Dominique A : « Un éloge du surplace »

MUSIQUES | Abordant le quart de siècle d'une carrière où le succès d'estime a fini par laisser place au succès tout court, Dominique A livre coup sur coup un dixième album d'un grand classicisme et un nouveau livre intime fait de petits riens. Où transpire une fois de plus le rapport très particulier à ces voyages immobiles intimes qui font avancer malgré tout et malgré soi. Rencontre avant son concert à la Belle électrique. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mai 2015

Photo : Richard Dumas


Formation en trio rock, arrangements de violons, format des chansons : tous ces élements font d'Éléor un album empreint de classicisme pop. Qu'est-ce qui a présidé à cette direction et constitue-t-elle votre limite en la matière ?

Dominique A : Jusqu'à présent, il y avait toujours de petits éléments perturbateurs qui faisaient que les disques ne rentraient pas dans un moule classique de chanson pop : un morceau plus long que les autres, ou deux-trois autres plus tordus. Là, l'idée, c'était d'écarter toute tentation de cet ordre pour aller vers un son clair qui crée de l'espace, donne une impression panoramique. C'est quelque chose qui m'est venu naturellement dans le prolongement d'En Surface, écrite pour Étienne Daho. De la chanson elle-même mais surtout la manière dont elle a été reçue qui m'a aiguillé en ce sens. Mais je crois effectivement que je ne peux pas être plus évident dans l'écriture, dans le format des chansons, sans me renier.

Cela vous a-t-il permis de vous concentrer uniquement sur l'exercice de la chanson ?

Oui, d'être dans un rapport de simplicité, au plus proche de l'écriture brute de la chanson sans la pervertir mais plutôt faire en sorte que son propos et la ligne mélodique soient appuyés et non pas contredits par les arrangements et la texture sonore. Globalement, à quelques guitares près, on reste dans quelque chose d'assez sage et feutré, étant entendu qu'il y avait chez moi cette obsession d'être dans des chansons assez douces, assez suaves même – osons le mot (rires) ! Bien sûr, tout n'était pas conceptualisé au-delà d'une idée de base. Il faut pouvoir se laisser surprendre par la tournure des événements.

Justement, souvent dans vos albums, il y a une cohérence thématique et atmosphérique forte : ici l'eau et les références géographiques qui semblent constituer un décor de base. Est-ce quelque chose que vous pensez en amont ou pas du tout ?

Ça s'impose au fur et à mesure. Quand les chansons déboulent, déjà je suis ravi de parvenir à en écrire encore et dans la mesure où le texte est bon, je ne réfléchis pas à une thématique globale. Je ne pars pas bille en tête. Mon délire au départ est exclusivement musical. Aucun de mes disques n'est né de l'envie de parler d'une chose en particulier. Simplement, un discours vient se greffer qui prend sa place au fur et à mesure et je sais qu'à un moment les textes vont s'accorder.

La scène a pour moi été une manière d'évacuer mon manque d'élan au quotidien

Il y a un thème qu'on retrouve sur Éléor, dans votre livre Regarder l'océan et au fond depuis toujours chez vous ; thème qui s'illustre aussi bien dans une chanson comme Au Revoir mon amour que dans la façon dont vous évoquez les lieux : c'est la prédominance presque un peu morbide du fantasme ou de la rêverie sur le passage à l'acte, qu'il soit amoureux ou de l'ordre du voyage. Une fascination pour le non-élan...

Un critique avait parlé un jour de catatonie (rires). Il y a plein de correspondances en effet entre le disque et le livre. Et c'est vrai que beaucoup de mes chansons font par exemple écho au dernier couplet d'Au revoir mon amour : « te prépares-tu chez toi à ne pas me rencontrer ». J'aime ces situations immobiles, comme des arrêts sur image où les gestes s'interrompent tandis que la pensée continue, j'aime cette tension. Sur Au revoir mon amour, on peut légitimement se poser la question de la morbidité : ce type finalement refuse obstinément que les choses arrivent et se réfugie dans sa rêverie. Ce non-élan, on le retrouve dans un texte comme Sous le hangar [dans le livre Regarder l'océan NDLR] avec cet amour d'adolescence qui ne se déclare pas et où je vais sous une grange chercher les traces de ce qui ne s'est pas passé. Il peut y avoir une forme de complaisance là-dedans, quelque chose du refus du déroulement de la vie. Mais on peut aussi voir cela comme une approche un peu zen, un éloge du surplace, une façon de ne pas se laisser envahir par des émotions trop fortes, toutes les tensions, les bouleversements de la vie.

