Les soirées du 25 novembre au 1er décembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : Ben UFO au Sucre, Foreign Beggars et le showcase Innervisions au Transbordeur.

Benjamin Mialot | Mardi 24 novembre 2015

27.11 Weekend #12

Planqué dans un recoin industrialo-ferroviaire de Friedrichshain, ://about blank est l'archétype du club berlinois, un ramassis de recoins sombres et écaillés aussi interlope qu'accueillant – car bordé d'un vaste jardin de sable fin. Avec sa terrasse et ses murs vierges d'autographes, Le Sucre en est un cousin chic et policé. Il s'encanaillera cette semaine en recevant un résident dudit ://about blank, Resom, mais aussi et surtout l'un de ses illustres habitués, le pur DJ londonien Ben UFO – aux sens où il se "contente" de mixer et s'avère en la matière un des tous meilleurs.


We Are Reality : Innervisions

Dixon, Ame, Recondite
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


EZ! #32

Foreign beggars + Kpush + Zeguerman
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Difu invite : about Black

Ben Ufo + Laurent Caligaris + Jacques Terrasse + Resom
Le Sucre 49-50 quai Rambaud Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Festivals de cinéma : reports pour les Reflets et Les Intergalactiques

Cinéma | Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain comme Les Intergalactiques, échaudés, ont d'ores et déjà ciblé le mois de septembre pour leur édition 2021.

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2021

Festivals de cinéma : reports pour les Reflets et Les Intergalactiques

Le 7 février, le symbolique cap des 100 jours de fermeture consécutifs pour les salles de spectacles et de cinéma a été franchi. Prudence étant mère de sûreté, les festivals prennent les devants et commencent à annoncer des décalages, des reports ou des aménagements. Il faut dire que l’exemple vient d’en haut : la Berlinale se déroulera du 1er au 5 mars en ligne et Cannes (qui avait tant tergiversé l’an dernier) s’est positionné du 6 au 17 juillet sur la Croisette. Bien malchanceux en 2020 (le premier confinement les avait frappés de plein fouet, même s’ils avaient pu proposer une version allégée après l’été), Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain ont ainsi choisi de renoncer au mois de mars, ciblant la quinzaine entre le 22 septembre et le 6 octobre, pour une mise à l’honneur « de l’Espagne, du Portugal, du Mexique ». Du côté des Intergalactiques, on la joue aussi rebelote : le 9e édition ne pouvant se tenir en avril 2020 avait é

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La Taille de mon Âme : la forme et le fonds, à la bonne place

Galerie d'Art | La petite dernière des galeries d’art lyonnaises fait souffler un vent généreux à la Croix-Rousse. Familier des amateurs de rock, son nom renvoie à un album de Daniel Darc, témoin privilégié de l’histoire intime de ses propriétaires, Dominique et Guillaume Ducongé.

Vincent Raymond | Jeudi 14 janvier 2021

La Taille de mon Âme : la forme et le fonds, à la bonne place

Là-haut, sur le Plateau… À l’écart de la place de la Croix-Rousse et de ses allures de Bellecour miniature ; à distance de celle des Tapis au relooking urbanistico-composito-patatoïdesque, la place Bertone déroule discrètement sa petite partition, s’affirmant comme l’un des pôles d’attraction tranquilles de ce nouveau 4e arrondissement, jadis village, désormais multitude de quartiers-hameaux. Plantée de bancs et de platanes, cernée par un café-théâtre, un caviste, un restau — enfin, en période normale —, elle a, il est vrai, tout pour plaire. Tout ? Davantage depuis début décembre, avec l’ouverture d’une galerie d’art : La Taille de Mon Âme. « Là, c’est un peu le foutoir… » Guillaume Ducongé s’excuse presque de ne pas avoir encore accroché ces deux ou trois œuvres qui, à demi-recouvertes de papier de soie dévoilent dans une suggestivité botticellienne leur intimité artistique le long du mur. Elles se substitueront à celles qui — déjà — ont été vendues. Ce n’est pas que le désordre règne, lo

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Pour James Loup, un clip sous perfusion Tarantino avec Zéa Duprez

Rap | Un format scope adapté à la profondeur des paysages, ne perdant pas un atome de la magic light cuivrant les images d’un road movie discontinu entre (...)

Vincent Raymond | Mercredi 18 novembre 2020

Pour James Loup, un clip sous perfusion Tarantino avec Zéa Duprez

Un format scope adapté à la profondeur des paysages, ne perdant pas un atome de la magic light cuivrant les images d’un road movie discontinu entre polar et hantise fantastique… Bienvenue dans Le Type dans le reflet, nouveau clip de James Loup, sorti le 18 octobre dernier sur YouTube. Tournée dans la région Auvergne-Rhône-Alpes par le chanteur, par ailleurs coréalisateur et interprète aux côtés de la jeune comédienne Zéa Duprez (découverte et appréciée dans Les Météorites) cette cavale en Cadillac portée par une boucle hypnotique n’est pas sans évoquer certains aspects visuels du clip Like a Prayer de Madonna, que Poe et Tarantino auraient revu et corrigé. Un voyage prenant, idéal pour patienter jusque’à la sortie prochaine d’un EP, LUI.

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La Salle Rameau, revue et corrigée

Lyon | Le projet de nouvelle Salle Rameau a pris du retard, pour cause de crise sanitaire, mais son futur était aussi une question au vu des changements à la tête de la Ville : on fait le point.

Sébastien Broquet | Lundi 19 octobre 2020

La Salle Rameau, revue et corrigée

Dans la foulée de l'abandon des Ateliers de la Danse au Musée Guimet, ça aurait pu être l'un des dossiers chauds de la rentrée dans le monde culturel : le devenir de la Salle Rameau, projet désormais porté par le promoteur immobilier La Compagnie de Phalsbourg et pour la partie contenu par Scintillo, la société de Steven Hearn. On sait qu'alors maire du 1er arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert n'avait pas été tendre avec ce choix opéré par l'ancien exécutif. Certaines sources disant même que l'attitude du jury réuni en octobre 2018 avait été plutôt clémente pour ce dossier qui provisionnait une somme conséquente pour les travaux, beaucoup moins avec celui porté par le promoteur Carré d'Or et l'agence Urban Project de Damien Beaufils (le troisième projet, emmené par Les Chevaliers du Fiel, partait de bien

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Amel Lacombe : « notre métier, c’est de sortir les films en salles »

Eurozoom | Elle fait beaucoup pour la japanimation en France, mais aussi beaucoup ces derniers mois pour rappeler aux spectateurs qu'il y a de bons films dans les salles. La distributrice Amel Lacombe n'y est pas étrangère : sa société Eurozoom a sorti, avant "Lupin III", quelques perles cette année.

Vincent Raymond | Mercredi 7 octobre 2020

Amel Lacombe : « notre métier, c’est de sortir les films en salles »

Vous sortez Lupin III sur 300 copies. Parce que c’est une figure iconique ou bien parce qu’il s’agit du premier anime où la 3D est enfin à la hauteur de ses ambitions ? Amel Lacombe : Eurozoom existe depuis vingt ans, et travaille sur l’animation japonaise depuis toujours. Nous avons fait découvrir en France de grands réalisateurs comme Mamoru Hosoda. Accompagner des films cultes et sur des personnages iconiques de la culture japonaise s’inscrit dans notre ADN, comme par exemple Akira que nous avons sorti cet été en 4K. Lupin III est un film d’une grande qualité, ce qui nous intéressait c’était à la fois de faire plaisir aux fans du personnage, aux fans d’animation mais aussi de faire venir en salles les familles, les enfants. C’est aussi ça notre travail, de ne pas laisser l’animation japonaise dans une case mais d’élargir son public, les choses ont évolué depuis vingt ans, il y a une démocratisation de la culture japonaise, nous l’avons constaté avec par exemple Your Name

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Les Dames de la Cantine ont toujours du rab

Food | Reconversion, réflexion, cuisson et le tout avec raison : Guillaume Wohlbang et Juliette Plailly fondent le traiteur d'aujourd'hui, zéro déchet et circuit court, avec les Dames de la Cantine. Jusqu'au 25 octobre à Peinture Fraîche.

