5 soirées à suivre

MUSIQUES | Chaque semaine à Lyon, on dénombre plus de soirées électro que d'occurrences du mot fuck dans une minute du Loup de Wall Street (soit pas moins de neuf). Histoire d'y voir plus clair, voici les habitués de notre rubrique Insomniaque qui affichent les line-ups de rentrée les plus excitants. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

We Are Reality

A l'heure où des scientifiques étudient sérieusement la possibilité que notre réalité ne soit qu'une simulation informatique, le Sucre s'impose avec ce rendez-vous bi-mensuel comme l'endroit où garder les pieds sur terre. Difficile en effet de faire plus concret que la techno promue par We Are Reality, dont le casting a cet automne, entre les retours du maestro Carl Craig (19 octobre, avec le cogneur britannique Boddika) et des figures de proue du Berghain (Ben Klock le 5 octobre, Marcel Dettman le 2 novembre), des airs de who's who. A ne pas manquer également, un détour house par la case Innervisions avec ses fondateurs, Dixon et Âme (plus le paysagiste glaciaire Recondite), le 16 novembre.

 

 

 

Perc

Encore

Entre Haste et Encore, les deux principaux importateurs de musique électronique british de la ville, notre cœur balance. Le second part toutefois avec deux petits avantages cette saison. D'un côté le duo electronica à basse fréquence Mount Kimbie, de retour près d'un an après un étourdissant concert au Sucre pour un DJ set au Club Transbo le 18 octobre. De l'autre Perc Trax, label londonien qui depuis dix ans redonne de la couleur (rouge brique, of course) à la techno industrielle et dont Encore fêtera l'anniversaire au Kao le 28 novembre. Seront présents ses ambassadeurs les plus emblématiques : Perc bien sûr, mais aussi Truss, ainsi que le précoce Happa. Bon, OK, disons deux gros avantages.

 

 

 

Peter Van Hoesen

MOTOR

Son premier anniversaire tout juste fêté (avec, pour rappel, un focus sur le très pointu label new-yorkais L.I.E.S.), PAPA MAMAN reprend le chemin de la Plateforme. D'ici décembre, le plus manif-pour-tous-friendly des organisateurs de soirées (façon de parler hein) y tiendra trois de ses soirées motorisées, dont une avec la complicité de ses confrères du dessus (le 15 novembre, en présence du Londonien Ø [Phase]). Dans ce cas comme dans les deux autres (le 25 octobre pour le Berlinois Peter Von Hoesen et les électrons libres de CLFT, le 20 décembre pour l'Angeleno Developer) se fait jour une même conception de la techno : abstraite, radicale et in fine admirablement hypnotique.

 

 

 

Ellen Allien

L'Amour

S'il n'avait que L'Amour, du nom de sa résidence sur le très chic (et très neuf) bateau Bellona, le collectif Elektro System aurait déjà de quoi pavoiser. La preuve : ses deux prochaines itérations verront se produire la prima donna de la techno berlinoise Ellen Alien (le 4 octobre) et le Brésilien Gui Boratto (le 26 octobre), le plus rêveur des minimalistes techno. Mais Elektro System, c'est aussi les soirées Déstructuré au Kao (qui reprennent cette semaine), des rapprochements avec Art Feast (notamment le 19 octobre, sur le Bellona, avec Louie Vega, précurseur de la house latine au sein de Masters at Work) et, bien sûr, le festival Hypnotik, dont la tenue coïncidera en 2015 avec.... la Saint-Valentin.

 

 

 

 Shackleton

Macadam Mambo Analogique Résidence

S'il ne devait en rester qu'un, ce serait peut-être celui-là : Macadam Mambo, label disco et plus si affinités des plus festifs, qui aligne pour la rentrée un programme d'un rare éclectisme. Sa résidence au Sucre (nonobstant le très amusant Roller Disco, d'ailleurs rythmé le 15 novembre par le pionnier house Derrick Carter) recevra ainsi successivement le duo suédois Skudge (le 17 octobre), dépositaire d'une techno aussi familière que roborative, le Britannique Shackleton (le 14 novembre), véritable dieu vivant de la bass music, Ivan Smagghe (le 16 janvier) et les vétérans écossais d'Optimo (le 20 février). Lou Bega peut garder son Mambo no. 5, cette année nous aurons du Macadam Mambo number one.

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"Mourir peut attendre", un dernier James Bond pour Daniel Craig : mourir et laisser vivre

Espionnage | Sorti de sa retraite pour contrer une pandémie terroriste (et se venger de Blofeld), Bond se découvre de nouveaux ennemis… et des alliés et alliées inattendues. Retardé depuis 18 mois, l’ultime épisode interprété par Daniel Craig clôt par un feu d’artifice inédit son cycle d’aventures dans la peau de l’agent britannique. Défense de spoiler !

Vincent Raymond | Mercredi 6 octobre 2021

Après avoir porté un sérieux coup à l’organisation criminelle Spectre et capturé son chef Ernst Stavro Blofeld, James Bond s’octroie une escapade italienne en compagnie de Madeleine Swann. Leur tête-à-tête romantique va être contrarié par plusieurs fantômes de leurs passés respectifs, les contraignant à une rupture brutale. Cinq ans plus tard, Bond est tiré de sa retraite par son ami Felix Leiter de la CIA, après qu’un savant russe retourné par le MI6 a été enlevé avec une redoutable arme biologique de sa confection… Tourné et finalisé avant la pandémie, retardé à cause d’icelle, Mourir peut attendre traite donc d’une… pandémie. Ou du moins du combat de James Bond contre une puissance terroriste cherchant à déclencher une attaque bactériologique (pour faire simple) à l’échelle planétaire. Un argument réactualisant celui de Au Service Secret de Sa Majesté (1969) de Peter Hunt, lui-même produit au moment de l’épidémie de grippe de Hong Kong. La fatalité a de ces ironies… Seul épisode interprété pa

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Ne jetez plus : donnez avec Solid’aire

ACTUS | Vous les avez peut être aperçu sillonnant les rues du 7e et 3e arrondissements : ces drôles de vélos bleus aux allures de camionnettes du futur ont été acquis par le Foyer Notre Dame des Sans Abri qui lance son dispositif Solid’aire, un service de collecte de dons en triporteur électrique.

Louise Grossen | Jeudi 7 octobre 2021

Ne jetez plus : donnez avec Solid’aire

L’association Notre Dame des Sans Abri qui a pour devise "Accueillir – Héberger – Accompagner – Insérer" poursuit sa lutte contre la précarité en développant un réseau de commerçants se portant volontaires pour être récipendiaires de dépôts de dons de petits volumes : vêtements, livres, jouets, petit électroménager, vaisselle, outils etc… Le but ? Encourager la revalorisation de petits objets et créer de l’emploi. Comment ? Les structures partenaires se voient attribuer des caisses dans lesquelles n’importe qui peut déposer des objets dont il souhaite se séparer. « Les dons sont ensuite collectés en triporteur et redistribués aux personnes accompagnées par l’association, ou remis en vente dans nos Bric à Brac. Ce nouveau dispositif est avant tout un excellent prétexte de support à l’insertion professionnelle des employés de l’atelier » nous explique Vincent Chevallier, coordinateur du dispositif. L’atelier Si l’on connait bien ses actions d’accueil, d’accompagnement ou même son bric à brac, l’atelier vélo du Foyer Notre Dame des Sans Abri reste parfois méconnu des habitants et habitantes.

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Festival Lumière : silence, on ouvre !

Cinéma | Renouveler la cérémonie d’ouverture d’un festival dédié au cinéma de patrimoine tient à la fois de l’oxymore et du mythe de Sisyphe puisqu’il faut (...)

Vincent Raymond | Mercredi 6 octobre 2021

Festival Lumière : silence, on ouvre !

