Le roi prêcheur

MUSIQUES | Auteur d'un septième album qui fait résonner le tonnerre dans un fracas blues-punk-rock à haute teneur spirituelle, l'intense David Eugene Edwards et son groupe Wovenhand viennent donner la messe (possiblement noire par moments) à l’Épicerie Moderne. Communion obligatoire. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 27 mai 2014

On pourrait penser qu'avec l'âge, l'intensité et la ferveur ont tendance sinon à s'éteindre, du moins à s'affaiblir. Pour valider cette hypothèse, mieux vaut alors regarder dans une autre direction que celle de David Eugene Edwards, son groupe Wovenhand et son dernier album Refractory Obdurate.

Banjoïste de génie, expert en musiques traditionnelles old time autant qu'en punk gothique, ce fils de pasteur nazaréen ne s'est jamais départi d'un certain mysticisme, qui hante ces chansons depuis toujours. Parfait exutoire des tiraillements intérieurs inhérents à la foi, à la culpabilité et à la quête de rédemption, sa musique figure aussi une sorte de matière noire de la country officielle.

Sur Refractory Obdurate, les textes sont toujours aussi habités, toujours aussi teintés d'images bibliques, de petites apocalypses et, à vrai dire, toujours aussi sibyllins, sujets à l'exégèse de qui voudra bien s'y coller.


Salome


Car Edwards ne chante pas, il loue, il psalmodie voire maudit. Il est, en éternel chamane blues, comme traversé de mots et d'histoires qui lui seraient dictées aussi bien du Ciel que de la terre sacrée des natifs, et auxquelles il s'abandonne. Sa musique est comme un sort, bon ou mauvais, qui vous emporte et fait de vous son dévot – à l'image du terrible Salome, énième réécriture du mythe de la troublante fille d'Hérode, dont les danses coûtèrent sa tête à Saint-Jean-Le-Baptiste – et ce nouvel album un nouveau petit chef-d'oeuvre. Du moins du point de vue des indécrottables disciples du maître du Colorado, beaucoup ayant tracé la route à la dissolution de sa précédente église, 16 Horsepower.

Ce n'est donc pas un chef-d'oeuvre qui s'offre facilement – y en a-t-il beaucoup ? Davantage mélodique que certains de ses prédécesseurs – dans son ouverture surtout – il est aussi infiniment plus abrasif, plus dense aussi, à mesure que l'on y progresse. Wovenhand y résonne comme du Joy Division se livrant à un duel dans le désert avec le Gun Club. Deux racines musicales vers lesquelles Edwards semblent de plus en plus se tourner, en quête d'une radicalité sonore susceptible de nourrir l'intensité de ses textes, voire de la contenir, au sens premier du terme, en une sorte d'étouffement permanent. Et pour ce qui est de l'intensité, sur scène, vous pouvez compter sur Edwards pour se dépouiller l'âme avec autant d'énergie frictionnelle qu'un exorcisé en pleine séance de lutte intérieure.
 

Wovenhand
A l'Epicerie Moderne, vendredi 30 mai

Refractory obdurate (Glitterhouse/Differ-ant)


Wovenhand + guest

rock bayou
Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Musique / David Eugene Edwards a toujours été un amoureux des ambiances marécageuses de ce bayou louisianais farci d’alligators et, nous dit la série True-Blood, de vampires embrumés. C’était particulièrement le cas avec son précédent groupe, 16 Horsepower habitué des cavalcades habitées et moites. Un paradoxe de taille pour ce blond à tête de chef indien natif non pas du Grand Sud américain mais des montagnes du Colorado. Avec Wovenhand, initié en 2001, ce fils de pasteur, hanté par la spiritualité, qu’elle soit biblique ou indienne, a conservé son approche intense et gothique de la musique. Mais il s’est aussi mis à dos une partie de ses fans en alourdissant l’ambiance et en détricotant ses mélodies country pour privilégier la transe et l’incantation. Sur Ten Stones, son dernier disque, Wovenhand offre ainsi une exégèse musicale du très controversé Livre de Job. Et quand il reprend Jobim, le pape de la bossanova, sur Quiet Night of the Stars, la démarche peut du coup sembler hors-sujet. Mais c’est pour mieux en labourer le terreau mortifère tout en faisant jour à ses aptitudes de crooner. Armé de sa guitare-charrue, l’homme de Denver creuse donc toujours un peu plus

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