La route des indés

MUSIQUES | Dans la collection automne-automne musicale, la tendance est clairement à l'indie rock, cette notion floue et changeante qui pourtant se nourrit d'une évidence : quelles que soient sa nature, sa forme, son humeur, son envie, quand on voit un artiste indé, on le reconnaît au premier coup d’œil. Et à ce qu'on en veut toujours plus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

«Just gimme indie rock !!!!» C'est sur ce cri primal que s'ouvre, en 1991, Gimme Indie Rock, EP culte et (re)fondateur de Sebadoh. Le trio, alors composé d'Eric Gaffney, Lou Barlow et Jason Loewenstein – qui vient de rejoindre le groupe du Massachussetts – y évoque ses influences dans une furieuse séance de name-dropping (Velvet Underground, Husker Dü, Sonic Youth et même Dinosaur Jr., dont Barlow vient pourtant de se faire éjecter comme un malpropre) qui s'accompagne du mode d'emploi indie : jouer plus lentement, fumer de l'herbe (pas forcément dans cet ordre) et hurler à la face du monde.

Ce cri, c'est un peu le cri que le public lyonnais averti (qui comme chacun sait en vaut deux) est depuis quelques temps en mesure de pousser à chaque début de (demi-) saison. Car il sait, à mesure qu'on lui sert sur un plateau des Dinosaur Jr. donc, des Chokebore, des Swans et on en passe, qu'il sera exaucé. Or cette saison, on va encore pouvoir pousser cet appel gourmand aux échos de satisfaction repue. De fait, on a commencé, depuis que Sebadoh justement, a été annoncé il y a quelques mois. D'une certaine manière, il ne manquait plus qu'eux pour boucler une boucle qui pourrait être en réalité un ruban de Möbius.

Bien sûr, il convient de se mettre d'accord sur les termes employés et, peut-être, comme dans une bonne dissertation de philosophie, commencer par là. Qu'est-ce que l'indie rock, en dehors de la définition toute personnelle et banlieusarde qu'en donne Sebadoh : «le blues nouvelle génération des petits blancs» ? Vaste question aux contours pourtant si simples. Comme précisé fort justement par le Dictionnaire du rock (Robert Laffont), le rock – ou plutôt ce que l'on nomme alors nouvellement rock'n'roll – naît indépendant, sous l'égide de Sam Philipps, l'homme qui a accouché, entre autres, d'Elvis, dans un petit studio-label de Memphis nommé Sun Records. Il perd, le rock, cette indépendance à plusieurs reprises, à mesure notamment qu'il est récupéré par le système et les grosses compagnies de disques. En étant avalé par la pop music dans son terme le plus générique et le plus générale.

 

 

Sebadoh

Underground & DIY

Mais toujours une notion nouvelle, l'underground, le Do It Yourself (le fameux premier EP auto-produit de l'ère punk réalisé par les Buzzcocks avec Spiral Scratch en 1977) viennent contrecarrer les plans de l'industrie et récupérer le sceptre de la liberté chérie. Les groupes en tête bien sûr, mais aussi via des labels innombrables qui pour certains grossiront démesurément, jusqu'à faire de "l'indépendance" une industrie, quand d'autres périront plus ou moins glorieusement – par exemple lors de la crise du disque des années 90. Des exemples, il en existe des dizaines : Island, Stiff, Rough Trade (qui n'était au départ qu'un disquaire... indépendant), Factory, 4AD, Mute, Bomp!, Sub Pop, Creation, New Rose en France... Dans le même temps se développent les réseaux de college radios aux Etats-Unis, les radio libres en France, les radios pirates un peu partout. Des classements de ventes de disques indépendants finiront par apparaître tandis que le succès massif de certains groupes indie entrainera même la création de sous-labels "indépendants" au sein de majors, les pistes devenant de fait irrémédiablement brouillées.

De la même manière qu'on a autant de mal à définir ce qui est rock de ce qui ne l'est pas – Thomas VDB, one-man-showman et ancien critique rock, en a d'ailleurs fait un sketch hilarant et pour tout dire très juste – il n'est guère aisé de savoir ce qui est indie rock et ce qui ne l'est pas – à quelques évidences près comme les Pixies vs. Jean-Jacques Goldman. Cela peut rester une affaire de label (ou, malheureusement ou heureusement, de pas de label du tout) mais quand on parle d'indie rock aujourd'hui, on parle état d'esprit, esthétique, on pense à une longue lignée d'influences, comme dans la chanson de Sebadoh, qui accouche d'une attitude et presque d'un art de vivre sa musique. Ce sans bien sûr que l'on ne puisse éviter l'écueil de la pose, du malentendu, du marketing et, très souvent, tout cela à la fois. Nous voilà face à une quadrature du cercle ou du ruban de Möbius donc. Quel rapport entre un Morrissey, chef de file des Smiths, l'un des groupes indés les plus importants de sa génération, signé en son temps sur l'un des labels indés les plus importants de sa génération, qui vient inonder le Radiant de sa présence iconique le 31 octobre, le Protée musical à poils Fink, ou encore la radicalité absolue d'un groupe comme Rien, symbole de l'indépendance à la Française jusque dans son nom (le 29 novembre au Marché Gare, profitez-en, après, il n'y aura plus (de) Rien). 