Renouveler la cérémonie d’ouverture d’un festival dédié au cinéma de patrimoine tient à la fois de l’oxymore et du mythe de Sisyphe puisqu’il faut sempiternellement refaire du neuf avec de l’ancien… tout en maintenant les plaisante traditions — notamment, la déclamation solennelle par le chœur des talents présents mâchouillant dans un sabir incompréhensible et désynchronisé le sésame lançant officiellement les festivités : « nous déclarons ouvert Lumière 2021 etc. ». Bien sûr, il faut s’attendre à des hommages à celles et ceux qui ne sont plus, aux devancières et devanciers de Jane Campion ; des surprises sans doute, mais aussi une prometteuse création originale conjuguant hier et aujourd’hui : un ciné-concert autour du Caméraman de Buster Keaton et Edward Sedgwick (1928), accompagné en direct au piano par Vincent Delerm. On peut difficilement trouver plus parfait symbole d’amour, de cinéma et d’amour du cinéma jusque dans la liturgie obstinée de sa fabrication que cette virevoltante comédie sentimentale où le héros, en se positionnant face à l’

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La période du Transfer au Transbordeur

Festival | Faute d'avoir pu correctement reporter son édition du printemps dernier — transbahutée au printemps prochain — le Festival Transfer s'offre un genre d'édition automnale et hors-série, en collaboration avec Cold Fame et sa traditionnelle Messe.

Stéphane Duchêne | Jeudi 23 septembre 2021

La période du Transfer au Transbordeur

À l'origine, le Festival Transfer avait envisagé de reporter son édition de mars 2021, fort prometteuse avec des têtes d'affiches de la trempe de Fontaines DC, Shame ou The Wytches, à cette fin de mois de septembre. Mais un nouveau protocole sanitaire s'en étant mêlé à l'été, les organisateurs, Mediatone en tête, ont préféré rebasculer l'ensemble de la chose à mars prochain, sachant qu'avec ce Covid plus personne n'est à un report, ni à deux ans près, c'est une des choses que cette affaire sanito-culturelle nous aura apprise. Restaient ces dates du 24 et 25 septembre initialement choisies et la possibilité d'organiser quelque chose du côté de l'infrastucture estivale du Transbordeur, cet open air qui sert pour les Summer Sessions dès que le soleil estival se pointe — ou quand il ne se pointe pas, comme cette année. Alors voilà, Transfer organiserait donc une sorte d'édition hors-série, avec une programmation repensée pour l'occasion. Et surtout avec le concours de

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Lyon : festivals à gogo !

Cinéma | À peine sort-on des Hallus, avant de se jeter dans Lumière, voici qu’une nouvelle brassée de festivals jaillit, réclamant de notre part attention(s) et ubiquité. Un vrai problème de riche !

Vincent Raymond | Jeudi 23 septembre 2021

Lyon : festivals à gogo !

À tout seigneur, tout honneur : gros morceau de cette quinzaine, les 37e Reflets du cinéma ibérique et latino-américain (du 22 septembre au 5 octobre) se déploient au Zola comme l’an passé en version automnale afin de compenser l’ajournement du mois de mars — donnant, au passage, l’illusion que nous vivons un mois de mars austral. Dotés d’un imposant programme espagnol où les réalisatrices figurent à l’honneur (Icíar Bollaían pour La Boda de Rosa, Pilar Palomero pour Las Niñas, Paula Cons pour La Isla de las Mentiras etc.), nanti de son lot d’inédits et d’avant-premières (la sensation cannoise venue d’Haïti Freda de Gessica Geneus, Sentimental de Cesc Gay…), d’une compétition “premiers films”, de ses savoureux “minutos picantes“ agrémentant les avant-séances et des résonances dans les cinémas de l’agglomération, ces Reflets ne sont en rien l’ombre d’eux-mêmes ! Mais aussi… Engagée depuis le 17 septembre dernier, l’édition

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Fréquentation des salles à Lyon : chronique d’un été

Cinéma | Bousculées durant l’été par de nouvelles mesures sanitaires, les salles de cinéma se sont adaptées et ont fait mieux que résister dans un contexte difficile. Au bilan, une fréquentation en hausse, des gagnants et un moral retrouvé notamment à Lyon et Grenoble.

Vincent Raymond | Vendredi 20 août 2021

Fréquentation des salles à Lyon : chronique d’un été

Revenus du diable Vauvert et de sept mois (!) de fermeture, malgré l’arsenal de mesures déployées pour préserver la sécurité de ses clients-spectateurs, et surtout l’absence de foyer de contamination avéré constaté sur leurs sites, les exploitants cinématographiques ont vécu un ascenseur émotionnel depuis leur réouverture progressive le 19 mai dernier. Soumises à des jauges variables, au couvre-feu en vigueur dans leur territoire respectif jusqu’au 20 juin, à l’inexistence d’entente et de régulation entre distributeurs (et surtout, d’arbitrage par les tutelles) quant aux sorties, les salles ont ensuite vu avec effroi resurgir la concurrence de l’été — cette envie de sortir qui supplante celle de retrouver le grand écran. Et, pis que tout, la résurgence de la pandémie assortie du variant Delta avec un cortège de nouvelles restrictions. Au programme, un énième abaissement des jauges à 50 personnes et l’instauration du passe sanitaire (ou la présentation d'un test négatif de moins de 72h) pour la clientèle âgée de plus de 18 ans à compter du mercredi 21 juillet. « On est passé sous de nouvelles fourches caudines, soupire Bernard Wolmer

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"Baby Boss 2 : une affaire de famille" de Tom McGrath : à l'école du pire

Animation | Plusieurs années après leurs précédentes aventures, Tim et Ted Templeton sont devenus adultes et se sont (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 août 2021

Plusieurs années après leurs précédentes aventures, Tim et Ted Templeton sont devenus adultes et se sont éloignés l’un de l’autre. Ted est très riche, Tim a fondé une famille et s’occupe de ses deux filles. Ce qu’il ignore, c’est que sa benjamine est une nouvelle Baby Boss et qu’elle va retransformer Tim et Ted en enfants pour 48h afin d’infiltrer l'école du mystérieux Dr Armstrong… Face à cette Affaire de famille… on ne peut nier l’évident lien de parenté entre les bébés agents secrets investissant l’école du professeur fou Armstrong et la troupe de pingouins déglingués de Madagascar : ils sortent du même esprit fantasque et féru d’absurdité, celui de Tom McGrath. Mais poussons un peu. Racontant une histoire d’adultes ayant oublié le monde merveilleux de le

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“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Comédie | À la fois prologue et poursuite de la série télévisée, film d’épée et de fantasy, épopée dramatique teintée de notes burlesques et d’éclats symphoniques, Kaamelott – Premier Volet marque le retour attendu de l’inclassable saga arthurienne comme celui du réalisateur Alexandre Astier. Une concrétisation artistique ouvrant sur une prometteuse trilogie.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Deux tailles, deux ambiances… La porosité est faible entre le petit et le grand écran. S’il arrive qu’un succès au cinéma trouve des prolongations en feuilletonnant à la télévision en version longue des sagas (Le Parrain, Jean de Florette/Manon des Sources) ou en donnant naissance à une déclinaison/spin off (M*A*S*H, Fame, L’Arme Fatale, Star Wars : Clone Wars, The Mandalorian…), plus rares sont les séries TV à atteindre les salles. Et encore : sous forme de reboot semi-nostagique, comme en témoignent Chapeau melon et bottes de cuir (1998), The Wild Wild West (1999), Starsky et Hutch (2004) ou The Man from U.N.C.L.E. (2015). Rares exceptions à ce jour, Espace détente (long métrage autour de Caméra café, 2005), Sex and the City (2008) ou Downtown Abbey (2019) ont poursuivi dans la foulée de leur diffusion — et avec leur distribution originale — des aventures conçues pour la récurrence télévisuelle. Mais elles ressemblaient surtout à des épisodes de luxe. Jusqu’à Kaamelott - Premier Volet, excep

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Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Kaamelott | Alors que sort le mercredi 21 juillet le film plus attendu de l’année, Alexandre Astier revient sur la genèse et le tournage de "Kaamelott - Premier Volet". Écriture, personnages, musique, image, distribution… L’auteur-réalisateur-compositeur-interprète aborde tous les postes et ouvre des perspectives. Attention, spoilers ! Vous viendrez pas nous dire qu’on vous aura pas prévenus !

