Le Kraspek Myzik : 10 ans d'activisme indie

MUSIQUES | Depuis le début de l'année, le Kraspek Myzik fête son dixième anniversaire. L'occasion de revenir en compagnie de Nicolas Tiran, l'un de ses fondateurs, sur l'histoire de ce singulier «espace de diffusion et de création de musique indépendante». Valentine Martin

Benjamin Mialot | Mardi 5 mai 2015

Photo : Ales Rosa


L'aventure commence en 2003, avec une association au nom redoutable : Lerocképamort. Elle compte alors trois fondateurs, jeunes et passionnés de musique – Nicolas Tiran, le dernier encore actif, est aujourd'hui son président, autour duquel gravite une trentaine de bénévoles. Dès le départ, leur mission s'impose d'elle-même, nette et sans concession : faire découvrir au public des artistes et des groupes de musique amateurs ou en voie de professionnalisation.

Dans cette idée, Lerocképamort organise des concerts et se lance dans une activité de disquaire. Mais le besoin d'un local se fait rapidement sentir. Deux ans plus tard, l'association acquiert en bas des pentes de la Croix-Rousse le Kafé Myzik, alors vacant et pile dans ses moyens. «On connaissait déjà un peu le lieu avoue Nicolas Tiran. On savait comment il fonctionnait et ce qu'on pouvait en faire». Le Kafé Myzik devient le Kraspek Myzik, une salle de concert à taille très humaine (80 places) doublée d'un espace de vente de disques à l'écart des circuits traditionnels.

Tous les styles de musique y sont représentés, du rap au folk en passant par l'électro. Une incongruité pour une association s'appelant Lerocképamort ?

En fait, lerocképamort décrit plutôt un état d'esprit. Nous n'avons jamais été ancré dans le rock uniquement se justifie le président. Si nous avons appelé l'association comme ça, c'est surtout pour montrer que l'art et la culture indépendante ne sont pas morts. L'esprit rock, c'est de dire que l'on peut tout faire et que toutes les formes artistiques ont voix au chapitre.

Effort collectif

Les débuts du Kraspek sont difficiles. Faute de subvention, le loyer et l'électricité sont payés par le petit bar de l'association et le cachet des artistes repose uniquement sur la billetterie. Son travail depuis reconnu, il est désormais financé par la ville via le label Scène découverte (obtenu en 2012), par la SACEM et ponctuellement par la mairie du 1er arrondissement, notamment au moment du très défricheur festival Plug and Play.

S'il reconnaît que ces aides financières ne sont pas étrangères à la longévité du lieu, Nicolas Tiran souligne toutefois que rien n'aurait été possible sans une équipe soudée et attachée à ses aspirations initiales. Équipe qui s'est, de fait, professionnalisée au fil de la décennie. Les salariés (le premier fut embauché en 2008) sont actuellement au nombre de quatre : un régisseur, un administrateur, un chargé de communication et un programmateur.

Au-delà des activités de diffusion et de distribution, tous concourent également à la mise en lumière de la scène locale – qui constituait à l'origine le gros de la programmation du Kraspek, nombre d'artistes internationaux ayant depuis été séduits par l'atmosphère intimiste de l'endroit.

Par le biais de courtes résidences, les groupes en émergence ayant «besoin d'un regard extérieur, de pouvoir s'entraîner dans des conditions réelles. C'est aussi notre mission de faire évoluer et progresser les projets.» Mais aussi par celui d'opérations plus visibles, à l'instar du tremplin dédié à la chanson française que l'équipe organise depuis sept ans et qui s'est depuis focalisé sur la scène féminine, trop souvent sous-représentée ; Buridane en fut, par exemple, l'une des révélations.

Relance de dix ?

Lorsqu'on franchit un tel cap d'existence, qui plus est en toute indépendance, il convient de fêter l'événement dignement. Dans cette optique, le Kraspek programme depuis le début de l'année une série de dix dates impliquant des artistes qui ont jalonné son histoire – cette semaine Nazca et son folk des prairies – y compris ceux qui ne sont plus de ce monde, à l'instar de Matthieu Côte, auquel un hommage sera rendu.

Pour la suite, le plan est à l'image de la salle : sans prétention. Nicolas Tiran souhaite avant tout pérenniser les postes et relancer la partie boutique, en prenant acte de la mutation du marché discographique, en tête le retour à la mode, depuis l'avènement des musiques électroniques et la prolifération des hipsters, du vinyle. Celui-là même qui figure sur son logo, symbole de l'attachement de toujours du Kraspek à l'objet musical :

Avec le numérique, nous n'avons que des choses dématérialisées. Ce n'est pas que nous sommes contre les téléchargements, c'est juste que l'objet permet aux œuvres artistiques d'être beaucoup plus complètes. Par exemple, dans nos bacs, nous avons des disques avec des pochettes qui ne sont pas du tout standard. Elles peuvent prendre des formes hexagonales ou même être ornées de sérigraphies. D'ailleurs, au début, on organisait beaucoup d'expositions liées à la musique, avec des petits concerts lors des vernissages.

La première date officielle du rocképamort fut ainsi une improvisation confrontant un bassiste et un sculpteur, dans le cadre d'une exposition à la MJC de Villeurbanne. Depuis, le Kraspek a trouvé ses marques. Mais il n'est certainement pas rentré dans le rang.

Nazca + Wooden Beaver
Au Kraspek Myzik dimanche 10 mai


Nazca + Wooden beaver


Kraspek Myzik 20 montée Saint-Sébastien Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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