Poupées de son

MUSIQUES | Nuits Sonores reçoit enfin le groupe par lequel tout a commencé : Kraftwerk, quatuor allemand dont les compositions matricielles ont été aux musiques électroniques ce que les chansons des Beatles furent à la pop. Retour sur quarante ans d'une carrière visionnaire. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Dans Adieu au langage, Jean-Luc Godard (voir en page 6), équipé d'un dispositif stéréoscopique de son invention, nous fait redécouvrir le monde comme on ne sait plus le regarder. Autre bricoleur de génie, Ralf Hütter s'apprête lui à nous montrer celui de demain comme on ne l'a jamais vu, du fond d'un tout autre type de salle obscure : une halle de l'ancien Marché de gros, où il donnera ce dimanche avec Kraftwerk un concert en 3D, à la fois conclusion de Nuits Sonores 2014 et synthèse de quatre décennies d'incubation des musiques que le festival défend.

Retour vers le futur

Synthétiser justement, composer, donner matière à ce qui n'en a pas, est une obsession qu'a cultivée ce claviériste dès le conservatoire. Celui de Düsseldorf, où il rencontre au tournant des années 70 le flûtiste Florian Schneider dans un cours d'improvisation, pratique alors considérée comme un vecteur d'affranchissement de la pop anglo-saxonne par toute une génération de musiciens teutons – ironie du sort, c'est la presse musicale britannique qui baptisera ces expérimentations germanocentrées "krautrock". Les deux jeunes hommes ne céderont pas leur part du plat de choucroute (kraut), d'abord au sein d'un éphémère quintette baptisé Organization, puis en fondant Kraftwerk («centrale électrique»), formation dont le line-up se stabilisera en 1975 (deux membres de passage iront fonder un autre modèle du genre, Neu!), un an après la sortie d'Autobahn.

Propulsé par le morceau éponyme, road trip illustratif et cristallin de plus de vingt minutes, ce quatrième album est le premier à transformer la passion de Hütter et Schneider pour les mises en espace avant-gardistes de Stockhausen, les mélodies frivoles des Beach Boys, l'esprit de fronde des protopunks de Detroit – là où, en un magnifique retour des choses, naîtra la techno – et le progrès, fut-il à usage collectif (ici l'autoroute, invention allemande que la pochette figure expressément comme une cathédrale) ou individuel (les synthétiseurs, qui imitent pour l'heure klaxons et accélérations, le vocoder, qui deviendra une marque de fabrique), en une vision sonique du futur. Quatre autres suivront : Radio-Activity (1975), Trans-Europe Express (1977), The Man-Machine (1978) et Computer World (1981), autant de disques de science-fiction intemporels et surtout indatables où, sur fond de mantras polyglottes et déshumanisés (parfois littéralement, quand le groupe a recours à des logiciels de synthèse vocale), de rythmes à la précision de codes binaires et de mélodies dont l'élégance et la pureté tiennent plus du design que du solfège, Kraftwerk s'émerveille des champs de possibles que défrichent ses semblables... et s'inquiète de ce qui peut se terrer sous eux.

Le soulèvement des machines

Radio-Activity est ainsi à la fois une apologie du wireless et un tableau de désolation nucléaire – il s'ouvre sur un bruit de compteur Geiger, c'est dire. Trans-Europe Express, qui déplace la wanderlust mécanique d'Autobahn sur des rails (et fait voler en éclats symboliques le funeste Mur), résonne au gré de quelques allures martiales avec les voyages ferroviaires sans retour de l'Holocauste. Computer World accompagne lui le développement de l'informatique personnelle tout en préfigurant ses dérives antisociales (Computer Love, fâcheusement absent de la BO de Her de Spike Jonze). Quant à The Man-Machine, l'album le plus dansant de Kraftwerk, il n'envisage pas tant l'avènement de la robotique comme un nouveau stade d'évolution que comme prélude à l'extinction de l'espèce humaine, le groupe joignant le geste à la parole en confiant l'interprétation scénique du single The Robots à des automates.