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Dix ans se sont écoulés entre la fin du Livre VI de la série télévisée et Kaamelott - Premier Volet. La même durée dans la fiction pour les personnages (donc l’équipe) que pour le public… Néanmoins, vous avez vécu à la fois avec et sans Arthur durant tout ce temps puisqu’il a été celui de la préparation du film… Alexandre Astier : Il y a déjà un avantage à cet arrêt : la série se termine sur un mec lui-même à l’arrêt, plus du tout concerné par ce qui se passe dans une Bretagne sur laquelle il n’a plus aucun impact, et qui erre à Rome comme un clochard. Le royaume de Logres, aux prises avec ses anciens camarades, est devenu un état dictatorial mené par un taré, dans un bain de collaboration et de résistance. Du point de vue d’Arthur, comme ça ne le concerne plus, ça aurait pu durer vingt ou trente ans. Dire « je pars ; non, je déconne, en fait je reviens », ça ne peut pas marcher ! Il faut justement que celui qui ne voudrait pas revenir soit obligé de revenir sur une seule patte. L’autre avantage concerne l’écriture. À part quelques grands traits, je ne pouvais pas s

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“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Drame | Entre introspection et rétrospection, Jean-Pierre Améris s'approprie le roman autobiographique de Sorj Chalandon racontant une enfance face à un père mythomane. Une œuvre grave, complexe et cathartique, dominée par un Benoît Poelvoorde bipolaire tantôt exalté, tantôt féroce.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Lyon, 1961. Émile a un père formidable : parachutiste pendant la guerre, membre d’une armée secrète opposée à de Gaulle, fondateur des Compagnons de la Chanson… Las ! Rien n’est vrai et la mythomanie paranoïaque de cet homme tyrannique contamine dangereusement Émile… Il faut parfois aller au plus près de soi-même pour toucher à l’universel et au cœur des autres. Jean-Pierre Améris en avait fait l’expérience avec son film sans doute le plus intime à ce jour, Les Émotifs anonymes (devenu comédie musicale outre-Manche) qui évoquait avec une délicatesse à la fois désopilante et touchante l’enfer de sur-timidité. Étonnamment, effectuer un détour peut également permettre d’accéder à des zones plus profondes de son âme. C’est le cas ici où la transposition du roman homonyme de Sorj Chalandon dont l’essence autobiographique fait écho à l’enfance du cinéaste. La proximité générationnelle et le cadre lyonnais commun ont sans doute contribué à rapprocher les deux histoires pour aboutir à cet hybride semi-fictif : un film épousant le point de vue d’un fils et tenant au

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Mohamed Chihi : « reconnaître le champ de la nuit comme un espace de sociabilisation »

Politique | L'adjoint à la sécurité de la Ville de Lyon, Mohamed Chihi, confronté à différentes problématiques et polémiques — rodéos urbains, délinquance, ateliers théâtre pour la police — s'exprime : où l'on parle de la nuit, et de sa perception parfois très réductrice.

Sébastien Broquet | Mercredi 30 juin 2021

Mohamed Chihi : « reconnaître le champ de la nuit comme un espace de sociabilisation »

Chez les politiques, la nuit est le plus souvent réduite aux nuisances, au bruit, aux incivilités. Jamais — ou rarement — à l'économie, à la culture, au lien social, aux relations humaines, voire à la joie de vivre. Pourquoi résumer la nuit et les décisions que les politiques doivent prendre par rapport à elle à ce problème d'insécurité ? Mohamed Chihi : il faut avoir une lecture qui soit la plus large possible sur ce qui amène à tenir un discours public aussi négatif sur la nuit. C'est d'abord culturel : je vais être un peu provocateur, mais les productifs, les personnes qui comptent, qui travaillent de jour, se lèvent tôt — « la France qui se lève tôt », rappelez-vous M. Raffarin — ça s'appuyait sur un imaginaire qui était et qui est toujours celui de l'honnête citoyen et citoyenne qui fait les efforts et qui mérite après les avoir fait, de se reposer. Par conséquent, il y a une volonté de sacraliser ce temps-là. Un imaginaire qui nous amène à penser la nuit comme un espace de repos. C'est le début de notre histoire. La question qui se pose maintenant, c'est de savoir comment au travers de l'évolution de notre société

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Jean-Pierre Améris et Anne Fontaine présentent leurs nouveaux films au Pathé Bellecour

Avant-Premières | Un retour aux sources double, triple, quadruple même pour la première avant-première proposée par le Pathé Bellecour le vendredi 18 juin à 19h45, Profession (...)

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

Jean-Pierre Améris et Anne Fontaine présentent leurs nouveaux films au Pathé Bellecour

Un retour aux sources double, triple, quadruple même pour la première avant-première proposée par le Pathé Bellecour le vendredi 18 juin à 19h45, Profession du père : il s’agit en effet de l’adaptation d’un roman de Sorj Chalandon inspiré de son enfance à Lyon, tournée principalement à Lyon par le Lyonnais Jean-Pierre Améris (présent lors de la séance) et co-produit par Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma. Suivra le mardi 22 à 20h25 Présidents de Anne Fontaine en sa présence, ainsi que celle de ses comédienne Doria Tillier et Pascale Arbillot (sous réserve) — l’équipe sera également présente le même soir à l’UGC Confluence à 19h30 et au Comœdia à 21h. Ah, et il se murmure qu’une autre équipe serait en voie de confirmer sa venue la même semaine. Restez branchés !

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Exib, un nouvel espace d’art hybride

Art Contemporain | Une nouvelle galerie d'art, Exib, s'installe dans le 7e arrondissement.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 26 mai 2021

Exib, un nouvel espace d’art hybride

Dans le quartier de la Guillotière, à deux pas de la galerie La Rage (une galerie d’art brut), un nouvel espace d’exposition est né : Exib. Rien de trop ici : des cimaises sur deux niveaux assez étroits, quelques tables dans un espace séparé et une mini terrasse dans une cour intérieure. Fondé et géré par Fabien Rambert, Exib se veut tout à la fois un lieu d’exposition, de restauration, d’ateliers et d’événements divers… Les artistes Mara Tchouhadjian, Alfredo Piola et Monsieur Caramel (artiste et pâtissier !) inaugurent les lieux avec des œuvres médiums hétérogènes (sculptures, peintures, photographies…) déclinant le motif du lien et du nœud. Bonhommes faits de nœuds, lignes dessinées ou en fil de laiton entrelacées… Un fil à suivre, en trois brins, dans cet endroit fort sympathique. Mara Tchouhadjian, Alfredo Piola, Monsieur Caramel, En boucles À Exib (5 rue d

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Festivals de cinéma : reports pour les Reflets et Les Intergalactiques

Cinéma | Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain comme Les Intergalactiques, échaudés, ont d'ores et déjà ciblé le mois de septembre pour leur édition 2021.

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2021

Festivals de cinéma : reports pour les Reflets et Les Intergalactiques

Le 7 février, le symbolique cap des 100 jours de fermeture consécutifs pour les salles de spectacles et de cinéma a été franchi. Prudence étant mère de sûreté, les festivals prennent les devants et commencent à annoncer des décalages, des reports ou des aménagements. Il faut dire que l’exemple vient d’en haut : la Berlinale se déroulera du 1er au 5 mars en ligne et Cannes (qui avait tant tergiversé l’an dernier) s’est positionné du 6 au 17 juillet sur la Croisette. Bien malchanceux en 2020 (le premier confinement les avait frappés de plein fouet, même s’ils avaient pu proposer une version allégée après l’été), Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain ont ainsi choisi de renoncer au mois de mars, ciblant la quinzaine entre le 22 septembre et le 6 octobre, pour une mise à l’honneur « de l’Espagne, du Portugal, du Mexique ». Du côté des Intergalactiques, on la joue aussi rebelote : le 9e édition ne pouvant se tenir en avril 2020 avait é

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La Taille de mon Âme : la forme et le fonds, à la bonne place

Galerie d'Art | La petite dernière des galeries d’art lyonnaises fait souffler un vent généreux à la Croix-Rousse. Familier des amateurs de rock, son nom renvoie à un album de Daniel Darc, témoin privilégié de l’histoire intime de ses propriétaires, Dominique et Guillaume Ducongé.

