Metz ou le hardcore sidérurgique

MUSIQUES | Affublé d'un blase de préfecture de Moselle, Metz a taillé dans le vif pourtant déjà très à vif de son premier album pour livrer "II", transformation d'essai rageuse et tranchante qui semble droit sortie du fracas et de la chaleur infernale des hauts-fourneaux lorrains. Tout cela depuis le Canada.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 septembre 2015

Photo : (c) Elinor Jones


Ah, Metz ! Ville fleurie tri-millénaire, préfecture du département de la Moselle, citée romaine sous le nom de Divodorum, ancienne capitale d'Austrasie, importante ville de l'Empire Carolingien, du Saint-Empire romain germanique et, par intermittence, de la première division du championnat de France de football. Ville libre et souvent assaillie, Metz vainquit par la main de Saint-Georges le maléfique Graoully et par les pieds de Tony Kurbos et Jules Bocandé le FC Barcelone au Camp Nou en Coupe des Coupes 1984-85.

Elle connut aussi des défaites avec l'annexion par l'Allemagne et la perte du championnat de France de football 1998 à la différence de but aux dépens du RC Lens – deux épisodes que les Messins préfèrent oublier...

Bien, ouh là, stop, soyez sympas, rembobinez : on s'égare, Metz n'étant pas le sujet de cet article. Ou plutôt si, mais le Metz canadien, groupe hardcore de son état, baptisé ainsi suite à un concert lorrain visiblement marquant de deux de ses membres en 2006 – le hors-sujet n'est donc pas total, même si au contraire de la ville, Metz le groupe présente une diversité architecturale assez chiche.

Ex(éc)utoire

À propos du second album des Canadiens, Les Inrocks parlaient d'«album exutoire». On a pourtant l'impression que l'exutoire était inscrit depuis le départ dans l'ADN de Metz. On ajouterait même que, plutôt que d'exutoire, il faudrait parler d'exécutoire tant l'impression est grande que, quand la Metz est dite, en une sorte de glossolalie accélérée, c'est le jour du saigneur.

Ce n'est en effet ni plus ni moins ce que font les Canadiens : exécuter leurs morceaux. Vite et bien, comme s'ils avaient un train punk à prendre : avec une sorte de bordélique application, indispensable dans une discipline où la vitesse peut se muer en précipitation et la précipitation en bouillie. Exécuter aussi toute tentative d'affiliation à des influences : Metz œuvre sur une terre brûlée, ou vierge, comme si personne n'était passé avant eux ou comme s'il n'en subsistait aucune trace – le trio émarge pourtant chez l'ancien temple du grunge Sub Pop.

Exécuter enfin le souvenir d'un premier album qui semble soniquement plus épais et, par là, moins tranchant que cet exercice à la pointe sèche dont le goût d'acier rend soudain évident la référence anecdotique à la capitale lorraine, longtemps mariée à la sidérurgie.

Don't mess : Metz [+ Ned]
Au Transbordeur mercredi 23 septembre


Don't mess : Metz + Ned


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Cinq expos à voir à Lyon en septembre

Bons Plans | De l’onirisme, des espaces étranges, de l’art singulier, de l’abstraction… Nous avons sélectionné pour vous cinq expositions à ne pas rater ce mois-ci !

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 17 septembre 2021

Cinq expos à voir à Lyon en septembre

Johanna Perret et Dorian Feraud La peintre Johanna Perret et le photographe Dorian Feraud exposent leurs œuvres à la galerie Regard Sud, dans un dialogue thématique et formel. Ces deux artistes explorent l’impalpable des ambiances atmosphériques, la dissolution des figures parmi les brumes, les espaces indistincts et évanescents. Une très belle découverte ! Johanna Perret et Dorian Feraud, Ether À la galerie Regard Sud jusqu’au 23 octobre Delphine Balley Pour sa première exposition muséale personnelle, Delphine Balley nous immerge dans le clair-obscur de ses photographies et ses films vidéo, mettant soigneusement et baroquement en scène des rites ancestraux (mariage, funérailles, partie de chasse…). Tout y est silencieux, étrange, onirique, sans oublier ici et là un soupçon d’humour. Parallèlement à cette exposition fort réussie, le MAC

