La pop "made in France" a RDV aux Belles Journées

MUSIQUES | Sis du côté de Bourgoin-Jaillieu, le tout nouveau festival Les Belles Journées pose sur le papier des bases solides pour cette rentrée rock avec un plateau 100 % frenchy qui permet de faire le diagnostic, partiel mais aveuglant, d'une pop hexagonale absolument radieuse.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 septembre 2015

Photo : (c) Paul Rousteau


Il eut été difficile au festival berjallien Les Belles Journées de constituer un plateau plus attrayant, qui plus est pour son coup d'essai. C'est qu'outre Autour de Lucie, dont le statut d'icône d'une certaine pop indé en fait sans doute un peu le grand frère (ou la grande sœur) de l'événement ; les cautions "soulisantes" que sont Lull et le Lyonnais Sly Appolinaire, à qui on ne la fait plus ; 49 Swimming Pools dont les membres (menés par l'ancien critique Emmanuel Tellier), bien qu'ils n'aient plus l'âge de la conduite accompagnée, produisent une musique fraîche comme une rose qui éclorait à l'infini ; et bien sûr H-Burns (voir nos archives à son sujet) ; c'est bien la jeune garde de la nouvelle (oui, encore) pop française que l'on mène ici aux Abattoirs – du moins pas très loin, au Parc de Lilattes.

Une jeune garde qui aime le travail chiadé, détient le secret de la chanson qui tue aussi sûrement que le cri du Dr Justice et porte beau sous les noms d'Aline, d'Isaac Delusion ou Baden Baden. Et deux étrangetés féminines : l'électro-chatte La Féline et Robi, nouvelle coqueluche de la chanson française – Murat, Dominique A et Christophe, aussi différents soient-ils, l'ont adoubée.

Aline pour qu'elle revienne

On l'avoue, de ce côté-ci de l'A71, on n'a pas tout de suite adoré Aline, qui n'est pour le coup pas une fille. Et pour qu'elle revienne dans nos cœurs, Aline a dû s'employer à un album magnifique, La Vie Electrique, produit par le druide Stephen Street (le producteur qui sublima quelques travaux des Smiths avant d'officier notamment avec Blur) : quelque chose comme du Smiths à dada sur Daho sous les yeux de Marc Seberg (pour ceux qui s'en souviennent).

Tout aussi investis dans la recherche mélodique et l'interprétation, à chacune de leur sortie, qu'ils chantent en anglais ou en français, Isaac Delusion (de She Pretends à How Much You Want Her) et Baden Baden (You'll See, Good Heart et Coline les ont révélés mais pas plombés, à écouter leur album Mille éclairs) nous rejouent le «plus blanc que blanc» de Coluche en mode «plus impeccable qu'impeccable c'est quoi ? Parfait ?».

À la vue de tout ce beau monde, dont une bonne partie sera à l'affiche des salles lyonnaises cet automne, on ne pourra sans doute faire autrement que l'humoriste Arnaud Tsamère lorsqu'il conclut son désormais (presque) fameux sketch sur le vaudeville, nous exclmant, au pluriel : «Ooooh ! Mais queeeelles journées !».

Les Belles Journées
Au Parc des Lilattes, Bourgoin-Jallieu, vendredi 11 et samedi 12 septembre


Les Belles Journées

Festival de rock indé avec Robi, Aline, Autour de Lucie, Sly Apollinaire (ven) et Isaac Delusion, H Burns, Baden-Baden, La Féline, Lull (sam)
Parc des Lilattes Rue de la Libération Bourgoin-Jallieu
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Aux Célestins et à l’Auditorium de Lyon, de lourds déficits

Crise Sanitaire | Certes très subventionnées, les structures culturelles en régie directe de la Ville de Lyon n’en sont pas moins fortement impactées par la crise sanitaire, car elles ne peuvent bénéficier d’aucun dispositif d’aide. Les Célestins tablent sur un déficit de 600 000€ en 2021, l’Auditorium affiche déjà un trou de 2M€ pour 2020. Toutes deux en appellent à l’État pour pallier la rupture d’égalité avec d’autres établissements aux missions similaires.

Nadja Pobel | Vendredi 12 mars 2021

Aux Célestins et à l’Auditorium de Lyon, de lourds déficits

« Même si on rouvre en mai et juin, avec une jauge dégradée d’environ 50%, fin décembre la perte de recette de billetterie du théâtre s’élèvera à 600 000€ » affirme Pierre-Yves Lenoir, co-directeur du Théâtre des Célestins. Du côté de l’Auditorium de Lyon, son homologue Aline Sam-Giao estime à un million d’euros ses pertes à la fin de l’année civile avec la même hypothèse de reprise — fatalement très aléatoire —, qui se cumuleront avec les deux millions de déficit sur 2020. Aux Célestins, le dernier exercice s’est terminé à l’équilibre notamment grâce au fonds de soutien de la Ville de Lyon ; et parce qu’ils n’avaient pas prévu de jouer dans la grande salle entre avril et

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Coralina Picos : « ils n’écrivent pas un article, ils dessinent un article »

Dessin de Presse | Organisatrice de deux éditions des Rencontres du Dessin de Presse à Lyon — événement qu'elle espère pérenniser —, figure de la Croix-Rousse, Coralina Picos devait inaugurer cet automne une expo sur le traitement de la crise sanitaire par les dessinateurs : reportée pour cause de... Covid. Rencontre, malgré tout, pour évoquer le rôle du dessinateur de presse, la sombre actualité et les projets futurs.

Sébastien Broquet | Mardi 8 décembre 2020

Coralina Picos : « ils n’écrivent pas un article, ils dessinent un article »

Vous m’avez envoyé un sms à 1h du matin, le soir de l'assassinat de Samuel Paty, pour me dire que l’interview ne pouvait pas attendre, que vous souhaitiez parler malgré le report de votre expo au Bistrot fait sa Broc que nous devions évoquer. Pourquoi ce besoin ? Coralina Picos : Déjà, évidemment, ça m’a mis les boules. On retombe encore dans le même schéma de privation de la liberté d’expression. Encore une fois, le dessin de presse va être l’objet qui cristallise. Ce qui m’agace profondément ! Parce que les dessinateurs de presse ne sont pas les seuls responsables de la liberté d’expression. Les profs ne le sont pas non plus. L’État est responsable de la liberté d’expression ! Je voulais en parler, pour ne pas qu’on retombe dans cette espèce de période où pendant quinze jours tout le monde va à nouveau parler du dessin de presse et des fantassins de la liberté d’expression. Un dessinateur de presse, il est là pour exprimer son regard sur l’actualité. Et l’actualité, ce n’est pas tout le temps le prophète : c’est beaucoup plus vaste que ça. Ce que j’aimerais, c’est que la presse ait un engagement au-delà des quinze jours post-attentat.

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Festival du Péristyle : festival souterrain, musiques à tous les étages

Opéra de Lyon | Pour sa dernière danse estivale, et au vu des conditions sanitaires, le directeur de l'Amphi et du Péristyle de l'Opéra a concoté une formule pour le moins originale du traditionnel Festival du Péristyle pour lequel l'Opéra Underground n'aura sans doute jamais aussi bien porté son nom.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 juillet 2020

Festival du Péristyle : festival souterrain, musiques à tous les étages

En matière d'événements culturels on aura vu naître, dans les germes de la Covid-19 et de la distanciation sociale, toute une gamme de festival virtuels, limités, diminués et même de non festivals, comme autant de manière d'enfourcher le tigre de l'imagination et du système D. Le Festival du Péristyle, dont la vocation a été jusqu'ici de nous faire voyager en musiques tout autour du monde au pied de l'Opéra de Lyon, n'échappe pas au phénomène. Et nous offre, lui, une édition "souterraine" pour rompre le silence comme en loucedé. Où l'on nous promet un monde "mi-physique, mi-virtuel". Soit sans scène extérieure mais avec des musiciens jouant malgré tout en live pile sous nos pieds. L'idée : des concerts, donc, donnés dans l'amphithéâtre qui accueille la majorité des concerts de l'Opéra Underground l'année durant. Sauf que ces concerts se joueront sans public. Ou presque. Car ledit public sera un étage au-dessus et en plein air, sur le Péristyle, là-même où seront diffusés ces concerts en son, en images et en livestream sur des plateformes num

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Agnieszka Holland : « sans médias indépendants courageux et objectifs, impossible d’assurer l’existence d’une démocratie »

