L'électro à la mode de Caen

MUSIQUES | Focus sur l'effervescente scène musicale normande, dont Superpoze est l'un des ambassadeurs les plus prometteurs.

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Baignant dans son jus (de pomme) depuis que Stone & Charden ont cru bon de chanter le Débarquement avec le même détachement qu'un air de colo, la Normandie s'impose ces derniers temps comme l'un des territoires sonores les plus féconds du pays – et dont l'épicentre n'est autre que la ville natale de Superpoze, Caen.

Des Concrete Knives aux Lanskies en passant par Granville, c'est d'abord grâce à ses artisans pop que la région a fait parler d'elle. Aujourd'hui, ce sont ses producteurs de musique électronique qui, sur les traces de l'intrépide beatmaker Fulgeance et sous l'oreille bienveillante de Gilles Peterson, enfant du pays parti faire la pluie (surtout, climat océanique oblige) et le beau temps à la radio de l'autre côté de la Manche, lui valent toutes les attentions.

Ainsi de Fakear, autre vingtenaire qui revisite l'abstraction façon Warp par le prisme du sensible (et figurait au générique de la première soirée Embrace). Ainsi du duo Beataucue, dépositaire d'une novo French Touch pour le moins vigoureuse. Ainsi, également, des techno kids qui deviendront grands Baadman et Madame.

Tout un petit monde qui, s'il a choisi de renoncer à l'esprit de chapelle (Superpoze et Adrien, le clavier des Concrete, collaborent sous le nom de Kuage), porte haut celui de groupe, notamment par l'entremise de Combien Mille, collectif multimédia devenu label fondé par, on vous le donne justement en mille, Superpoze : «J'ai monté ce collectif avec des amis de l'école des beaux-arts et ça a tout de suite été très logique pour moi de sortir de la musique via cette structure. Grâce à ce mode de fonctionnement, on est moins dépendant d'aides extérieures, qu'elles soient financières ou matérielles. Quand on a les moyens de faire des choses avec ses amis, il n'y a aucune raison de le faire avec des gens qui ne le sont pas.»

Bien avisé le programmateur qui s'inscrira en vrai, ainsi que le firent nos camarades du Festival de cinéma européen des Arcs en accueillant en début d'année Superpoze, Fakear et la pièce rapportée Thylacine, jeune Angevin mu par les mêmes préoccupations mélodiques que les deux Caennais (et au générique de cette nouvelle Embrace).

Benjamin Mialot


Embrace

Bondax + Snakehips + Dj Sliink + Superpoze + Thylacine + Dream Koala + Andrea + Les Gordon
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Démons d'or sort de sa boîte : la programmation dévoilée

Festival | Annoncé pour les 28 et 29 juin en son antre de Poleymieux-au-Mont-d'or, Démon d'or vient de dévoiler la programmation de ce qui sera sa quinzième édition. (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2019

Démons d'or sort de sa boîte : la programmation dévoilée

Annoncé pour les 28 et 29 juin en son antre de Poleymieux-au-Mont-d'or, Démon d'or vient de dévoiler la programmation de ce qui sera sa quinzième édition. Fidèle aux canons esthétiques du festival, on y retrouvera les maîtres du dub Stand High Patrol en compagnie de Marina P pour leur album commun Summer on Mars, sorti en novembre dernier, et dans la même veine : Jahneration. Sur le front électro, on retrouve le très hype producteur Thylacine pour une version live de son album Roads. Contrefaçon (acid techno) et Columbine (rap) viennent compléter le tableau en compagnie des inclassables zinzins de Bagarre. À noter également deux cartes blanches à Hadra Records et EZ ! Sur la scène 2 dont la programmation tournée vers la trance et la bass music restent à définir, tout comme celle de la désormais traditionnel Dub Arena du Démon.

