Savages et indomptables

Sébastien Broquet | Mercredi 24 février 2016

Photo : © DR


Voilà un gang qui a su se construire une image. En mode abrasif, noir et peu souriant, Savages ne cherche pas l'adhésion par la caresse, lui préférant une sèche autorité que les photos du groupe - quasiment jamais un sourire, noir & blanc de rigueur, décor minimaliste, noir majeur - imposent d'emblée, avant même toute écoute. En partie shootées à leurs débuts par Hedi Slimane (qu'elles ne connaissaient pas), ces quatre londoniennes ne sont pas qu'esthétique et parachèvent cette construction par un son du même acabit : sombre comme du Joy Division, doté du groove sec d'Au Pairs dont elles partagent le goût pour la ligne de basse hypnotique, elles invoquent en filigrane cette Angleterre du début des années 80 sans laisser planer le moindre doute sur une éventuelle idée de revival.

Savages est bien un groupe du présent, dégageant une tension malsaine, révoltée (le poing de la cover d'Adore Life, leur second effort tout juste paru sur Matador, la cover du Dream Baby Dream de Suicide) et sans concession aucune. La production du disque, aussi glaciale que certaines de leurs interviews (Rock&Folk, si tu nous entends…) est assurée par Johnny Hostile qui n'est autre que le compagnon de Jehnny Beth - la crépusculaire chanteuse - et celui avec qui elle formait auparavant le duo John & Jehn.

Française, ancienne actrice récompensée d'un César du meilleur espoir en 2005, elle affiche une certaine morgue toute britannique au point de rompre avec son pays natal pour former l'un des tandems les plus incisifs du moment avec la guitariste Gemma Thompson, à l'origine du projet né fin 2011 et adopté dès le premier album, Silence Yourself (2013), alors paru sur le bien nommé Pop Noire. Quatre Savages indomptables, et inratables. SB

Savages + Bo Ningen
À l'Épicerie Moderne samedi 27 février


Savages + Bo Ningen

Post punk
Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
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Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

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L'état Savages

MUSIQUES | N’était leur post-punk oeuvrant avec la détermination et la violence d’une voiture bélier dans la vitrine de la boutique de luxe du rock mondial, les quatre (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 octobre 2013

L'état Savages

N’était leur post-punk oeuvrant avec la détermination et la violence d’une voiture bélier dans la vitrine de la boutique de luxe du rock mondial, les quatre filles de Savages pourraient être une publicité vivante pour la diversité. La diversité tout court : basé à Londres, le groupe comprend une française, Jehn, de John & Jehn, une bassiste d’origine turque et deux Anglaises (sans le continent). La diversité musicale aussi, puisque les bagages musicaux de ces quatre-là ne sont au départ guère raccords : pop pour l'une, furieusement hardcore pour une autre et drum’n’bass pour une batteuse qui ne vient même carrément pas de la musique. Sauf qu'au final, elles ne font qu'un. Et plutôt que d'essayer de savoir comment ces quatre cavalières de l'apocalypse se sont rencontrées, on préfère simplement s'imaginer qu’elles ont dû se rentrer dedans, ont trouvé ça d’enfer et ont voulu remettre ça jusqu’à plus soif. Ou jusqu’à ce que leur gorge soit asséchée par les harangues punk. Leur premier single baptisé Husbands, on pourrait dès lors voir une sorte de pendant punk des énergumènes de Cassavetes : même manière

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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Savages

ECRANS | On espérait que, loin des pamphlets politiques et des fresques historiques qui ont fait sa gloire, Oliver Stone allait retrouver un peu d’efficacité et de modestie dans ce thriller narcotique sur fond de ménage à trois. Mais faute de choisir un ton, un style et un point de vue, son "Savages" est plus ridicule que distrayant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Savages

En introduction, la belle O (pour Ophelia, attention, référence !) raconte que ce n’est pas parce qu’elle nous explique l’histoire du film en voix-off qu’elle en est forcément sortie saine et sauve. Joignant le geste cinématographique à la parole, Oliver Stone bloque son ralenti en noir et blanc, rembobine le film telle une antique VHS et reprend le récit à son début. L’idée est excitante : désigner ses personnages comme de pures créatures de celluloïd, des images malléables que l’on brinquebale d’un bout à l’autre de l’intrigue et qui finissent par lui survivre. Cette plasticité est la marque du cinéma de Stone depuis Tueurs nés, même si on peut aussi constater qu’elle est ironiquement devenue le symbole de sa carrière récente, où une emphatique fiction patriotique (World trade center) voisine avec un sobre docu-drama à charge sur George W. Bush ou une suite paresseuse d'un de ses plus grands succès (Wall street : l'argent ne do

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