Vincent Raymond | Jeudi 14 janvier 2021

La Taille de mon Âme : la forme et le fonds, à la bonne place

Là-haut, sur le Plateau… À l’écart de la place de la Croix-Rousse et de ses allures de Bellecour miniature ; à distance de celle des Tapis au relooking urbanistico-composito-patatoïdesque, la place Bertone déroule discrètement sa petite partition, s’affirmant comme l’un des pôles d’attraction tranquilles de ce nouveau 4e arrondissement, jadis village, désormais multitude de quartiers-hameaux. Plantée de bancs et de platanes, cernée par un café-théâtre, un caviste, un restau — enfin, en période normale —, elle a, il est vrai, tout pour plaire. Tout ? Davantage depuis début décembre, avec l’ouverture d’une galerie d’art : La Taille de Mon Âme. « Là, c’est un peu le foutoir… » Guillaume Ducongé s’excuse presque de ne pas avoir encore accroché ces deux ou trois œuvres qui, à demi-recouvertes de papier de soie dévoilent dans une suggestivité botticellienne leur intimité artistique le long du mur. Elles se substitueront à celles qui — déjà — ont été vendues. Ce n’est pas que le désordre règne, lo

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Pour James Loup, un clip sous perfusion Tarantino avec Zéa Duprez

Rap | Un format scope adapté à la profondeur des paysages, ne perdant pas un atome de la magic light cuivrant les images d’un road movie discontinu entre (...)

Vincent Raymond | Mercredi 18 novembre 2020

Pour James Loup, un clip sous perfusion Tarantino avec Zéa Duprez

Un format scope adapté à la profondeur des paysages, ne perdant pas un atome de la magic light cuivrant les images d’un road movie discontinu entre polar et hantise fantastique… Bienvenue dans Le Type dans le reflet, nouveau clip de James Loup, sorti le 18 octobre dernier sur YouTube. Tournée dans la région Auvergne-Rhône-Alpes par le chanteur, par ailleurs coréalisateur et interprète aux côtés de la jeune comédienne Zéa Duprez (découverte et appréciée dans Les Météorites) cette cavale en Cadillac portée par une boucle hypnotique n’est pas sans évoquer certains aspects visuels du clip Like a Prayer de Madonna, que Poe et Tarantino auraient revu et corrigé. Un voyage prenant, idéal pour patienter jusque’à la sortie prochaine d’un EP, LUI.

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La Salle Rameau, revue et corrigée

Lyon | Le projet de nouvelle Salle Rameau a pris du retard, pour cause de crise sanitaire, mais son futur était aussi une question au vu des changements à la tête de la Ville : on fait le point.

Sébastien Broquet | Lundi 19 octobre 2020

La Salle Rameau, revue et corrigée

Dans la foulée de l'abandon des Ateliers de la Danse au Musée Guimet, ça aurait pu être l'un des dossiers chauds de la rentrée dans le monde culturel : le devenir de la Salle Rameau, projet désormais porté par le promoteur immobilier La Compagnie de Phalsbourg et pour la partie contenu par Scintillo, la société de Steven Hearn. On sait qu'alors maire du 1er arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert n'avait pas été tendre avec ce choix opéré par l'ancien exécutif. Certaines sources disant même que l'attitude du jury réuni en octobre 2018 avait été plutôt clémente pour ce dossier qui provisionnait une somme conséquente pour les travaux, beaucoup moins avec celui porté par le promoteur Carré d'Or et l'agence Urban Project de Damien Beaufils (le troisième projet, emmené par Les Chevaliers du Fiel, partait de bien

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Amel Lacombe : « notre métier, c’est de sortir les films en salles »

Eurozoom | Elle fait beaucoup pour la japanimation en France, mais aussi beaucoup ces derniers mois pour rappeler aux spectateurs qu'il y a de bons films dans les salles. La distributrice Amel Lacombe n'y est pas étrangère : sa société Eurozoom a sorti, avant "Lupin III", quelques perles cette année.

Vincent Raymond | Mercredi 7 octobre 2020

Amel Lacombe : « notre métier, c’est de sortir les films en salles »

Vous sortez Lupin III sur 300 copies. Parce que c’est une figure iconique ou bien parce qu’il s’agit du premier anime où la 3D est enfin à la hauteur de ses ambitions ? Amel Lacombe : Eurozoom existe depuis vingt ans, et travaille sur l’animation japonaise depuis toujours. Nous avons fait découvrir en France de grands réalisateurs comme Mamoru Hosoda. Accompagner des films cultes et sur des personnages iconiques de la culture japonaise s’inscrit dans notre ADN, comme par exemple Akira que nous avons sorti cet été en 4K. Lupin III est un film d’une grande qualité, ce qui nous intéressait c’était à la fois de faire plaisir aux fans du personnage, aux fans d’animation mais aussi de faire venir en salles les familles, les enfants. C’est aussi ça notre travail, de ne pas laisser l’animation japonaise dans une case mais d’élargir son public, les choses ont évolué depuis vingt ans, il y a une démocratisation de la culture japonaise, nous l’avons constaté avec par exemple Your Name

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Les Dames de la Cantine ont toujours du rab

Food | Reconversion, réflexion, cuisson et le tout avec raison : Guillaume Wohlbang et Juliette Plailly fondent le traiteur d'aujourd'hui, zéro déchet et circuit court, avec les Dames de la Cantine. Jusqu'au 25 octobre à Peinture Fraîche.

Adrien Simon | Jeudi 8 octobre 2020

Les Dames de la Cantine ont toujours du rab

Le changement c’était maintenant : d’aucuns en cuisine n’ont pas attendu la promesse d’un monde d’après pour effectuer leur mue. Il y a bien sûr cette lame de fond bio-healthy-locale, mais pas que ! Nouveaux chevaux de bataille : l’anti-gaspi et le zéro déchet. Un questionnement qui touche notamment la livraison de repas, les gros du secteur ayant été enjoints par le ministère de l’Écologie à se pencher sur ses détritus. Mais aussi la haute-gastronomie : ainsi l’exemple de Mauro Colagreco qui a engagé son resto triple étoilé de la Côte sur la voie du plastic free. La vue de plages souillées au Mexique l’aurait sensibilisé sur cette question. Entre les industriels et les étoilés, il y a de petites structures qui prennent le sujet à bras le corps. Tenez, par exemple, Les Dames de la Cantine (dont Le Petit Bulletin est actionnaire minoritaire), en charge de la restauration durant les trois semaines du festival Peinture Fraîche. Les Dames en question sont en quelque sorte un produit de la précédente édition du festival : déjà sollicitées pour susten

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Entre les murs : "Relic" de Natalie Erika James

Horreur | Une petite merveille pour amateurs de cinéma de genre, ici largement conjugué au féminin : c'est rare.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Entre les murs :

Leur mère et grand-mère respective Edna ayant disparu, Kay et Sam se rendent dans la demeure familiale. Peu après le retour de l’aïeule, d’étranges phénomènes se produisent, comme si une présence invisible et menaçante s’était insinuée dans la maison. Ou le trio féminin… Le propre (et la qualité) de ce film est l’absence d’explication rationnelle dans son dénouement : plus on avance dans ce quasi huis clos, plus abstrait et métaphorique devient le récit où les héroïnes semblent frappées par une damnation familiale. Un mal diffus, lié à l’âge, à l’hérédité ; à un trauma vaguement effacé et qui s’incarne pour ressurgir dans la maison ancestrale (quelque part entre Amityville et l’excellent épisode des Mystères de l’Ouest, La Nuit de la maison hantée). Natalie Erika James crée une atmosphère malaisante polysémique, évoquant autant la déréliction, la sénilité que l’accompagnement dans la mort. Ajoutons, tant qu’il y aura encore besoin de le signaler, l’exception que constitue ce film très majoritairement féminin devant et derrière la caméra. Une rareté notable, surtout dans le c

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Une autre femme : "Billie" de James Erskine

Documentaire | Un docu double sur Billie Holiday mais aussi sa biographe Linda Lipnack Kuehl, par James Erskine.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Une autre femme :

Journaliste à ses heures, Linda Lipnack Kuehl réunit 200 heures de témoignages sur Billie Holiday avant de mourir brusquement. Un demi-siècle plus tard, James Erskine exhume les cassettes et entreprend de raconter une double histoire : celle de la jazz-woman et celle de sa biographe. Sauf que… Courir deux lièvres aussi importants lui fait manquer ses deux buts. La partie sur Billie n’apprend rien, se contentant d’enchaîner des archives sans unité de traitement (images brutes ou colorisées à la truelle) et de reprendre des assertions sans les étayer : dire que Lady Day a révolutionné la musique, d’accord, mais une petite analyse expliquant en quoi eût été utile. Quant à “l’enquête“ sur Linda Lipnack Kuehl, elle est sacrifiée et frustrante. Car on ne sait pas pourquoi elle a été “suicidée“. En fait — et c’est toute l’ambiguïté de ce documentaire — le vrai sujet était la biographie de cette biographe, et son transfert à travers Billie que l’on devine. Erskine a joué la facilité en traitant Billie et non son ombre fantomatique. Dommage. Billie

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Au Zola, des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain diffractés

Villeurbanne | Et puis, tout d’un coup, la quinzaine des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain annulée à la veille de son lancement en mars, renaît en septembre. (...)