 

 

Inspiration / Transpiration

Reste que quand on jette un œil à une grande partie de la programmation des salles lyonnaises cet automne, on ne peut comme on l'a dit s'empêcher d'y voir un fort parfum d'inspiration et de transpiration indé – ce qui est un quasi pléonasme. Voilà Sebadoh donc, de passage au Marché Gare le 27 octobre, comme héraut d'une certaine i(n)dée du rock qui n'a jamais voulu vendre son âme. Et d'ailleurs en aurait sûrement été bien incapable tant son leader Lou Barlow s'est toujours montré farouchement inadapté au système (et à à peu près tout le reste), lui qui a passé une grande partie de sa carrière à saloper des morceaux qui auraient pu être des merveilles – et certains heureusement le sont restés.

Mac DeMarco

Comment ne pas voir de dignes héritiers de cet esprit en les personnes de notre quasi voisin H-Burns (le 21 novembre au Marché Gare) et du Canadien Mac DeMarco ? L'un pour cette oscillation entre anxiété acoustique et tension électrique – et ce jusqu'au-boutisme qui l'a poussé à aller enregistrer son déroutant Off the Map chez le gourou Steve Albini. L'autre pour ce je-m'en-foutisme qui laisse moins d'importance à la manière, laidback en diable, qu'à la matière brute : soit comme Barlow une pluie de disques réalisés avec des bouts de ficelles mais n'en contenant pas moins de pures pépites à la croisée de Pavement et Jonathan Richman – comme sur son dernier disque en date, Salad Days, qui fait écho, exprès ou nom, à l'un des totems indés de l'Histoire, les Young Marble Giants.

Voilà peut-être la clé : être génial et s'en ficher totalement, passer à autre chose à peine sa chanson enregistrée, si possible avec un air de ravi de la crèche – ou une tronche de six-pieds de long selon la personnalité qu'on se trimballe, et aussi parce que la vie elle-même tire souvent la gueule et que c'est souvent de cela dont il est question. Prenons Angel Olsen, Américaine de Chicago, et Courtney Barnett, Australienne de Sydney. Soit deux ex-serveuses qui ont envoyé paître leur tablier pour enfin partager avec qui voulait bien les entendre, leurs chansons âpres et traînantes sur cette chienne de vie, chacune dans son registre mais avec des fils référentiels (Tarnation, Mazzy Star, l'une plus Bonnie 'Prince' bileuse, l'autre plus velours underground) que l'on peut aisément nouer. Le parallèle de ces destins d'anges mal fringués d'à peu près le même âge est si troublant qu'il en est presque cliché. Troublantes, les deux jeunes femmes le sont aussi et on se pressera pour aller se pâmer devant les scènes qui les accueilleront. Pour la première, dès le 1er octobre à l'Epicerie Moderne, toujours impecc', pour la seconde, le 2 décembre au Marché Gare – qui plus que jamais se fend vraiment d'une programmation aux petits oignons, et tant pis pour l'haleine.

 

 

Free as a Gruff

S'agirait-il là d'une autre clé des champs indés, au risque d'enfoncer une porte ouverte ? Etre intransigeant et ne reculer devant rien de rien. Comme l'une des vedettes du festival Just Rock? (avec Frànçois & The Atlas Mountains) : le Gallois Gruff Rhys, leader des cinglissimes Super Furry Animals, qui en solo n'aime rien tant que les albums concepts. Sur les échantillons de shampooing d'hôtel comme précédemment ou, pour son dernier album, le sublime American Interior, pousser le bouchon jusqu'à partir sur les traces d'un ancêtre et de sa quête d'une tribu indienne d'origine galloise. Le tout aboutissant à une tournée work in progress dont résulte un film – où Rhys se trimballe en compagnie d'une marionnette symbolisant ledit ancêtre, un livre et enfin un album studio ouvragé qu'il vient présenter le13 octobre au Marché Gare... en acoustique. Car il est libre Gruff.

Voilà en tout cas une "politique" à laquelle ne sont sans doute pas étrangers des gens aussi différents que les Russes de Messer Chups et leurs expérimentations freako-surf (le 9 octobre au Sonic) ; Daniel V. Snaith, qui officiera le 21 octobre au Transbordeur en tant que Caribou, pensionnaire du très fouineur Merge Records et sans doute l'un des musiciens les plus inventifs (et intellectualisants) de ces dernières années, dont on n'imaginait guère, et à vrai dire, ça ne saute pas immédiatement aux oreilles, qu'il allait nous "vendre" son dernier album, Our Love, comme très influencé par Stevie Wonder – par ailleurs, comme on vous l'avait raconté il y a quelques mois, rare musicien mainstream à avoir gagné de haute lutte son indépendance artistique au sein même de l'implacable Motown ; ou le violoniste et maître ès pop baroco-expérimentale Owen Pallett, le 6 décembre à l'Epicerie, que l'on connaît également sous les avatars Les Mouches et Final Fantasy, ou en collaboration avec The National ou Arcade Fire – indés devenus grands.