Adrien Simon | Jeudi 8 octobre 2020

Les Dames de la Cantine ont toujours du rab

Le changement c’était maintenant : d’aucuns en cuisine n’ont pas attendu la promesse d’un monde d’après pour effectuer leur mue. Il y a bien sûr cette lame de fond bio-healthy-locale, mais pas que ! Nouveaux chevaux de bataille : l’anti-gaspi et le zéro déchet. Un questionnement qui touche notamment la livraison de repas, les gros du secteur ayant été enjoints par le ministère de l’Écologie à se pencher sur ses détritus. Mais aussi la haute-gastronomie : ainsi l’exemple de Mauro Colagreco qui a engagé son resto triple étoilé de la Côte sur la voie du plastic free. La vue de plages souillées au Mexique l’aurait sensibilisé sur cette question. Entre les industriels et les étoilés, il y a de petites structures qui prennent le sujet à bras le corps. Tenez, par exemple, Les Dames de la Cantine (dont Le Petit Bulletin est actionnaire minoritaire), en charge de la restauration durant les trois semaines du festival Peinture Fraîche. Les Dames en question sont en quelque sorte un produit de la précédente édition du festival : déjà sollicitées pour susten

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Entre les murs : "Relic" de Natalie Erika James

Horreur | Une petite merveille pour amateurs de cinéma de genre, ici largement conjugué au féminin : c'est rare.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Entre les murs :

Leur mère et grand-mère respective Edna ayant disparu, Kay et Sam se rendent dans la demeure familiale. Peu après le retour de l’aïeule, d’étranges phénomènes se produisent, comme si une présence invisible et menaçante s’était insinuée dans la maison. Ou le trio féminin… Le propre (et la qualité) de ce film est l’absence d’explication rationnelle dans son dénouement : plus on avance dans ce quasi huis clos, plus abstrait et métaphorique devient le récit où les héroïnes semblent frappées par une damnation familiale. Un mal diffus, lié à l’âge, à l’hérédité ; à un trauma vaguement effacé et qui s’incarne pour ressurgir dans la maison ancestrale (quelque part entre Amityville et l’excellent épisode des Mystères de l’Ouest, La Nuit de la maison hantée). Natalie Erika James crée une atmosphère malaisante polysémique, évoquant autant la déréliction, la sénilité que l’accompagnement dans la mort. Ajoutons, tant qu’il y aura encore besoin de le signaler, l’exception que constitue ce film très majoritairement féminin devant et derrière la caméra. Une rareté notable, surtout dans le c

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Une autre femme : "Billie" de James Erskine

Documentaire | Un docu double sur Billie Holiday mais aussi sa biographe Linda Lipnack Kuehl, par James Erskine.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Une autre femme :

Journaliste à ses heures, Linda Lipnack Kuehl réunit 200 heures de témoignages sur Billie Holiday avant de mourir brusquement. Un demi-siècle plus tard, James Erskine exhume les cassettes et entreprend de raconter une double histoire : celle de la jazz-woman et celle de sa biographe. Sauf que… Courir deux lièvres aussi importants lui fait manquer ses deux buts. La partie sur Billie n’apprend rien, se contentant d’enchaîner des archives sans unité de traitement (images brutes ou colorisées à la truelle) et de reprendre des assertions sans les étayer : dire que Lady Day a révolutionné la musique, d’accord, mais une petite analyse expliquant en quoi eût été utile. Quant à “l’enquête“ sur Linda Lipnack Kuehl, elle est sacrifiée et frustrante. Car on ne sait pas pourquoi elle a été “suicidée“. En fait — et c’est toute l’ambiguïté de ce documentaire — le vrai sujet était la biographie de cette biographe, et son transfert à travers Billie que l’on devine. Erskine a joué la facilité en traitant Billie et non son ombre fantomatique. Dommage. Billie

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Au Zola, des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain diffractés

Villeurbanne | Et puis, tout d’un coup, la quinzaine des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain annulée à la veille de son lancement en mars, renaît en septembre. (...)

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Au Zola, des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain diffractés

Et puis, tout d’un coup, la quinzaine des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain annulée à la veille de son lancement en mars, renaît en septembre. Certes, dans une forme allégée pour respecter les nouvelles règles en vigueur, sans la foultitude d’animation et de rencontres qui font son piquant (même s’il y en a quelques-unes), mais avec quantité de films inédits, en avant-première ou récemment sortis, ainsi qu’une compétitions. On vous recommande le focus brésilien (La Vie invisible d’Euridice Gusmão, Aquarius, Bacurau, Les Bruits de Recife…), le très douloureux Canción sin Nombre, l’étonnant portrait Mamacita… et de vous laisser porter pendant deux semaines pour en voir le maximum. Il y a bien des étés indiens ; pourquoi pas un été ibérique et latino-américain ? Ce sera du 16 au 30 septembre au Zola à Villeurbanne.

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Pas sages à l’acte : "Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" d'Emmanuel Mouret

Drame | ★★★★☆ Un film de Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Pas sages à l’acte :

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces référenc

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Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

Kaamelott Livre IV | Après une longue interruption (et avant la sortie du premier long-métrage issu de la saga), Alexandre Astier reprend la publication du texte intégral de la série "Kaamelott". La parution du "Livre IV" (aux éditions Télémaque), point d’inflexion dramatique et formel de son épopée arthurienne, est l’occasion d’une conversation édifiante avec l’auteur-interprète sur, notamment, son approche de l’écriture — du cambouis de la structure à la haute couture brodée main pour les acteurs —, mais aussi de battre en brèche certaines légendes. Trois cors, c’est parti…

Vincent Raymond | Jeudi 16 juillet 2020

Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

L’édition d’un scénario reste une sorte de paradoxe dans la mesure où il s’agit d’un “texte en bleu de travail“, un objet théoriquement invisible car il est en permanence contredit ou confirmé par le tournage. S’agit-il alors d’un témoin, d’un ouvrage de référence permettant des études comparées avec ce qui a été filmé, d’un outil pour d’autres comédiens ? Alexandre Astier : C’est difficile à dire. On pourrait même partir du principe qu’il ne devrait pas exister. Sur les gros films, les scénarii sont confidentiels, watermarkés, tout le monde y fait attention. Ceux des séries, c’est autre chose : tu en retrouves par terre à la cantine ; c’est un tel flux d’apports nouveaux que tu en balayes ! À l’époque de Kaamelott la série, on vivait très clairement dans le papier. Et la vie du scénario, c’est de mourir le soir : poubelle. D’autant que c’est un document technique ne concernant que ceux qui savent s’en servir, comme un blueprint, un plan de démont

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Festival du Péristyle : festival souterrain, musiques à tous les étages