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Au Zola, des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain diffractés

Et puis, tout d’un coup, la quinzaine des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain annulée à la veille de son lancement en mars, renaît en septembre. Certes, dans une forme allégée pour respecter les nouvelles règles en vigueur, sans la foultitude d’animation et de rencontres qui font son piquant (même s’il y en a quelques-unes), mais avec quantité de films inédits, en avant-première ou récemment sortis, ainsi qu’une compétitions. On vous recommande le focus brésilien (La Vie invisible d’Euridice Gusmão, Aquarius, Bacurau, Les Bruits de Recife…), le très douloureux Canción sin Nombre, l’étonnant portrait Mamacita… et de vous laisser porter pendant deux semaines pour en voir le maximum. Il y a bien des étés indiens ; pourquoi pas un été ibérique et latino-américain ? Ce sera du 16 au 30 septembre au Zola à Villeurbanne.

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Pas sages à l’acte : "Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" d'Emmanuel Mouret

Drame | ★★★★☆ Un film de Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Pas sages à l’acte :

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces référenc

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Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

Kaamelott Livre IV | Après une longue interruption (et avant la sortie du premier long-métrage issu de la saga), Alexandre Astier reprend la publication du texte intégral de la série "Kaamelott". La parution du "Livre IV" (aux éditions Télémaque), point d’inflexion dramatique et formel de son épopée arthurienne, est l’occasion d’une conversation édifiante avec l’auteur-interprète sur, notamment, son approche de l’écriture — du cambouis de la structure à la haute couture brodée main pour les acteurs —, mais aussi de battre en brèche certaines légendes. Trois cors, c’est parti…

Vincent Raymond | Jeudi 16 juillet 2020

Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

L’édition d’un scénario reste une sorte de paradoxe dans la mesure où il s’agit d’un “texte en bleu de travail“, un objet théoriquement invisible car il est en permanence contredit ou confirmé par le tournage. S’agit-il alors d’un témoin, d’un ouvrage de référence permettant des études comparées avec ce qui a été filmé, d’un outil pour d’autres comédiens ? Alexandre Astier : C’est difficile à dire. On pourrait même partir du principe qu’il ne devrait pas exister. Sur les gros films, les scénarii sont confidentiels, watermarkés, tout le monde y fait attention. Ceux des séries, c’est autre chose : tu en retrouves par terre à la cantine ; c’est un tel flux d’apports nouveaux que tu en balayes ! À l’époque de Kaamelott la série, on vivait très clairement dans le papier. Et la vie du scénario, c’est de mourir le soir : poubelle. D’autant que c’est un document technique ne concernant que ceux qui savent s’en servir, comme un blueprint, un plan de démont

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Festival du Péristyle : festival souterrain, musiques à tous les étages

Opéra de Lyon | Pour sa dernière danse estivale, et au vu des conditions sanitaires, le directeur de l'Amphi et du Péristyle de l'Opéra a concoté une formule pour le moins originale du traditionnel Festival du Péristyle pour lequel l'Opéra Underground n'aura sans doute jamais aussi bien porté son nom.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 juillet 2020

Festival du Péristyle : festival souterrain, musiques à tous les étages

En matière d'événements culturels on aura vu naître, dans les germes de la Covid-19 et de la distanciation sociale, toute une gamme de festival virtuels, limités, diminués et même de non festivals, comme autant de manière d'enfourcher le tigre de l'imagination et du système D. Le Festival du Péristyle, dont la vocation a été jusqu'ici de nous faire voyager en musiques tout autour du monde au pied de l'Opéra de Lyon, n'échappe pas au phénomène. Et nous offre, lui, une édition "souterraine" pour rompre le silence comme en loucedé. Où l'on nous promet un monde "mi-physique, mi-virtuel". Soit sans scène extérieure mais avec des musiciens jouant malgré tout en live pile sous nos pieds. L'idée : des concerts, donc, donnés dans l'amphithéâtre qui accueille la majorité des concerts de l'Opéra Underground l'année durant. Sauf que ces concerts se joueront sans public. Ou presque. Car ledit public sera un étage au-dessus et en plein air, sur le Péristyle, là-même où seront diffusés ces concerts en son, en images et en livestream sur des plateformes num

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Allemagne année 2 : "Lands of Murders" de Christian Alvart

Thriller | Allemagne de l’Est, 1992. Deux policiers sont envoyés dans une petite bourgade pour enquêter sur la disparition de deux adolescentes. Le contexte de la chute du Mur, l’hostilité ambiante, la découverte de trafics connexes et leurs méthodes divergentes rendent leur mission très difficile…

Vincent Raymond | Mercredi 22 juillet 2020

Allemagne année 2 :

Outre un goût du lucre et de la facilité conjugué à un manque d’esprit d’initiative, on se demande souvent ce qui motive, chez un producteur, la mise en œuvre d’un remake. En général, la nouvelle version se contente de toiletter l’original (ou de la “rebooter“) en l’accommodant au parfum du moment ; plus rares sont les propositions singulièrement alternatives, ou les variations pertinentes — on se souvient (ou pas, si l’on peut) de l’inutile Fonzy, décalque sans intérêt du Québécois Starbuck. Lands of Murders est heureusement pour lui et nous d’une autre étoffe. Transposition du polar d’Alberto Rodríguez Las Isla Minima, le film de Christian Alvart démontre par l’exemple l’universalité de la trame (qui possédait des accents de tragédie antique) dans la mesure où elle constitue un bon vieux McGuffin. L’enjeu est moins d’élucider des crimes que de mettre au jour les divergences entre les personnages, de sortir des placards les squelettes du passé voilés d'un deuil au nom d’une rapide réunification/r

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Elle fut la première : "Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché"

Documentaire | Première femme-réalisatrice de l’histoire du cinéma, Alice Guy-Blaché a joué un rôle essentiel dans le devenir cet art naissant : un documentaire édifiant, malgré une forme un peu galvaudée. (Un article signé Anna Soloviova)

Vincent Raymond | Jeudi 25 juin 2020

Elle fut la première :

Née en 1873, Alice Guy-Blaché commence à travailler comme sténographe avec Léon Gaumont, l’un des producteurs de l’aube du cinéma. Elle est l'autrice de la première fiction cinématographique, La Fée aux choux (1896), avant de superviser une grande partie de la production Gaumont. Envoyée en 1907 aux États-Unis, elle y crée sa propre maison de production qui connait un essor important, avant de s’effondrer. S’appuyant sur un travail d’enquête minutieux, ce documentaire met en avant les qualités de l’œuvre cinématographique de cette pionnière longtemps passée sous silence, soulignant sa grande maitrise technique, son progressisme moral (féminisme, inclusion des acteurs noirs), ou encore son mantra à l’adresse des acteurs : « be Natural ». Porté par la voix-off de Jodie Foster, actrice et réalisatrice dont l’engagement et le talent en font une manière d'héritière d’Alice Guy

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Les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande reportées

Musée d'Art Contemporain | Du côté du Musée d'Art Contemporain, on ne s'inquiète pas pour le choix de la date d'ouverture post-confinement : le musée est fermé (...)