Cette exploration créative et ambivalente de l'avenir, qui influencera des artistes aussi importants et divers que David Bowie, New Order, Aphex Twin, Björk ou Jay-Z, Kraftwerk l'a en effet poussée jusque dans son imagerie, mélange de constructivisme, de provocation et de cachotteries arty – comme l'effacement derrière des mannequins aussi inquiétants que les hubots de la série Real Humans – et ses prestations scéniques, performances totales qui voient pourtant Hütter et ses clones, figés tels des Playmobil en fil de fer derrière leurs pupitres de lumière, en faire le minimum – leur double album live s'intitule à bon droit Minimum Maximum. Un comble pour ces passionnés notoires de cyclisme qui, en 2003, à l'occasion du centenaire du Tour de France, mirent fin à dix-sept ans de silence discographique avec une collection de variations sur un véritable hymne à l'effort sans circuits ajoutés enregistré vingt ans plus tôt (Tour de France Soundtracks). Asimov décrivait le robot comme «une machine fabriquée pour imiter de son mieux l'être humain». Kraftwerk, dont Hütter est depuis 2008 la seule pièce d'origine, aura respecté cette définition jusque dans ses contradictions, souvent volontaires et humoristiques (Radio-Activity se clôt sur un morceau appelé Ohm Sweet Ohm) : si les robots seront bels et bien parmi nous ce dimanche, ils seront aussi, ainsi qu'a pu le clamer Daft Punk, leur plus identifiable rejeton, humains après tout.

Kraftwerk
A l'ancien Marché de gros, dimanche 31 mai


Concert spécial

Kraftwek 3D
Ancien Marché de gros Rue Vuillerme Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un Vélo dans la tête

PLAYLIST | A l’occasion du tour de France, on vous a concocté une playlist 100% vélo !

La rédaction | Lundi 7 septembre 2020

Un Vélo dans la tête

D'éloge du Tour de France et de ses champions fameux ou anonymes en simple célébration des joies (et des peines) de la bicyclette, une playlist pour patienter en attendant l'arrivée de la Grande Boucle à Lyon le 12 septembre. En 21 étapes, forcément, comme le nombre d'étapes qui relient Nice à Paris. Le profil de la course : des boucles, grandes et petites, de Kraftwerk aux descentes vertigineuses de Judas Priest, quelques classiques (Montand par Belin, Queen, Red Hot Chili Peppers, Beach Boys...) et trésors cachés (Lukas Bloom, Ralph McTell, The Dukes of Stratosphear...) toujours haletants, presque toujours perchés.

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Kraftwerk : 33 tours de France

Dans les oreilles | Qu'écouter pendant que l'on attend le passage du peloton sur les pentes de la Croix-Rousse ?

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 septembre 2020

Kraftwerk : 33 tours de France

Huitième album du Katalog de Kraftwerk, pionnier de la musique électronique (qui regroupe ses huit albums officiels), Tour de France est à part mais pas si surprenant à l'aune de l'œuvre des hommes (-robots) de Florian Schneider, très portée sur les modes de circulation (Autobahn, Trans-Europ Express) mais aussi sur le cyclisme, passion pas si secrète de Schneider, décédé en mai dernier. À part, parce qu'il s'agit d'une commande dans le cadre du centenaire de la Grande Boucle en 2003 mais qui s'inscrit bel et bien dans une continuité. En réalité, Tour de France est le prolongement d'un hommage bien plus ancien de Kraftwerk à la course avec le single... Tour de France en 1983 – maintes fois réédité et qui énumèrait différents lieux mythiques du Tour. L'album contient, lui, un Prologue, plusieurs étapes, des considérations sur les Vitamin, l'Aéro Dynamik ou l'Elektro Kardiogramm et le fameux morceau originel remixé. Ici les boucles musicales finissent par se confondre avec la répétition des tours de pédaliers ou des ascensions si

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Lyon : un Tour de France dans le rétro

#Velotaf | Ce 12 septembre le Tour s'arrête à Lyon pour la 17e fois seulement (en 107 éditions). Retour sur l'Histoire de la Grande Boucle à Lyon, riche, malgré tout, de quelques grands moments.