Opéra de Lyon | Pour sa dernière danse estivale, et au vu des conditions sanitaires, le directeur de l'Amphi et du Péristyle de l'Opéra a concoté une formule pour le moins originale du traditionnel Festival du Péristyle pour lequel l'Opéra Underground n'aura sans doute jamais aussi bien porté son nom.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 juillet 2020

Festival du Péristyle : festival souterrain, musiques à tous les étages

En matière d'événements culturels on aura vu naître, dans les germes de la Covid-19 et de la distanciation sociale, toute une gamme de festival virtuels, limités, diminués et même de non festivals, comme autant de manière d'enfourcher le tigre de l'imagination et du système D. Le Festival du Péristyle, dont la vocation a été jusqu'ici de nous faire voyager en musiques tout autour du monde au pied de l'Opéra de Lyon, n'échappe pas au phénomène. Et nous offre, lui, une édition "souterraine" pour rompre le silence comme en loucedé. Où l'on nous promet un monde "mi-physique, mi-virtuel". Soit sans scène extérieure mais avec des musiciens jouant malgré tout en live pile sous nos pieds. L'idée : des concerts, donc, donnés dans l'amphithéâtre qui accueille la majorité des concerts de l'Opéra Underground l'année durant. Sauf que ces concerts se joueront sans public. Ou presque. Car ledit public sera un étage au-dessus et en plein air, sur le Péristyle, là-même où seront diffusés ces concerts en son, en images et en livestream sur des plateformes num

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Allemagne année 2 : "Lands of Murders" de Christian Alvart

Thriller | Allemagne de l’Est, 1992. Deux policiers sont envoyés dans une petite bourgade pour enquêter sur la disparition de deux adolescentes. Le contexte de la chute du Mur, l’hostilité ambiante, la découverte de trafics connexes et leurs méthodes divergentes rendent leur mission très difficile…

Vincent Raymond | Mercredi 22 juillet 2020

Allemagne année 2 :

Outre un goût du lucre et de la facilité conjugué à un manque d’esprit d’initiative, on se demande souvent ce qui motive, chez un producteur, la mise en œuvre d’un remake. En général, la nouvelle version se contente de toiletter l’original (ou de la “rebooter“) en l’accommodant au parfum du moment ; plus rares sont les propositions singulièrement alternatives, ou les variations pertinentes — on se souvient (ou pas, si l’on peut) de l’inutile Fonzy, décalque sans intérêt du Québécois Starbuck. Lands of Murders est heureusement pour lui et nous d’une autre étoffe. Transposition du polar d’Alberto Rodríguez Las Isla Minima, le film de Christian Alvart démontre par l’exemple l’universalité de la trame (qui possédait des accents de tragédie antique) dans la mesure où elle constitue un bon vieux McGuffin. L’enjeu est moins d’élucider des crimes que de mettre au jour les divergences entre les personnages, de sortir des placards les squelettes du passé voilés d'un deuil au nom d’une rapide réunification/r

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Elle fut la première : "Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché"

Documentaire | Première femme-réalisatrice de l’histoire du cinéma, Alice Guy-Blaché a joué un rôle essentiel dans le devenir cet art naissant : un documentaire édifiant, malgré une forme un peu galvaudée. (Un article signé Anna Soloviova)

Vincent Raymond | Jeudi 25 juin 2020

Elle fut la première :

Née en 1873, Alice Guy-Blaché commence à travailler comme sténographe avec Léon Gaumont, l’un des producteurs de l’aube du cinéma. Elle est l'autrice de la première fiction cinématographique, La Fée aux choux (1896), avant de superviser une grande partie de la production Gaumont. Envoyée en 1907 aux États-Unis, elle y crée sa propre maison de production qui connait un essor important, avant de s’effondrer. S’appuyant sur un travail d’enquête minutieux, ce documentaire met en avant les qualités de l’œuvre cinématographique de cette pionnière longtemps passée sous silence, soulignant sa grande maitrise technique, son progressisme moral (féminisme, inclusion des acteurs noirs), ou encore son mantra à l’adresse des acteurs : « be Natural ». Porté par la voix-off de Jodie Foster, actrice et réalisatrice dont l’engagement et le talent en font une manière d'héritière d’Alice Guy

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Les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande reportées

Musée d'Art Contemporain | Du côté du Musée d'Art Contemporain, on ne s'inquiète pas pour le choix de la date d'ouverture post-confinement : le musée est fermé (...)

Sébastien Broquet | Lundi 25 mai 2020

Les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande reportées

Du côté du Musée d'Art Contemporain, on ne s'inquiète pas pour le choix de la date d'ouverture post-confinement : le musée est fermé pour plusieurs mois, pour travaux, et doit ouvrir de nouveau ses portes mi-septembre, ce qui reste d'actualité. Par contre, le programme des expositions est sensiblement chamboulé : les expositions de Thameur Mejri et de Mary Sibande (photo) qui étaient prévues dès septembre sont repoussées à 2021, quand la situation sanitaire sera plus claire. Celle de Edi Dubien reste elle programmée de mi-septembre 2020 à début janvier 2021. Le musée dirigé par Isabelle Bertolotti annoncera prochainement les deux expositions qui viendront en remplacement sur cette même période et occuperont les second et troisième étage du bâtiment.

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Le premier qui dit la vérité : "L'Ombre de Staline" de Agnieszka Holland

Biopic | Comment la famine du Holodomor provoquée par le régime soviétique fut révélée par un journaliste au monde qui ne le crut pas… Agnieszka Holland réhabilite la mémoire de Gareth Jones, aventurier de la vérité, dans un biopic épique et à la Lean, point à la ligne.

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Le premier qui dit la vérité :

Londres, 1933. Ex-conseiller de l’ancien Premier ministre Lloyd George, le journaliste Gareth Jones décide d’aller à Moscou pour interviewer Staline sur les prodiges accomplis par l’économie soviétique, vantés par la presse. Sur place, il contourne la propagande et découvre la réalité… « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », chantait jadis Guy Béart sur un air presque guilleret adoucissant le propos de sa cruelle morale. Tragique est la destinée des lanceurs d’alertes ! Soit ils sont moqués ou ostracisés ; soit on leur réserve un sort plus funeste en tentant de les museler voire de les éliminer. La condition actuelle de Chelsea Manning, de Julien Assange, de Edward Snowden ; la fin cruelle du docteur Li Wenliang prouvent que les choses n’ont guère changé depuis les temps archaïques. Ni depuis Gareth Jones (190

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James Sacré, poète approximatif

Poésie | James Sacré viendra à Lyon pour recevoir le Prix Kowalski de la ville. Une belle occasion de découvrir l'une des plumes des plus touchantes et des plus sobres de la poésie contemporaine.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 mars 2020

James Sacré, poète approximatif

Coup sur coup, les Figures de silences (éditions Tarabuste) de James Sacré ont reçu, en 2019, le Prix Théophile Gautier de l'Académie Française et le Prix Kowalski. Ce recueil tente de dire le(s) masque(s) des paysages traversés (aux États-Unis, au Maghreb, en France...), l'insoutenable légèreté des mots écrits... Ou encore la fête et le carnaval : « Carnaval de quelle vérité montrée / Dans le faux d'un masque et des gestes crus ? / On veut croire à de la fête, on caresse / La mort et son cul. » Chez James Sacré, le tragique gît dans le prosaïque, l'émotion dans le presque rien des choses et des êtres. Et rarement poète ne nous aura donné à ressentir ce vent du temps qui passe sur les mots et les choses jusqu'à, aussi intolérablement qu'en toute légèreté, les effacer : « À la fin des mots se perdent dans le silence / À la fin tout le dictionnaire se perd / Dans le silence du monde. » « Poème comme un cul qu'ose pas se montrer nu »

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Bond. Rebonds.

