Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

MUSIQUES | Depuis plus de trente ans, Laurent Pelly invente des spectacles d’une parfaite maîtrise formelle et visuelle en racontant Hugo, Levin, Copi ou Ionesco. A l’opéra, il retrouve, en ce moment, Offenbach pour la onzième fois et livre, avec Le Roi Carotte, sa création la plus déjantée.

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Vous souvenez-vous, quand en 1980, à 18 ans, vous avez fondé la compagnie Le Pelican, de l'idée que vous aviez du théâtre ? De pourquoi vous vouliez en faire ?
Laurent Pelly :
Je serais bien incapable de dire pourquoi, car les raisons sont sûrement profondes et psychanalytiques, mais c'est une vocation, c'est par amour du théâtre, tout bêtement, et par amour des œuvres. Et c'est ce que je continue à défendre aujourd'hui. Je me considère avant tout comme un artisan au service des œuvres. Ce que je préfère dans la vie, ce sont la littérature et la musique. C'est venu de là.

Aviez-vous déjà cette idée de travailler particulièrement l'esthétique, le beau ?
Ce sont des choses qui se sont affinées avec le temps. D'abord, il y a eu la rencontre avec Chantal Thomas qui date de la création de Tartuffe dans le Nord de la France, quand j'étais assistant dans un Centre Dramatique National, il y a 30 ans. Et je conçois toujours la mise en scène à la fois comme un travail très intime avec les acteurs mais aussi comme un objet visuel. Pour moi, c'est mettre en images des rêves.

On a fait beaucoup de choses ensemble avec Chantal, puis j'ai travaillé avec d'autres scénographes et je fais maintenant mes propres scénographies au théâtre, comme pour L'Oiseau vert de Carlo Gozzi.. En fait, pour moi, ça a commencé par les costumes, que j'ai faits depuis le début ; dessiner des personnages me permettait de rentrer dans les œuvres plus facilement.

Est-ce via cet intérêt-là que vous avez aussi travaillé pour les enfants. Je pense à La Famille Fenouillard, à Sindbad le marin
Les spectacles pour enfants que nous avons faits, pour la plupart avec Agathe Mélinand, sont des moments importants. On a commencé par Quel amour d'enfant ! de la Comtesse de Ségur, qu'on a joué d'ailleurs à Lyon au TJA [devenu TNG, NdlR], puis Fenouillard, Des héros et des dieux sur la mythologie. Finalement, l'enfance, pour moi, est souvent présente dans la manière de raconter des histoires avec à la fois de l'humour et de la fantaisie. Les derniers spectacles de théâtre que j'ai faits, Le Songe d'une nuit d'été ou L'Oiseau vert, relèvent d'un théâtre très adulte, sophistiqué, compliqué, et on est dans le même temps dans le monde de la féérie et l'imaginaire.

Le divertissement peut aussi être noble, beau et poétique. J'aime bien l'idée de faire partir le spectateur dans quelque chose de drôle ou léger. Et grâce au comique et à la légèreté, on peut raconter autant de choses que dans le dramatique. Je pense même que le vrai comique n'est comique que s'il est tragique et noir.

Hormis Macbeth et Le Songe d'une nuit d'été, vous montez souvent des textes peu connus et surtout peu joués. Est-ce une volonté délibérée de faire découvrir une œuvre ou un hasard ?
Le répertoire est infini et ça vaut le coup d'aller à la rencontre de chefs-d'œuvres un peu oubliés. Par exemple, j'ai monté deux œuvres de Victor Hugo, Mille francs de récompense, qui est joué relativement souvent, et Mangeront-ils, qui l'est beaucoup moins. C'était extrêmement jubilatoire de faire redécouvrir ça. Ceci dit, le prochain spectacle que je fais à Toulouse [Pelly dirige le CDN toulousain depuis 2007, NdlR], c'est La Cantatrice chauve et il fait partie des grands. Quand on fait des créations dans un CDN, il faut alterner aussi avec le théâtre de répertoire.

Vous montez aussi des contemporains, comme Levin et Copi, mais jamais d'auteurs vivants. Manquent-ils justement de fantaisie ?
J'ai besoin du rêve. Je pense qu'il y a des auteurs contemporains qui sont là-dedans que je n'ai pas encore rencontrés. J'aimerais aussi beaucoup monter un opéra contemporain avec un compositeur vivant. Mais j'ai une période de prédilection qui est le XIXe siècle. Je suis assez fasciné par lui. Et puis il n'y a pas beaucoup d'auteurs contemporains qui sont drôles. J'adore Ionesco, c'est la quatrième pièce de cet écrivain que je vais monter et j'ai aussi monté quatre Copi. Ce sont des auteurs féroces, géniaux et très drôles.