Stéphane Duchêne | Jeudi 10 septembre 2020

Lyon : un Tour de France dans le rétro

1903-1904 : Maurice Garin, à jamais le premier Lyon est la première ville étape de l'Histoire du Tour. Y triomphe le premier vainqueur d'une course bientôt mythique : Maurice Garin. C'est la préhistoire de la Grande Boucle (six étapes pouvant excéder les 450 km, sur des vélos de facteur, dopé à la vinasse). Celle qui sépare Montgeron de Lyon en fait 467. Maurice Garin et son compagnon d'échappée Émile Pagie font le choix gagnant de ne pas s'arrêter au ravitaillement dans une auberge de la Nièvre. Pagie chutant à 200m de la ligne après 18h de course (ce qu'on appelle communément la poisse) Garin l'emporte à Lyon. Il gagnera le Tour. L'année suivante il regagne à Lyon et le général d'un Tour devenu fou où les spectateurs attaquent les adversaires de leurs favoris. Garin et quelques autres seront d'ailleurs rayés des tablettes de cette édition. La fin des 1900's : des années pas folles De 1907 à 1910, le tracé du Tour est immuable et réserve peu de suspens (il longe les frontières et fait un crochet à Lyon). Solide coureur, Marcel Cadolle l'e

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Si vous n’aimez pas la ville, si vous n’aimez pas la montagne…

Tour de France | Par où arrivent-ils ? Où s’en vont-ils ? Décryptage des routes qu’empruntera le peloton à Lyon. Et projection de victoires.

Nadja Pobel | Vendredi 11 septembre 2020

Si vous n’aimez pas la ville, si vous n’aimez pas la montagne…

Un Tour c’est un grand chambardement. Éviter donc de prévoir votre déménagement ce week-end des 12 et 13... Voici où il faudra vous poser pour être aux avant-postes. Et voir, s'il est encore en course, Thibaut Pinot, notre Ocaña à nous, la classe et la scoumoune égales à l’Espagnol gersois. Samedi 12 : 14e étape – Clermont / Lyon – 194 km Parti de Clermont-Ferrand, le peloton va traverser Tassin et aborder Lyon par la côte de La Duchère aux alentours de 17h40. Une bonne bosse toute courte (1, 4 km) et un pourcentage décent (5, 6 %). Voilà de quoi culminer à 264m d’altitude, exactement comme quelques minutes plus tard sur la côte de la Croix-Rousse (via la montée de l’Observance), elle aussi en 4e catégorie, histoire que Benoit Cosnefroy grappille quelques pois supplémentaires. Reste le boulevard des Canuts, le cours d’Herbouville et une arrivée devant Boulanger. C’est Peter Sagan qui chope en premier la timbale de la ménagère. Dimanche 13 : 15e étape – Lyon / Grand-Colombier - 174, 5 km Exit le marché du dimanche, rendez-vous à Gerland, entre Palais des Sports et Ninkasi, pour un village départ verroui

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Djamolidine Abdoujaparov, abdou fessiers

Tour de France | Onze consonnes et dix voyelles. Djamolidine Abdoujaparov, c'est d'abord un patronyme digne d'un alphabet au quasi complet et c'est aussi une géographie. (...)

Nadja Pobel | Vendredi 11 septembre 2020

Djamolidine Abdoujaparov, abdou fessiers

Onze consonnes et dix voyelles. Djamolidine Abdoujaparov, c'est d'abord un patronyme digne d'un alphabet au quasi complet et c'est aussi une géographie. Celle de l'Ouzbékistan qui réapparaît quand Gorbatchev accepte de laisser tomber le rideau de fer. Abdou est l'un des rares non-européens du vélo à l'époque. C'est aussi, enfin, des jambes. Une paire de mollets qui auraient pu le mener à tourner en rond sur les pistes de son Tashkent natal. Mais non, avec l'équipe de l'URSS il découvre l'Italie — où il vit encore — et décide qu'il sera un pro de la route. Abdou se souvenait lors d'un entretien en 2013, dans l'indispensable Pédale, « on disait que je faisais tomber tout le monde, alors que je n'ai jamais fait de mal à personne. La route est grande, si tu veux passer à gauche vas-y. Si tu veux passer à droite vas-y ». Il s'est pris les pieds tout seul dans la balustrade sur les Champs en 91 quand il ramène le premier de ses trois maillots verts à Paris. Ce nostalgique du communisme « où les gens étaient égaux et la vie plus belle » a décroché 9 étapes sur le Tour, contre 12 à son rival aussi beau parleur qu'il est taiseux, Mar