007 | Pour se consoler du décalage de la sortie du cinquième et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre — qui porte (...)

Vincent Raymond | Jeudi 5 mars 2020

Bond. Rebonds.

Pour se consoler du décalage de la sortie du cinquième et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre — qui porte si bien son titre et désormais annoncé en novembre pour cause de Covid-19 —, les Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie proposent une révision générale avec Il était une fois James Bond : Casino Royale (lundi 9 mars à 20h), Quantum of Solace (jeudi 19 mars), Skyfall (jeudi 26 mars) et enfin Spectre (jeudi 2 avril). Rien que pour vos yeux… Il était une fois James Bond Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie et jusqu'au 2 avril

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Fondus au monde

Photographie | Le Réverbère réunit quatre photographes qui ont le voyage dans le sang de leur création : Thomas Chable, Serge Clément, Jacques Damez et Bernard Plossu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2020

Fondus au monde

Il est cinq heures du matin à New York, à Dakar, Mumbai, Istanbul, Bangkok... Aux pays des ombres, la vie doucement s'éveille : au pied d'un pont, en bordure de plage, à l'intérieur d'une voiture, ou au reflet d'une vitrine... Et, dans cette montée timide de la lumière, le photographe canadien Serge Clément capte le lent remuement de silhouettes sombres à l'orée du jour. L'accrochage, au Réverbère, de ses images prises aux quatre coins du monde, toujours à la même heure, nous saisit par sa dominante de noirs, cette sorte de brume sombre et flottante d'humanité, parmi laquelle, peu à peu, les images comme les corps se dessinent, se précisent. Ce fondu des formes, cet entre-deux du flou et du réel nous renvoie à l'image d'un autre photographe, Bernard Plossu, métamorphosant un car touristique à Rome en présence fantomatique. Comme si chez l'un et chez l'autre de ces photographes voyageurs, le

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Hérisson carré contre Carrey hérissant : "Sonic le film"

Aventure | Exilé sur la planète Terre, le hérisson bleu Sonic vit heureux caché dans une petite ville, jusqu’au jour où il déclenche accidentellement une gigantesque décharge énergétique. Le gouvernement dépêche un savant fou, le Dr Robotnik, pour tirer les choses au clair…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Hérisson carré contre Carrey hérissant :

La nostalgie n’ayant pas d’âge, chacun éprouve une douce mélancolie à la remembrance des décors de sa jeunesse. Quand les septuagénaires susurrent Âmes fifties, les quinqua beuglent L’Île aux enfants et les trentenaires s’emparent de leur console pour se taper des parties de Sonic. Point commun à tous ces comportements innocents : la recherche d’un plaisir régressif et irénique ; le retour à ce fameux paradis perdu à l’âge adulte, auquel ils accèdent par saccades lors de ces plongées dans le bleu des souvenirs… ou du logo Sega, en l’occurrence. Sonic le film illustre bien cette quête sans fin (n’est-ce d’ailleurs pas le propre d’un jeu vidéo d’être construit en quête ?) en révélant le désir un brin réactionnaire des fans de tout retrouver intact — la polémique sur l’évolution morphologie de leur personnage fétiche née de la première bande-annonce en témoigne. Le scénario également suit cette idée, puisqu’on y voit un policier de bourgade rêver de s’épanouir à San Francisco… avant d’y renoncer parce que le home town de son enfance est plus taillé à ses dimensio

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Le sport : une autre Histoire

Fête du Livre de Bron | La politique et l'Histoire par le sport, voilà l'idée du dialogue proposé par Sylvain Coher et Judith Perrignon à travers Vaincre à Rome et L'Insoumis et ces deux figures de héros modernes que furent le marathonien Abebe Bikila et Mohamed Ali.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2020

Le sport : une autre Histoire

Que pourrait bien avoir en commun Abebe Bikila et Mohamed Ali, le coureur éthiopien et le boxeur de Louisville ; le modeste soldat de l'Armée d'Haïlé Sélassié et le déserteur superstar ; le petit homme discret et l'intarissable grande gueule ? A priori pas grand-chose. Sauf peut-être les Olympiades de Rome de 1960, année où 17 pays africains accèdent à l'indépendance. Comme un symbole, l'épreuve la plus olympique de toute, celle du légendaire Philippidès, soldat lui aussi, y est remporté par l'inconnu éthiopien Abebe Bikila, qui court pied nu sur le goudron car les chaussures lui donnent des ampoules. Quant à l'épreuve du plus noble des sports, rejeton de l'antique pugilat, elle est remportée en catégorie mi-lourds par un descendant d'esclave ba

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Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

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"The Pajama Game" : la grève en chantant

Comédie Musicale | Jean Lacornerie et Gérard Lecointe signent avec The Pajama Games une impeccable comédie musicale sur fond de lutte des classes.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Dire que The Pajama Game est le spectacle idéal de la fin d'année serait un peu court et surtout très réducteur. La comédie musicale que signent Jean Lacornerie et Gérard Lecointe - avec le chorégraphe Raphaël Cottin - est simplement une excellente production. Le metteur en scène (directeur du théâtre de la Croix-Rousse) et le directeur musical (directeur du Théâtre de la Renaissance), à l’œuvre sur scène comme percussionniste, ont eu l'excellente idée, après leur collaboration notamment pour Bells are Ringing, de dégotter cette création de George Abbott et Richard Bissell de 1954, récemment jouée par Harry Connick Jr. et portée à l'écran par Stanley Donen en 1957. Les ouvrières d'une usine de fabrication de pyjamas sont en grève pour obtenir une augmentation de salaire et lorsque la cheffe du syndicat tombe amoureuse du nouveau directeur exécutif, ce dernier fait face au big boss (devenu ici une voix dans un haut-parleur), fouille dans l

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Archi réussite : "Notre dame"

Le Film de la Semaine | Pâques au tison, Noël au balcon… des cinés. Grâce à Valérie Donzelli, la cathédrale de Paris revit à l’écran, personnage secondaire d’une délicieuse fantaisie sentimentale burlesque et fantastique. Où il est aussi question de la place des femmes au travail et en amour…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Archi réussite :

Architecte tyrannisée par son patron, maman séparée d’un ex un brin crampon, Maud Crayon mène plusieurs vies complexes en une. Et voici que par un étrange coup du sort, elle remporte sans avoir concouru le réaménagement de Notre-Dame et se retrouve enceinte. Alléluia ? Les méchantes gens et autres mauvaises langues trouveront une corrélation entre la non-présence de Jérémie Elkaïm au générique et la réussite du cinquième long-métrage de Valérie Donzelli ; bornons-nous à pointer cet amusant détail, sans en tirer de perfides conclusions. Charmant bijou de joliesse, Notre dame est une irrésistible comédie sentimentale sérieusement drôlement et drôlement sérieuse s'accommodant d'une once de magie — le fameux “réalisme magique“ tant prisé par les romanciers de García Márquez à Murakami, qui n'est rien d'autre qu'un habit poétique ou métaphorique du fatum à l'intérieur d'une fiction. On croit rêver Au reste, la singularité surnaturelle n’en est plus une dès lors que l’on considèr

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Réouverture de l’Institut Benjamenta

Reprise | Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long-métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance “hors du (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Réouverture de l’Institut Benjamenta

Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long-métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance “hors du temps” lui offre un fier service en le nimbant d’une patine supplémentaire le rendant davantage atemporel et surtout en lui conférant ce prestige d’objet singulier dont il fut jadis un peu privé. Certes, on le remarqua à l’époque — comment aurait-il pu en être autrement : le bizarre se distingue toujours —, mais l’accent fut parfois mis sur des aspects éloignés de ses qualités intrinsèques (comme le fait, par exemple, qu'il soit signé par des frangins dans la décennie du centenaire du cinéma, où les paires fraternelles pullulaient : Coen, Washowski, Farelly, Dardenne…) On chercha aussi à l’inscrire dans la mouvance esthétique du néo-expressionniste pratiquée avec réussite, d’ailleurs, par une armée de formalistes titillés par la Chute du Mur : Lars von Trier (Europa), Steven Soderbergh (Kafka), Woody Allen (Ombres et Brouillard), etc.

