Le Start Festival, ce n'est que le début

MUSIQUES | A peine ses trois petits tours (de Lyon, de France et du monde) estivaux terminés, le Sucre embraye sur la deuxième édition du Start Festival. Et reçoit pour l'occasion une belle brochette de bâtisseurs et un sonneur de cloche de rentrée tout trouvé. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 2 septembre 2014

Photo : DR


Premier temps fort de la saison, mais aussi premier paradoxe : alors que sa pyramide des âges est d'une largeur à faire se retourner Khéops dans son sarcophage, Le Sucre commencera par nous entretenir d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Une époque, qui s'étire des 70's aux 90's, au fil de laquelle Lyon s'est imposée dans une curieuse indifférence comme une plaque tournante des musiques alternatives. Le festival la fera revivre au cours d'une conférence, la première d'une série consacrée à l'underground d'ici, fut-il de pierre (comme le Palais d'hiver, l'Olympia du coin, ou le fameux Pez Ner) ou de chair (de la new wave unisexe de Marie et les garçons aux Deity Guns, cousins passagers de Sonic Youth).

Cinq jours plus tard, le coup d'envoi d'un autre cycle de rencontres mettra un terme à l'événement. Sa vocation : discuter des mutations de l'espace urbain. Son invité : le controversé Rudy Ricciotti, Grand prix national d'architecture auquel on doit, entre autres réalisations, le superbe cube alvéolé abritant le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Marseille.

 

Vers l'infini, et au-delà

Le pendant musical du Start Festival opère le même jeu d'échelle. Côté local, la soirée du 4 honorera Nicolas Tardy, alias VophoniQ, qu'on avait laissé la tête dans les étoiles. Celles, primordiales, dont pulsait Cosmogonie (2012), vertigineux disque d'electronica introspective qui aurait mérité un accueil aussi enthousiaste que le Tohu Bohu de Rone. Et celles, immémoriales, qui guidèrent Tensing Norgay jusqu'au toit du monde le 29 mai 1953, et brillent depuis le printemps sur un bel EP mystique et venteux composé en hommage à ce sherpa oublié par l'histoire au profit de l'alpiniste Edmund Hillary. On le retrouve avec un étonnant Album, équivalent sonore du jeu vidéo Katamary Damacy – dans lequel une divinité agglutine des objets terrestres façon bousier pour les transformer en astres – en cela que des matières premières hétéroclites (Autechre, James Holden, Nathan Fake, Neu!, The Knife...) y sont le carburant d'une lumineuse odyssée pop et bruitiste.

Côté global, outre la reprise du rendez-vous berlinois "We Are Reality" sous la bannière couleur ciment de l'implacable label Ostgut Ton (avec Boris et Nick Höppfner), la bonne surprise vient de l'inauguration d'un focus sur la black music par un DJ set du (last) poète soul Anthony Joseph et, surtout, du retour de Pantha du Prince, un an et demi après la sublime cérémonie donnée avec le Bell Laboratory à Nuits Sonores. Cette fois, les seuls cloches à sa disposition seront celles qui résonnent sur ses productions, chefs-d'œuvre de techno miniature dont la quiétude n'a d'égale que l'élégance mélodique avec laquelle ils sondent les mystères constitutifs de l'univers (la lumière, le silence). Dans ces espaces, personne ne vous entendra jubiler.

 

Start Festival
Au Sucre, du mercredi 3 au lundi 8 septembre

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Les Inattendus

Festival | Désormais labellisé “festival de films hors normes“, Les Inattendus offrent comme à chaque rendez-vous biennal un copieux menu : 116 films pour ce millésime (...)