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Harout Mekhsian associé à Cartel Concerts, candidats à la reprise du Transbordeur

Transbordeur | La délégation de service public du Transbordeur, la salle de concerts située à Villeurbanne, prend fin le 30 juin 2020. Deux candidats se sont positionnés : les actuels délégataires Transmission, et un nouveau venu, Hors-Bord, dont nous vous dévoilons en exclusivité le projet.

Sébastien Broquet | Lundi 14 octobre 2019

Harout Mekhsian associé à Cartel Concerts, candidats à la reprise du Transbordeur

Les deux candidats à la prochaine délégation de service public (DSP) du Transbordeur ont été auditionnés la semaine dernière : vendredi en ce qui concerne les sortants, Transmission, représentés par l'actuel directeur Cyrille Bonin dont nous avons évoqué le projet, qui s'aligne dans la continuité de l'actuel fonctionnement, dans notre édition du mercredi 18 septembre dernier. Et un jour plus tôt, jeudi, pour le second projet porté par Harout Mekhsian. Ce dernier est basé à Lyon, où il est né en 1974 et l'on en sait un peu plus sur le dossier qu'il a présenté au jury : sous le nom de Hors-Bord, une SAS créée pour l'occasion dont il serait le PDG, il propose de s'associer avec la société de billetterie lyonnaise créée en 2011 Yurplan (à hauteur de 40% du capital de 50 000€), le producteur de concerts Cartel (30% du capital, il s'agit d'une agen

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Seulement deux candidats pour le Transbordeur

Villeurbanne | Dans quelques jours seront auditionnés les candidats pour la prochaine Délégation de Service Public du Transbordeur : deux dossiers ont été déposés, dont celui des sortants mené par l'actuel directeur Cyrille Bonin.

Sébastien Broquet | Mardi 17 septembre 2019

Seulement deux candidats pour le Transbordeur

Surprise : la salle culte du Transbordeur, à Villeurbanne, n’est cette fois pas l’objet d’une lutte acharnée entre producteurs de spectacles ; seuls les sortants, emmenés par l’actuel directeur Cyrille Bonin (par ailleurs chroniqueur au Petit Bulletin), et un second candidat ont déposé leurs dossiers début juin dernier pour obtenir la DSP (délégation de service public) de la Ville de Lyon, dont l'actuelle convention prendra fin le 30 juin 2020. Fimalac a flairé Exit, déjà, les figures locales : en 2010, Frédéric Gangneux (ancien programmateur de la salle) ou encore l'actuel directeur du Fil à Saint-Étienne, Thierry Pilat, avaient porté des dossiers de candidature. En 2015, trois dossiers avaient été présentés : outre le vainqueur Transmission, le producteur Les Derniers Couchés et la société Bellevue dirigée par le fondateur de la salle Victor Bosch avaient candidatés. Pour 2020, aucune de ces figures locales ni leurs successeurs

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Une Biennale en mode XXL

Biennale d'Art Contemporain | Trois hangars, 29 000 m² de surface au sol : les dimensions du lieu central de la Biennale d'art contemporain 2019 sont démesurées ! À deux jours de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Une Biennale en mode XXL