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Kraftwerk Pické

Yuval Pick | De plus en plus préoccupé par les questions du collectif et les rapports complexes entre l'individu et le groupe, Yuval Pick se lance, dans sa dernière pièce, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 janvier 2017

Kraftwerk Pické

De plus en plus préoccupé par les questions du collectif et les rapports complexes entre l'individu et le groupe, Yuval Pick se lance, dans sa dernière pièce, dans l'univers du groupe légendaire Kraftwerk. Une musique qui, pour le chorégraphe, connote un possible romantisme contemporain, avec des pulsions-pulsations technos reliées à notre mémoire collective, qui remplacent celles, plus acoustiques mais pas moins lyriques, du romantisme allemand et notamment, des lieds de Schubert (présent lui-aussi dans la bande-son). Are friends electric ? (au CCN de Rillieux-la-Pape les 24 et 25 janvier) réunit concrètement six danseurs et explore tout à la fois le corps dans ses éléments les plus bruts, physiques, et des configurations plus codées de mouvements collectifs... Yuval Pick n'hésite plus, même, à y libérer les élans et les gestes de ses interp

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Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Biennale de la Danse | La 17e Biennale de la Danse garde la tête haute et le tour de bras généreux, malgré un budget au rabais, embrassant une fois encore tous les styles de danse contemporaine actuels. Parmi les trente-sept spectacles proposés, en voici huit à ne pas manquer.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Israel Galvan, Flacomen Le « danseur des solitudes » comme l'appelle le critique et historien d'art Georges Didi-Huberman fait son retour sur les scènes lyonnaises, avec un solo datant de 2014, accompagné de musiciens free jazz et flamenco. On sait, et on n'arrête pas d'admirer, la capacité du chorégraphe-danseur à tordre en tous sens les codes du flamenco et à en extraire la pulpe fondamentalement tragique. Galvan hisse ce tragique à la condition de tout individu, montrant, avec humour ou pas, ces forces qui nous traversent et se heurtent à l'intérieur de soi. Ces forces antagonistes qui sont aussi au cœur dialectique de tout geste, de tout mouvement dansé. À la Maison de la Danse du 14 au 16 septembre Yuval Pick, Are Friends Electric ? À l'instar de Galvan, le Lyonnais

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Voilà l'été : un jour, une sortie #2

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Vendredi 15 juillet 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #2

8 / Mercredi 13 juillet : cinéma Juillet-Août Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet-Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème. (lire la suite de l'article) 9 / Jeudi 14 Juillet : fête nationale Le Bal « Allez donc le trouver leur pompier dans la fin d'un bal » aurait dit Céline, dont on est à peu près sûr qu'il n'a pas dû beaucoup fréquenter le bal des pompiers. Marre de courir après du pompier pour votre crush de mid-summer ? Marre de danser pour la 7e année consécutive sur du Gérard Blanc ? L'alternative est au Bal du Transbo. Du beau monde dans l'assemblée (ça ne fait aucun doute) et sur scène, avec l'ancien folkeux Gaspard Royant opérant désormais en mode crooner 60's/nort

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Poulidor : La victoire en perdant

CONNAITRE | Après deux quintuples vainqueurs du Tour, Bernard Hinault et Eddy Merckx, le festival Sport, Littérature et Cinéma rend hommage à une autre légende du cyclisme : Raymond Poulidor, éternel second et perdant paradoxal, car unique coureur de l'Histoire dont le plus grand exploit est de n'avoir jamais gagné le Tour.