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Les Inattendus

Désormais labellisé “festival de films hors normes“, Les Inattendus offrent comme à chaque rendez-vous biennal un copieux menu : 116 films pour ce millésime 2020 — dont beaucoup projetés en pellicule, chic ! — répartis entre la programmation généraliste et deux théma : "Territoire(s) commun(s)" et "Cinémagnétic" (visant à filmer l’indicible, beau projet). À cela il faut ajouter quelques temps forts, telle la soirée d’ouverture — “La Fête de la lumière“ — durant laquelle se succèderont trois performances alléchantes, avec ou sans pellicule 16mm. À noter également une invitation à une figure atypique du cinéma, le diariste-expérimenteur Boris Lehman le 17 février, délocalisée au Zola ; enfin deux événements pour le jour de la clôture : une performance d’Olivier Bosson puis une projection sonorisée en direct du documentaire Matkormano portant sur un étrange illuminé des années 1950, Maurice Gérard. Vous voici prévenu, mais rassurez-vous : il reste

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La femme à la caméra : "Camille"

Biopic | Jeune photographe fascinée par l’Afrique, Camille Lepage part en indépendante couvrir les remous en Centrafrique qui déboucheront sur la guerre civile. Sans couverture, elle va plus loin que les photo-reporters de guerre professionnels. Au risque de se perdre…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

La femme à la caméra :

C’est un double, voire un triple film que Boris Lojkine signe ici. D’abord, évidemment, un portrait de Camille Lepage (1988-2014) au cours des derniers mois de son intense existence. Le biopic d’une journaliste investie par la nécessité d’éveiller les consciences occidentales à l’imminence du drame centrafricain, mais aussi d’une jeune femme piégée par sa trop grande proximité avec son sujet. Une proximité affective se retrouvant dans sa pratique photographique, puisqu’elle cadre physiquement au plus près des événements et des gens, mais qui dénote également un manque de recul dans son approche. Ce qui conduit à l’insoluble question éthique de la photographie de guerre : celui (ou celle) qui la réalise peut-il/doit-il rester neutre lorsqu’il témoigne d’une situation ? À côté de confrères expérimentés accrédités par les grands quotidiens, se conduisant en expats hautains et désabusés pouvant partir le lendemain pour un théâtre d’opération à l’autre bout du monde, Camille possède une connaissance du terrain qui

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Terrifiant territoire : "Donbass" de Sergei Loznitsa

Film à sketches | de Sergei Loznitsa (Ukr, 2h01) avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriutã, Tamara Yatsenko…

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Terrifiant territoire :

En une dizaine de tableaux mêlant le tragique et l’absurde — les deux s’enchevêtrent souvent au point que l’on ne puisse plus les distinguer —, Sergei Loznitsa dépeint la région du Donbass, frontalière de l’Ukraine et de la Russie, où s’affrontent selon une confusion savamment entretenue (orchestrée, même) sécessionnistes et loyalistes, corrompus et corrupteurs, soldats réguliers et milices, chacun étant naturellement le fasciste de l’autre. Même si certains le sont quand même bien davantage… L’an dernier dans Une femme douce, Loznitsa signalait déjà, à sa façon crue et distanciée, l’arbitraire ordinaire prévalant en Russie contemporaine ; cet état de non-droit glaçant et de danger perpétuel. Judicieusement construit en mosaïque, ce nouvel opus est à l'image du Donbass, territoire émietté balafré de check-points, où les citoyens eux-mêmes sont concassés par les différentes factions les rançonnant ou les incessants pilonnages. Mais une mosaï

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Slow Joe dans la peau

Street Art | Le visage de Slow Joe, figure du quartier, orne désormais l'un des murs de la mairie du 1er grâce à Don Mateo.

Louis Beaufort | Mardi 4 avril 2017

Slow Joe dans la peau

En février dernier, se découvrait l'ultime album de Slow Joe and The Ginger Accident : Let Me Be Gone. Une dizaine de titres envoûtants et brumeux, servis par la voix lourde et rocailleuse de Slow Joe, crooner indien de naissance et lyonnais d’adoption. Quasiment un an après le décès de ce dernier, une soirée en son hommage se tiendra au Club Transbo, le 13 avril prochain, afin de célébrer l'homme comme le dernier opus du groupe, en compagnie du Ginger Accident. Lorsque Slow Joe était encore dans les parages, il était fréquent de le croiser en terrasse place Sathonay, en train de griffonner l’un de ses nombreux carnets ou discutant avec les commerçants du coin. C’est sous forme de clin d’œil et afin de prolonger cette présence dans le quartier que Jean-Pierre "JiPé" Bouchard, 3e adjoint au maire du 1er arrondissement, a eu l’idée de "tatouer" Slow Joe sur les murs de la mairie. Pour réaliser ce projet, il a fait appel à un autre habitué des pentes de la Croix-Rousse, le peintre Don Mateo, artiste prolifique et adepte des collages-pochoirs sauvages depuis 2010. Cette fois-ci