De là, il semble qu'un paradoxe vous anime : vous évoquez dans le livre « la crainte de devoir agir et de justifier sa présence au monde » et en même temps, multipliant les supports et les collaborations, vous êtes un hyperactif...

Je ne le nie pas (rires). Dès que la moindre pause se dessine, je fais tout pour ne pas être confronté à rien. De même sur scène : je pense que la dernière chose dont on puisse me créditer, c'est d'être timoré (il éclate de rire). La scène a pour moi été une manière d'évacuer mon manque d'élan au quotidien. Et puis la vie m'a placé face à des responsabilités, j'ai dû prendre les choses à bras-le-corps mais j'ai toujours en arrière-fond cette attitude quasi adolescente d'appréhension de la vie.

Alors qu'il y a 20 ans, vous n'aviez pas du tout assumé voire saboté le succès du Twenty-Two Bar, aujourd'hui, vous écrivez pour Calogero, vous vous réjouissez et tirez des leçons d'un hit avec Daho, vous êtes primé aux Victoires de la musique... Bref, vous semblez moins ambivalent face au succès public...

Il n'y a plus d'ambivalence du tout. Maintenant, je me réjouis de tout ce qui m'arrive (rires). Jeune, j'ai eu besoin d'un sas de décompression entre la non-réception médiatique totale de mes premières tentatives en groupe et ce qui s'est passé avec mon premier disque sur un label national. Il m'a fallu m'adapter à l'idée d'une carrière qui outrepassait mes désirs les plus fous, à l'exposition médiatique mais aussi un certain mal-être corporel face à l'image notamment.

Si j'avais foncé tête baissée dans tous les plans variéteux de l'époque, au lieu de vous parler, je serais peut-être en train de faire la tournée Stars 90.

À l'époque du label Lithium qui se voulait très underground, n'y avait-il pas un refus presque politique du succès ?

Ah oui, complètement : une philosophie radicale... Le rejet que j'avais du Twenty-Two Bar était aussi dû à la force de conviction de Vincent Chauvier, le boss du label qui n'était pas là pour vendre des galettes à tout prix mais pour produire des artistes radicaux, en accord avec sa vision de la vie. Pour lui, le succès du Twenty-Two Bar était lié à un réflexe chauvin qui sentait la France à papa et les 30 glorieuses, ce qui le révulsait. Comme je souscrivais à son point de vue, on a freiné le succès de ce titre qui aurait pu être important. Puis, en sortant le single Il ne faut pas souhaiter la mort des gens qui n'avait aucun destin radiophonique possible, on s'est tiré une balle dans le pied, mais joyeusement (rires). Il y avait un esprit assez élitiste chez Lithium, c'est ce qui l'a rendu important. Mais si j'avais foncé tête baissée dans tous les plans variéteux de l'époque, au lieu de vous parler, je serais peut-être en train de faire la tournée Stars 90...

À la lecture de vos livres, et notamment Regarder l'océan, on reconnaît évidemment l'univers de Dominique A auteur de chansons, tout en ayant l'impression que sur le terrain de la littérature, vous êtes un peu sur la réserve...

Il y a une forme de retenue en effet. Un ami trouve ça compassé et dépourvu de la liberté dont je fais preuve dans mes chansons. Je marche sur des œufs, je le sais, je fais des tentatives autres qu'une écriture un peu blanche mais ça ne fonctionne pas. Je ne me prends pas pour un grand prosateur et j'essaie de rester à ma place – même si on ne demande pas à un auteur de rester à sa place mais plutôt de nous embarquer. Mais je crois que mettre en scène ma vie m'impose une certaine retenue, un recul par rapport à l'écriture, en me prémunissant du pathos, avec les armes que j'ai aujourd'hui. Je crois aussi que par rapport à ce dont je parle, je suis dans une forme de justesse et c'est ce qui m'intéresse le plus : être juste. Et que certaines phrases soient comme des aimants, que les textes fonctionnent autour de quelques phrases disséminées dans les pages. Comme dans mes chansons.

