Lyon's Club

MUSIQUES | Qu'elle soit un concept fumeux ou pas, la scène musicale lyonnaise est là et bien là. La preuve avec ce petit passage en revue – non exhaustif – d'un automne rock'n'gone. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Lors d'une discussion en ligne portant sur les coiffeurs, leurs pronostics de football et l'Olympique de Marseille, un grand connaisseur du rock et de bien d'autres choses nous lâcha, magie d'un fil de discussion : «le concept de groupes lyonnais, well... ». Certes, toute personne rejetant l'idée que l'on puisse être Lyonnais juste «parce qu'on a fait sécher ses chaussettes une fois à Lyon», comme nous l'a récemment exposé notre critique cinéma maison, souscrira sans mal à cette réflexion. Mais on ne va pas faire comme si "ces gens-là" n'existaient pas puisqu'ils ne cessent de nous prouver le contraire.

Telle Billie, qui nous prépare quelques remixes des titres de son album Le Baiser. L'excellent album de Denis Rivet – ex-King Kong Vahiné pour les intimes – est à venir, lui, le 30 octobre, et Denis jouera un peu partout pendant cet automne à commencer par ce même jour, le 30 donc, au Radiant – son compère Frédéric Bobin et duettiste occasionnel jouera lui au Transbo le 14. Tout aussi occupé sera le duo Diva Faune entre Marquise (26 septembre), Just Rock? (13 octobre au Marché Gare) et sortie d'EP (22 octobre au Kafé).

 

Des crashs et des accidents

Mais s'il est un groupe dont le Golden Mean EP est en train de se transformer en mine d'or c'est bien Pethrol, à Rillieux le 27 septembre et à Villefranche le 21 novembre, en encadrement d'une tournée nationale automnale. Quant au bel univers flottant de Holy Two, il se posera au Kafé le 14 décembre tandis que Brace! Brace!, l'une des choses les plus excitantes à écouter entre Rhône et Saône, se posera en catastrophe dans le garage du Winter Camp Festival (Marché Gare 12 décembre). Leon, transfuge de Welling Walrus puis Golden Zip, travaillant furieusement du chapeau – voir son dernier clip, 2033, extrait de l'EP éponyme - sera entre autres à la salle des Rancy le 3 octobre, tandis qu'un autre "vétéran", Sly Apollinaire (ex-Ravenhill), écumera les scènes locales avant un EP prévu pour la fin de l'année.

Parmi les retours annoncés et bienvenus, celui d'un exilé parisien : Joseph Merrick – ex-guitariste de Green Olive – qui viendra à Lyon (à Just Rock? le 9 octobre) promouvoir Fatalitas, album sur lequel l'Ardéchois combine son amour du folk laidback et des mélodies à se tordre le trijumeau. Celui aussi d'un Cyrz, qu'on avait ardemment défendu par ici et un peu perdu de vue. Le revoici avec un 3 titres – Avant que le ciel vraiment ne s'ouvre – et quelques dates tout au long de l'automne (comme le 10 octobre aux Rancy).

Encore plus attendus seront, d'une part, Slow Joe & the Ginger Accident, pour un deuxième album présenté le 20 novembre à l'Epicerie Moderne et le Peuple de l'Herbe, (album le 29 septembre, concert au Transbo le 4 décembre). Ajoutons-y pour finir High Tone, présent au Riddim le 15 novembre au Transbo. Bien sûr dans ces trois derniers cas, notoriété oblige, on dépasse de très loin le cadre lyonnais – qu'ils nous pardonnent. Mais le concept de groupe lyonnais, well, comment dire ?

Le Peuple de l'herbe + Schlaasss

Electro hip hop
Les Abattoirs 18 route de l'Isle d'Abeau Bourgoin-Jallieu
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Une autre femme : "Billie" de James Erskine

Documentaire | Un docu double sur Billie Holiday mais aussi sa biographe Linda Lipnack Kuehl, par James Erskine.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Une autre femme :

Journaliste à ses heures, Linda Lipnack Kuehl réunit 200 heures de témoignages sur Billie Holiday avant de mourir brusquement. Un demi-siècle plus tard, James Erskine exhume les cassettes et entreprend de raconter une double histoire : celle de la jazz-woman et celle de sa biographe. Sauf que… Courir deux lièvres aussi importants lui fait manquer ses deux buts. La partie sur Billie n’apprend rien, se contentant d’enchaîner des archives sans unité de traitement (images brutes ou colorisées à la truelle) et de reprendre des assertions sans les étayer : dire que Lady Day a révolutionné la musique, d’accord, mais une petite analyse expliquant en quoi eût été utile. Quant à “l’enquête“ sur Linda Lipnack Kuehl, elle est sacrifiée et frustrante. Car on ne sait pas pourquoi elle a été “suicidée“. En fait — et c’est toute l’ambiguïté de ce documentaire — le vrai sujet était la biographie de cette biographe, et son transfert à travers Billie que l’on devine. Erskine a joué la facilité en traitant Billie et non son ombre fantomatique. Dommage. Billie

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Aime ma sœur : "Éléonore" de Amro Hamzawi

Comédie | "Éléonore" ? Désuet et dispensable, avec Nora Hamzawi.

François Cau | Vendredi 25 septembre 2020

Aime ma sœur :

Bavarde impénitente, gaffeuse patentée, en panne d’amour, Éléonore accepte un job alimentaire d’assistante chez un éditeur de romans érotiques. Elle va mettre le souk, mais dans l’intérêt général… Transposant son histoire pour que sa sœur Nora puisse l’interpréter, Amro Hamzawi signe une comédie sentimentale désuète pour l’export, pleine de cartes postales et de Parisiennes trop agaçantes mais sexy (ô-l’amûr-jolie-madmoizel). Hors d’âge et relativement dispensable. Éléonore ★☆☆☆☆ Un film de Amro Hamzawi (Fr, 1h25) avec Nora Hamzawi, Julia Faure, Dominique Reymond…

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Aux racines de la folie : "La Forêt de mon père" de Vero Cratzborn

Drame | Élagueur, Jimmy vient de se faire licencier parce qu’il agissait bizarrement. À la maison, son comportement lunatique devient difficile à supporter pour sa femme et ses trois enfants. Jusqu’à une crise qui lui vaut d’être interné. Mais Gina, son aînée de 15 ans, ne parvient pas à l’accepter…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Aux racines de la folie :

Sensée être vécue à travers les yeux de la grande ado — comme en atteste le possessif au singulier du titre — l’histoire se diffracte un peu pour être vue également à travers les yeux de ses cadets et de sa mère. On perd en pure subjectivité, mais on gagne quelques contrepoints utiles pour composer, avec du recul, un tableau familial plus précis et assembler les pièces du tableau clinique de la maladie psychique de Jimmy. Bien sûr, l’élément végétal est abondant, fondateur, aussi enveloppant qu’inquiétant dans La Forêt de mon père, puisque c’est le territoire dans lequel cet “homme des bois“ évolue, au premier degré. Cette forêt est également mentale, un dédale à l’intérieur duquel il s’égare sans trouver de sortie, où il tente même d’aspirer les siens. Il faut mettre au crédit de Vero Cratzborn sa volonté de traiter d’un trouble psychique et de l'internement sur un strict plan dramatique, sans verser dans le thriller — parti-pris suffisamment rare pour être souligné. En revanche, la romance cousue de fil blanc avec le voisin à moto bien serviable épuise par sa banalité. D

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Les Sète cents coups : "Jeunesse sauvage" de Frédéric Carpentier

Drame | Portrait d’une jeunesse à la marge, entre la cour de récréation et la cour des grands, à la lisière de la délinquance et du crime ; portrait d’une jeunesse à la rue et sans amour, à l’heure des choix ou de la mort. Un premier long-métrage réussi de Frédéric Carpentier.

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Les Sète cents coups :

Les rues de Sète. Quand il ne veille pas sur son père malade psychique SDF, Raphaël règne sur son gang avec sa gueule d’ange. Détroussant les passants, piquant des caisses, il joue volontiers du poing sans jamais aller trop loin. Pas assez pour son bras droit Kevin qui, lui, en veut plus… Quelque part entre L’Enfant sauvage vieilli et un Pickpocket contemporain, Raphaël est le héraut de cette jeunesse farouche et féroce si bien dépeinte par le titre, autant que le héros d’une épopée dont on devine dès les premières images sa trajectoire de longue fuite tragique. Redoutable de beauté solaire, inquiétant comme ces démons androgynes nés de la plume de Manara ; prénommé comme l’archange annonciateur du Jugement dernier et le peintre de la délicatesse, Raphaël est aussi un concentré de paradoxes, écartelé entre ses pulsions de conquête violente et la prescience d’une fatalité immanente. S’il donne l’impression de reprendre à son compte la phrase de Chirac « un chef doit cheffer

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Canción sin nombre / Nuestras Madre : l’une sort en salle, l’autre pas

Les Films de la Semaine | Focus sur deux sorties ayant beaucoup en commun, même si l'une ira en salles et l'autre s'en passera : Canción sin nombre et Nuestras Madres, Caméra d’Or à Cannes l'an dernier.