Il y a un aspect "divertissement" dans votre théâtre que vous ne reniez pas. C'est pourtant parfois très mal vu dans ce milieu..
Je ne le renie effectivement pas du tout. Mais je n'aime pas non plus beaucoup ce mot, car le divertissement, pour moi, c'est TF1 ou des talk-shows comiques à la télé. Or le divertissement peut aussi être noble, beau et poétique. J'aime bien l'idée de faire partir le spectateur dans quelque chose de drôle ou léger. Et grâce au comique et à la légèreté, on peut raconter autant de choses que dans le dramatique. Je pense même que le vrai comique n'est comique que s'il est tragique et noir. Sinon, c'est du pur divertissement. Hugo, c'est drôle. Ionesco, Copi, c'est terrible.

Concernant l'opéra, vous avez commencé avec Orphée aux Enfers, donné justement à l'Opéra de Lyon en 98. Comment en êtes-vous venu à cet art ?
C'est un peu un hasard. Et aussi un désir, car j'ai toujours baigné dans la musique et parce qu'avant de faire de l'opéra j'avais fait pas mal de spectacles avec de la musique vivante sur scène. Mais c'est Jean-Pierre Brossmann [ancien directeur administrateur général de l'Opéra de Lyon, NdlR] qui a eu l'idée de nous réunir Marc Minkowski et moi au moment où nous étions tous les deux frais arrivés à Grenoble, lui à la tête de l'orchestre de chambre et moi du CDN. Et puis on a fait un bout de chemin ensemble, assez long, avec Platée et des Offenbach : La Belle Hélène, La Grande Duchesse de Gerolstein, Les Contes d'Hoffmann... On en fera sûrement d'autres.

Vous êtes tombé dans la marmite Offenbach, allant même jusqu'à monter trois formes courtes données dans des lieux improbables, en itinérance. Votre rapport à cette œuvre semble jubilatoire. Cette fidélité vous surprend-elle ?
Celui-ci est le onzième que je monte ! Et il y a toujours autant de plaisir. Et puis c'est une chose difficile à faire. Parce que pour les chanteurs, c'est aussi complexe que du grand opéra. Souvent, on se dit que c'est léger, mais on ne se rend pas compte que musicalement pour le chef, c'est terrible. Et les chanteurs doivent parler, être drôles, jouer, être dans un rythme. Ils n'ont pas du tout l'habitude. De toute façon, la comédie est une chose compliquée qui demande beaucoup de temps, de soin, de précision. Et souvent, à l'opéra, on n'a pas le temps. Là, je pourrais répéter deux fois plus Le Roi Carotte, d'autant que cette œuvre est très particulière dans l'histoire de l'opéra et d'Offenbach.

Il faut penser qu'à l'origine, en 1872, c'était un spectacle qui durait six heures avec pas loin de 250 personnes, 1500 costumes, 24 décors. C'était l'équivalent d'un blockbuster qui devait durer au moins une année, ce qui a été le cas. Il n'y a plus d'équivalent aujourd'hui. Alors on fait ça "avec nos moyens" qui sont quand même importants, mais qui sont très loin des moyens qu'il y avait à l'époque, puisque c'était de l'investissement privé aussi. Je trouve aussi que, musicalement, c'est passionnant.

On est entre l'Offenbach célèbre qu'on connait de Belle Hélène ou d'Orphée aux Enfers et l'Offenbach des Contes d'Hoffmann, plus noir, plus sérieux, plus fantastique. C'est par ailleurs la première fois que je monte un opéra où il n'y a pas d'enregistrements. C'est très particulier. On a travaillé juste avec la partition et un petit enregistrement au piano. Mais c'est tout. On a découvert l'orchestre il y a trois jours avec de super surprises !

La comédie est une chose compliquée qui demande beaucoup de temps, de soin, de précision. Et souvent, à l'opéra, on n'a pas le temps.

Avez-vous conscience que le public de l'opéra n'est pas celui du théâtre ? L'avez-vous vu changer ? Il reste quand même relativement bourgeois, même si, ici, Serge Dorny a mis au point un éventail de tarifs très vaste. Vous posez-vous la question de savoir à qui vous parlez ?
Oui, les places d'opéra coûtent cher, mais dans tous les opéras de France il y a des tarifs moindres que pour une place de théâtre. Ce qui m'étonne à l'opéra est qu'il y a un public beaucoup plus accro qu'au théâtre. Il m'est arrivé de faire un spectacle pour lequel les gens faisaient la queue dès 4h du matin pour avoir une place parce qu'il y avait des stars dedans, chose qui n'arrive absolument jamais au théâtre. Ça reste un art finalement plus populaire que le théâtre dans la mesure où il y a des gens qui sont de couches sociales tout à fait différentes mais qui sont des mordus, des fanas. Ce qui n'est plus trop le cas au théâtre aujourd'hui où on a un public plus bourgeois, aisé, homogène.

