Étienne Daho, Pop Idole

MUSIQUES | Derrière des traits à la Dorian Gray, Etienne Daho cache un quasi-sexagénaire qui n'a jamais paru aussi fringant, malgré les coups du destin. Retour sur le parcours, presque sans faute, d'une increvable icône pop, de passage à Lyon pour sa tournée "Diskönoir", depuis peu disponible sur disque. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 2 décembre 2014

Chanteur réputé sans voix ni charisme, Etienne Daho a traversé pas moins de quatre décennies et quelques "condamnations à mort" plus ou moins avérées. Soit dix fois ce dont rêvent aujourd'hui certains apprentis chanteurs en quête de ventes et de gloire. De fait, pour le chanteur rennais, poussé sur scène et sur disque par ses mentors Jacno et Franck Darcel (Marquis de Sade), les choses auraient pu s'arrêter très vite. Avec Mythomane, en 1981.

Le coup d'essai est un coup dans l'eau, un four sur lequel le chanteur semble livrer un programme : On s'fait la gueule, pressentiment, peut-être, de rapports compliqués avec un rock français où il fera figure d'OVNI. Pas vraiment rock donc (malgré ses influences), encore moins chanteur de variété, mais icône pop, oui, saisie très tôt par les artistes Pierre et Gilles sur la pochette de La Notte la Notte (1984), dont malgré les tubes Week-end à Rome et Le Grand Sommeil, on peine à définir le style. Sauf que le style, c'est Daho lui-même, et le succès est aussi cinglant que l'échec de Mythomane.  

Voyages immobiles  

Et puis le trop méconnu Arnold Turboust provoque chez Daho l'éveil spirituel", le satori, terme qui enfantera Pop Satori. Turboust booste Daho, alignant perles pop – Épaule Tatoo, Tombé pour la France, Duel au Soleil – et bombes new wave – Satori Thème, Paris le Flore adapté des Young Marble Giants. Et donne sans doute, pour l'heure, la version la plus juste qui soit de Daho. À supposer qu'elle ne soit en «voyages immobiles» permanents comme il le chantera plus tard.  

Car le costume est malgré tout un peu étroit pour Etienne, enfant de Genet et de Jacno, du punk et des romantiques, de la new wave et de Syd Barrett. Il est de la sorte immortalisé sur la pochette de Pour nos vies martiennes (1988) par un autre maître peintre pop, Guy Peellaert. Mi-Rusty James (Coppola), mi-Querelle (le marin queer de Fassbinder), Daho va au charbon tout en élargissant les collaborations – Jérôme Soligny, Édith Fambuena (des Valentins), Turboust toujours. Deuxième disque de platine d'affilée, ces chroniques martiennes sortent simultanément dans plusieurs pays et donnent lieu à un live où l'on croise des membres de Style Council et de Talking Heads. La Dahomania n'est pas loin.  

Elle achève de prendre en 1991 avec Paris Ailleurs. Daho a 35 ans et file à New York enregistrer un album qu'il compose quasiment seul, produit par la complice Édith Fambuena. Un disque vitaliste, ligne claire et pourtant toujours empreint de cette mélancolie indéfectible qui remonte à très loin, du côté d'Oran. L'album Daholympia qui immortalisera la tournée subséquente est à l'avenant. Comme avec Live Ed en 1989, comme plus tard avec Daho Live en 2001 ou aujourd'hui Diskönoir (où l'on retrouve Dominique A et Frànçois Marry), il sait ici se parer d'une humeur scénique qui fait de ses concerts des expériences uniques.  

Reserection  

En attendant, après avoir multiplié les collaborations (productions ou duo avec des chanteuses qu'il affectionne, une constante chez lui), Daho est victime d'une drôle de mésaventure : l'annonce faite à Paris de sa mort du SIDA, renforcée par la discrétion médiatique du chanteur après le pic dahomaniaque de Paris Ailleurs. Ailleurs, il s'en amuse presque et, depuis Londres, enregistre avec le groupe pop gallois Saint-Etienne le bien nommé Reserection, trouvant dans cette courte expérience un chemin vers la résurrection, musicale cette fois.

Explorant la dimension électro-trip-hop-jungle, alors en pleine bourre, porté par une grande finesse d'écriture qui ne cherche pas le tube, Daho livre avec Eden (1996) un album hybride magnifique aux orchestrations classieuses, signées David Whitaker. Magnifique mais incompris, en tout cas des dahomaniaques, ce qui lui laisse un goût amer.  

Mais Daho a la solidité et l'audace des grands timides. Au tournant du siècle, il continue de se jeter Corps et Armes (2000) sous les roues d'ambitions musicales plus soul, accouchant de pépites comme Ouverture, Le Brasier ou le bouleversant Mémoire vive.  

