Grégoire Le Du, manager en développement durable

MUSIQUES | A la tête de l'agence de management Grande Route et du tout neuf label Archipel cofondé avec le studio Mikrokosm, Grégoire Le Du s'est spécialisé depuis une dizaine d'années dans l'accompagnement d'artistes en développement. Mûrissant au passage une philosophie quelque peu à contre-courant de l'image que l'on peut se faire de ce métier, où les idéalistes auraient encore leur place. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

Photo : (c) Sarah Balhadère


«J'ai cette chance d'être suffisamment romantique pour me satisfaire de ce que l'artiste fera plutôt que de ce qu'il fait.» Cette phrase de Grégoire Le Du – fondateur de Grande Route, qui manage entre autres les carrières prometteuses de Joe Bel et 2080 – plusieurs fois répétée et déclinée au cours du même entretien sur son métier, peut paraître quelque peu sibylline. Il faut pourtant, entre les lignes, la comprendre comme l'acceptation qu'un artiste puisse à un moment donné faire sa (grande) route sans ce manager spécialisé dans l'émergence.

Sans faire de lui un Bartleby de la chose, un type qui, comme le héros de Melville, «préférerait ne pas», ce discours et la mise en pratique qui l'accompagne dénote quelque peu dans une profession que, vue de l'extérieur, on imagine volontiers pratiquée par des types qui se barrent avec la caisse : «C'est une philosophie, une question de tempérament dit-il. Je viens de la musique, j'en fais, ce qui me permet de travailler sans arrière pensée.»

C'est en effet en plusieurs temps que Grégoire s'est découvert une passion pour l'émergence et le développement et a forgé sa vision du métier. Après avoir joué, schéma classique, dans des caves et des MJC, appris derrière les consoles de studios parisiens, écrit des musiques pour l'image (synchro, courts-métrage, docus), il retrouve à Lyon deux vieux amis, les "frères Lavegie", tenanciers de Gourmets Rec. Et s'associe avec eux en 2007 pour s'occuper de la branche chanson française du label, avant de se spécialiser très vite dans le management d'artistes, qu'il découvre sur le tas.

En concourant notamment à l'ascencion de Carmen Maria Vega :

Dans les premiers mois du projet, j'étais autant producteur que tourneur que manager. Comme le projet s'est développé, j'ai pu déléguer et ai découvert que le métier de manager était de construire une équipe de spécialistes autour d'un projet et d'en être le meneur de jeu. Je me suis alors consacré beaucoup plus aux artistes qu'à leur disques et c'est ce qui m'a passionné : être au contact des créateurs, essayer de les orienter dans l'accouchement et l'organisation de leur projet pour arriver à leur public.»

Starters

Assez logiquement, en 2011, Grégoire Le Du lance sa propre structure de management, Grande Route, qu'il voit – en plus de l'encadrement "permanent" de musiciens – comme une plate-forme ouverte où l'artiste peut accéder à une expertise sans avoir les mains liées : «Les engagements longs sont très productifs quand ça marche, mais aussi très enfermants pour le manager et pour l'artiste.»

C'est cette même philosophie qui s'applique au fonctionnement pour l'instant balbutiant du label Archipel, fondé il y a quatre mois avec son associé chez Grande Route, Romain Busnel, et Benoït Bel du studio d'enregistrement Mikrokosm, et qui vient de produire le dernier EP de Joe Bel, Hit the Roads. «Le but c'était de mutualiser des compétences pour réaliser nous-mêmes les productions de nos artistes sans qu'ils aient à se plomber avec des dépenses faramineuses, ou des directeurs artistiques, des réalisateurs qui s'impliquent trop tôt sur des projets embryonnaires. Le sens qu'on veut donner à Archipel c'est encore une fois d'être des starters.»

Un discours que le manager-néo-producteur affranchit de toute notion de frustration personnelle : «Á partir du moment où les règles sont fixées dès le départ, il ne peut pas y avoir de frustration. On n'imagine pas un instituteur qui voit ses élèves réussir se sentir spolié par leur réussite.»

Liberté chérie

Au contraire, il regrette même que la scène lyonnaise – qu'il s'agisse de ses poulains ou pas, et en dépit de quelques contre-exemples – n'explose pas davantage au national malgré la profusion de talents, quelque peu paralysée qu'elle serait par l'entre-soi et la satisfaction de faire la blague localement.