 

Caribou

Tout cela, direz-vous en connaisseur, n'a pas grand chose à voir avec Sebadoh et l'idée primale de l'indie rock évoquée plus haut ? Beaucoup moins en tout cas que des prototypes indé à deux vitesses sortis de la banlieue de Chicago façon The Orwells (18 novembre, Marché Gare) ou du fin fond de l'Ontario comme les fébriles (et fantastiques) PS I Love You. Ou même que des goules punks british ra(va)geuses et "jimjonesiennes" à la Amazing Snakeheads (tous deux le même soir au Winter Camp le 12 décembre au Marché Gare). Mais allez donc savoir, tant tous les chemins mènent à la route de l'indépendance.


Gruff Rhys


Marché Gare 34 rue Casimir Périer Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Sebadoh

Indie rock
Marché Gare 34 rue Casimir Périer Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Mac Demarco

Pop folk
Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Indie, dites-lui oui

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C'est la soirée 100% indie du festival, destinée aux lecteurs de Magic dont les trois artistes présentés ici sont des chouchous de longue date. Aldous Harding trône d'ailleurs en couverture du dernier numéro du magazine. C'est elle qui ouvrira la soirée, prenant grand soin de confirmer qu'elle n'est pas pour rien considérée comme la chef de file d'une scène folk féminine particulièrement riche en pépites. Et, double casquette, comme une énième représentante de choix de la scène indé néo-zélandaise. Parquet Courts changera l'ambiance du tout au tout avec son post-punk garage aussi rageux que classieux, avant que cette bonne tronche de cake de Mac DeMarco ne vienne finir le boulot avec sa pop désinvolte, délicieusement muée en (vraie-fausse) musique de cow-boy léthargique sur son dernier Here Comes the Cowboy.

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Sunny Sonny & the Sunsets au Périscope

Pop | En solo ou avec ses Sunsets, qui l'accompagnent ici au Périscope, le fantaisiste Sonny Smith n'a de cesse de se réinventer, bâtissant de disques en disques une discographie solaire aux reflets changeants.

Stéphane Duchêne | Lundi 10 septembre 2018

Sunny Sonny & the Sunsets au Périscope

Lorsque l'on vit à San Francisco sur la côte ouest des États-Unis on voit rarement deux fois le même coucher de soleil sur le Pacifique. Ce n'est sans doute pas par hasard si Sonny Smith a baptisé son groupe, basé à San Francisco, The Sunsets. Sans doute n'est-ce pas non plus par hasard qu'il est allé parfois chercher, pour composer cette troupe à géométrie souvent variable, des membres de The Fresh & Onlys (également dans ces pages et en virée sur Lyon cette semaine) et de Thee Oh Sees, deux formations garage elles-mêmes particulièrement frappées. Car Smith s'est en effet révélé tout au long de sa discographie lumineuse changeant comme les reflets du soleil sur l'eau. C'est ainsi qu'après une vraie-fausse BO succédant à Antenna to the Afterworld et une compilation de 100 reprises de groupes imaginaires – Talent Night at the Ashram où se déploie un art consommé du storytelling le plus trivial – Sonny avait livré en 2016 avec ses S

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Stéphane Duchêne | Mardi 13 juin 2017

Vundabar, à bonne école et au Sonic

Il y a presque trois ans, en ouverture de Sebadoh au Marché Gare, les plus observateurs des spectateurs – du moins ceux qui n'étaient pas trop transis d'impatience à l'idée de retrouver leurs vieilles idoles Lou Barlow et Jason Loewenstein pour ne pas faire œuvre d'une inattention compréhensible – avaient sans doute remarqué ces jeunes Vundabar chargés de chauffer la salle, dignes héritiers de la tradition rock du Massachusetts. Car c'est bien dans leur état natal, à l'ombre de certaines des grandes universités (Harvard, Cambridge, M.I.T. Amherst...) ou dans les banlieues de Boston, qu'est née la fine fleur de la power-pop et du rock à guitares indie : Dick Dale, père du surf rock ; les Géo Trouvetou proto-punk The Modern Lovers ; le Galaxie 500 du velvetolâtre Dean Wareham ; The Cars, inventeurs de la formule power ; le mélange rock milky-way (croustillant à l'extérieur, moelleux à l'intérieur) des Pixies ; Dinosaur Jr. et ses finesses techniques logées dans un grand fracas je-m’en-foutiste ; Sebadoh, exutoire de l'aigre-doux Lou Barlow, également bassiste de Dinosaur Jr., et pour ainsi dire Weezer, sorte de Beach-boys noisy nés dans la cabo

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Nuits de Fourvière | Où est donc passé ce fleuron du psychédélisme que fut Tame Impala à ses débuts ? On dirait que ces sautillantes antilopes se sont perdues dans la marée mainstream et une volonté forcenée de synthèse du tout synthétique.