L’Ombre de Staline | Un œil sur le passé, l’autre sur le présent, Agnieszka Holland a tourné "L’Ombre de Staline" avec, comme toujours, une conscience aiguë des problématiques historiques, humanistes et politiques. Rencontre éclairante avec la cinéaste, l’avant-veille du confinement…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Agnieszka Holland : « sans médias indépendants courageux et objectifs, impossible d’assurer l’existence d’une démocratie »

Comment se fait-il que ce personnage, Gareth Jones, soit resté aussi longtemps dans l’ombre de l’Histoire et comment est-il arrivé sur votre table ? Agnieszka Holland : Ce n’était pas mon idée. Le film a été conçu par une jeune journaliste américaine, Andrea Chalupa, qui m’a contactée : elle avait un scénario assez bien achevé, et fait tous les travaux de documentation, de repérage. On l’a retravaillé pendant un certain temps. C’était son premier scénario mais elle écrivait pour plusieurs médias. Elle est d’origine ukrainienne par ses deux parents et son grand-père a été l’un des témoins principaux de l’Holodomor. Il a vécu cette famine, il en est presque mort, et il a aussi vu beaucoup d’événements qu’il a décrits — on en a montré certains, comme le char avec les cadavres dans lequel on jett

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Le premier qui dit la vérité : "L'Ombre de Staline" de Agnieszka Holland

Biopic | Comment la famine du Holodomor provoquée par le régime soviétique fut révélée par un journaliste au monde qui ne le crut pas… Agnieszka Holland réhabilite la mémoire de Gareth Jones, aventurier de la vérité, dans un biopic épique et à la Lean, point à la ligne.

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Le premier qui dit la vérité :

Londres, 1933. Ex-conseiller de l’ancien Premier ministre Lloyd George, le journaliste Gareth Jones décide d’aller à Moscou pour interviewer Staline sur les prodiges accomplis par l’économie soviétique, vantés par la presse. Sur place, il contourne la propagande et découvre la réalité… « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », chantait jadis Guy Béart sur un air presque guilleret adoucissant le propos de sa cruelle morale. Tragique est la destinée des lanceurs d’alertes ! Soit ils sont moqués ou ostracisés ; soit on leur réserve un sort plus funeste en tentant de les museler voire de les éliminer. La condition actuelle de Chelsea Manning, de Julien Assange, de Edward Snowden ; la fin cruelle du docteur Li Wenliang prouvent que les choses n’ont guère changé depuis les temps archaïques. Ni depuis Gareth Jones (190

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Gros câlins : "Jeune Juliette"

Comédie | Précoce et obèse, Juliette souffre d’une vie qu’elle juge médiocre, banale et quasi solitaire, malgré un père aimant et un grand frère vaguement protecteur. L’approche des vacances d’été exacerbant les sentiments, des déclarations d’amour vont éclore en tous sens. Parfois inattendues.

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Gros câlins :

Si vous êtes familier du journal Spirou, vous connaissez sans doute les BD Tamara (dont l’héroïne est en surpoids) et surtout Les Nombrils du duo québécois Dubuc & Delaf narrant le quotidien de lycéennes ; Jeune Juliette s’inscrit précisément à l’intersection de ces deux séries en jetant sur l’âge des possibles un regard certes bienveillant mais dénué de complaisance ou d’hypocrisie. Anne Émond filme davantage que son excellente comédienne Alexane Jamieson : elle capte l’absence d’une mère carriériste et le manque qui en découle, la naissance du désir ou l’angoisse de ne pas être désirée, mais aussi les instants de solitude ainsi que les blessures narcissiques propres à l’adolescence. Sans donner l’impression de faire un catalogue ni un film à thèse, la cinéaste aborde nombre de situations d’exclusion liées à une singularité personnelle (orientation sexuelle, apparence physique, handicap social, etc.) auxquelles l’entourage et l’intelligence apportent des résolutions. « Il faut que le cœur se brise ou se bronze » disa

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Une rentrée très gourmande chez Weiss

GUIDE URBAIN | La Maison Weiss vous réserve tout ce qu'il vous faut pour aborder la rentrée avec le sourire aux lèvres. Une gamme de tablettes de chocolat bio qui s'enrichit, de nouveaux produits gourmands et l'arrivée d'un tout nouveau bar à chocolat chaud. Qui a dit que la rentrée était rasoir ?

Article Partenaire | Lundi 9 septembre 2019

Une rentrée très gourmande chez Weiss

La rentrée se fait sur les chapeaux de roues du côté de la Maison Weiss. Désireux d'apporter aux gourmandes et gourmands toujours le meilleur de son savoir-faire, les maîtres-chocolatiers ne dérogent pas à la règle avec l'arrivée de plusieurs petits nouveaux dans la gamme Weiss et l'ouverture en octobre d'un tout nouveau bar à chocolat chaud, au cœur des Ateliers Weiss. La gamme bio s'enrichit Depuis 137 ans, la Maison Weiss concocte intégralement ses chocolats, pralinés et confiseries dans ses ateliers de fabrication à Saint-Etienne. Elle sélectionne les meilleures matières premières et choisit des listes d’ingrédients nobles – pas de superflu, tous les chocolats sont 100% pur beurre de cacao, sans OGM, sans gluten et sans colorant artificiel – et favorise des approvisionnements de proximité. Soucieuse de travailler au plus près des producteurs, la Chocolaterie Weiss a noué des partenariats forts comme avec l’association Vietcacao au Vietnam, et a entamé un travail avec l’ONG Earthwrom pour

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Stupeur et tremblements : "Comme si de rien n'était"

Drame | De Eva Trobisch (All, 1h30, avec avert.) avec Aenne Schwarz, Andreas Döhler, Hans Löw…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Stupeur et tremblements :

Encore un peu secouée par la liquidation de sa petite société d’édition, Janne se rend à une soirée d’anciens. Si elle renoue avec un prof d'antan, elle y rencontre aussi le patron de celui-ci qui abuse d’elle. Sous le choc, Janne est incapable de réaliser ce qu’elle a subi… On ne pouvait choisir meilleur titre pour ce portrait de femmes — car au-delà de Janne, sa mère et l’épouse de son agresseur sont aussi représentées — à la fois mélancolique et terriblement actuel. Perturbant dans le bon sens du terme, ce film sortant dans le sillage du mouvement #MeToo met en lumière l’état de sidération psychique touchant de nombreuses victimes de viol pouvant les rendre mutiques, honteuses voire les contraindre à refouler leur traumatisme, histoire de “sauver les apparences“. Piégée par son silence, par le contexte social et les pressions professionnelles comme sa volonté de donner le change pour complaire aux stéréotypes sociétaux, Janne perd doucement pied ainsi que ses proches. Renvoyant chacune et chacun à son seuil d’acceptation et de tolérance face aux agressions du quotidien, qu’el

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Le game qui tue le game : "Escape Game"

Thriller | De Adam Robitel (E-U-Af du S, avec avert., 1h39) avec Taylor Russell McKenzie, Logan Miller, Deborah Ann Woll…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Le game qui tue le game :

Ils sont six à avoir reçu en cadeau une invitation à tester le plus formidable escape game de la ville. Six alléchés par la prime offerte au vainqueur. Six à déchanter lorsqu’ils découvrent que les pièces infernales s’enchaînent et qu’elles essayent toutes de les tuer. Pour de vrai… Il fallait bien que cela arrive : l’essor et l’engouement pour les escape games devait inspirer une adaptation cinématographique. Un juste retour des choses, puisque ces espaces ludiques hautement scénarisés tirent leurs ambiances pour partie d’univers littéraires et majoritairement d’atmosphères filmiques, à grand renfort de sound design. Mélange assez pervers d’éléments connus aperçus dans Dix petits nègres, Cube, Destination finale, Action ou vérité et Saw (la dimension fantastique en moins), Escape Game fait défiler une série de décors-énigmes témoignant de l’ingéniosité vicieuse des auteurs. On s’attend à être crispé sur son fauteuil

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Galant Records, nouvelle fournée

Hip-Hop | Deux des artistes du label lyonnais Galant Records, spécialisé hip-hop, présentent leurs fraîches parutions au Périscope.