Vincent Raymond | Dimanche 7 juin 2020

Canción sin nombre / Nuestras Madre : l’une sort en salle, l’autre pas

Tous deux figuraient à Cannes l’an dernier : le premier à la Quinzaine des réalisateurs, le second à la Semaine de la Critique où il a ravi la Caméra d’Or. Dévolue au meilleur premier film de la compétition toutes sections confondues, cette prestigieuse distinction ne l’exonère pourtant pas d’une sortie directe en SVOD tandis que l’autre, à peine une semaine sur les écrans avant le confinement, renoue avec les salles. Aussi dissemblables par leur destinée que leur facture ou leur approche esthétique, Canción sin nombre / Nuestras Madres ont beaucoup en commun, à commencer par leur inscription spatiale (l’Amérique latine) et donc, historique (les années 1980). Car même si Nuestras Madres se situe de nos jours, il se déroule réellement dans le passé puisque le protagoniste y est un anthropologue de médecine légale identifiant les dépouilles de victimes de la guerre civile guatémaltèque, lui-même orphelin de père et d’une mère torturée par le pouvoir d’alors. Un régime dont on sait qu’il pratiquait l’enlèvement d’enfants —

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Cinq expos à voir en février

Bons Plans | Cinq expositions gratuites à découvrir ce mois-ci dans les galeries lyonnaises, avec de la photographie, du dessin, de la peinture et même du "graffuturisme" !

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 6 février 2020

Cinq expos à voir en février

Fluorescences La galerie Pallade accueille la toute première exposition personnelle de la jeune peintre Claire Vaudey. Et c'est une très belle découverte ! Ses intérieurs imaginaires à la gouache, vides de toute présence humaine mais chargés d'éléments divers (fleurs, tissus, boîtes, bâtons...), vibrent de couleurs osées (des roses et des verts comme on en voit rarement) et fluorescentes. L'artiste y joue de subtils glissements entre le vivant et le décoratif, l'abstraction et le réalisme, la platitude et la profondeur, le rythme plastique et la musique, la peinture et ses doubles... Claire Vaudey À la Galerie Anne-Marie et Roland Pallade ​jusqu'au 7 mars Souffle On retient son souffle à la galerie Besson qui consacre à ce thème une exposition collective réunissant une quinzaine d'artistes. Un souffle qui peut être celui d'une brise marine dans les photographies de Gilles Verneret, le trajet léger de nuages ou de fumées dans les images de Julien Guinand, un mouvement érotique féminin pein

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Fête du Livre de Bron : un idéal, des idées hautes

Fête du Livre de Bron | Après "La vie sauvage" l'an dernier qui illustrait autant un désir de retour à la nature que la sauvagerie du libéralisme triomphant, La Fête du Livre de Bron a (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 7 janvier 2020

Fête du Livre de Bron : un idéal, des idées hautes

Après "La vie sauvage" l'an dernier qui illustrait autant un désir de retour à la nature que la sauvagerie du libéralisme triomphant, La Fête du Livre de Bron a dégainé pour cette édition 2020 anticipée un thème toujours fort à propos qui clame "Une soif d'idéal" dans ce monde où la moindre utopie, inspiration révolutionnaire toute entière contenue dans le "rouge idéal" baudelairien étouffe sous le poids d'un pragmatisme au cynisme rampant. La formule, elle, ne change pas qui alterne grands entretiens, tables rondes et lectures concepts (François Atlas et ses Fleurs du mal musicales, Charly Delwart et sa Databiographie). Et bien sûr grands noms (Jean-Paul Dubois, Leonora Miano, Jonathan Coe, Luc Lang, Laurent Binet) et semi-découvertes prises en flagrant délit de confirmation (Emma

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Hubert Mounier dans la place

Chanson | C'est à la suite du concert hommage donné par Benjamin Biolay en juillet 2018 à Fourvière que la scène lyonnaise à commencé à mûrir l'idée d'un projet autour de cette (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

Hubert Mounier dans la place

C'est à la suite du concert hommage donné par Benjamin Biolay en juillet 2018 à Fourvière que la scène lyonnaise à commencé à mûrir l'idée d'un projet autour de cette grande figure de la pop hexagonale mais aussi locale. Très vite, dans le sillage du chanteur Stan Mathis et des Chic Types, l'idée d'un concert fait son chemin puis d'un disque produit par Stardust ACP. La fine fleur de la scène chanson-pop de Lyon picore alors des titres dans le répertoire de Mounier et de l'Affaire Louis Trio pour en enregistrer des relectures au studio Magneto de They Call Me Rico : on y retrouve, en plus de tous les précités, Kent, un vieil ami, Carmen Maria Vega, Buridane, Joe Bel, Denis Rivet, Billie et quelques autres sur un vinyle à sortir le 5 novembre. Le même jour aura lieu dans la grande salle du Transbordeur une release party en présence de tous les intéressés (hormis Joe Bel en tournée au Canada et Kent) où tout ce petit monde dansera sur la chic planète d'Hubert. La chose est gratuite, mais l'on compte dé

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Quentin se fait son cinéma : "Once Upon a Time… in Hollywood"

Tarantino | Les coulisses de l’usine à rêves à la fin de l’ère des studios, entre petites histoires, faits divers authentique et projection fantasmée par Quentin Tarantino. Une fresque uchronique tenant de la friandise cinéphilique, mais qui s’égare parfois dans ses digressions.

Vincent Raymond | Mercredi 14 août 2019

Quentin se fait son cinéma :

Hollywood, 1969. Rick Dalton, vedette sur le déclin d’une série TV, Cliff Booth, son cascadeur homme à tout faire ; leur voisine, la jeune comédienne Sharon Tate, épouse Polanski : trois destins parallèles et convergents dans une ville entre décors, faux-semblants et rêves brisés… Lors de l’une de ses venues au Festival Lumière, Quentin Tarantino avait concocté une sélection de films portant l’estampille 1970. Au-delà du nombre rond, cette année charnière marque en effet l’ancrage définitif du Nouvel Hollywood, l’irrésistible ascension de ses nouveaux moguls et l’inéluctable déclin des anciens nababs. Autant dire que le choix de 1969 pour situer cette semi-fiction est signifiant : il correspond à la fin d’un âge d’or — en tout cas idéalisé par ceux qui l’ont vécu a posteriori. Et à travers l’écran d’argent. Dans sa reconstitution appliquée, Tarantino est loin de tout repeindre en rose pailleté, même si la tentation est grande : le Hollywood de 1969 transpire de coolness ambiante, d’érotisme débridé, ruisselle de musiques indépassables —

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Sans autre forme de procès : "Acusada"

Thriller | Dolorès, 21 ans, est accusée du meurtre de Camilla, sa meilleure amie survenu trente mois plus tôt à l’issue d’une soirée entre ados très arrosée. Alors que va se tenir le procès, la jeune fille vit recluse chez elle, l’opinion publique l’ayant déjà jugée. De très rares amis lui sont restés fidèles…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Sans autre forme de procès :

En justice, le doute doit toujours profiter à l’accusé ou l'accusée. Et sa charge d’incertitude permet des verdicts que le cinéma a du mal à accepter pleinement : un film étant censé s’achever par la résolution pleine et entière de toutes les intrigues, le doute constitue alors le prétexte à un ressort dramatique tel qu’une révélation de dernière minute. Acusada se distingue de la foule des films de prétoire par son absence de résolution : l’affaire du meurtre n’est pas bouclée et, d’un point de vue strictement théorique, c’est une bonne chose puisque la perception des faits par Dolorès constitue le cœur de l’histoire. Comment elle vit un sentiment de culpabilité consécutif au trépas de Camilla, aux conséquences sur ses parents (on comprend que le scandale, en plus de les ruiner socialement et matériellement, les a physiquement séparés), mais aussi sur son petit frère. Comment elle reçoit, également, l’agression médiatique, manipulant l’opinion à coup d’interviews sensationnelles. Divulguant progressivement les circonstances du drame, jouant la carte du présent en limitant le recours au fla

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Vol à la tire et repentir : "L'Homme à la moto"

Drame | De Agustin Toscano (Arg-Uru, 1h33) avec Sergio Prina, Liliana Juarez, Leon Zelarayan…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Vol à la tire et repentir :

Tirant le diable par la queue, Miguel se livre au vol à l’arraché sur sa moto. Jusqu’au jour où l’une de ses victimes, une vieille dame refusant de lâcher son sac, finit à l’hôpital, amnésique. Poussé par le remord autant que par l’intérêt, il prend soin d’elle, s’installant même à son domicile… Crime et châtiment ? Pas tout à fait. Si acte délictueux il y a bien au commencement, c’est de rédemption qu’il s’agit… avant d’autres rebondissements qui donneront du responsable comme de sa victime une image bien différente de la réalité. Portrait de la relation entre Miguel et son amnésique, L’homme à la moto est aussi — surtout — le portrait social d’une Argentine précaire et fragile, où chacun trompe son monde à sa manière pour préserver les apparences : chacun recouvrant sa vie d’un cosmétique social et la vérité des uns et des autres se fait jour derrière les façades, dans l’intimité des demeures. Voisins intrusifs, dissimulateurs insoupçonnés, parents maladroits, misère psychologique et économique… Ou comment un fait divers peut faire tomber les masques.