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Le Kraspek remet le courant

Plug & Play | Après les fêtes, la fameuse trêve des confiseurs-programmateurs a une fâcheuse tendance à se prolonger plus que de raison, parfois bien au-delà de l'épiphanie. Ce (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 8 janvier 2019

Le Kraspek remet le courant

Après les fêtes, la fameuse trêve des confiseurs-programmateurs a une fâcheuse tendance à se prolonger plus que de raison, parfois bien au-delà de l'épiphanie. Ce qui donne au moins de janvier des airs de traversée du désert pour l'amateur de musique alternative (et de bien d'autres genres). Heureusement, comme c'est désormais la tradition depuis neuf éditions maintenant, le festival Plug & Play du Kraspek Myzik est en général le premier à venir briser le cessez-le-feu musical. C'est encore le cas cette année pour ce rendez-vous qui s'étale à partir du 11 janvier sur une quinzaine de jours et convoque, au gré parfois de cartes blanches, mais pas que, une majorité de formations lyonnaises officiant dans des styles allant du rock bruitiste (Rien à Branler, Dénigre, Veni Vino Vici) au garage (Mascaro) en passant par la chanson chtarbée (Ursule et Madame, Brice et sa Pute), le folk électro (Yack) ou des choses plus inclassables (Tifa's

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Le Père Noël est un rockeur, le retour

Rock & Kids | Après avoir visité les cheminées du Marché Gare (2011), du Transbordeur par deux fois (2012 et 2013) et des clubs de rock des Pentes (2014), le Père Noël repasse en 2018 par le Rock'n'Eat, quai Arloing, et ce un peu en avance, puisque dès le 12 décembre. Pourquoi ? Pour un événement au profit des enfants du Secours Populaire baptisé "Le Père Noël et ses rockeurs".

Stéphane Duchêne | Jeudi 8 novembre 2018

Le Père Noël est un rockeur, le retour

Soit un concert, organisé par les associations M2M Entertainment et AQAB Events avec le soutien d'un certain nombre d'acteurs culturels (le Kraspek Myzik, la radio Sol FM, Mediatone, Spiritribe, [zOz] Photographie, Kosmic Webzine), dont chaque entrée sera convertie en jouet pour un enfant du SP – aucun des jouets offerts n'étant en rapport, c'est important, avec la guerre tient à préciser le Père Noël des rockeurs. Et pour attirer un maximum de monde (dans deux salles), la programmation ratisse large. Avec en ouverture : le folk-punk de Forest Pooky, qu'on ne présente plus, suivi du cabaret trash (et sacrément weird) d'Ursule et Madame (salle du billard), le duo hip-hop hardcore grenoblois As a new revolt et le stoner/rock « rien à branler » de R.A.B. Bref, un concert pour adultes au profit des enfants. Une combinaison parfaite en guise de costume de Père Noël.

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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"I Am Not Madame Bovary" de Feng Xiaogang : Sans autre forme de procès

ECRANS | L’histoire d’un combat juridique, solitaire et féminin contre l’administration chinoise ; mais aussi un pied-de-nez esthétique contre la tyrannie invisible des formats classiques. Au finale, une belle fresque maniant dans le même geste élégant sarcasme et émotion.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Six mois après un divorce bidon destiné à lui faire obtenir un meilleur appartement, Li Xuelian réclame que le tribunal déclare le jugement illégal mais le confirme — son coquin d’époux s’étant recasé ailleurs. Déboutée, l’obstinée Li va d’échelon en échelon, jusqu’à Pékin. Dix ans durant… Une femme du peuple luttant avec entêtement pour son bon droit face à l’administration chinoise… La procédurière Li Xuelin ressemble beaucoup à la Qiu Ju dans le film homonyme de Zhang Yimou (1992) : à la base, son affaire paraît dérisoire ; elle prend pourtant peu à peu des dimensions éléphantesques, la plaignante refusant (à raison) toutes les solutions “amiables”. Révélant les failles d’un système mangé par la corruption, elle parvient malgré elle à renverser la table, en dépit des nombreuses tentatives ourdies par les autorités pour la faire renoncer — certaines stupides, retorses, d’autres d’une perversité rare. Nul n’est besoin d’être juriste pour apprécier cette réussite de Feng Xiaogang : son portrait de femme déborde de rebondissements, souvent drôles,

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"M. & Mme Adelman" : un ego trip visant à côté

ECRANS | M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de (...)