Stéphane Duchêne | Mardi 16 février 2016

Poulidor : La victoire en perdant

« Cela faisait si longtemps que nous attendions ça. Et enfin ce 15 juillet 1975, dans les premiers lacets de la montée du Pla d'Adet de la 17e étape du Tour de France, Raymond Poulidor s'est échappé. Il avait 38 ans. » Ainsi démarre, par cet épisode tardif de sa carrière, bercé par la voix de François Morel, Poulidor premier, documentaire de Patrick Jeudy sur l'éternel second. « C'est l'une de ses plus belles victoires », ajoute le commentaire sans ironie. Au sujet de l'épisode, l'écrivain et journaliste cyclophile Christian Laborde abonde : « En 1974, des types pleuraient de joie dans le Pla d’Adet, après qu’il eut démarré dans le premier virage, laissant sur place Eddy Merckx et tout le gratin des pentes. (...) Mon père chialait : ce démarrage, il l’attendait depuis 1964, depuis l’envol de Raymond dans le col du Portillon. » Le Pla d'Adet ou la dernière salve victorieuse de l'homme qui ne gagnait jamais. En France, les seconds sont éternels, les perdants magnifiques et toujours pardonnés : les Verts 1976 et leurs poteaux carrés, les Bleus de Séville 1982, Fignon et ses 8 secondes manquantes, on s'en fait jusqu'à l'écoeure

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Cinq jours, quatre nuits, dix valeurs sûres

MUSIQUES | Leur venue n'est peut-être pas aussi exceptionnelle que celles de Kraftwerk et de ses plus glorieux descendants, mais leurs prestations compteront sans doute parmi les highlights du festival : coup d’œil sur dix valeurs sûres de Nuits Sonores 2014. Stéphane Duchêne et Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Cinq jours, quatre nuits, dix valeurs sûres

Garnier B2B MCDE (Nuit 1 / Halle 2) Dans le coin gauche, le tôlier, revenu cette année au sommet (mais l'avait-il seulement quitté ?) avec cinq maxis conçus comme autant de défis – à chacun son label et, par conséquent, son esthétique. Dans le coin droit, Motor City Drum Ensemble, LA relève (allemande) de la house à la mode de Chicago. Inutile de vous faire un dessin.   Black Lips (Nuit 1 / Halle 3) Tenancier d'un garage rock d'époque, les Black Lips appartiennent à cette catégorie de groupes qui p

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Quelque chose en eux de Düsseldorf

MUSIQUES | LUCA, acronyme de Last Universal Common Ancestor, soit "dernier ancêtre commun universel", est l'organisme, inconnu à ce jour, dont descendraient tous les êtres vivants actuels. Kraftwerk est son équivalent pour la musique électronique : tous les DJs programmés à Nuits Sonores ont une dette envers lui. Ces dix-là l'ont payée avec les intérêts. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Quelque chose en eux de Düsseldorf

Darkside L'un, Nicolas Jaar, producteur dont la nonchalance n'a d'égal que le raffinement, est à la house ce que la Nouvelle Vague fut au cinéma. L'autre, Dave Harrington, multi-instrumentiste, était jusqu’ici unsideman sans histoire. Ensemble, ils forment Darkside, nom choisi en hommage à Pink Floyd (dont les membres revendiquaient l'influence de leurs amis de Kraftwerk) mais qui aurait tout autant pu l'être en clin d’œil à la Force – voir Daftside, remix bête, méchant et in fine assez jouissif du dernier album de Daft Punk. Psychic, leur premier album, est lui, avec ses licks bluesy et ses artefacts lynchiens, un petit chef-d’œuvre d'electronica à la dérive. Nuit 1 – Halle 1 A l'Ancien marché de gros, mercredi 28 mai (23h45/00h45)

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C'est extra-fou

MUSIQUES | On aurait tort de ne voir dans les projets Extra! que des lots de consolation pour les tricards du cœur de Nuits Sonores. Si certains d'entre eux font (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