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Cinq expos à voir en février

Bons Plans | Vues ou pressenties comme intéressantes, voici notre sélection des cinq expositions à découvrir en février dans les musées et les galeries de la ville.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 6 février 2019

Cinq expos à voir en février

Fragments photo du réel Le Réverbère présente quatre photographes qui s'approchent au plus près du réel, afin d'y puiser leur propre vision du monde et de sa structure poétique... C'est, par exemple, le réel et son double chez Serge Clément qui joue de reflets et de répétitions de motifs, le réel et son trouble avec le regard poétique de Bernard Plossu, le réel et sa structure géométrique chez Baudoin Lotin. Ou encore le réel et ses épiphanies chez Julien Magre, retenant fugacement dans ses images ce qui est voué à s'absenter, disparaître. La poésie abstraite du réel Au Réverbère ​jusqu'au 20 avril La géométrie délicate de Léon Tutundjian La Fondation Bullukian consacre à Léon Tutundjian (1905-1968) une

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Son nom était Leone

Festival Sergio Leone | Le monde se divise en deux catégories : ceux qui revoient avec délices les fresques opératiques de Sergio Leone, et ceux qui ne les ont encore jamais vues. Le festival de l’Institut Lumière vise à rendre la seconde… creuse.

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Son nom était Leone

On aurait aimé célébrer en 2019 ses 90 ans ; hélas, on commémore également le trentenaire de sa disparition. Deux anniversaires pour un Romain d’envergure, qui de sa Botte transalpine et des sierras hispaniques, a prouvé aux Américains qu’ils n’avaient aucune exclusive sur un genre cinématographique dont ils avaient fait le vecteur de leur récit national. Et que loin d’être figé dans sa forme, celui-ci était de surcroît perfectible. Sergio Leone ne s’est pas contenté d’accomplir ces deux miracles : il est même parvenu à ce que la locution dépréciative “western spaghetti“ frappant ses films perde toute connotation péjorative (et vaguement raciste) pour être désormais considérée comme un “genre dans le genre“. Certes, le temps s’y allonge et s’y amollit parfois comme les fameuses pâtes. Mais ses protagonistes, tout en sueur, poussière et violence abrupte, ont plus à voir avec le réalisme que leurs homologues hollywoodiens gominés, rasés de frais chevauchant des montures à la mise en pli parfaite (on parle des canassons, bien sûr). Chez Leone, l’excès et dilatation créent paradoxalement une tension sup

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Les cercles délicats de Léon Tutundjian

Art Contemporain | Au sein de ses très beaux nouveaux espaces d'exposition, la Fondation Bullukian nous propose de redécouvrir l’œuvre méconnue de Léon Tutundjian. Œuvre d'une rare délicatesse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 janvier 2019

Les cercles délicats de Léon Tutundjian

Après d'importants travaux, la Fondation Bullukian a plus que doublé ses surfaces d'expositions, disposant maintenant de deux espaces, séparés par un grand jardin intérieur, de 130 m² chacun. Et devient du coup l'un des centres d'art en libre accès parmi les plus grands et les plus agréables de Lyon ! On peut y découvrir actuellement deux expositions : l'une consacrée à Alberto Di Fabio (né en 1966 en Italie) et ses peintures bio-morphes, l'autre à son aîné Léon Tutundjian (1905-1968) et à son œuvre polymorphe (collages, sculptures, dessins, peintures). C'est ce dernier qui a le plus attiré notre attention, par la précision poétique et poignante de son univers. La vie, la géométrie Né en Arménie, émigré en France en 1923, Léon Tutundjian a traversé toutes les avant-gardes de son époque avec son talent propre : abstraction, cubisme, tachisme, surréalisme... Mais son caractère bien trempé, dit-on, lui a joué des tours dans ses relations professionnelles et ce n'est que très tardivement q

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Joe Bel fait de beaux rêves

Pop | Il aura fallu peut-être plus de temps que prévu pour que celle dont on tirait le portrait il y a déjà cinq ans ne publie enfin son premier album. (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 13 novembre 2018

Joe Bel fait de beaux rêves

Il aura fallu peut-être plus de temps que prévu pour que celle dont on tirait le portrait il y a déjà cinq ans ne publie enfin son premier album. Entre-temps bien sûr, la jeune femme a produit des EP, pas mal tourné et même joué dans un film, Tout pour être heureux, dont elle signa une partie de la BO. Cet album, Joe Bel en a rêvé, elle l'a appelé Dreams, et on présume qu'il est à la hauteur de ses songes. D'abord parce qu'il est magnifiquement réalisé par Marcus Paquin (The National, Arcade Fire, Timber Timbre). Ensuite parce qu'en neuf titres d'une grande précision, on y retrouve la chanteuse telle qu'en elle-même : tantôt vibrante de simplicité aux commandes de ballades au piano (Before), à la guitare (I Believe) ou subtilement mais richement arrangés (Dreams, That Belongs to me, le sublime In the Morning) ; tantôt irrésistible de groove, comme sur le hit No, N

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Léonard de Vinci, l'ingénieur

Blockbuster | Exposition blockbuster de la rentrée, Da Vinci, les inventions d'un génie ouvre ce jeudi 13 septembre (et jusqu'au 13 janvier) à La Sucrière. Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 9 septembre 2018

Léonard de Vinci, l'ingénieur

Exposition blockbuster de la rentrée, Da Vinci, les inventions d'un génie ouvre ce jeudi 13 septembre (et jusqu'au 13 janvier) à La Sucrière. Le seul nom de Léonard de Vinci devrait attirer beaucoup de monde, mais attention !, comme le sous-titre de l'événement l'indique bien : vous ne verrez ici ni Mona Lisa ni Vierge aux rochers, mais des dessins techniques et des manuscrits du maître, réalisés pour l'occasion en objets concrets ou en représentations 3D par l'équipe de l'expo. Un Léonard inventeur, voire ingénieur avant l'heure, donc.

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Les décapants Thérapie Taxi au festival Changez d'Air

Festival | Il en fallait de la suite dans les idées pour pérenniser un festival chanson pop à Saint-Genis-les Ollières hors-saison (des festivals s'entend). Ça fait (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 22 mai 2018

Les décapants Thérapie Taxi au festival Changez d'Air

Il en fallait de la suite dans les idées pour pérenniser un festival chanson pop à Saint-Genis-les Ollières hors-saison (des festivals s'entend). Ça fait pourtant 18 éditions, âge de la majorité, que ça dure et perdure. La faute, si l'on peut dire, à une programmation qui sait taper là où il faut, entre branchitude et satisfaction populaire (deux notions à prendre dans toutes leur relativité). Ainsi donc de cette édition 2018 de Changez d'Air qui verra se côtoyer, du 23 au 26 mai, aux côtés d'une Clarika ou une Giedré, une belle plante en devenir comme Pomme, un duo fouineur toujours impressionnant (Pethrol), l'énigmatique duo stéphanois Terrenoire, vu aux Inouïs de Bourges cette année ou le rappeur néo-puriste Davodka. Et surtout, surtout, les gentiment décapant Thérapie Taxi, délicieuse et vénéneuse sensation électro-french-pop que l'on conseille aux traumatisés d'Uber et ses conséquences sur notre civ

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Silence dans les rangs : "La Révolution silencieuse"

Biopic | de Lars Kraume (All, 1h51) avec Leonard Scheicher, Tom Gramenz, Lena Klenke…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Silence dans les rangs :