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Insomniaque

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 28 février 2017

Insomniaque

03>03>17 LA MARQUISE DJ CAM Tiens, voici un nom sorti des limbes du passé : le maître de l'abstract hip-hop à la française au fil des années 90, capable d'envolées au groove spirituel nourri de jazz et de beats façon DJ Premier, tente un come-back dans nos contrées muni d'un nouveau best-of. Désormais installé à Miami (son opus de 2015 se nommait Miami Vice et il a composé pour la série Les Experts), il n'a sans doute rien perdu de sa vista aux platines : à vérifier. Revenant. 03>03>17 NINKASI MICROPOINT Les stars du hardcore comme celles de la techno n'en finissent plus de tourner sans relâche, et le passage au Ninkasi de l'une des figures de la musique extrême comme Micropoint l'illustre : le duo aujourd'hui séparé réunissant Al Core et Radium (mais Radium est aussi en solo sur le line-up de cette soirée) était de la première Techno Parade en 1998 et a tatoué toute l'histoire du genre dans l'Hexagone, depuis ses débuts en 1992. Violent. 04>03>17 LE SUCRE PANTHA DU PRINCE Clairement l'un de nos petits favoris, ce Pantha du Prince :

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Ces corps politiques

Festival Sens Dessus Dessous | En dépit des apparences et des idées reçues, le corps et la danse ont des liens assez directs et forts avec le politique et la vie de la cité. Le 6e Festival Sens Dessus Dessous réunit plusieurs chorégraphes sensibles à ces questions.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 février 2017

Ces corps politiques

Si vous êtes un lecteur du philosophe Michel Foucault, de l'anthropologue Marcel Mauss, du géographe Michel Lussault, ou tout simplement du Petit Bulletin (notre récent entretien avec Boris Charmatz), les liens entre danse, corps et politique n'ont pour vous plus rien d'étonnant ni de paradoxal. Rappelons les mots très simples que le chorégraphe Boris Charmatz employait dans nos colonnes pour en donner un exemple à la fois emblématique et actuel : « La danse peut rassembler beaucoup de gens dans le but de se questionner, de se remettre en mouvement, d'essayer des choses et de changer des postures. À l'heure où notre société est figée par le terrorisme, le chômage, la sécurité, la privatisation, la danse donne des possibilités d'assouplissement. »

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Le rythme dans le moi-peau

Le Moi de la Danse | Les Subsistances présentent la deuxième édition du passionnant rendez-vous Le Moi de la Danse : un festival de soli, où le moi se fait dansant, vibrant, changeant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Le rythme dans le moi-peau

Et si, plutôt que de nous figer dans nos peurs et nous réfugier dans l'immobilité, nous inventions un "moi" dansant, plus souple dans son rapport à lui-même et aux autres ? Le chorégraphe Boris Charmatz nous y invite comme, plus largement, ce festival des Subsistances où il est invité : Le Moi de la Danse. Ce festival rassemble des artistes émergents (comme Fouad Nafili) et d'autres plus renommés (Carolyn Carlson) autour de ces questions de l'identité, singulière et plurielle à la fois. Depuis, au moins, l'écrit de l'anthropologue Marcel Mauss, Les techniques du corps, l'on sait les constructions historiques et relatives de nos postures corporelles et de nos façons de nous mouvoir. L'on sait aussi la possibilité

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Se remettre en mouvement avec Boris Charmatz

Le Moi de la Danse | Boris Charmatz est de retour aux Subsistances, pour un grand entretien et la reprise d'un solo de Tino Sehgal. Le chorégraphe revient sur son parcours, sa perception de la danse et son univers, trop rapidement qualifié de danse conceptuelle.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Se remettre en mouvement avec Boris Charmatz