Sébastien Broquet | Mardi 22 janvier 2019

Galant Records, nouvelle fournée

Beatmaker épanoui par la récente sortie d'un premier album baptisé Déluge, Rrobin n'a pas toujours émargé sous ce pseudonyme batmanien : il s'est plutôt fait répérer au fil d'incessantes tournées en trio sous le nom de The Imposture, œuvrant alors dans les sphères du dub et des musiques électroniques. Au fil du temps, l'instrumentale musique s'est vue garnie de voix, par la grâce d'une rencontre avec le rappeur Grems en 2013, principalement, qui ouvrit le chemin pour d'autres. Mais c'est en 2017 que le gué est franchit, alors que Rrobin produit pour l'album Sans titre 7 du suscité Grems : désormais, le solo sera de mise et le hip-hop la norme. Sous ce nouveau nom de Rrobin, donc. Enfin, pas si nouveau, puisque l'homme derrière la machine se nomme... Robin Bastide. Et n'est pas si solo que ça, finalement : il aime à convier les voix d'amis pour venir poser sur ses beats, où rap, grime et même deep house s'emmêlent les potards. Nelson Dialect à la fête Sans surprise, Grems est de la fête, rejoint par Le Jouage pour Pétillance, et Elea Braaz, Nancy Fortune, Hedi Yusef ou encore Cosmic Batwota qui enr

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Agnès Gayraud : à base de Popopop

Pop culture | Avec Dialectique de la pop, la philosophe et pop critique Agnès Gayraud, également musicienne sous le nom de La Féline, interroge en profondeur l'essence et les belles contradictions des « musiques populaires enregistrées ».

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Agnès Gayraud : à base de Popopop

Peut-être les amateurs de la chanteuse électro-pop connue sous le nom de La Féline, ignorent-ils qu'Agnès Gayraud à l'état civil est également journaliste, normalienne et docteure en histoire de la philosophie. Or ces activités se rejoignent dans un livre : Dialectique de la pop, titre fort sérieux pour un sujet qui ne l'est pas en apparence. Mais en apparence seulement, et c'est tout le sujet du livre. D'ailleurs si la pop n'était pas sérieuse pourquoi le philosophe et sociologue Theodor Adorno, pilier de l'École de Francfort, l'aurait-il combattu avec tant de sérieux, lui qui détestait le jazz et l'idée que l'on puisse écrire des chansons pop sur la guerre du Vietnam. « La musique populaire légère est mauvaise, doit être mauvaise sans exception » disait ce « hater hyperbolique » de la pop, au risque de la mauvaise foi. C'est en spécialiste du bonhomme qu'intervient ici Agnès Gayraud pour faire de cet « ennemi objectif » de la pop son « allié subjectif

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Un air de vacances au Lyon Street Food Festival

FOOD | La troisième édition du Lyon Street Food Festival s’annonce épicée et croustillante : du 13 au 16 septembre, cuisine nomade sur fond de concerts cools vous feront repartir en vacances.

Lisa Dumoulin | Lundi 10 septembre 2018

Un air de vacances au Lyon Street Food Festival

Chaque année, le Lyon Street Food Festival met à l’honneur plusieurs destinations phares. Pour cette troisième édition, un tour panoramique du globe et des saveurs entre orient et occident est organisé avec un focus sur Montréal, Hong Kong et Izmir. La ville où la street food ne dort jamais, c’est bien sûr Hong Kong et ses marchés de nuit et autres étals de rue. Entre nature luxuriante et urbanisation, traditions et émergence, le champ des possibles est infini. Dignes représentants de cette culture, La Table Wei, nouveau restaurant bistronomique lyonnais, proposera des petits pains cantonais fourrés au porc cuit sept heures ; Mammy Pancake, échoppe de bubble gaufres, viendra spécialement pour faire goûter les egg waffles traditionnelles ; Jiang Xin, deux anciens étudiants de l’Institut Paul Bocuse, prépareront leur spécialité : le dim sum ; et enfin Bao Time, restaurant traditionnel cantonais, proposera sa recette de brio

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Gloria aux lassos : "My Wonder Women"

Biopic | de Angela Robinson (E-U, 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Gloria aux lassos :

Université de Harvard, années trente. Chercheur en psychologie avec son épouse, le Pr Marston recrute pour l’assister une étudiante, qui devient l’amante du couple. Ce ménage à trois leur vaut d’être virés. Marston rebondit en instillant ses théories dans une BD féministe, Wonder Woman… La première authentique héroïne de comics méritait bien qu’on rétablisse les conditions particulières de sa genèse faisant d’elle un personnage ontologiquement transgressif, épousant les penchants SM et le goût pour le bondage de son créateur que la censure et le politiquement correct tentèrent d’atténuer à plusieurs reprises. Dominatrice, indépendante, désinhibée, dotée d’un audacieux caractère, Wonder Woman est un fantasme accompli en même temps qu’un modèle d’émancipation. Hélas, le révisionnisme esthétique dont la fiction s’est fait une spécialité ordinaire (en glamourisant, notamment, à outrance les protagonistes) résonne ici comme une contradiction absolue. Plutôt que de préférer l’évocation réaliste (on ne parle pas de ressemblanc

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Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

120 battements par minute | Auréolé du Grand Prix du Jury au Festival de Cannes, le scénariste et réalisateur de 120 battements par minute revient sur la genèse de ce film qui fouille dans sa mémoire de militant.

Vincent Raymond | Lundi 21 août 2017

Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

Comment évite-t-on de tomber dans le piège du didactisme ? Robin Campillo : Ça fait longtemps que se pose pour moi le problème des scénarios qui prennent trop le spectateur par la main comme un enfant et qui expliquent absolument tout ce que vivent les personnages. La meilleure façon que j’aie trouvée, c’est de reprendre ce truc à Act Up Paris : il y avait un type qui fait l’accueil, qui expliquait très bien comment fonctionnait la prise de parole. Mais ensuite, quand on était dans le le groupe, on ne comprenait absolument plus rien à la manière dont fonctionnaient les gens : il y avait trop d’informations ! On s’apercevait que le sujet sida était éclaté en plein d’autre sujets, et on était perdus. J’ai donc voulu jeter le spectateur dans cette arène, comme dans une piscine pour qu’il apprenne à nager tout seul. Je voulais qu’il n’ait pas le temps de réagir à ce qui se produisait, aux discours ni aux actions, lui donner l’impression que les choses arrivaient sans qu’il ait le temps d’en prendre conscience. Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu, quand on ne sait pas ni où ni à quel moment on

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À Cannes, il a eu le Grand Prix : "120 battements par minute" de Robin Campillo

Act Up Paris | de Robin Campillo (Fr, 2h20) avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

À Cannes, il a eu le Grand Prix :

Histoires de révoltes et de combats. Celles des militants d’Act Up Paris à l’orée des années 1990, sensibilisant à coup d’actions spectaculaires l’opinion publique sur les dangers du sida et l’immobilisme de l’État. Et puis la romance entre Nathan et Sean, brisée par la maladie… Grand Prix à Cannes, ce mixte d’une chronique politique et d’une histoire sentimentale est aussi une autobiographie divergée de Robin Campillo. Ancien membre d’Act Up, il a toute légitimité pour évoquer le sujet de l’intérieur, en assumant sa subjectivité, et tenant compte du temps écoulé. Le portrait collectif qu’il signe n’est ainsi ni un mausolée aux victimes, ni un panégyrique aux survivants, ni un documentaire de propagande : il s’inscrit dans un contexte historique, à l’instar d’un conflit armée. Campillo emprunte d’ailleurs sa construction aux films de guerre, chaque génération ayant les siennes — les AG étant les réunions d’état-major avant les actions et manifs ; le champ de bataille les lieux d’intervention. Sauf qu’il y a ici deux guerres à mener : l’une, visible, contre les insti

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120 battements par minute

ECRANS | Grand Prix du Jury à Cannes — malgré Pedro Almodóvar qui, semble-t-il, aurait bien aimé le voir un cran plus haut dans le palmarès, soit lauré d’or — le (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

120 battements par minute

Grand Prix du Jury à Cannes — malgré Pedro Almodóvar qui, semble-t-il, aurait bien aimé le voir un cran plus haut dans le palmarès, soit lauré d’or — le film-fleuve de Robin Campillo consacré à l’épopée militante d’Act Up s’offre une séance lyonnaise en présence de son réalisateur deux mois avant sa sortie nationale. Et en pleine Fête du Cinéma. 120 battements par minute Au Comœdia le lundi 26 juin à 20h

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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"Les P'tits explorateurs" : espace de jeux

ECRANS | de Mercedes Marro, Sylwia Szkiladz, Aline Quertain, Loïc Bruyère & Stéphane Piera (Fr, 0h49min) animation…

Vincent Raymond | Mardi 4 avril 2017

Grâce au robot bricoleur extraterrestre qu’il a découvert et baptisé Clé à molette, un enfant sourd s’intègre dans un groupe de gamins de son âge et partage avec eux de sidérantes aventures… Donnant son titre à ce programme de courts-métrages conçus chez Folimage, ce joli film d’animation n’est pas sans évoquer le merveilleux Géant de Fer de Brad Bird. Il s’interroge de manière simple et poétique sur la question de la communication et de l’intégration de la différence, qu’elle vienne d’ailleurs ou d’ici-bas : parfois, il suffit d’un rien pour briser la glace et forger de fantastiques amitiés. Complétant ce “long” film bref, trois autres réalisations rythmées célèbrent à leur façon la question de l’amitié. On retiendra surtout le sautillant La Cage, avec son trait rappelant le graphisme anguleux des cartoons Warner Bros. ou Hanna-Barbera pour la MGM de la fin des années 1950.