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de Citizen Kane, le film est un flashback fleuve, retraçant l’histoire d’amour entre Sarah Adelman et son mari décédé. Relecture des années 1970, ce long souvenir narré formule le seul atout de l’œuvre où les performances d’acteurs sont crédibles et le romantisme s’assume à travers une dramaturgie maîtrisée. Mais les défauts sur les scènes au temps présent trahissent cette note d’intention originelle. Au rayon des maladresses grossières, citons Jack Lang dans son propre rôle, lien ridicule malgré lui avec le réel et le twist final déplacé, sapant toute émotion post-générique. Se rêvant grands dés leur premier essai, Bedos et Tillier visent à côté, pris au piège par leurs citations écrasantes. M. & Mme Adelman De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Pierre Arditi…

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Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

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15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

Sélection | Sortez vos agendas, montez le volume : voici 15 concerts où choper des acouphènes, siroter des mousses et accessoirement, parfaire votre culture musicale ; de la sono mondiale au hip-hop américain, en passant par l'underground finlandais, point de répit pour les esgourdes.

Gabriel Cnudde | Mardi 20 septembre 2016

15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

HD Been Dope À peine 20 ans, une dégaine d'adolescent et il est pourtant l'un des poids lourds de la scène hip-hop new-yorkaise. Lui, c'est HD Been Dope, adulé par la critique et par ses confrères depuis sa première mixtape, sortie à 16 ans seulement. Avec son flow calé sur des instrumentaux très 90's, le jeune MC veut aller chercher ce qui se faisait de meilleur pendant l'âge d'or du rap de la Big Apple. Pour le moderniser, le modeler à sa sauce et en faire de l'unique. Au Périscope le jeudi 22 septembre Ibrahima Cissokho Cet inépuisable Sénégalais chante en anglais, en wolof et en mandingue, comme pour transcender les frontières du monde. Influencé par les musiques traditionnelles sénégalaises aussi bien que par toutes les musiques qui ont un jour croisé sa route (jazz, salsa, rock), Ibrahima Cissokho livre à ses auditeurs une musique que l'on pourrait bien qualifier "d'autour du monde" tant ses prestations sont des invitations à l'ouverture. Au Périscope le jeudi

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Madame Bovary

ECRANS | De Sophie Barthes (Fr, 1h58) avec Mia Wasikowska, Henry Lloyd-Hugues, Ezra Miller…

Vincent Raymond | Mardi 3 novembre 2015

Madame Bovary

Lorsque l’on décide d’adapter un classique (et quel classique, en l’occurence !), il faut soit se montrer d’une fidélité absolue, soit d’une infidélité intransigeante en massacrant jusqu’à l’histoire même, façon Tarantino. Se contenter de la tiédeur de l’entre-deux se révèle toujours un choix exécrable : celui de l’indécision ou du "par défaut". Or c’est celui adopté par Sophie Barthes dans ce film bâtard, à la distribution anglophone qu’on croirait empruntée à Sundance (Ezra Miller, Rhys Ifans, Paul Giamatti plus l’indispensable Olivier Gourmet, pour des raisons de coproduction, sans doute) et au décor de "film du milieu" français. La diaphane Mia Wasikowska, très présente à l’écran en ce moment, mais bien peu prégnante, ne fait que raviver le souvenir d’Isabelle Huppert chez Chabrol, dont ce Bovary semble être une évocation persistante, mais affadie.

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Foreztival, une drôle de ménagerie

MUSIQUES | Dans la forêt lointaine, on entend le hibou, d'accord. Mais dans le Forez lointain, qu'entend-on ? Cette année, principalement le Birdy Nam Nam, drôle (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Foreztival, une drôle de ménagerie

Dans la forêt lointaine, on entend le hibou, d'accord. Mais dans le Forez lointain, qu'entend-on ? Cette année, principalement le Birdy Nam Nam, drôle d'oiseau à six pattes – depuis que DJ Pone est allé voir ailleurs si le ciel y était plus bleu – qui n'a de cesse d'emmener le hip-hop instrumental vers de nouveaux horizons, là où ses suiveurs, paresseuses poules aux œufs d'or, se contentent d'en picorer les racines black ad nauseam. Mais aussi le Fauve, inoffensive bestiole dont le cri, sorte de logorrhée de fan de Diabologum en pleine mue, a tendance à nous rendre fou de la gâchette (de fusil hypodermique, on n'est pas des bêtes). Et puis des punks en voie d'extinction (Les Sheriff), une chimère afro-funk (Vaudou Game), un ex-lion au régime strict de vers libres (Kacem Wapalek), des mélodies électroniques serpentines (charmées par Fakear) ou encore des animaux migrateurs se repérant par écholocalisation de basses fréquences (les pionniers du french dub High Tone, featuring le MC halluciné Oddateee)