Sébastien Broquet | Lundi 25 mai 2020

Les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande reportées

Du côté du Musée d'Art Contemporain, on ne s'inquiète pas pour le choix de la date d'ouverture post-confinement : le musée est fermé pour plusieurs mois, pour travaux, et doit ouvrir de nouveau ses portes mi-septembre, ce qui reste d'actualité. Par contre, le programme des expositions est sensiblement chamboulé : les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande (photo) qui étaient prévues dès septembre sont repoussées à 2021, quand la situation sanitaire sera plus claire. Celle de Edi Dubien reste elle programmée de mi-septembre 2020 à début janvier 2021. Le musée dirigé par Isabelle Bertolotti annoncera prochainement les deux expositions qui viendront en remplacement sur cette même période et occuperont les second et troisième étage du bâtiment.

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Le premier qui dit la vérité : "L'Ombre de Staline" de Agnieszka Holland

Biopic | Comment la famine du Holodomor provoquée par le régime soviétique fut révélée par un journaliste au monde qui ne le crut pas… Agnieszka Holland réhabilite la mémoire de Gareth Jones, aventurier de la vérité, dans un biopic épique et à la Lean, point à la ligne.

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Le premier qui dit la vérité :

Londres, 1933. Ex-conseiller de l’ancien Premier ministre Lloyd George, le journaliste Gareth Jones décide d’aller à Moscou pour interviewer Staline sur les prodiges accomplis par l’économie soviétique, vantés par la presse. Sur place, il contourne la propagande et découvre la réalité… « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », chantait jadis Guy Béart sur un air presque guilleret adoucissant le propos de sa cruelle morale. Tragique est la destinée des lanceurs d’alertes ! Soit ils sont moqués ou ostracisés ; soit on leur réserve un sort plus funeste en tentant de les museler voire de les éliminer. La condition actuelle de Chelsea Manning, de Julien Assange, de Edward Snowden ; la fin cruelle du docteur Li Wenliang prouvent que les choses n’ont guère changé depuis les temps archaïques. Ni depuis Gareth Jones (190

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James Sacré, poète approximatif

Poésie | James Sacré viendra à Lyon pour recevoir le Prix Kowalski de la ville. Une belle occasion de découvrir l'une des plumes des plus touchantes et des plus sobres de la poésie contemporaine.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 mars 2020

James Sacré, poète approximatif

Coup sur coup, les Figures de silences (éditions Tarabuste) de James Sacré ont reçu, en 2019, le Prix Théophile Gautier de l'Académie Française et le Prix Kowalski. Ce recueil tente de dire le(s) masque(s) des paysages traversés (aux États-Unis, au Maghreb, en France...), l'insoutenable légèreté des mots écrits... Ou encore la fête et le carnaval : « Carnaval de quelle vérité montrée / Dans le faux d'un masque et des gestes crus ? / On veut croire à de la fête, on caresse / La mort et son cul. » Chez James Sacré, le tragique gît dans le prosaïque, l'émotion dans le presque rien des choses et des êtres. Et rarement poète ne nous aura donné à ressentir ce vent du temps qui passe sur les mots et les choses jusqu'à, aussi intolérablement qu'en toute légèreté, les effacer : « À la fin des mots se perdent dans le silence / À la fin tout le dictionnaire se perd / Dans le silence du monde. » « Poème comme un cul qu'ose pas se montrer nu »

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Bond. Rebonds.

007 | Pour se consoler du décalage de la sortie du cinquième et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre — qui porte (...)

Vincent Raymond | Jeudi 5 mars 2020

Bond. Rebonds.

Pour se consoler du décalage de la sortie du cinquième et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre — qui porte si bien son titre et désormais annoncé en novembre pour cause de Covid-19 —, les Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie proposent une révision générale avec Il était une fois James Bond : Casino Royale (lundi 9 mars à 20h), Quantum of Solace (jeudi 19 mars), Skyfall (jeudi 26 mars) et enfin Spectre (jeudi 2 avril). Rien que pour vos yeux… Il était une fois James Bond Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie et jusqu'au 2 avril

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InDensité : "Si c’était de l’amour"

Documentaire | Au commencement était une pièce chorégraphique, Crowd. Et puis Patric Chiha a posé ses caméras pour suivre le travail de la troupe de Gisèle Vienne, des répétitions aux coulisses, entremêlant instants de vie et bouts de live…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

InDensité :

Les premières images surprennent autant qu’elles mettent en condition : elles montrent un homme asperger un par un, comme s’il s’agissait de banales récoltes, des couples s’apprêtant à prendre part à une soirée à musique poup-poum. Plus étrange, cette séquence qui semble singulièrement ralentie, défile à sa vitesse normale : ce sont les protagonistes qui freinent leurs mouvements, synchrones dans leurs gestes retenus. L’effet — réussi — restitue sans ses désagréments collatéraux la pulsion stroboscopique de partager la transe d’une rave, sujet de Crowd. Sensoriel, hypnotique, sensuel également, Si c’était de l’Amour n’est pas la “simple“ captation d’un spectacle dont il ne partage pas le nom, mais une interrogation à l’image de son titre, que les échanges qu’il intègre éclairent délicieusement, sans élucider la question en suspens. Ces irruptions dans le processus créatif montrent des danseurs s’interviewant mutuellement sur leur vie ou sur la construction des personnages qu’ils interprètent, à partir des trames fournies par

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Fondus au monde

Photographie | Le Réverbère réunit quatre photographes qui ont le voyage dans le sang de leur création : Thomas Chable, Serge Clément, Jacques Damez et Bernard Plossu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2020

Fondus au monde

Il est cinq heures du matin à New York, à Dakar, Mumbai, Istanbul, Bangkok... Aux pays des ombres, la vie doucement s'éveille : au pied d'un pont, en bordure de plage, à l'intérieur d'une voiture, ou au reflet d'une vitrine... Et, dans cette montée timide de la lumière, le photographe canadien Serge Clément capte le lent remuement de silhouettes sombres à l'orée du jour. L'accrochage, au Réverbère, de ses images prises aux quatre coins du monde, toujours à la même heure, nous saisit par sa dominante de noirs, cette sorte de brume sombre et flottante d'humanité, parmi laquelle, peu à peu, les images comme les corps se dessinent, se précisent. Ce fondu des formes, cet entre-deux du flou et du réel nous renvoie à l'image d'un autre photographe, Bernard Plossu, métamorphosant un car touristique à Rome en présence fantomatique. Comme si chez l'un et chez l'autre de ces photographes voyageurs, le

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Hérisson carré contre Carrey hérissant : "Sonic le film"

Aventure | Exilé sur la planète Terre, le hérisson bleu Sonic vit heureux caché dans une petite ville, jusqu’au jour où il déclenche accidentellement une gigantesque décharge énergétique. Le gouvernement dépêche un savant fou, le Dr Robotnik, pour tirer les choses au clair…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Hérisson carré contre Carrey hérissant :

La nostalgie n’ayant pas d’âge, chacun éprouve une douce mélancolie à la remembrance des décors de sa jeunesse. Quand les septuagénaires susurrent Âmes fifties, les quinqua beuglent L’Île aux enfants et les trentenaires s’emparent de leur console pour se taper des parties de Sonic. Point commun à tous ces comportements innocents : la recherche d’un plaisir régressif et irénique ; le retour à ce fameux paradis perdu à l’âge adulte, auquel ils accèdent par saccades lors de ces plongées dans le bleu des souvenirs… ou du logo Sega, en l’occurrence. Sonic le film illustre bien cette quête sans fin (n’est-ce d’ailleurs pas le propre d’un jeu vidéo d’être construit en quête ?) en révélant le désir un brin réactionnaire des fans de tout retrouver intact — la polémique sur l’évolution morphologie de leur personnage fétiche née de la première bande-annonce en témoigne. Le scénario également suit cette idée, puisqu’on y voit un policier de bourgade rêver de s’épanouir à San Francisco… avant d’y renoncer parce que le home town de son enfance est plus taillé à ses dimensio

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Le sport : une autre Histoire

Fête du Livre de Bron | La politique et l'Histoire par le sport, voilà l'idée du dialogue proposé par Sylvain Coher et Judith Perrignon à travers Vaincre à Rome et L'Insoumis et ces deux figures de héros modernes que furent le marathonien Abebe Bikila et Mohamed Ali.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2020