On vous attribue souvent l'étiquette "danse conceptuelle". Est-ce qu'elle vous correspond vraiment ? Boris Charmatz : Au-delà de toutes les étiquettes (danse conceptuelle, non-danse...) je suis, et je me ressens avant tout, comme un danseur. J'ai commencé à douze ans, j'ai quitté ma famille pour aller danser, j'ai été formé au Ballet de l'Opéra de Paris et au Conservatoire de Lyon, je suis devenu professionnel à dix-sept ans... Aujourd'hui encore, je danse pour d'autres chorégraphes comme Anne Teresa De Keersmaeker ou Tino Sehgal. C'est à partir de la danse que j'ai pu écrire, lire, penser, faire des choses variées. Celle-ci est pour moi un endroit de pensée et pas seulement de pratique physique. J'adore transpirer dans un studio de répétition, j'aime aussi parallèlement interroger la place du corps et du danseur. Et vous aimez aussi bousculer les règles du spectacle, briser les frontières artistiques ? J'aime l'art tout terrain.

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Moi de la Danse, deuxième

SCENES | Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

Moi de la Danse, deuxième

Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) plusieurs chorégraphes à présenter des pièces, des conférences, des workshops... Avec cette année, la grande dame de la danse Carolyn Carlson, le suisse Thomas Hauert, le trublion Boris Charmatz et une création de Maud Le Pladec. Les Subsistances organisent aussi un "lancer de festival" autour d'un apéritif et des cours de danse-minute le jeudi 12 janvier à 19h (entrée libre sur réservation).

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Cleet Boris, chanteur de l'Affaire Louis' Trio, est décédé

MUSIQUES | Cleet Boris, chanteur de L'Affaire Louis' Trio, est décédé ce jour à l'âge de 53 ans, des suites d'une rupture aortique foudroyante. C'est son ami Benjamin (...)

Sébastien Broquet | Lundi 2 mai 2016

Cleet Boris, chanteur de l'Affaire Louis' Trio, est décédé

Cleet Boris, chanteur de L'Affaire Louis' Trio, est décédé ce jour à l'âge de 53 ans, des suites d'une rupture aortique foudroyante. C'est son ami Benjamin Biolay qui a annoncé la nouvelle sur son compte Instagram, confirmée par son éditeur : « Les éditions Dupuis ont la douleur de vous faire part de la disparition d’Hubert Mounier ce matin, 2 mai 2016. » Hubert Mounier de son vrai nom était né à Lyon en 1962 et avait fondé le groupe de pop L'Affaire Louis' Trio vingt ans plus tard. Le groupe connaîtra le succès en 1987, avec le titre Chic Planète. Depuis, toujours sous son pseudonyme de Cleet Boris, il avait publié plusieurs bandes dessinées, dont le premier, J’ai réussi, était paru en 1985. La pochette de l'album de Chic Planète était dessinée par son ami dessinateur, Yves Chaland. Son éditeur précise dans un communiqué : « En 2011, les éditions Dupuis parvenaient enfin à le faire revenir à sa table à dessin avec La maison de pain d’épices, un récit autobiographique racontant au jour le jour les affres de la création musicale du disque éponyme. Depuis, Hubert travaillait sur un immense p

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L'été au Sucre

ACTUS | Sa pré-ouverture fut le fil rouge de l'été 2013, sa programmation pour celui de 2014 aura plutôt l'épaisseur d'un câble sous-marin. On parle bien sûr du Sucre, dont la programmation pour les beaux jours vient d'être dévoilée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela ça s'annonce très chaud. Pauline Lambert

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

L'été au Sucre

Du mercredi 3 juillet au dimanche 7 septembre, le rooftop de la Confluence, fidèle à sa volonté d'être un lieu à la fois musical et ludique, consacrera pour commencer chaque mercredi soir à un tournoi de ping-pong. Le jeudi, lui, sous pavillon de l'antenne française de l'ex-radio pirate londonienne Rinse FM, fera la part belle aux disquaires (Sofa le 24 juillet, Groovedge le 7 août, Chez Emile le 14...), DJs (Palma Sound System le 31 juillet, Perrine le 21 août, la team Macadam Mambo le 28...) et initiatives (comme le Rumble Festival, qui fera étape le 10 juillet) lyonnaises qui rythment la vie électronique de la ville.   L'exploration des cultures électroniques se poursuivra avec un véritable "Tour de France" des labels français qui montent le vendredi (de Versatile avec Étienne Jaumet le 4 juillet à Construct Re-Form avec An