C'est extra-fou

On aurait tort de ne voir dans les projets Extra! que des lots de consolation pour les tricards du cœur de Nuits Sonores. Si certains d'entre eux font effectivement figure de passe-temps pour hipsters désœuvrés, d'autres promettent de jolis pas de côtés sensoriels, à l'image du rassemblement de cantines ambulantes "All we need is trucks", du décrochage des photographies qu'expose en ce moment le Goethe Institut (voir page 8), du clin d’œil à la scène raï qui émergea de la Guillotière dans les années 80 "Arabic Tapes made in Lyon" ou de l'explicite "Bike Block Party". Mais s'il ne devait en rester qu'un, comme on dit dans les Highlands (voir ci-contre), ce serait la troisième "Balade offshore" proposée par le webzine Ocean of Noise, au cours de laquelle se produira samedi 31, au Périscope et milieu de bouteilles de vins, la Dream Team du rock garage à la française, La Secte du futur. Ou plutôt la Nightmare Team : rassemblant sous une même bannière figurant la Faucheuse à cheval un Catholic Spray, un JC Satan, un Black Bug et un Skate Gang, son deuxième album, Greetings from Youth, est si contagieux et ex

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Good evening Scotland

MUSIQUES | Après Manchester en 2005 et Londres en 2009, Nuits Sonores remet le cap vers le Royaume-Uni, direction Glasgow. Une juste reconnaissance pour cette (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Good evening Scotland

Après Manchester en 2005 et Londres en 2009, Nuits Sonores remet le cap vers le Royaume-Uni, direction Glasgow. Une juste reconnaissance pour cette ville où naquit au début des années 80 The Pastels, groupe qui est à l'indie pop ce que Bret Hart était au catch américain : «the best there is, the best there was and the best there ever will be». Mais aussi Mogwai, Primal Scream, The Jesus & Mary Chain... Bref, pas mal de jeunes gens autrement plus cultes que les exhibitionnistes peinturlurés de Braveheart. Aucun d'eux ne sera de cette Carte blanche à la Maison de la Confluence. Brilleront en revanche par leur présence le duo Optimo (jeudi 29), qui fut au tournant du siècle le principal ambassadeur de la house scottish, et Kode9 (le lendemain), le pilote d'Hyperdub, vaisseau-amiral de la frange la plus atmosphérique et séditieuse du dubstep – dont Burial est la figure de proue. Côté guitares, le tiercé dans l'ordre est le suivant : The Amazing Snakeheads, dont les prêches électriques changent l'eau en bourbe aussi sûrement que celles de The Birthday Party en son temps, leur âme sœur da

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Gare au gorille

ARTS | Carrure d'ours mal léché, tenue d'aristocrate d'un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître, barbe et chevelure cendrées, deux anneaux à la lèvre (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Gare au gorille

Carrure d'ours mal léché, tenue d'aristocrate d'un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître, barbe et chevelure cendrées, deux anneaux à la lèvre qui scintillent tels des crocs sous une Lune blême, des barbelés d'encre sur le cou et la joue gauche.. Sven Marquardt a tout ce qu'il faut là où il faut pour tenir un rôle de shérif vampire dans la série True Blood. C'est pourtant à une toute autre figure mythologique qu'on l'associe communément : le Cerbère, en sa qualité de physionomiste du Berghain, le havre de décadence électronique que le monde envie à Berlin. Quand il n'y passe pas ses week-ends à refouler tel ou tel EasyJet-setter pour des motifs connus de lui seul, Sven Marquardt prend des photos – ce qui, connaissant la politique pour le moins intransigeante de son club vis-à-vis de cette pratique, ne manque pas d'ironie. De grands et beaux portraits en noir et blanc d'anonymes aux regards noirs et aux corps bohèmes dont les contrastes gothiques se superposent aux contours de la contre-culture allemande (qu'il documente depuis la chute du Mur), exposés pour la première fois en France au Goethe Institut jusqu'au jeudi 2

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Des paroles et des acts

CONNAITRE | Au départ simple frat party réflexive pour professionnels de la profession, le European Lab est devenu au fil des ans un véritable festival dans le (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Des paroles et des acts