Après ces belles envolées et Comme un boomerang, duo à grand succès avec Dani emprunté à Gainsbourg, le chanteur a lui aussi des envies de retour en arrière. Plus rock, Réévolution (2003) est une manière de faire la sienne, mais le disque n'a rien d'une révolution, ni d'une réévaluation, et encore moins d'une évolution. C'est à tout point de vue (musiques, textes) son disque le moins inspiré, caricatural pour ne pas dire auto-parodique – ce qu'un duo avec Charlotte Gainsbourg n'arrange guère. Le live Sortir ce soir, très électrique, compensera largement cette baisse de régime.  

Résurrections  

Retrouvant Édith Fambuena, Daho se remet fantastiquement en selle avec L'Invitation (2007), où ce grand discret cryptique se livre comme jamais. Intime – il y évoque notamment son père – le disque est aussi avec le recul étrangement prémonitoire, sur ces quelques vers de Sur la terre comme au ciel : «Je me sens sur la terre / Comme au septième ciel / Si rien n'est éternel / J'adresse maintenant et ici / Une ultime prière / Avant d'être poussière / Oui, avant de devenir Saint-esprit / M'enivrer toute la nuit / D'sa contagieuse fantaisie». 

Car la péritonite qui retardera la sortie des Chansons de l'Innocence Retrouvée (2013) manquera l'emporter pour de bon. La référence à William Blake, la dimension pas moins intime, sous la surface, que L'Invitation, n'en sont que plus belles. Ses accents de survivance aussi, lui qui enfant échappa de justesse à un incendie. À se demander si celui qui avait réalisé une superbe adaptation du Condamné à mort de Genet et a survécu à ses amis (Jacno, Darc...), aux échecs et aux quolibets autant qu'à lui-même, n'est pas irrémédiablement condamné à vie. La peau dure, Daho dure.

Etienne Daho
Au Transbordeur vendredi 5 décembre


Etienne Daho


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Étienne Daho : « Eden m'a permis de progresser »

Pop | En plein EDENDAHOTOUR, qui accompagne la réédition d'"Eden", album de la renaissance paru en 1996, Étienne Daho fait étape à Lyon pour un concert aussi unique que spécial avec 50 musiciens de l'ONL. Il évoque pour nous cette double actualité.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 novembre 2019

Étienne Daho : « Eden m'a permis de progresser »

La réédition d'Eden et l'EDENDAHOTOUR ne correspondent à aucun anniversaire discographique. Pourquoi maintenant ? Étienne Daho : C'est un concours de circonstances. J'ai commencé ce travail de réédition il y a quelques années avec Pop Satori pour accompagner un concert anniversaire à l'Olympia – Les Inrocks m'avaient demandé de jouer Pop Satori pour fêter ses vingt ans. C'était une commande, mais finalement j'y ai pris goût car c'est une belle manière, je trouve, de remettre en lumière ce qui sinon aurait péri avec les années et l'obsolescence des supports physiques. J'ai donc réédité quasiment tous mes albums dans le désordre et en fonction du temps que j'avais. Je gardais Eden pour la fin parce que je savais que c'était un sujet un peu épais, qu'il y avait beaucoup de documents à restaurer. Parallèlement, la Philharmonie de Paris m'a commandé un concert particulier qui

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L'Eden, enfin

L'histoire du disque | Il y a 23 ans presque jour pour jour, le 19 novembre 1996, paraîssait Eden. Pour Étienne Daho une manière de complète résurrection, quelque mois après sa (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 novembre 2019

L'Eden, enfin

Il y a 23 ans presque jour pour jour, le 19 novembre 1996, paraîssait Eden. Pour Étienne Daho une manière de complète résurrection, quelque mois après sa Réserection, dont il faut ici poser le contexte. Au sortir de Paris Ailleurs, la Dahomania flambe qui consume le chanteur. Comme souvent, c'est à Londres qu'il part trouver jouvence, s'immergeant dans l'avant-garde locale, pas vraiment raccord, pas encore, avec ce qui se fait de l'autre côté de sa vie, à Paris. Là qu'il croise Saint Etienne, groupe gallois en vogue, dont la vigueur, accouplée à sa soif de nouveauté, accouche du jungle-pop Résérection, mini-album qui préfigure un disque, grandiose, irrigué par la même veine esthétique, mais élargie à la pop orchestrale et à la bossa.