Une inclination que ce Parisien d'origine analyse d'une manière plutôt décomplexée :

C'est symbolique de la mentalité de cette ville : on sait qu'il y a des choses très belles mais il ne faut pas que tout le monde le sache. Ici, les jardins sont cachés, les choses superbes, il faut les dénicher. Bon, chacun dans nos chapelles, on se débrouille quand même pas mal : Joe Bel, Erotic Market, Pethrol, Animali prennent de l'envergure.

Il ajoute, un poil idéaliste (ce qui ne nous étonne plus) : «Faire un Transbo, c'est une fin en soi, alors que ce devrait être le début du travail et j'aimerais quand même bien être dans le game le jour où un projet construit localement, soutenu par tous, sans "oui mais", émergera.» Plus tôt, Grégoire nous racontait qu'«un jour un grand monsieur du disque parisien» l'a jugé, on y revient donc, trop romantique pour ce métier : «J'avoue précise-t-il, que ça m'a vexé pendant longtemps, mais aujourd'hui j'en ai fait un moteur.» Celui du développement artistique de ses protégés, dans un esprit de liberté, y compris pour lui-même, qu'on ne chérit jamais trop.

Le French Kiss de Joe Bel
Au Club Transbo mercredi 20 mai


Le French kiss de Joe Bel


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
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Dix ans déjà que, depuis les contreforts du Beaujolais, le festival Nouvelles Voix vendange les nouveaux talents pour tenter de dresser un portrait de la musique – tendance chanson plutôt – d'aujourd'hui et surtout de demain. En offrant d'ailleurs à peu près pour tous les goûts – tendance chanson plutôt, donc, mais en fait pas que. On ne s'étonnera alors pas d'y retrouver certains de nos chouchous locaux comme Pethrol, à deux doigts de gagner le statut de premiers de cordée qu'ils méritent. Mais aussi, Nouvelles Voix ratissant plus large, esthétiquement comme géographiquement, parfois même très loin, des découvertes (ou des "à découvrir si ce n'est déjà fait") comme le Bordelais Talisco (vu cet automne à Just Rock?), l'Israëlienne aux instruments venus d'ailleurs Lior Shoov, les Toulousains pluridisciplinaires de Kid Wise ou encore Klô Pelgag, Québécoise quelque peu extra-terrestre (d'où sans doute, ce nom crypto-Klingon). Et puis comme on fête une décennie (ou peut-être que ça n'a rien à voir, après tout), le festival s'offre une belle soirée de gala. En tête d'affiche Hollysiz,

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Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

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Lors d'une discussion en ligne portant sur les coiffeurs, leurs pronostics de football et l'Olympique de Marseille, un grand connaisseur du rock et de bien d'autres choses nous lâcha, magie d'un fil de discussion : «le concept de groupes lyonnais, well... ». Certes, toute personne rejetant l'idée que l'on puisse être Lyonnais juste «parce qu'on a fait sécher ses chaussettes une fois à Lyon», comme nous l'a récemment exposé notre critique cinéma maison, souscrira sans mal à cette réflexion. Mais on ne va pas faire comme si "ces gens-là" n'existaient pas puisqu'ils ne cessent de nous prouver le contraire. Telle Billie, qui nous prépare quelques remixes des titres de son album Le Baiser. L'excellent album de Denis Rivet – ex-King Kong Vahiné pour les intimes – est à venir, lui, le 30 octobre, et Denis jouera un peu partout pendant cet automne à commencer par ce même jour, le

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Bien frappé

MUSIQUES | Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 26 juin 2014

Bien frappé

Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, mais en plus le beau linge est de la plus belle étoffe. Question éventail, une belle tranche sera notamment donnée au maloya avec la présence de Maya Kamati et de la grande Christine Salem – cette dernière dans un exercice d'hybridation avec ses amis de Moriarty. Pour le reste, toutes les esthétiques imaginables sont représentés ou presque : reggae (Ki-Mani Marley, fils de qui vous savez, Meta & the Cornerstones), blues sous toutes ses déclinaisons, du swing à l'électro (Stracho Temelkovski, They Call Me Rico, St.Lô), électro, elle-même en tous genres, avec une forte inclination tout de même pour ses versants pop et indie rock (As Animals, Natas Love You, As a New Revolt)... Au-delà de ce brassage, le Cabaret Frappé n'a pas son pareil pour attirer dans ses filets ces jeunes chanteuses irrésistibles qui nous font perdre tout sens commun et nous rendent plus prosélytes qu'un témoin de Jéhovah, à l'instar de l'éblouissante Joe Bel et de la ténébreuse Lou Ma