Trois hangars, 29 000 m² de surface au sol : les dimensions du lieu central de la Biennale d'art contemporain 2019 sont démesurées ! À deux jours de l'ouverture, quand nous parcourons cet ancien site industriel (les usines Fagor dont l'activité de production de machines à laver s'est brutalement interrompue en 2015), nous découvrons un lieu aux multiples stigmates, ceux des différentes époques de sa mutation : le paysage industriel, les tags, la réfection minimaliste pour y accueillir des événements culturels. Le parcours du visiteur, au travers des œuvres de 56 artistes (une sélection paradoxalement plus restreinte qu'à l'accoutumée lors d'une biennale), totalisera 1, 4 kilomètres de marche. Et la découverte sera totale, car la quasi intégralité des œuvres exposées seront des créations, réalisées en tenant compte de l'histoire du lieu, des métamorphoses du quartier et du tissu associatif et technologique de la région (les productions ont souvent été réalisées avec des entreprises locales). Singulier pluriel Aux

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Un belvédère sur l’art contemporain

Biennale d'Art Contemporain | L’exposition internationale de la 15e Biennale d’Art Contemporain sera consacrée au thème du paysage. Un thème revu et corrigé par une cinquantaine d'artistes méconnus, de toutes générations, qui se confronteront notamment à l’immensité des anciennes usines Fagor-Brandt.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 avril 2019

Un belvédère sur l’art contemporain

La 15e Biennale d’Art Contemporain est la biennale de tous les changements : dirigée par Isabelle Bertolotti qui succède au créateur de l’événement Thierry Raspail, avec un commissariat invité composé de sept jeunes individus (le collectif qui dirige le Palais de Tokyo à Paris, grand centre d’art contemporain capable du meilleur comme du pire), et un déménagement du site central de la Sucrière et ses 6000 m² vers la friche industrielle des anciennes usines Fagor-Brandt et ses… 29 000 m² ! Les 55 artistes conviés ont donc tout intérêt à ranger leurs miniatures pour des réalisations de plus grande envergure s’ils veulent exister. Parmi eux, aucune star, seulement quelques noms connus des mordus d’art contemporain (Gustav Metzger, Abraham Poincheval, Yona Lee…), beaucoup de jeunes artistes internationaux, un tiers de Français. Tout (et c’est bien là l’intérêt d’une biennale) sera donc à découvrir ou presque, jusqu’aux œuvres elles-mêmes, créées pour 90 % d’entre elles pour l’occasion, et produites en collaboration avec des artisa

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Le roi du pipeau : "Bravo Virtuose"

Pruneaux d'Arménie | de Levon Minasian (Arm-Fr-Bel, 1h30) avec Samuel Tadevosian, Maria Akhmetzyanova…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Le roi du pipeau :

À la suite d’un quiproquo, Alik, un jeune clarinettiste récupère le portable, les contrats et l’argent d’un tueur à gages. La manne tombe à pic, car il cherche à financer l’orchestre de son grand-père lâché par son mécène. Seul hic : Alik doit exécuter les cibles désignées par le commanditaire… À quoi reconnaît-on un polar arménien ? Aux plans sur le mont Ararat, équivalant à ceux sur la Tour Eiffel dans une production française ? Au fait que l’un des méchants — en l’occurrence un bureaucrate corrompu — vante la qualité des loukoums stambouliotes dont il se gave à longueur de journée ? Plutôt à l’évocation des anciens combattants du Haut-Karabagh, où sont morts les parents du héros, et dont certains sont devenus des mafieux. Hors cela, ce premier long-métrage promenant une élégante indécision entre comédie sentimentale, burlesque et thriller, s’aventure aussi dans le semi-expérimental, en matérialisant les images mentales et oniriques d’Alik, caverne d’Ali-Baba fantasmatique où circule la silhouette de la séduisante Lara. Levon Minasian donne l’i

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Gazon béni : "Borg/McEnroe"

Le Film de la Semaine | Janus Metz autopsie le parcours de deux totems du sport contemporain à l’occasion du non moins légendaire match les opposant en 1980 sur le green britannique. Trop de la balle pour mesurer en cinq sets la tragique gravité du tennis et sa haute cinégénie.