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Daho : d'Etienne en Eden

MUSIQUES | Avec la réédition de son album Eden (1996) et la tournée orchestrale qui l'accompagne, Etienne Daho replonge avec bonheur dans le souvenir de l'album d'une radicale réinvention. L'occasion, avant son concert lyonnais aux côtés de musiciens de l'ONL, de se repencher sur une carrière qui ne fut qu'une suite de renaissances et de nouveaux départs dessinant une dialectique de la pop selon Daho. Rétrospective.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 novembre 2019

Daho : d'Etienne en Eden

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Dahoditorium : Etienne Daho joue Eden avec l'ONL le 23 novembre

MUSIQUES | C'est l'histoire classique de l'album culte. Incompris, victime de la désaffection du public, chéri entre tous et malgré tout par son auteur, puis finissant (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 mars 2019

Dahoditorium : Etienne Daho joue Eden avec l'ONL le 23 novembre

C'est l'histoire classique de l'album culte. Incompris, victime de la désaffection du public, chéri entre tous et malgré tout par son auteur, puis finissant par prendre une place considérable dans une discographie pourtant riche. Telle fut la trajectoire d'Eden, publié en 1996 par Etienne Daho au sortir de l'immense succès de Paris ailleurs et d'une énigmatique parenthèse londonienne. Ce disque pop aux sonorités électro autant que bossa, dépourvu de tubes – ce qui expliqua son insuccès –, le chanteur rennais le porte toujours dans sa chair. Preuve en est : à peine sorti de son Blitz Tour, Daho remontera sur scène à l'automne pour une tournée de 20 dates consacré à une délivrance live d'Eden – à laquelle s'ajoutera quelques œuvres de la même époque, comme Jungle Pulse, né de sa collaboration avec le groupe Saint Etienne sur Reserection. Mieux, Etienne Daho livrera à Lyon une prestation inédite et unique le 23 novembre dans l'enceinte de l'Auditorium accompagné par des musiciens de l'Orchestre National de Lyon. Un événement à marquer d'une pierre blanche pour les dahophiles.

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Étienne Daho aux Nuits de Fourvière : éclair obscur

Pop | La soixantaine passée, Étienne Daho a décidé de passer aussi la seconde sur son album le plus rock à ce jour. Un disque sombre et brillant de mille feux que le chanteur rennais vient faire exploser sur la scène de Fourvière, l'un de ses antres fétiches.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 juin 2018

Étienne Daho aux Nuits de Fourvière : éclair obscur

Après un passage en correctionnelle qui avait failli l'expédier une énième fois dans l'au-delà en 2013, lui qui quelques années plus tôt chantait Le Condamné à Mort de Genet, Étienne Daho avait finalement pu, non sans un léger différé, retrouver la santé et son innocence sur Les Chansons de l'Innocence retrouvée. Un disque d'ailleurs pas si innocent que cela – le titre évoquait William Blake et une plantureuse créature aux seins nus sur la pochette avait failli la faire interdire – tant il marquait un vrai retour en forme et en grâce pour le chanteur après quelques flottements. Pour ainsi dire, on n'avait encore rien vu. L'an dernier avec Blitz, énième album du retour – comme s'il s'agissait pour lui de ne cesser de revenir, y compris quand il n'est pas parti, problème des gens effacés – le Rennais désormais sexagénaire et célébré jusqu'à la Philharmonie de Paris (l'exposition Daho l'aime Pop) annonçait la couleur – on aurait pu écrire la colère – dès le titre, Blitz, donc, et

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10 concerts à ne pas louper en juin

Bons Plans | Début du festival Nuits de Fourvière et gros noms à foison, Thom Yorke en solo au Transbo, saison des festivals lancée : en juin, point d'ennui, les esgourdes ne risquent pas encore de s'ensabler.

La rédaction | Samedi 2 juin 2018

10 concerts à ne pas louper en juin

King Khan & the Shrines + Reverend Beat-Man Soyons clairs, voici probablement réunis deux des performers les plus dingos du paysage musical : un King de la soul à l'excentricité consommée (et bien connue), mêlant le groove de James Brown et la folie de Sun Ra, et un révérend, one-man band helvète souvent évoqué ici, capable de jeter un sort à n'importe quel audience avec son blues de l'enfer. Au Marché Gare le samedi 2 juin Amadeus Sorti en 1984, Amadeus, signé Miloš Forman, conte les élucubrations, parfois fantasmées, d'un certain Wolfgang Amadeus Mozart, précoce génie un brin excentrique. Bercé de louanges, le film est un classique

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Etienne Daho confirmé aux Nuits de Fourvière

Festival | C'est confirmé : Etienne Daho sera de retour en 2018 à Lyon, aux Nuits de Fourvière. Le concert est programmé pour le 11 juin. L'esthète pop sortira son (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 15 novembre 2017

Etienne Daho confirmé aux Nuits de Fourvière

C'est confirmé : Etienne Daho sera de retour en 2018 à Lyon, aux Nuits de Fourvière. Le concert est programmé pour le 11 juin. L'esthète pop sortira son nouvel (et treizième) album, Blitz, le vendredi 17 novembre : on notera l'hommage à Kenneth Anger, la pochette signée du photographe Pari Dukovic, magnifique, s'inspirant clairement de Scorpio Rising. Parallèlement, une exposition est actuellement consacrée au chanteur à la Philharmonie de Paris et deux livres sur lui s'apprêtent à garnir les étals des libraires, dont une biographie du journaliste des Inrockuptibles Christophe Conte.

