Le disco d'un roi

MUSIQUES | Couronné roi du nu-disco septentrional sur la foi de singles à l'humeur badine contagieuse, le Norvégien Todd Terje déjoue les attentes avec un album de musique de salon ultra-sophistiqué. Sacré bonhomme. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 8 avril 2014

An de grâce 885 : après des décennies à faire flancher les défenses franques, les Vikings, qui compensent leur infériorité numérique par l'effroi qu'inspirent leur irrespect du sacré et leur maîtrise de l'effet de surprise, s'accaparent ce qui deviendra la Normandie. An de grâce 2014 : rebelote, les Scandinaves sont à nos portes et cette fois, du haut de ce drakkar aux airs de navire de croisière que manœuvre Todd Terje depuis le milieu des années 2000, ils n'ont pas l'intention de se contenter d'un bout de littoral.

C'est en tout cas ce que laisse entendre It's Album Time, le très attendu premier long-format du Norvégien constituant, sous des airs de pochade moroderienne pour cocktail au milieu de la Mer des Caraïbes - ou de bande son rêvée d'un épisode du jeu d'aventure ringardo-coquin Leisure Suit Larry (un morceau s'intitule d'ailleurs Leisure Suit Preben, tandis que sur la pochette Terje porte la tenue emblématique de l'éternel puceau pixelisé qui donne son nom à la série) - une déclaration de guerre à notre très sainte French Touch.

A la bonne heure

Delorean Dynamite ? Une chevauchée synthétique et funky de sept minutes et autant d'avance sur la Testarossa de Kavinsky. Oh Joy ? Une odyssée cosmique d'une ampleur harmonique à faire passer celles de Daft Punk pour de vulgaire lancement de satellite . Johnny & Mary, la reprise mezzo piano du hit désincarné de Robert Palmer que murmure Bryan Ferry d'une émouvante voix de fantôme du passé  ? Une balade faussement désuète sur laquelle n'aurait pas craché Sébastien Tellier.

Encore eut-il fallu qu'il le voit venir. A sa décharge, personne ne le pouvait : on savait Todd Terje à l'aise dans le ripolinage (voir la compilation testamentaire Remaster of the Universe, où il met sur orbite des morceaux aussi antinomiques que ceux de Jose Gonzalez et Ace of Base) et le dépoussiérage (Inspector Norse et Strandbar, classiques instantanés de nu-disco béat et athlétique), comment se douter qu'il excellait aussi dans le lounge jazz démonstratif, la samba hyperactive et la blaxploitation taillée pour la mastication de Stimorol ? C'est pourtant le cas sur Alfonso Muskeunder, Svensk Sås et Swing Star, derniers sommets de classe et de fantaisie de It's Album Time, immense disque rétro-futuriste aux trouvailles de production et fulgurances mélodiques aussi nombreuses que les lettres bizarres dans l'alphabet que nous allons sous peu devoir assimiler.

Todd Terje [+ Raphael Top Secret + Laurent Caligaris & Jacques Terrasse]
Au Sucre, samedi 12 avril


King of the North

Todd Terje (live) + Raphael top secret + Laurent Caligaris & Jacques Terrasse
Le Sucre 49-50 quai Rambaud Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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On a vu naître et mourir le nu metal (à prononcer "niou métal" si vous avez moins de quinze ans, à proscrire de votre dictionnaire musical interne dans le cas contraire), rejeton bâtard du heavy metal et du hip hop dont les refrains boursouflés et les poses souffreteuses firent les grandes heures de la chaîne MTV au début des années 90. On connaît la nu soul, mise au soi-disant goût du jour des standards black que les studios Stax et Motown produisaient en quantité quasi-industrielle il y a de cela cinquante piges. On n'a pas jamais trop compris ce qu'était le nu rock, mais on n'a apparemment rien manqué. Depuis le début du siècle, c'est au son de la nu disco, réinvention électronique de la plus moquée des musiques amplifiées (juste après le reggae), que nos veines auriculaires pulsent le plus fort. Les trois fringants Ceci grâce à des gens comme Prins Thomas, Lindstrøm et Todd Terje, trois Norvégiens qui, chacun à leur manière et via leurs propres labels (dans l'ordre F

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