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Gazon béni :

Wimbledon, 1980. Quadruple tenant du titre et n°1 mondial, Björn “Ice” Borg est défié en finale par son dauphin au classement ATP, un jeune Étasunien irascible réputé pour son comportement de voyou sur les courts. Contrairement aux apparences, les deux se ressemblent beaucoup… Si l’on parle volontiers du terrain de sport comme d’une arène ou d’un “théâtre”, le court de tennis est, au même titre que le ring, apte à cristalliser des dramaturgies hautement cinématographiques. Quant à cette finale opposant Borg à McEnroe, elle va bien au-delà de l’épithète “anthologique” : Serge Daney écrivait que l’on touchait ici aux « beautés de la raison pure. » Le film ne se cantonne pas à une reconstitution méthodique du match épique. Sa réalisation rend justice à la grâce et la pugnacité des deux athlètes, sculptant par un montage acéré l’incomparable chorégraphie des échanges. Le bouillant Shia LaBeouf s’empare de la raquette de l’explosif gaucher avec un mimétisme raisonnable : nul autre que lui n’aurait été crédible dans ce rôle. Q

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"Bad Buzz" de Stéphane Kazandjian : #navet

ECRANS | de Stéphane Kazandjian (Fr, 1h17) avec Eric Metzger, Quentin Margot, Razane Jammal…

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Pourquoi toutes les demi-gloires télévisuelles éprouvent-elles le besoin de “faire du cinéma” ? Le goût du lucre ou les exigences d’un ego tyrannique peuvent expliquer, à défaut de justifier, la présence de ces notabilités météoritiques sur grand écran. Semblant considérer comme négligeable la nécessité d’avoir au préalable une idée à défendre ou une histoire à raconter, elles accouchent de films présentant moins d’intérêt que le support vierge sur lequel ils sont projetés. Derniers marioles à tenter l’aubaine, les duettistes Éric et Quentin, habitués à pondre au kilomètre des sketches en prise directe avec l’actualité pour l’émission Quotidien. Le ton volontiers impertinent du magazine les autorise à se montrer parfois corrosifs, en réaction aux outrances ordinaires des “puissants” qu’ils brocardent. La brièveté des saynètes compense la réalisation de bric-et-de-broc, à l’amateurisme potache plus que revendiqué : exagéré. Au cinéma aussi on a le droit de faire les cons, mais sérieusement. Et il faut se montrer autrement costaud dans l’é

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Frantz Metzger peint les mystères de l'existence

Peinture | Dans un grand souffle atmosphérique, les figures peintes par Frantz Metzger naissent et disparaissent dans des paysages. L'artiste revient sur ce devenir tragique et déchirant de ses figures, ainsi que sur sa conception de la peinture.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Frantz Metzger peint les mystères de l'existence

Qu'est-ce qui vous a amené à la peinture, quelles sont les grandes œuvres qui ont pu vous marquer à un moment ou à un autre de votre parcours ? Frantz Metzger : Pour évoquer les circonstances qui m'ont amené à la peinture, il faut, je crois, plutôt parler de processus ou de maturation que de parcours. J'ai toujours eu recours à l'imagination, et peut être qu'une certaine nécessité m'a conduit à des tentatives et à des balbutiements artistiques qui m'ont lentement fait découvrir la peinture et ses possibilités. Il y a eu simultanément les premiers chocs artistiques : Francis Bacon, Florence et la rencontre avec la peinture italienne, Titien surtout. Et Rembrandt. Tout cela m'a laissé entrevoir des possibilités de réconciliation d'avec la réalité, ainsi qu'une certaine façon de composer son existence, et cela s'est cristallisé dans l'acte de peindre quotidiennement. Qu'est-ce qui déclenche chez vous la composition d'un tab

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Des expos qui feront bouger les lignes

Expositions | Qu'elle prenne pour origine un souffle indistinct ou au contraire une limpidité idéale, l'image artistique tente de faire bouger nos perceptions, nos émotions et nos manières de penser. Et va parfois, pour cela, jusqu'à "s'encanailler" avec la littérature, le cinéma et le design.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 janvier 2017