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Aline Sam-Giao, nouvelle directrice générale de l’ONL et de l'Auditorium

Auditorium Maurice Ravel | C'est donc Aline Sam-Giao qui devient directrice générale de l’Orchestre national de Lyon et de l’Auditorium Maurice Ravel, en remplacement de Jean-Marc (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 29 décembre 2016

Aline Sam-Giao, nouvelle directrice générale de l’ONL et de l'Auditorium

C'est donc Aline Sam-Giao qui devient directrice générale de l’Orchestre national de Lyon et de l’Auditorium Maurice Ravel, en remplacement de Jean-Marc Bador, comme l'a annoncé ce jeudi Audrey Azoulay, la ministre de la Culture. Depuis 2008, Aline Sam-Giao était administratrice générale de l’Orchestre des Pays de Savoie, aux côtés du chef Nicolas Chalvin, après avoir accompagné l’ensemble baroque Le Poème Harmonique du côté de Paris. Âgée de 40 ans, chevalier des Arts et des Lettres, elle a également été partie prenante du Festival Berlioz. Selon le communiqué envoyé par le ministère conjointement avec la mairie de Lyon, « son projet est fondé sur la recherche de l’excellence artistique, de l’ouverture à la diversité des publics de la musique et des esthétiques les plus variées. Elle entend miser sur le dynamisme et l’innovation (...). Elle poursuivra ainsi le travail de diffusion et d’animation de la vie musicale aux côtés des autres institutions et festivals lyon

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Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

Hors des sentiers battus | Parcourez ces chemins de traverse en suivant de sobres hashtags ; et découvrez des artistes singuliers, parfois exposés dans des lieux inattendus : un couvent, un théâtre ou un hôpital psychiatrique...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

#Effacement « Dans l’acte de peindre, il y aura comme dans l’acte d’écrire, une série de soustractions, de gommages. La nécessité de nettoyer la toile... la nécessité de nettoyer la toile pour empêcher les clichés de prendre. » affirmait le philosophe Gilles Deleuze. Depuis ses débuts, l'artiste lyonnais Jean-Luc Blanchet répond parfaitement à cette conception de la peinture : il crée par effacement, par soustraction de matière, par libération d'images fantômes sous-jacentes à nos représentations habituelles... Il présente dans sa galerie deux nouvelles séries : des "ectoplasmes" d’œuvres d'art connues (signées Rembrandt, Warhol, Manet...) et des photographies effacées à l'acétone. À noter : Après Jean-Luc Blanchet, la galerie Domi Nostrae présentera des œuvres récentes d'un autre artiste lyonnais aimant lui-aussi les fantômes et l'évanescence, Christian Lhopital (du 5 novembre au 17

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Boulevard : le point d'orgue pour Robin Williams

ECRANS | de Dito Montiel (E-U, 1h24) avec Robin Williams, Kathy Baker, Roberto Aguire…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Boulevard : le point d'orgue pour Robin Williams

Robin Williams partage avec James Dean ce redoutable privilège d’accumuler les rôles posthumes : quasiment deux ans après sa disparition, le voici qui se rappelle à notre bon souvenir — se peut-il qu’on l’oublie ? — avec un film inédit. Mais à la différence, par exemple, du pathétique La Nuit au musée : le Secret des Pharaons (2015) de Shawn Levy — où le comédien, le regard déjà ailleurs, assurait une silhouette fantomatique — Boulevard constitue une conclusion de carrière magistrale. Un point final aux allures de point d’orgue. Williams y campe un employé de banque modèle, marié, discret, succombant une nuit à l’attirance pour les hommes qu’il avait réfréné pendant des années. Cette libération personnelle, en forme d’aveu secret, s’incarne dans un tapin qui va devenir le nouvel axe de son existence, perturbant dans tous ses compartiments l’ordonnancement de sa vie si bien rangée. Du fait de la proximité de leur arrivée sur les écrans, on ne peut s’empêcher de noter de troublantes similitudes entre Boulevard et le récent

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Baden Baden : chronique d'un été

ECRANS | de Rachel Lang (Fr/Bel, 1h34) avec Salomé Richard, Claude Gensac, Swann Arlaud

Vincent Raymond | Mardi 3 mai 2016

Baden Baden : chronique d'un été

Concentré d’époque, Baden Baden appartient à cette catégorie de films ayant l’art de fixer une ambiance. Il tire sa substance originale non pas d’un dialogue brillant ou d’une construction scénaristique habile, mais de l’atmosphère qu’il parvient à restituer. À partir d’un argument ténu — le retour sur un coup de tête d’une jeune femme lisse de prime abord chez sa grand-mère à Strasbourg —, la chronique d’un été particulier va se dérouler, au gré de séquences en apparence décousues, mais suffisamment allusives pour que l’on puisse recomposer dans les grandes lignes le passé compliqué de la protagoniste (ses amours éteintes, ses distorsions familiales…), comme son présent (une existence vaguement à la dérive). Cette plongée dans la vie de l’inconnue qui nous est donnée pour héroïne se fait avec un minimum d’éléments ; une série de mises en situations jouant sur l’humour à froid et la longueur des plans. Il y a autant d’art chez l’auteure à échafauder ce puzzle, que de plaisir pour le spectateur à l’assembler. Quant au bout-à-bout de ces fragments, s’il ne délivre pas de réponse (puisqu’il n’y a pas de mystère à proprement parler), il nous d

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

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Robinson Crusoe

ECRANS | de Vincent Kesteloot & Ben Stassen (Bel, 1h30) avec les voix de Matthias Schweighöfer, Kaya Yanar, Dieter Hallervorden…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Robinson Crusoe

Le plus célèbre naufragé du monde refait surface, sous forme animée et en 3D. Mais était-ce bien nécessaire ? Pour “justifier” cette adaptation de Defoe à destination d’un jeune public, on a gratifié le marin perdu d’animaux parlants, de chats maléfiques, de couleurs saturées et de péripéties moisies. Ajoutons un registre d’expressions faciales limitées et des textures peu travaillées pour faire bonne mesure. Heureusement qu’une séquence durant une poursuite sur un aqueduc offre quelques sensations fortes : pendant quelques secondes, on est proprement désorienté, n’ayant plus conscience du haut ni du bas ! S’échouant sur nos écrans à Pâques (les vacances, pas l’île), ce film encore plus malade que Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout (2012) constitue la meilleure incitation à lire la prose du regretté Michel Tournier.

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Erratum n°817

MUSIQUES | Le programme du festival Itinérances Tsiganes comportait quelques erreurs géographiques. Sa programmation complète et corrigée est disponible Par (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 26 novembre 2015

Erratum n°817

Le programme du festival Itinérances Tsiganes comportait quelques erreurs géographiques. Sa programmation complète et corrigée est disponible Par ailleurs, le journal contient un article consacré à Autour de Lucie, dont l'annulation du concert au Kao ne nous a pas été communiquée à temps. Que cela ne vous empêche pas de vous intéresser à ce chouette groupe, ni de vous rendre au concert en question, où se produiront malgré tous les excellents Baden Baden.