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Woodstower, toujours vert

MUSIQUES | Battu par les flots, Woodstower ne sombre pas. Deux ans après un déluge qui l'a contraint à revoir ses ambitions à la baisse, le festival du Grand parc (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Woodstower, toujours vert

Battu par les flots, Woodstower ne sombre pas. Deux ans après un déluge qui l'a contraint à revoir ses ambitions à la baisse, le festival du Grand parc Miribel Jonage propose au contraire l'un des week-ends – concerts le samedi, arts de la rue et animations décalées (sauna, retrogaming, sound system sous-marin...) le dimanche – les plus solides de son histoire. Sur la scène principale se succéderont notamment la révélation post-punk Jeanne Added, les exubérants Sud-africains de SKIP&DIE (qui revisitent les traditions tropicales à l'aune d'une bass music éminemment rassembleuse) et un Mr. Oizo plus barré et acide que jamais, tandis que sa petite sœur fera la part belle au hip-hop, fut-il décontracté et old-school (Chill Bump) ou abstrait et futuriste (Fowatile). Quant au club, il accueillera le pionnier de la minimale Ivan Smagghe, Claude (le projet disco/house tout chelou de l'inclassable beatmaker Fulgeance) et Thylacine, magicien de la MPC qui, comme Fakear et Superpoze, réinjecte méticulosité et mélan

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Superpoze - "Opening"

MUSIQUES | Critique du premier album du jeune producteur caennais Superpoze.

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Superpoze -

On se souvient de notre première rencontre avec Superpoze comme d'une apparition. C'était au printemps 2013, au festival TILT à Perpignan. Programmé en prélude à un authentique boucan d'enfer (Sebastian, Fukkk Off, Carbon Airways...), il s'était avancé sur scène tel un ange annonciateur, Gabriel de son prénom, le visage d'une innocence juvénile – il avait alors la vingtaine à peine entamée – et le corps agité de spasmes typiques d'un état de grâce, brandissant en guise de trompette une MPC (un séquenceur/sampler portatif) de laquelle il avait fait jaillir des abstractions électro-hip-hop aux airs de souvenirs. Souvenirs de quelque paradis à l'exotisme glaciaire, dont les délicats contours (cut-ups vocaux réduits à des onomatopées tribales, beats clapotant comme des ricochets sur l'eau, nappes de synthé dessinant des horizons meilleurs) épousaient ceux de From the Cold, un premier EP sur lequel il soldait un an plus tôt l'héritage des labels Warp et Ninja Tune – «des artistes comme Flying Lotus ou Bonobo furent primordiaux dans ma découverte de la composition en solitaire» reconnaît-il aujourd'hui. Deux ans et un

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Superpoze : «Penser la musique en 3D»

MUSIQUES | Deux mois après une date au Sucre, Superpoze est de retour à Lyon. Entre temps, le petit prodige de la MPC, à l'avant-poste d'une scène musicale caennaise en pleine ébullition, a enfin publié son premier album. Et c'est un chef-d’œuvre d'electronica naturaliste. Propos recueillis par Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Superpoze : «Penser la musique en 3D»