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«La honte d'avoir détourné le regard»

CONNAITRE | Auteur de "Murambi, le livre des ossements", extraordinaire roman pluriel sur le génocide des Tutsis, l'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop est l'invité d'Assises Internationales du Roman plus que jamais en prise avec le réel. Il revient pour nous sur ce livre, écrit en 2000 et réédité cette année à l'occasion du vingtième anniversaire de la tragédie. Propos recueillis par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mai 2014

«La honte d'avoir détourné le regard»

Comment vous, écrivain Sénégalais, avez-vous été amené à travailler sur le Rwanda ? Boubacar Boris Diop : C'est un couple d'amis, du Tchad et de Côte d'Ivoire, qui a demandé à une dizaine d'écrivains du continent africain de venir travailler à cette question dans le cadre d'une résidence, quatre ans après les faits. Ils ont considéré que ce qui s'était passé là-bas était évidemment très important et que les auteurs africains n'en avaient que peu parlé. Cela peut paraître assez étrange, mais je peux vous dire que vingt ans après, l'Afrique n'a pas encore vraiment compris le génocide des Tutsis. Alors imaginez ce que cela pouvait être en 1998, quand nous sommes allés au Rwanda pour faire ce travail. Il y avait autour de cela un très grand silence. Alors que cela a été quelque chose de colossal : 10 000 personnes ont été tuées chaque jour pendant trois mois. Pour nous, c'était une manière de dire que ce silence-là était irresponsable.   Quels ont été vos premiers sentiments et réactions en décou

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Le fond de l'AIR effraie

CONNAITRE | «La vérité est ailleurs». C'est ce que semble nous dire par sa puissance iconique la soucoupe volante qui survole l'affiche de la huitième édition des Assises (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mai 2014

Le fond de l'AIR effraie

«La vérité est ailleurs». C'est ce que semble nous dire par sa puissance iconique la soucoupe volante qui survole l'affiche de la huitième édition des Assises Internationales du Roman, qui n'est pas sans rappeler le célèbre poster illustrant la maxime de la série culte X-Files. "Ailleurs" c'est ici aux Assises : les invités y sont autant de visiteurs de notre monde qui, depuis les véhicules fictionnels que sont les romans, observent en étrangers ou en protagonistes, ce qui le fait ou l'a fait. La dialectique romanesque est, malgré son infinité de formes, immuable et vieille comme le roman lui même : la sphère intime traverse l'universel, le vaisseau de la fiction transcende le réel. "La trahison", "La rupture amoureuse", "Les vies ordinaires" sont autant de banalités portant le masque de la tragédie, quand désir et deuil peuvent se muer en expérience métaphysique – "Être ou ne pas être" – moteur commun de l'individu et de l'humanité. Comme le dit Boubacar Boris Diop dans l'interview ci-contre : «le génocide est un désastre collectif, mais il est vécu par chacun dans

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Rêves de celluloïd

ECRANS | Retour aux sources à double titre pour Les Inattendus : non seulement le festival retrouve la MJC Monplaisir, mais il réaffirme plus que jamais son envie (...)

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Rêves de celluloïd

Retour aux sources à double titre pour Les Inattendus : non seulement le festival retrouve la MJC Monplaisir, mais il réaffirme plus que jamais son envie de montrer des films «très indépendants» dans le support de prédilection de leurs auteurs, la pellicule, qui n’a jamais été aussi vivante que depuis qu’on annonce sa mort. Le programme de ces dix jours (du 24 janvier au 1er février), qui fait le tour d’un cinéma que l’on dit expérimental mais qui recouvre des réalités très différentes, est assez tentaculaire. Il propose entre autres un focus sur les films d’Allemagne, un film-hommage de Stéphane Marti consacré au cinéaste Marcel Mazé qui sera mis en regard avec une rareté de Marguerite Duras, Les Mains invisibles, des œuvres venues des laboratoires les plus actifs en la matière (par chez nous, MTK à Grenoble ou le Gran Lux à Saint-Étienne), une rétrospective consacrée au collectif anglais Amber… On notera aussi la présence du film de l’acteur Lou Castel, habitué du cinéma de Philippe Garrel, baptisé… Acteur, et la suite du journal filmé du grand Boris Lehman, Mes sept lieux (photo), sans doute l’expérience la plus e

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Rudy Ricciotti ce mardi à Lyon

CONNAITRE | Le célèbre architecte Rudy Ricciotti, dont la dernière création est le splendide MuCEM de Marseille, sera à Lyon mardi 3 décembre de 16h30 à 18h à l'Archipel - (...)

