édition d'A Vaulx Jazz centrée sur le piano et la voix, ce sont quatre volcans monumentaux de l'histoire musicale qui rendront A Vaulx Jazz visibles de très loin. Éruption imminente, dans un Centre Charlie Chaplin qui promet de bouillir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

«Un volcan s'éteint, un être s'éveille» dit le célèbre adage publicitaire. Il est pourtant des volcans qui ne s'éteignent jamais, ou plutôt continuent à faire jaillir boules de feu, laves et fumerolles bien longtemps après leur ultime éruption. C'est en tout cas ce que s'est dit cette année A Vaulx Jazz, au moment de s'atteler à une programmation qui, tout en faisant la part (très) belle aux pianistes (Craig Taborn, Robert Glasper, Sophia Domancich, Giovanni Mirabassi…) et aux voix (Sandra Nkaké, LaVelle et même Yasiin Bey/Mos Def !...) tout en continuant d'explorer des genres cousins ou non – folk, blues, funk, flamenco, électro – à coups de grands noms (Bill Frisell, Zombie Zombie, C. J. Chenier…) a décidé de se lancer dans la volcanologie musicale. Métaphoriquement s'entend. Encore que…

Car les volcans en question sont bien entendu sonores – et d'ailleurs la plupart d'entre eux n'ont probablement jamais vu et encore moins bu une goutte de Volvic, de Quézac ou d'eau ferrugineuse de leur vie. Et ce sont à la fois leurs fantômes, leur souvenir et leurs ravages qu'on célébrera ici. Ils sont au nombre de quatre : Miles Davis, Nina Simone, Iggy Pop et John Zorn.

Fun House

C'est Wallace Roney, ancien disciple du maître du cool, et un quintet très spécial, qui ressusciteront Miles Davis ("Miles Smiles", jeudi 20 mars), tandis que l'abyssale production de John Zorn sera décortiquée par le trio Medeski, Martin & Wood, associé à Nels Cline, que les amateurs de rock indé connaissent en temps que guitariste de Wilco, moins en tant que génie de l'improvisation (27 mars).

Mais sans aucun doute les deux soirées les plus incandescentes de cette édition 2014 d'A Vaulx Jazz seront-elles celles consacrées à Nina Simone et Iggy Pop. Pour la première, le rappeur Napoleon Maddox (Iswhat?), épaulé par les anglaises de The Boxettes, un ahurissant chœur féminin, a choisi non pas de rendre un hommage scolaire à la diva, mais d'en célébrer l'esprit frondeur, mariant, exemple parmi tant d'autres, beatbox et reprises de Leonard Cohen, c'est-à-dire s'autorisant à peu près tout ce qui se rapproche de la fulgurance libertaire de Nina ("A riot called Nina", le 21 mars).

On n'en trouvera pas moins dans ce qui sera l'un des projets les plus originaux du festival ; alors que l'on aurait pu s'attendre à la présence de Mister Pop c'est là encore de biais qu'A Vaulx Jazz s'attaquera le 26 mars à l'ascension de l'Iguane du Michigan. A l'initiative de Lionel Martin et son trio Bunktilt, on retrouvera ainsi Steve Mackay, puissant saxophoniste ténor qui, on l'a peut-être oublié, a contribué à donner tant de souffle au mythique Fun House des Stooges. Il s'agira pour les quatre musiciens de visiter l'insondable cratère stoogien à coups de joutes sax baryton-sax tenor qui devraient faire couler beaucoup de lave.

