Superpoze - "Opening"

MUSIQUES | Critique du premier album du jeune producteur caennais Superpoze.

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

On se souvient de notre première rencontre avec Superpoze comme d'une apparition.

C'était au printemps 2013, au festival TILT à Perpignan. Programmé en prélude à un authentique boucan d'enfer (Sebastian, Fukkk Off, Carbon Airways...), il s'était avancé sur scène tel un ange annonciateur, Gabriel de son prénom, le visage d'une innocence juvénile – il avait alors la vingtaine à peine entamée – et le corps agité de spasmes typiques d'un état de grâce, brandissant en guise de trompette une MPC (un séquenceur/sampler portatif) de laquelle il avait fait jaillir des abstractions électro-hip-hop aux airs de souvenirs.

Souvenirs de quelque paradis à l'exotisme glaciaire, dont les délicats contours (cut-ups vocaux réduits à des onomatopées tribales, beats clapotant comme des ricochets sur l'eau, nappes de synthé dessinant des horizons meilleurs) épousaient ceux de From the Cold, un premier EP sur lequel il soldait un an plus tôt l'héritage des labels Warp et Ninja Tune – «des artistes comme Flying Lotus ou Bonobo furent primordiaux dans ma découverte de la composition en solitaire» reconnaît-il aujourd'hui.

Deux ans et un second EP tout aussi dépaysant plus tard (Jaguar), le voilà de retour avec un premier album précédé d'une attente messianique, où les souvenirs ont laissé place à un travail quasi documentaire d'une petite trentaine de minutes, à mi-chemin du travelling pour ciné-concert au piano (Overseas, Home Is Where I Am, North) et du field recording pulsant de précipitations organiques (Time Travel, Ten Lakes, Unlive).

Opening, c'est son titre, est pourtant un pur disque d'electronica de chambre, enregistré à la lueur d'un écran à la luminosité mal ajustée. Oui mais voilà, nous sommes en 2015, à une époque où une simple prise Ethernet suffit à transformer un bureau en cockpit vers l'ailleurs. A ce titre, on a craint un temps que Superpoze ne devienne le Roudoudou de la génération Soundcloud (celle qui selon lui «se fiche de savoir si un morceau est mainstream ou underground, rap ou techno»), one-hit-wonder trop nostalgique pour aller de l'avant – Sound of Iceland, le tube qui l'a révélé, est un peu son Peace and Tranquility to Earth à lui. Opening rassure : il en est plutôt, par sa patience, son ambition et son sang froid mélodique, le Boards of Canada.

Benjamin Mialot

Opening (Combien Mille)


Embrace

Bondax + Snakehips + Dj Sliink + Superpoze + Thylacine + Dream Koala + Andrea + Les Gordon
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

L'électro à la mode de Caen

MUSIQUES | Focus sur l'effervescente scène musicale normande, dont Superpoze est l'un des ambassadeurs les plus prometteurs.

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

L'électro à la mode de Caen

Baignant dans son jus (de pomme) depuis que Stone & Charden ont cru bon de chanter le Débarquement avec le même détachement qu'un air de colo, la Normandie s'impose ces derniers temps comme l'un des territoires sonores les plus féconds du pays – et dont l'épicentre n'est autre que la ville natale de Superpoze, Caen. Des Concrete Knives aux Lanskies en passant par Granville, c'est d'abord grâce à ses artisans pop que la région a fait parler d'elle. Aujourd'hui, ce sont ses producteurs de musique électronique qui, sur les traces de l'intrépide beatmaker Fulgeance et sous l'oreille bienveillante de Gilles Peterson, enfant du pays parti faire la pluie (surtout, climat océanique oblige) et le beau temps à la radio de l'autre côté de la Manche, lui valent toutes les attentions. Ainsi de Fakear, autre vingtenaire qui revisite l'abstraction façon Warp par le prisme du sensible (et figurait au générique de la première soirée Embrace). Ainsi du duo Beataucue, dépositaire d'une novo French Touch pour le moins vigoureuse. Ainsi, également, des techno kids qui deviendront grands Baadman et Madame. Tout un petit monde qui, s'il a choisi de r

Continuer à lire

Superpoze : «Penser la musique en 3D»