Nadja Pobel | Lundi 2 décembre 2013

Rudy Ricciotti ce mardi à Lyon

Le célèbre architecte Rudy Ricciotti, dont la dernière création est le splendide MuCEM de Marseille, sera à Lyon mardi 3 décembre de 16h30 à 18h à l'Archipel - Centre de culture urbaine (21 place des Terreaux) pour parler de son livre L’Architecture est un sport de combat (Ed. Textuel, avril 2013).

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Nuits Sonores 2013 - Jour 4

MUSIQUES | Nuits Sonores, c'est terminé. Déjà ? Déjà. A se demander si un an d'attente pour quatre jours de réjouissances, ce n'est pas un peu cher payé. Au vue de la somme de glorieux souvenirs que nous avons emmagasinés lors de la dernière journée de cette édition 2013, on peut vous affirmer que ça ne l'est pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 12 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 4

N'eut été la présence de Tale of Us et des Raveonettes à son générique, nous n'aurions sans doute pas mis les pieds au quatrième NS Days, histoire de rassembler le peu de forces encore à notre disposition avant le bouquet final. Sans surprise, nous l'aurions amèrement regretté. Car si le duo italien a signé un set à la hauteur de sa précédente prestation lyonnaise (un mix marathon de 4h au Club Transbo en décembre dernier) et si la loud pop spectorienne du duo danois a été au cœur de l'un des concerts les plus troublants – de sensualité et de puissance - de cette édition, c'est un quasi-inconnu qui a livré la prestation la plus inattendue : Squeaky Lobster, producteur bruxellois dont l'abstract hip hop kaléidoscopique, à défaut d'avoir emporté l'adhésion de l'audience, nous a pour notre part durablement scotché. Les "Lee Hazlewooderies" saturées des Liminanas, le rock'n'roll high energy des Mojomatics et les collisions métalliques de The Hacker (qui a remplacé à la dernière minute le pauvr

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Sonnez les platines

MUSIQUES | Nuits Sonores déjoue les attentes avec une édition 2013 chiche en grosses têtes d'affiche et dont les entrées les plus excitantes sont le fruit de collaborations avec des curateurs d'un soir. Ainsi de la scène co-programmée par le festival norvégien Øya, qui verra se produire le minimaliste Pantha du Prince pour un concert plus "spécial" que bien des prestations labellisées comme telles par le passé. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 28 avril 2013

Sonnez les platines

Ça pour une belle fête d'anniversaire, c'était une belle fête d'anniversaire : de l'accueil des séminaux New Order à la mise en chantier du bouquin commémoratif 10 ans sans dormir en passant par la conclusion de sa programmation nocturne avec un plateau secret, le festival Nuits Sonores a l'an passé mis les petits plats dans les grands au moment de célébrer sa décennie d'existence. À tel point qu'on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir poursuivre sa croissance sans en rajouter. Vincent Carry et son équipe ont mis fin à nos interrogations de la meilleure manière : en concevant une édition 2013 qui, loin de la surenchère crainte, s'annonce comme l'une des plus pointues et les plus harmonieuses de son histoire. Un génie, cinq associés, plein de cloches Hormis Busy P, le fantasque manager du label Ed Banger, Carl Cox, le fidèle Laurent Garnier, Vitalic et à la rigueur Jamie XX, le machiniste des sinistres The XX, la programmation s'articule en effet autour d'artistes d'une notoriété cantonnée à un public un minimum connaisseur (voir notre sélection en pages 4 et 5). Mieux, le traditio

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L’Écume des jours

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

L’Écume des jours

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empiler 

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Incertain regard

SCENES | Portés par une scénographie ingénieuse digne d’une boîte à magie géante, Boris Gibé et Camille Boitel ont imaginé un spectacle ambitieux et surprenant qui se joue des perspectives. Aurélien Martinez