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La fête à la maison

MUSIQUES | Quel est l'idiot qui a eu cette idée folle d'inventer la fête de la musique, pour en plus la caser le même jour qu'Argentine-Iran et Nigeria-Bosnie ? Faut-il à ce point détester l'être humain ? Puisque c'est comme ça, voici une sélection des festivités avec pleins de Lyonnais dedans, même si pas assez. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 juin 2014

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La fuite des cerveaux, qu'on appelle ça. Chaque 21 juin, on constate avec un peu plus d'amertume mêlée de joie – pour eux, surtout – que certains des meilleurs éléments de la scène lyonnaise exportent leurs talents pour aller fêter la musique avec des gens qu'on connaît même pas. Prenons (c'est une image) par exemple Erotic Market, qui déplace pour l'occasion son petit commerce amoureux à Beauvais. Même si l'on veut bien admettre qu'il est fort charitable d'apporter un peu d'érotisme bootylicious dans la vie des Beauvaisien – déjà que la Picardie pourrait disparaître –, il y a de quoi être furax de se voir lâchés au moment où on a le plus besoin de nos meilleurs éléments pour couvrir le grand vacarme populaire du musicien du dimanche entendant bien prouver que oui, la France a un incroyable talent et qu'en plus c'est lui – il sait jouer I've Got You Under My Skin avec un poireau à coulisses. Pire, certains de nos chers groupes lyonnais restent même chez eux en attendant que ça passe (ce sont les mêmes qui ne font pas la vaisselle pour la Journée de la femme, honte à eux). Folk progre

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La Bel verte

MUSIQUES | «Je ne sais pas où je vais mais je sais comment j’aime marcher». C’est sur ces mots de Joe Bel que se terminait le portrait que nous lui avions (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 14 novembre 2013

La Bel verte

«Je ne sais pas où je vais mais je sais comment j’aime marcher». C’est sur ces mots de Joe Bel que se terminait le portrait que nous lui avions consacré en mars dernier. Depuis, sans savoir où elle allait mais avec sa démarche à elle, plutôt chaloupée si l’on en croit sa musique, la demoiselle, déjà largement remarquée, a fait du chemin. Au printemps, la Bel a suivi le cosmique Asaf Avidan le long d’un tour d'Europe achevé sur la scène de l’Olympia. Immersion idéale dans les exigences d’une tournée et de cette confrontation à un public pas acquis d’avance qui constitue le lot de toute première partie – qui plus est dans un format guitare-voix facilement casse-gueule. D’autres dates ont suivi, dont un improbable stade des Alpes à Grenoble, en ouverture toujours de Ms Dynamite – un surnom qui pourrait tout aussi bien aller à cette Iséroise aux racines franco-hispano-américaines installée à Lyon. Manière de fêter cette année un peu folle, Joe Bel a droit à un Marché Gare en tête d’affiche sur les terres qui l’ont en partie révélée. L’occasion de distiller aussi, en groupe

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Biotop(e) pop

MUSIQUES | Ah, cette scène locale et sa fâcheuse tendance à rester figée dans ce circuit court que chérissent tant les épiciers bio, sans parvenir à mener une carrière durable au-delà du périph’. On s’en est presque fait une raison tout en ayant choisi d’en ignorer les raisons. D'autant que ce n'est qu'à moitié vrai. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Biotop(e) pop

C’est un fait, il y a fort longtemps que la scène pop lyonnaise ne s’est pas aussi bien portée, qualitativement comme quantitativement. Les anciens sont toujours là et n’en finissent plus de se renouveler, à l’image des Purple Lords, qu’on n’attendaient plus, avec leur splendide Slow Motion Trip d'il y a quelques mois, de Prohom dont la sortie ces jours-ci de l’album Un Monde pour soi sera fêtée le 10 novembre au Périscope, et de Denis Rivet (King Kong Vahiné) dont on avait vanté les mérites du Tout Proches. Après avoir connu les honneurs des Inouïs du Printemps de Bourges, il verra sa tournée française passer par le festival Just Rock ? en compagnie d’Emily Jane White. Le Chic Type Daisy Lambert, toujours alangui dans les bacs, y sera également à l’affiche en soutien de Cascadeur et Rover (classe !), le 23 octobre au Club Transbo. Ses camarades d’Erotic Market, eux, s’en iront érotiser le festival Nouvelles Voix en Beaujolais, et les Taïni et Strongs le "sadiser" (respectivement les 22 et 23 novembre)

