The Monsters Club

MUSIQUES | Anti-Robert Johnson helvétique et pasteur flippant rincé au plomb fondu, le Reverend Beat-man revient à Lyon avec sa formation originelle de presque trente ans d’âge. Celle par laquelle tout a commencé ou presque : The Monsters. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 8 avril 2014

On vous a déjà parlé du fort bien prénommé Beat Zeller alias Reverend Beat-man, prêcheur blues non pasteurisé à la trogne décadente et à l'allant démoniaque. Pour resituer : Beat-Man c'est cet étrange bonhomme mi-Cinoque (Les Goonies) mi-pasteur Powell (La Nuit du chasseur) qui raconte volontiers qu'à treize ans, le Diable – sans doute exilé fiscal en Suisse – est venu lui proposer un deal d'âme pour faire de lui une rock star et qu'il l'a envoyé se faire griller la couenne ailleurs ; que pareillement, quelques années plus tard, il eut une révélation qu'il embrassa cette fois, quand après un accident de concert qui le cloua au lit comme Jésus sur la croix, Dieu s'adressa à lui sous la forme d'une pin-up à l'origine de sa vocation de prosélyte blues – bien sûr tout ceci est totalement apocryphe, alors bon.

C'est aussi à lui, ce bon révérend, que l'on doit la meilleure exportation suisse de ces dernières années : le trio zydeco-frénético-cajun Mama Rosin. Et plus généralement la création du label Voodoo Rhythm et de la "Blues Trash Church", un culte non officiel qui n'a de cesse d'attirer les ouailles à coups de prêches épileptiques et rugissantes.

«Si c'est trop fort...»

Le voici sur site avec l'un de ses multiples projets (on compte Reverend Beat-Man, son one-man-band, Lightning Beat-Man, en mode lucha libre, ou encore Die Zorros) : The Monsters, presque trente ans de carrière et six albums – et des brouettes – brandissant la devise : «Si c'est trop fort, c'est que t'es trop vieux» (on se permettra d'ajouter «ou trop mort»). Le programme de cette caravane de freaks ? Du «wild primitive chainsaw massacre teenage trash garage clonedrum fuzz rock'n roll».

Accepter l'oracle de l'existence des Monsters c'est envisager un nouveau "miracle de Berne", à savoir que la bouche de l'Enfer puisse être située à l'emplacement même de la cité alémanique et donner directement sur un paradis de saintes aux seins tatoués – ou quelque chose comme ça. C'est imaginer Dick Dale donner la réplique aux Ramones dans L'Etrange créature du Lac Noir de Jack Arnold. C'est reconnaître qu'à côté du révérend et des ses clergymen, l'ami Jon Spencer – qui a par ailleurs "adopté" les Mama Rosin – est un pied tendre. Même quand il vous invite à le rejoindre sur Ce soir tiré de Pop Up Yours, sa voix de goule et son accent de Docteur Folamour vous font rapidement entrevoir le fossé dans lequel vous allez immanquablement finir, au mieux débraillé, au pire démembré. Amen.

The Monsters [+ Blues Butcher Club Au Clacson]
Jeudi 10 avril


The Monsters + Blues Butcher club


Le Clacson 10 rue Orsel Oullins
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Rock the Casbah

Rock | Originaire de Valence, le label Casbah Records a tracé son joli petit sillon dans le décor bordélique de la musique binaire française. C'est pourtant avec une triplette d'adhérents helvètes (et pas vraiment neutres) qu'il vient se présenter à Lyon au Marché Gare pour une nuit pas piquée des Edelweiss. Revue d'effectif.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 octobre 2017

Rock the Casbah

Faï Baba Composé de Fabian Sigmund (au départ seul aux commandes) et de son ami Domi Chansorn, Faï Baba donne depuis une décennie dans la pop psyché teintée de blues cosmique (de moins en moins enragé) et de country hallucinatoire (quelque chose de Sparklehorse sous codéine, pléonasme). Si son récent single Can't Stop loving you ressemble à un câlin entre George Harrison et John Lennon chez le Maharishi Mahesh Yogi, c'est aussi particulièrement vrai sur son dernier album en date, le bien nommé Sad & Horny ("triste et excité") : comme une séance de hot yoga sur une peau de bête. Duck Duck Grey Duck Ceux qui suivent les aventures de Robin Girod (chanteur-guitariste à la coiffe de Tahiti Bob helvète) au sein du trio de rock cajun Mama Rosin ou du duo Les Frères Souchet, connaissent déjà cette autre tête musicale poussée dans l'esprit dudit. Ce triple canard gris (traduction approximative) nous était apparu en 2015 avec l'album Here come, avant d'accompagner l'été dernier nos étapes du Tour de France ave

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Nuits Sonores 2013 - Jour 1

MUSIQUES | Après un warm up aussi vert et bon enfant qu'une réunion de fruits Oasis et une inauguration moins guindée que celle de l'an passé, Nuits Sonores 2013 est entré hier dans le vif du sujet. Retour sur une première journée qui, bien que déséquilibrée, n'a pas été avare en torgnoles soniques. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 9 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 1