Christophe Chabert | Mardi 3 avril 2012

Incertain regard

Curieuse proposition que ces Fuyantes. Puisqu’il faut la mettre dans une case, celle un brin fourre-tout du nouveau cirque convient… bien qu’elle soit terriblement réductrice. Car la force de ce spectacle est justement d’arriver à mettre en place son univers propre au croisement des arts (cirque, danse, théâtre, art plastique, art numérique…), sans qu’aucun ne prenne le pas sur les autres. Aux manettes de cet ovni, on retrouve Boris Gibé et Camille Boitel. Le premier a fondé en 2004 la cie Les Choses de Rien, pour travailler «sur la danse acrobatique, l’exploration aérienne, le théâtre corporel, la manipulation d’objets». Des expérimentations qui parlent évidemment au second, lauréat en 2002 de la première édition de l’opération Jeunes talents cirque que le public grenoblois a découvert la saison dernière à la MC2 avec le sidérant L’immédiat. Deux artistes atypiques donc, dont la collaboration, attendue, ne pouvait donner que quelque chose de riche. Juste une illusion d’optique Dans un monde déshumanisé et quasi-robotisé, cinq êtres semblent condamnés à errer sans repères tangibles. Cette idée prend rapidement forme grâce à une scénogr

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Hubert Mounier

MUSIQUES | Hubert MounierAprès un retour discographique (et graphique) remarqué (voir PB n°615), avec sa double (disque + BD) Maison de Pain d'Épice, Hubert (...)

Dorotée Aznar | Mardi 14 juin 2011

Hubert Mounier

Hubert MounierAprès un retour discographique (et graphique) remarqué (voir PB n°615), avec sa double (disque + BD) Maison de Pain d'Épice, Hubert Mounier/Cleet Boris retrouve cette fois la scène jeudi 16 juin au Transbordeur. Un retour aussi attendu par le musicien que par le public. Quant à ceux qui ont raté la récente exposition lyonnaise de ses plus belles planches à l'A.del Galerie ils pourront se rattraper avec une reprise de l'expo jusqu'au lundi 27 juin, au même endroit (33, rue Auguste Comte). Et même une dédicace samedi 18 et dimanche 19 juin dans le cadre de Lyon BD festival au Palais du commerce.Un accueil digne de ce grand monsieur. SD

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In BD with Mounier

ARTS | BD / Comme Fabio Viscogliosi ou Kent, Hubert Mounier/Cleet Boris fait partie de ces Lyonnais qui n'ont jamais vraiment choisi entre la BD et le rock. (...)

Dorotée Aznar | Lundi 28 mars 2011

In BD with Mounier

BD / Comme Fabio Viscogliosi ou Kent, Hubert Mounier/Cleet Boris fait partie de ces Lyonnais qui n'ont jamais vraiment choisi entre la BD et le rock. Sans doute parce que, pour cette génération, la double culture était une évidence. À cet égard, ses premières publications dans la revue lyonnaise Rock & BD à la fin des années 70 étaient plutôt prémonitoires. Cette fois, Cleet Boris a donc suivi pendant plusieurs années les pérégrinations de son Docteur Frankenstein, Hubert Mounier, dans les affres de la création, de la dépression, du sevrage (alcool et cigarette). Puis de la confiance retrouvée. Dans les coulisses de la genèse du disque La Maison de Pain d'Épice, Boris porte sur Mounier un regard et un trait «ligne claire» sans concession, ni auto complaisance, ramenant l'acte de création à ce qu'il est : un petit tas de doutes et de tâtonnements au beau milieu de la vie de tous les jours. Dans ce récit, l'auteur glisse même beaucoup d'autodérision et d'humour, notamment dans la description de l'amitié pleine de franchise qui unit Hubert Mounier et Benjamin Biolay (un vrai personnage de BD), chacun étant à la fois le disciple et le mentor de l'autre. Si ce Journal d'un disque n'est

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La Maison du Bonheur

MUSIQUES | Album / Sur "Sans Nouvelles", qui clôt quasiment "La Maison de Pain d'Épice", Hubert Mounier chante : «je suis heureux comme avant/Heureux comme un vieux (...)