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Aline, des Smiths à la française

MUSIQUES | «Johnny Marr, j'en ai marre.» Il n'y a pas si longtemps, un groupe que nous avions mis en Une de ce journal, The Rebels of Tijuana, chantait (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 octobre 2015

Aline, des Smiths à la française

«Johnny Marr, j'en ai marre.» Il n'y a pas si longtemps, un groupe que nous avions mis en Une de ce journal, The Rebels of Tijuana, chantait ironiquement son ras-le-bol de l'ancien guitariste des Smiths, dont les arpèges cristallins ont fait rêver tant d'apprentis gratteux. De Johnny Marr, visiblement, Aline n'a pas marre. C'est même lui qu'on croit entendre dès les premières notes de La Vie électrique, le deuxième album des ex-Young Michelin – que les Rebels précèderont au Marché Gare. Quelque chose de This Charming Man. Sans doute ce qu'ils cherchaient en s'attachant les services de Stephen Street, ingénieur du son sur Meat is Murder et The Queen is Dead et producteur de Strangeways, Here We Come des Smiths. Or, c'est autant Aline qui ressuscite Street que Street qui enrobe Aline. Car encore faut-il avoir en magasin des choses à emballer. Et des mélodies, Aline en a à revendre, chaque titre se révélant, avec ses synthés typés "Jeunes gens modernes", un petit bijou de pop ligne claire 80's et hybride. Et comme S

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Rentrée musique : 20 concerts à ne pas manquer

MUSIQUES | De mémoire de rats de salle de concert, cette rentrée musicale est l'une des plus chargées que la ville ait connue. Qu'à cela ne tienne, ce ne sont pas dix concerts que nous vous avons tagués comme "incontournables" cette année, mais une vingtaine. Faites chauffer les boules Quiès.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 septembre 2015

Rentrée musique : 20 concerts à ne pas manquer

Aline / Tigran / Jay Jay Johanson / Is Tropical Après avoir bu et dansé jusqu'à plus soif, bien profité de la belle hype initiée par Regarde le ciel, les Ex-Young Michelin ont pris la route du studio ICP de Bruxelles (temple du rock contemporain) à la rencontre de Stephen Street, mythique producteur et/ou ingénieur des Smiths (il fut le sage-femme de The Queen is Dead, t'as qu'à voir !), de Morrissey et de quatre albums de Blur. Le résultat, bien inspiré (et intitulé La Vie électrique), dégouline forcément de guitares cristallines et de rythmiques 80's dévalées en frenchy dans le texte. Quelque part entre les Smiths donc, les Triffids et un Daho d'époque moins daté. Aline est là, manquerait plus qu'elle revienne. Stéphane Duchêne Le 9 octobre au Marché Gare C'est un fait, le Tigran est un genre de prodigieux caméléon musical dont le génie serait profondément agaçant s'il n'avait pas la mansuétude d'en faire profiter les autres. Ce pianiste jazz (sur le papier uniquement), on l'a connu sous

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La rentrée musique côté chanson et french pop

MUSIQUES | Ah, la France et sa diversité. Elle sera belle cette année, entre piliers indéboulonnables, y compris de nos salles lyonnaises, comebacks attendus, jeunes gens modernes (indé ou pas) pétris de talents et éternels relous. Rien que de très classique dans un paysage toujours très ouvert. Pour ne pas dire trop.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté chanson et french pop

Si la rentrée musicale "française" est surtout affaire de reformation (voir page 4), la programmation saisonnière est aussi le théâtre du retour perpétuel de figures qui, elles, ne se sont jamais séparées. Et pour cause : elles sont seules. Un exemple ? Stephan Eicher ? Visiblement pas tant que ça, en tout cas il doit rapporter puisqu'on le reverra du côté du Radiant (7 octobre), mais cette fois-ci pour rejouer ses tubes à grands renforts étranges de carillons, de tuyaux d'orgues et de bobines Tesla. Changement de formule également pour Jean-Louis Murat (au Théâtre de Villefranche le 12 octobre) qui poursuit sa tournée Babel sans le Delano Orchestra. Cela ne devrait pas décourager ses fans, qui sont hardcore ou ne sont pas. Un peu comme ceux de Corbier qui, lui, fait des infidélités à A Thou Bout d'Chant pour se payer un Transbo (le 10 octobre). Cap sur Belin Tout cela ne rajeunissant personne, penchons nous sur la génération montante qui se taillera la part du Lyon, entre

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La french pop a rendez-vous au festival Changez d'Air

MUSIQUES | On ne sait trop si Changez d'Air, le festival aux cotons tiges de Saint-Genis-les-Ollières (du 28 au 30 mai), se préoccupe des malentendants, bégaie ou voit (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 26 mai 2015

La french pop a rendez-vous au festival Changez d'Air

On ne sait trop si Changez d'Air, le festival aux cotons tiges de Saint-Genis-les-Ollières (du 28 au 30 mai), se préoccupe des malentendants, bégaie ou voit double, toujours est-il que Hyphen Hyphen et Baden Baden formeront une partie de la très solide ossature de la prochaine édition de cet événement qui n'aime rien tant que mettre en avant les talents les plus prometteurs de la pop française. De la pop à singles serait-on tentés d'ajouter, tant les deux groupes les alignent comme on enfile des perles : dernièrement Just Need Your Love et Fear is Blue pour Hyphen Hyphen (il y en eut d'autres avant) et J'ai plongé dans le bruit pour Baden Baden sur son récent, impeccable et bien nommé – et recentré sur le chant en français – Mille éclairs (on avait déjà succombé en 2012 à You'll See et Good Heart sur l'album Coline). Si l'on ajoute à cette programmation des valeurs jeunes mais sûres comme Kid Wise, Isaac Delusion (autre chantre important de la pop à voix de fausset), on obtient un quarté gagnant. Que l'on se permettra de compléter avec un joker non négligeable, Faik, ex-voix renversante des Lyon

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H-Burns trace ses routes

MUSIQUES | Après avoir atteint une sorte de Graal rock en enregistrant un "Off the Map" aride et plein de rugosités dans l'antre du mythique Steve Albini, H-Burns a, avec "Night Moves", ouvert grand ses écoutilles mélodiques en direction d'une Californie dont le territoire semble s'étendre à l'infini. Et même jusqu'à l’Épicerie moderne. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

H-Burns trace ses routes

À l'écoute de son œuvre discographique, on aurait tendance à penser H-Burns lancé dans la quête d'une place dans le monde que, sans doute et c'est tant mieux, il ne trouvera jamais. On avait ainsi laissé le Drômois du côté de Chicago, aux mains du rigoriste à salopette Steve Albini pour le très sec (forcément) Off the Map, arrachant aux passages les frusques folk auxquelles il nous avait plutôt et plus tôt habitués. Mais une fois tombé de la carte, H-Burns en a ouvert une autre, délaissant les rigueurs venteuses de Chicago pour la brise californienne et, au fond, la brisure. Et c'est assez logiquement que Renaud Brustlein s'est tourné, pour orienter son contre-pied, vers un producteur à même d'enrober de la plus belle des manières des compositions qu'on n'avait guère imaginé habitées d'une verve si mélodique : Rob Schnapf, co-producteur du Mellow Gold de Beck et des meilleurs Elliott Smith, mais choisi au départ pour ses travaux avec AA Bondy. Bande-son D'emblée, Night Moves déroute, dans tous les sens du terme. Comme avec l'immédiat Nowhere To Be, en ouverture, premier jalon du paradoxe géographico-mus

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Podalydès express

SCENES | D’une nouvelle de Tchekhov qui se lit en une quinzaine de minutes, Denis Podalydès fait une pièce d’une heure. Bien sûr, ce résumé chiffré est fort malhonnête, (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Podalydès express

D’une nouvelle de Tchekhov qui se lit en une quinzaine de minutes, Denis Podalydès fait une pièce d’une heure. Bien sûr, ce résumé chiffré est fort malhonnête, Les Méfaits du tabac relatant une conférence d'un certain Nioukhine qui, selon les vœux de sa femme, vient tenter d’expliquer en quoi la cigarette est nocive dans un cercle de province, ici une école de musique. De quoi justifier la présence de Floriane Bonanni (violon), Muriel Ferraro (soprano) et Emmanuelle Swiercz (piano), toutes drapées de robes inutilement signées – ou plutôt ciglées, tels des placements de produit – Christian Lacroix. Assez rapidement, la musique baroque prend même toute la place, le comédien n’ayant qu’une portion congrue à jouer. A la place, il erre, et c’est en partie ce que Tchekhov a écrit : l’histoire d’un vieux monsieur qui se demande lui-même ce qu’il fait là et digresse sur ses états d'âme. Coup de chance, le comédien en question est Michel Robin, 84 ans, qui fort de son incroyable expérience tient parfaitement son rôle. Ancien pensionnaire puis sociétaire de la Comédie-Française, il a joué sous la direction des plus grands, dont Alain Françon dans La Cerisaie