Au départ simple frat party réflexive pour professionnels de la profession, le European Lab est devenu au fil des ans un véritable festival dans le festival, sorte d'écho numérique et citoyen au Mode d'emploi de la Villa Gillet visant à «donner la parole à une nouvelle génération d’acteurs européens pour réinventer les modèles culturels de demain». Ce vaste programme, Arty Farty le déclinera principalement à l'Hôtel de région en conférences à géométrie variable (et en apéros et soirées au Sucre, on ne se refait pas) dont les sujets, des mécanismes de starification au potentiel d'innovation des friches en passant par le rôle de la culture dans l'agencement de l'espace urbain, ne manquent sur le papier pas d'intérêt. L’aréopage de journalistes, élus, universitaires, entrepreneurs, artistes (le cinéaste-bidouilleur Michel Gondry, l'auteur de science-fiction Alain Damasio, dont le visionnaire et polyphonique La Zone du dehors mériterait un cycle d'exégèse à lui seul) et autres figures du milieu musical (Matt Black, moitié de Coldcut et co-fondateur du label Ninja Tunes, Dan

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Insomniaque – Semaine du 28 mai au 3 juin

MUSIQUES | Trois étapes du Circuit Nuits Sonores à ne pas manquer : Grandmaster Flash au DV1, NHK'Koyxen au Sonic et Moritz Von Oswald au garage Citroën. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Insomniaque – Semaine du 28 mai au 3 juin

29.05 I'm Grandmaster Flash Pour Nuits Sonores, le DV1 sort de sa zone de confort et remonte aux sources du hip hop. Celles, croupissantes et mêlées de sang, du Bronx, dans lesquelles aurait pu s'embourber le jeune Joseph Saddler s'il n'avait passé son temps libre le nez dans la collection de vinyles de son père et les yeux rivés sur les platines des pionniers du DJing. Des super-héros naissent de ce genre d’obsession : lui deviendra Grandmaster Flash, one-hit wonder du rap politique (The Message, 1982) et DJ à la virtuosité surhumaine (il mixe de dos, avec ses pieds...) dont l'influence traverse encore les âges. After Dark Kouhei Matsunaga n'a pas attendu que Kraftwerk entre dans la troisième dimension pour arborer de très seyantes lunettes stéréoscopiques. Les vôtres ne vous seront d'aucune utilité lorsque ce passionné d'architecture et bruitiste patenté – originaire d'Osaka, il a très tôt c

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La griffe des Nuits

MUSIQUES | Faire d'un quartier-étendard en plein développement une plateforme festivalière cohérente : tel est le pari que s'est lancé Arty Farty pour l'édition 2014 de Nuits Sonores en investissant la Confluence. Au-delà de l'enjeu politique, force est d'admettre, à la découverte de la teneur de de sa programmation, que l'affaire est en bonne voie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 26 février 2014

La griffe des Nuits

Depuis l'annonce de son déménagement à la Confluence, on se demandait bien, sorti de quelques évidences, quels lieux allait concrètement investir Nuits Sonores. On sait désormais que le Lab se répartira entre l'Hôtel de région et l'Hôtel de ville, tandis que la partie purement musicale du festival se déroulera sous les halles du Marché de Gros (qui avaient déjà accueilli les éditions 2009, 2010 et 2011), à la Sucrière (NS Days et Mini sonore), à la Maison de la Confluence (pour la traditionnelle carte blanche) et au Parc des Berges (pour le "Sunday Park", un événement de clôture présenté comme un clin d’œil convivial à l'extension de Nuits Sonores à Tanger). En attendant de voir comment le Sucre s’intégrera dans ce circuit et comment les collectifs Superscript² et Looking for Architectures l'habilleront, on remarquera que la programmation des Days, scindée en trois scènes (dont une extérieure), poursuit les efforts de thématisation et de brassage démographique produits l'an passé, mais cette fois avec un vrai souci d'équilibre. Comprenez par-là qu'aucune tête d'affiche ne devrait s'accaparer le public de la Carte blanche comme Laurent Garnier et Carl Cox l'ont fait en 20

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