Un Feu sur la langue

MUSIQUES | Rien que de très classique dans cette saison francophone. Du très bon, du bon, du moins bon, Kyo, et au milieu coule une rivière en Feu! Chatterton, inconcevable objet pop aux aspirations littéraires qui feront se gausser ou s'incliner. C'est à voir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Oubliez les Sébastien Tellier (le 18 octobre au Transbo), Julien Doré (le 15 décembre au Radiant) et Stromae (le 1er novembre à la Halle) qui repassent une énième fois par ici ; zappez les vingt ans des Ogres de Barback et le retour de Kyo, tous deux au Radiant (les 6 et 27 novembre), repaire de morts-vivants. Omettez ces trois grands Bretons que sont Miossec, Daho, Tiersen (19 et 5 décembre au Transbo, 16 octobre à l'Epicerie) et Emilie Simon (7 novembre au Radiant, forcément). Bon si vous aimez tous ces artistes, ce qui pour la plupart d'entre-eux est bien légitime (cherchez néanmoins l'intrus), vous pouvez tout de même vous faire plaisir en allant les voir, on ne vit qu'une fois après tout, sauf Daho et Kyo. Mais rappelez vous une chose : la next big thing, celle dont tout le monde parle, comme disait l'Homme en noir (pas Cash, l'autre), l'attraction de la saison a pour nom Feu ! Chatterton. L'incendie est en marche.

 

Les tripes en vibrato

Le voilà en effet, le nouveau groupe français sur lequel tout le monde va pouvoir danser/s'extasier/s'agacer– oh ! Comme on va s'étriper sur leur cas. La nouvelle sensation pas comme les autres au nom multi-référencé et à la p(r)ose singulière. Quintette filant comme une comète, ouvrageant des textes façon Cercle des Poètes disparus (aux XVIIIe et XIXe siècles) derrière lesquels flottent guitares en rideaux, électro-pop en sauts et même quelque menu charango.

Bashung, Ferré, Brel, Reggiani, Négresses Vertes, Christophe, Manset, on pourra, en écoutant Feu! Chatterton jouer au bingo des grands auteurs, au loto des interprètes affectés, apposant circonflexe sur la moindre voyelle. Etranges et fascinants, ils sont pourtant pleins de fulgurances qu'on déteste. Ou adore, si l'on aime l'inconfort. Le dernier avatar à voir d'une chanson rock française qui des Limiñanas à Mustang en passant par les Superets (au Sonic le 3 octobre) se monte la langue en sautoir.

Sauf que la leur descend dans les tripes et remonte en vibrato. Qu'avec, loin de s'en tenir au doux cocon indé, ils refont le décor d'une variété française que les générations Goldman et autres Bande à Renaud contemporainess aux petits pieds ont complètement salopé. Pendant qu'au même moment, Jean-Louis Aubert catapulte Houellebecq dans Les Parages du vide (à la Salle 3000 le 26 novembre). Un dernier mot de poésie, tiens : Modiano au Kao. Marie, fille de Patrick et épouse de Von Poehl, poétesse et chanteuse à la langue vintage, anglaise ou française, et toujours bien ourlée, qu'en ce 17 octobre, on ne saurait manquer.


Stromae

Électro slam
Halle Tony Garnier Place des Docteurs Charles et Christophe Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Julien Doré


Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Aubert chante Houellebecq

Amphithéâtre - Salle 3000 Cité Internationale, 1 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Lala &ce, Chloé, Jeff Mills : voici toute la programmation de Nuits sonores

Festival | Édition hors-série, limitée question lieux (deux seulement), jauges et horaires, mais édition aguicheuse et conservant l'ADN du festival : Nuits sonores pense futur sans renier ses basiques et convie aussi bien la star Jeff Mills que la newcomer Lala &ce en juillet 2021. On détaille.

Sébastien Broquet | Jeudi 27 mai 2021

Lala &ce, Chloé, Jeff Mills : voici toute la programmation de Nuits sonores

Au milieu d'un torrent d'incertitudes (debout ou pas ? comment fonctionneront les bars et la restauration ? pass sanitaire ou pas ? ), le festival Nuits sonores a réussi à concocter une programmation fûtée pour gens couchés qui finalement se lèveront peut-être. Avec une grosse dose d'artistes locaux, parfois emblématiques de la ville (on pense à High Tone et Flore), de découvertes, de quelques stars des musiques électroniques aussi — tel Jeff Mills qui vit à Paris, ou Chloé. Bref, une programmation qui ne renie rien des engagements du festival et fait clairement envie. Avec même le groupe le plus excitant du continent africain contemporain, les natifs de Kinshasa Fulu Miziki, dont l'album doit paraître prochainement sur Crammed Discs. « Avec une édition hors-série et pour la première fois estivale, le festival se réinventera autour de nouveaux récits, d’une nouvelle temporaliteL

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Woodstower dévoile sa programmation 2021

Festival | Réservez votre fin août, la programmation de Woodstower est tombée : beaucoup de musique (rock, pop, rap, soul, musiques urbaines, électro, découvertes...) et pas mal de stand-up. Revue d'effectifs.

Stéphane Duchêne | Mercredi 19 mai 2021

Woodstower dévoile sa programmation 2021

Après nous avoir annoncé et expliqué la tenue de son édition limitée — en présentiel —, Woodstower vient d'en livrer le plat de résistance, à savoir sa programmation artistique. Laquelle débutera le mardi 24 août avec une soirée résolument pop : où l'on pourra accueillir dans La Grande Prairie prévue à cet effet, les Lyonnais d'Arche, petite troupe psychédélique très en vue au dernier Ninkasi Music Lab, la très cinématographique P.R2B et ce qui se fait de mieux en matière de branchitude frenchy par les temps qui courent : L'impératrice et Feu! Chatterton — dont le dernier album vaut, il faut bien le dire, son pesant de Moderna. Le lendemain, mercredi 25 août, ce sera musiques dites urbaines, bien urbaines, dans la plaine, avec là encore du Ninkasi Musik laborantin, ou plutôt laborantine, Elina Jones qui donne d'ailleurs plutôt dans le funk-soul, mais aussi le phénomène Yseult et deux apôtres du parler-chanter Abd Al Malik et Gaël Faye. Urbanité toujours le 26 aoû

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Étienne Daho : « Eden m'a permis de progresser »

Pop | En plein EDENDAHOTOUR, qui accompagne la réédition d'"Eden", album de la renaissance paru en 1996, Étienne Daho fait étape à Lyon pour un concert aussi unique que spécial avec 50 musiciens de l'ONL. Il évoque pour nous cette double actualité.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 novembre 2019

Étienne Daho : « Eden m'a permis de progresser »

La réédition d'Eden et l'EDENDAHOTOUR ne correspondent à aucun anniversaire discographique. Pourquoi maintenant ? Étienne Daho : C'est un concours de circonstances. J'ai commencé ce travail de réédition il y a quelques années avec Pop Satori pour accompagner un concert anniversaire à l'Olympia – Les Inrocks m'avaient demandé de jouer Pop Satori pour fêter ses vingt ans. C'était une commande, mais finalement j'y ai pris goût car c'est une belle manière, je trouve, de remettre en lumière ce qui sinon aurait péri avec les années et l'obsolescence des supports physiques. J'ai donc réédité quasiment tous mes albums dans le désordre et en fonction du temps que j'avais. Je gardais Eden pour la fin parce que je savais que c'était un sujet un peu épais, qu'il y avait beaucoup de documents à restaurer. Parallèlement, la Philharmonie de Paris m'a commandé un concert particulier qui

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L'Eden, enfin

L'histoire du disque | Il y a 23 ans presque jour pour jour, le 19 novembre 1996, paraîssait Eden. Pour Étienne Daho une manière de complète résurrection, quelque mois après sa (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 novembre 2019

L'Eden, enfin

Il y a 23 ans presque jour pour jour, le 19 novembre 1996, paraîssait Eden. Pour Étienne Daho une manière de complète résurrection, quelque mois après sa Réserection, dont il faut ici poser le contexte. Au sortir de Paris Ailleurs, la Dahomania flambe qui consume le chanteur. Comme souvent, c'est à Londres qu'il part trouver jouvence, s'immergeant dans l'avant-garde locale, pas vraiment raccord, pas encore, avec ce qui se fait de l'autre côté de sa vie, à Paris. Là qu'il croise Saint Etienne, groupe gallois en vogue, dont la vigueur, accouplée à sa soif de nouveauté, accouche du jungle-pop Résérection, mini-album qui préfigure un disque, grandiose, irrigué par la même veine esthétique, mais élargie à la pop orchestrale et à la bossa.