Dorotée Aznar | Lundi 28 mars 2011

La Maison du Bonheur

Album / Sur "Sans Nouvelles", qui clôt quasiment "La Maison de Pain d'Épice", Hubert Mounier chante : «je suis heureux comme avant/Heureux comme un vieux disque à tourner sans fin/À chanter toujours le même refrain». Celui qui, avec l'Affaire Louis Trio, contait "L'Homme aux Mille Vies" semble en avoir vécu quelques-unes. Et au bout s'être retrouvé. Car si "La Maison de Pain d'Épice" est le quatrième album solo d'Hubert Mounier, on pourrait croire que c'est le premier. Le précédent, "Affaire Classée", était, il est vrai, un album de reprises (magnifiques) de l'Affaire Louis Trio. Et sur les deux premiers, "Le Grand Huit" et "Voyager Léger", planait l'ombre envahissante de Benjamin Biolay, béquille amicale d'un auteur-compositeur décomposé. Vieilli, usé, fatigué, Mounier mais conscient aujourd'hui que «malgré la menace de n'être nulle part à sa place (…) il faut bien voir le monde en face et profiter du jour qui passe», comme il le rime sur "Fatalitas", l'un des tubes en puissance d'un disque qui en compte de nombreux. Réenchanté par une vie privée épanouie et une paternité inespérée, «lâché» par un Benjamin Biolay trop pris par sa carrière, Mounier a pris le taureau par les cornes

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Double Je

MUSIQUES | Entretien / Hubert Mounier. Réconcilié avec son double Cleet Boris, l'ancien chanteur de l'Affaire Louis Trio revient en force avec un double projet baptisé La Maison de Pain d'Épice : soit un disque, signé Hubert Mounier, et la BD qui en conte la genèse via Cleet Boris. Avec pour fêter ça, une exposition lyonnaise aux accents pop. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Lundi 28 mars 2011

Double Je

Petit Bulletin : Une exposition Cleet Boris/Hubert Mounier, c'est une première, non ? Hubert Mounier : Complètement. Je raconte des histoires et je m'efforce de faire des bouquins qui aient de l'intérêt quand on les achète, mais je ne me suis jamais considéré comme un grand dessinateur. Alors exposer, cela me paraissait tout de suite un peu prétentieux mais j'ai fini par me laisser convaincre. Avec La Maison de Pain d'Épice, le disque et la BD, c'est aussi la première fois que vos deux activités principales, la BD et la musique, se rejoignent en un projet commun. Cela a-t-il une saveur particulière ? Oui, même si j'avais déjà mis en scène l'Affaire Louis Trio en BD. Mais c'est la première fois que mon double Cleet Boris raconte la vraie vie d'Hubert Mounier. J'avoue que, de moi-même, je n'y aurais pas pensé. Mais quand Dupuis me l'a demandé, l'occasion était trop belle pour que je ne tente pas de réunir mes deux passions. C'est encore une manière pour Cleet Boris de rattraper Hubert Mounier par le col...Si la BD est signée Cleet Boris c'est surtout par pudeur car jamais je n'avais été aussi exposé. Dans mes chansons, j'arrive toujours à év

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On n’est pas là pour se faire engueuler

MUSIQUES | Les chansons de Boris Vian ont traversé le temps, autant sinon mieux encore que ses romans, et irrigué une grande partie de la chanson française (...)

Christophe Chabert | Jeudi 28 mai 2009

On n’est pas là pour se faire engueuler

Les chansons de Boris Vian ont traversé le temps, autant sinon mieux encore que ses romans, et irrigué une grande partie de la chanson française contemporaine. L’hommage qui lui sera rendu aux Nuits de Fourvière le mardi 9 et le mercredi 10 juin tombe donc sous le sens. Sur la scène du Théâtre antique, Thomas Fersen, Agnès Jaoui, CarmenMariaVega, François Hadji-Lazaro, Adrienne Pauly, Jean-Louis Trintignant (présence étonnante et rare d’un des plus grands acteurs français) et bien d’autres piocheront dans le répertoire célèbre mais aussi dans les inédits de Vian pour un tour de chant initié et orchestré par Fred Pallem, leader du big band Le Sacre du tympan. Deux soirées événements que le festival proposera en première française au public lyonnais.

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