Adieu tristesse

MUSIQUES | En visite lyonnaise pour un PB Live intime, Alela Diane interprètera, entre autres et en solo, les sublimes chansons d'"About Farewell". De cet album contant les prémices de son divorce, la folkeuse de Nevada City a fait un disque de renaissance épongeant tout ses échecs et appelant la réussite. Et à trente ans, commence une nouvelle vie. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 5 juin 2014

C'est un disque à propos d'un adieu, mais en forme de retour en grâce. Un règlement de comptes sans acrimonie ni défaussement, mais d'un genre dont il est impossible de faire l'économie si l'on veut continuer à avancer. Un album de préparation à l'accouchement d'une séparation, un exercice de formulation de ces choses qu'on a sur le cœur mais qu'on ne peut sortir, l'exorcisme d'un malaise qu'on n'identifie que dans des mots trop longtemps restés au placard. «I left those words a-hangin' like a ruined dress» chante Alela Diane sur Rose & Thorn.

 

Alela a toujours parlé de ses expériences, vu la musique comme une thérapie, et ce dès The Pirate's Gospel. Ce titre qui la fit connaître n'est lui-même rien d'autre que la sublimation d'une simple virée en bateau sur un lac, transformée par l'enthousiasme en un de ces "on-dirait-qu'on-serait-des-pirates-ou-des-indiens" chers aux enfants. Mais pour About Farewell, la démarche a été particulière, elle tenait de la survie. Il fallait que ça sorte, que les choses soient purgées, sans filtre, sans métaphore. Ces chansons, Alela Diane les a écrites alors que son mari et amour de jeunesse, Tom Bevitori, était parfois dans la pièce à côté. Elle ne savait au départ qu'en faire. Elle en a fait un album et un divorce.

 

«C'est terrible à dire mais à mesure que j'écrivais ces chansons, confie-t-elle, elles me convainquaient de ce que j'avais vraiment envie de faire. Elles me guidaient à travers mes sentiments et mes sensations. Vers la décision de mettre fin à ma relation avec mon mari. Un jour, en chantant l'une de ces chansons dans ma chambre, j'ai réalisé que je ne pourrais jamais les partager avec quiconque si je ne les acceptais pas comme une vérité concrète me poussant à agir en conséquence». Sur la pochette de l'album, on voit deux Alela : l'une semble pensive, les yeux baissés, l'autre l'observe, l'ausculte même, à l'image de ce travail réflexif et d'auto-analyse.

 

 

Wild Divine


La rupture aura également d'autres conséquences, plus professionnelles, Tom étant également son guitariste. Le changement de groupe est obligatoire. Mieux, Alela enregistrera pour la première fois un disque sans son père, son mentor musical de toujours, que l'on voyait aussi régulièrement en concert à ses côtés : «J'avais envie et besoin de ressentir les choses par moi-même et uniquement par moi-même, sans mon mari, sans mon père, sans le contexte musical dans lequel j'étais habituée à évoluer depuis des années». Car entre-temps, après un très bon second album sur le label Rough Trade, To Be Still, après quelques belles collaborations (un remarquable EP avec sa copine de San Francisco Alina Hardin, notamment), il y eut une tentative infructueuse de déborder quelque peu du pré-carré folk à nattes, Rough Trade lui donnant les moyens de réaliser un disque plus ambitieux, plus indie pop, censé conquérir une partie de l'Amérique – avec aux manettes Scott Litt, homme-lige de l'âge d'or de REM.

 

Fallait-il là encore voir un signe dans la pochette d'Alela Diane & Wild Divine – avec un énorme "&" – sur laquelle la chanteuse semble rongée par l'angoisse ? En tout cas, rien ne se déroule comme prévu, les problèmes personnels se mêlant à l'échec du disque – un rien poussif dans l'inspiration et lisse dans la production. Le tout se cristallise autour d'une tournée où Alela a la désagréable impression d'être la "mère" d'un groupe dont elle doit gérer les excès – y compris ceux de son mari. Paradoxalement, ce sont bien ces problèmes domestiques qui lui permettent de digérer l'insuccès de Wild Divine et le rendu de son contrat par Rough Trade : «Je ne vois pas cet album comme un échec, il y a simplement eu un malentendu sur les attentes de Rough Trade à son sujet. Et honnêtement, je mentirais en disant que quand les gens de Rough Trade m'ont dit qu'ils voulaient arrêter de travailler avec moi, cela m'a affecté. J'avais bien assez de problèmes personnels à régler».

