L'incandescence JC Satan

Sébastien Broquet | Mercredi 24 février 2016

Photo : © DR


Frappant comme la naissance des Limiñanas dont nous vous parlons ci-dessus est proche de celle de JC Satan : un mec en home studio, ici Arthur Larregle, multi-instrumentiste en place sur la scène bordelaise, qui convie une fille à le rejoindre. Ici, Paula la Turinoise qui vient poser sa voix sans autre but que celui de se défouler ; et quelques tracks qui atterrissent sur MySpace, comme une fin en soi. Pas de studio d'enregistrement, de plan de carrière, de label : nada.

Sauf que… Là aussi, un label américain se penche sur le berceau, en l'occurrence Slovenly qui sort finalement les deux premiers albums. Un groupe se structure dans la foulée pour défendre ces disques en scène, à cinq. Et deux autres opus suivent, dont le dernier sur Born Bad Records, spécialiste des seconds couteaux à forte valeur ajoutée, des outsiders convaincants mais jamais vraiment reconnus, des trésors obscurs pris pour des losers.

Chez JC Satan, en grandissant, on a affirmé une présence scénique ébouriffante au service d'un son brutal mêlant un poil de métal indie (The Greatest Man), une énergie très punk, une production héritée du meilleur du début des années 90, entre le Bossanova des Pixies, le Goo de Sonic Youth, Queen of the Stone Age, renforcés d'une esthétique pop 60's psychédélique, avec ce petit truc indéfinissable qui leur appartient et leur donne toute leur saveur. Des éruptions soniques menées tambour battant et guitares en avant, des accalmies vicieuses, des errances sous LSD, un violon impénétrable et des harmonies impeccables : ce quatrième album éponyme les a calé pour de bon sur une scène française qui ne les attendais pas, eux non plus, avant qu'ils ne fracassent les portes de l'enfer. Et c'est bien ça qui en fait tout l'intérêt. SB

JC Satan
Au Ninkasi mercredi 24 février


Coup de coeur : JC Satan

1ère partie : The norma jean baker's underwears + DTCV
Ninkasi Kafé 267 rue Marcel Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Bryan's Magic Tears : l'esprit slacker

Rock | Parmi les dernières pépites de Born Bad Records, Bryan's Magic Tears, invité du Ninkasi Festival, sonne comme une réminiscence de l'esthétique "slacker" des 90's. À moins qu'il ne soit un symptôme involontaire de son époque.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 septembre 2019

Bryan's Magic Tears : l'esprit slacker

Il y a dans le désenchantement de cette fin de décennie – où l'on nous promet rien moins que la fin de l'Humain ; où les idéologies gisent écrasées entre le marteau du libéralisme et l'enclume du fascisme – quelque chose des années 90 telles que le romancier canadien Douglas Coupland nous les décrivait dans son Génération X. Avec cette fois la transformation en absolue certitude d'une phrase clé du roman : « Dans le nouvel ordre mondial tu compteras peut-être pour rien ». Mais tu seras quand même balayé. « Je m’allongeais sur le sol (...) et je retins mon souffle, en proie à un sentiment dont je n’ai jamais pu me débarrasser complètement – mélange de noirceur, de fatalité et de fascination – un sentiment éprouvé (...) depuis le début des temps par la plupart des jeunes gens qui ont un jour levé la tête, scruté les cieux et vu leur univers disparaître. » décrit Andy, le narrateur. C'est précisément cette impression que fait renaître

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Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

Rock | Exilé de son Val-de-Marne natal, le Villejuif Underground de Nathan Roche revient (enfin) présenter son deuxième album à venir : "When will the flies in Deauville drop ?". Le retour en grande pompe d'un groupe toujours délicieusement à côté de ses pompes.

Stéphane Duchêne | Lundi 14 janvier 2019

Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

« Quand les mouches tomberont-elles à Deauville ? ». Il y aurait presque dans le titre du deuxième album du Villejuif Underground, ici traduit en français, un côté Les oiseaux se cachent pour mourir. Une sorte d'inquiétude existentielle. Sauf qu'ici les aventures du père Ralph de Bricassart, prêtre expatrié en Australie tiraillé entre sa foi et l'amour terrestre, seraient incarnées par un expatrié dans l'autre sens : un Australien échoué dans le Vieux monde – et même carrément dans le Val-de-Marne, cet eldorado qui s'ignore mais que l'intéressé et sa bande de pieds nickelés ont désormais quitté. Une sorte de double inversé qui ne se poserait pas tant de questions, évacuant les dilemmes d'un revers de main mou. Entre la foi (ici une forme d'authenticité trop involontaire pour tenir de la pose) et les tentations plus triviales (le succès, la réussite, la promotion, ce genre de conneries), il ne fait aucun doute que le dénommé Nathan Roche a choisi la foi depuis longtemps. Et s'a