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Daho : d'Etienne en Eden

MUSIQUES | Avec la réédition de son album Eden (1996) et la tournée orchestrale qui l'accompagne, Etienne Daho replonge avec bonheur dans le souvenir de l'album d'une radicale réinvention. L'occasion, avant son concert lyonnais aux côtés de musiciens de l'ONL, de se repencher sur une carrière qui ne fut qu'une suite de renaissances et de nouveaux départs dessinant une dialectique de la pop selon Daho. Rétrospective.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 novembre 2019

Daho : d'Etienne en Eden

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L'artiste au centre et... à l'usine

Biennale d'Art Contemporain | La Biennale a ouvert la semaine dernière, avec pour lieu central les anciennes usines Fagor. Rencontre avec deux des sept commissaires invités, venus du Palais de Tokyo à Paris, qui ont conçu et impulsé cette quinzième édition dédiée au(x) paysage(s).

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 septembre 2019

L'artiste au centre et... à l'usine

La grande nouveauté de cette biennale c'est son lieu central : les anciennes usines Fagor et leurs 29 000 m² de surface ! Comment avez-vous abordé ce lieu gigantesque et industriel ? Yoann Gourmel : Nous avons pris le parti de ne pas transformer les usines en musée (pas de construction de cimaise, des marquages laissés au sol, etc.). Et nous avons profité des différentes atmosphères des hangars : certains sont plus sombres, d'autres monumentaux... Cette exposition est en lien et en dialogue avec les lieux, leur histoire industrielle, leur ancrage dans le quartier et dans la ville. Elle est conçue comme un paysage que le visiteur traverse, découvrant ici ou là des œuvres en friction, en écho ou en dialogue avec ce qui les entoure. Rappelons qu'à l'origine et jusqu'à aujourd'hui, basiquement, un paysage est une découpe dans le réel (nature ou autre) en fonction d'un point de vue humain. Là où les eaux se mêlent serait donc un paysage, et aussi une mise en relation, un entremêlement ? Y.G. : Aujourd'hui, on ne peut plus penser le monde sans penser à une "poétique de la relation" (selon l'idée et le

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Dahoditorium : Etienne Daho joue Eden avec l'ONL le 23 novembre

MUSIQUES | C'est l'histoire classique de l'album culte. Incompris, victime de la désaffection du public, chéri entre tous et malgré tout par son auteur, puis finissant (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 mars 2019

Dahoditorium : Etienne Daho joue Eden avec l'ONL le 23 novembre

C'est l'histoire classique de l'album culte. Incompris, victime de la désaffection du public, chéri entre tous et malgré tout par son auteur, puis finissant par prendre une place considérable dans une discographie pourtant riche. Telle fut la trajectoire d'Eden, publié en 1996 par Etienne Daho au sortir de l'immense succès de Paris ailleurs et d'une énigmatique parenthèse londonienne. Ce disque pop aux sonorités électro autant que bossa, dépourvu de tubes – ce qui expliqua son insuccès –, le chanteur rennais le porte toujours dans sa chair. Preuve en est : à peine sorti de son Blitz Tour, Daho remontera sur scène à l'automne pour une tournée de 20 dates consacré à une délivrance live d'Eden – à laquelle s'ajoutera quelques œuvres de la même époque, comme Jungle Pulse, né de sa collaboration avec le groupe Saint Etienne sur Reserection. Mieux, Etienne Daho livrera à Lyon une prestation inédite et unique le 23 novembre dans l'enceinte de l'Auditorium accompagné par des musiciens de l'Orchestre National de Lyon. Un événement à marquer d'une pierre blanche pour les dahophiles.

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Miossec en tête d'affiche

Changez d'Air | En attendant un dévoilement complet de sa programmation, Changez d'Air vient de lâcher les premiers noms de sa 19e édition. Le festival sis entre (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 29 janvier 2019

Miossec en tête d'affiche

En attendant un dévoilement complet de sa programmation, Changez d'Air vient de lâcher les premiers noms de sa 19e édition. Le festival sis entre St-Genis-lès-Ollières et Craponne accueillera ainsi à l'Escale Miossec le 17 mai en compagnie de Laure Briard. Ainsi que Cléa Vincent la veille. Ces trois artistes venant dévoiler sur scène leurs derniers disques en date. Changez d'Air se déroulera du 15 au 18 mai.

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Tradition Japon au Musée des Confluences

Théâtre | Et si aller au théâtre permettait aussi de feuilleter l'Histoire ? Mieux que le festival Besf Of des Subs qui permet de revoir des créations d'une (...)

Nadja Pobel | Mardi 2 octobre 2018

Tradition Japon au Musée des Confluences

Et si aller au théâtre permettait aussi de feuilleter l'Histoire ? Mieux que le festival Besf Of des Subs qui permet de revoir des créations d'une décennie plus vieilles, le Musée des Confluences, dans le cadre de son exposition Yokainoshima, propose de découvrir le kyôgen, l'un des styles fondateurs du théâtre japonais. Au XIVe, la mimique prend le pas sur les acrobaties héritées de la Chine des Tang (Ier siècle après JC). Avec le nô (drame lyrique avec chant et danse bien souvent), cette forme théâtrale basée sur l'improvisation, le dialogue et le rire à partir de scènes de la vie quotidienne s'impose rapidement ; 400 à 500 pièces ont été transmises et 260 sont encore jouées dans les écoles d'art nippones. C'est ce qu'il sera possible de voir le samedi 6 à 20h avec Tadashi Ogasawara et son fils Hiroaki Ogasawara dans Rira bien qui rira le dernier, Bonsan (Le Voleur de bonsaïs) et Kobu-uri (Le Vendeur de laminaires) en 1h30. Le vendredi à 12h30, ces deux comédiens parleront de cet art spécifique qu'ils déploie

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Étienne Daho aux Nuits de Fourvière : éclair obscur

Pop | La soixantaine passée, Étienne Daho a décidé de passer aussi la seconde sur son album le plus rock à ce jour. Un disque sombre et brillant de mille feux que le chanteur rennais vient faire exploser sur la scène de Fourvière, l'un de ses antres fétiches.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 juin 2018

Étienne Daho aux Nuits de Fourvière : éclair obscur

Après un passage en correctionnelle qui avait failli l'expédier une énième fois dans l'au-delà en 2013, lui qui quelques années plus tôt chantait Le Condamné à Mort de Genet, Étienne Daho avait finalement pu, non sans un léger différé, retrouver la santé et son innocence sur Les Chansons de l'Innocence retrouvée. Un disque d'ailleurs pas si innocent que cela – le titre évoquait William Blake et une plantureuse créature aux seins nus sur la pochette avait failli la faire interdire – tant il marquait un vrai retour en forme et en grâce pour le chanteur après quelques flottements. Pour ainsi dire, on n'avait encore rien vu. L'an dernier avec Blitz, énième album du retour – comme s'il s'agissait pour lui de ne cesser de revenir, y compris quand il n'est pas parti, problème des gens effacés – le Rennais désormais sexagénaire et célébré jusqu'à la Philharmonie de Paris (l'exposition Daho l'aime Pop) annonçait la couleur – on aurait pu écrire la colère – dès le titre, Blitz, donc, et

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10 concerts à ne pas louper en juin

Bons Plans | Début du festival Nuits de Fourvière et gros noms à foison, Thom Yorke en solo au Transbo, saison des festivals lancée : en juin, point d'ennui, les esgourdes ne risquent pas encore de s'ensabler.