Opening, ton premier album, est nettement plus contemplatif que tes premières productions, très orientées beatmaking. Ce changement d'état d'esprit, est-il naturel ou intentionnel ? Superpoze : L'envie de faire un album a été naturelle. Quand je m'y suis mis, j'ai essayé de refaire des morceaux comme ceux de mes EPs et cela ne m'a provoqué aucune sensation. L'intention est venue du coup dans les structures. Je ne voulais plus qu'elles soient pop, au sens le plus large du terme, avec des refrains identifiables, des couplets... Je voulais envisager l'album dans son ensemble, laisser le temps à la musique, aux progressions, pouvoir me dire que si un événement n'est pas survenu dans tel morceau il pourra dans le suivant... C'est impossible quand tu travailles morceau par morceau, car tu fais seulement en sorte que chacun soit fort en lui-même. Á une époque où la musique est consommée d'une manière de plus en plus éclatée, c'est une vraie prise de risque... Le fait de prendre le temps ne devrait pas être un risque. Quand je compose, je ne me pose pas la question de la consommation de ma musiq

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Les Authentiks de retour

MUSIQUES | Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival des Authentiks retrouvera le chemin du Théâtre antique de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 14 avril 2015

Les Authentiks de retour

Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival des Authentiks retrouvera le chemin du Théâtre antique de Vienne le 15 juillet prochain. Au programme, du beat et des palabres avec le collectif Chinese Man, le petit prodige electronica Fakear, Joeystarr pour un plan à trois avec Cut Killer et DJ Pone, les rappeurs léonins (au sens propre) de l'Animalerie et la pasionaria ragga Soom-T.

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Insomniaque - Semaines du 4 au 17 février

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer d'ici la mi-février : Superpoze au Sucre, Marcellus Pittman au Petit Salon et Ron Morelli à la Plateforme. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 3 février 2015

Insomniaque - Semaines du 4 au 17 février

06.02 Superpoze + Tokimonsta Superpoze ne tape pas sur des bambous mais sur des MPC, et c'est numéro un quand même. Du moins ce le sera quand ce jeune Caennais, révélé en 2012 par un mémento d'abstract hip-hop bienheureux (The Iceland Song, comme du Roudoudou retravaillé par Bonobo), se décidera à sortir son premier album. Pour l'heure, c'est fort de deux épatants EPs que ce fan avéré de Shigeto se produira au Sucre – au côté, d'ailleurs, d'une autre figure asiatico-américaine du beatmaking : l'enchanteresse de buildings Tokimonsta, à laquelle il dédicacera sans doute son sifflotant Monsta Mash. 07.02 Art Feast presents... A Detroit, tout marche par trois. Forcément. Ainsi des Bell

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David et Madame Hansen

ECRANS | De la part du créateur de Kaamelott, rien ne pouvait laisser présager une entrée au cinéma aussi singulière que ce David et Madame Hansen. Loin d’exploiter un (...)

Christophe Chabert | Lundi 27 août 2012

David et Madame Hansen

De la part du créateur de Kaamelott, rien ne pouvait laisser présager une entrée au cinéma aussi singulière que ce David et Madame Hansen. Loin d’exploiter un filon, Alexandre Astier le prend à rebrousse-poil avec cette œuvre aussi mélancolique que l’automne sur le lac du Bourget, où se déroule une partie de l’action. On y voit un ergothérapeute fraîchement investi dans une clinique en Suisse (Astier lui-même, tout en retenue et chuchotements), qui doit s’occuper d’une patiente souffrant d’amnésie post-traumatique, Madame Hansen-Bergmann, qui porte sur le monde un regard imprévisible et d’une mordante lucidité. C’est le thème du film : la norme bousculée par une pathologie qui devient une forme de santé face à des êtres coincés dans leur conformisme. Astier l’aborde avec son habituelle maîtrise d’écriture, et une mise en scène d’une belle simplicité, même si elle se laisse parfois aller à quelques inutiles ralentis et fondus enchaînés. Ce qui touche dans David et Madame Hansen, c’est la manière dont Astier redouble la quête de communication entre les deux protagonistes par son propre dialogue de comédien avec une Isabelle Adjani impressionnante. Comme

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«Le tour de chant idéal»

SCENES | Entretien / Dans «Madame Raymonde exagère», Denis d’Arcangelo enfile la robe de Madame Raymonde pour un tour de chant et un peu plus… Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Dimanche 6 décembre 2009

«Le tour de chant idéal»