A Vaulx Jazz 2014
Au Centre Culturel Charlie Chaplin, jusqu'au 29 mars

Soirée gospel & Nina

A riot called Nina + La Velle Gospel Project
Centre culturel Charlie Chaplin Place de la Nation Vaulx-en-Velin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Soirée John Zorn music & Dreamers

Bill Frisell beautiful dreamers + Medeski Martin & Wood + Nels Cline & John Zorn Music
Centre culturel Charlie Chaplin Place de la Nation Vaulx-en-Velin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le dernier concert de Miles Davis à Jazz à Vienne édité en vinyle

Jazz | Quelques mois avant sa mort le 28 septembre 1991, le grand Miles Davis était sur la scène du Théâtre Antique, pour un quatrième passage à Jazz à Vienne. C'était un (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 11 juin 2021

Le dernier concert de Miles Davis à Jazz à Vienne édité en vinyle

Quelques mois avant sa mort le 28 septembre 1991, le grand Miles Davis était sur la scène du Théâtre Antique, pour un quatrième passage à Jazz à Vienne. C'était un 1er juillet, il y avait foule, et l'ambiance était au beau fixe : le trompettiste et son groupe étaient en osmose. La prestation avait alors été enregistrée, et refait surface par la grâce d'une collaboration entre le festival français et le label Rhino, spécialiste des rééditions, qui annoncent conjointement la publication d'un double vinyle et l'apparition sur les plateformes de ce live baptisé Merci Miles ! pour le 25 juin. Ashley Kahn a rédigé les notes de pochette et Bruno Tilley réalisé le design. Deux compositions de Prince avait été jouées ce soir-là et sont sur le disque, Penetration et Jailbait. Collector.

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Lionel Martin : rhino féroce

Jazz | C'est aux commandes d'un EP tellurique en faux Solo(s) entièrement enregistré en extérieur avec Bertrand Larrieu qu'est réapparu cet automne, sans jamais avoir pourtant disparu, le saxo tellurique de Lionel Martin à la conquête des vibrations du monde et de ses dimensions parallèles.

Stéphane Duchêne | Mercredi 9 décembre 2020

Lionel Martin : rhino féroce

Quiconque a un jour évoqué la personne de Lionel Martin aura souligné à quel point l'animal est singulier. Dans ses recherches musicales comme dans ses manières de les restituer et d'occuper le terrain, à commencer par la rue. Car c'est précisément, dans la rue, son jardin de grand enfant préféré que Lionel Martin est allé enregistrer son dernier projet. Un EP sobrement baptisé Solo(s). Après, entre deux embardées éthio-machinchose avec Ukandanz, un duo avec le pianiste bulgare Mario Stantchev à la remorque de la musique de Louis Moreau Gottschalk et un détour du côté de chez Count Basie et son Afrique, en compagnie de Sangoma Everett (un bon jazzeux est d'abord un jazzeux qui sait s'entourer), Martin est donc descendu en bas de chez lui — on exagère à peine — pour se livrer à une expérimentation

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Iggy Pop à Lyon en avril

Stooges | Increvable Iguane ! Quand la plupart de ses contemporains ont passé l'arme à gauche ou sont artistiquement rôtis, Iggy Pop est toujours aussi vaillant, (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 4 décembre 2019

Iggy Pop à Lyon en avril

Increvable Iguane ! Quand la plupart de ses contemporains ont passé l'arme à gauche ou sont artistiquement rôtis, Iggy Pop est toujours aussi vaillant, qui alterne entre sagesse bouddhique tongue-in-cheek (se souvenir de ses hilarants témoignages thé à la main dans le documentaire que consacra Jim Jarmusch aux Stooges) et sauvagerie musculeuse. Quand on pensait que son dernier disque Post pop depression s'avançait comme un testament, le Pop livrait cette année le flamboyant et exigeant Free où rugit mieux que jamais ou presque sa voix de crooner démâté, énième preuve que cet ancien grand allumé a décidément survécu à tous et à tout (se permettant même de faire réaliser un clip par Mac DeMarco qui pourrait être son petit fils). Eh bien le voilà en tournée et de passage à Lyon, en pompe gigantesque : à l'Amphi 3000 il livrera le 3 avril un set acoustique à la couleur très jazz raccord avec l'ambition esthétique de Free, justement. On vous dirait bien que c'est la

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Lionel Martin, un souffle continu

Jazz | Sax pas commun, label manager au plaisir, animateur de rues par tous temps, Lionel Martin s'engouffre à l'Ambuscade ce jeudi en compagnie de collègues de Ukandanz. Cuivré.