Des expos qui feront bouger les lignes

« Le rêve sait à sa façon que l'image est chaos » écrit le psychanalyste Pierre Fédida dans un article au titre évocateur : Le souffle indistinct de l'image. Rêves et œuvres artistiques, selon Fédida, auraient pour origine fluctuante et floue une sorte d'haleine, de brume d'images mouvantes, charriant quelques fantômes et réminiscences ancestrales... C'est dans cette "ambiance", sous ce point de vue, que l'on peut appréhender les tableaux si singuliers du jeune peintre lyonnais Frantz Metzger que la galerie Anne-Marie et Roland Pallade présentera pour la deuxième fois, du 19 janvier au 11 mars. Les corps de ses personnages y semblent composés autant de chair que d'air brumeux, et revisitent avec force et trouble quelques scènes classiques : annonciation, mythe de Diane et Actéon, descente de la croix... Dans un tout autre genre (installations, environnements...), l'artiste belge Ann Veronica Janssens (née en 1956) travaille elle aussi à partir de matériaux informels comme la lumière, le son, ou ses fameux brouillards col

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Ostgut Ton, 10 ans de purisme techno

MUSIQUES | Mi-août, Ostgut Ton fêtait ses dix ans à domicile. Cette semaine, c'est au Transbordeur et au Sucre que la (panzer) division discographique du célèbre Berghain poursuit les hostilités. Petites natures s'abstenir.

Benjamin Mialot | Mardi 15 septembre 2015

Ostgut Ton, 10 ans de purisme techno

«Don't forget 2 go home !» N'oubliez pas de rentrer à la maison. Dans la file d'attente grillagée qui mène au Berghain, couloir de la (petite) mort à l'entrée duquel mieux vaut abandonner tout espoir – de passer le contrôle au faciès de Sven Marquardt, l'iconique et impénétrable physionomiste qui sépare le bon grain électromane de l'ivraie party animalière à l'autre extrémité –, voilà le seul conseil qui vaille. Tagué sur un bout de mur du temple berlinois de la culture électronique, il en est même devenu le slogan officieux. Et pour cause : réincarnation de l'Ostgut, haut lieu de la culture queer dont les agents actifs de la gentrification firent table rase début 2003, cette ancienne centrale de l'est convertie un an plus tard en club (techno au Berghain à proprement parler, house au Panorama Bar à l'étage, musique contemporaine à la Kantine, installée dans une aile) / spot de parachutisme (vous voyez très bien de quoi on parle) / boîte à cul (gay au Berghain, hétéro au Panorama) a fait de la désorientation sa marque de fabrique. Pénombre quasi-permanente, sets-marathons (du jeudi soir au l

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Django Django, les maîtres de l'univers pop

MUSIQUES | Il y a un moment, à 4'30'' de Giant, le premier morceau de Born Under Saturn, l'album que vient nous présenter Django Django, où le monde semble s'ouvrir (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 septembre 2015

Django Django, les maîtres de l'univers pop

Il y a un moment, à 4'30'' de Giant, le premier morceau de Born Under Saturn, l'album que vient nous présenter Django Django, où le monde semble s'ouvrir en deux sur un changement de ton. Et où, sur fond de claviers quasi carpenteriens, sous un empilement de "ouh ouh" et perdu dans une rythmique space funk, un chœur chante «Take it back if you really, really wanna take it to the stars». Là commence un voyage qui n'est que changement de direction dans l'espace-temps (d'où sans doute la référence à Saturne, planète géante, donc, et dieu du temps du panthéon romain). Car Born Under Saturn est plein de fausses cassures de rythme (le "sax" de Reflections) qui sont autant de passages semblables à ces trous de vers qui permettraient en théorie d'accéder d'un bout du cosmos à l'autre ; plein de sauts quantiques musicaux qui ne sont pas sans rappeler, en plus sophistiqué, la manière qu'avaient en concert leurs aînés du Beta Band de s'échanger les instruments en plein milieu d'un morceau ; plein de ces digressions dignes, tant pis, on les cite, des contrepoints chers aux Be