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Difficile d'évoquer le groupe australien Tame Impala sans citer la définition qu'en fait son grand gourou Kevin Parker, adoubé par la sphère musicale comme un messie des antipodes : « a steady flowing psychedelic groove rock band that emphasizes dream-like melody. » Voilà typiquement le genre de déclarations fourre-tout dont se servent les messies pour brouiller les pistes et nous embarquer dans leur sillage, laissant la porte ouverte à toutes les dérives. Là se pose la question qui taraude depuis longtemps : d'où vient que les groupes à guitares les plus inspirés finissent souvent par tomber dans leur propre piège synthétique ? Soyons honnête, Julian Casablancas (Strokes) découvrant Daft Punk, c'est le chimpanzé devant le monolithe noir de 2001, l'Odyssée de l'espace. Il sent qu'il y a un truc à faire avec ça, mais d'une il ne sait pas quoi, de deux, il a l'intuition que plus rien ne sera jamais pareil. Robinetterie Certes, on reconnaissait la semaine dernière que ce genre de basculement peut être sacrément réussi ; mais le contre-exemple vaut exception à la règle. Or s'il y a un groupe symptoma

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Musilac : le feu au lac

Musilac | Aussi foisonnante que pointue, éclectique que bien choisie, populaire (Les Insus, Elton John) que fureteuse (Barns Courtney), hurlante (Mass Hysteria) que sussurante (Lou Doillon), la programmation de Musilac est un joyeux casse-tête autant qu'un labyrinthe où il fait bon se perdre. Et où nous avons posé ça et là quelques balises.

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Grand Blanc L'Australie, La Réunion, Aix-les-Bains : on ne peut plus se baigner tranquille. La nature est devenue tellement folle, que l'on ne peut plus barboter deux secondes dans l'insouciance estivale sans se faire croquer par un requin, ici un Grand Blanc. Certes, Grand Blanc le groupe ne mord pas vraiment mais pour ce qui est de venir souffler de l'intranquillité sur la nuque de vos aspirations festives, il n'y a pas mieux, c'est même un peu le concept du dernier album, qui est d'ailleurs le premier, de ces lorrains à la discold-wave dévastatrice et aux tubes dévorants. Ils ne sont peut-être pas des têtes d'affiche du festival au sens premier du terme. Mais ils en ont la gueule. Et grande ouverte avec ça. Sur la scène Le Korner le samedi 9 juillet à 15h25 Foals À quoi voit-on qu'une sauce est en train de prendre pour de bon ? C'est simple : quand certains commencent, affublés d'une grimace de doute, à l'accuser d'avoir tourné. C'est bien le phénomène qui commence à se produire avec Foals, prodigieux groupe de disque et de live, dont l'ambition démesurée — pour schématiser on pourrait dire qu'ils ont remisé leur m

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La pop "made in France" a RDV aux Belles Journées

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Stéphane Duchêne | Mardi 8 septembre 2015

La pop

Il eut été difficile au festival berjallien Les Belles Journées de constituer un plateau plus attrayant, qui plus est pour son coup d'essai. C'est qu'outre Autour de Lucie, dont le statut d'icône d'une certaine pop indé en fait sans doute un peu le grand frère (ou la grande sœur) de l'événement ; les cautions "soulisantes" que sont Lull et le Lyonnais Sly Appolinaire, à qui on ne la fait plus ; 49 Swimming Pools dont les membres (menés par l'ancien critique Emmanuel Tellier), bien qu'ils n'aient plus l'âge de la conduite accompagnée, produisent une musique fraîche comme une rose qui éclorait à l'infini ; et bien sûr H-Burns (voir nos archives à son sujet) ; c'est bien la jeune garde de la nouvelle (oui, encore) pop française que l'on mène ici aux Abattoirs – du moins pas très loin, au Parc de Lilattes. Une jeune garde qui aime le travail chiadé, détient le secret de la chanson qui tue aussi sûrement que le cri du Dr Justice et porte beau sous l

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H-Burns trace ses routes

MUSIQUES | Après avoir atteint une sorte de Graal rock en enregistrant un "Off the Map" aride et plein de rugosités dans l'antre du mythique Steve Albini, H-Burns a, avec "Night Moves", ouvert grand ses écoutilles mélodiques en direction d'une Californie dont le territoire semble s'étendre à l'infini. Et même jusqu'à l’Épicerie moderne. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