Sébastien Broquet | Mercredi 27 novembre 2019

Lionel Martin, un souffle continu

Vous le croisez dans la rue, devant l'Opéra de Lyon où il aimait à se poser avant travaux, donnant rendez-vous en ce spot qu'il appelle « son bureau », ou encore sur la passerelle du Palais de Justice, sax en bouche et pédales d'effets voisinant avec le sac de vinyles. Ou encore, dans une salle de concert style Périscope, croisant le fer avec Sangoma Everett, batteur mythique installé encore récemment du côté de Bellecour, qui œuvra derrière Dizzie Gillespie, Branford Marsalis ou Archie Shepp. Possiblement, vous l'avez vu gesticuler aux Nuits de Fourvière, en ouverture d'Iggy Pop, pour un concert resté mémorable car un poil bruitiste — son instrument l'avait lâché en cours de route. Vous l'avez sinon peut-être vu en squatt, à La défunte Miroiterie à Paris, où son pote Férid Kaddour, éditeur de Gilbert Shelton, lui avait fait rencontrer Steve McKay, autre grand dingo du saxo devenu mythique en tant que membre des séminaux Stooges au début des 70's. Ukandanz Lui, c'est Lionel Martin, m

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John Zorn, marathon man

Jazz à Vienne | Pour sa venue à Jazz à Vienne, le protée musical John Zorn ne fait pas les choses à moitié : cinquante œuvres tirées de ses Bagatelles, quatorze groupes sur scène et quatre heures de concert. Un marathon immobile à courir absolument.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 juin 2019

John Zorn, marathon man

Inclassable, voilà sans doute le seul terme qui permette de définir (et donc de ne pas définir) le travail du musicien d'avant-garde John Zorn. Saxophoniste alto, clarinettiste, pianiste influencé par la musique de compositeurs comme Charles Ives et John Cage, on pourrait dire que le New-Yorkais de 65 ans a touché à tout. Mais en réalité, il a fait plus que cela, ce qu'il a touché, il l'a creusé en profondeur, déconstruit et remodelé, comme lorsqu'il s'est attaqué à une relecture d'Ennio Morricone, encensée par le compositeur lui-même, a appliqué les trouvailles cinématographiques de Godard à la musique, réinterprété Ornette Coleman sous un angle punk hardcore, testé les limites « du format habituel du groupe de rock » au sein d'un combo comprenant notamment le guitariste Bill Frisell et le chanteur Mike Patton, puis avec Bill Laswell. Zorn a ainsi ratissé tous les genres possibles, de la country au grindcore, en passant plus tard par la musique klezmer, avec son groupe Masada, et les musiques classiques et mystiques. S'inspirant en grande partie des techniques de John Cage et du free jazz qui, chacun à leur manière, laisse

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Jazz en cascade : le programme de Jazz à Vienne

Jazz à Vienne | Une semaine après Fourvière, c'est au tour de Jazz à Vienne d'annoncer un programme d'autant plus touffu qu'il ne s'étale que sur une quinzaine du 28 au 13 juillet. En voici les grandes et incontournables lignes.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mars 2019

Jazz en cascade : le programme de Jazz à Vienne

16 jours, 250 concerts (dont les trois-quarts sont gratuits) et 1000 artistes. Voilà trois chiffres qui suffisent à résumer le force de frappe démultipliée de Jazz à Vienne. Impossible donc d'en faire la recension complète. Mais pour ce qui est de sa vitrine principale, le Théâtre Antique, le festival ouvrira comme chaque année les portes imaginaires par un concert destiné aux enfants des classes primaires, confié cette fois à Raphaël Imbert. Qui livrera une version de son très américain Music is my hope, primé aux Victoires du Jazz 2018 et qui déambule avec bonheur sur les traces de la soul et du gospel. Une belle entrée en matière dès 10h du matin, le 28 juin, qui précédera... Raphaël Imbert le soir-même mais au sein du projet Up Above My Head réunissant Camille, Sandra Nkaké et son initiateur Raphaël Lemonnier, qui revisite les black convict songs entonnés jadis dans les prisons du Sud des États-Unis par les repris de justice durant leurs travaux forcés.

