Allah-Las ou le désordre du Temple Solaire

MUSIQUES | Avec l'album "Worship the Sun", leur deuxième, empreint d'une nostalgie quasiment programmatique, les Allah-Las reviennent à l’Épicerie Moderne en tête d'affiche pour nous persuader que l'été où notre époque a grandi ne finira jamais. Ou du moins qu'on peut faire comme si. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 17 février 2015

«De la neige en été», chantait il y a dix huit ans, dans un élan plus ou moins prophétique, Diabologum dont on se réjouit de la réédition du troisième album, ce chef-d'oeuvre. Sauf que non, bien sûr : non seulement il ne neige plus en été mais en plus, il neige de moins en moins en hiver. Nous voilà vivant dans une sorte d'été perpétuel induit à parts égales par le réchauffement climatique – le fameux – et la nostalgie d'un âge d'or qui réchauffe d'autant plus qu'on ne l'a pas connu  et qu'on a tendance nous-mêmes à vouloir le réchauffer pour le revivre.

Or, en matière de rock et de bien d'autres choses, tout se passe comme si l'Endless Summer était revenu et entendait bien cette fois-ci ne jamais finir. Les Allah-Las, de Californie, là où le soleil est une quasi-divinité, n'en sont pas la plus négligeable incarnation, loin de là. Car à voir se multiplier les avatars rock vintage option garage option psyché option surf option etc. – barrez la mention inutile – c'est l'évidence : le soleil que les Allah-Las vénèrent sur leur deuxième album Worship the Sun n'est pas prêt de s'éteindre. Et ce sont eux qui semblent, si ce n'est avoir ses faveurs, du moins lui vouer le culte le plus fervent.

Instant éternel

Car Allah-Las est, plus que les autres, le fruit d'une joyeuse nostalgie où l'on passe son temps à se rouler dans le sable et les vieux riffs à la langueur monotone. Et si l'on parle de sable, d'été, de surf, de 60's ingénues, alors il faut parler de plages. Celles sur lesquelles évoluent Allah-Las, loin de constituer un minuscule pré-carré revivaliste, sont immenses et en vrac, désordonnées, bien et mal foutues, flirtent avec la ballade country, le garage psyché seedien, le pastiche tubesque newcombien, la flower pop in Love – intro de De Vida Voz, jumelle d'Alone Again Or – embrassant en quelques titres toute la geste d'une quête nostalgique également visible dans les désormais nombreux clips du groupe.

Quête d'un âge d'or qu'on ne voudrait pas voir révolu et donc d'un instant éternel, celui du souvenir. Or quand il s'agit d'immuabilité ou de sensation d'éternité, il n'y a guère que le soleil vers qui se tourner comme éternel témoin, toujours là, même caché, et qui quand il disparaît pour quelques heures, revient toujours. Du moins pour l'instant. C'est probablement ce qu'essaie de nous dire Allah-Las. Au beau milieu de son hiver nucléaire, Diabologum parvenait d'ailleurs à la même conclusion : «il faut en profiter».

Allah-Las [+ Eerie Wanda]
A l'Epicerie Moderne vendredi 20 février


Allah-Las + Eerie Wanda


Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

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