Dominique A (+ Robi), mercredi 6 mai à 20h, à la Belle électrique


Dominique A

Dédicace pour son nouvel album Eleor et son livre "Regarder l'océan"
Fnac Grenoble Victor Hugo 4 rue Félix Poulat Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Dominique A + Robi


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Stéphane Duchêne | Mardi 9 juin 2015

Dominique A, la force tranquille

Qualifier de classique un album de Dominique A pourrait laisser entendre qu'on a affaire à du A pur jus. Or ce n'est pas le cas d'Éléor, dont le classicisme est à évaluer au regard des standards de la chanson ou du format pop. Des titres courts où un trio rock classique donc, baigne dans des arrangements de violons enveloppants – qui succèdent ici aux cuivres du pas toujours compris Vers les lueurs – pour un résultat d'une grande simplicité et d'une grande douceur. Une certaine suavité comme le confie lui-même l'auteur de La Fossette. Cap Farvel ouvre cet album de grands espaces qui pour la plupart appellent ou évoquent le renoncement, se cristallisent dans le fantasme du voyage par procuration – Par le Canada et ses violons oniriques – ou la simple évocation des lieux – Central Otago, dont les guitares résonnent en écho à ces fascinantes syllabes du bout du monde, quelque part en Nouvelle-Zélande, suffisant à traverser le monde. Or du voyage au transport amoureux, il n'y a souvent chez A qu'un pas, comme en témoigne le sublime Au revoir mon amour, sur ces passions fugaces imaginées le temps d'un

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Rien de tel qu'une bonne chanson pour se replonger dans une époque et tout ce qu'elle a pu représenter pour nous, sur une échelle allant de l'intime à l'universel. Une sorte de madeleine de Proust sans matière grasse en somme. À l'aune de ce constat, la Fête du Livre de Bron a cette année choisi d'innover en accord avec sa thématique. Lors des éditions précédentes, il était demandé à quelques auteurs de bien vouloir présenter leur(s) livre(s) de chevet : cette fois, il s'agira pour eux d'évoquer des morceaux qui les ont marqués d'une manière ou d'une autre. On verra ainsi se succéder, notamment l'après-midi du 17 février, François Bégaudeau devisant de Basket Case de Green Day, Emmanuelle Pireyre vantant les mérites comparés de quatre Lettres au Président (Vian, Renaud, Axiom, Iron Sy) ou l'historien des idées François Cusset se frottant au je-m’en-foutiste C'est comme ça des Rita Mitsouko, et l'on tentera de comprendre pourquoi Lionel Duroy a choisi La Traviata (qui rappelons-le n'est pas à proprement parler une chanson), si ce n'est pour faire son malin. Sur les liens entre littérature et musique ne pas omettre

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«Dimanche, 18 heures, c'est déjà lundi / les dernières lueurs / tombent dans la nuit / dans ton cœur / il y a de la mélancolie / sur la route du fort / il y a la pluie». Rédiger un portrait de Denis Rivet un dimanche d'hiver en écoutant en boucle son Dimanche, 18h, voilà qui plonge illico dans le syndrome du dimanche soir. C'est un fait, que ce soit avec Le Bruit des Touches ou King Kong Vahiné (lauréat de feu Dandelyon en 2006), Denis Rivet, 37 ans, a toujours su mettre des mots sur ces petites sensations indéfinissables, ces impressions fugaces, ces sidérations qu'on ne saurait forcément nommer mais qui nous traversent sans cesse. Jusqu'à ce qu'un jour, un scientifique distrait se penche sur la question en trébuchant et nous invente le «syndrome du dimanche soir», «la colique d'avant piscine», ou «la boule au ventre de l'Amour qui passe». « Près des voies ferrées » Comme ce Monsieur A auquel on l'a beaucoup comparé, mais avec une patte bien à lui, preuve que la comparai