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Bel(le) épine

MUSIQUES | Révélation 2012 du net et de la scène lyonnaise et (déjà) égérie d'une marque de jeans, Joe Bel, piquante rousse à la musique ondulatoire, cultive des hectares de paradoxes personnels qui imprègnent des textes hérissés de noirceur. Une dialectique qui permet à cette timide volontaire de tracer sa route en naviguant à vue, préférant le voyage et la démarche chaloupée à la certitude du terminus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 14 mars 2013

Bel(le) épine

« Une voix, une guitare, des cheveux roux et une robe verte». Voici Joe Bel telle qu'elle s'est pensée et définie lorsque l'ancienne hypokhâgneuse et étudiante en Histoire de l'Art qu'elle fut a décidé de tout envoyer balader – frayeur familiale vite passée – pour assumer enfin ses envies de musique. Envies taraudantes mais longtemps refoulées pour cause de timidité quasi-maladive mais qui se soigne, un peu. Que la musique, au final, soigne même si, elle le sait, on ne se refait jamais vraiment. Encore que : il n'y a qu'à la voir en Ondine terrestre dans le clip de No, No – à ce jour, son meilleur titre disponible – beauté nature et regard d'abord perdu, robe de sauvageonne égarée en forêt bientôt hivernale, puis tunique verte de Diane chasseresse au regard gentiment prédateur. Charme privilégié des beautés brutes qui se sont découvertes sur le tard, commençant à peine à s'apprivoiser dans le regard des autres – ici, toujours par ce même moyen, à la fois détourné et premier : la musique.  Cette musique d'une simplicité biblique, mais pas si évidente à circonscrire : Joe y découpe les mot

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SHEARWATER

CONNAITRE | The Golden Archipelago Matador

Dorotée Aznar | Lundi 1 mars 2010

SHEARWATER

Les fans du Shearwater en chef Jonathan Meiburg connaissent sa passion pour l’ornithologie. (chose qu’on imagine rare pour un texan, généralement plus sensible au charme des côtes de bœuf). Plus encore que ses précédents disques, The Golden Archipelago est l’histoire d’un type parti observer les oiseaux sur quelque rocher battu par les vents et le ressac. Au sens propre comme au figuré, car c’est bien ses nombreux voyages d’étude des volatiles que conte Jonathan Meiburg sur ce disque, le dernier d’un triptyque consacré à l’impact de l’homme sur la nature entamé avec Palo Santo puis Rook. Il en ressort un lyrisme et une sauvagerie paysagère comme seuls les tableaux les plus bruts de la nature peuvent en donner, au service d’un album d’une rare maîtrise et d’une grande beauté. Fruit d’une patience sans faille (il en faut pour observer les oiseaux) et d’une minutie d’orchestration peu commune. Inutile de dire qu’il n’est pas nécessaire de se passionner pour le fou-de-bassan ou le macareux moine pour apprécier ce disque, la musique de Meiburg, comparée à juste titre à celle de Mark Hollis et Talk Talk, et son génie d’interprétation parlent d’eux-mêmes. Mieux, à ceux qui pensent que le

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Futur antérieur

MUSIQUES | 2080, compose à la vitesse des années-lumière de l'électronique rétro-futuriste souriante.

Jerôme Dittmar | Mercredi 11 février 2009

Futur antérieur

2080, artiste électro, c'est les années 80 dans le futur. "Je fais voyager une décennie, le but secret étant d'être vintage dans les années 2100" confie-t-il. À peine âgé de quatre ans, il entend pour la première fois le morceau Popcorn, sûr et certain qu'il a été composé par Jean-Michel Jarre (alors que Gershon Kingsley en est l'auteur sur l'album Music to moog by, 1969). Adolescent, il continue d'écouter Jarre Jr., mais aussi Vangelis, Queen et les Pink Floyd avant de se frotter à la rugosité animale et décérébrée des compilations hardcore Thunderdome. "Tout me plaisait pas" avoue-t-il. "Mais c'était excitant et radicalement différent. J'avais une sensation d'exclusivité. Et mine de rien, l'agressivité bête et méchante d'un Thunderdome m'a préparé à découvrir les breaks délirants d'Aphex Twin". De fil en aiguille, il se glisse dans l'univers complexe et trituré du label Warp. "J'ai eu ma période où je voulais faire de la musique comme ça, sans jamais y arriver et sans en avoir la patience. J'ai beaucoup d'admiration pour ceux qui essaient vainement de copier ce qu'Aphex a fait il y a quinze ans" ironise-t-il. "Pendant longtemps j'ai fait de la musique assez sombre, très ambient e

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