1956, à Stalinstadt en RDA. Pour protester à leur façon contre la répression en cours à Budapest, Kurt, Theo et Lena proposent à leurs camarades de terminale de procéder à une minute de silence. L’initiative est adoptée, mais les conséquences seront redoutables… Sur les écrans français quelques semaines après que l’on a célébré en Allemagne le 5 février dernier le Zirkeltag — date à partir de laquelle le nombre de jours depuis l’effondrement du Mur dépasse celui durant lequel il balafrait la ville — ce biopic d’anonymes porte une valeur très symbolique outre-Rhin, et purement informative ailleurs. En particulier à destination des générations nouvelles : difficile d’imaginer pour elles que les Corées actuelles correspondent à un modèle superlatif des RFA et RDA d’antan. Pas de révélation en revanche dans la présentation des méthodes coercitives dont le régime “démocratique” pouvait user lorsqu’il s’agissait de “convaincre” une brebis dès lors qu’elle s’égarait du bon troupeau et de ses camarades : chantage, manœuvres psychologiques, intimidations… Une sacrée bande de vil

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"Permafrost" : le nouvel album de Denis Rivet

Chanson | Avec Permafrost, le Lyonnais Denis Rivet livre un nouvel album de l'entre-deux, celui d'un univers qui se déglace et se réchauffe au gré de chansons hivernales en apparence mais solaire en profondeur. 

Stéphane Duchêne | Mardi 6 février 2018

« Ici, la vie est rude / J'en ai pris l'habitude / J'aime ces terres arides / Et ces hivers humides / Et la neige et le froid / Les piqûres d'aoûtats (...) Et si jamais tu passes / Quand l'orage menace / Remets-toi vite en route / Ne laisse pas le doute / J'en ai vus plantés là / Qui ne repartaient pas. » Voici comment débute Permafrost, le nouvel album du Lyonnais Denis Rivet avec lequel les amateurs de chanson-rock ont au fil des années pris leurs habitudes. Entre une rythmique minimaliste, le ressac d'arpèges cristallins et un synthétiseur sédaté, Rivet pose le décor. Celui d'un disque dont le titre dit tout. Le permafrost c'est ce sol perpétuellement gelé des régions septentrionales qui semble figurer ici la manière dont les paysages du Grand Nord infusent sur l'état de l'âme jusqu'à la cristallisation complète. Mais c'est peut-être aller un peu vite en besogne que de prendre cela, uniquement cela, pour argent comptant. Je me souviens D'aussi loin qu'on se souvienne, Denis Rivet a toujours rendu compte des zones grises de la vie. Sur Tout proches (2012), il explorait le thème de l'ambivalence entre l

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Rivet au casque

Chanson | À quelques semaines de la sortie de son nouveau disque baptisé Permafrost, dont on vous dira prochainement tout le bien qu'on en pense, le chanteur (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 21 novembre 2017

Rivet au casque

À quelques semaines de la sortie de son nouveau disque baptisé Permafrost, dont on vous dira prochainement tout le bien qu'on en pense, le chanteur Denis Rivet, ce conteur hors-pair des zones grises de la vie, se fend d'une initiative pour le moins originale : organiser une séance d'écoute au casque tout confort (canapé, boisson) sise au Ciné-café Aquarium (10 rue Dumont dans le 4e arrondissement), en partenariat avec le TNG. Contre 15€, en plus de la prestation précitée, on pourra acquérir le dit album. Une écoute qui s'accompagnera, pour mieux s'immerger dans l'univers de Denis Rivet, de la projection sur écran géant des photos réalisées par Fabrice Buffart pour la pochette de l'album et se poursuivra par un échange avec l'intéressé mené par Arnaud Bonpublic, animateur sur la webradio Les Enfants du Rhône. Cela se passera le dimanche 26 novembre au long de trois séances successives (14h, 16h, 18h) pour lesquelles il es

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Sans toit, ni loi, mais avec un chat : "Jeune Femme"

ECRANS | de Léonor Serraille (Fr-Bel, 1h37) avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Sans toit, ni loi, mais avec un chat :

Paula vivait avec Joachim, un photographe, mais là c’est fini. Alors elle est à la rue, avec son chat et ses pauv’ affaires. Elle tente de se débrouiller en squattant ici ou là, accumulant solutions transitoires et abris de fortune. C’est drôlement chaud, parce que dehors, il fait sacrément froid… Léonor Serraille a eu une chance inouïe que son film concoure à la Caméra d’Or l’année où son jury se trouve présidé par Sandrine Kiberlain. Celle-ci ne pouvait qu’être sensible au charme décousu de sa réalisation, comme au parcours cabossé de son personnage, évoquant fantomatiquement ces silhouettes errantes que la comédienne endossait dans les premiers longs-métrages de Lætitia Masson. Mais ce côté “truc d’il y a vingt ans” (voire de soixante, si l’on se réfère au Signe du Lion de Rohmer), c’est un peu le problème global de ce journal aigre-doux de la déchéance de Paula. Enchaînement un peu monotone d’épisodes, vaguement drolatique et social par fulgurances, Jeune Femme est sauvé par la grâce de quelques seconds rôles attachants (la

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Insomniaque : où danser ce week-end ?

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 26 septembre 2017

Insomniaque : où danser ce week-end ?

29.09.17 > LE SUCRE SHAKE YOUR CLASSICS Est-il possible de clubber avec votre maman voire de partager des gin-to avec votre grand-mère ? Grâce au Sucre, à l'Auditorium et au GRAME, c'est oui : le cycle de soirées mêlant musique classique et techno reprend, conviant-là l'Orchestre National de Lyon dirigé par le chef américain Leonard Slatkin avant un live de Birth Of Frequency, dont la techno est sous perfusion Détroit. Collision. 30.09.17 > NINKASI RAGGATEK NIGHT On a vu surgir avec un peu de surprise cet hybride costaud entre vocaux raggamuffin et techno dure, emmené en particulier par DJ Vandal... Puissance du beat, caresse du skank : le Ninkasi consacre une nuit à ce style très free party en conviant Guigoo (des Narcotek, qui a lui-même collaboré avec le suscité Vandal), l'Italien Pitch (de Mad Attack) en live, Astifleure et Asco (Total Reez).

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Peuple qui roule n'amasse pas mousse

Groove | Le Peuple de l'Herbe s'apprête à fêter au Transbordeur vingt années d'activisme sonore par un set spécial, revisitant en partie leur passé. Flashback avec Pee et Psychostick sur ces moments charnière ayant enclenché cette sautillante et exemplaire aventure. On s'en refait un p'tit ?

Sébastien Broquet | Mardi 19 septembre 2017

Peuple qui roule n'amasse pas mousse

Groovambar À l'époque, Stani (NdlR qui a quitté le Peuple depuis) joue dans DNC, un groupe de hip-hop que mon frère, Chris, sonorise. Je pose des scratchs sur un de leurs morceaux qui s'appelle Du vinyl. Stani a un Akai S950 et un Atari et j'ai envie d'apprendre à sampler, lui maîtrise ça. Je veux essayer de monter des boucles, sous influence hip-hop mais aussi anglaise, ce que l'on n'appelle pas encore bass music, comme Smith & Mighty, Massive Attack, la scène de Bristol. On faisait déjà des soirées chacun de notre côté, mais j'en fais une dans un bar qui s'appelle Le Navire, avec Couleur 3. Et Bertrand le patron nous propose une résidence hebdomadaire : on commence ainsi, en appelant la soirée Groovambar, avec un logo reprenant le bonbon. On mélange plein de choses, sans limites : du Wagon Christ, des trucs chépers, du Mo'Wax, puis tout ce qui fait danser, house garage, les débuts de la jungle... Seb N'Zeng (trompette) vient jammer par dessus les disques. Six mois plus tard, Ivan (Psychostick, devenu batteur du groupe) vient faire ses soirées Melting Juice la veille, au même endroit. Sta

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Joe Bel en ouverture de Thomas Dybdahl à la Comédie Odéon

Petit Bulletin Live | C'est la Lyonnaise Joe Bel qui ouvrira le 21 mai pour le Norvégien Thomas Dybdahl lors du Petit Bulletin Live qui se tiendra à la Comédie Odéon. De retour du (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 28 mars 2017

Joe Bel en ouverture de Thomas Dybdahl à la Comédie Odéon

C'est la Lyonnaise Joe Bel qui ouvrira le 21 mai pour le Norvégien Thomas Dybdahl lors du Petit Bulletin Live qui se tiendra à la Comédie Odéon. De retour du Canada, où elle vient d'enregistrer son premier album attendu de pied ferme, la chanteuse-auteure-compositrice soul-folk au groove unique nous fera le cadeau de se produire pour la première fois en solo depuis un bon moment. Une raison de plus d'arriver à l'heure, à 19h tapantes et même avant.