La tentation était trop grande, y céder n'a pas été sans conséquences : programmés sur la scène principale des Subsistances, l'illustre Carl Cox (qui se produisait pour la première fois au festival) et le fidèle Laurent Garnier ont vampirisé la quasi totalité du public du premier NS Days, jusqu'à imposer au personnel de sécurité l'improvisation, à l'entrée d'une verrière rapidement devenue impraticable, d'un système de file d'attente. On pourrait le déplorer. On pourrait si ces deux "dinosaures" n'avaient pas d'ores et déjà assuré deux des prestations les plus mémorables de Nuits Sonores 2013, le premier dans le registre fédérateur et bouncy qui a fait sa réputation, le second avec l’œcuménisme et la passion qu'on lui connaît depuis maintenant neuf éditions. On pourrait si ce monopole avait empêché les Bordelais de J.C.Satàn, chefs de file du renouveau garage, de livrer un concert survolté et poisseux, et les Strasbourgeois de Electric Electric de prouver qu'avec ou sans Colonie de vacances, ils comptent parmi les faiseurs de bruit les plus excitants du pays.

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La cabane du prêcheur

MUSIQUES | A l'heure où la foi évangélique se répand comme une traînée de poudre, il est sans doute temps de faire connaissance avec un révérend digne de ce nom : le (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 22 mars 2013

La cabane du prêcheur

A l'heure où la foi évangélique se répand comme une traînée de poudre, il est sans doute temps de faire connaissance avec un révérend digne de ce nom : le Reverend Beat-Man. Bon, comme le pasteur de La Nuit du Chasseur, il fout un peu les jetons – ce que n'arrange pas vraiment l'un des plus beaux comb-over, cet escamotage de calvitie par un habile rabat de cheveux résiduels, qu'on ait vu depuis Donald Trump voire Bobby Charlton. Mais le fait est qu'on lui donnerait tout de même le bon Dieu sans confession sachant qu'on lui doit l'existence de Voodoo Rhythm. Car c'est ce label et le Reverend, fou de blues poisseux et trash, qui ont notamment découvert Mama Rosin, Delaney Davidson ou King Khan. Et quand il monte lui même à l'autel c'est pour nous asséner son effrayant, réjouissant et salement illuminé Jesus Christ Twist. Le 29 mars, à l'occasion de la Voodoo Rhythm Night du Clacson, entièrement dévolue au concept quasi-religieux de one-man-band, le Saint-Homme de Be

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Fra-ter-ni-té

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Stéphane Duchêne | Vendredi 6 juillet 2012

Fra-ter-ni-té

On vous avait déjà parlé, au moment des Nuits de l'Alligator à l'Epicerie Moderne, de cet ahurissant trio suisse nommé Mama Rosin qui n'avait rien trouvé de mieux pour passer le temps que de s'adonner au rock cajun et à la musique zydeco. Bref, à un Jambalaya musical forcément plus proche de la tambouille créolo-louisiannaise que de la fondue des alpages. Des fondus de musique américaine traditionnelle, de vieux vinyles introuvables et de musiciens cultes, c'est bien ce que sont Les Frères Souchet, tels qu'on les appelle, lorsqu'ils se produisent non plus en trio mais en duo, affranchi de leur batteur et dans un schéma davantage tourné vers le country blues en reluquant les Appalaches. Les voilà donc qui viennent animer le bal du 14 juillet du Transbordeur. Outre qu'il soit étonnant qu'un bal du 14 juillet ait lieu au Transbordeur, notons également qu'il aura lieu le 13 afin de ne pas empêcher demoiselles et damoiseaux, d'aller hanter les casernes de pompiers le jour de la Fête nationale. Pour revenir à nos moutons suisses, il y a fort à parier que la piste de danse sente fort la sueur

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Supergator

MUSIQUES | Comme chaque année, le festival itinérant Les Nuits de l'Alligator se livre à un épuisant tour de France à la recherche des racines du blues et de tout ce qui s'en approche. Heureux les Lyonnais qui ont droit à une étape fort goûteuse de l'événement. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

Supergator

Le film d'alligator, ou de crocodile, ou de caïman, est devenu un genre à part entière de la catégorie épouvante. Scénario type : une bande d'abrutis baguenaude à la recherche d'un saurien géant dont ils pensent pouvoir tirer le portrait en toute impunité. Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu, c'est finalement le crocodile qui les trouve et comme il n'a pas son Leica sur lui, il bouffe tout le monde et s'en retourne barboter dans une mare de sang. Avec des titres tels que Crocodile, Crocodile 2, Lake Placid, Supergator ou... Solitaire, le seul intérêt du genre est des permettre à des réalisateurs (Tobe Hooper, Steve Miner, souvent pire) ou acteurs (Michael Vartan, le neveu de Sylvi

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