La rédaction | Samedi 2 juin 2018

10 concerts à ne pas louper en juin

King Khan & the Shrines + Reverend Beat-Man Soyons clairs, voici probablement réunis deux des performers les plus dingos du paysage musical : un King de la soul à l'excentricité consommée (et bien connue), mêlant le groove de James Brown et la folie de Sun Ra, et un révérend, one-man band helvète souvent évoqué ici, capable de jeter un sort à n'importe quel audience avec son blues de l'enfer. Au Marché Gare le samedi 2 juin Amadeus Sorti en 1984, Amadeus, signé Miloš Forman, conte les élucubrations, parfois fantasmées, d'un certain Wolfgang Amadeus Mozart, précoce génie un brin excentrique. Bercé de louanges, le film est un classique

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Etienne Daho confirmé aux Nuits de Fourvière

Festival | C'est confirmé : Etienne Daho sera de retour en 2018 à Lyon, aux Nuits de Fourvière. Le concert est programmé pour le 11 juin. L'esthète pop sortira son (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 15 novembre 2017

Etienne Daho confirmé aux Nuits de Fourvière

C'est confirmé : Etienne Daho sera de retour en 2018 à Lyon, aux Nuits de Fourvière. Le concert est programmé pour le 11 juin. L'esthète pop sortira son nouvel (et treizième) album, Blitz, le vendredi 17 novembre : on notera l'hommage à Kenneth Anger, la pochette signée du photographe Pari Dukovic, magnifique, s'inspirant clairement de Scorpio Rising. Parallèlement, une exposition est actuellement consacrée au chanteur à la Philharmonie de Paris et deux livres sur lui s'apprêtent à garnir les étals des libraires, dont une biographie du journaliste des Inrockuptibles Christophe Conte.

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Marie Modianesque

Littérature | Comédienne, ayant étudié l'art dramatique à la Royal Académie de Londres, poète, chanteuse et écrivain, on connaît Marie Modiano pour un recueil de poésie, Espérance (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 7 mars 2017

Marie Modianesque

Comédienne, ayant étudié l'art dramatique à la Royal Académie de Londres, poète, chanteuse et écrivain, on connaît Marie Modiano pour un recueil de poésie, Espérance mathématique, pour ses albums dont l'un est la mise en musique du recueil précité, par son compagnon Peter Von Poehl, et pour un étrange roman baptisé Upsilon Scorpii. On la connaît évidemment aussi pour être la fille d'un Prix Nobel de Littérature, Patrick Modiano. Une filiation difficile à passer sous silence. En revanche, on la connaît un peu moins pour une histoire toute personnelle, intime, qui est aussi un petit bout d'Histoire de la littérature et qu'elle raconte dans Lointain son deuxième roman. Une histoire comme on ne les invente pas, insatiablement romanesque : celle de sa rencontre, adolescente, avec un jeune américain en 1994 sur le Pont des Arts. Un type un peu errant, musicien, poète, écrivain, qu'elle ramènera à la maison et dont elle finira par découvrir qu'il est l'auteur d'un gigantesque manuscrit écrit en pattes de mouches sur lequel il est urgent de se penche

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Les Délices de Tokyo

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap, 1h53) avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Délices de Tokyo

Auteure de l’éprouvant Forêt de Nogari (2007) – condensé de cinéma abscons – Naomi Kawase trouve dans Les Délices de Tokyo une manière de rédemption en abordant la thématique de la gastronomie : elle insuffle une sensualité simple et joyeuse à son cosmos – toujours autant focalisé sur la transmission in extremis entre les générations. Car la nourriture a cette irremplaçable vertu d’assouplir les âmes, en plus de réjouir les papilles ou les pupilles ; les précédents Le Festin de Babette de Gabriel Axel (1987) ou Au petit Marguery de Laurent Bénégui (1995) en témoignent. Discipline suivant une liturgie complexe, exercée par des artistes dans l’abnégation d’eux-mêmes, la tradition culinaire est ici montrée comme un ciment culturel intime et poétique. Elle est aussi le révélateur de ce Japon à la mémoire si sélective, toujours prompt à brandir avec fierté l’héritage d’un Empire millénaire, en occultant les aspects gênants de son histoire contemporaine. Les clients se pressent pour dévorer des gâteaux à la pâte de haricot rouge ; ils vont lâchement déserter en apprenant que celle qui les a confectionnés

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Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

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Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

ECRANS | Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, du public et, pour la première année, du Petit Bulletin, puisque notre fine équipe remettra un prix lors de la cérémonie de clôture. On notera tout d’abord le retour de Peter Strickland, qui avait remporté le Grand Prix en 2013 avec Berberian Sound Studio, pour The Duke of Burgundy, exploration hallucinée d’une relation lesbienne et sado-maso. Le film est produit par Ben Wheatley, titulaire du Grand Prix du festival en 2012 pour son magnifique Kill List. Le génial Alex De La Iglesia avait pour sa part été lauréat de la distinction avec son chef-d’œuvre, Balada Triste, en 2011

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Étienne Daho, Pop Idole

MUSIQUES | Derrière des traits à la Dorian Gray, Etienne Daho cache un quasi-sexagénaire qui n'a jamais paru aussi fringant, malgré les coups du destin. Retour sur le parcours, presque sans faute, d'une increvable icône pop, de passage à Lyon pour sa tournée "Diskönoir", depuis peu disponible sur disque. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 2 décembre 2014

Étienne Daho, Pop Idole

Chanteur réputé sans voix ni charisme, Etienne Daho a traversé pas moins de quatre décennies et quelques "condamnations à mort" plus ou moins avérées. Soit dix fois ce dont rêvent aujourd'hui certains apprentis chanteurs en quête de ventes et de gloire. De fait, pour le chanteur rennais, poussé sur scène et sur disque par ses mentors Jacno et Franck Darcel (Marquis de Sade), les choses auraient pu s'arrêter très vite. Avec Mythomane, en 1981. Le coup d'essai est un coup dans l'eau, un four sur lequel le chanteur semble livrer un programme : On s'fait la gueule, pressentiment, peut-être, de rapports compliqués avec un rock français où il fera figure d'OVNI. Pas vraiment rock donc (malgré ses influences), encore moins chanteur de variété, mais icône pop, oui, saisie très tôt par les artistes Pierre et Gilles sur la pochette de La Notte la Notte (1984), dont malgré les tubes Week-end à Rome et Le Grand Sommeil, on peine à définir le style. Sauf que le style, c'est Daho lui-même, et le succès est aussi cinglant que l'échec de Mythomane.   Voyages immobiles   Et puis le trop méconnu Arnold Turboust provoq

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Miossec, le temps recouvré

MUSIQUES | Miossec aime les années en 4. En 1994, il poussa son premier Non, non, non, non à la suite d'une rencontre déterminante avec le guitariste Guillaume Jouan, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 18 novembre 2014

Miossec, le temps recouvré

Miossec aime les années en 4. En 1994, il poussa son premier Non, non, non, non à la suite d'une rencontre déterminante avec le guitariste Guillaume Jouan, qui accouchera un an plus tard de Boire. Miossec a alors 30 ans : il est donc né en 1964, année qui donnera son titre en 2004 à 1964, un album très souvent considéré comme celui d'une consécration pourtant plus à faire – on peut débattre de cela. Et nous voilà en 2014, où le Brestois fête à la fois ses 20 ans ET ses 50 ans. Or, pour lui comme pour nous, c'est un peu comme si tout cela datait d'hier : «La vie, elle a passé / Et on l'a comme pas vécue / Ou peut-être pas assez / Pas comme on l'aurait dû (…) La vie elle a passé / Et on l'a comme pas bien vue / Les années ont filé beaucoup plus vite que prévu» chante-t-il sur On vient à peine de commencer en ouverture d'Ici-bas, ici-même, paru cette année, belle collaboration avec Albin de la Simone. Miossec s'y livre à un bilan qui aurait parfois comme des airs de redite aux accents de fait exprès. Ou, à tout le moins, de miroir r

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Retour vers le futur

MUSIQUES | Sortis de cette nouvelle usine à véhicules musicaux hybrides roulant au mélange yéyé/pop électronique 80's qui a établi succursales à Biarritz (La Femme), Perpignan (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 septembre 2014

