Ainsi soit tif !

MUSIQUES | Grand mamamouchi de la scène garage qui sent des pieds et se nettoie les oreilles à la soude, Cheveu manque de surprendre avec "BUM", virage pop en trompe-l’œil et trompe-la-mort. A ceci près qu'avec Cheveu, rien n'est jamais vraiment surprenant. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 25 mars 2014

D'aucuns pensent que Cheveu est le meilleur groupe de rock français. Le seul peut-être qui vaille la peine de ne pas enterrer ce vocable, "rock français" donc, sous un tas de déchets radioactifs, quelques comptes de campagnes mal branlés et la recette du Coca-Cola, le tout en le maudissant, le rock français, jusqu'à la septième génération de la descendance de Shaka Ponk. Ceux-là ont un côté ayatollah, le doigt un peu nerveux sur la gâchette et la canette mais, à certains égards, ils n'ont pas tort.

Cheveu au moins, fier ambassadeur de Born Bad Records, est le chef de file d'une scène rock intransigeante et totalement désarticulée. Et c'est ce deuxième point qui, avant tout, importe. Voyons par exemple, ce que dit le webzine musical américain Pitchfork, dont la réputation de constipé du compliment n'est plus à faire mais dont le regard est toujours acéré. Il qualifie ainsi l'oeuvre de Cheveu d'«erratic», disant en un seul mot ce que le Français peut traduire par «irrégulier», «fantasque», «capricieux», «imprévisible», «bizarre», «errant». Eh oui, Cheveu est tout cela à la fois.

Pirate Bay

Le trio le disait lui-même dans les pages de notre édition grenobloise en 2011 : il ne court pas après une «esthétique hyper définie». Autant dire que parler de virage pop concernant son dernier album, BUM, au prétexte qu'il n'est pas produit avec un rabot, c'est risquer la sortie de route. Tel ce tif détaché qui vous pend devant le visage et vous fait loucher sans que vous puissiez l'attraper (si vous n'avez pas de cheveu pour réaliser cette expérience, empruntez-en un à un ami), BUM est insaisissable. BUM zappe tel le Gilles de la Tourette moyen d'une humeur à l'autre, par saccades quantiques – et même parfois cantiques : de la prodigieuse ballade schizoïde Polonia – et son emprunt au Buffet Froid de Bertrand Blier – au synth-garage de Juan in a Million, du très "oï" Albinos au malsain Madame Pompidou, des choeurs en boucle de Monsieur Perrier au splendide Johnny Hurry Up, qui referme l'album aussi magnifiquement que Pirate Bay l'ouvrait et sur lequel plane un instant le fantôme de la mélodie de Sur un trapèze d'Alain Bashung.

Braillard, querelleur, inconséquent, ombrageux et rigolard, voilà Cheveu. Pour beaucoup, ce pourrait être la définition du "meilleur groupe de rock français". Et alors quoi ?

Cheveu [+ Poil]
Au Marché Gare, ercredi 26 mars


Cheveu + Poil

Rock indé
Marché Gare 34 rue Casimir Périer Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Group Doueh & Cheveu : mariage dérangé

Rock | En marge de Nuits Sonores, se poursuivent au Marché Gare les festivités des 10 ans de Born Bad Records. Au menu, la transposition en live de l'un des disques les plus fous de ces derniers mois, témoignant de la rencontre au sommet (et dans le désert) entre les rockeurs arty-punk de Cheveu et la légende sahraoui Group Doueh.

Stéphane Duchêne | Mardi 16 mai 2017

Group Doueh & Cheveu : mariage dérangé

Lorsque l'on parle d'improbables rencontres, on a coutume de parler de "mariage de la carpe et du lapin". Mais s'agissant du mariage dont il est question ici, non seulement l'expression ne suffit pas – les épousailles d'un poisson et d'un rongeur étant banales en comparaison – mais en plus il faudrait déjà pouvoir trouver carpe et lapin à l'image de Cheveu et Group Doueh. C'est dire le genre d'association à laquelle on a affaire ici. D'un côté, Cheveu, apôtre du garage-punk viré pop joueuse émargeant chez Born Bad Records, ravissant à parts égales partisans de l'underground et branchés en tout genre. De l'autre, un groupe du Sahara occidental, mené par le guitariste Baamar "Doueh" Selmou et sa famille, spécialisé dans l'animation de bals à coups de traditionnels hassani maltraités en une sorte de transe rock, tellement fascinant que le label Sublime Frequencies a pris sur lui de le faire découvrir jusqu'outre Atlantique, provoq

Continuer à lire

Who's (Born) Bad ?

MUSIQUES | Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Who's (Born) Bad ?

Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé d'un tel raout, que son emploi du temps est bien assez chargé et qu'il se serait plutôt fait un cadeau à lui-même. Pourtant cette tournée est bien là, elle existe - « il y avait beaucoup de demandes » avoue-t-il. Comme existe encore Born Bad, le label phare du renouveau rock et pop français, en réalité né en 2006. Parfois au grand étonnement de son fondateur, rocker alternatif qui souhaite à l'origine remettre à l'heure les pendules de l'indépendance déréglées par son expérience de directeur artistique en major (voir interview). Premier groupe signé, comme un symbole : Frustration – « meilleur groupe de post punk français », précise-t-il – dont le batteur est propriétaire de la boutique Born Bad à laquelle s'adosse le label sur les modèles de Rough Trade ou New Rose. D'entrée, Born Bad se veut « très cocardier », soucieux de défendre la contre culture française : de rééditions de pépites françaises 60's, 70's, 80's, oubliées (« une façon de revendiquer une f

Continuer à lire

Les soirées du 30 septembre au 6 octobre

MUSIQUES | 03.10 Encore Tel Van Pelt, le chasseur qui voulait faire de Robin Williams une descente de lit dans Jumanji (chacun ses classiques), le collectif (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 septembre 2015

Les soirées du 30 septembre au 6 octobre

03.10 Encore Tel Van Pelt, le chasseur qui voulait faire de Robin Williams une descente de lit dans Jumanji (chacun ses classiques), le collectif Encore n'aura visiblement de répit que le jour où il aura accroché à son tableau de chasse toutes les figures historiques de la techno. Cette semaine, c'est ainsi au tour de Kevin Saunderson de voir sa tête placardée au-dessus de la cheminée, en l'occurrence celle du Petit Salon, en sa qualité d'originator, à égalité avec Juan Atkins et Derrick May, du "nouveau son pour danser de Detroit" – il paraît qu'on utilise trop d'anglicismes, alors voilà, enjoy (oups).

Continuer à lire

Woodstower, toujours vert

MUSIQUES | Battu par les flots, Woodstower ne sombre pas. Deux ans après un déluge qui l'a contraint à revoir ses ambitions à la baisse, le festival du Grand parc (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Woodstower, toujours vert

Battu par les flots, Woodstower ne sombre pas. Deux ans après un déluge qui l'a contraint à revoir ses ambitions à la baisse, le festival du Grand parc Miribel Jonage propose au contraire l'un des week-ends – concerts le samedi, arts de la rue et animations décalées (sauna, retrogaming, sound system sous-marin...) le dimanche – les plus solides de son histoire. Sur la scène principale se succéderont notamment la révélation post-punk Jeanne Added, les exubérants Sud-africains de SKIP&DIE (qui revisitent les traditions tropicales à l'aune d'une bass music éminemment rassembleuse) et un Mr. Oizo plus barré et acide que jamais, tandis que sa petite sœur fera la part belle au hip-hop, fut-il décontracté et old-school (Chill Bump) ou abstrait et futuriste (Fowatile). Quant au club, il accueillera le pionnier de la minimale Ivan Smagghe, Claude (le projet disco/house tout chelou de l'inclassable beatmaker Fulgeance) et Thylacine, magicien de la MPC qui, comme Fakear et Superpoze, réinjecte méticulosité et mélan

Continuer à lire

Woodstower : les premiers noms

MUSIQUES | Dépossédé de son terrain de jeu, le festival de trance Hadra a assuré qu'il ferait tout de même parler de lui cet été. Chose promise, chose due, puisque (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 2 avril 2015

Woodstower : les premiers noms

Dépossédé de son terrain de jeu, le festival de trance Hadra a assuré qu'il ferait tout de même parler de lui cet été. Chose promise, chose due, puisque Woodstower lui a attribué une scène de son édition 2015. Au-delà de ce rapprochement amical, le raout aoutien (paf, assonance) du Grand Parc de Miribel-Jonage recevra cette année les Sud-africains sur ressorts de Skip&Die, le duo tourangeau détendu du flow Chill Bump et Vaudou Game et son afro-funk pour 33 tours, ainsi que Jeanne Added et Thylacine. Suite de la programmation le 27 mai prochain.

Continuer à lire

Le disco d'un roi

MUSIQUES | Couronné roi du nu-disco septentrional sur la foi de singles à l'humeur badine contagieuse, le Norvégien Todd Terje déjoue les attentes avec un album de musique de salon ultra-sophistiqué. Sacré bonhomme. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 8 avril 2014

Le disco d'un roi

An de grâce 885 : après des décennies à faire flancher les défenses franques, les Vikings, qui compensent leur infériorité numérique par l'effroi qu'inspirent leur irrespect du sacré et leur maîtrise de l'effet de surprise, s'accaparent ce qui deviendra la Normandie. An de grâce 2014 : rebelote, les Scandinaves sont à nos portes et cette fois, du haut de ce drakkar aux airs de navire de croisière que manœuvre Todd Terje depuis le milieu des années 2000, ils n'ont pas l'intention de se contenter d'un bout de littoral. C'est en tout cas ce que laisse entendre It's Album Time, le très attendu premier long-format du Norvégien constituant, sous des airs de pochade moroderienne pour cocktail au milieu de la Mer des Caraïbes - ou de bande son rêvée d'un épisode du jeu d'aventure ringardo-coquin Leisure Suit Larry (un morceau s’intitule d'ailleurs Leisure Suit Preben, tandis que sur la pochette Terje porte la tenue emblématique de l'éternel puceau pixelisé qui donne son nom à la série) - une déclaration de guerre à notre très sainte French Touch. A la bonne heure Delorean Dynamite ?