H-Burns trace ses routes

À l'écoute de son œuvre discographique, on aurait tendance à penser H-Burns lancé dans la quête d'une place dans le monde que, sans doute et c'est tant mieux, il ne trouvera jamais. On avait ainsi laissé le Drômois du côté de Chicago, aux mains du rigoriste à salopette Steve Albini pour le très sec (forcément) Off the Map, arrachant aux passages les frusques folk auxquelles il nous avait plutôt et plus tôt habitués. Mais une fois tombé de la carte, H-Burns en a ouvert une autre, délaissant les rigueurs venteuses de Chicago pour la brise californienne et, au fond, la brisure. Et c'est assez logiquement que Renaud Brustlein s'est tourné, pour orienter son contre-pied, vers un producteur à même d'enrober de la plus belle des manières des compositions qu'on n'avait guère imaginé habitées d'une verve si mélodique : Rob Schnapf, co-producteur du Mellow Gold de Beck et des meilleurs Elliott Smith, mais choisi au départ pour ses travaux avec AA Bondy. Bande-son D'emblée, Night Moves déroute, dans tous les sens du terme. Comme avec l'immédiat Nowhere To Be, en ouverture, premier jalon du paradoxe géographico-mus

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Infini Pallett

MUSIQUES | Infatigable mercenaire pop (Arcade Fire, Last Shadow Puppets, Beirut...) l'ex-Final Fantasy Owen Pallett est aussi son propre maître. Et quel maître ! Car après le prodigieux album-concept "Heartland", le Canadien au violon, de passage à l'Epicerie Moderne cette semaine, a encore pondu avec "In Conflict" un disque fascinant. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 2 décembre 2014

Infini Pallett

Sur son précédent Heartland, Pallett s'était inventé un pays imaginaire, réduit aux contours du disque, dont il incarnait avec malice le démiurge, déroulant un conte pop symphonique aux résonances post-héroïc fantasy. Le Canadien y démontrait à quel point la contrainte est une voie vers la libération prolongée et régulée de l'inspiration, une façon d'accroître la maîtrise de son art. Sur In Conflict, sorti cet année, Pallett abandonne ce procédé – et l'on peut d'ailleurs très bien, soyons-en (r)assuré, écouter les deux albums en n'ayant conscience ni dudit procédé, ni de son abandon. Reste qu'en s'en affranchissant, ce collaborateur régulier des anarchiques Arcade Fire libère comme une autre – ou mille autres – facette de son talent. Pour ne pas dire, le concernant, de son génie, qu'il aurait renoncé à maintenir sous l'éteignoir. Car oui, il y a quelque chose d'un génie en Pallett, au moins au sens primordial du terme, ou comme pouvait l'être la Scarlett Johansson invisible et pourtant omniprésente d'Her, film dont Pallett composa la musique – nommée aux Oscars. Tache Roi du grand huit, de la cascade pop et de la métamorphose,

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Courtney Barnett, hit girl

MUSIQUES | Avant de se lancer en solo, l'Aussie Courtney Barnett a écumé les groupes. Souvent en temps que "deuxième guitare", rythmique ou slide, histoire qu'on ne la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 25 novembre 2014

Courtney Barnett, hit girl

Avant de se lancer en solo, l'Aussie Courtney Barnett a écumé les groupes. Souvent en temps que "deuxième guitare", rythmique ou slide, histoire qu'on ne la remarque pas trop, cachée derrière sa frange. Bim, bam, boum, passing de revers du destin, la jeune femme rencontre un membre des Dandy Warhols qui pour ainsi dire la coache. Et là, explose un don par elle-même inattendu pour balancer les morceaux dévastateurs comme qui rigole. Talent que confirme le statut tant convoité de single de la semaine de la sainte église Pitchfork pour Avant Gardener, superbe tube défroqué, et même une nomination aux Victoires de la Musique australienne qui prouve qu'on a les Zaz qu'on mérite. Bref, pour une fille qui n'avait pas confiance en elle, Barnett aligne sans s'y perdre les registres avec une facilité déconcertante : finesse pop digne des illustres compatriotes vintage Go-Betweens/Triffids (Don't Apply Compression Gently), art du pastiche (David, hommage Jean Genieal), veine velvetienne saillante (Lance Jr.), résonances alt-country en apesanteur (Porcelain, Anonymous Club, Out of the Woodwork, qui ressuscitent le fantôm

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Mac Demarco, complètement salade

MUSIQUES | Album de la maturité en tongs et vieille casquette, "Salad Days" est de ces chefs-d'œuvre tirés du sac qui vous déglinguent en faisant mine de regarder ailleurs. Aux manettes, Mac DeMarco, faux dilettante foufou et vrai songwriter mélancolique de (re)passage à Lyon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 25 novembre 2014

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En France, pays où la salade est pourtant une religion – on peut la commander en guise de plat au restaurant et l'oubli en cuisine de la frisée censée accompagner l'entrée, le plat, puis le fromage, peut vous flinguer un repas – l'expression «salad days» n'a pas d'équivalent. Peut-être parce que dans notre beau pays de pervers saladophile on ne rigole pas avec la scarole. L'expression, que l'on doit à Shakespeare dans Antoine et Cléopâtre, fait référence aux années d'insouciante jeunesse – «My salad days, when I was green in judgment, cold in blood» dit Cléo. Ces années où tout nous passe au-dessus, où l'on ne craint ni l'avenir, ni la mort, ni le recomptage des points retraites. Depuis, elle est devenue un classique de la pop culture, de Sagan aux frères Coen, des Monty Python aux Young Marble Giants en passant même par la reine Elizabeth II dans son discours de jubilé. Pourtant, elle n'a probablement jamais été mieux à sa place que dans la bouche de Mac DeMarco. Et pas seulement parce qu'il a le genre de dentition dans lequel on coince aisément une feuille de laitue pour la journée. Trompe l'œil Il y a dans