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L'IAC vous emmène aux frontières du réel

ARTS | Il y a 25 siècles, à Athènes, d'après Pline, deux grands peintres s'affrontèrent dans un concours. Zeuxis peignit des grappes de raisin tellement réalistes que (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 février 2015

L'IAC vous emmène aux frontières du réel

Il y a 25 siècles, à Athènes, d'après Pline, deux grands peintres s'affrontèrent dans un concours. Zeuxis peignit des grappes de raisin tellement réalistes que des oiseaux essayèrent de les picorer. Il pensait avoir gagné quand son rival Parrhasios l'invita à découvrir son propre tableau. Zeuxis tenta alors d'écarter ce qu'il croyait être un rideau cachant la peinture. Il fut en fait lui-même leurré et battu : le tableau n'était autre que le rideau qu'il voulait écarter ! Au-delà de ce challenge en trompe-l’œil et en virtuosité technique, cette histoire nous enseigne aussi sur notre désir de voir dans et au-delà des images : d'autres images, du sens, une narration, une représentation "vraie" de la "réalité", etc. La modernité, depuis au moins Manet, rabroue et frustre ce désir : il n'y a rien à voir d'autre que la peinture elle-même, voire sa seule matérialité. Et Steven Parrino aura beau casser, en 2003, des monochromes noirs, il n'y verra rien derrière, montrant seulement la violence de son geste et sa colère contre une certaine abstraction trop formaliste... Dans la salle inaugurale de RIDEAUX / blinds, Marie de Brugerolle réinterroge en que

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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Contre nature, tout contre

ARTS | «Mais ils faisaient signe ; les feuilles étaient vivantes ; les arbres étaient vivants. Et les feuilles, parce qu'elles étaient reliées par des millions de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 5 septembre 2013

Contre nature, tout contre

«Mais ils faisaient signe ; les feuilles étaient vivantes ; les arbres étaient vivants. Et les feuilles, parce qu'elles étaient reliées par des millions de fibres à son propre corps, là sur le banc, l'éventaient ; lorsque la branche s'étirait, il faisait de même. Les moineaux qui voletaient, montant et retombant en jets dentelés, faisaient partie de l'ensemble ; le blanc et le bleu étaient barrés de branches noires. Des sons formaient des harmonies préméditées ; les intervalles entre eux avaient autant de sens que les sons eux-mêmes.», écrit Virginia Woolf à propos de Septimus, personnage schizophrène, dans Mrs Dalloway. Cette absence (ou perte) de limites, cette vie brut qui sourd des prés comme dans les poèmes de Rimbaud, ce mélange des règnes (végétal, animal, humain) enfantant des corps inouïs, font partie intégrante de l’œuvre du peintre lyonnais Frantz Metzger (né en 1980). Proche de l'univers de Francis Bacon, l'artiste (dé)compose des métamorphoses autant que des hallucinations visuelles. Celles-ci, ainsi que dans la psychose, sont tout autant réell

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Manège de cristal

ARTS | Mais pourquoi diable vous inciter à aller au Musée d’art contemporain alors que deux des trois artistes exposés en ce moment y proposent des œuvres sans grand intérêt ? Pour découvrir un drôle d’énergumène, Gustav Metzger, incorruptible défenseur d’un art autodestructif et auto-créatif. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 21 février 2013