Retour vers le futur

Sortis de cette nouvelle usine à véhicules musicaux hybrides roulant au mélange yéyé/pop électronique 80's qui a établi succursales à Biarritz (La Femme), Perpignan (Liminanas) ou Clermont-Ferrand (Mustang), les quatre Rennais de Superets fusionnent Dutronc et Devo, Dick Dale et Jacno. Ils se revendiquent «yéyétroniques» et en quelque sorte, ici tout est dit. Car quand d'autres se contentent de regarder avec nostalgie dans le rétroviseur en une sorte de culte de la Nouvelle Vague (Granville et cie), Superets est le produit d'une rupture du continuum espace temps, comme disait le Doc Brown. Confusion des genres, des époques et des sentiments d'une génération qui s'ébat dans le contradictoire, dont la culture encyclopédique s'est bâtie à coups de mp3 tout en vénérant le 45 tours. Et qui peut-être s'y perd un peu, ne sachant trop s'il faut déplorer ou se régaler p(r)opement, sans doute les deux, de L'Amour

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Saint-Étienne Daho aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | D'un coup, Etienne Daho, qu'on a cru une fois de plus au supplice, a recouvré santé et inspiration, à la faveur de ses "Chansons de l'Innocence retrouvée". Qui valent à l'invincible et imperturbable Rennais de remonter sur la scène de Fourvière avec son meilleur album depuis des lustres. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 15 juillet 2014

Saint-Étienne Daho aux Nuits de Fourvière

«Bien sûr, je connais tes plaies et tes blessures / cyanure, tes souvenirs ont la peau dure / fêlures, à chacun son chemin, chacun ses déchirures mais je les ressens comme toi». Ces quelques vers sont issus de La Peau Dure, l'un des singles extraits du dernier album d'Etienne Daho, Les Chansons de l'Innocence retrouvée. Une chanson qui aurait tout aussi bien pu donner son titre au disque tout entier, tant elle résume l'énième retour et la carrière du Rennais. Car s'il est un constat à faire au sujet d'Etienne Daho, c'est que sa capacité de régénération et, oserait-on dire, de résurrection, confine au divin. Voilà un type que l'on a annoncé maintes fois trépassé ou pas loin, et qui toujours nous revient d'entre les mo(r)ts. Est-ce son côté Dorian Gray de la pop française ? Toujours est-il que Daho n'est jamais aussi vivant que quand on le croît clamsé. En 1995, alors qu'il est en exil artistique à Londres, on l'annonce mort du sida. Il revient en Saint Etienne Daho – en duo avec le groupe britannique Saint Etienne pour un EP baptisé Réséréction

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Bienvenue chez lui

MUSIQUES | Stromae a donc au moins le mérite d'avoir donné aux Guignols l'occasion de modeler le personnage le plus désopilant de leur roster actuel, grand échalas (...)

Benjamin Mialot | Mardi 22 avril 2014

Bienvenue chez lui

Stromae a donc au moins le mérite d'avoir donné aux Guignols l'occasion de modeler le personnage le plus désopilant de leur roster actuel, grand échalas accroché à son synthé comme une moule(-frites) à son rocher et fondamentalement incapable d'écrire un morceau positif. Au-delà du gag, sa marionnette a ceci de troublant qu'elle est si vraisemblable qu'on pourrait la confondre avec l'original : même teint cireux, même gestuelle à la fois raide et désarticulée – comme si le sprinteur Michael Johnson avait pris des cours de danse hip hop – même timbre de marin pas bien droit dans ses bottes en caoutchouc. Ce physique si particulier et la façon dont Stromae en joue, tour à tour imitateur pour MJC de Jacques Brel (guéridon à l'appui), figurant d'un clip cadavérique de Michael Jackson (notamment sur Papaoutai) et bonimenteur en costume d'Arlequin, constitue la première attraction de ses prestations scéniques. Le terme "attraction" n'est pas choisi par hasard : une soirée avec Stromae, c'est une virée dans une fête foraine sur les traces d'un pote extraverti et un peu éméché. Il y

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La vie en morose

MUSIQUES | Champion d'Europe poids lourds des ventes de disques et collectionneur de concerts sold out, Stromae a transformé quelques tubes eurodance en un succès phénoménal. Mieux, le jeune Belge à l'accent Brel réussit le prodige de faire valser l'Europe à mille temps sur ses envies de suicide collectif. Alors on danse ? Oui. Mais pourquoi au juste ? Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 22 avril 2014

La vie en morose

Après des années de dévouement à montrer son zizi à la Terre entière, qu’il pleuve, qu’il vente ou, plus rarement, que le soleil brûle, à se laisser déguiser comme une vulgaire poupée, à exposer la pollakiurie incurable qui lui vaut sa célébrité et remet tant en cause ce concept, il doit l’avoir mauvaise, en 2014, le Manneken-Pis. Lui qui, jusque-là, avait payé ce lourd tribut à sa dignité pour être le fils préféré des Belges, un monument national, s’est fait définitivement détrôner – si l’on peut dire – dévisser de son piédestal comme un vulgaire bronze de Lénine un jour d’indépendance à Vilnius. La faute à un grand machin fringué comme un croisement de Tintin et de sapeur congolais à qui on n'aurait laissé que du XXS, comme un Spirou repeint par Magritte qui aurait poussé trop vite. Ce grand machin, c'est donc Stromae, devenu à ce point porte-drapeau de la Belgique qu’il lui en a presque fait oublier combien de fois elle a été au bord de se couper en deux au niveau du nombril bruxellois. Le voilà maintenant, le Plat pays, à courir comme un seul homme derrière ses Diables rouges qu’on n'a jamais connu aussi inspirés depuis la Coupe du monde 1986 et à danser comme un seu

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Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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La Loi du retour

MUSIQUES | A force de la pratiquer, on le sait, la programmation musicale n’est régie par rien d’autre que les antiques lois de l’éternel retour. Nouvelle année, nouveau printemps, perpétuel recommencement. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 janvier 2014

La Loi du retour

On peut, en cette période d’Epiphanie généralisée et à la manière de Nietzsche dans le Gai Savoir, voir l’«éternel retour du même» comme une malédiction ou une bénédiction. C’est tout l’enjeu de l’expérience humaine. Pour ce qui nous intéresse ici, gageons qu’il faille prendre le mouvement renouvelé des saisons musicales, la succession des «cycles de manifestation», pourrions nous-dire en tordant un concept si cher à l’essayiste Pacôme Thiellement, comme une chance de (re)vivre des instants essentiels. A ceux pour qui rater un concert équivaut à passer à côté de sa vie, quelle belle saison s’ouvre devant vous après un automne de carême : auriez-vous loupé, en vrac, le lutin démiurgique Woodkid (le 21 février à la Halle), les exorcistes de la «Mauvaise Nouvelle» Fauve («Ne crains rien, car je suis avec toi. (…) Je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens de ma droite triomphante

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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Classique chic

ECRANS | Le cinéma de patrimoine, par-delà le festival Lumière, va-t-il devenir le prochain enjeu de l’exploitation lyonnaise ? En attendant d’aller voir de plus près ce qui se passe en la matière, revue des classiques à l’affiche dans les mois à venir et focus sur l’intégrale Desplechin proposée au Cinéma Lumière en septembre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 août 2013

Classique chic

Le succès du festival Lumière aurait-il aiguisé les appétits ? Toujours est-il qu’il semble désormais certain que l’exploitation lyonnaise, saturée de multiplexes et peinant à trouver une solution à ce qu’il faut bien appeler le "blocage Moravioff", qui laisse les CNP dans une situation de précarité extrême, empêchant ainsi une exploitation décente pour l’ensemble du cinéma d’art et essai, regarde de près ce qui se passe sur le terrain du cinéma de patrimoine. UGC Ciné Cité Confluence et le Comoedia ont développé tout l’été une politique de programmation de classiques — parfois incongrus du côté de chez UGC, comme Trois femmes de Robert Altman — et Plein soleil a eu droit à une exposition sur les écrans comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour un film tourné il y a près de soixante ans ! L’Institut Lumière et Thierry Frémaux n’ont jamais caché leur envie de donner un petit frère à leur cinéma Lumière de la rue du Premier film, d’autres circuits s