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Illinoise

MUSIQUES | Peut-on porter un maillot des Chicago Bulls sous un perfecto en arborant une coupe d'actrice de sitcom en flagrant délit de foirage de rehab' ? Se (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 11 novembre 2014

Illinoise

Peut-on porter un maillot des Chicago Bulls sous un perfecto en arborant une coupe d'actrice de sitcom en flagrant délit de foirage de rehab' ? Se permettre de moquer les Arctic Monkeys qui viennent de vous inviter à officier en première partie alors qu'on n'est soi-même encore pas grand chose à l'échelle du rock ? Evidemment, d'ailleurs les Illinoisans de The Orwells le prouvent. Et ce n'est pas une prestation gênante chez David Letterman en début d'année – le genre de passage obligé vous boostant une carrière (pour peu qu'on en veuille une) en trois minutes douche comprise – qui les arrêtera, puisqu'ils se sont rattrapés depuis – il est d'ailleurs fort probable qu'ils ne se souviennent d'aucune de ces deux prestations. Inutile (ou presque) de le préciser : The Orwells appartiennent aux innombrables nuées pétaradantes d'un garage rock revival

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Barlow fidelity

MUSIQUES | Après un retour remarqué l'an dernier à la basse de Dinosaur Jr., Lou Barlow, roi des losers, revient cette fois avec Sebadoh, autre mythique trio indie rock des 90's. Reformé en 2007, presque une décennie après une première fin en eau de boudin, le groupe vient présenter "Defend Yourself", son premier album en quatorze ans. C'est sur la scène du Marché Gare et le dernier arrivé est fan de Phil Collins. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 14 octobre 2014

Barlow fidelity

Le rock indé a parfois des airs de vaudeville. Les destins s'y font et se défont au rythme de portes qui claquent. Un membre sort, un autre entre, quelqu'un crie, une plainte s'élève, un groupe naît ou meurt, un autre se transforme. Et ainsi de suite. On peut du coup se demander comment Lou Barlow a fait pour traverser trente ans de carrière sans prendre un coup de froid sur la nuque à force de courants d'air. Sebadoh naît ainsi sur les cendres de l'ego d'un Loulou pulvérisé par le souffle violent de son éviction aussi soudaine qu'inexpliquée de Dinosaur Jr. Heureusement pour lui, en compositeur frustré, il fomentait depuis sa chambre un projet parallèle dont il enregistrait les chansons – souvent magnifiques, toujours inaudibles – sur du matériel déplorable. Elles serviront à nourrir Forestin' Weed puis, une fois rejoint par Eric Gaffney, percussionniste et compositeur, The Freed Man. Deux œuvres réunies par Homestead Records sous le titre The Freed Weed en 1990. Barlow, amateur de mots qui n'exist

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House of love

MUSIQUES | Il y a quelque chose de magique dans la musique de Dan Snaith – ici sous l'avatar de Caribou, car il en a d'autres, comme Manitoba, inutile donc de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 14 octobre 2014

House of love

Il y a quelque chose de magique dans la musique de Dan Snaith – ici sous l'avatar de Caribou, car il en a d'autres, comme Manitoba, inutile donc de préciser ses origines canadiennes : sur son dernier album, Our Love, cette magie vous saisit dès les premières mesures, au son de Can't Do Without You, cette ritournelle aqueuse que l'on entend un peu partout de manière quasi subliminale – dans le rituel «coming next» de l'agonisant Grand Journal, il redonne un peu de vie à l'affaire. De fait, tout l'album plonge l'auditeur dans un bain foetal. Et en cela il est une suite assez logique à son précédent Swim. Docteur en mathématiques, Dan Snaith/Caribou l'est aussi ès pop. Un mot à entendre dans un sens très large puisque sous un tapis de sonorités électroniques et surtout house, on déniche le sens mélodique des grandes œuvres de l'âge d'or pop – des Beach Boys aux Zombies – des teintes soul et de la sexytude r'n'b, comme sur l'obsédant Silver. C'est cette espèce de coolitude cérébrale qui fait tout le sel de Caribou – ou «le lait de [sa] tendresse humaine» pour paraphr

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Lost in translation

MUSIQUES | De son improbable quête américaine à la remorque d'un aïeul parti au XVIIIe à la recherche d'une tribu d'Indiens parlant gallois, Gruff Rhys a ramené une histoire insensée et passionnante, déclinée sur quatre supports. Dont un disque bouleversant baptisé "American Interior". Stéphane Duchêne