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Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Entretien | Dix-huit mois après la sortie en salles avortée de "Made in France", le cinéaste revient avec un projet mûri pendant vingt ans : une nouvelle adaptation de "Léon Morin, prêtre".

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Cette nouvelle adaptation du livre de Beatrix Beck n’en porte pas le titre. Vous a-t-il été confisqué ou interdit à cause, justement, de l’adaptation de Melville ? Nicolas Boukhrief : Non, pas du tout. Les gens se rappellent plus du film de Melville que de son livre — qui est une histoire autobiographique, un portait de l’homme qui l’avait tellement bouleversée. Appeler le film Léon Morin, prêtre ne me convenait pas, puisque je voulais surtout faire un portrait de femme et que le personnage de Barny soit très mis en avant. Du coup, La Confession est venu assez vite. Hitchcock disait que tout titre doit être une interrogation pour le spectateur, ou une promesse. Tant qu’on n’a pas vu le film, on ne sait pas quelle est la confession, ni qui confesse quoi à qui. Après Made in France, passe-t-on facilement d’une dialectique religieuse à une autre ? Oui, dans la mesure où j’ai écrit les deux scénarios en même tem

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"La Confession" : une drôle de paroissienne

ECRANS | de Nicolas Boukhrief (Fr, 1h56) avec Romain Duris, Marine Vacth, Anne Le Ny…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Un village pendant l’Occupation. Militante communiste farouchement athée, Barny entame une joute rhétorique avec le nouveau prêtre, le fringant Léon Morin, dont la beauté et les sermons électrisent ses concitoyennes. À son corps défendant, la jeune femme sent ses certitudes vaciller et un sentiment naître en elle. Serait-ce la foi ou bien l’amour ? Au commencement était le Verbe… Nicolas Boukhrief oublie (presque) pour une fois le cinéphile en lui pour revenir à l’essence des mots ; à l’histoire derrière le Goncourt de Béatrix Beck, bien avant le film de Melville qui l’a presque oblitéré. Des mots qu’il vénère et qu’il enveloppe, pour les transcender, de chair grâce à des comédiens à l’intensité indéniable : Duris, séducteur comme un Gérard Philipe méphistophélique, et Marina Vacth, regard acier en fusion, à la stupéfiante maturité. Hors de leur duo, cette tension se dissipe : le contexte comme les personnages secondaires apparaissent comme fabriqués, théâtraux, alors qu’ils sont censés, “aérer” leurs huis clos et tête-à-têtes. C’est là la limite du film : réussir à capturer l’intime et l’ind

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Le plus russe des Russes

Auditorium de Lyon | C’est un événement : en plein cœur du Festival Russe proposé par l’Auditorium, Leonard Slatkin dirige les six symphonies de Tchaïkovski.

Pascale Clavel | Mardi 15 novembre 2016

Le plus russe des Russes

À l’affiche, c’est un beau festival. L’âme slave révélée sous toutes les coutures : Borodin, Chostakovitch, et leur fantastique musique de chambre ; Moussorgski et ses Tableaux d’une exposition ; Grigori Sokolov, pianiste fascinant, aux interprétations quasi mystiques et profondément poétiques. Des festivités russes aussi, autour de musiques populaires où l’on comprend en trois mesures toute la mélancolie slave. En point d’orgue du festival, Tchaïkovski : compositeur éclectique, mélodiste hors pair. Son langage musical, fortement influencé par les romantiques allemands et par Berlioz pour l’orchestration, n’est pas vue d’un très bon œil par les compositeurs russes — en particulier ceux du Groupe des Cinq — parce que pour eux, le style doit être russe, uniquement, radicalement. L’âme humaine scrutée Entre symphonie classique et poème symphonique, les six symphonies de Tchaïkovski sont inclassables. Une dimension métaphysique pour chacune et une question en boucle pour toutes : quid

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Pethrol : « Le fond influe la forme et pas l'inverse »

Electro Pop | Depuis plus de trois ans, Pethrol creuse quelques puits entre l'électronique et l'acoustique, le rythmique et le mélodique. Avec Figures, leur premier album, le groupe dévoile un véritable gisement d'or noir. À quelques heures de sa sortie, Héloïse, la chanteuse, est revenue sur l'évolution de son Pethrol.

Gabriel Cnudde | Mardi 18 octobre 2016

Pethrol : « Le fond influe la forme et pas l'inverse »

Votre musique allie le côté brut de décoffrage, très industriel de l'électro et la douceur de ta voix, comme une plume posée sur une poutre d'acier. C'est ce contraste là que vous cherchez à créer ? Héloïse Derly : C'est difficile à expliquer. Ce contraste existe, évidemment. On en parle depuis le début du projet puisque Cédric et moi avons une culture différente, même si on se retrouve parfaitement dans Pethrol. Mais au delà de ce contraste, il y a surtout une recherche de texture musicale forte. Pour l'album, on a changé nos machines pour partir sur des sons complètement analogiques. On a cherché une texture, qu'on mêle à beaucoup de rythmes percussifs, métalliques, synthétiques. À mon sens, c'est surtout ça notre ambivalence, en plus de ma voix. Notre plus gros jeu, c'est avec les parties rythmiques sur lesquelles on travaille les polyphonies. Il y a des lectures différentes de notre musique. On veut que ça parle au plus grand nombre, que ce soit simple à écouter pour que tout le monde soit emporté avec nous. Mais on veut aussi que quelqu'un qui nous écoute plusieurs fois découvre les différentes strates. C'est là qu'apparaissent des c

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Strange Milk au Toï Toï : psych show

Psyché | Les lecteurs assidus de ce journal ont forcément un jour ou l'autre entendu parler de François Serin, leader du groupe de brit-pop francophone Déjà Vu, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 14 juin 2016

Strange Milk au Toï Toï : psych show

Les lecteurs assidus de ce journal ont forcément un jour ou l'autre entendu parler de François Serin, leader du groupe de brit-pop francophone Déjà Vu, auteur d'une poignée de disques, initiateur de son "pendant" anglophone Laurent Stuart — deux groupes, comme Coming Soon, qui ont fait les beaux jours de feu le vrai-faux tremplin Dandelyon. Hyperactif, François que l'on a connu grand fan d'Oasis et des Beatles (pas forcément dans cet ordre et sans que cela soit exclusif), s'est depuis un moment tourné vers la fée psyché, tendance shoegazing, dream pop et enfumage de champ visuel et sonore. Ceci avec Strange Milk dont l'album Strange & Magic est sorti le 8 avril et pour lequel le groupe (Serin plus Lucian Armiles, JD Mimouni et Robin Josserand) a pris son temps avec deux EP sortis en 2011 et 2014 — et une belle reprise flûtée de... Manset. Le temps aussi d'écumer toutes les salles de la région ou presque, et même au-delà pour rôder une pop extatiq

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Le baiser mouillé de Billie

French Kiss au Transbordeur | N'était l'invitation de son premier album, au Baiser qui laisse des marques de rouge à lèvres, et peut-être quelques traces rougies de morsure – il est (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 7 juin 2016

Le baiser mouillé de Billie

N'était l'invitation de son premier album, au Baiser qui laisse des marques de rouge à lèvres, et peut-être quelques traces rougies de morsure – il est rapidement apparu évident que la couleur de la musique de Billie — si tant est que la musique puisse avoir une couleur et l'on aurait tendance à penser que oui — se décline sur une palette de bleu. Bleu nuit, comme sur la plupart des chansons krautrock du Baiser, quelque chose oscillant entre le bleu marine et cette indéfinissable ton confinant à la transparence qui est parfois celui de l'eau, bleu d'encre (d'ancre ?). Mais bleu nuit encore si l'on en croit le titre et le contenu de cet EP que la chanteuse lyonnaise a baptisé Nuits Aquatiques et pour lequel elle a moins enfilé le bleu de chauffe que le ciré jaune et surtout la queue de sirène scintillant sous les étoiles d'une production electro r'n'b à roulis signée Erotic Market, emportant comme une vague. Une (p

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Le Voyage de Fanny : Lola Doillon se frotte à l'Histoire

ECRANS | de Lola Doillon (Fr, 1h34) avec Léonie Souchaud, Fantine Harduin, Juliane Lepoureau…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Le Voyage de Fanny : Lola Doillon se frotte à l'Histoire

Au départ, il y avait l’histoire vraie de Fanny Ben-Ami, gamine de 12 ans ayant courageusement mené en sûreté (en Suisse) une troupe de gamins juifs menacés d’être raflés pendant l’Occupation. Et Lola Doillon, qui désirait pour son troisième long-métrage se confronter à l’Histoire tout en dirigeant à nouveau de jeunes interprètes. La rencontre entre le sujet et la réalisatrice a donné lieu à ce film qu’elle souhaitait “d’aventures”. Certes, il y a ce focus utile sur les enfants cachés (bon point) ; bien sûr la détermination de l’héroïne est très visible grâce à Léonie Souchaud, belle découverte rappelant par certains aspects Adèle Haenel à l’époque des Diables (2001) de Christophe Ruggia. Mais Le Voyage de Fanny demeure terriblement scolaire, comme si justement il ne tenait pas spécialement à s’adresser à un autre public que celui des écoles. Pourtant, quel splendide défi que celui de filmer pour tous et pour chacun...