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Notre Dame

Avant-Première | Quand l’actualité télescope ironiquement la fiction… Valérie Donzelli est sans doute l’une des dernières cinéastes à avoir filmé la cathédrale parisienne sous toutes (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Notre Dame

Quand l’actualité télescope ironiquement la fiction… Valérie Donzelli est sans doute l’une des dernières cinéastes à avoir filmé la cathédrale parisienne sous toutes ses coutures avant qu’un incendie ne la dévore. Et c’est en plus pour une comédie subtile, trépidante, mâtinée de fantastique et par moments plutôt caustique (en clair, son meilleur film). Chance : elle vient la présenter à Lyon en compagnie de son co-interprète principal, Pierre Deladonchamps, juste avant que la basilique de Fourvière ne s’illumine (avec des lumignons, soyons clairs !). Vous auriez tort de manquer cela. Notre Dame Au Pathé Bellecour ​lundi 2 décembre à 20h

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Los Angeles, versant sombre

Polar | James Ellroy passe par Vienne à l'occasion de la parution du second tome de sa dernière fresque noire, de nouveau située à Los Angeles : La Tempête qui vient.

Sébastien Broquet | Mardi 19 novembre 2019

Los Angeles, versant sombre

C'est un maître que l'on vous invite à aller visiter ce jeudi du côté de Vienne, où le Californien signera quelques exemplaires de son dernier ouvrage à l'initiative de la librairie Lucioles et du festival Quais du Polar : en effet, James Ellroy, l'auteur du Dahlia Noir, celui qui ausculte les bas-fonds d'un Los Angeles qui l'a vu naître en 1948, est de passage en France. Pour lire quelques-uns de ses poèmes lors d'une émission spéciale du France Inter lundi dernier, à réécouter en podcast, et donc en virée sur les routes pour promouvoir le second tome de sa nouvelle fresque, La Tempête qui vient, parue chez Rivages. Ce grand pourvoyeur d'adaptations sur grand écran (outre Brian de Palma, Curtis Hanson s'est par exemple penché sur L.A. Confidential) replonge avec ce second volet faisant suite à Perfidia (paru en 2015) dans ce qui

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Kakfa à la Méditerranée : "Terminal Sud"

Thriller | Un pays méditerranéen indéfini de nos jours, en proie à un conflit civil et religieux. Non aligné, un médecin tente d’exercer son métier malgré les tracasseries ordinaires et les incitations de ses proches à migrer en sûreté. Un jour, sa situation s’envenime malgré lui…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Kakfa à la Méditerranée :

Porté un Ramzy Bedia inspiré (comme il l’est souvent lorsqu’on lui confie un rôle dramatique), Rabah Ameur-Zaïmeche signe sans doute son film le plus abouti. Celui dont le récit s’avère le plus linéaire, mais surtout celui dont l’histoire est la plus universelle. Le contexte méditerranéen, l’évocation d’une guerre de décolonisation, la Nation déchirée et la question de la trahison… Autant de thèmes qui font écho à l’œuvre de Camus dont le cinéaste offre ici une forme de continuation contemporaine. Jusqu’à l’absurdité d’une séquence de torture qui, elle, renvoie moins à la pensée camusienne qu’à l’absurdité tchèque des procès de Prague (voir L’Aveu), quand des trésors de raffinements staliniens étaient mis en œuvre pour que des innocents s’accusent de forfaits dont ils ne connaissaient même pas l’existence. Terminal Sud Un film de Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr-Alg, avec avert. 1h36) avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi…

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La petite horreur des boutiques : "In Fabric"

Horreur | Divorcée, tirant le diable par la queue, Sheila héberge chez elle son feignant de fils et son atroce petite amie. Un jour, elle succombe aux réclames d’une luxueuse échoppe de prêt-à-porter, Dentley & Soper’s, et se laisse persuader par la vendeuse d’acheter une robe. Elle le regrettera…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

La petite horreur des boutiques :

Sans doute le plus vénéneux easter egg de l’édition 2019 du festival Hallucinations Collectives, ce conte noir de Peter Strickland ne dissimule pas un instant ses intentions horrifiques. Baignant dans une ambiance majoritairement nocturne et des lumières artificielles crues accentuant la dureté des traits ou des teints, In Fabric conditionne le public à vivre une situation cauchemardesque. Voire méphistophélique : magasin maudit peuplé d’une clientèle mesmérisée où trône une vendeuse obséquieusement raide et au parler désuet, Dentley & Soper’s exhale une délicieuse odeur de soufre. De bon aloi pour un film travaillant au corps jusqu’à l’os des motifs faustiens et faisant preuve d’une stylisation plastique extrême. Dans cette variation contemporaine sur le thème de la Tunique de Nessus, en plus gore, Strickland use d’un symbole de vanité pour, à la fois, montrer l’emprise séductrice opérée par la société ultra-consumériste et la complicité passive des clients et clientes ne résistant pas à la tentation. Leur f

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Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force : le mbalax vers l'abstraction

Sono Mondiale | Quand un mythique producteur de techno et de dub s'amourache du mbalax sénégalais : c'est l'histoire du Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force, qui fait halte cette semaine à l'Opéra Underground.

Sébastien Broquet | Mardi 12 novembre 2019

Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force : le mbalax vers l'abstraction

Mark Ernestus, on le connaissait comme pilier discret (il a longtemps gardé l'anonymat le plus total) de la scène berlinoise, maître de la techno minimale adoubé par Detroit, quasi co-inventeur d'une forme de dub digital ultra épuré et totalement hypnotique : avec son acolyte Moritz von Oswald, il est derrière les entités Basic Channel, Maurizio et Rhythm & Sound (qui révélera Tikiman). On lui doit aussi la création dès 1989 du mythique magasin de vinyles Hard Wax à Berlin. Autant le dire : une légende de la scène électronique s'avance-là. Sauf qu'entre-temps, le producteur allemand a découvert le mbalax, ce son sénégalais que Youssou N'Dour a imposé partout sur la planète. Et qu'il a succombé. La légende dit (ou du moins Wikipédia) que c'était lors d'un festival au Danemark en 2008. Dans la foulée, Ernestus s'est plongé intégralement dans cette musique, fondant son propre orchestre (et un nouveau label) baptisé un temps Jeri-Jeri (c'est sous ce nom qu'on les a découverts lors d'un incandescent concert à Nuits sonores), rebaptisé aujourd'hu

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The Mans of Le Mans : "Le Mans 66"

Biopic | Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

The Mans of Le Mans :