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Maniaco-agressive

MUSIQUES | Après quelques livraisons faussement apaisées, Shannon Wright revient au Clacson avec la porte dans la main. Et un disque, "In Film Sound", qui confirme les tendances bipolaires de son rock, autant à l'os qu'à fleur d'âme. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 avril 2013

Maniaco-agressive

C'est par un grand coup de pied dans la porte que débute le dernier album de Shannon Wright, In Film Sound. Une porte qui, à l'image de la pochette surgraffée du disque, ressemble à s'y méprendre aux toilettes, noires celles-ci, de feu le CBGB – où il n'était conseillé de se rendre qu'en cas d'extrême urgence combinée à une sérieuse anosmie. Certes, on a connu l'éternelle jeune femme plus apaisée, lorsqu'elle collaborait avec Yann Tiersen, calmait le jeu (sans pour autant calmer le reste) sur Let in the Light et Honeybee Girls, reprenant même Asleep des Smiths avec l'évanescence qui sied à son sujet et à son interprète originel. Mais dans la bouche de Shannon Wright, le miel finit toujours, on ne sait trop pourquoi (le sait-elle elle-même ?), par se transformer en vinaigre. Ce vinaigre avec lequel elle attrape les mouches (et les abeilles) pour mieux leur claquer le beignet d'un riff paralysant, d'une rythmique sourde, d'un cri qui tue. Comme si aussi, le fait de laisser entrer la lumière était une manière de l'emprisonner, de s'emprisonner s

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Aux frontières du Raël

MUSIQUES | Génie de la lampe pop française, Sébastien Tellier s'est mué avec "My God is blue", son dernier album, en gourou bleuté salement illuminé. Pour le meilleur et pour le rire. Alors, abus de Pépitos bleus, crise mystique, foutage de gueule ? Tentative d'explication. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 12 octobre 2012

Aux frontières du Raël

Les chanteurs sont-ils destinés à devenir des gourous ? Par définition oui, puisque les meilleurs d'entre eux sont l'objet d'un culte et culbutent de la groupie/adepte à tour de bras. Mais de vrais gourous, au sens propre du terme ? Aussi. On oublie notamment trop souvent – et sûrement vaut-il mieux l'avoir oublié – qu'avant d'exercer la profession de gourou à succès, Raël fut autrefois, dans les années 60, chanteur sous un autre pseudonyme, Claude Celler, dans un style singeant plutôt grossièrement Jacques Brel.   En dépit de titres aussi forts que Madam' Pipi ou Monsieur votre femme me trompe – où déjà point le crevard de la fesse, cette première carrière n'a malheureusement pas les retombées escomptées et le suicide de son producteur marque la fin de l'expérience. En 1973, Claude Vorilhon, son vrai nom, un temps journaliste sportif, se lance donc, sans doute à la suite d'un bilan de compétence mal branlé, dans une double carrière de «messager» de nos cousins ste

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A cœur ouvert

MUSIQUES | Quatre ans après A l'Aveuglette, Françoiz Breut est de retour avec "La Chirurgie des Sentiments" et un concert à l'Epicerie Moderne. À cette occasion, elle se confie de bon cœur sur ce disque du changement dans la continuité. Et sur le reste : la musique, l'écriture, la vie, Bruxelles... Texte et entretiens: Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

A cœur ouvert

La Chirurgie des sentiments est un titre qui pourrait facilement résumer votre discographie...Françoiz Breut : Sans doute parce que je continue d'y décortiquer le sentiment amoureux. Mais j'y parle aussi de plein d'autres choses (rires). Je travaille un peu par phases : les idées arrivent et d'autres par-dessus, puis elles reviennent. Je construis mes textes et mes albums à partir de cette succession d'idées. Quant à la chanson qui donne son titre à l'album, elle parle du fait qu'on a beau essayer d'être rationnel, le cœur est toujours là qui nous fait faire des choses auxquelles on n'aurait pas forcément pensé. Et c'est très bien, parce qu'au fond, on en a besoin. Le premier titre de l'album, BXL Bleuette, est consacré à Bruxelles, où vous vivez. L'amour des villes, la géographie, le voyage, c'est une autre constante de votre œuvre...C'est vrai : depuis le premier disque, je suis passée par Tarifa, par Portsmouth, par Dunkerque. J'ai aussi parlé des villes en général dan

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Le Blues de la rentrée

MUSIQUES | En cette rentrée musicale, Lyon a, comme tout un chacun, le blues. Sauf qu'en l'espèce, c'est plutôt très bon signe et annonciateur d'un automne riche en fibre musicale. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Le Blues de la rentrée

Inutile de présenter le blues du dimanche soir, c'est une réalité identifiée (quasi) scientifiquement. On sait d'ailleurs depuis cet été – en tout cas, pour ce que ça vaut, un sondage l'a montré – que le blues du dimanche soir commence en réalité le dimanche... matin pour atteindre un pic vers 16h13 – la science est implacable et précise comme une Rolex. Prenons donc ce phénomène et multiplions-le par la racine carrée de la rentrée scolaire, que multiplie la nostalgie d'un été doré, moins les bouchons et les marmots qui braillent à l'arrière du Kangoo, plus l'arrivée imminente de l'automne, et la perspective d'un dimanche après-midi de novembre devant Michel Drucker, et vous obtenez une sorte de super blues du dimanche soir : le blues de la rentrée. Avec ceci de spécifique qu'il peut – cela a été établi par nos soins à l'aide d'une savante approximation – durer jusqu'à Noël. Talk about the blues Car même si l'on s'en tient à un strict point de vue musical, notre rentrée 2012, «elle vient de là, elle vient du blues», comme dit notre poète national. Ça a même commencé très fort le 4 septembre dernier, le jour même de la rentrée scolaire (comment

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Leos et les bas

ECRANS | Six films (dont un court métrage) en 28 ans avec de grandes galères et de longues traversées du désert : la filmographie de Leos Carax est un roman.

Christophe Chabert | Jeudi 28 juin 2012

Leos et les bas

1984 : Boy meets girl Le programme du titre n’est pas trompeur : dès son premier film, Leos Carax s’affirme avant tout comme un metteur en scène plus que comme un raconteur d’histoires, souvent banales chez lui. En noir et blanc, il filme la rencontre entre Alex, ado lunaire, et Mireille (Perrier), comédienne rongée par le mal-être. L’influence de Godard est sensible dans les nombreuses dissonances visuelles et sonores qui forment déjà le style Carax, mais aussi dans la rumination sur le cinéma en déclin, assassiné par la vidéo. 1986 : Mauvais sang Le tournage, compliqué, de ce deuxième film couronné par le prix Louis Delluc, va forger la réputation d’un Carax perfectionniste et irresponsable. Avec le recul, on voit bien quel mur le cinéaste s’apprête à se prendre en pleine face : alors qu’il radicalise encore son esthétique, où chaque plan doit être une œuvre en soi et où le scénario (qui entrecroise histoire d’amour, polar et trame d’espionnage) n’est que le prétexte à cette quête de la sidération, Carax engloutit des fortunes que même certains films «populaires» n’osent pas impliquer. Par ailleurs, Mauvais sang marque sa

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The Thick White Duke

MUSIQUES | Après "Cascadeur" l'an dernier, Rover est sans doute la révélation pop française de cette année. Un ovni romantique et bowie, dandy et bestial qui devrait envoûter par sa seule présence, les spectateurs du festival Changez d'Air. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 avril 2012

The Thick White Duke

Pour évoquer les «géants de la pop», on peut utiliser comme seul critère le gabarit et avoir de très beaux résultats musicaux : que l'on songe à Brian Wilson des Beach Boys (qui n'aurait jamais pu tenir sur un surf), Antony (qui derrière sa voix de vieille blues woman a la taille d'un buffle) et aujourd'hui Win Butler d'Arcade Fire (fameux joueur de basket) ou Sébastien Tellier (le Christ version Pépitos). Bien entendu cela exclut nombre de crevettes comme Brian Jones, Bob Dylan, David Bowie, Neil Hannon mais fort heureusement, l'important, comme le disait si justement un jour Amanda Lear, ce n'est pas la taille, c'est le goût. Alors oui c'est vrai, ce qui frappe en premier chez Rover, Timothée Régnier de son vrai nom, c'est cette masse pareille à celle d'un trou noir sur pattes, combattant lettré ou écrivain romantique de combat qui aurait fait le tour du Monde et en porte le poids sur ses larges épaules voûtées. En ce qui concerne Rover : de la Suisse aux États-Unis, en passant par le Liban, d'où il fut expulsé en 2006 pour atterrir en Bretagne. Le tour du monde des disques aussi : de Bowie aux Beach Boys, de Dylan aux Beatles. Le Big Four. 