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Tout pour être heureux

ECRANS | de Cyril Gelblat (Fr, 1h37) avec Manu Payet, Audrey Lamy, Aure Atika, Joe Bel…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Tout pour être heureux

Ses yeux de cocker l’ont conduit à prêter sa voix au chien Bill ; sa barbe de trois jours et son poil grisonnant semblent le condamner à des emplois d’épave en rupture de famille, de copine, de boulot (mais qui arrivera bien par s’en sortir, allez) assistant à leur propre déchéance avec une fatalité lasse… Peut-être que Manu Payet devrait envisager le rasage de près pour accéder à des rôles différents, ne tournant pas autour du nombril d’un quadra bobo exprimant son ressenti de victime d’une précarité sournoise, tout ça parce qu’il a craqué le lacet de sa Stan Smith droite — sa préférée. Ce n’est en tout cas pas avec cette comédie fatiguée, espérant sans doute se parer de l’épithète “dramatique” parce qu’elle ne se boucle pas totalement en faveur du héros, qu’il sort de sa zone de confiance. Dommage pour Audrey Lamy qui, elle, arrive à faire quelque chose de son maigre personnage.

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A perfect day (un jour comme un autre)

ECRANS | de Fernando León de Aranoa (Esp, 1h46) avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

A perfect day (un jour comme un autre)

Une situation de guerre absurde, une équipe d’intervention des Nations Unies, des humanitaires parlant dans toutes les langues et ne se comprenant pas… Toutes les conditions sont réunies pour mettre sur pied un europudding des familles, dans l’esprit du No Man’s Land de Danis Tanović ; une de ces comédies concernées à visée universaliste qui parfois montent comme un soufflé à la faveur d’un festival, et retombent dans les limbes une fois l’astuce (ou la supercherie) dévoilée. Pas de chance pour Fernando León de Aranoa, ça n’a pas pris. Un court-métrage bien senti aurait été plus efficace pour montrer la bêtise au front de taureau des administrations internationales. VR

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Un vrai faussaire

ECRANS | de Jean-Luc Leon (Fr, 1h28) avec Guy Ribes…

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Un vrai faussaire

Fascinant parcours que celui de Guy Ribes ! Fût-il né dans un contexte plus favorable, ce caméléon aux doigts d’or eût mené une carrière d’artiste-peintre brillante, mais convenue. Placé sous les auspices d’un père souteneur, puis au contact de truands, son talent s’est épanoui hors de la légalité dans la contrefaçon. Ayant purgé sa peine de prison, il se raconte ici avec une gouaille audiardienne. S’il enjolive les faits, il donne des preuves de son génie ayant maîtrisé par l’intuition et la technique des siècles d’histoire de l’art. Confondant. Et parce qu’il dévoile les filouteries de certains galeristes coquins, on pardonne à ce documentaire sa réalisation plan-plan. VR

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DiCaprio et l’Oscar : Attrape-moi si tu peux !

ECRANS | « Caramba, encore raté ! » C’est une phrase de ce goût que Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

DiCaprio et l’Oscar : Attrape-moi si tu peux !

« Caramba, encore raté ! » C’est une phrase de ce goût que Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le Dolby Théâtre à l’issue de la 88e cérémonie des Oscars. Régulièrement nommé depuis vingt-deux ans, le comédien semble frappé par une malédiction semblable à celle de Peter O’Toole et Kirk Douglas, jamais récipiendaires de la fameuse statuette malgré de multiples citations — obligeant l’Académie, embarrassée, à leur décerner un trophée d’honneur. Pour Leo, la série noire commence en 1994 par un second rôle dans Gilbert Grape : trop tendre du haut de ses 19 printemps, il ne fait pas le poids face au buriné Tommy Lee Jones qui emporte la mise avec Le Fugitif. Ignoré par la profession l’année de Titanic (à contrario de Kate Winslet, qui était en compétition), il revient en lice en 2005 porté par les ailes de l’Aviator de Scorsese ; mais les votants n’ont d’yeux cette année-là que pour Jamie Foxx dans Ray. Transformé en aventurier africain pour Blood Diamond en 2007, il est surclassé par Forest Whitaker qui ava

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The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil.

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

Les États-Unis excellent dans l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire. Au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernières années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favelaesques fantasmés par les conservateurs, pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture — discours identitaire faisant florès ces derniers temps. C’est même l’exact contraire qui s’est produit ; les rednecks doivent en m

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René Lacaille : le caméléon de l'accordéon

MUSIQUES | Ancien compagnon de route d'Alain Péters, ami des Lo'Jo, le Réunionnais René Lacaille, devenu au fil du temps chantre de l'accordéon, vient inaugurer la première du festival Bretelles du Monde.

Sébastien Broquet | Mardi 26 janvier 2016

René Lacaille : le caméléon de l'accordéon

A la fin des seventies, alors que le punk rugit sur le continent, du côté de l’île de La Réunion une poignée d’étranges musiciens se réunissent dans le sous-sol d’un cinéma, le fameux et fumeux Royal. Le propriétaire des lieux, André Chan Kam Shu, en a fait un studio de répétition d’où sortent une flopée de 45 tours qu’il édite. Là, une bande de chevelus répète, joue, compose et expérimente : le meneur de ce crew qui va changer la face de la musique locale se nomme René Lacaille, il sera vite rejoint par celui que toute la Réunion vénère aujourd’hui, le charismatique Alain Péters. Tous deux montent un groupe dont l’espérance de vie se limitera à trois années mais qui va faire vibrer tout ce que l’île compte de mélomanes - et encore aujourd’hui, tous les diggers de la planète depuis que Gilles Peterson a joué l’un de leurs rares 45t, La Rosée si feuille songe, dans son Worldwide hebdomadaire : Les Caméléons. Un combo nourri du rock de Led Zeppelin, Pink Floyd et Hendrix, largement infusé au maloya que ces jeunes gens ont redécouvert grâce à Paul Vergès, alors leader d’un Parti Communiste Réunionnais en lutte

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Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

MUSIQUES | On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables (...)

Philippe Yves | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables des mois à venir. Et ce sont les amoureux du piano qui seront les mieux servis tant les organisateurs de concerts ont convoqué à Lyon le gratin pianistique international. À l’Auditorium, on applaudira les padawans (l’Autrichien Till Fellner, de Beethoven à Berio le 11 mars, et Lang Lang, dont on vérifiera le 11 avril si la démesure sied au Concerto italien de Bach) comme le maître Murray Perahia, accompagné de l’Academy of Saint Martin-in-the-Fields le 4 juin. En attendant la réouverture de la Salle Molière, le piano s’écoute aussi Salle Rameau avec Ravel par Bertrand Chamayou le 5 février et un récital d’Alexandre Tharaud le 11 mai. À l’encre indélébile, vous noterez le double récital de Martha Argerich et Nicolas Angelich le 13 avril dans un monstrueux programme avec la version deux pianos du Sacre du Printemps. Ça ne se refuse pas. Et comme il n’y a pas que le piano dans la

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Interview de San Fermin : «Écrire pour soi, jouer pour les autres»

MUSIQUES | Deuxième album, le foisonnant et explosif "Jackrabbit" et deuxième Petit Bulletin Live en deux ans pour San Fermin. À l'occasion de ce retour total et fracassant, Ellis Ludwig-Leone, seul maître à bord, nous explique comment un projet d'écriture est devenu un groupe à part entière, mais surtout un groupe à part. Propos recueillis et traduits par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 novembre 2015

Interview de San Fermin : «Écrire pour soi, jouer pour les autres»