Vous montez cette année pas moins de trois opéras, le Ionesco…. Comment faites-vous ?
Cette année, c'est beaucoup. En plus on reprend Le Songe d'une nuit d'été. On a aussi monté un spectacle Masculin/féminin d'après Godard avec les élèves de l'école de Toulouse… L'an dernier, c'était plus calme, ce qui m'a permis de préparer plus en amont les choses. Et je ne fais que ça (rires). C'est tout le temps. C'est ma vie, mon plaisir. Encore une fois, je suis dingue des œuvres, je suis fou de ça, donc j'aime faire renaitre une œuvre comme Le Roi Carotte en ne sachant pas très bien, d'ailleurs, comment elle va être reçue.


Le Roi carotte

De Jacques Offenbach, opéra-bouffe-féerie en 3 actes, 1872. Dir mus Victor Aviat, ms Laurent Pelly, livret Victorien Sardou, d'après un conte d'Hoffmann, en français, 3h30
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable par l’entourloupe d’une sorcière. Sur cette histoire délirante, Laurent Pelly signe des costumes aux petits oignons (à commencer par celui du rôle titre, très phallique et ludique) et une mise en scène en constant mouvement, s’autorisant toutes les folies des grandeurs. La princesse Rosée du Soir est prisonnière dans un grenier ? Voilà que la fidèle scénographe Chantal Thomas invente un gigantesque égouttoir. Fridolin doit passer par Pompei récupérer l’anneau de Salomon qui lui permettra de mettre fin aux pouvoirs de la sorcière ? Tout le chœur revêt des vêtements de l’Antiquité. Des fantaisies que relie l’adaptation de l’éternelle complice de Laurent Pelly, Agathe Mélinand, qui a même osé placer un train Intercité et un TGV dans le livret écrit par Victorien Sardou à la fin du XIXe. En faisant de ses personnages dépravés et inconséquents des gens de notre époque, Mélinand moque une classe dirigeante qui, ayant pour principe de «tourner avec le vent», pourrait bien être celle d’aujourd’hui. Si

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En 1994 déjà, Laurent Pelly signait une mise en scène pour le jeune public, La Famille Fenouillard. Il n’était pas encore la star qu’il est aujourd’hui, réclamée dans toutes les salles du globe. Pas d’opportunisme donc chez lui lorsqu’il s’attelle à Sindbad le marin (créé au printemps au TNT de Toulouse qu’il dirige) mais une envie de partager son travail qui use du merveilleux et du fantastique. Les 8 et 9 novembre au Théâtre de Villefranche et du 16 au 18 décembre au TNG

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Laurent Pelly est de retour. Cette fois, c’est à l’Opéra de Lyon que l’on pourra croiser le metteur en scène qui présente, jusqu’au mercredi 16 juin, "Hänsel et Gretel", adapté du conte de Grimm et sous la direction musicale de Johannes Willig. Crée en 2008 au Festival de Glyndebourne, cet opéra est présenté en langue allemande.

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Dorotée Aznar | Vendredi 9 octobre 2009

Pelly, maître de la comédie

Petit Bulletin : Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène cette pièce de Goldoni ? Qu’aimez-vous dans ce ‘Menteur’ ?Laurent Pelly : Je connais cette pièce depuis très longtemps, j’ai une véritable passion pour Goldoni, LE maître de la comédie. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est que –comme toujours chez Goldoni- l’intrigue est assez classique mais tous les personnages ont une saveur, une matière. Ce sont tous des imbéciles, sauf Lélio qui est un fou, et pourtant l’auteur les regarde avec beaucoup de tendresse. Et puis la thématique du mensonge est merveilleuse, elle est fédératrice et parle autant du théâtre que de la politique… Lélio est fou selon vous ? Lélio est le menteur, c’est l’homme libre, le rêveur, le poète, l’inventeur… dans une société étriquée. Il est fou car il ne peut pas s’empêcher de mentir, mais c’est également lui qui permet à tous les autres de ne pas s’ennuyer. J’ai choisi Simon Abkarian pour interpréter Lélio car c’est un acteur que l’on aime en deux minutes et qui pourtant a une noirceur en lui… Quant à Florindo, le seul homme vraiment sincère de la pièce, vous en faites presque un personnage de cartoon…La pièc

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Pelly royal !