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Lost in translation

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MUSIQUES |   Angel Olsen est de ces filles que l'on voit parfois dans les films américains. Serveuse un peu timide mais néanmoins renversante de beauté (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 septembre 2014

Le sourire de l'ange

  Angel Olsen est de ces filles que l'on voit parfois dans les films américains. Serveuse un peu timide mais néanmoins renversante de beauté cryptozoologique (frange mal posée sur une petite tête d'écureuil aux yeux de chat) attrapant soudainement une guitare après son service pour emballer une soirée qui peine à trouver son second souffle d'un crépuscule définitif. La poignée de poivrots qui se trouve encore là suspend alors la molle partie de fléchettes, ramasse les dents éparpillées et en oublie jusqu'au goût de la bière. Quand on sait que la jeune femme fut elle-même serveuse avant de tout plaquer pour la bohème, on n'est pas loin du compte. Dans la grande tradition folk, qu'elle badigeonne néanmoins volontiers de goudron et beaucoup moins de plumes, Angel Olsen raconte des histoires un peu sordide de fille perdue-cheveux gras, d'Amérique profonde, de trouble mystico-amoureux, d'on ne sait pas trop quoi. La voix aussi si

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Good evening Scotland

MUSIQUES | Après Manchester en 2005 et Londres en 2009, Nuits Sonores remet le cap vers le Royaume-Uni, direction Glasgow. Une juste reconnaissance pour cette (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Good evening Scotland

Après Manchester en 2005 et Londres en 2009, Nuits Sonores remet le cap vers le Royaume-Uni, direction Glasgow. Une juste reconnaissance pour cette ville où naquit au début des années 80 The Pastels, groupe qui est à l'indie pop ce que Bret Hart était au catch américain : «the best there is, the best there was and the best there ever will be». Mais aussi Mogwai, Primal Scream, The Jesus & Mary Chain... Bref, pas mal de jeunes gens autrement plus cultes que les exhibitionnistes peinturlurés de Braveheart. Aucun d'eux ne sera de cette Carte blanche à la Maison de la Confluence. Brilleront en revanche par leur présence le duo Optimo (jeudi 29), qui fut au tournant du siècle le principal ambassadeur de la house scottish, et Kode9 (le lendemain), le pilote d'Hyperdub, vaisseau-amiral de la frange la plus atmosphérique et séditieuse du dubstep – dont Burial est la figure de proue. Côté guitares, le tiercé dans l'ordre est le suivant : The Amazing Snakeheads, dont les prêches électriques changent l'eau en bourbe aussi sûrement que celles de The Birthday Party en son temps, leur âme sœur da

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La griffe des Nuits

MUSIQUES | Faire d'un quartier-étendard en plein développement une plateforme festivalière cohérente : tel est le pari que s'est lancé Arty Farty pour l'édition 2014 de Nuits Sonores en investissant la Confluence. Au-delà de l'enjeu politique, force est d'admettre, à la découverte de la teneur de de sa programmation, que l'affaire est en bonne voie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 26 février 2014

La griffe des Nuits

Depuis l'annonce de son déménagement à la Confluence, on se demandait bien, sorti de quelques évidences, quels lieux allait concrètement investir Nuits Sonores. On sait désormais que le Lab se répartira entre l'Hôtel de région et l'Hôtel de ville, tandis que la partie purement musicale du festival se déroulera sous les halles du Marché de Gros (qui avaient déjà accueilli les éditions 2009, 2010 et 2011), à la Sucrière (NS Days et Mini sonore), à la Maison de la Confluence (pour la traditionnelle carte blanche) et au Parc des Berges (pour le "Sunday Park", un événement de clôture présenté comme un clin d’œil convivial à l'extension de Nuits Sonores à Tanger). En attendant de voir comment le Sucre s’intégrera dans ce circuit et comment les collectifs Superscript² et Looking for Architectures l'habilleront, on remarquera que la programmation des Days, scindée en trois scènes (dont une extérieure), poursuit les efforts de thématisation et de brassage démographique produits l'an passé, mais cette fois avec un vrai souci d'équilibre. Comprenez par-là qu'aucune tête d'affiche ne devrait s'accaparer le public de la Carte blanche comme Laurent Garnier et Carl Cox l'ont fait en 20

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Dinosaur Senior

MUSIQUES | Créature à trois pattes et famille dysfonctionnelle, Dinosaur Jr. fut l’un des piliers de l’indie rock des années 80-90 et un annonciateur du grunge, avant d’exploser en une déflagration d’egos et de non-dits. Miraculeusement rabiboché en 2005, le mastodonte de J. Mascis et Lou Barlow connaît une seconde jeunesse plus sereine mais tout aussi bruyante. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 16 mai 2013