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Le Villejuif Underground : Velvet style

MUSIQUES | Velvet Underground made in Val-de-Marne mené par un australien imitant Lou Reed comme personne, Le Villejuif Underground (ça ne s'invente pas) s'avance comme l'un des grands espoirs de l'indie-rock français. Et sans aucun doute comme le plus cool.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 mai 2017

Le Villejuif Underground : Velvet style

Que serait-il advenu si le Velvet Underground était né, non pas à New York, mais à Villejuif dans le Val-de-Marne ? Sans doute pas grand-chose, et l'histoire de la musique en eut probablement été changée. Pourtant, lorsque l'on écoute le titre éponyme d'une drôle de formation baptisée Le Villejuif Underground, on se dit que décidément dans le monde merveilleux de la musique alternative, tout est possible. Y compris qu'un Australien vienne s'installer au sud de Paris pour y commettre l'un des projets les plus fous de ces derniers mois avec une poignée d'autochtones. À savoir une musique garage lo-fi qui voudrait sonner comme le Velvet, sans se prendre une seconde au sérieux – ce que la bande à Lou Reed ne faisait que trop – mais sans jamais non plus verser dans la blague. L'homme à l'origine de l'affaire se nomme donc Nathan Roche et figure un parfait imitateur de Loulou en même temps qu'un type qui ne recule devant rien, y compris s'installer à Villejuif, donc. Une demi-douzaine de groupes et trois projets solo derrière lui, Roche semble bien avoir trouvé ici, dans le Val-de-Marne et avec ses trois compères du Villejuif Under

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Group Doueh & Cheveu : mariage dérangé

Rock | En marge de Nuits Sonores, se poursuivent au Marché Gare les festivités des 10 ans de Born Bad Records. Au menu, la transposition en live de l'un des disques les plus fous de ces derniers mois, témoignant de la rencontre au sommet (et dans le désert) entre les rockeurs arty-punk de Cheveu et la légende sahraoui Group Doueh.

Stéphane Duchêne | Mardi 16 mai 2017

Group Doueh & Cheveu : mariage dérangé

Lorsque l'on parle d'improbables rencontres, on a coutume de parler de "mariage de la carpe et du lapin". Mais s'agissant du mariage dont il est question ici, non seulement l'expression ne suffit pas – les épousailles d'un poisson et d'un rongeur étant banales en comparaison – mais en plus il faudrait déjà pouvoir trouver carpe et lapin à l'image de Cheveu et Group Doueh. C'est dire le genre d'association à laquelle on a affaire ici. D'un côté, Cheveu, apôtre du garage-punk viré pop joueuse émargeant chez Born Bad Records, ravissant à parts égales partisans de l'underground et branchés en tout genre. De l'autre, un groupe du Sahara occidental, mené par le guitariste Baamar "Doueh" Selmou et sa famille, spécialisé dans l'animation de bals à coups de traditionnels hassani maltraités en une sorte de transe rock, tellement fascinant que le label Sublime Frequencies a pris sur lui de le faire découvrir jusqu'outre Atlantique, provoq

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Who's (Born) Bad ?

MUSIQUES | Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Who's (Born) Bad ?

Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé d'un tel raout, que son emploi du temps est bien assez chargé et qu'il se serait plutôt fait un cadeau à lui-même. Pourtant cette tournée est bien là, elle existe - « il y avait beaucoup de demandes » avoue-t-il. Comme existe encore Born Bad, le label phare du renouveau rock et pop français, en réalité né en 2006. Parfois au grand étonnement de son fondateur, rocker alternatif qui souhaite à l'origine remettre à l'heure les pendules de l'indépendance déréglées par son expérience de directeur artistique en major (voir interview). Premier groupe signé, comme un symbole : Frustration – « meilleur groupe de post punk français », précise-t-il – dont le batteur est propriétaire de la boutique Born Bad à laquelle s'adosse le label sur les modèles de Rough Trade ou New Rose. D'entrée, Born Bad se veut « très cocardier », soucieux de défendre la contre culture française : de rééditions de pépites françaises 60's, 70's, 80's, oubliées (« une façon de revendiquer une f