SCENES | Avec "Le Roi nu", Laurent Pelly propose le spectacle parfait : 2 heures de divertissement et d'intelligence qui ne souffrent aucune faiblesse, portées par un texte et des acteurs éblouissants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 décembre 2005

Pelly royal !

On imagine bien Laurent Pelly pleurant de joie en découvrant le texte d'Evguéni Scwartz, Le Roi nu. Ravi de mettre la main sur une pièce qui semble répondre parfaitement à ses aspiration théâtrales, heureux que celle-ci soit encore quasi vierge de toute adaptation. Et pour cause ! Son auteur a vécu la censure soviétique, son conte de fée truculent étant aussi une redoutable satyre d'un régime totalitaire qui pue autant le nazisme que le stalinisme. Mais c'est d'abord la fantaisie qui l'emporte dans ce spectacle jubilatoire, la gravité étant effleurée avec une élégante désinvolture. Précision et profusion Même si la scénographie récrée un gigantesque environnement bureaucratique, s'il tombe des cintres une lampe à l'éclairage blafard pour un interrogatoire façon gestapo, c'est bien un conte de fée qui se déroule sous nos yeux. Un gardien de porc tombe amoureux d'une princesse simplette, mais celle-ci doit épouser un despote mégalomane et abruti ; pendant que les noces se préparent, le porcher et son camarade fidèle inventent un stratagème pour ridiculiser cette cour stupide, provoquant au passage une révolte démocratique. Un tel résumé passe sous silenc

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«Préserver l'idée de mystère»

MUSIQUES | Entretien / Laurent Pelly, directeur du Centre Dramatique National des Alpes, met en scène La Voix humaine et Le Château de Barbe Bleue. Propos recueillis par DA

| Mercredi 25 avril 2007

«Préserver l'idée de mystère»

Vous avez souhaité créer un lien entre les deux opéras que vous mettez en scène, pourquoi ? Laurent Pelly : Ce n'était pas prémédité. Judith dans Barbe Bleue et la femme de La Voix humaine portent en effet le même costume, comme si elles n'étaient plus qu'une seule et même femme. J'ai voulu mettre les deux œuvres en lien, utiliser les mêmes moyens de narration, mais il n'y a pas une seule clé de lecture ! Les décors ont une importance toute particulière dans ces deux mises en scène... Dans La Voix humaine, le personnage se déplace peu, elle est enfermée dans son appartement, dans son angoisse et sa solitude. Je ne voulais pas représenter une chambre immense, mais utiliser la scénographie comme un cadre mouvant ; le décor se déplace pour «zoomer» sur le personnage, comme on pourrait le faire au cinéma. Dans La Voix humaine, je pense que le public ne peut être réceptif que s'il est en position de voyeur. La Voix Humaine, c'est du théâtre mis en musique. Cela demande un investissement de jeu très fort. Cela ne fonctionne que si l'interprète est aussi bouleversante que la musique. Dans Barbe-Bleue, vous avez travaillé sur l'évocation, vous ne montrez pas l'intérieur des chambres pa

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L'œuvre dans la peau

SCENES | ENTRETIEN / AGATHE MÉLINAND ET LAURENT PELLY ACCOMPLISSENT LA GAGEURE DE REDONNER UN VIGOUREUX COUP DE FOUET AU CLASSIQUE DE LEWIS CARROLL. PROPOS RECUEILLIS PAR SÉVERINE DELRIEU

Christophe Chabert | Mercredi 23 mai 2007

L'œuvre dans la peau

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur ce texte de Lewis Caroll ? Laurent Pelly : On avait envie de faire entendre ce texte dont on est amoureux depuis longtemps. C'est un ouvrage de référence pour nous, autour duquel on tourne. On n'avait pas envie d'en faire une adaptation, on voulait le texte brut. Notre idée était d'enlever l'imagerie jolie «Walt Disney» qui est collée au texte. Qu'incarne Christiane Millet, l'unique comédienne ? Laurent Pelly : On ne voulait pas fermer le texte. C'est comme en poésie : quand on se met à expliquer le poème, ça le tue. C'est pour cela que Christriane Millet pourrait être beaucoup de personnages différents : l'auteur, Alice qui a vieilli, la sœur... Agathe Mélinand : Ou une actrice qui doit jouer tous les jours Alice et qui est pleine de ce texte. Laurent Pelly : En travaillant, on s'est rendus compte qu'il n'y avait pas de choses positives, ni jolies dans le texte. Tout est frustration, embûches, peurs. Au bout du compte, pour moi, cette femme est une sorte de phénomène de foire enfermé dans une boîte et qui ne peut s'exprimer qu'à travers Alice. Une espèce de folie à l'image du texte. Car ce que j'aime particulièrement, c'est l'e

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