A bonne école

MUSIQUES | Enfant turbulent de la Cité des anges et tête d'affiche de la onzième édition de L'Original, Schoolboy Q redonne des couleurs au gangsta rap. Converties en niveaux de gris, les couleurs. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 29 avril 2014

On a les rappeurs mainstream qu'on mérite. En France, des culturistes qui se rêvent en Christian Audigier du ghetto, réduisent la culture hip hop à un folklore hyper-matérialiste et règlent leurs comptes à coups de hashtags – ou, pour les plus courageux, dans des rixes à cinq contre un entre deux étals de casquettes. Aux États-Unis, d'authentiques voyous dont le lourd passif constitue la toile de (bas)-fond de disques dont l'envergure narrative n'a d'égale que l'intensité de leur interprétation.

Quincy Matthew Hanley est de ceux-là : né en Allemagne et grandi à Los Angeles, ce quasi-trentenaire qui porte le bob aussi bien que Raoul Duke, l'alter ego de fiction de Hunter S. Thompson, a fait ses gammes de dealer d'Oxycontin – analgésique mis au point pendant la Première Guerre mondiale, c'est dire s'il assomme – au sein des 52 Hoover Crips, l'un des nombreux gangs qui font de la Cité des anges l'une des métropoles les plus mal nommées des États-Unis, avant de passer par la case prison puis de s'imposer, sous le nom de Schoolboy Q, en deux mixtapes et trois albums, comme l'une des figures de proue du renouveau du rap US.

Noir c'est noir

Paradoxe : alors qu'il est installé le long du grand Pacifique, là où les vagues défient le temps, c'est de l'autre côté du pays, chez KRS-One (également programmé au Transbordeur par L'Original) ou Jay-Z, que Schoolboy Q avoue être allé chercher la sagesse nécessaire à la transfiguration de ses mauvaises manies – assez lucidement, son deuxième disque s'intitulait Habbits & Contradictions. A l'instar de Kendrick Lamar, dont il est l'un des homeboys – ils sont deux des points cardinaux d'un florissant collectif baptisé Black Hippy – et avec lequel il a également en commun une approche très théâtrale du flow et une certaine versatilité générationnelle. Oxymoron, sa plus récente production, le voit ainsi afficher tour à tour une nonchalance et un je-m'en-foutisme éminemment contemporains – The Purge, featuring le garnement Tyler the Creator – et une animosité matinée de mélancolie typiquement old school – Blind Threats, où il dialogue avec le vétéran Raekwon sur un sample jadis utilisé par Mobb Deep (autres invités de marque de L'Original 2014).
Reste une différence de taille entre les deux prodiges : là où Lamar a tout d'un brave gars, Q est fondamentalement un bad guy, comme il l'auto-proclame sur le gueulard Gangsta, une petite frappe revenue de loin (sur la première moitié du dyptique Prescription/Oxymoron, il déroule sur fond de cordes peinées et de lointains «Daddy ! Wake up !» un souvenir d'overdose) et qui de fait s'estime dans son bon droit d'avoir le triomphe ostentatoire (notamment sur le paradisiaque Man of the Year, ode aux belles carrosseries et aux soirées opiacées). Sa discographie, aussi anxiogène, pétaradante et en prise avec le réel qu'un bon roman noir – on y trouve même le récit d'une trahison par un flic sous couverture – plaide pour le moment pour lui.
 
Schoolboy Q [+ Isaiah Rashad + Joke]
Au Transbordeur, dans le cadre de L'Original, lundi 12 mai



Schoolboy Q

+ Isaiah Rashad + Joke
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Not dead but bien raide

MUSIQUES | Ils s'appellent Asap Rocky, Tyler the Creator ou Schoolboy Q. Ils sont jeunes, connectés, prolifiques, un peu niqués de la tête et surtout très doués et, de New York à Los Angeles en passant par Pittsburgh, ils reconfigurent le rap game nord-américain depuis le début de la décennie. Portrait collectif d'une génération en train de tuer le daron (avec sa complicité) et focus au singulier sur son plus éminent représentant, Kendrick Lamar, à l'occasion de son passage au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 17 janvier 2013

Not dead but bien raide

Dans ce vaste tout-à-l'ego qu'est le milieu du hip hop, les façons de prendre l'ascendant médiatique se comptent sur la main d'un Latin King faisant le signe de ralliement de sa bande – le même que celui des fans de heavy metal, à un pouce tendu près. Option numéro un, très prisée des Français : pourrir publiquement un rival, en priant pour que l'étendue de sa répartie ne soit pas proportionnelle au volume de ses biscottos. Option numéro deux, typiquement nord-américaine : sécuriser un deal (production, featuring, apparition dans un clip) avec une star de la pop, ce qui implique de déjà bénéficier d'un minimum de talent et/ou de notoriété. Option numéro trois, la plus vaniteuse, mais dont on raffole autant des deux côtés de l'Atlantique : acter la mort du genre pour mieux se poser comme son rédempteur, avec la certitude d'être sèchement contredit à plus ou moins long terme. En France, Fuzati a tenté le coup en 2004 sur Dead Hip-hop, extrait du premier album du Klub des Loosers. Bientôt neuf ans plus tard, n'en déplaise à ce misanthrope masqué dont on ne cesse de louer la verve, le rap hexagonal a gagné en fantaisie ce qu'il a perdu en conscien

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