Le sport : une autre Histoire

Que pourrait bien avoir en commun Abebe Bikila et Mohamed Ali, le coureur éthiopien et le boxeur de Louisville ; le modeste soldat de l'Armée d'Haïlé Sélassié et le déserteur superstar ; le petit homme discret et l'intarissable grande gueule ? A priori pas grand-chose. Sauf peut-être les Olympiades de Rome de 1960, année où 17 pays africains accèdent à l'indépendance. Comme un symbole, l'épreuve la plus olympique de toute, celle du légendaire Philippidès, soldat lui aussi, y est remporté par l'inconnu éthiopien Abebe Bikila, qui court pied nu sur le goudron car les chaussures lui donnent des ampoules. Quant à l'épreuve du plus noble des sports, rejeton de l'antique pugilat, elle est remportée en catégorie mi-lourds par un descendant d'esclave ba

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Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

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"The Pajama Game" : la grève en chantant

Comédie Musicale | Jean Lacornerie et Gérard Lecointe signent avec The Pajama Games une impeccable comédie musicale sur fond de lutte des classes.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Dire que The Pajama Game est le spectacle idéal de la fin d'année serait un peu court et surtout très réducteur. La comédie musicale que signent Jean Lacornerie et Gérard Lecointe - avec le chorégraphe Raphaël Cottin - est simplement une excellente production. Le metteur en scène (directeur du théâtre de la Croix-Rousse) et le directeur musical (directeur du Théâtre de la Renaissance), à l’œuvre sur scène comme percussionniste, ont eu l'excellente idée, après leur collaboration notamment pour Bells are Ringing, de dégotter cette création de George Abbott et Richard Bissell de 1954, récemment jouée par Harry Connick Jr. et portée à l'écran par Stanley Donen en 1957. Les ouvrières d'une usine de fabrication de pyjamas sont en grève pour obtenir une augmentation de salaire et lorsque la cheffe du syndicat tombe amoureuse du nouveau directeur exécutif, ce dernier fait face au big boss (devenu ici une voix dans un haut-parleur), fouille dans l

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Archi réussite : "Notre dame"

Le Film de la Semaine | Pâques au tison, Noël au balcon… des cinés. Grâce à Valérie Donzelli, la cathédrale de Paris revit à l’écran, personnage secondaire d’une délicieuse fantaisie sentimentale burlesque et fantastique. Où il est aussi question de la place des femmes au travail et en amour…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Archi réussite :

Architecte tyrannisée par son patron, maman séparée d’un ex un brin crampon, Maud Crayon mène plusieurs vies complexes en une. Et voici que par un étrange coup du sort, elle remporte sans avoir concouru le réaménagement de Notre-Dame et se retrouve enceinte. Alléluia ? Les méchantes gens et autres mauvaises langues trouveront une corrélation entre la non-présence de Jérémie Elkaïm au générique et la réussite du cinquième long-métrage de Valérie Donzelli ; bornons-nous à pointer cet amusant détail, sans en tirer de perfides conclusions. Charmant bijou de joliesse, Notre dame est une irrésistible comédie sentimentale sérieusement drôlement et drôlement sérieuse s'accommodant d'une once de magie — le fameux “réalisme magique“ tant prisé par les romanciers de García Márquez à Murakami, qui n'est rien d'autre qu'un habit poétique ou métaphorique du fatum à l'intérieur d'une fiction. On croit rêver Au reste, la singularité surnaturelle n’en est plus une dès lors que l’on considèr

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Réouverture de l’Institut Benjamenta

Reprise | Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long-métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance “hors du (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Réouverture de l’Institut Benjamenta

Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long-métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance “hors du temps” lui offre un fier service en le nimbant d’une patine supplémentaire le rendant davantage atemporel et surtout en lui conférant ce prestige d’objet singulier dont il fut jadis un peu privé. Certes, on le remarqua à l’époque — comment aurait-il pu en être autrement : le bizarre se distingue toujours —, mais l’accent fut parfois mis sur des aspects éloignés de ses qualités intrinsèques (comme le fait, par exemple, qu'il soit signé par des frangins dans la décennie du centenaire du cinéma, où les paires fraternelles pullulaient : Coen, Washowski, Farelly, Dardenne…) On chercha aussi à l’inscrire dans la mouvance esthétique du néo-expressionniste pratiquée avec réussite, d’ailleurs, par une armée de formalistes titillés par la Chute du Mur : Lars von Trier (Europa), Steven Soderbergh (Kafka), Woody Allen (Ombres et Brouillard), etc.

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Notre Dame

Avant-Première | Quand l’actualité télescope ironiquement la fiction… Valérie Donzelli est sans doute l’une des dernières cinéastes à avoir filmé la cathédrale parisienne sous toutes (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Notre Dame

Quand l’actualité télescope ironiquement la fiction… Valérie Donzelli est sans doute l’une des dernières cinéastes à avoir filmé la cathédrale parisienne sous toutes ses coutures avant qu’un incendie ne la dévore. Et c’est en plus pour une comédie subtile, trépidante, mâtinée de fantastique et par moments plutôt caustique (en clair, son meilleur film). Chance : elle vient la présenter à Lyon en compagnie de son co-interprète principal, Pierre Deladonchamps, juste avant que la basilique de Fourvière ne s’illumine (avec des lumignons, soyons clairs !). Vous auriez tort de manquer cela. Notre Dame Au Pathé Bellecour ​lundi 2 décembre à 20h

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Los Angeles, versant sombre

Polar | James Ellroy passe par Vienne à l'occasion de la parution du second tome de sa dernière fresque noire, de nouveau située à Los Angeles : La Tempête qui vient.

Sébastien Broquet | Mardi 19 novembre 2019

Los Angeles, versant sombre

C'est un maître que l'on vous invite à aller visiter ce jeudi du côté de Vienne, où le Californien signera quelques exemplaires de son dernier ouvrage à l'initiative de la librairie Lucioles et du festival Quais du Polar : en effet, James Ellroy, l'auteur du Dahlia Noir, celui qui ausculte les bas-fonds d'un Los Angeles qui l'a vu naître en 1948, est de passage en France. Pour lire quelques-uns de ses poèmes lors d'une émission spéciale du France Inter lundi dernier, à réécouter en podcast, et donc en virée sur les routes pour promouvoir le second tome de sa nouvelle fresque, La Tempête qui vient, parue chez Rivages. Ce grand pourvoyeur d'adaptations sur grand écran (outre Brian de Palma, Curtis Hanson s'est par exemple penché sur L.A. Confidential) replonge avec ce second volet faisant suite à Perfidia (paru en 2015) dans ce qui

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Kakfa à la Méditerranée : "Terminal Sud"

Thriller | Un pays méditerranéen indéfini de nos jours, en proie à un conflit civil et religieux. Non aligné, un médecin tente d’exercer son métier malgré les tracasseries ordinaires et les incitations de ses proches à migrer en sûreté. Un jour, sa situation s’envenime malgré lui…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Kakfa à la Méditerranée :

Porté un Ramzy Bedia inspiré (comme il l’est souvent lorsqu’on lui confie un rôle dramatique), Rabah Ameur-Zaïmeche signe sans doute son film le plus abouti. Celui dont le récit s’avère le plus linéaire, mais surtout celui dont l’histoire est la plus universelle. Le contexte méditerranéen, l’évocation d’une guerre de décolonisation, la Nation déchirée et la question de la trahison… Autant de thèmes qui font écho à l’œuvre de Camus dont le cinéaste offre ici une forme de continuation contemporaine. Jusqu’à l’absurdité d’une séquence de torture qui, elle, renvoie moins à la pensée camusienne qu’à l’absurdité tchèque des procès de Prague (voir L’Aveu), quand des trésors de raffinements staliniens étaient mis en œuvre pour que des innocents s’accusent de forfaits dont ils ne connaissaient même pas l’existence. Terminal Sud Un film de Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr-Alg, avec avert. 1h36) avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi…

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La petite horreur des boutiques : "In Fabric"

Horreur | Divorcée, tirant le diable par la queue, Sheila héberge chez elle son feignant de fils et son atroce petite amie. Un jour, elle succombe aux réclames d’une luxueuse échoppe de prêt-à-porter, Dentley & Soper’s, et se laisse persuader par la vendeuse d’acheter une robe. Elle le regrettera…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

La petite horreur des boutiques :