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Sébastien Tellier au Transbordeur

MUSIQUES | Son quatrième album, My god is blue, pas encore sorti dans les bacs (mais déjà disponible en digital), Sébastien Tellier annonce déjà une date lyonnaise pour (...)

Christophe Chabert | Vendredi 20 avril 2012

Sébastien Tellier au Transbordeur

Son quatrième album, My god is blue, pas encore sorti dans les bacs (mais déjà disponible en digital), Sébastien Tellier annonce déjà une date lyonnaise pour y porter sa bonne parole musicale. Car l'ami Tellier, après avoir parlé Politics et Sexuality sur ses précédents disques, s'improvise ici gourou futuriste d'un mouvement visiblement adepte de l'électro disco psychédélique... On adore ou on déteste, mais on sera tous au Transbordeur pour l'écouter le mercredi 17 octobre.

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Housse music

MUSIQUES | Jadis groupe concept alliant, on ne sait trop pourquoi, pop et tennis, Housse de Racket a depuis un moment délaissé les passing-shots et livré l'an dernier un album qui mériterait de figurer dans les dix premiers du classement "ATPop". Sortez les Stan Smith, ils débarquent au Kao et ça va danser au filet. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 avril 2012

Housse music

«Le sport c'est des notes et un blouson, c'est autant visuel que sonore», a déclaré, la semaine dernière, Sébastien Tellier dans les Inrocks. Une devise qu'auraient pu faire leur les Housse de Racket à leurs débuts. À ceci près que le duo de Chavile avait considéré qu'en été un blouson, ça tient chaud : mieux vaut un short, un bandeau à visière, des poignets en éponge et (au cas où on aurait envie de faire un tennis), une raquette. Au point qu'on s'était alors demandé si les enfants cachés de Pit & Rick ne s'étaient pas mis en tête de donner une suite à «La Cicrane (dont les ailes étaient en raquettes de tennis, souvenez-vous, lol) et la Froumi». Bref, on a un peu cru à la blague. Savant mélange plutôt efficace – quoi qu'un peu putassier – d'inspiration house (de racket) et de pop à la Phoenix, on goûtait un peu moins les paroles en français un peu pourraves, ce qui n'empêcha guère le petit succès de Forty Love et du single Oh Yeah !, y compris à l'étranger où l'on ne comprenait pas un traître mot de tout ça.

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Le Marchand du Temple

MUSIQUES | Le revoilà notre Vagabond du Grand Nord préféré, Peter Von Poehl, ce Suédois qui comme l'Italo-Anglais Piers Faccini a choisi la France comme pays d'adoption. (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 5 avril 2012

Le Marchand du Temple

Le revoilà notre Vagabond du Grand Nord préféré, Peter Von Poehl, ce Suédois qui comme l'Italo-Anglais Piers Faccini a choisi la France comme pays d'adoption. Le voilà d'ailleurs si attaché à notre beau pays, qu'après avoir épousé la fille d'un écrivain patrimonial, Marie Modiano (fille de Patrick donc), il a choisi de parcourir le «long manteau d'églises qui recouvre la France», si cher à notre Président et à sa plume Henri «Hulk» Guaino. On rigole, mais l'idée est assez belle – contourner le circuit habituel des salles de concert et autres Scènes Musiques Actuelles au profit de chapelles, d'églises et de temples – et conduit Peter Von Poehl à se produire à Lyon dans un endroit plutôt inédit pour tout amateur de pop : le Temple Lanterne, antre protestante de la rue du même nom. À lieu intimiste, prestation intimiste, puisque ce sera l'occasion de découvrir les classiques de ses deux premiers albums Goin

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Mis au sec

MUSIQUES | On a tendance à l'oublier mais il y a plus de 15 ans de cela, avec l'album Boire, le Breton Miossec a quelque peu révolutionné la chanson française en la (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 janvier 2012

Mis au sec

On a tendance à l'oublier mais il y a plus de 15 ans de cela, avec l'album Boire, le Breton Miossec a quelque peu révolutionné la chanson française en la débarrassant de ses oripeaux variétés, en en désossant les codes et en y ajoutant ce qu'il faut de poigne rock. Comme la poupée de Polnareff mais un verre à la main, Miossec à tout répondait Non, non, non, (je ne suis plus saoul). Est-ce parce qu'il trouvait que son œuvre s'était quelque peu mise à ronronner ces dernières années que Miossec a écrit Chansons ordinaires, comme une prise de conscience qui vaudrait thérapie ? Un album dont tous les titres commencent par «chanson» (Chanson pour les Amis, Chanson protestataire, Chanson que personne n'écoute, etc.), un album de chansons donc mais sur lequel Miossec a plaqué le paradoxe d'une production plus rock'n'roll que jamais. Car jusque-là, même dans ses périodes les plus énervées, le Brestois n'avait jamais sonné aussi lourd, tonné aussi fort, façon whisky sec, s'offrant à 47 ans, une période grunge. Un objet étrange qui a le mérite de secouer le cocotier sur le sol breton et qu'il nous tarde de voir transposé sur sc

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Musicophilia

MUSIQUES | Rock, électro, rap — Automne au balcon, printemps au diapason. Trêve des confiseurs et ripailles de Noël digérées, les salles lyonnaises remettent le couvert pour une saison musicale quasiment au niveau de celle que l'on vient de vivre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 20 décembre 2011

Musicophilia

Ici, on n'est pas du genre à dire «on vous l'avait bien dit», mais avouez qu'on vous l'avait bien dit : l'automne a été particulièrement riche en (bon) cholestérol musical. Et au vu de ce qui se profile dans la première moitié de l'année, on n'a pas fini de saucer. Commençons par une fin en beauté excentrique avec la reine Björk de Biophilia aux Nuits de Fourvière. Un événement ! De même pour la venue le 26 mars à l'Epicerie Moderne de l'immense Jonathan Richman. Une Epicerie qui continuera de régaler cette saison avec le néo-rocker Hanni El-Khatib (26/02), un co-plateau international Piers Faccini (anglo-italo-quasi français) et Chad Van Gaalen (Canadien) le 15 mars, ou encore, la veille, ce sombre illuminé de Daniel Darc. Le printemps fleurera d'ailleurs bon le vieux chanteur «françois» révolté avec un Miossec très rock le 7 février au Transbo mais aussi, le 10, Michel Cloup (ex-Diabologum et Expérience) qui présentera son sublime album solo Notre Silence au Clacson. En dépit de ses difficultés actuelles avec le silence justement, la salle d'Oullins ne désarme pas pour autant avec une progra

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Le Condamné à mort

SCENES | Emprisonné à Fresnes, Jean Genet (1910-1986) écrit en 1942 "Le Condamné à mort", long texte poétique et érotique, et première publication de l'écrivain. Il (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 juin 2011

Le Condamné à mort

Emprisonné à Fresnes, Jean Genet (1910-1986) écrit en 1942 "Le Condamné à mort", long texte poétique et érotique, et première publication de l'écrivain. Il s'inspire du personnage de Maurice Pilorge, jeune homme guillotiné en 1939 pour meurtre, autour duquel Jean Genet fantasme, digresse, invente, imagine même une amitié fictive... Ce texte superbe et puissant emprunte autant à Baudelaire ou à Rimbaud qu'aux faits divers du journal "Détective". «Soixante-six strophes de quatre à cinq vers d'un raffinement suprême et d'une extrême crudité, trouant d'insanités de somptueux alexandrins, mariant l'argot des rues à la grande langue classique, mêlant indistinctement le masculin et le féminin, le sacré et le blasphème, le sexe et la prière», résume Albert Dichy. Dans les années 1960, Hélène Martin mit en musique ce texte de Genet, et c'est sa version, avec quelques arrangements supplémentaires, que reprennent Jeanne Moreau et Étienne Daho avec ses musiciens. Le duo créé pour l'occasion (un spectacle entre concert et lecture, et un CD sorti en 2010) peut paraître surprenant, mais fonctionne en réalité à merveille avec le texte de Genet. La voix parlée, rauque et lente de Jean

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Tokyo Mon Amour

MUSIQUES | Carte blanche / Si Paul le Poulpe était toujours de ce monde, on aurait pu soupçonner Arty Farty d’avoir consulté l’oracle avant de boucler sa (...)