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John Zorn, Chassol et Hocus Pocus programmés à Jazz à Vienne

Jazz à Vienne | Jazz à Vienne dévoile les premiers noms de l'édition 2019 et celui de l'auteur convié à réaliser l'affiche de la prochaine édition : Jacques de Loustal.

Sébastien Broquet | Mardi 20 novembre 2018

John Zorn, Chassol et Hocus Pocus programmés à Jazz à Vienne

Jazz à Vienne est définitivement passé dans une nouvelle ère : depuis l'arrivée à la coordination artistique de Benjamin Tanguy, une excitation nouvelle s'est instaurée à l'annonce de la programmation de ce festival créé en 1981 par Jean-Paul Boutellier. Déjà, par le renouvellement annuel du créateur de l'affiche, désormais à chaque fois un auteur de bande dessinée. Et pour 2019, il s'agit de Jacques de Loustal : autant dire l'un des plus crédibles pour associer son trait à la note bleue, lui qui fut longtemps un compagnon de route de Rock'n'Folk, dès la fin des 70's, où il rencontra Philippe Paringaux avec lequel il publia quelques merveilles d'albums tels que Barney et la Note bleue ou Kid Congo. L'ancien étudiant en architecture a aussi beaucoup œuvré du côté du polar, en compagnie de Jérôme Charyn, Dennis Lehane et Tonino Benacquista, publiant au total près de 80 ouvrages et collaborant toujours avec la presse, en particulier l'illustreThe New Yorker. Chassol et Brecht

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Comment ça va avec la douleur ? : "Rester vivant - méthode"

Aïe ! | de Erik Lieshout (P-B, 1h10) avec Iggy Pop, Michel Houellebecq, Robert Combas…

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Comment ça va avec la douleur ? :

De la douleur surmontée naît la création poétique. Tel est le postulat de l’essai signé par Michel Houellebecq en 1991, Rester vivant, méthode. Un bréviaire dont fait ici son miel Iggy Pop, jadis réputé pour ses performances scéniques limites conjuguant scarifications et auto-mutilations diverses. En vénérable pré-punk apaisé, l’Iguane s’emploie à lire devant la caméra quelques stances de l’ouvrage, à les commenter à la lumière de son parcours ; croisant sa propre vie avec celle d’autres artistes aussi marqués par la souffrance que lui. On y découvre les écrivains écorchés Claire Bourdin et Jérôme Tessier, ainsi que le vibrionnant peintre Robert Combas, témoignant tous de leur rapport intime à la maladie — schizophrénie, dépression ou autre plaie intérieure térébrante qu’ils ont convertie en carburant créatif. Et puis il y a dans un recoin du film, à son extrémité caudale même, un certain “Vincent“, artiste reclus absorbé par un grand œuvre mystérieux. Il s’agit du seul “personnage“ fictif de ce documentaire hybride, interprété par Houellebecq en personne. Visage rongé de

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Protomartyr de la cause

Rock | Dans une ville où le rock a toujours sonné différemment du reste de l'Amérique, Protomartyr fouille à grands coups de post-punk fracassant les décombres d'un Détroit économiquement rétamé. Et questionne, non sans émotion, la chute de l'Amérique toute entière dans les bras de Trump.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 avril 2018

Protomartyr de la cause

Dans le documentaire de Jim Jarmusch Gimme Danger, Iggy Pop rappelait combien le son des Stooges avait été modelé par le vacarme de l'industrie locale alors florissante, et notamment le "mega-clang" des presses industrielles de la machinerie automobile, explosant par delà les murs des usines. C'est aussi le son de Détroit, sa rumeur, que l'on entend sur les disques post-punk de Protomartyr, gang du cru, dont la totalité des membres s'est retrouvé au chômage en un claquement de doigts dans cette cité déclarée officiellement en faillite – ce qui leur a permis de se consacrer à plein au groupe. À ceci près que cette rumeur, ce son originel, résonnent bien différemment. Figurant la bande-son d'une ville où le rêve américain se serait retourné comme une crêpe avant de s'étaler sur un sol en proie au chiendent comme symbole d'une misère devenue incontrôlable. Vérité Ici, les guitares de Greg Ahee pleurent des larmes d'acier fondu, quand elles ne hurlent pas comme le corps d'un supplicié, comme le fant