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Nuits Sonores 2013 - Jour 1

MUSIQUES | Après un warm up aussi vert et bon enfant qu'une réunion de fruits Oasis et une inauguration moins guindée que celle de l'an passé, Nuits Sonores 2013 est entré hier dans le vif du sujet. Retour sur une première journée qui, bien que déséquilibrée, n'a pas été avare en torgnoles soniques. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 9 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 1

La tentation était trop grande, y céder n'a pas été sans conséquences : programmés sur la scène principale des Subsistances, l'illustre Carl Cox (qui se produisait pour la première fois au festival) et le fidèle Laurent Garnier ont vampirisé la quasi totalité du public du premier NS Days, jusqu'à imposer au personnel de sécurité l'improvisation, à l'entrée d'une verrière rapidement devenue impraticable, d'un système de file d'attente. On pourrait le déplorer. On pourrait si ces deux "dinosaures" n'avaient pas d'ores et déjà assuré deux des prestations les plus mémorables de Nuits Sonores 2013, le premier dans le registre fédérateur et bouncy qui a fait sa réputation, le second avec l’œcuménisme et la passion qu'on lui connaît depuis maintenant neuf éditions. On pourrait si ce monopole avait empêché les Bordelais de J.C.Satàn, chefs de file du renouveau garage, de livrer un concert survolté et poisseux, et les Strasbourgeois de Electric Electric de prouver qu'avec ou sans Colonie de vacances, ils comptent parmi les faiseurs de bruit les plus excitants du pays.

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Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

MUSIQUES | «Nuits Sonores n'est pas un festival de blockbusters». La phrase est de Vincent Carry, le directeur de Nuits Sonores et elle a rarement été aussi appropriée que pour l'édition 2013 du festival, l'équipe d'Arty Farty ayant choisi de rester stable sur ses fondamentaux plutôt que de se lancer dans la course à la surenchère que laissait entrevoir le très solennel dixième anniversaire de l'événement. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 24 janvier 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

Ça pour une belle fête d'anniversaire, c'était une belle fête d'anniversaire : de l'édition du bouquin commémoratif 10 ans sans dormir à l'accueil des séminaux New Order en passant par la conclusion de sa programmation nocturne sur un plateau secret, le festival Nuits Sonores a l'an passé mis les petits plats dans les grands au moment de célébrer sa décennie d'existence. A tel point qu'on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir poursuivre sa croissance sans verser dans l'excès. Arty Farty nous a ouvert les yeux ce matin : l'édition 2013 de l'événement ne sera ni plus maousse ni plus timide que les précédentes, elle sera dans leur droite lignée, c'est-à-dire urbaine, sélective, éclectique et réflexive. A ceci près qu'elle durera six jours, mitoyenneté calendaire du 8 mai et de l'Ascension oblige.Pour le reste donc, les habitués du festival seront en terrain connu, en tout cas pour ce qui concerne la partie diurne des

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Le nouveau Jean-Claude

MUSIQUES | «I am the Devil». C'est par ces mots que s'ouvrait, en 2006, le cinquième album des Bordelais de Sleeppers, vétérans d'une noise frontale et suffocante (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 12 octobre 2012

Le nouveau Jean-Claude

«I am the Devil». C'est par ces mots que s'ouvrait, en 2006, le cinquième album des Bordelais de Sleeppers, vétérans d'une noise frontale et suffocante comme seule sait également l'être celle de leurs correspondants new-yorkais d'Unsane. À l'époque, encore impressionnable par le premier riff aux airs d'allumage de scie circulaire venu, on y a cru. Depuis, on a fait la connaissance de leurs compatriotes de JC Satan et on se rappelle enfin vraiment pourquoi le rock'n'roll fut un temps considéré comme la musique du Diable. Il faut dire que question bestialité et crasse, ces cinq garageux, qu'on soupçonne par ailleurs de gober chaque jour l'équivalent en psychotropes de ce que le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales recommande pour les fruits et légumes, se pose là. Exactement où on avait laissé le Husker Dü de New Day Rising et le Pink Floyd de The Piper at the gates of dawn. Et le plus chouette, c'est qu'ils ne sont pas seuls : de leurs copains de label Catholic Spray à Crash Normal en passant par Yussuf Jerusalem, toute une scène antithétique de ce que fut le baby rock est en train de faire oublier la proverbiale médiocrité de la France en mat

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