L’actualité a de ces volte-faces ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête spatiale, contemporaine de cette guéguerre sur route ! À l’écran, si l’épopée apparaît classique dans la forme, elle est menée avec le métier coutumier de Mangold, son goût pour la belle image, et relayée par des comédiens habitués à l’investissement personnel. D’autant qu’il en

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James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

Le Mans 66 | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant Logan), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une “course“ dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route. Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune — en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîtes de métal, on change : la voit

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Eh mec, elle est où la caisse ? : "Braquer Poitiers"

Comédie | Une bande de pieds nickelés belges se fait refiler un tuyau en or : séquestrer Wilfrid, propriétaire d’un carwash, pendant un mois d’été et récupérer la caisse à sa place. Étonnamment, la victime — un excentrique célibataire — est consentante et les accueille à bras ouverts dans son château…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Eh mec, elle est où la caisse ? :

Au départ était un court-métrage dont on devine l’intention : permettre au réalisateur Claude Schmitz de tirer parti de la personnalité authentiquement décalée d’une poignée de copains comédiens dans un format “lelouchien“. En clair, de capter leur naturel gentiment bancal dans une suite de séquences vaguement liées par un argument *policier*. Le contraste entre le pittoresque Francis Soetens aux faux-airs de métalleux et Wilfrid le châtelain fin de race peut divertir quelques minutes. Au-delà, on tombe dans un systématique qui n’a plus grand chose à voir avec la fraîcheur du naturel ni de l’impro. Les meilleures plaisanteries étant les plus courtes, Schmitz a donc eu tout faux en prolongeant d’une apostille artificielle son court histoire d’en faire un long. Mise en abyme bancale racontant, une saison plus tard, ce qu’il advient des comédiens/personnages lors de retrouvailles soporifiques (auxquelles on assiste avec le sentiment d’avoir été conviés par erreur), cette interminable séquence aurait dû rester à l’état de bonus pour le DVD souvenir de l’équipe. Ou carrément de projet.

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Conte à pâte de velours : "La Fameuse invasion des ours en Sicile"

Animation - dès 6 ans | En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Conte à pâte de velours :

Depuis le temps que l’univers de Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzatti. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail “d’enluminure“ du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits — lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran — l’homme appartient aux deux mondes —, on se réjouit de découvrir que Thomas Bidegain, brillant auteur et habile cinéaste, a non seulement contribué à l’écriture, mais aussi prêté sa voix à l’un des personnages. Ce faisant, il côtoie au générique son aîné Jean-Claude Carrière, dessinan

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Jean-Noël Scherrer : patron Cognito

Portrait | À 24 ans seulement, Jean-Noël Scherrer assume la double casquette de leader du groupe Last Train et de directeur de l'agence Cold Fame, combinant avec un infatigable panache et une volonté farouche, le rock et l'entrepreneuriat. Portrait du phénomène à l'heure où se téléscopent la sortie du deuxième album de Last Train et la première édition du festival La Messe de Minuit, initié par Cold Fame.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 septembre 2019

Jean-Noël Scherrer : patron Cognito

Dans le dernier clip de Last Train, montage d'images réalisé par le guitariste Julien Peultier, qui illustre la chanson-titre de leur deuxième album à venir, l'épique The Big Picture, enregistré en Norvège, on peut voir le quatuor à différentes étapes de sa vie musicale, des premières répétitions alsaciennes aux concerts telluriques devant des foules immenses. On y voit le chanteur Jean-Noël Scherrer électriser le public et le même, à 13 ans, martyriser une guitare trop grande pour lui dans quelque salon de rock'n'roll improvisé à la maison. Peut-être le jeune garçon d'alors s'imagine-t-il, comme tous les ados du monde, dans la peau d'une rock star, leader, chanteur et guitariste d'un groupe qui compte dans le paysage rock français et même au-delà. Mais ce que le novice d'Altkirch (Haut-Rhin) n'imagine alors sûrement pas c'est qu'une décennie plus tard, il sera aussi dirigeant et/ou associé de cinq sociétés, formateur, intervenant du Chantier des Francofolies, et surtout patron de Cold Fame, agence de diffusion et de production de concerts basée à

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Grosse Pomme à l’eau : "Un jour de pluie à New York" de Woody Allen

Comédie | Ashleigh a obtenu d’interviewer un réalisateur arty pour le journal de sa fac… à condition d’aller à Manhattan. Bonne nouvelle pour son petit copain Gatsby, qui leur organise un week-end en amoureux dans son New York chéri. Sur place hélas, rien ne se déroulera comme prévu…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Grosse Pomme à l’eau :

Cette histoire d'un couple qui se remet en question à l’issue d’une nuit marquée par les tentations sentimentales erratiques de l’un des deux partenaires dans un New York à la fois mondain et irréel, ça vous a un petit air de Eyes Wide Shut ; donc d’une relecture de la Traumnovelle de Schnitzler dont Kubrick s’était inspirée, accommodée à la sauce Allen. Mais Woody ayant déjà encensé son bien-aimé Manhattan dans toutes les hauteurs ne parvient plus à en offrir un regard qui ne soit à la limite de l’auto-citation, voire de l’auto-parodie. Et si l’on doit admettre de ne frayer ici — une fois encore — qu’avec des démocrates érudits ayant des névroses de couple et résidant autour d’un Central Park réchauffé par les couleurs de l’automne, faut-il en plus supporter des dialogues d’une prévisibilité caricaturale et inégalement pétillants ? Une photographie médiocre, artificielle, parfois franchement terne, prouvant que le numérique ne réussit pas à Vittorio Storaro ? Le jeu tout en mimiques meg-ryannesques de Elle Fanning et la composition miméti

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Groove métissé au Ninkasi

Sono Mondiale | L'afro-électro de Blanc Manioc, le maloya de Ti'Kaniki et un DJ set caliente de l'irremplaçable James Stewart : le Ninkasi donne dans l'efficace pour son premier festival.

Sébastien Broquet | Mardi 10 septembre 2019

Groove métissé au Ninkasi

On ne dira jamais assez tout le bien que James Stewart fait depuis plusieurs années aux esgourdes lyonnaises : ce DJ à l'ancienne, 100% vinyle, peu préoccupé par la linéarité mais bien plus par le plaisir de partager ses découvertes chinées dans les meilleures boutiques l'œil rivé à un dancefloor qu'il accompagne sans rien lui imposer au fil d'un set où l'échange prime, a fini par quitter Le Sucre où il a cornaqué moults samedis soirs de ses soirées Black Atlantic Club (en référence à Paul Gilroy), désormais déplacées au Ninkasi du côté de Gerland et en quelques spots épars - l'on attend avec impatience la venue prochaine dans ce cadre de The Scorpios à l'Opéra Underground. Kabar Bref, James Stewart, nouveau résident des lieux, ne pouvait manquer d'être à l'affiche de ce premier Festival Ninkasi, rejoint par d'autres transfuges venus eux du Sirius où ces adeptes du maloya animaient un dimanche par mois le bateau de leur kabar : Ti'Kaniki. L'affiche à elle seule comblerait tous les amateurs locaux de sono mondiale, mais Fabien Hyvernaud, fûté programmateur du spot qui a eu la finesse de donner une seconde maison à ces agita

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Gavissime : "Le Mariage de Verida"

Drame | de Michela Occhipinti (It, 1h34) avec Sidi Mohamed Chinghaly, Verida Beitta Ahmed Deiche, Aichetou Abdallahi Najim…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Gavissime :