Dans quel état d'esprit êtes-vous au moment d'aborder cette nouvelle tournée européenne avec votre second album, Jackrabbit ? Ellis Ludwig-Leone : Je pense que ça va être amusant. Nous sortons tout juste d'une tournée américaine incroyable en première partie d'Alt-J, mais ça va être bon de jouer à nouveau pour notre public. Qui plus est – à part un passage rapide aux festivals de Reading et de Leeds – nous ne sommes pas venus en Europe depuis le mois d'avril ! C'est trop long. En concert, ce qui frappe avec San Fermin, c'est à quel point vous semblez vous amuser à jouer une musique sérieuse, à le faire sérieusement, mais paradoxalement sans aucun esprit de sérieux. Vous qui avez découvert la vie d'un groupe de rock sur la route, comment avez-vous vécu ce qui resemble beaucoup à une aventure de Scooby-doo et sa bande ? "Une aventure à la Scooby-doo", c'est exactement comme ça que je le décrirai. C'est comme un retour aux années étudiantes, où chaque jour apporte son lot de nouvelles expériences. Avoir une vie sur la route et une autre quand tout s'arrête est parfois compliqué émotionnellement, ma

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La rentrée musique côté classique

MUSIQUES | Cette saison, tous les lieux lyonnais consacrés aux musiques dites savantes affichent un programme qui ose, qui revendique, qui dénonce une époque contemporaine en plein repli. De belles expériences en perspective.

Pascale Clavel | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté classique

Peter Pan, Jean-Sébastien Bach et Matrix sont dans un bateau. Rien d’halluciné dans ces propos, juste une lecture aiguë de la nouvelle saison de l’Auditorium. Depuis l’arrivée du très décomplexé Jean-Marc Bador à la tête de la maison, la programmation s’affole, s’emballe et le choix semble si vaste qu’on pourrait s’y perdre. Il faudrait tout tester, devenir un mélomane glouton. Certains diront qu’il y en a pour tous les goûts, d’autres que, franchement, c’est trop. Partons de l’idée que la proposition est alléchante. Les portes se sont ouvertes sur l’inoxydable Symphonie n°9 de Beethoven dirigée par Léonard Slatkin. Cerise sur le gros gâteau, le public s'est vu investi d’une belle mission : chanter l’Hymne à la joie à tue-tête, avec ses tripes et ses convictions, acte quasi politique en ces temps où la fraternité entre les peuples est plutôt mise à mal – Jean-Marc Bador et Léonard Slatkin martèlent d'ailleurs d’une seule voix leur volonté d'«effacer les distances et gommer le temps» ; vaste ambition, utopie régalante. L’énigmatique pianiste Hélène Grimaud et l’indémodable Ton Koopman seront tous deux artist

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Bruce Brubaker, San Fermin et Yael Naim ouvrent la saison 2015/2016 des PB Live

MUSIQUES | Philip Glass joué par Bruce Brubaker au Sucre, Yael Naim qui fricote pour la quasi première fois avec le Quatuor Debussy en la Chapelle de la Trinité et le retour de San Fermin au Marché Gare : cette saison, le PB Live voit triple.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

Bruce Brubaker, San Fermin et Yael Naim ouvrent la saison 2015/2016 des PB Live

On avait laissé les Petit Bulletin Live résonner sur les dernières notes du Songs of Time Lost de Piers Faccini et Vincent Segal au Temple Lanterne en novembre dernier – ces derniers y refaisant un passage le 10 décembre. Certes, le temps fut long, mais comme l'a chanté Francis Lalanne, «on se retrouvera», et ce dès le 21 octobre. Et pas avec Francis Lalanne, c'est dire si le public est gâté. Et pas que pour une seule date, mais trois. Cette année, le PB Live, après une remise en forme, s'est converti à la tactique bien connue de Jacques Anquetil et de notre précieux et enthousiaste partenaire Rain Dog Productions :«On part à fond, on accélère au milieu et on finit au sprint.» Donc on part à fond, avec du lourd et du pointu, un bon 53x12 en langage cycliste mais qui, une fois lancé, roule tout seul : Bruce Brubaker joue Glass. Au Sucre. Parce que personne ne joue mieux Glass que Brubaker, à part peut-être Glass lui-même. On y revient de toute façon très vite. Sachez simplement que, interprétées par un tel virtuose, les études pour piano solo de Philip Glass,

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Foreztival, une drôle de ménagerie

MUSIQUES | Dans la forêt lointaine, on entend le hibou, d'accord. Mais dans le Forez lointain, qu'entend-on ? Cette année, principalement le Birdy Nam Nam, drôle (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Foreztival, une drôle de ménagerie

Dans la forêt lointaine, on entend le hibou, d'accord. Mais dans le Forez lointain, qu'entend-on ? Cette année, principalement le Birdy Nam Nam, drôle d'oiseau à six pattes – depuis que DJ Pone est allé voir ailleurs si le ciel y était plus bleu – qui n'a de cesse d'emmener le hip-hop instrumental vers de nouveaux horizons, là où ses suiveurs, paresseuses poules aux œufs d'or, se contentent d'en picorer les racines black ad nauseam. Mais aussi le Fauve, inoffensive bestiole dont le cri, sorte de logorrhée de fan de Diabologum en pleine mue, a tendance à nous rendre fou de la gâchette (de fusil hypodermique, on n'est pas des bêtes). Et puis des punks en voie d'extinction (Les Sheriff), une chimère afro-funk (Vaudou Game), un ex-lion au régime strict de vers libres (Kacem Wapalek), des mélodies électroniques serpentines (charmées par Fakear) ou encore des animaux migrateurs se repérant par écholocalisation de basses fréquences (les pionniers du french dub High Tone, featuring le MC halluciné Oddateee)

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Williams / Spielberg : terrain d’entente

ECRANS | Le cinéma regorge de duos fameux formés par un compositeur et un metteur en scène : Bernard Hermann et Alfred Hitchcock, Philippe Sarde et Claude (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Williams / Spielberg : terrain d’entente

Le cinéma regorge de duos fameux formés par un compositeur et un metteur en scène : Bernard Hermann et Alfred Hitchcock, Philippe Sarde et Claude Sautet, Georges Delerue et François Truffaut, Pino Donaggio et Brian De Palma, Howard Shore et David Cronenberg ou encore Carter Burwell et les frères Coen. De tous, le couple John Williams et Steven Spielberg est de loin le plus fidèle : Williams a orchestré toutes les bandes originales du cinéaste, à l’exception du futur Bridge of Spies pour des raisons de santé. Surtout, le musicien a écrit des scores qui ont participé à la popularité des films : le thème des Dents de la mer avec son crescendo inquiétant, les partitions symphoniques d’Indiana Jones, E.T., Jurassic Park, les cinq notes à la base de Rencontres du troisième type… Leurs collaborations récentes sont même parmi les plus surprenantes : la musique épurée et sombre de Munich, virevoltante et "mancinienne" des Aventures de Tintin, ambitieuse et complexe de

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Grégoire Le Du, manager en développement durable

MUSIQUES | A la tête de l'agence de management Grande Route et du tout neuf label Archipel cofondé avec le studio Mikrokosm, Grégoire Le Du s'est spécialisé depuis une dizaine d'années dans l'accompagnement d'artistes en développement. Mûrissant au passage une philosophie quelque peu à contre-courant de l'image que l'on peut se faire de ce métier, où les idéalistes auraient encore leur place. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

Grégoire Le Du, manager en développement durable

«J'ai cette chance d'être suffisamment romantique pour me satisfaire de ce que l'artiste fera plutôt que de ce qu'il fait.» Cette phrase de Grégoire Le Du – fondateur de Grande Route, qui manage entre autres les carrières prometteuses de Joe Bel et 2080 – plusieurs fois répétée et déclinée au cours du même entretien sur son métier, peut paraître quelque peu sibylline. Il faut pourtant, entre les lignes, la comprendre comme l'acceptation qu'un artiste puisse à un moment donné faire sa (grande) route sans ce manager spécialisé dans l'émergence. Sans faire de lui un Bartleby de la chose, un type qui, comme le héros de Melville, «préférerait ne pas», ce discours et la mise en pratique qui l'accompagne dénote quelque peu dans une profession que, vue de l'extérieur, on imagine volontiers pratiquée par des types qui se barrent avec la caisse : «C'est une philosophie, une question de tempérament dit-il. Je viens de la musique, j'en fais, ce qui me permet de travailler sans arrière pensée.» C'est en effet en plusieurs temps que Grégoire s'est découvert une passion pour l'émergence et le développement et a forgé sa vision du métier.