Manège de cristal

Latifa Echakhch (née au Maroc en 1974) détient un curriculum vitae dont rêvent bien des étudiants en écoles d’art : son diplôme à peine en poche, la jeune femme a multiplié les expositions collectives (dont la Biennale de Lyon en 2009) et personnelles, rejoint la très branchée galerie parisienne Kamel Mennour (à l'instar de Huang Yong Ping, exposé comme elle au Musée d'Art Contemporain depuis le 15 février) et vient d’être nommée comme lauréate potentielle du prestigieux Prix Marcel Duchamp ! C’est donc peu dire qu’on attendait beaucoup d'elle. On aurait pu se laisser aller aux charmes de l’intéressée et de son discours quand, patatras, pris d’un réflexe professionnel, on se mit à comparer les paroles aux actes. "À côté" du récit de l’histoire complexe des soldats marocains qui combattirent aux côtés de Franco pendant la Guerre civile espagnole, on vit quelques pierres et quelques cartes éparpillées sur le sol ; "à côté" d’une jolie fable sur une île où des oiseaux rares sont protégés, on découvrit des cerfs-volants bricolés accrochés aux cimaises du lieu. Latifa Echakhch a une sensibilité évidente pour l’histoire, les croisements du passé et du présent, les écho

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Podcast / Débat critique sur ‘Tell the children’ à la Salle de Bain et Chiharu Shiota à la Sucrière

ARTS | L’exposition ‘Tell the children’ conçue par l’artiste Francis Baudevin se termine le 9 Juin 2012 à la Salle de bain de Lyon

Dorotée Aznar | Jeudi 24 mai 2012

Podcast / Débat critique sur ‘Tell the children’ à la Salle de Bain et Chiharu Shiota à la Sucrière

Date de première diffusion:  22 Mai 2012 Emission n°110  Durée: 35’00 minInvité: Françoise Lonardoni, Responsable de l’artothèque de la Part-Dieu et commissaire indépendant; Jean-Emmanuel Denave, critique art et culture dans la presse écrite.Contenu: L’exposition ‘Tell the children’ conçue par l’artiste Francis Baudevin se termine le 9 Juin 2012 à la Salle de bain de Lyon; ‘Labyrinth of memories’ de la Japonaise Chiharu Shiota constitue la première exposition de la Sucrière nouvelle formule et dure jusqu’au 31 Juillet 2012. Apportons une parole critique sur ces deux événements. Chroniques: Mattcoco et ses chers bambins nous livrent la deuxième partie de leur expédition au MAC dans l’expo Combas dans Califragilistic; Solenne Livolsi cuisine son Soliloque à la sauce Centre Pompidou-Metz. Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine  Liens utiles : 

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Cinq regards contemporains sur le passé

ARTS | La galerie Anne-Marie et Roland Pallade a proposé à cinq artistes lyonnais de revisiter des œuvres du Musée des Beaux-Arts et de les réinterpréter en fonction (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 15 décembre 2011

Cinq regards contemporains sur le passé

La galerie Anne-Marie et Roland Pallade a proposé à cinq artistes lyonnais de revisiter des œuvres du Musée des Beaux-Arts et de les réinterpréter en fonction de leurs propres style, univers, point de vue (jusqu'au 28 janvier). Une vanité de Picasso prend ainsi du relief avec Bernard Bovagnet, un Rubens est "éclaté" en trois fragments quasi cinématographiques par Claude Gazier, La Fuite en Égypte de Poussin prend un caractère actuel et autobiographique avec Viviane Sermonat... Cette exposition est aussi l'occasion de découvrir deux univers artistiques particulièrement étranges : celui de Lionel Stocard réinterprétant le cauchemar de Louis Janmot dans un univers bleuté et vertigineux de thermes imaginaires ; celui du jeune Frantz Metzger (né en 1980) où les corps sont traités de manière fantomatique et évanescente, pures apparitions plastiques et inquiétantes parmi des paysages déchirés faits de blancs et de bruns... Ce peintre, proche par certains aspects de Francis Bacon, travaille à contre-courant de la mode dominant les arts plastiques et l'on vous renvoie à son site (www.frantzmetzger.com) pour