 

Avec ce disque où son timbre folk unique résonne au cœur d'arrangements plus subtils que minimalistes, Alela Diane a, sans le vouloir, également soldé les comptes de dix années de sa vie – les dix dernières, soit les dix premières de sa carrière de musicienne – bouclant avec une étonnante acuité musicale, la patine de l'expérience en plus, la boucle entamée avec The Pirate's Gospel : «Je ne peux pas nier qu'About Farewell est une forme de retour à la simplicité de The Pirate's Gospel. Cela fait dix ans que chanter est mon métier, c'est un tiers de ma vie. Cela m'a appris beaucoup de choses sur moi-même, ce que je voulais faire et ne pas faire, musicalement comme dans ma vie personnelle. J'ai appris comment gérer les problèmes mais... En fait je réalise que c'est peut-être dû à l'âge. J'ai tout simplement vieilli» conclut-elle en riant.

 

 

Accélération


La fille de Nevada City n'est pas la première à faire un comeback artistique impressionnant avec un album de rupture, que l'on songe au Us de Peter Gabriel (séparation d'avec Rosanna Arquette) ou plus évidemment au Blood on the Tracks de Bob Dylan (divorce d'avec son grand amour, Sara). Après tout, l'album de rupture est un genre à lui tout seul, qui plus est solidement ancré dans le folk et la musique country. Cela n'a guère préoccupé Alela à l'instant T : «Bien sûr, je sais que certaines des plus grandes chansons de folk et de country portent sur le même sujet, mais au moment d'écrire, ça m'était totalement étranger. J'étais trop concentrée sur ce que je faisais et plus occupée à inscrire mes chansons dans ma propre histoire que dans celle de la musique. Je les ai simplement écrites parce que j'avais besoin qu'elles le soient».

 

Il n'empêche qu'Alela est sans doute, sur ce disque que le San Francisco Examiner a qualifié de «mère de tous les albums de ruptures», l'une des rares à y transformer à ce point le trouble, et sans doute un peu l'aigreur, en une douceur retrouvée. En un premier pas vers l'apaisement. Mieux : en un premier pas vers une autre vie. «Leaving is the hardest part, that's what we always said / Once upon the other side, it's best not to look back / That's what we say about farewell» chante-t-elle sur la chanson-titre. En 2008, dans une précédente interview, elle nous confiait qu'«à Nevada City, le temps passe moins vite». Le fait est que depuis son déménagement à Portland – temple de la branchitude du nord-ouest des Etats-Unis – la jeune femme a pu faire l'expérience de l'accélération des événements, dans une vie qui semblait solidement sur des rails avant de... dérailler puis, plus étonnant encore, de reprendre une course inattendue.

 

Car non seulement le déchirant About Farewell a récolté les louanges critiques dont Wild Divine avaient privé la jeune femme mais, le disque à peine enregistré, la californienne est retombée amoureuse et s'est remariée. Au cours de l'entretien, en guise de fond sonore, on a même eu droit à un babil de nourrisson. C'est l'autre nouvelle : Alela est maman. Magnifique pied de nez au destin, c'est enceinte qu'elle a réalisé toute la tournée promotionnelle d'About Farewell. Elle a même récemment publié une vidéo où elle répète guitare en mains avec pour seule spectatrice, et percussionniste involontaire, sa fille. Comme pour mieux boucler la boucle, elle y chante une version réactualisée d'un morceau de The Pirate's Gospel : Oh My Mama, un hommage à sa mère – à qui elle doit sa voix – retourné à sa fille pour que l'histoire continue.