Continuer à lire

Drôles de zèbres

MUSIQUES | «C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui» affirme Rémi Gaillard, risible émule de Johnny Knoxville dont les impostures font sur (...)

Benjamin Mialot | Mardi 11 mars 2014

Drôles de zèbres

«C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui» affirme Rémi Gaillard, risible émule de Johnny Knoxville dont les impostures font sur Youtube la joie de millions de procrastinateurs – et prouvent depuis le début du mois qu'à l'instar d'un costume, un écran peut être trop grand. L'un des titres les plus représentatifs de Congopunq, tête d'affiche aux côtés, notamment, des so french Mustang, de la prochaine Nuit Zébrée de Radio Nova (au Transbordeur mardi 14 mars), s'intitule N'importe quoi. A raison tant cette licencieuse leçon de groove ne ressemble à rien de sensé. A moins de considérer comme tel un bœuf réunissant l'ensemble tradi-moderne Konono n°1 et The Brian Jonestown Massacre. Pour autant, elle n'est pas l’œuvre d'un simple quidam, ce duo étant mené par Cyril Atef, excentrique et virtuose batteur de Bumcello qui, avec le dénommé Monsieur Cong, colosse pileux aussi inutilement indispensable au projet que le tambouriniste Joel Gion l'est au groupe d'Anton Newcombe, repousse ici et sur deux albums son goût des rythmes panafricains, des postures punk et des tenues de nomade perché – l'équivalent tropical du clochard céleste. As

Continuer à lire

Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

Continuer à lire

Rien que pour vos cheveux

ECRANS | Dennis Dugan Sony Pictures Home Entertainment

Christophe Chabert | Vendredi 20 février 2009

Rien que pour vos cheveux

Que fallait-il pour qu’un réalisateur aussi anodin que Dennis Dugan et un acteur aussi enlisé dans les contre-performances qu’Adam Sandler se transcendent pour ce qui reste l’une des comédies les plus drôles de l’an dernier ? Et bien un producteur de la trempe de Judd Apatow, tout simplement ! Sous la férule du nouveau king de la comédie US, cette histoire improbable de super agent du Mossad désertant le conflit israélo-palestinien pour devenir coiffeur à New York atteint des sommets de loufoqueries irrévérencieuses. Notamment grâce à une foi kamikaze dans le potentiel comique de ce Zohan, super héros ultra-sexué, accomplissant la moindre besogne avec une incroyable passion, au gré d’un décalage dépassant les clichés racistes pour mieux s’en moquer avec un second degré littéralement destructeur. Dans le rôle principal, Adam Sandler, qu’il tabasse une centaine d’hommes de main, clame son amour pour Mariah Carey, tringle des vieilles dames à la chaîne ou joue au foot avec un chat, livre une performance absolument mémorable, fonce tête baissée dans un registre censé engendrer la consternation. Loin d’être un renoncement, Zohan est pour lui une renaissance comique flamboyante. FC

Continuer à lire

Bim, Bam, Bum

MUSIQUES | Bumcello, alias Vincent Ségal et Cyril Atef, déroute avec son petit cirque musical. Pas d'étiquette pour ces fauves en liberté mais, dix ans plus tard, toujours le besoin vital d'improviser. Marion Quillard

Marion Quillard | Lundi 15 décembre 2008

Bim, Bam, Bum

L’un, Vincent Ségal, allure de gendre idéal, joue du violoncelle électrique ; l’autre, Cyril Atef, facétieux et débridé, manie les percussions tous azimuts. Né à Reims, de parents juifs d’origine roumaine, Vincent a fait ses armes au Conservatoire de Lyon, avant de se jeter tout à la fois dans le rock, le funk et les musiques contemporaines. Issu d’une famille franco-iranienne, Cyril a grandi entre Berlin et Los Angeles, a été cancre, «punk hardcore», avant d’étudier au Berklee College of Music de Boston. Parcours parfaitement inversé donc, pour ce couple improbable. De cette rencontre entre un percussionniste dispersé et un violoncelliste surdoué est né Bumcello, «Violoncelle clodo», une entité musicale inclassable qui, sous des dehors quelque peu foutraques, recèle de trésors mélodiques. Car le fil conducteur de leur parcours artistique est bien l’expérimentation, l’envie de mélanger, de mixer, de marier des influences musicales aussi variées que le ragga et la rumba, le rock et le rap, le dub et la variété française, le jazz et l’électro, le funk et l’afro-beat. Une question de fidélitéAu sein de ce melting-pot musical, les deux zigues exploitent et explorent leur g

Continuer à lire