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Le Twenty-Two Bar (1995) avec Dominique A C'est elle qu'on aperçoit au premier plan de la pochette de La Mémoire Neuve. La fille avec la grosse guitare du clip qui révéla Dominique A au grand public, c'est elle aussi. Le climax d'une fructueuse relation musicale (et un temps amoureuse) avec un Monsieur A qui la poussera vers une carrière solo. Dominique A - Le Twenty-two bar par DominiqueA-Official Ballad of Cable Hogue (2002) et Keeper of the Flame (2012) avec CalexicoSur le live World drifts in, elle chante les couplets en Français du titre phare de Calexico. Elle y reprend aussi Si tu disais en duo avec Joey Burns, qui lui rendra la pareille sur un titre d'Un

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Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

A cœur ouvert

La Chirurgie des sentiments est un titre qui pourrait facilement résumer votre discographie...Françoiz Breut : Sans doute parce que je continue d'y décortiquer le sentiment amoureux. Mais j'y parle aussi de plein d'autres choses (rires). Je travaille un peu par phases : les idées arrivent et d'autres par-dessus, puis elles reviennent. Je construis mes textes et mes albums à partir de cette succession d'idées. Quant à la chanson qui donne son titre à l'album, elle parle du fait qu'on a beau essayer d'être rationnel, le cœur est toujours là qui nous fait faire des choses auxquelles on n'aurait pas forcément pensé. Et c'est très bien, parce qu'au fond, on en a besoin. Le premier titre de l'album, BXL Bleuette, est consacré à Bruxelles, où vous vivez. L'amour des villes, la géographie, le voyage, c'est une autre constante de votre œuvre...C'est vrai : depuis le premier disque, je suis passée par Tarifa, par Portsmouth, par Dunkerque. J'ai aussi parlé des villes en général dan

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Revenants

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Deux pour le prix d'A

Si l'on devait écrire une histoire capillaire et musicale de Dominique A, on dirait que sa musique s'est déployée au fil des ans à mesure que ses cheveux s'amenuisaient sur son crâne. L'enfant de Provins s'est également un peu épaissi, de même que son talent musical et sa tessiture vocale, mais au fond, l'auteur de La Fossette, cet album fondateur d'une «autre chanson française», au minimalisme sec comme un coup de trique et qui fête ses vingt ans cette année, est bien le même que celui de Vers les lueurs, son splendide dernier album. Tout juste sera-t-il passé en vingt ans par tous les états de lui-même. Comme si le chemin musical parcouru entre les deux était de ces voyages immobiles (mais pas immobilistes) qui mènent très loin. C'est la bonne idée de ce petit jeu auquel va s'adonner Monsieur A sur la scène du Théâtre antique de Fourvière. L'ancien Dominique A – en réalité celui d'aujourd'hui, puisqu'il ne sera fait aucun usage d'hologramme – y jouera en première partie une relecture de La Fossette (qui contient quelques-uns de ses plus beaux titres comme Va-t'en, Les Habi

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Avant de venir enchanter les Nuits de Fourvière en célébrant vingt d’une carrière rare (de La Fossette à Vers les lueurs) le 18 juin, Dominique A fera halte à libraire Passages jeudi 3 mai. Le chanteur vient de coucher sur papier son enfance et retrouve du même coup son patronyme, Ané. Souvent considéré comme nantais, Dominique A revient à sa source, Provins, sa ville natale de Seine-et-Marne, dans Y revenir, opuscule simple de 90 pages édité dans la collection La Forêt dirigée par Brigitte Giraud chez Stock. Jusqu’à 15 ans, il fut un garçon discret dans une ville muette qu’il ne ménage pas «C’est la ville de l’immuable (…). Le maire est de ceux qui nous gouvernent depuis la nuit des temps, telle une malédiction dont on ne verrait jamais le bout». Il parle de sa cité comme Bruno Dumont avait filmé Bailleul dans La Vie de Jésus (le mysticisme en moins) : avec un dégoût qui n’a d’égal que sa joie d’avoir mis les voiles. Dominique A prolonge ici sa chanson Rue des Marais (album