Dorotée Aznar | Mardi 24 mai 2011

Tokyo Mon Amour

Carte blanche / Si Paul le Poulpe était toujours de ce monde, on aurait pu soupçonner Arty Farty d’avoir consulté l’oracle avant de boucler sa programmation. Au moment où, fin 2010, Violaine Didier aurait brassé du tarot pour savoir quelle direction donner à la traditionnelle Carte Blanche, Paul aurait levé un tentacule tremblant en pointant l’Est, l’Empire du Soleil Levant. Hélas, personne n’a vu venir le séisme japonais, et c’est donc en se gardant de toute sinistre prémonition que Nuits sonores accueille cette année une délégation d’artistes tragiquement à propos. Tapis rouge et carte blanche, donc, à Tokyo. Et comme on dit souvent «les femmes et les enfants d’abord» en cas de cata, citons pour commencer deux girls bands parmi ces valeureux invités. OOIOO (vendredi 3 juin), quatuor féminin formé par la batteuse des Boredoms, viendra souffler son cyclone noise-pop expérimental à base de chants saccadés et de mélange des langues. Prononcer «oh-oh-aïe-oh-oh» pour la phonétique, prélude à leur monde d’onomatopées en mode hystérique. Tout aussi «femmes s’en mêlent», Nisennenmondai (samedi 4 juin) brouille pêle-mêle les pistes entre post-rock et bandes-son

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La Valse de Yann

MUSIQUES | Sans doute fatigué de ses bretonnades et de ses poulaineries, de lui-même peut-être aussi, Yann Tiersen a un jour fini par mettre le cap sur les États-Unis, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 8 avril 2011

La Valse de Yann

Sans doute fatigué de ses bretonnades et de ses poulaineries, de lui-même peut-être aussi, Yann Tiersen a un jour fini par mettre le cap sur les États-Unis, où il a beaucoup tourné. Puis l'an dernier en est revenu avec un album impressionnant de dépouillement, le splendide "Dust Lane". Peut-être son premier album de rock, poussiéreux et sans concession qui laisse dans la bouche un goût de cendre. Mais surtout de reviens-y. Comme à l'Epicerie Moderne, mardi 19 avril.

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Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h39) avec Marina Hands, Julien Doré, Guillaume Gallienne…

Dorotée Aznar | Jeudi 1 avril 2010

Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…

On aime bien Pascal Thomas, mais il y a des limites. Pour comprendre ce qui coince avec Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour, il faut convoquer Le Grand Appartement, petit chef d’œuvre de comédie vitaliste, bordélique, généreuse, libre et sereinement irresponsable. Un petit chef d’œuvre volontairement naïf aussi, ce qu’aimerait être ce roman photo un peu aberrant dont accouche ici Thomas. Si l’on retrouve des points communs (un même ton, joyeux, bouffon, malin, entier et marginal), c’est d’abord l’opérette (citée dans Le Grand Appartement) que le film veut revisiter - sans parole ni musique, plutôt une question de style et d’état d’esprit. Pas forcément une mauvaise idée, sauf que le casting ne suit pas. Ainsi Marina Hands et Julien Doré jouent aux candides amoureux tels deux ados attardés, l’humeur est pouet pouet comme l’humour, et l’image, cheap, n’a pas peur du mauvais goût puisqu’elle l’assume ; en témoignent les génériques empruntant leur habillage au plus hideux des faire-part de mariage. Décalé tout en se voulant premier degré, le film se cherche sur le terrain de la bluette extatique et satirique alors qu’il se ré

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Tokyo !

ECRANS | Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-Ho MK2 vidéo

Christophe Chabert | Jeudi 4 juin 2009

Tokyo !

Film à sketchs est en général synonyme d’œuvre inégale. D’où surprise à la vision de Tokyo ! : si on peut préférer un segment plutôt qu’un autre, aucun de ces trois moyens-métrages ne démérite à l’arrivée. La commande de départ (demander à des cinéastes étrangers d’imaginer une histoire se déroulant à Tokyo) aurait pu aboutir à un Tokyo je t’aime indigeste. Mais Gondry, Carax et Bong ont pris les choses au sérieux, et non comme une récréation à l’intérieur de leur œuvre. C’est particulièrement vrai avec Merde de Carax, puisqu’il s’agit de son retour au cinéma neuf ans après Pola X. Les tribulations d’un clochard parlant une langue inconnue et projetant de détruire la civilisation japonaise pour des motifs obscurs, sont l’occasion d’une comédie farfelue tournée à l’arrachée et en DV, parfaitement synchrone avec l’esprit de l’époque (nombreuses allusions à l’actualité et incorporations de flashs télé et d’images volées sur Internet). Le film est effectivement furieux, et donne envie d’en voir plus (c’est le projet de Carax : une suite aux États-Unis). À côté, les fantaisies poétiques de Gondry et Bong Joon-Ho peuvent paraître sages : mais entre cette femme qui se transf

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Tokyo Sonata

ECRANS | De {Kiyoshi Kurosawa} (Japon, 1h59) avec Teruyuki Kagawa, Haruka Igawa…

Christophe Chabert | Lundi 23 mars 2009

Tokyo Sonata

Bonne nouvelle : {Kiyoshi Kurosawa} met enfin de côté ses ronflantes et redondantes histoires spectrales pour ausculter frontalement le mal-être japonais, sujet avec lequel il flirtait sans avoir le courage de sauter le pas. Soit une famille nippone modèle, qui se rejoint pour échanger des banalités au moment des repas, tout en dissimulant ce qui pourrait faire varier cette confortable routine. Mais les frustrations et mensonges vont se charger de faire exploser les écrasantes convenances. D’entrée de jeu, le réalisateur introduit un déséquilibre narratif en se concentrant sur la figure du père, directeur administratif viré de son poste au nom de spécieux impératifs économiques. Le calvaire qui s’ensuit nous dévoile une société japonaise rarement vue sur grand écran : engoncée dans ses fantasmes de réussite, prête à tout pour se préserver une contenance, une véritable machine à broyer ses éléments les plus faiblards pour mieux les mettre au ban de la “glorieuse“ vie active. Pour didactique qu’elle soit, la démonstration s’étaie cependant de solides atouts cinématographiques : sous ses dehors attendus, le récit ne cesse de prendre des chemins de traverse, de redessiner avec une cert

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Le Vagabond du Grand Nord

MUSIQUES | Peter Von Poehl, chanteur et musicien suédois, auteur de "May Day", fruit très savoureux d’un incessant vagabondage géographique et artistique entre Suède, Allemagne et France. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Dimanche 22 mars 2009

Le Vagabond du Grand Nord

Le premier album de Peter Von Poehl, Going to where the tea-trees are, devait au départ s’appeler Mummenschanz, ce qui, en allemand, désigne une sorte de "bouffon musicien itinérant". Bouffon, on ne saurait trop dire, mais musicien itinérant, il l’a toujours été. Entre son pays, la Suède, l’Allemagne, patrie de son père, où il a vécu plusieurs années, et Paris qui l’a adopté, le blond Peter, en tournée perpétuelle depuis trois ans, ne tient pas en place : «J’essaie de faire la paix avec cet aspect de ma personnalité" confie, dans un français parfait, celui qui sur le single Parliament chante «I’m still a stranger in this land». «En ce moment, c’est plus compliqué que jamais car je n’ai plus d’appartement. Je sais juste que je suis en France jusqu’en mai et qu’en juin je vais passer quelques temps à Stockholm, où je vais peu car je suis du sud de la Suède.» La Suède, 8 millions d’habitants mais troisième exportateur de musique après les USA et l’Angleterre, Peter l’a quittée très jeune et l’aime à distance, n’y revenant quasiment que pour enregistrer ses disques, règle à laquelle il ne déroge pas : «C’est difficile