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Ez3kiel, prophètes en leur pays

MUSIQUES | Ez3kiel fête ses vingt ans de carrière avec un album, Lux, qui allume des feux plus qu'il n'éteint des bougies. A l'occasion de la présentation de son pendant scénique cette semaine au Transbordeur, retour sur le parcours, superbement anachronique, du plus électrique des groupes de dub – ou du plus vaporeux des groupes de rock. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 décembre 2014

Ez3kiel, prophètes en leur pays

«La marche des vertueux est semée d'obstacles» dit le dixième verset du vingt-cinquième chapitre du livre d’Ézéchiel – celui que récite d'un ton vengeur Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, référence primordiale du groupe. Celle d'Ez3kiel débute logiquement de manière mouvementée, à Tours en 1993. D'abord power trio, Ezekiel (alors avec un e) s'agrandit rapidement d'un deuxième guitariste et d'une chanteuse... qui mettra les voiles en 1999, emportant avec elle l'un des fondateurs de ce qui n'est alors qu'un succédané adolescent de Rage Against the Machine et Fishbone. Ce retour circonstanciel à la case trio, Yann Nguema (basse), Matthieu Fays (batterie) et Johann Guillon (guitare) le convertissent en nouveau départ, taciturne celui-ci, ainsi que l'explique ce dernier : «Cet épisode a coïncidé avec l'achat de notre premier sampler et de notre première groovebox. La transition vers des morceaux instrumentaux s'est donc faite de manière instinctive. D'autant que derrière les musiques qu'on commençait à écouter à l'époque, il n'y avait pas de "gens

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Ceux qu'il faut (re)découvrir

MUSIQUES | En tête d'affiche ou en première partie de Just Rock?, il fera bon humer le talent de ces quatre frenchies dans le vent. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 7 octobre 2014

Ceux qu'il faut (re)découvrir

Joseph & The Merricks Si sa prestation est annoncée sous le nom de Joseph & The Merricks, c'est que le dénommé Joseph Merrick, s'accompagne cette fois d'un solide groupe. Dans lequel on retrouvera le raffiné Stéphane Garry (Pockett) aux manettes du second album de l'Ardéchois, Fatalitas, et dont la production illumine plus que jamais sa polymorphie monstrueuse : je-m’en-foutisme appliqué, finesse absolue des reliefs imparfaits et gracieuse tension entre aspiration pop-folk et intimations punk. Jeudi 9 octobre au Transbordeur   Isaac Delusion Passé avant l'été par les Summer Sessions du Transbo, Isaac Delusion est la petite bête pop qui monte. Qui monte vers les proverbiales nuées, notamment, et très régulièrement portée ou porteuse, tout dépend comment on se place, d'une dream pop particulièrement volatile qui entendrait non seulement pénétre

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La route des indés

MUSIQUES | Dans la collection automne-automne musicale, la tendance est clairement à l'indie rock, cette notion floue et changeante qui pourtant se nourrit d'une évidence : quelles que soient sa nature, sa forme, son humeur, son envie, quand on voit un artiste indé, on le reconnaît au premier coup d’œil. Et à ce qu'on en veut toujours plus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

La route des indés

«Just gimme indie rock !!!!» C'est sur ce cri primal que s'ouvre, en 1991, Gimme Indie Rock, EP culte et (re)fondateur de Sebadoh. Le trio, alors composé d'Eric Gaffney, Lou Barlow et Jason Loewenstein – qui vient de rejoindre le groupe du Massachussetts – y évoque ses influences dans une furieuse séance de name-dropping (Velvet Underground, Husker Dü, Sonic Youth et même Dinosaur Jr., dont Barlow vient pourtant de se faire éjecter comme un malpropre) qui s'accompagne du mode d'emploi indie : jouer plus lentement, fumer de l'herbe (pas forcément dans cet ordre) et hurler à la face du monde. Ce cri, c'est un peu le cri que le public lyonnais averti (qui comme chacun sait en vaut deux) est depuis quelques temps en mesure de pousser à chaque début de (demi-) saison. Car il sait, à mesure qu'on lui sert sur un plateau des Dinosaur Jr. donc, des Chokebore, des Swans et on en

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Rires enregistrés

SCENES | Moins féconde que la précédente, la saison café-théâtre 2014/2015 n'en demeure pas moins réjouissante, entre reprises de spectacles qui gagnent à être connus et défilé de têtes qui le sont déjà. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

Rires enregistrés

En cette rentrée, les cafés-théâtres lyonnais ont des airs de champs en jachère : à leur programme figurent  nombre de reprises d'une saison 2013/2014 exceptionnellement riche en créations. Côté one-man-show, on retrouvera ainsi avec plaisir Jefferey Jordan (aux Tontons Flingueurs, jusqu'au 2 octobre), Karim Duval (même endroit, en octobre), François Martinez (idem), Yann Guillarme (au Boui Boui, en janvier et février), Alex Ramirès (au Boui Boui également, jusqu'au 30 décembre), Gérémy Crédeville (au Complexe du Rire, en novembre et décembre) ou encore

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Lois et aléas du désir

ARTS | L'Espace d'arts plastiques de Vénissieux accueille la plasticienne belge Aline Bouvy et ses œuvres explorant les contradictions et les paradoxes du désir. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 juin 2014

Lois et aléas du désir

Une main approche d'un pénis pour le caresser ou s'en saisir. A travers cette grande photographie, Aline Bouvy (née en 1974 en Belgique) nous donne une image possible du désir. Mais, en regardant plus attentivement, on s'aperçoit que le désir lui-même est mû, attisé, par une image : la main (un moulage de celle de l'artiste) qui semble approcher le pénis (une sculpture), s'approche en réalité d'une représentation plane, d'une image de cette sculpture. Dans le domaine du désir, les frontières se brouillent, les contraires ne se contredisent plus forcément et le réel danse avec l'imaginaire. Faut-il alors une loi pour mettre un peu d'ordre dans ce capharnaüm ambigu de l'érotisme qui rend dur le mou, entraîne la vie jusque dans la mort (selon la formule de Georges Bataille), fabrique des caresses avec des fantasmes ? C'est ce que semble suggérer Aline Bouvy dans une autre œuvre, une vidéo projetée à l'abri d'une grande "cabane" de parpaings construite pour l'occasion. L'intime en orbite Dans cette vidéo, on voit et on entend un scientifique discourir sur la gestion des déchets spatiaux (vieux satellites abandonnés,

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Eastern boys

ECRANS | Évitant les clichés et s’aventurant vers le thriller, Robin Campillo raconte dans un film fort et troublant les rapports d’amour et de domination entre un quadra bourgeois et un immigré ukrainien sous la coupe d’une bande violente. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Eastern boys

La première demi-heure d’Eastern boys fait un peu peur. Après avoir dragué dans une gare Marek, un jeune et bel Ukrainien, en lui proposant contre rémunération de le rejoindre dans son grand appartement de la région parisienne, Daniel, gay quadra étouffé dans sa morgue bourgeoise, voit en fait débarquer toute sa bande qui va piller consciencieusement meubles, écran plat, Playstation et œuvres d’art. La scène, étirée jusqu’au malaise, pourrait passer pour un spot de pub en faveur du FN sur le mode du "méfiez-vous de ces hordes d’immigrés prêts à voler vos biens et violer votre propriété privée". Mais Robin Campillo, qui avait déjà réussi avec son premier long Les Revenants — matrice de la fameuse série — et ses scénarios pour Laurent Cantet à explorer des zones troubles de la société française contemporaine, a un dessein beaucoup plus dérangeant. Le marché de dupe initial – du sexe contre de l’argent — va se concrétiser quand Marek revient, seul cette fois, chez lui : une relation de dépendance mutuelle se noue entre eux, Daniel fixant règles et tarifs, Marek conservant un pied dans sa "famille" à qui il cache ses activités de prostitué. Cette relation r

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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Le Congrès