Sans doute le plus vénéneux easter egg de l’édition 2019 du festival Hallucinations Collectives, ce conte noir de Peter Strickland ne dissimule pas un instant ses intentions horrifiques. Baignant dans une ambiance majoritairement nocturne et des lumières artificielles crues accentuant la dureté des traits ou des teints, In Fabric conditionne le public à vivre une situation cauchemardesque. Voire méphistophélique : magasin maudit peuplé d’une clientèle mesmérisée où trône une vendeuse obséquieusement raide et au parler désuet, Dentley & Soper’s exhale une délicieuse odeur de soufre. De bon aloi pour un film travaillant au corps jusqu’à l’os des motifs faustiens et faisant preuve d’une stylisation plastique extrême. Dans cette variation contemporaine sur le thème de la Tunique de Nessus, en plus gore, Strickland use d’un symbole de vanité pour, à la fois, montrer l’emprise séductrice opérée par la société ultra-consumériste et la complicité passive des clients et clientes ne résistant pas à la tentation. Leur f

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Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force : le mbalax vers l'abstraction

Sono Mondiale | Quand un mythique producteur de techno et de dub s'amourache du mbalax sénégalais : c'est l'histoire du Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force, qui fait halte cette semaine à l'Opéra Underground.

Sébastien Broquet | Mardi 12 novembre 2019

Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force : le mbalax vers l'abstraction

Mark Ernestus, on le connaissait comme pilier discret (il a longtemps gardé l'anonymat le plus total) de la scène berlinoise, maître de la techno minimale adoubé par Detroit, quasi co-inventeur d'une forme de dub digital ultra épuré et totalement hypnotique : avec son acolyte Moritz von Oswald, il est derrière les entités Basic Channel, Maurizio et Rhythm & Sound (qui révélera Tikiman). On lui doit aussi la création dès 1989 du mythique magasin de vinyles Hard Wax à Berlin. Autant le dire : une légende de la scène électronique s'avance-là. Sauf qu'entre-temps, le producteur allemand a découvert le mbalax, ce son sénégalais que Youssou N'Dour a imposé partout sur la planète. Et qu'il a succombé. La légende dit (ou du moins Wikipédia) que c'était lors d'un festival au Danemark en 2008. Dans la foulée, Ernestus s'est plongé intégralement dans cette musique, fondant son propre orchestre (et un nouveau label) baptisé un temps Jeri-Jeri (c'est sous ce nom qu'on les a découverts lors d'un incandescent concert à Nuits sonores), rebaptisé aujourd'hu

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The Mans of Le Mans : "Le Mans 66"

Biopic | Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

The Mans of Le Mans :

L’actualité a de ces volte-faces ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête spatiale, contemporaine de cette guéguerre sur route ! À l’écran, si l’épopée apparaît classique dans la forme, elle est menée avec le métier coutumier de Mangold, son goût pour la belle image, et relayée par des comédiens habitués à l’investissement personnel. D’autant qu’il en

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James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

Le Mans 66 | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant Logan), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une “course“ dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route. Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune — en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîtes de métal, on change : la voit

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Eh mec, elle est où la caisse ? : "Braquer Poitiers"

Comédie | Une bande de pieds nickelés belges se fait refiler un tuyau en or : séquestrer Wilfrid, propriétaire d’un carwash, pendant un mois d’été et récupérer la caisse à sa place. Étonnamment, la victime — un excentrique célibataire — est consentante et les accueille à bras ouverts dans son château…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Eh mec, elle est où la caisse ? :

Au départ était un court-métrage dont on devine l’intention : permettre au réalisateur Claude Schmitz de tirer parti de la personnalité authentiquement décalée d’une poignée de copains comédiens dans un format “lelouchien“. En clair, de capter leur naturel gentiment bancal dans une suite de séquences vaguement liées par un argument *policier*. Le contraste entre le pittoresque Francis Soetens aux faux-airs de métalleux et Wilfrid le châtelain fin de race peut divertir quelques minutes. Au-delà, on tombe dans un systématique qui n’a plus grand chose à voir avec la fraîcheur du naturel ni de l’impro. Les meilleures plaisanteries étant les plus courtes, Schmitz a donc eu tout faux en prolongeant d’une apostille artificielle son court histoire d’en faire un long. Mise en abyme bancale racontant, une saison plus tard, ce qu’il advient des comédiens/personnages lors de retrouvailles soporifiques (auxquelles on assiste avec le sentiment d’avoir été conviés par erreur), cette interminable séquence aurait dû rester à l’état de bonus pour le DVD souvenir de l’équipe. Ou carrément de projet.

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Conte à pâte de velours : "La Fameuse invasion des ours en Sicile"

Animation - dès 6 ans | En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Conte à pâte de velours :

Depuis le temps que l’univers de Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzatti. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail “d’enluminure“ du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits — lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran — l’homme appartient aux deux mondes —, on se réjouit de découvrir que Thomas Bidegain, brillant auteur et habile cinéaste, a non seulement contribué à l’écriture, mais aussi prêté sa voix à l’un des personnages. Ce faisant, il côtoie au générique son aîné Jean-Claude Carrière, dessinan

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Jean-Noël Scherrer : patron Cognito

Portrait | À 24 ans seulement, Jean-Noël Scherrer assume la double casquette de leader du groupe Last Train et de directeur de l'agence Cold Fame, combinant avec un infatigable panache et une volonté farouche, le rock et l'entrepreneuriat. Portrait du phénomène à l'heure où se téléscopent la sortie du deuxième album de Last Train et la première édition du festival La Messe de Minuit, initié par Cold Fame.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 septembre 2019

Jean-Noël Scherrer : patron Cognito

Dans le dernier clip de Last Train, montage d'images réalisé par le guitariste Julien Peultier, qui illustre la chanson-titre de leur deuxième album à venir, l'épique The Big Picture, enregistré en Norvège, on peut voir le quatuor à différentes étapes de sa vie musicale, des premières répétitions alsaciennes aux concerts telluriques devant des foules immenses. On y voit le chanteur Jean-Noël Scherrer électriser le public et le même, à 13 ans, martyriser une guitare trop grande pour lui dans quelque salon de rock'n'roll improvisé à la maison. Peut-être le jeune garçon d'alors s'imagine-t-il, comme tous les ados du monde, dans la peau d'une rock star, leader, chanteur et guitariste d'un groupe qui compte dans le paysage rock français et même au-delà. Mais ce que le novice d'Altkirch (Haut-Rhin) n'imagine alors sûrement pas c'est qu'une décennie plus tard, il sera aussi dirigeant et/ou associé de cinq sociétés, formateur, intervenant du Chantier des Francofolies, et surtout patron de Cold Fame, agence de diffusion et de production de concerts basée à

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Grosse Pomme à l’eau : "Un jour de pluie à New York" de Woody Allen

Comédie | Ashleigh a obtenu d’interviewer un réalisateur arty pour le journal de sa fac… à condition d’aller à Manhattan. Bonne nouvelle pour son petit copain Gatsby, qui leur organise un week-end en amoureux dans son New York chéri. Sur place hélas, rien ne se déroulera comme prévu…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Grosse Pomme à l’eau :

Cette histoire d'un couple qui se remet en question à l’issue d’une nuit marquée par les tentations sentimentales erratiques de l’un des deux partenaires dans un New York à la fois mondain et irréel, ça vous a un petit air de Eyes Wide Shut ; donc d’une relecture de la Traumnovelle de Schnitzler dont Kubrick s’était inspirée, accommodée à la sauce Allen. Mais Woody ayant déjà encensé son bien-aimé Manhattan dans toutes les hauteurs ne parvient plus à en offrir un regard qui ne soit à la limite de l’auto-citation, voire de l’auto-parodie. Et si l’on doit admettre de ne frayer ici — une fois encore — qu’avec des démocrates érudits ayant des névroses de couple et résidant autour d’un Central Park réchauffé par les couleurs de l’automne, faut-il en plus supporter des dialogues d’une prévisibilité caricaturale et inégalement pétillants ? Une photographie médiocre, artificielle, parfois franchement terne, prouvant que le numérique ne réussit pas à Vittorio Storaro ? Le jeu tout en mimiques meg-ryannesques de Elle Fanning et la composition miméti

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