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Direction O.S.L.Ø. pour le label Ouch! Records

Saint Fons Jazz | Ouch! Records, c'est un label, axé vinyles et dépourvu d'œillères, œuvrant sur les crêtes du jazz, là où le punk s'effiloche. Mené par le saxophoniste très stoogien Lionel Martin, rééditant des raretés de Louis Sclavis ou de Ukandanz (qui vient de s'arrêter), mettant en lumière l'illustre Louis Moreau Gottschalk, Ouch! s'offre un concert spécial sous patronyme O.S.L.Ø., réunissant pour le Saint-Fons Jazz la crème des musiciens du label, dont Louis Sclavis. Conversation.

Sébastien Broquet | Mardi 24 janvier 2017

Direction O.S.L.Ø. pour le label Ouch! Records

Lionel Martin : Je le trouvais trop long, le premier Ukandanz, en CD. Tu décroches. Trop d'intensité ! En vinyle, Yetchalal, tu l'as sur quatre faces, tu respires, tu retournes, et c'est reparti. Tu arrives à la fin, tu as le temps d'avoir encore faim. C'est aussi le sens du vinyle : la contrainte de temps. Expliquons : Ouch! Records, c'est donc un label, dédié au vinyle principalement, pour des éditions limitées à 500 exemplaires. Lionel Martin : L'histoire commence vraiment avec Ukandanz. Ce premier album méritait d'être remis en lumière, d'être découpé différemment. C'est mon préféré ! J'ai décidé de monter un label pour le ressortir, sous forme d'un bel objet, un peu de collection. Qui dit collection, dit jouer sur la rareté. Je suis collectionneur de vinyles, aussi : j'ai passé pas mal de samedis matin à me lever de bonne heure pour aller faire les brocantes. Je ne le fais plus depuis quatre ans, trop de monde, trop de professionnels : c'est stressant. Et les prix ont explosé. Ce qui me désespère, surtout quand des gens font de la spéculation sur des di

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A Vaulx, du jazz à foison

MUSIQUES | Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

A Vaulx, du jazz à foison

Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas Pourquery puis le Sun Ra Arkestra, les festivités ne s'arrêteront pas là. Enfin si, mais du moins ne commenceront-elles pas là. Dans la même série d'hommages à des artistes ou à des albums mythiques, devenue un peu par hasard l'une des marques de fabrique du festival vaudais, l'un des moments forts de cette mouture 2015 sera Over The Hills, création de l'iMuzzic Grand(s) Ensemble revisitant l'invisitable, à savoir l'opéra-jazz de Carla Bley et Paul Haines (au livret) Escalator Over the Hill, monument musical du tournant 60-70. Stéphane Kerecki et son quartet s'attaqueront eux à la musique de la Nouvelle Vague – également représentée par la projection de ce film free qu'est Pierrot le Fou qui témoigne de l'empreinte cinématographique du festival. Pour le reste, la thématique déployée par Á Vaulx Jazz tourne autour des «soufflants, des voix et des cordes» – ce qui est toujours, il faut bien le dire, un peu le cas. Où l'on

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Postmoderne jazz

MUSIQUES | Rock star du jazz, en rupture avec les codes maison, Brad Mehldau a su s'offrir une place au soleil avec comme atout majeur sa singularité, entre sensibilité exacerbée et goût affiché pour la postmodernité au détriment de tout classicisme. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 25 février 2014