Petit Bulletin : Vous avez créé le personnage de Madame Raymonde au début des années 90. Qui est cette femme et pourquoi ne l’avez-vous plus quittée depuis ?Denis d’Arcangelo : Madame Raymonde est née suite à un concours de circonstances. À cette époque, je travaillais avec Philippe Bilheur sur la création de spectacles de rue. Nous avions une passion commune pour le cinéma des années trente et surtout pour Arletty. En 1988, pour les 90 ans d’Arletty, nous avons décidé d’aller chanter sous ses fenêtres avec un orgue de barbarie. C’était un dimanche d’été, elle était chez elle, elle nous a fait entrer et une amitié est née ; nous sommes passés la voir une fois par mois jusqu’à sa mort, quatre ans plus tard. Le même été, dans une brocante, nous sommes tombés sur une robe qui me rappelait celle qu’Arletty portait dans «Hôtel du nord» quand elle incarnait le personnage de Madame Raymonde. C’est ainsi que mon personnage est né… Le soir dans la rue, j’ai chanté des chansons d’Arletty. Arletty, elle nous a poussés à continuer et nous a conseillé un répertoire, notamment des chansons de Gaby Montbreuse. Très vite, j’ai abandonné l’imitation pour créer un véritable personn

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Max Ophüls

ECRANS | La Ronde / Le Plaisir / Madame De… / Lola Montès Gaumont vidéo

Christophe Chabert | Vendredi 4 décembre 2009

Max Ophüls

Événement cinéphile de l’année en DVD, l’édition des quatre derniers films de Max Ophüls, bizarrement inédits chez nous, se fait via un beau coffret agrémenté en bonus d’un cinquième film réalisé par Marcel Ophüls, où il évoque le cinéma de son père. Dans sa dernière période, Ophüls, revenu en France après des années d’exil à Hollywood, laisse libre cours à son goût pour la virtuosité et l’expérimentation. Adaptant Schnitzler (La Ronde et sa construction en marabout-de-ficelle), Maupassant (les trois nouvelles qui forment l’autre rébus qu’est Le Plaisir), Louise de Vilmorin (Madame De…, sans doute le film qui raccorde le mieux avec les mélodrames tournés à Hollywood) et Cécil Saint-Laurent (Lola Montès), Ophüls se plaît à se couler dans les codes du cinéma en studio et du film en costumes pour s’offrir une audace totale dans le maniement de sa caméra. Le cinéaste est resté un des maîtres absolus du plan-séquence, mais chez lui, le moindre mouvement d’appareil est un ballet réglé au millimètre, d’une absolue fluidité. C’est plus que jamais le cas dans Lola Montès, dont la version restaurée et remontée est présentée ici : en cinémascope et en couleu

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Fantôme d’amour

ECRANS | Le film de décembre de la Ciné-Collection est un chef-d’œuvre intemporel : la comédie romantique et fantastique de Joseph Mankiewicz, 'L’Aventure de Madame Muir'. CC

Christophe Chabert | Vendredi 27 novembre 2009

Fantôme d’amour

Généralement pas tendre et peu porté sur le sentimentalisme, Jean-Patrick Manchette, du temps où il officiait comme critique cinéma à 'Charlie Hebdo' en parallèle à son activité d’écrivain, avait avoué sa passion pour L’Aventure de Madame Muir (1947) en ces termes : «Ce que je sais de plus important sur ce film, c’est qu’à la fin, je vais pleurer». Il est vrai qu’il a quelque chose d’irrésistible dès ses premiers plans, où la musique de Bernard Hermann (un thème à trois notes dont le compositeur tire une stupéfiante série de variations) nous introduit dans le domicile de l’héroïne, Madame Muir. Veuve depuis un an, elle décide de quitter sa belle famille et de s’installer avec sa fille (la toute jeune Nathalie Wood) et sa bonne dans un cottage en bord de mer pour y démarrer une nouvelle vie. Le dialogue est magnifique, d’une cruauté feutrée mais terrible, comme lorsque la belle-mère lance à sa bru : «Vous êtes la dernière chose qui me rappelle mon fils». Qu’importe pour Lucy Muir : en ce début de XXe siècle, elle bravera tous les obstacles pour affirmer son indépendance. Car le scénario, mi-romantique, mi-fantastique, ne cessera de la confronter à elle-même, à s

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