ECRANS | Ari Folman va là où on ne l’attendait pas après «Valse avec Bachir» : une fable de science-fiction qui interroge le futur du cinéma et mélange prises de vue réelles et animation vintage. Ambitieux, inégal mais souvent impressionnant, «Le Congrès» est aussi un formidable hommage à son actrice, Robin Wright. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Le Congrès

La mort du cinéma, annoncée depuis maintenant trois décennies, produit ce curieux paradoxe : chaque fois qu’un metteur en scène s’empare du sujet, il en tire une œuvre qui, à l’inverse, semble célébrer ses capacités de résistance. On se souvient du Holy motors de Carax, mais c’est aussi le cas du Congrès d’Ari Folman. Pas d’ambiguïté sur le discours du film : ce monde où les studios proposent aux acteurs de signer le «dernier contrat de leur carrière», avant de les scanner intégralement puis d’utiliser leur image dans des productions sur lesquelles ils n’ont plus aucun droit de regard, ressemble à une extrapolation cauchemardesque du passage au numérique actuel. C’est ce que décrit le premier acte du film, très impressionnant : Robin Wright, dans son propre rôle, est pressée par son agent (Harvey Keitel) et par le chef particulièrement odieux et inculte du studio Miramount (Danny Huston) de mettre un terme au lent calvaire qu’est devenu son parcours de comédienne en acceptant ce deal à la fois monstrueux et salvateur.

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Made in french

MUSIQUES | Dans le sillage de Granville et La Femme, de passage à Lyon cette semaine, une poignée de groupes hexagonaux se réapproprient la langue française en miroir d'une certaine idée de la France, fantasmée comme un paradis perdu qu'il faudrait rapatrier. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 avril 2013

Made in french

«Le rock français, disait John Lennon, c'est comme le vin anglais». Y ajouter du français, ce serait donc comme le couper à l'eau, on le sait depuis toujours, voire à l'huile de moteur. A son inimitable manière, Jean-Louis Murat résumait ainsi le problème dans Les Inrocks de la semaine passée : «Dès que tu as basse-batterie, ta chanson est dépassée. Tu voulais faire une berline et tu te retrouves avec un semi-remorque». C'est pourtant avec une certaine légèreté de ton et la langue nullement chargée d'un trop lourd héritage – littéraire côté français, rock côté anglo-saxon – qu'une nouvelle génération de popeux a réinvesti la très casse-gueule combinaison mélodies anglophones/idiome francophone. La chose n'est pas nouvelle, a connu des tendances, des écoles (les labels Village Vert et Lithium), mais à vrai dire on n'avait pas vu pareil (épi-?) phénomène depuis l'agonie prématurée de baby rockers (Naast, Brats, Second Sex, Plastiscines...) trop vites portés aux nues d'une France qui rock et qui roll et précipités tout aussi rapidement dans les oubliettes

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Les poings et la plume

MUSIQUES | Chanteur performeur du groupe Oxbow, castagneur de première et journaliste et écrivain accompli, l’Américain Eugene S. Robinson se produira mardi 4 décembre, au Sonic, aux côtés du trio avant-gardiste L'Enfance Rouge. Portrait d’une personnalité peu commune. Damien Grimbert

Benjamin Mialot | Mercredi 21 novembre 2012

Les poings et la plume

On avait découvert Eugene S. Robinson il y a environ dix ans de cela, par hasard ou presque, lors d’un concert de son groupe Oxbow au festival de Dour en Belgique. Et c’est peu de dire que sa performance avait fait forte impression : 110 kilos de muscles et de testostérone portés à ébullition par une présence animale, à la fois hypersexuée et menaçante. Suant, éructant et bavant sur scène, une main ostensiblement plongée dans le slip et l’autre martyrisant le micro, l’homme semblait plongé dans un état de transe primal, prêt à réduire en pièces le premier fort en gueule qui voudrait se frotter à lui. Ce qu’il lui est d’ailleurs déjà arrivé de faire à d’innombrables reprises, l’homme affichant – on l’a découvert par la suite – un penchant affirmé pour la violence mutuelle entre adultes consentants. Ce statut de monstre de foire, incontrôlable et dégénéré, Eugene S. Robinson en joue volontiers. Et l’assume avec l’absence de complexes totale de celui qui a plus d’une corde à son arc. Car au-delà de l’aura bestiale qu’il dégage sur scène, Robinson, c’est avant tout 30 ans de carrière au sein de l’avant-garde musicale new-yorkaise et californienne, la publication de n

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Cartes en mains

MUSIQUES | Le groupe H-Burns revient avec un quatrième album encore plus grand et plus majestueux que les précédents : «Off the map» (sortie janvier 2013). Un hors-carte qu’il chante hors-temps ; un concert à ne pas manquer en somme, dont on a discuté avec le songwriter et chanteur du groupe, Renaud Brustlein. Propos recueillis par Laetitia Giry

Christophe Chabert | Vendredi 9 novembre 2012

Cartes en mains

Il me semble qu’il y a quelque chose de plus aérien et de plus tragique dans ce dernier album… Le ressentez-vous comme ça ?Renaud Brustlein : Difficile à dire… Il y a quelque chose de plus urbain sans doute. Par le choix tout d’abord d’aller enregistrer dans une mégalopole d’Amérique du nord [Chicago, NdlR]. Aérien ? Oui, de façon métaphorique, car le processus d’écriture a été moins autobiographique que pour le précédent. Pour ce disque, mon approche a été plutôt "cartographique" si je puis dire. J’ai cherché à écrire sur les cheminements, les choix de route,  bons ou mauvais, et essayé de situer les personnages comme des points clignotants sur des cartes satellite, aux destins croisés par accident, aux trajectoires ratées. Tragique ? Oui, pourquoi pas. L’album parle de perte totale de repères, du fait de ne trouver aucune place, sur aucune carte… J’imagine que c’est un peu tragique comme idée… On note une ouverture vers une instrumentalisation de plus grande ampleur, avec les cuivres par exemple… Vers quoi vouliez-vous faire tendre votre musique en faisant ce choix ?Les cuivres, c’est quelque chose

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Just Folk ?

MUSIQUES | Entre découverte musicale (dé)branchée et déambulation urbaine, le Parcours Folk marque la première étape du festival Just Rock ? Et pas la moins intéressante. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 octobre 2012

Just Folk ?

À Lyon, on aime les parcours, les traboulages en tout genre qui vous font dégringoler d'une partie de la ville à l'autre pour y dénicher des trésors insoupçonnés seulement connus de quelque guide à moustache. Sans doute conscient de cette réalité lyonnaise, le festival Just Rock ? a initié en guise d'ouverture son propre Parcours Folk, où il s'agit ni plus, ni moins que de déambuler d'un coin à l'autre de la ville, de lieux improbables en endroits qui le sont moins, à la découverte de petits trésors folk parfois également insoupçonnés mais pas toujours. La règle pour les artistes n'étant pas forcément, comme l'indique l'intitulé de l'événement de jouer spécifiquement du folk, mais de se produire en version acoustique. Pour certains, les folkeux notamment, l'exercice est naturel, ceux-ci ayant rarement l'électricité. Pour d'autres un peu moins mais c'est aussi ce qui fait le charme de l'exercice. Trio féminin, chant, guitare, contrebasse, poussé au conservatoire, Jüne n'aura pas de problème d'adaptation avec son folk jazz entêtant (entêté?), à voir à l'heure du shopping (14h) place des Célestins. Après quoi l'on pourra passer chez le libraire, en l'occurrence Expé

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Rhum express

ECRANS | De Bruce Robinson (ÉU, 2h) avec Johnny Depp, Amber Heard, Richard Jenkins…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Rhum express

On comprend que Johnny Depp ait eu envie de rendre hommage à son ami Hunter S. Thompson en portant à l’écran un manuscrit que Depp avait lui-même déniché au fond de ses archives. Mais pourquoi est-il allé chercher Bruce Robinson, le lieutenant Pinson d’Adèle H. et le réalisateur de deux films cultes tournés il y a plus de vingt ans ? Robinson n’est de toute évidence pas l’homme de la situation. Face à ces journalistes qui, dans les années 60 à Porto Rico, boivent beaucoup de rhum, testent quelques drogues et vivent des aventures guignolesques, il tente de conserver la plus grande impassibilité. L’effet est immédiat : c’est comme regarder des mecs bourrés dans une soirée alors que l’on n’a pas touché une goutte d’alcool ; plus pathétique que drôle. Dans Las Vegas parano, film loin d’être parfait mais vraiment pertinent, Gilliam nous faisait participer à l’ivresse par sa mise en scène. Ici, on a juste l’impression d’être de trop, et le cabotinage de Johnny Depp, la plastique d’Amber Heard ou la mâchoire serrée d’Aaron Eckhart ne changent rien à l’affaire. Christophe Chabert

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On ne choisit pas sa famille

ECRANS | De et avec Christian Clavier (Fr, 1h43) avec Muriel Robin, Jean Reno...