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Christophe Chabert | Lundi 26 mars 2012

Bonnes étoiles à Fourvière

Les fuites ayant été nombreuses cette année (mais comment, à l’heure d’internet, garder sous cloche pendant trois mois les dates de tournée d’artistes que leurs fans observent comme le lait sur feu ?), on savait déjà que Les Nuits de Fourvière 2012 allaient envoyer du lourd. Cela faisait un bail que les organisateurs rêvaient d’accueillir Björk (le 30 juin), et ce sera donc chose faite cette année, après le lancement (passé un peu inaperçu) de son album concept multimédia Biophilia. Rêve aussi avec la reformation des Stone Roses (le 25 juin), groupe culte de la brit-pop flamboyante des années 90, dont le concert s’est inscrit in extremis dans la programmation. Enfin, retour en force de Bartabas, certes un habitué du festival, mais avec une de ses productions XXL, Calacas, où les cavaliers célèbrent la fête des morts mexicaine déguisés en squelettes sur leurs toujours impressionnantes montures (du 11 juin au 17 juillet au Parc de Parilly). Mais tout cela, on le savait déjà, donc. De A à Ben En revanche, deux poids lourds s’ajoutent à la liste : Ben Harper (le 17 juillet

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La Fée

ECRANS | De et avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy (Fr-Belg, 1h33)

Dorotée Aznar | Mercredi 7 septembre 2011

La Fée

Y a-t-il un axe cinématographique franco-européen dont le port d’attache serait Le Havre ? Avant le film de Kaurismaki, c’est le trio Abel, Gordon et Romy qui y a posé sa caméra, avec des idées assez similaires et des références communes (Jacques Tati, ombre écrasante). Ici, un gardien de nuit apathique rencontre une fée qui lui propose d’exaucer trois vœux. Le garçon, ayant aussi peu d’idées que d’idéaux, demande une nouvelle bécane et de l’essence à volonté. Quant au troisième vœux, infiniment repoussé, il devient le gimmick principal des (rares) dialogues du film. Les trois réalisateurs-acteurs déballent donc leur habituel folklore poétique très «arts de la rue», qui atteint ici une laideur visuelle consternante. Le ballet aquatique ou la poursuite finale, par exemple, représentent une certaine idée du j’men-foutisme esthétique, où le bricolage devient une excuse à l’incapacité à créer de l’illusion. Plus ennuyeux encore : la manière dont ils font rentrer au chausse-pied la politique dans leur bazar, et notamment la question des sans-papiers. Quelque chose ne colle pas entre la naïveté agressive de leur univers et leur prétention à aborder, avec la même nonchalance, des sujet

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Un bon chanteur vivant

MUSIQUES | Après un double album magnifique qui le replace tout en haut du rock français, Dominique A repart en tournée — arrêt local à L’Épicerie moderne vendredi 13 novembre. L’occasion de dire, encore et toujours, l’importance d’un artiste intègre et essentiel. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 5 novembre 2009

Un bon chanteur vivant

Avec la sortie de La Musique, double album qui ne disait pas son nom — La Matière, le deuxième disque, n’est officiellement qu’un simple bonus du premier ! on a pu dire de nouveau à quel point Dominique A est un immense artiste. Fini le temps où l’on se forçait pour cacher nos réserves face à Tout sera comme avant (tentative bancale de «grand album» à la fois novateur et populaire) ou L’Horizon (et son petit goût d’inachevé). Plus besoin de sortir l’argument kubrickien du «on ne peut qu’être déçu», en regard des sommets qu’étaient La Fossette, Remué et Auguri. La Musique est un disque fulgurant, cohérent et passionnant de bout en bout, 24 chansons qui remettent leur auteur à leur juste place : au sommet. Pour arriver à ce résultat impeccable, Dominique A a d’abord fait table rase pour retrouver la simplicité de ses débuts : il l’a enregistré seul, comme au temps de La Fossette. À l’origine Pourtant, l’album est loin d’être minimaliste ; La Musique porte l’empreinte de toutes les aventures musicales traversées en quinze ans. Ainsi, La Fin d’un monde