 

Âgée de sept mois, Vera Marie va la suivre au cours de ce mini-tour européen (six dates en France, une en Allemagne) qu'Alela appréhende un peu d'un point de vue logistique, tout en paraissant impatiente de vivre cette nouvelle expérience en famille, avec mari, beaux-parents et camping-car. En 2008, son interview dans nos pages se concluait très exactement par ces mots : «Je vais de l'avant ». Six ans après, quelle que soit la manière, la jeune femme ne se contredit pas.

 

Alela Diane [+ Ronan Siri]
A la Salle Rameau, jeudi 12 juin


Alela Diane + Ronan Siri


Salle Rameau 29 rue de la Martinière Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un festival de talents (et de surprises)

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Pop / C'est donc maintenant Alela Diane «& Wild Divine». Du nom du groupe qui l'accompagne, bien sûr. Tout est dans le «&», comme une tentative de mettre à distance sans pourtant parvenir à la renier, l'image qui fut la sienne à ses débuts : celle d'une divine sauvageonne descendue des collines de Nevada City, volière à hippies sur le retour. Mais de la pochette sépia des débuts, façon Edward S. Curtis, ethnologue et photographe des native americans, on est passé à une image plus hollywoodienne : rouge à lèvres brûlant, carré 50's. Peu importe, l'habit ne fait pas nécessairement la religieuse folk. C'est la voix, d'où résonne les vibrations de l'Amérique. Du pur produit du quart monde white-trash tennessean viré poupée à néons Dolly Parton, à la « native » sans frontières Buffy Sainte-Marie en passant par les sangs-mêlés (Karen Dalton, Joan Baez), le vibrato de la corde féminine vaut vibration commune. Si bien qu'il faudrait se pencher un jour sur l'histoire du folk féminin américain à travers l'analyse du vibrato comme symptôme des soubresauts sociaux et hoquets historiques du pays, du Coat of Many Colors de Parton au Universal Soldier de la Sainte Buffy. Et si elle s'est affranch

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Fini les tresses d'indiennes, les pochettes sépias et les robes cousues mains par mémé dans une caravane de Nevada City, qui donnaient à la chanteuse et à son propos des airs de carte postale. Alela Diane s'est émancipée de son propre folk(lore) et sa musique avec, qui flirte parfois avec la pop. Reste ce talent de composition indéniable et cette voix, au croisement de Dolly Parton, Karen Dalton et Paula Fraser (Tarnation), c'est-à-dire hantée par des trémolos folk qui sonnent comme les sanglots de l'Amérique. Avec Alela, patronne du new-folk d'outre-atlantique, peu importe le flacon, l'ivresse est toujours au rendez-vous.

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Christophe Chabert | Mercredi 13 mai 2009

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Si on dénonce souvent le copinage et le favoritisme, il faut parfois reconnaître que de temps à autre il peut avoir du bon. Car en plus de venir présenter son très chouette album de folk pastoral, Alela Diane en profitera pour nous présenter, en guise de première partie et de choriste, sa très chouette (et très jolie) copine Mariee Sioux. Laquelle n'est d'après nos informations pas plus mariée que sioux. Elle n'en a pas moins des origines indiennes dont l'écoute de son album Faces in the rocks ne permet guère de douter. Un disque qui n'a rien à envier à celui d'Alela Diane (qui avoue lui devoir son look de squaw) et mérite sans aucun doute de connaître le même succès. Habité par le souci animiste de dénicher le Grand Esprit sous le moindre caillou ou la moindre feuille morte, c'est-à-dire de chercher le Tout dans le souci du détail, Faces in the rock n'en est pas moins d'une simplicité évangélique : une guitare sous hypnose, de discrètes percussions, quelques flûtes et chœurs indiens pour attirer la pluie et bien sûr la voix de Mariee Sioux. Soit la grâce légère de Joni Mitchell, l'esprit ethnique de Buffy Sainte-Marie et ce qu'il faut de dévian

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