Jerôme Dittmar | Vendredi 4 novembre 2011

On ne choisit pas sa famille

Pire qu'un film avec Christian Clavier et Jean Reno, un film de Christian Clavier, avec Christian Clavier et Jean Reno. Si l'image ne suffit pas, le point de départ d'On ne choisit pas sa famille devrait calmer tout le monde : un gros beauf en manque de fric (Clavier, inégalable), accepte contre rémunération de partir avec la compagne de sa sœur pour adopter une jeune Thaïlandaise qu'elles ont rendu orpheline par accident. Le faux couple doit ainsi jouer aux mari et femme sans trahir leurs identités, devant un french doctor intégriste et accessoirement en rut (Reno, indescriptible). D'un cynisme hallucinant, à moitié volontaire et pas du tout assumé, le film commet à peu près tous les faux pas : racisme, néo-colonialisme, vulgarité absolue, bêtise permanente, gags qui puent des pieds ; un sans faute dans la comédie beauf et complaisante. Genre préféré du cinoche français qui revient ici à ses racines avec l'acteur qui l'a défini.Jérôme Dittmar

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La Machine à démonter le temps

ECRANS | De Steve Pink (ÉU, 1h40) avec John Cusack, Craig Robinson…

Dorotée Aznar | Mercredi 29 septembre 2010

La Machine à démonter le temps

Après cette grosse purge qu’était "Copains pour toujours", l’empressement à se retaper une histoire de quadras américains redevenant “best friends forever“ le temps d’une virée n’était que très, très, très relatif. Du coup, passée l’adorable improbabilité du postulat de départ (trois camarades revivent une nuit de folie qui scella leur destinée, grâce à un jacuzzi qui les fait voyager dans le temps – eeeeeeeeeet oui), on se surprend à ricaner tendrement et à afficher de larges sourires devant cette comédie moins régressive qu’il n’y paraît. OK, l’impression de déjà-vu est tenace, que ce soit dans les ressorts comiques ou dans l’exploration narrative du thème de la seconde chance (pour se dédouaner, le réalisateur a offert un second rôle à Crispin Glover, alias McFly senior dans "Retour vers le Futur"), mais l’alchimie entre les comédiens, la reconstitution savoureuse des années 80 ou encore un habile contournement du mélo redouté font que l’ensemble se regarde sans rougir. FC

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The invention of lying

ECRANS | De Ricky Gervais et Matthew Robinson (ÉU, 1h40) avec Ricky Gervais, Jennifer Garner…

Dorotée Aznar | Vendredi 23 avril 2010

The invention of lying

Le tout amorphe La Ville Fantôme nous laissait augurer du pire quant à la récupération hollywoodienne de Ricky Gervais, génial créateur de la série (originale) The Office. On le pensait dès lors condamné à traîner son physique ingrat et sa misanthropie ad nauseam, peinant à insuffler de l’âme à des projets sans intérêt. C’était jusqu’à The Invention of lying, sa première réalisation qui, si elle n’est pas le chef-d’œuvre espéré, s’en approche tout de même de façon louable. Déjà, l’idée de base est fabuleuse : dans un monde parallèle où tout le monde ne cesse de dire la vérité à tout bout de champ, Mark Bellison (Ricky Gervais) devient le premier homme à pouvoir mentir. Le temps de poser ce postulat, le film dispense dans son premier acte d’hilarantes déclinaisons de ses possibilités, où même la falote Jennifer Garner parvient à tirer son épingle du jeu – c’est dire. La deuxième partie de The invention of lying, en se reposant sur un implicite pour le moins osé de son principe (dans ce monde sans mensonge, la religion n’existe pas), nous fait miroiter une œuvre savamment subversive. De fait, pour une production américaine, le scénario de Gervais et Robinson s’aventure dès lors su

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Plaisirs sensuels

SCENES | CIRQUE / Une pianiste, trois jongleurs et des balles blanches en grand nombre : une équation de départ on ne peut plus simple et un brin éculée pour un (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 12 novembre 2009

Plaisirs sensuels

CIRQUE / Une pianiste, trois jongleurs et des balles blanches en grand nombre : une équation de départ on ne peut plus simple et un brin éculée pour un spectacle contemporain. Sauf que le Petit Travers (un collectif d’auteurs, jongleurs, danseurs, musiciens et comédiens venus d’horizons divers) transcende ce postulat initial pour y adjoindre de la poésie et du burlesque. Ce qui donne un résultat inattendu et surprenant, où le plaisir des sens est roi, et où l’imaginaire fait office de foi. Dans une scénographie épurée savamment étudiée (très belle création lumière), les trois jongleurs Nicolas Mathis, Julien Clément et Denis Fargeton, tout de noir vêtus, donnent vie à leurs balles, qui deviennent les véritables interprètes du spectacle : elles dansent les unes avec les autres, glissant contre le corps d’un jongleur, s’entrechoquant ici et là, bondissant sauvagement, chutant soudainement, s’évaporant en un clin d’œil. Une chorégraphie de l’aléatoire en somme, même si l’ensemble apparaît parfaitement maîtrisé. Et c’est bien ce qui séduit dans ce ‘Pan pot ou modérément chantant’ : cette construction qui semble ne tenir qu’à un fil, laissant le spectateur frémissant jusqu’au final hypn

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Les Vies privées de Pippa Lee

ECRANS | De Rebecca Miller (Éu, 1h33) avec Robin Wright Penn, Alan Arkin, Keanu Reeves…

Christophe Chabert | Lundi 9 novembre 2009

Les Vies privées de Pippa Lee

Casting spectaculaire (Penn, Reeves, Maria Bello, Monica Bellucci, Julianne Moore, Winona Ryder…), Brad Pitt et sa société Plan B à la production : de bonnes fées se sont penchées sur le berceau du nouveau film de Rebecca Miller. Rien de déshonorant dans ce mélodrame propret, bien écrit (Miller adapte elle même son roman à l’écran) et bien interprété, qui a le défaut de ses qualités : il manque un peu de sel. Pippa Lee, quadragénaire mariée à un éditeur accusant vingt ans de plus qu’elle au compteur, traverse une petite dépression et se remémore son passé : mère défoncée au speed, adolescence trash, mariage-sauvetage au prix de la vie d’une autre… La construction en flashbacks fonctionne pour une fois assez bien, et le film évite de verser trop tôt dans le pathos, quelques audaces sexuelles troublant même sa surface de téléfilm luxueux. Sans être indispensables, ces 'Vies Privées de Pippa Lee' se laissent regarder. CC

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L’Armée du crime

ECRANS | De Robert Guédiguian (Fr-It, 2h19) avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin…

Christophe Chabert | Mardi 8 septembre 2009

L’Armée du crime

Il y a deux films dans cette ambitieuse Armée du crime : d’abord le récit, clairement hagiographique, de l’action du groupe Manouchian, armée de résistants communistes de tous âges et de toutes origines luttant par la violence contre l’occupant allemand. Sur ce versant, Guédiguian ne convainc pas entièrement. Son didactisme se heurte à une narration sombre et épique, notamment à cause des dialogues en forme de serments politiques où l’on sent trop clairement l’auteur parler à la place de ses personnages. Mais il y a une autre piste, passionnante, qui justifie le projet du cinéaste : celui de montrer l’entourage des résistants — famille, épouse, maîtresse… Ici, ce sont toutes les formes de silence, de l’approbation à l’inquiétude en passant par le mensonge salvateur, que Guédiguian filme, et cela débouche sur une question magnifique : comment vivre dans l’ombre de l’héroïsme ? Un personnage incarne ce dilemme tragique : Mélinée Manouchian, dont l’amour absolu, presque métaphysique, pour son mari, est toujours assombri par un voile de tristesse. La manière dont Virginie Ledoyen, grande actrice négligée du cinéma français, joue corps et âme cet engagement silencieux, est f

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