Postmoderne jazz

On taquinerait probablement le cliché en affirmant que le pianiste tatoué à gueule de rock star Brad Mehldau est l'enfant terrible du jazz. Combien le jazz a-t-il d'ailleurs compté d'enfants terribles ? A peu près tous les plus grands de la discipline. Et pourtant on n'est pas loin de la vérité pour un musicien qui a toujours pris soin d'éviter les écueils de la geste jazz, ne prêtant serment d'allégeance que selon ses propres termes et contribuant à populariser le genre bien au-delà de son public habituel. C'est avec Art of the Trio – avec Larry Grenadier déjà, contrebassiste, de Joshua Redman, autre prodige, du saxophone cette fois, révélé dans les 90's – que Mehldau se paie une place de choix dans le périmètre jazz. Mais en bordure de ce périmètre. Car l'enfant d'Hartford, Connecticut, n'entend pas se départir de son naturel romantique et mélancolique, hérité d'une enfance douloureuse et d'une formation classique très portée sur Brahms. Dialectique En trio ou en solo, comme sur le très beau Largo

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Monsieur Propre

MUSIQUES | Légende précoce de la basse jazz-funk, producteur et compositeur pour Miles Davis avant la trentaine et king du slapping infernal, Marcus Miller est également auteur d'une œuvre solo fouineuse et groovy. A l'image de son dernier disque "Renaissance". Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 19 octobre 2012

Monsieur Propre

D'aucuns auraient tendance à penser que le slapping, cette méthode consistant à frapper les cordes d'une basse, qui envahit un temps la variété et le soft-rock, souvent pour le pire – on en a même vu chez François Feldman période Joue pas, est une technique quelque peu ringarde. Il suffit pour se défaire de cet a priori tenace de se plonger dans l'œuvre de Marcus Miller, mètre-étalon de la basse jazz-funk contemporaine. On s'apercevra au passage que les albums de bassiste peuvent aussi dépasser le simple cadre du culte de cet instrument rythmique, vaguement ornementé de quelques fioritures censées le mettre en valeur (trompette, saxo, piano, plus rarement appeau à canards). Peut-être parce qu'il a touché à plusieurs disciplines (chez Aretha Franklin, Elton John, Jean-Michel Jarre, Claude Nougaro) et aussi à d'autres engins (la clarinette et la clarinette basse notamment), Miller, musicien de studio reconnu on l'aura compris, n'est pas de ces ayatollahs-là et n'oublie pas de composer des morceaux sur lesquels la basse est certes partie prenante mais partie seulement. Sans doute parce qu'à la vingtaine, dans les années 80, le bassiste a beaucoup côtoyé, o

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Il n’y a que Miles qui Miles

MUSIQUES | La 31e édition de Jazz à Vienne se met sur son 31 pour commémorer les vingt ans qui se sont écoulés depuis la mort de Miles Davis et son ultime concert dans le théâtre antique. Un homme qui vaut bien deux soirées d’hommages. Un prénom qui évoque à lui seul l’épopée du jazz. Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 24 juin 2011

Il n’y a que Miles qui Miles

«L’année après ma naissance, une violente tornade a ravagé Saint-Louis. Peut-être suis-je encore animé par son souffle puissant. Il faut du souffle pour jouer de la trompette. Je crois au mystère et au surnaturel», peut-on lire dans Miles – The Autobiography. Croyait-il si bien dire ? Alors que l’on commémore cette année le vingtième anniversaire de sa mort, le souffle du maître est resté intact. Toujours aussi puissant, toujours aussi vivace. Pourtant son génie n’était a priori ni naturel, ni surnaturel – il était juste le fruit d’un amour inconditionnel pour la musique. Cultivé avec rigueur et persévérance tout au long de sa carrière, de son rang de simple trompette dans l’orchestre de Benny Carter au maestro accompli qu’il fut dans le Cool comme dans la fusion en Tutu. En ce sens, Miles Davis aurait pu paraphraser Simone De Beauvoir en affirmant qu’on ne naît pas génie : on le devient. Mais contrairement à l’écrivain pour qui le style, c’est généralement la musique, le Workin’ jazzman n’a eu de cesse de proclamer l’inverse. «La musique, c’est le style», disait-il. Et le sien était intense, visionnaire, d’une incroyable inventivité

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