Mauritanie, de nos jours. L’existence de Verida tourne autour du salon de beauté de sa grand-mère et de ses deux amies. Ses parents ayant décidé de la marier, elle entame non sans renâcler un rite prénuptial destiné à la faire grossir : le gavage. Une coutume entre torture et hypocrisie… Il n’est pas rare de voir des fictions à destination quasi exclusive du public des pays occidentaux vitupérer telle ou telle survivance d’une coutume archaïque, affirmant généralement la mainmise du patriarcat sur la population féminine : excision, obligation de se couvrir dès l’adolescence, mariages forcés, etc. Misant beaucoup sur leur valeur documentaire, elles reproduisent en général la forme du film-dossier en respectant des standards cinématographiques schématiques. Cette catégorie de films pointe évidemment l’odieuse différence de traitements entre hommes et femmes, mais aussi les petits arrangements avec la tradition ou la religion permettant d’accomplir toutes les entorses aux règles que l’on désire… tant qu’elles demeurent à l’abri des regards. Ici, les femmes ont souffert de leur “régime“, mais le perpétuent sur leurs filles sans fin, se

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C’est l’histoire de la vie (bis) : "Le Roi Lion"

Animation | En donnant à voir sa nouvelle version du "Roi Lion", les studios Disney seraient-ils en train de préfigurer un cinéma nouvelle génération ? Derrière l’histoire du cycle de la vie et des successions naturelles, en affleure une où l’image est remplacée par une autre plus vraie que nature…

Vincent Raymond | Mercredi 17 juillet 2019

C’est l’histoire de la vie (bis) :

Dans la savane africaine, la naissance de Simba, le fils du roi Lion Mufasa ravive la colère de son frère et rival Scar, qui fomente un plan diabolique pour le tuer, aidé par les hyènes. Débarrassé de son aîné, Scar persuade Simba qu’il est responsable de mort de son père et le contraint à l’exil… Le Roi Lion étant depuis un quart de siècle l’un des plus grands succès de la Maison de Mickey, cette nouvelle version à l’identique rassurera ses nombreux fanatiques : l’esprit de l’histoire, sa morale et son tempo demeurent inchangés. C’est sa forme qui a naturellement subi les plus profondes modifications. Il serait erroné de croire que la stratégie de reprise des “classiques“ d’animation des studios Disney en film “en prises de vues réelles“ soit gouvernée par une unique logique — fût-elle de rentabilité commerciale. Les productions se succédant, avec une accélération exponentielle ces derniers mois, ne font pas que suivre à la lettre le canevas des scripts existants : chaque film constitue ainsi une sorte de mini laboratoire, où s’élabore à risques (et coû

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Jamel Debbouze : « C’est une expérience sensorielle incroyable »

Le Roi Lion | Acquises à la cause de Simba depuis leur plus tendre enfance, les voix françaises de la nouvelle version (Jamel Debbouze, Anne Sila et Rayane Bensetti) ne cachent pas leur fascination pour le film original et son remake. Propos rapportés d’une rencontre enjouée.

Vincent Raymond | Mercredi 17 juillet 2019

Jamel Debbouze : « C’est une expérience sensorielle incroyable »

Avez-vous un souvenir de votre première vision du Roi Lion de 1994 ? Anne Sila : Je ne me souviens pas de la première fois, mais je l’ai vu un millier de fois, je le connais par cœur ! Il fait partie des histoires qui, bizarrement, touchent tout le monde, quoi qu’on ait vécu : il touche à l’enfance, et on retrouve notre petit cœur de bébé (sourire) Jamel Debbouze : J’ai tout fait pour le voir, c’était un événement tellement incroyable, tout le monde en parlait, on ne pouvait pas passer à côté ! Je me rappelle avoir resquillé tellement j’avais envie de le voir : un ami à Trappes avait payé sa place au cinéma Le Grenier à Sel et avait ouvert la porte de secours…(rires) Je me souviens encore très bien de toutes les sensations, j’étais passé par tous les états : la joie, de la peine, et re-de la joie… C’est un film incroyable. On a tous vu des images du nouveau film, et même si on a tous été au cinéma souvent, c’est incroyable : j’ai rarement vu un truc pareil, ça défie les lois de la pesanteur ! On voit des animaux parler, vivre, se mouvoir… La première fois, l’histoire

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Hello, Goodbye, Hello : "Yesterday"

Comédie | Un musicien sans succès se retrouve seul au monde à connaître le répertoire des Beatles et se l’approprie : sa vie change alors radicalement. Après Steve Jobs, Danny Boyle reste dans l’univers Apple pour cette fable morale, musicale, nostalgique aux inspirations multiples…

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

Hello, Goodbye, Hello :

Jack Malik a du succès à la guitare auprès de ses amis ; un peu juste pour vivre de ses chansons. Une nuit, un accident mystérieux le laisse le visage en vrac et riche d’un trésor : il s’est réveillé dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé. Et lui seul connaît leurs chansons… Quel musicien, n’a jamais rêvé (ou cauchemardé) connaître le sort de Jack Malick ? Puisque les Beatles, aux dires de Lennon en 1966, étaient « plus populaires que Jésus », cela équivaudrait-il à se retrouver en position mosaïque, recevant les Tables de la Loi ? Débordant largement du registre musical, l’influence du groupe a été — et demeure — telle dans la culture contemporaine pop que son effacement pourrait légitimement causer un hiatus civilisationnel. Le postulat de départ est intellectuellement séduisant et surtout réjouissant pour les amateurs des Quatre de Liverpool. Ils savourent non seulement la renaissance du catalogue entier, mais ont droit en bonus à des surprises moins prévisibles et plus authentiquement émouvantes que celles parfumant d’habitude les biopics musicaux.

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Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

X-Men : Dark Phoenix | De passage à Paris (où se déroule l’épilogue du film), l’équipe de "X-Men : Dark Phoenix" est revenue sur la conception de nouvel opus. Propos rapportés de la conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

Pourquoi vous êtes-vous focalisé ici sur le personnage de Jean Grey ? Simon Kinberg : D’abord, je suis tombé amoureux du personnage de Phoenix : je le trouvais absolument fascinant, comme tout le monde parmi les X-Men. J’aimais aussi l’idée d'un personnage qui perdait à la fois sa tête et ses pouvoirs, mais également voir de quelle manière cela affectait tous les X-Men ; comme des ennemis deviennent des amis, comment des amis, au contraire, devenaient des ennemis. Et puis il y avait ce dilemme : lorsque l’on a des amis proches qui perdent temporairement pied, quand cesse-t-on de vouloir les sauver ? Il était important ici de montrer que les conséquences du combat intérieur de Jean Grey font souffrir les autres autant qu'elle-même. Il fallait donc que le film ait une qualité intime humaine presque primitive ; et que l’on sente ce combat jusque dans le style, les acteurs ainsi qu'une forme plus naturaliste. Quand on a une telle distribution, il faut lui donner de vraies scènes afin que les acteurs puissent exercer leurs super-pouvoirs — qui est d'être formidables. Sop

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50 nuances de Grey : "X-Men : Dark Phoenix"

Marvel | De Simon Kinberg (E-U, avec avert. 1h40) avec James McAvoy, Sophie Turner, Michael Fassbender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

50 nuances de Grey :

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour ses histoires de pantalon, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la surmultipliée déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine — achevées en apothéose dans Logan —, voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants, etc.) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance

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La croix et la manière : "Dieu existe, son nom est Petrunya"

Drame | Ayant perturbé par accident une tradition religieuse masculine, une jeune femme a défié l’équilibre passéiste de son village macédonien. Prise en étau entre le sabre et le goupillon, elle ne renonce pourtant pas à son bon droit. Un conte moral corrosif et une actrice d’enfer.