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Armadillo

ECRANS | De Janus Metz (Danemark, 1h40) documentaire

Dorotée Aznar | Jeudi 9 décembre 2010

Armadillo

Récemment, le cinéma de genre a usé et abusé du “style documentaire“ pour renforcer l’efficacité de la fiction, avec des résultats plus ou moins convaincants. Le film de Janus Metz renverse ce postulat : embarqué aux côtés de jeunes recrues détachées au camp d’Armadillo en Afghanistan, il choisit de mettre sciemment en scène chaque séquence, peaufine ses cadres et éclairages, avec en prime une immersion totale, sans voix-off ou commentaires sur le vif. Témoin forcé de cette ambiance où l’on rivalise d’attitudes bravaches pour tenir le coup, le spectateur est forcément de plus en plus crispé. Un premier dommage collatéral survient, et le malaise grandit, pour atteindre son apogée lors d’un raid sur une position taliban. Le film de Janus Metz ne peut pas reculer, éluder le chaos et l’atrocité qui s’ensuivent. Révulsé par ce qu’on vient de voir, Armadillo nous emmène encore plus loin dans les séquences “d’analyse“ de cet épisode traumatisant. Le propos du film, au-delà de toute la colère qu’il peut susciter, est limpide : la guerre est là, elle existe. Et son impact sur ses acteurs de premier plan nous en dit plus long que n’importe quel discours. FC

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«Faire des choix esthétiques»

MUSIQUES | Entretien / Cyrille Bonin, nouveau directeur du Transbordeur. Cet activiste des musiques actuelles, choisi par Eldorado pour diriger la salle lyonnaise, s'explique sur ses ambitions pour les cinq prochaines années, durée de la Délégation de Service Public. Propos recueillis par Dorotée Aznar et Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Vendredi 17 septembre 2010

«Faire des choix esthétiques»

Petit Bulletin : Quand vous avez été choisi comme directeur du Transbordeur, on vous a présenté comme la caution culturelle du dossier présenté par Eldorado, un important producteur de spectacles…Cyrille Bonin : Ce n'est pas tout à fait faux. Ce qui a fait beaucoup parler c'est qu'Eldorado et Alias sont actionnaires à 90% de la société Transmission, qui gère la salle. Vincent Carry (directeur du festival Nuits sonores, NdlR) et moi seulement à 5% chacun. Mais je suis bien le directeur du Transbordeur : c'est inscrit dans les statuts, mais c'est aussi comme ça que cela va se passer dans la réalité. Le fait qu'Arty Farty ait présenté un dossier qui a été rejeté, avant de se rallier à Eldorado, a contribué à brouiller les pistes... Avec Arty Farty (association qui organise notamment le festival Nuits sonores, NdlR), dont je suis membre, nous avions effectivement présenté au premier tour un dossier qui a été retoqué pour des raisons purement administratives. Mais dans le cahier des charges de la Délégation de Service Public (DSP), rien n'interdisait à une personne physique, comme Vincent Carry et moi, de pouvoir se représenter à titre purement personnel da

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Carole Liogier

ARTS | Derniers jours pour découvrir l’une des très belles expositions du festival Lyon Septembre de la Photographie : Olivier Metzger, Caroline Chevalier, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 octobre 2008

Carole Liogier

Derniers jours pour découvrir l’une des très belles expositions du festival Lyon Septembre de la Photographie : Olivier Metzger, Caroline Chevalier, Carole Liogier et Aurélia Frey présentent à l’École Nationale des Beaux-Arts (jusqu’au 18 octobre) leurs univers singuliers et plastiques. Carole Liogier montre une série d’images particulièrement forte, documentant une région perdue du Pérou marquée à la fois par l’âpreté de ses paysages et par le passage tragique de l’histoire du pays. Avec pudeur et sans tomber dans le pathos, la jeune photographe évoque les drames du passé, saisit quelques visages, quelques blessures, quelques fragments de violence et d’humanité.

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