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Un Feu sur la langue

MUSIQUES | Rien que de très classique dans cette saison francophone. Du très bon, du bon, du moins bon, Kyo, et au milieu coule une rivière en Feu! Chatterton, inconcevable objet pop aux aspirations littéraires qui feront se gausser ou s'incliner. C'est à voir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Un Feu sur la langue

Oubliez les Sébastien Tellier (le 18 octobre au Transbo), Julien Doré (le 15 décembre au Radiant) et Stromae (le 1er novembre à la Halle) qui repassent une énième fois par ici ; zappez les vingt ans des Ogres de Barback et le retour de Kyo, tous deux au Radiant (les 6 et 27 novembre), repaire de morts-vivants. Omettez ces trois grands Bretons que sont Miossec, Daho, Tiersen (19 et 5 décembre au Transbo, 16 octobre à l'Epicerie) et Emilie Simon (7 novembre au Radiant, forcément). Bon si vous aimez tous ces artistes, ce qui pour la plupart d'entre-eux est bien légitime (cherchez néanmoins l'intrus), vous pouvez tout de même vous faire plaisir en allant les voir, on ne vit qu'une fois après tout, sauf Daho et Kyo. Mais rappelez vous une chose : la next big thing, celle dont tou

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Saint-Étienne Daho aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | D'un coup, Etienne Daho, qu'on a cru une fois de plus au supplice, a recouvré santé et inspiration, à la faveur de ses "Chansons de l'Innocence retrouvée". Qui valent à l'invincible et imperturbable Rennais de remonter sur la scène de Fourvière avec son meilleur album depuis des lustres. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 15 juillet 2014

Saint-Étienne Daho aux Nuits de Fourvière

«Bien sûr, je connais tes plaies et tes blessures / cyanure, tes souvenirs ont la peau dure / fêlures, à chacun son chemin, chacun ses déchirures mais je les ressens comme toi». Ces quelques vers sont issus de La Peau Dure, l'un des singles extraits du dernier album d'Etienne Daho, Les Chansons de l'Innocence retrouvée. Une chanson qui aurait tout aussi bien pu donner son titre au disque tout entier, tant elle résume l'énième retour et la carrière du Rennais. Car s'il est un constat à faire au sujet d'Etienne Daho, c'est que sa capacité de régénération et, oserait-on dire, de résurrection, confine au divin. Voilà un type que l'on a annoncé maintes fois trépassé ou pas loin, et qui toujours nous revient d'entre les mo(r)ts. Est-ce son côté Dorian Gray de la pop française ? Toujours est-il que Daho n'est jamais aussi vivant que quand on le croît clamsé. En 1995, alors qu'il est en exil artistique à Londres, on l'annonce mort du sida. Il revient en Saint Etienne Daho – en duo avec le groupe britannique Saint Etienne pour un EP baptisé Réséréction

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Le Condamné à mort

SCENES | Emprisonné à Fresnes, Jean Genet (1910-1986) écrit en 1942 "Le Condamné à mort", long texte poétique et érotique, et première publication de l'écrivain. Il (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 juin 2011

Le Condamné à mort

Emprisonné à Fresnes, Jean Genet (1910-1986) écrit en 1942 "Le Condamné à mort", long texte poétique et érotique, et première publication de l'écrivain. Il s'inspire du personnage de Maurice Pilorge, jeune homme guillotiné en 1939 pour meurtre, autour duquel Jean Genet fantasme, digresse, invente, imagine même une amitié fictive... Ce texte superbe et puissant emprunte autant à Baudelaire ou à Rimbaud qu'aux faits divers du journal "Détective". «Soixante-six strophes de quatre à cinq vers d'un raffinement suprême et d'une extrême crudité, trouant d'insanités de somptueux alexandrins, mariant l'argot des rues à la grande langue classique, mêlant indistinctement le masculin et le féminin, le sacré et le blasphème, le sexe et la prière», résume Albert Dichy. Dans les années 1960, Hélène Martin mit en musique ce texte de Genet, et c'est sa version, avec quelques arrangements supplémentaires, que reprennent Jeanne Moreau et Étienne Daho avec ses musiciens. Le duo créé pour l'occasion (un spectacle entre concert et lecture, et un CD sorti en 2010) peut paraître surprenant, mais fonctionne en réalité à merveille avec le texte de Genet. La voix parlée, rauque et lente de Jean

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