Sufjan Stevens au Radiant-Bellevue

Benjamin Mialot | Lundi 20 avril 2015

C'est pas moins d'une dizaine d'années d'attente (mettons depuis la sortie de Seven Swans) qui sera récompensée le 27 septembre prochain quand, pour la première fois de sa géniale carrière, Sufjan Stevens se produira à Lyon (au Radiant-Bellevue).

D'ici là, on devrait atteindre sans problème le millier d'écoutes de Carrie and Lowell, son septième album, désarmant retour à l'épure pop/folk en forme de confession familiale.

Ouverture de la billetterie jeudi 23 avril à 10h.

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Sufjan Stevens, dans tous ses États

MUSIQUES | Pour la première fois en concert à Lyon, le génie baroque 'n' folk Sufjan Stevens crée aussi l'événement en revenant clandestinement, et au détour d'un magnifique album de deuil maternel, à son grand projet : mettre sur disque son autre mère – patrie celle-là –, les États-Unis d'Amérique.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

Sufjan Stevens, dans tous ses États

Peut-être notre perception est-elle légèrement biaisée par cette chanson qu'il consacra au tueur en série John Wayne Gacy Jr. et dans laquelle il confiait «And in my best behavior / I am really just like him / Look beneath the floorboards / For the secrets I have hid», mais on ne peut s'empêcher de penser que Sufjan Stevens est affublé de certains travers du tueur en série moyen. Un caractère obsessionnel, une enfance difficile (un classique) et une tendance à la collectionnite : ici, philatélie des souvenirs, réels ou fantasmés, tordus par la mémoire ; des figures, des lieux, mythiques ou anecdotiques. Pour Sufjan Stevens, il n'y a que par cette forme d'entomologie, pour laquelle il se nourrit de recherches poussées, que l'on peut conter et comprendre l'Histoire américaine, cette géographie : «Ne possédant pas l'Histoire des Européens, nous tirons notre fierté des détails» répète-t-il à l'envi. Au lieu de collectionner les cadavres comme Gacy, Stevens en fait d'exquis en déterrant ses fétiches de la Grande Amérique, enfouis sous le tapis avec ses propres secrets.

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Sufjan Stevens

MUSIQUES | Silver & Gold – Songs for Christmas (Vol. 6-10) (Asthmatic Kitty/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 24 décembre 2012

Sufjan Stevens

Point n'est besoin de préciser que depuis des décennies, l'album de Noël est devenue une tarte à la crème. Ou plutôt puisque c'est le thème, une bûche, bien crémeuse, dont l'opportunisme commercial le dispute à la digestibilité musicale. Tous les plus grands (Elvis, Sinatra, Beach Boys, on en passe...) se sont collés à l'exercice – et d'ailleurs les plus petits aussi, ce qui prouve bien à quel point on a raison.   On se souvient par exemple d'un exercice dylanien, Christmas in the Heart (2009), à faire fuir la magie de Noël à dos de rennes boiteux, poignardant pour le coup de manière assez littérale Noël en plein cœur – « in the heart » –, ce qui le rendait aussi rigoureusement indispensable que tout grincheux à la table du réveillon.     Mais force est de reconnaître qu'au fil des ans l'exercice obligatoire consi

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Quand la pop (music) n'est plus pop(ulaire)

MUSIQUES | Ambition, commandes, volonté d'aller voir plus loin, de David Byrne à Sufjan Stevens, de Paul McCartney à Chilly Gonzales, nombreux sont les musiciens pop qui se sont aventurés hors de leur pré-carré : sur les terres de l'expérimental, du classique, voire des deux en même temps. À l'occasion du passage de Gonzales pour deux concerts aux Subsistances autour de son projet piano solo, revue d'effectif de quelques popeux sortis de leurs gonds. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 octobre 2012

Quand la pop (music) n'est plus pop(ulaire)

Gérard Manset – La Mort d'Orion (1970)Dans le paysage pop français, Gérard Manset est un OVNI. Dès son deuxième album, l'auteur d'Animal on est mal – qui a son petit succès pendant les événements de mai 68 – se met en tête de composer La Mort d'Orion : un objet musical resté à ce jour unique, oratorio cintré, audacieux et boursouflé, mélange de rock progressif et de musique classique, ponctué de passages à couper le souffle et nourri de paroles mansetiennes en diable qui font parfois pouffer – qui d'autre pour faire rimer sans rire «preux chevalier teutonique» et «lépreux satanique». Malgré les succès futurs, comme Il voyage en solitaire, et les collaborations avec, à la louche, 75% des chanteurs français, La Mort d'Orion, restera à jamais l'œuvre mythique de Manset et le premier album-concept français. On s'arrachera ainsi les rééditions d'un disque vendu à 20 000 exemplaires à sa sortie. Lou Reed – Metal Machine Music (1975)Passons sur certains de ses albums-concept mégalo ou