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Brestois émois

MUSIQUES | Musique / Au Théâtre de Villefranche, Miossec et Yann Tiersen uniront leurs voix pour un spectacle composé de morceaux inédits écrits à quatre mains. Une première pour ces deux figures emblématiques d’une génération de rockers français. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 janvier 2009

Brestois émois

Ça commence comme une histoire pas drôle : quand un musicien breton rencontre un chanteur breton, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Des chansons. Voilà, ce n’est absolument pas drôle, mais c’est pourtant bien ce qui s’est produit entre Christophe Miossec et Yann Tiersen. Les deux Brestois se sont déjà croisés, partageant des affiches de concert et enregistrant même un morceau sur un album de Tiersen, le dernier, Les Retrouvailles. Ça s’appelait Le Jour de l’ouverture, et il a dû leur laisser un goût d’inachevé dans la bouche : en effet, ils avaient convié un troisième larron, l’incontournable Dominique A., dont la majesté vocale écrasait les timbres fluets de ses deux camarades. Rendez-vous manqué ? Toujours est-il qu’en début de saison, ils annonçaient officiellement leurs noces musicales sur scène, le temps d’une tournée qui est aussi un bon moyen de faire un bilan de leurs carrières respectives. Les noces rebellesCar Miossec, qui avait donné un sacré coup (dans le nez) au rock d’ici avec son album inaugural Boire, a depuis connu des fortunes diverses. Concerts boiteux, disques inégaux (on en retiendra deux : Baiser et surtout le sous-estimé Brûle), ventes alimentaires

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La carte de France

MUSIQUES | Chansons / Après une brève collaboration (en trio avec Dominique A.) sur un titre de l’album Les Retrouvailles, les Bretons Miossec et Yann Tiersen font (...)

Christophe Chabert | Lundi 22 décembre 2008

La carte de France

Chansons / Après une brève collaboration (en trio avec Dominique A.) sur un titre de l’album Les Retrouvailles, les Bretons Miossec et Yann Tiersen font scène et cause commune pour un spectacle qui devrait faire l’événement. La gueule cassée du rock français et le multi-instrumentiste consacré pour avoir habillé musicalement les images d’Amélie Poulain ont donc écrit et composé à quatre mains un répertoire entièrement inédit, puis créé l’affaire sur leurs terres avant de l’envoyer tourner dans toute la France (étape régionale au Théâtre de Villefranche le 4 février). Dans cette scène française qui, à défaut d’être encore nouvelle, s’avère toujours aventureuse, Matthieu Boogaerts est une figure indispensable. Son dernier album, I love you, laisse perplexe, mais son auteur confesse de lui-même qu’après le magnifique Michel, il avait le sentiment d’être arrivé à ses fins, et que la suite ne pouvait qu’être expérimentale et audacieuse. Composé à la batterie, complété par des chœurs masculins très artisanaux, il s’impose au fil des écoutes et donne surtout envie d’être redécouvert en live. Sur scène, Boogaerts est en effet un véritable phénomène, transpirant la musi

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Politique de l’environnement

ECRANS | Suite du feuilleton de la rentrée : comment le décor et l’espace redeviennent, dans le cinéma d’aujourd’hui, des moteurs décisifs de la fiction… CC

Christophe Chabert | Lundi 27 octobre 2008

Politique de l’environnement

Résumé de l’épisode précédent : depuis la sortie des Ruines, petite bande d’horreur pas si petite que ça, tous les films qui impriment durablement la rétine font de l’environnement un personnage essentiel de leur récit. Ces dernières semaines, c’est même devenu évident juste à la lecture des titres : Eden Lake, Tokyo !, Dernier maquis… On mettra de côté Entre les murs qui, s’il se définit par son décor, l’incorpore immédiatement à son dispositif de mise en scène — on est entre quatre murs, on n’en sort pas. Par contre, chez Ameur-Zaimeche, le Dernier Maquis du titre est un espace à la géométrie incertaine, dont les murs (de palettes) sont sans arrêt déplacés, comme les positions politiques des personnages. Les deux autres décors (une mosquée et une rivière) ont aussi une fonction cruciale : passage de la concorde à la discorde et signe qu’un autre monde poétique est possible au-delà de l’aliénation religieuse et ouvrière. Le cinéma est une villeCe n’est pas innocent si ce retour du décor au cinéma se fait au moment où la télé, crispée sur se

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La beauté de l’éphémère

MUSIQUES | Musique / Sébastien Tellier déroute avec son nouvel album «Sexuality». Nanar ou chef-d’œuvre ? Génie ou escroc ? Satire cinglante ou coup commercial ? Réponses de l’artiste, au-delà des oppositions binaires de la critique et du business de la musique… Christophe Chabert & Damien Grimbert.

Christophe Chabert | Jeudi 17 avril 2008

La beauté de l’éphémère

À la première écoute du nouvel album de Sébastien Tellier, Sexuality, on s’est demandé pourquoi l’auteur de L’Incroyable vérité et de Politics, disques très différents mais également attachants, avait commis pareille daube musicale. Surfant sur un retour aux années 80, citant l’incitable Moroder et ses claviers atroces, choisissant comme arrangements des cris de plaisir féminins, alignant les textes grotesques («Je rêve de caresses en été, je vois les filles changer de couleur de peau»), l’affaire ressemble au gag d’un musicien doué pris d’un accès de rage commerciale le poussant à se vautrer dans la vulgarité. Quelques jours plus tard, on remet le disque, et on se surprend à l’écouter jusqu’au bout, avec même un certain plaisir. Coupable ? Honteux ? On cherche, mais on ne comprend toujours pas d’où vient l’envie irrépressible d’aimer cet album-là alors qu’on a détesté, par exemple, celui de Teki Latex qui pourtant visait aussi cette nostalgie pour une époque où le mauvais goût faisait la loi. Jusqu’à ce que Sébastien Tellier nous donne lui-même la réponse… «Mon Starship Troopers»«Paul Verhoeven, c’est un réalisateur que j’adore. Ce que j’aime chez lui, c’est que just

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Déménageur breton

MUSIQUES | Musique / Perpétuellement sur les routes à trimballer ses soucis, Miossec repaie sa tournée avec deux dates lyonnaises. L'occasion de constater que si sur L'Etreinte, son dernier album, la bête bretonne n'a plus son mordant d'antan, elle bouge encore. Stéphane Duchêne

Christophe Chabert | Mercredi 31 janvier 2007

Déménageur breton

La pochette de L'Etreinte, portrait de Miossec façon Dorian Gray chez Bernard Buffet, a le mérite de rendre grâce à la musique sans nuance du Breton : elle dessine par taches successives un artiste éparpillé aux quatre coins de lui-même, qui au fil de ses disques tente de recoller ses propres morceaux en comptant ses abattis. Avec ces questions : qu'adviendra-t-il quand il y sera parvenu ? N'y est-il pas déjà parvenu ? Depuis 12 ans, on prend plaisir à voir souffrir Christophe Miossec, regarder la France d'un œil torve, se faire toujours larguer. Miossec, pionnier de cette nouvelle chanson française qu'il a taillée dans le granit, noyée dans l'alcool et baisée par tous les trous en un mélange de crudité et de cuites affaissées : rimes qui tentent d'entrer par effraction dans des mélodies hussardes, voix vociférant un spoken word brestois sur des rythmiques de gueules de bois. Celles dont on fait la houle qui échoue les épaves. Ça ne lui avait d'ailleurs pas fait de mal à la chanson française de se gerber sur des pompes trop habituées au cirage. De cela on doit être reconnaissant à Miossec. Et aussi lui en vouloir d'avoir décomplexé trop de troubadours du

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