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Mellano, l’homme de l’ombre

MUSIQUES | Musique / Aux côtés des plus grands (Miossec, Dominique A.) et des plus prometteurs (Psykick Lyrikah, Laetitia Shériff), à la barre de projets personnels, du ciné-concert à la musique contemporaine, Olivier Mellano est une figure discrète et centrale du rock français. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 7 janvier 2009

Mellano, l’homme de l’ombre

Peu de gens connaissent le nom d’Olivier Mellano. Cette affirmation simple et avérée est déjà un petit scandale tant il est impossible, pour qui aime un tant soi peu la musique, de l’avoir croisé sur une pochette de disque. Mais Mellano est de ces personnages qui se glissent partout, apparaissant là où on ne les attend pas, s’activant sur tous les fronts, pour lui comme pour les autres, cheville ouvrière d’un rock français qui a élevé la curiosité au rang de profession de foi. À son arrivée à Rennes à la fin des années 80, il fait partie des créateurs du label Rrose Sélavy (d’après le pseudo de Marcel Duchamp, Julien Doré n’a donc rien inventé !), emblématique du bouillonnement créatif qui s’empare de la scène musicale indépendante à l’époque, à l’Ouest tout particulièrement. À l’arrière des BerlinesS’il possède une formation de violoniste classique, c’est surtout la guitare, qu’il apprend seul en écoutant les groupes new-wave du moment, qui va lui mettre le pied à l’étrier musical. «Le fait de jouer sur des disques dans ma chambre m’a donné la vraie base», commente-t-il. Alors qu’il anime des groupes qu’il qualifie lui-même de «confidentiels», Olivier Mellano va faire

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Dominique A Un bon chanteur mort

CONNAITRE | La machine à cailloux

Christophe Chabert | Samedi 8 novembre 2008

Dominique A
Un bon chanteur mort

Dans cette collection qui donne la parole à des chanteurs français ayant des choses à dire le temps d’un livre guère plus long qu’un album, l’ouvrage de Dominique A était très attendu. Et s’il surprend, il ne déçoit pas. Le bon chanteur mort du titre, c’est lui parmi d’autres, dans la perspective mélancolique où une œuvre ne sera jamais évaluable qu’une fois son créateur passé de vie à trépas. Mais plus encore, Dominique A pense que certains artistes semblaient morts de leur vivant, qu’ils chantaient «comme s’ils n’étaient plus parmi nous». En écho à cette réflexion centrale, tout le livre paraît écrit comme un étrange requiem : retour aux premières émotions musicales, à l’enfance, aux premières démos (précoces), à l’adolescence, au premier album (le minimaliste et inoubliable La Fossette)… Ces fragments sont ponctués par un regard détaché, presque extérieur, sur sa manière d’écrire, le travail en studio, les concerts. Écrit avec une langue qui elle aussi à l’air de sortir d’un ailleurs intemporel (les «oui-da» sonnent comme une provocation au jeunisme ambiant), Un bon chanteur mort se termine sur un paradoxe : l’originalité ne naît pas forcément des gens qui se veulent orig

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Rumba

ECRANS | de et avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy (Fr-Belg, 1h17) avec Philippe Martz…

Dorotée Aznar | Jeudi 4 septembre 2008

Rumba

Fiona Gordon et Dominique Abel, flanqués du fidèle comparse Bruno Romy, poursuivent après L’Iceberg leur exploration de la poésie ludique, entre la chaleur humaine de Buster Keaton et l’hilarante froideur des meilleurs Kaurismaki. Cette fois-ci, le trio nous conte une histoire d’amour perturbée par une amnésie inopportune, sur fond de danse latino. Reprenant à leur compte cinématographique quelques figures imposées du clown et du théâtre de rue, ils installent une mécanique narrative fondée en grande partie sur le comique de répétition – ce qui ne manquera pas de rebuter les spectateurs les moins patients. En dépit d’une durée lapidaire, Rumba choisit en effet de prendre son temps, de fonctionner par plans séquence étirés à l’extrême. Une fois ces partis pris assimilés, il faut se laisser porter par la dynamique à part de ce couple d’Auguste pour savourer pleinement cet OVNI. FC

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