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

La croix et la manière :

Stip, en Macédoine. Trentenaire, surdiplômée, corpulente, célibataire, Petrunya est dotée d’un solide tempérament. Elle le prouve en se jetant à la rivière pour attraper la croix porte-bonheur lancée par le prêtre de la paroisse aux hommes du village. À leur grand dam. Mais malgré les intimidations physiques et policières la pressant de rendre la croix, Petrunya n’en démord pas : elle l’a gagnée. Et son histoire, devant les caméras, devient une affaire nationale. Comment une tradition, en apparence bon enfant, apparaît comme le symptôme d’une société figée dans le jus rance du conservatisme : certains rites étant les faux-nez justifiant la survivance d’archaïsmes perpétuant ici le patriarcat, ailleurs la xénophobie, la haine du roux, de l’albinos ou du gay ; bref, tout ce qui n’est pas conforme à l’identité de la communauté, au sens “d’équivalence avec la majorité dominante“ — et désirant le rester. Faut-il que la gent masculine se sente menacée pour rugir en meute infantile contre le “sacrilège“ de Petrunya, obligeant le pouvoir temporel, vassal du spirituel, à enfreindre la loi en la retenant arbitrairement ? À un

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La fin justifie les grands moyens : "Avengers : Endgame"

Marvel | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la troisième phase de l’Univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

La fin justifie les grands moyens :

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ans-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique, pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et trois phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War), avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant

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Soap qui peut ! : "Tel Aviv on Fire"

Le Film de la Semaine | Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et de rire.

Vincent Raymond | Mercredi 3 avril 2019

Soap qui peut ! :

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un checkpoint dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction… Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres — comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des car

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Casse vermeil : "Gentlemen cambrioleurs"

Comédie | De James Marsh (G-B, 1h46) avec Michael Caine, Tom Courtenay, Jim Broadbent…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Casse vermeil :

Peu après la trépas de son épouse, le septuagénaire Brian Reader est tenté de reprendre du service dans le corps de métier où il a excellé en toute discrétion : la cambriole. Tuyauté par un jeunot, Brian réunit sa troupe d’experts vieillissants pour un ultime coup d’éclat… Pas besoin d’être grand clerc pour voir dans cette *comédie policière* un dérivé pour public senior de Ocean Eleven, avec une distribution appropriée — elle réunit la crème des vieilles barbes anglaises (qui jadis furent, pour certains, les jeunes premiers britanniques). En l’absence de Peter O’Toole, Oliver Reed, Alan Bates et Richard Harris excusés pour cause de décès, Winston, Gambon et Broadbent font le job — c’est-à-dire cabotinent selon les exigences d’un scénario poussif quand il n’est pas entortillé comme un fil de téléphone à cadran. Gags rhumatisants, répliques arthritiques et action asthmatiforme pimentent le casse et l’enquête parallèle menée par la police : tous les ingrédients sont donc réunis pour accompagner une bonne sieste de fin d’après-midi.

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« ¿Que tal, Zola ? — Muito bem, obrigada ! »

Les 35e Reflets au Zola | Alors que la boussole géopolitique subit d’inquiétantes oscillations — tout particulièrement au sud du Rio Grande —, qu’il est rassurant de trouver un havre (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

 « ¿Que tal, Zola ? — Muito bem, obrigada ! »

Alors que la boussole géopolitique subit d’inquiétantes oscillations — tout particulièrement au sud du Rio Grande —, qu’il est rassurant de trouver un havre de stabilité au Zola, temple des Reflets du cinéma ibériques et latino-américains ! Mais ne vous méprenez pas : stabilité ne signifie aucunement immobilisme. En conservant son cap et sa ligne directrice, la 35e édition du festival continue surtout à défricher ces immenses pampas cinématographiques couvrant la moitié du Nouveau Monde et le quart sud-ouest de l’Ancien. Pour preuve, il sera sillonné par l’intégralité du film-fleuve argentin en quatre épisodes de Marian Llinás, La Flor. Et accueillera une réjouissante moisson d’inédits ou d’exclusivités, comme Cómprame un revolver de Julio Hernández Cordón (l’auteur des Marimbas del Infierno), le retour au Zola de Jaime Rosales pour Petra, en sa présence ou Yuli, le nouveau Icíair Bollaín en clôture — du lourd. Si la sélection compte 41 films, la compétition en r

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Tristan Garcia : aux âmes mal nées

Littérature | Avec Âmes, premier volume d'Histoire de la souffrance, Tristan Garcia retrace une épopées des oubliés et des vaincus de l'Histoire. Un roman multiple et quantique qui est aussi une magistrale exploration des possibilités du récit et de l'invention fictionnelle.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Tristan Garcia : aux âmes mal nées

« Valait-il mieux vivre en espérant que nos souffrances n'étaient pas vaines. Elles resteraient inscrites à jamais dans la nature des choses qui vont, changent et deviennent. Si c'est vrai jamais la souffrance ne finira, elle hantera le monde même lorsque le monde aura disparu. Peut-être est-il préférable de considérer que le bon et le mauvais, comme toutes choses, passent, et que ce qui passe disparaît tout à fait. Alors toute la souffrance finira oubliée, pulvérisée, il n'en restera rien. Et à quoi bon souffrir ? » s'interroge Lucius Helvus Tinniter un dignitaire romain philosophe attelé à la rédaction du « premier traité complet consacré à la souffrance, à ses origines, sa cause, sa fin, ses différents modes (…) et les moyens de la vaincre pour de bon ». Le Romain évolue, en une troublante mise en abîme, au cœur du chapitre 8 d'Âmes, premier volume de cette ambitieuse Histoire de la souffrance à laquelle le romancier et philosophe Tristan Garcia s'est attaqué comme à un Everest. Existentiel mais surtout romanesque. Métempsychose Car c'est bien d'un r

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"À vif" : mots croisés signés Kery James

Théâtre | Du 5 au 9 mars, le Théâtre de la Croix-Rousse propose un spectacle très politique écrit et joué par le fameux rappeur.

Aurélien Martinez | Mardi 26 février 2019

Voilà un spectacle qui connaît un beau succès depuis sa création il y a deux ans, l’auteur du texte et l’un des deux interprètes n’étant autre que le rappeur Kery James, connu pour son rap politique et engagé. Logique donc que le sujet de cette courte pièce (1h15) soit lui aussi politique et engagé. Soit, sur scène, deux aspirants avocats qui s’affrontent dans un combat d’éloquence autour d’une question : l'État français est-il coupable de la situation actuelle des banlieues ? À travers eux (Kery James d’un côté, le comédien Yannik Landrein de l’autre), ce sont deux France qui se font face. Un postulat de départ fort qui, s’il aurait demandé plus de nuances du côté de l’écriture et du jeu (l’affrontement arrive d’emblée, et semble parfois surfait), a le mérite de porter sur le plateau des enjeux peu entendus à cet endroit, avec des mots percutants. Et de considérablement rajeunir le public spectacle vivant, comme nous avons pu le constater lorsque nous avons découvert le résultat à l'automne 2017 à Paris, au Théâtre du Rond-Point. En résulte alors une joute verbale très agréable à suivre qui, comme les textes de Kery James, e

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