MUSIQUES | Deux mois après une date au Sucre, Superpoze est de retour à Lyon. Entre temps, le petit prodige de la MPC, à l'avant-poste d'une scène musicale caennaise en pleine ébullition, a enfin publié son premier album. Et c'est un chef-d’œuvre d'electronica naturaliste. Propos recueillis par Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Superpoze : «Penser la musique en 3D»

Opening, ton premier album, est nettement plus contemplatif que tes premières productions, très orientées beatmaking. Ce changement d'état d'esprit, est-il naturel ou intentionnel ? Superpoze : L'envie de faire un album a été naturelle. Quand je m'y suis mis, j'ai essayé de refaire des morceaux comme ceux de mes EPs et cela ne m'a provoqué aucune sensation. L'intention est venue du coup dans les structures. Je ne voulais plus qu'elles soient pop, au sens le plus large du terme, avec des refrains identifiables, des couplets... Je voulais envisager l'album dans son ensemble, laisser le temps à la musique, aux progressions, pouvoir me dire que si un événement n'est pas survenu dans tel morceau il pourra dans le suivant... C'est impossible quand tu travailles morceau par morceau, car tu fais seulement en sorte que chacun soit fort en lui-même. Á une époque où la musique est consommée d'une manière de plus en plus éclatée, c'est une vraie prise de risque... Le fait de prendre le temps ne devrait pas être un risque. Quand je compose, je ne me pose pas la question de la consommation de ma musiq

Continuer à lire

Insomniaque - Semaines du 4 au 17 février

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer d'ici la mi-février : Superpoze au Sucre, Marcellus Pittman au Petit Salon et Ron Morelli à la Plateforme. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 3 février 2015

Insomniaque - Semaines du 4 au 17 février

06.02 Superpoze + Tokimonsta Superpoze ne tape pas sur des bambous mais sur des MPC, et c'est numéro un quand même. Du moins ce le sera quand ce jeune Caennais, révélé en 2012 par un mémento d'abstract hip-hop bienheureux (The Iceland Song, comme du Roudoudou retravaillé par Bonobo), se décidera à sortir son premier album. Pour l'heure, c'est fort de deux épatants EPs que ce fan avéré de Shigeto se produira au Sucre – au côté, d'ailleurs, d'une autre figure asiatico-américaine du beatmaking : l'enchanteresse de buildings Tokimonsta, à laquelle il dédicacera sans doute son sifflotant Monsta Mash. 07.02 Art Feast presents... A Detroit, tout marche par trois. Forcément. Ainsi des Bell

Continuer à lire

Shackleton, l'aventurier des basses perdues

MUSIQUES | Dans la grande famille de la bass music, on voudrait le fils qui a foutu le camp et s'en est mieux sorti que tout le monde. Bonne pioche cette semaine au Sucre avec la venue de Sam Shackleton, Grand Manitou du dubstep qui voit plus loin que le bout de son drop. Beaucoup plus loin. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 11 novembre 2014

Shackleton, l'aventurier des basses perdues

Sam Shackleton n'a sans doute aucun lien de parenté avec l'explorateur Ernest Shackleton. Mais son goût de l'aventure est à la mesure de celui qui permit à son compatriote britannique, véritable héros de la conquête de l'Antarctique au début du vingtième siècle, de survivre à vingt-deux mois d'errance par moins 45 degrés. Toute proportion gardée : là où Ernest fut capable de traverser près de deux milles bornes d'océan en canot et au sextant pour secourir son équipage, l'un des actes de bravoure les plus notables de Sam a consisté à saborder son premier label, Skull Disco, après la parution d'une douzaine de références d'un avant-gardisme à faire passer Burial pour une idole des springbreakers. Mais il en dit long sur l'attitude foncièrement punk – il a d'ailleurs fait ses premiers pas dans le rock indiscipliné – qui, depuis dix ans, le pousse à défricher depuis sa base berlinoise des territoires sonores vers lesquels l'homme n'a jamais tendu l'oreille, tournant le dos à cette scène dubstep qui l'a vu naître et reçoit depuis ses messages comme on est touché par la grâce divine. Il y a des mondes ailleurs Car Shackleton a tout "vu" – notamment l'Afrique

Continuer à lire