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The Daredevil Christopher Wright

MUSIQUES | The Nature of Things (Almost Musique)

Stéphane Duchêne | Lundi 1 octobre 2012

The Daredevil Christopher Wright

Que sait-on au juste de l'Etat du Wisconsin, pendu comme une balloche au sud de la frontière canadienne ? Qu'il borde le lac Michigan d'un côté et la Highway 61 chère à Bob Dylan de l'autre. Qu'on y brasse de la bière en grande quantité, pour oublier qu'on vit à Milwaukee ou Madison. Que les Packers de Green Bay (football américain) y sont la seul équipe du sport professionnel américain à fonctionner sous le régime de la coopérative et à appartenir à ses 112 000 supporters (en violation totale mais tolérée des règles en vigueur dans son championnat). Et enfin qu'il est le théâtre des Jours Heureux de Ritchie Cunningham et Arthur Fonzarelli alias Fonzie. Mais depuis quelques temps, on sait aussi qu'on y trouve des barbus à la voix délicate qui aiment à s'isoler dans des cabanes en bois pour écrire des chansons tristes, tel Justin Vernon aka Bon Iver qui, suite à une rupture amoureuse se retira un jour dans les bois aux alentours d'Eau Claire – ville vestige de la Nouvelle-France, province coloniale, française donc, abandonnée en 1763. On ne s'étonnera pas de savoir, à l'écoute de leur musique et

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Sufjan Stevens The BQE (Asthmatic Kitty)

MUSIQUES | Cartographe autant que musicien, Sufjan Stevens est un peu devenu le Google Maps de la pop américaine. S’il n’a, pour l’instant, pas poursuivi (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 octobre 2009

Sufjan Stevens
The BQE
(Asthmatic Kitty)

Cartographe autant que musicien, Sufjan Stevens est un peu devenu le Google Maps de la pop américaine. S’il n’a, pour l’instant, pas poursuivi directement son projet de consacrer un album à chacun des États Unis d’Amérique (l’Illinois et le Michigan sont déjà dans la boîte), le Mozart de Detroit n’en continue pas moins de démanteler par petites touches le mythe américain. C’est encore le cas ici avec The BQE, pièce entièrement instrumentale consacrée à la Brooklyn Queens Expressway, mythique voie express reliant comme son nom l’indique le quartier new-yorkais de Brooklyn à celui du Queens. A l’origine The BQE était un spectacle multimédia (cinéma, danse) symphonique créé en 2007 par Stevens et mis en musique pour son groupe et un orchestre de chambre. Deux ans plus tard, The BQE est édité sous la forme d’un coffret CD-DVD, qui nous permet, au-delà de l’originalité de ce projet récompensé par un prix, d’appréhender les obsessions symphoniques de Sufjan Stevens. Convoquant aussi bien Gershwin, Terry Riley que… Autechre, le petit génie s’en donne à cœur joie. Et s’abandonne avec bonheur aux joies du classicisme musical tout en en faisant littéralement exploser les carcans au gré de se

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SUFJAN STEVENS

MUSIQUES | Songs for Christmas / Asthmatic Kitty/Differ-ant

| Mercredi 13 décembre 2006

SUFJAN STEVENS

On se doute bien que Sufjan Stevens ne viendra jamais à bout de son pharaonique projet : consacrer un disque à chacun des États américains. Après les magistraux opus consacrés au Michigan et à l'Illinois, il lui en reste quand même 48, et on ne peut pas pondre si facilement un album sur le Delaware. Il poursuit néanmoins son travail d'entomologie de l'Amérique, avec, cette fois, un coffret enregistré entre 2001 et 2006 retraçant en 5 CD sa vision du Noël américain (qu'il déteste, dit-on). Et au-delà du clin d'œil aux habituels puddings discographiques type Machinchose chante Noël et des bonus pour rire (stickers, poster de la Stevens Family en Père Noël...), il y a les chansons, magnifiques. Ici, elles sont le plus souvent dénuées de cette grandiloquence qui a permis à Stevens d'inventer une forme de folk symphonique érigeant des cathédrales de poils sur les bras de ses auditeurs. Mais d'un coup de banjo, avec trois notes de piano, une harmonie vocale minimale, et les grelots et carillons de circonstance, elles vous donneront envie, le soir de Noël, d'étreindre longuement votre vieille tante barbue qui sent le gruau. Et peut-être de la faire danser sur le virevoltant Come On ! Let'

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