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La saison 2015/2016 de l'Auditorium

ACTUS | L’Orchestre National de Lyon et l’Auditorium viennent de dévoiler une saison 2015/2016 monumentale et foisonnante dont les promesses vont ravir les mélomanes avertis comme ceux qui voudraient faire leurs premiers pas dans le répertoire symphonique. Philippe Yves

Benjamin Mialot | Mercredi 29 avril 2015

La saison 2015/2016 de l'Auditorium

Du côté des monuments symphoniques, Leonard Slatkin dirigera les épiques 5ème (les 12 et 14 novembre) et 9ème (le 12 septembre) Symphonies de Beethoven avant de s'attaquer, plus tard, à Ainsi Parlait Zarathoustra (le 4 février 2016), la plus kubrickienne des œuvres de Richard Strauss. Plus généralement, les pianistes tiendront le haut de l’affiche, en témoignent les invitations aux solistes Hélène Grimaud (les 17 et 19 septembre), Nikolaï Luganski (18 et 19 décembre), Lang Lang (le 11 janvier) ou encore Murray Perahia, qui se produira avec la Londonienne Academy of Saint Martin in the Fields (le 4 juin). Parmi les pépites de la saison, notons les Kindertotenlieder, le chef d’œuvre endeuillé de Mahler, sous la jeune baguette de Lionel Bringuier (19 et 21 mai) ou encore la venue du chef d’orchestre Charles Dutoit à la tête du Royal Philharmonic Orchestra de Londres (le 20 octobre) ainsi que le retour de T

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Étoiles noires sur Quais du Polar

CONNAITRE | Un an après la venue exceptionnelle et fort réussie de l'immense James Ellroy, Quais du Polar revient avec une édition 2015 non moins riche en figures importantes et en questionnements de fond sur l'état de l'art noir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Étoiles noires sur Quais du Polar

Le public n'est semble-t-il plus le seul à se bousculer pour assister au festival Quais du polar – et participer à sa désormais célèbre enquête grandeur nature dans la ville. Même les auteurs, y compris les plus prestigieux, feraient des pieds et des mains pour s'y montrer. Ceci explique sans doute pourquoi Quais du Polar est chaque année aussi bien fréquenté – même s'il faut bien admettre que l'édition 2014 a placé la barre à une hauteur quasi inatteignable. Aucun Michael Connelly ou John Grisham, pour parler des principales têtes d'affiches, ne s'est ainsi fait prier pour rejoindre la toujours impressionnante cohorte d'auteurs de cette édition 2015 – les deux rois du procedural sont d'ailleurs conviés à régaler les fans autour d'une rencontre front contre front. Nord/Sud On imagine qu'il n'a guère été plus difficile de convaincre Luis Sepùlveda, Paco Ignacio Taïbo II (Mexique), Santiago Gamboa (Colombie) ou Leonardo Padura (Cuba) – l'accent étant mis cette année, on l'aura compris, sur l'Amérique latine, notamment lors d'une alléchante rencontre "Nord/Sud", ainsi que d'incontournables évocations de cartels et de dictatures qui ont au mo

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La légende vivace d'Ennio Morricone

MUSIQUES | En faisant un peu de méta-journalisme (tout de suite les grands mots), on pourrait vous dire qu'il est difficile de ne pas parler de la venue à Lyon pour (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 17 mars 2015

La légende vivace d'Ennio Morricone

En faisant un peu de méta-journalisme (tout de suite les grands mots), on pourrait vous dire qu'il est difficile de ne pas parler de la venue à Lyon pour un concert quoi qu'il arrive exceptionnel du grand Ennio Morricone et que pourtant il est tout aussi compliqué d'en parler. Comment, d'abord ? Par quel bout prendre une œuvre qui compte au bas mot quelque 500 scores ? Même sur une Une, ça ne tient pas. Et puis qui a réellement entendu TOUT Morricone ? Et comment admettre en même temps qu'un tel géant investisse une Halle Tony Garnier – fut-ce bardé de près de deux cents musiciens et donc d'une très grande pompe – en pratiquant des prix qui interdisent a à peu près tout le monde de s'y rendre ? Oui mais voilà, Morricone reste Morricone, soit quelque chose de l'ordre du pénétrateur d'inconscient collectif, du générateur d'images instantanées – la plupart du temps, en tout cas dans nos têtes, signées Sergio Leone, mais aussi, il ne faudrait pas l'oublier, Pasolini, Marco Bellochio, Elio Petri, les Taviani, Dino Risi, Dario Argento, Sergio Corbucci, sans compter les non Italiens Lautner, Boorman, Malick ou Fuller – par la grâce de trois notes,

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Un œil sur... Pethrol

MUSIQUES | En partenariat avec la Ville de Lyon, le Petit Bulletin vous présente les talents locaux qui feront parler d'eux demain. Premier épisode avec le groupe Pethrol. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Mercredi 7 janvier 2015

Un œil sur... Pethrol

Pour son premier numéro Un œil sur... est allé s'intéresser au cas Pethrol (dont nous vous dressions le portrait avant les fêtes), symbole et même, sans faire injure à ses camarades, locomotive de l'émergence pop lyonnaise. Mais aussi étrange créature musicale dont on ne sait si elle a deux, trois têtes ou même plus. Sur scène en tout cas Pethrol est un duo, composé Héloïse Derly, ressortissante des Beaux-Arts et Cédric Sanjuan, batteur d'expérience, rompu à l'indépendance musicale. En 2014, conclue par le très bel EP Goldmund, leur troisième, Pethrol a emporté pas mal de choses sur son passage et développé un univers fascinant qui commence à titiller sérieusement la presse spécialisée nationale. A suivre donc, à tout point de vue.

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Pethrol : l'hydre carbure

MUSIQUES | Ni duo, ni trio, ni collectif mais presque un peu tout ça à la fois, Pethrol met sur et en scène une chanteuse-claviériste et un batteur-machiniste dont l'univers cosmique tend à s'étendre sur le monde. Au point que pour cette drôle de créature électro-pop aux accents mythologiques, on ne parlera bientôt plus d'émergence, mais d'expansion. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 16 décembre 2014

Pethrol : l'hydre carbure

Figure mythologique universelle, l'Ouroboros représente littéralement «le serpent qui se mord la queue». Sa déclinaison dans la mythologie nordique, Jörmungand, encercle ainsi le monde pour maintenir les océans en place. Il est symboliquement le début et la fin de toute chose. On ne sera que très peu étonné que Pethrol ait choisi, sur un de ses EPs, d'évoquer cette figure. Le groupe, qui définit sa musique comme de la cosmo-pop – «cosmopolite et cosmique» – semble en effet fonctionner par cycles, se nourrir de mues successives comme il se nourrit de lui-même. Ainsi Goldmund, troisième EP paru le 19 novembre dernier, clôt-il une trilogie par laquelle, comme dans les sagas, le groupe est né et s'est métamorphosé pour atteindre sa forme actuelle. «Au tout début, il y avait la volonté de créer une trilogie dont on serait sorti en 2015, confirme la chanteuse Héloïse Derly. En même temps, les trois univers de Black Gold, Golden Mean et Goldmund constituent vraiment trois portes qui s'ouvrent dans le sens d'une évolution. Il était important pour nous de trouver notre son de cette manière. Je ne dis pas qu'on l'a

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Holy smoke

MUSIQUES | Moins cosmico-tribal que Pethrol, moins bootylicieusement chaudard qu'Erotic Market, dans la nouvelle famille des duos électro-pop qui ont le vent en (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 16 décembre 2014

Holy smoke

Moins cosmico-tribal que Pethrol, moins bootylicieusement chaudard qu'Erotic Market, dans la nouvelle famille des duos électro-pop qui ont le vent en poupe, Holy Two fait plus que passer la tête. Il est d'ailleurs presque étrange de les voir monter sur les tréteaux d'une scène découverte – celle, toujours bien inspirée du Kafé qui couronna l'an dernier Alexis & the Brainbow – alors que la doublette Elodie/Hadrien a non seulement déjà (auto)produit un premier album mais aussi tout récemment un EP baptisé Eclipse, ce qui nous vaut un nouveau clip, Moonbeam, là encore particulièrement abouti. Sauf qu'en fin de compte, on n'est jamais assez "découvert". On pourrait d'ailleurs à l'inverse se dire que ce groupe pas bien vieux – c'est une constante des précités que d'avoir, toute proportions gardées, "explosé" assez vite – a peut être mis la charrue avant les bœufs quand l'évidence de l'émergence, cette grande notion floue, veut que l'on fasse les choses dans l'ordre. Sauf qu'en matière d'émergence, il n'y a guère d'évidence et que ce qui importe justement c'est la mati

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