Dinosaur Senior

Avec quelques autres, Dinosaur Jr. a contribué à semer le vent dont Nirvana récolta la tempête. Et s’il fallait comparer chacun des piliers de l’indie rock à un Cavalier de l’Apocalypse, nous dirions que Sonic Youth fut Pestilence (aussi appelé Conquête), le déclencheur, introduisant dans le fruit le ver d’une révolte sonique (voir encadré) ; les Pixies seraient Guerre, cheval rouge comme le visage hurlant de Black Francis, imposant la dynamique furieuse et létale du morceau qui brise la nuque ; Nirvana, bien sûr, serait Mort, incarnant à la fois l’avènement ultime de l’Apocalypse, la Révélation et dans le même temps l’achèvement du mouvement par le geste symbolique que l’on sait. Manque le troisième cavalier, Famine. C’est Dinosaur Jr., cheval (de trait) noir claudiquant car, comme dans la Bible, porteur d’une balance qu’il n’a jamais su maintenir en équilibre. Famine, car Dinosaur Jr. dont on a dit qu’il était à Nirvana ce que Chuck Berry fut aux Beatles, laissa quoi qu’on en dise le monde de l’indie rock sur sa faim, se fossilisant dans sa propre aigreur. «Ear-bleeding

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High Mac

MUSIQUES | Au premier abord, avec sa casquette trouvée dans la rue (hypothèse haute) et sa chemise des pages bricolage de La Redoute, on le croirait sorti d'un film (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 novembre 2012

High Mac

Au premier abord, avec sa casquette trouvée dans la rue (hypothèse haute) et sa chemise des pages bricolage de La Redoute, on le croirait sorti d'un film avec Will Ferrell parodiant le rock indé. «Qu'est-ce que c'est que ce type ?» est donc la première question que nous inspire 2, l'album de Mac Demarco (déjà entre nous, le type peut pas s'appeler Marc comme tout le monde ?). Surtout à le voir faire le signe de la victoire version Chirac 76, étranglé par sa guitare. Et puis Mac, qui est Montréalais, commence à jouer – mais le fait qu'il soit Montréalais n'a rien à voir avec ça. Et bim ! Pan dans ta gueule, Chirac 76, La Redoute, tout ça. Le gars est un songwriter du genre à avoir des billets pour la première classe mais à s'installer dans les toilettes pour composer des ballades d'amour (ou pas) aux guitares coupantes, qui tintent, stridulent et surtout emballent sec. Mac a le côté bricolo et les guitares en désaccord de Beck et la nonchalance ultrasensible (si, ça existe) de Jonathan Richman. Pas mal d'autres choses aussi de Pavement,

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Cartes en mains

MUSIQUES | Le groupe H-Burns revient avec un quatrième album encore plus grand et plus majestueux que les précédents : «Off the map» (sortie janvier 2013). Un hors-carte qu’il chante hors-temps ; un concert à ne pas manquer en somme, dont on a discuté avec le songwriter et chanteur du groupe, Renaud Brustlein. Propos recueillis par Laetitia Giry

Christophe Chabert | Vendredi 9 novembre 2012

Cartes en mains

Il me semble qu’il y a quelque chose de plus aérien et de plus tragique dans ce dernier album… Le ressentez-vous comme ça ?Renaud Brustlein : Difficile à dire… Il y a quelque chose de plus urbain sans doute. Par le choix tout d’abord d’aller enregistrer dans une mégalopole d’Amérique du nord [Chicago, NdlR]. Aérien ? Oui, de façon métaphorique, car le processus d’écriture a été moins autobiographique que pour le précédent. Pour ce disque, mon approche a été plutôt "cartographique" si je puis dire. J’ai cherché à écrire sur les cheminements, les choix de route,  bons ou mauvais, et essayé de situer les personnages comme des points clignotants sur des cartes satellite, aux destins croisés par accident, aux trajectoires ratées. Tragique ? Oui, pourquoi pas. L’album parle de perte totale de repères, du fait de ne trouver aucune place, sur aucune carte… J’imagine que c’est un peu tragique comme idée… On note une ouverture vers une instrumentalisation de plus grande ampleur, avec les cuivres par exemple… Vers quoi vouliez-vous faire tendre votre musique en faisant ce choix ?Les cuivres, c’est quelque chose

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Dinosaur Jr

MUSIQUES | I Bet on Sky (Jagjaguwar/Pias)

Stéphane Duchêne | Mardi 25 septembre 2012

Dinosaur Jr

Avec les années, pas loin de trente, Dinosaur Jr aurait peut-être eu meilleur goût de se rebaptiser Denver (ou Amherst, du nom de leur bled d'origine), le dernier dinosaure. Entendez : dernier dinosaure du grunge et de ce mouvement slacker (« branleur » en Français) qui lança tendances et mouvements artistiques muant la force d'inertie d'une génération en théorie du chaos quotidien : du Slacker de Richard Linklater à Clerks de Kevin Smith, du Génération X Douglas Coupland à Harmony Korine en passant par le Reality Bites de... Ben Stiller. Sauf que la bande d'un J Mascis rabiboché depuis 2005 avec ses bassiste et batteur historiques (le grand Lou Barlow, prince protéiforme de la lo-fi (Sebadoh, Sentridoh,

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