Trois coups de coeur aux Nuits de Fourvière

Stéphane Duchêne | Mardi 21 juin 2016

Photo : © DR


Vinicio Capossela

S'il fallait comparer Vinicio Capossela, déjà présent l'an dernier mais cette fois-ci mis à l'honneur en grande pompe, à un chanteur italien, sans hésiter on choisirait Shane McGowan, qui est Irlandais — mais ça n'a pas beaucoup d'importance. Comme McGowan, chanteur historiquement édenté des Pogues, Capossela est un pur rockeur qui a toujours su puiser au plus profond du folklore de son pays pour bâtir une œuvre qui puisse être à la fois populaire pétrie d'indépendance, foutraque au dernier degré et immédiatement classique, évoquer la berceuse comme la chanson à boire — l'usage peut-être commun. Avec dans la voix cette fêlure qui ferait pleurer un caillou et dans l'attitude, cette folie furieuse qui donne envie de danser sur les mains.

À l'Odéon le samedi 9 juillet

Silvain Vanot

Lui aussi était déjà à Fourvière il y a deux ans, pour rendre hommage à Robert Wyatt. Lui aussi est mis à l'honneur à un degré supérieur : une résidence à l'Épicerie Moderne pour mettre au point avec Christian Quermalet un spectacle, présenté au Domaine de Lacroix Laval, autour de son nouvel album, le bouleversant Ithaque. Un titre ô combien bien choisi pour celui que l'on pensait avoir égaré jusqu'à sa résurrection musicale de 2009 avec Bethesda. S'il est parfois passé entre les gouttes du succès de certains de ses confrères des années 90, s'il a connu quelques revers, le chanteur à la voix fluette est un très grand.

À l'Étoile Rouge du Domaine de Lacroix-Laval le lundi 18 juillet

Tindersticks

S'il est un prodige réussi par les Tinderticks en presque 25 ans d'existence — leur premier album, sans titre, fut album de l'année en Angleterre en 1993 — c'est bien d'avoir toujours été à contre-temps et à contre-pied de son époque. Quand la brit pop battait son plein, ils faisaient tout l'inverse et font toujours aujourd'hui tout l'inverse de ce qui se fait. Probablement, la bande de Stuart Staples n'a-t-elle aucune idée de ce qui se fait. Elle vit dans un monde d'harmoniums, de cuivres à consonances soul et jazz, de voix d'outre-tombe et d'outre-malt. On serait bien incapable de dire ce qui fait le secret de la musique des Tindersticks, qui, sans en avoir l'air, a beaucoup changé en 25 ans, tout juste peut-on assurer qu'elle se déguste et envoûte dès la première seconde.

À l'Odéon (avec Bertrand Belin) le dimanche 24 juillet


Tindersticks + Bertrand Belin


Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Sylvain Vanot


Domaine de Lacroix-Laval Route de Saint-Bel Marcy-L'Étoile
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Vinicio Capossela

Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Missile solaire

MUSIQUES | Toujours aussi affûté dans sa politique d'import/export (d'import surtout), le Kafé nous dégoupille cette semaine Monogrenade. Une bombe québécoise lancée très haut et qui ne devrait pas tarder à exploser. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 octobre 2012

Missile solaire

Quand un groupe a pour leaders un type nommé Jean-Michel Pigeon (précisons, pour ceux qui auraient suivi l'actualité médicale de ces dernières semaines, qu'il n'est pas médecin) et une fille baptisée Martine Houle, on ne peut que se laisser avoir et/ou emporter.   En tant que groupe québécois aux paroles saugrenues – visiblement une marque de fabrique locale – et aux ambiances à l'avenant, Monogrenade est le digne héritier d'un groupe comme Malajube – filiation évidente sur De toute façon. En moins farfelu tout de même, malgré cet aveu :« de toute façon, nous on fait les cons ». Et sans doute, ce n'est pas un vain mot, en plus musicalement ambitieux.   On pourrait tout aussi bien, sur certains morceaux les qualifier d'Arcade Fire francophone pour ces morceaux aux structures complexes, cavalantes et volontiers dissonantes. Il y a des cordes tantôt mélancoliques – comme sur L'araignée

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Musiques en Sticks

MUSIQUES | En guise d'invités pas comme les autres, Musiques en Stock convoque à Cluses la mélancolie traînante des Tindersticks, idéale pour les couchers de soleil tardifs ou les couchers tout court. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Jeudi 21 juin 2012

Musiques en Sticks

C'est sans doute parce qu'ils ne sont pas à proprement parler un groupe de festival que les Tindersticks, et donc ici Musiques en Stock, se démarquent quelque peu de l'ensemble des programmations estivales. Si l'on résume, cela fait maintenant une vingtaine d'année que l'étrange formation de Stuart Staples, l'une des voix les plus envoûtantes et les plus mélancoliques de la scène musicale, nous régale de ses étrangetés cotonneuses et éthyliques. Et pourtant, depuis le premier album éponyme, le groupe et sa musique ont considérablement évolué. Il y a la première période qui démarre en 1993 avec leur premier album éponyme, directement élu album de l'année par l'hebdomadaire anglais Melody Maker, qui alterne, comme sur les disque suivants, balades atonales, envolées de violons à s'ouvrir les veines et duos masculin-féminin déchirants (A Marriage Made in Heaven, Travelling Light, Buried Bones). Une période qui culmine avec les sublimes Live in Bloomsbury Theatre, l'album Curtains, où Staples se fait plus grave et désespéré que jamais, et une superbe BO pour le sanglant Trouble Every Day de Claire Denis avec laquelle le groupe collaborera

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Bonjour tristesse

MUSIQUES | Moins tempétueux qu'à leurs débuts, les Tindersticks livrent désormais des albums plus apaisés. Mais toujours empreints d'une mélancolie qui reste leur marque de fabrique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 28 octobre 2010

Bonjour tristesse

Musique / En 2010, la musique des Tindersticks ressemble à celle d'un ancien alcoolique autodestructeur qui aurait découvert les joies de la sobriété. Les joies aussi du soleil matinal, trop souvent écarté par les réveils tardifs de gueules de bois. Car longtemps les Tindersticks auront été ce groupe pour lequel le crépuscule aura fait office d'aurore. En poursuivant dans cette voie, le groupe de Nottingham, sextet aujourd'hui viré trio, auraient pu assez aisément sombrer dans la caricature. Au lieu de cela, il a su trouver une forme d'apaisement qui n'a pour autant jamais tari sa source d'inspiration, comme en témoignent leurs deux derniers albums "The Hungry Saw" et "Falling Down a Moutain". Ce dernier a été enregistré dans le Limousin où vit désormais le chanteur Stuart Staples, or on sait que les Angliches installés en France on tendance à revivre. Là le xylophone, le carillon et le piano ont succédé aux violons furibards et ivres des premières saillies. Pour autant, cette musique a toujours la mélancolie chevillée au corps. Mais une mélancolie «heureuse», qui a appris à s'autogérer et qui ne déborde plus comme avant, emportant tout sur son passage. Plaisirs simples

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Le Mal Entendu

MUSIQUES | Portrait / Silvain Vanot, chanteur. Encensé par la critique, cette figure du rock français des années 90 a mis les voiles au début des années 2000, miné par le manque de reconnaissance public. Après sept ans de réflexion, il réapparaît sur la pointe des pieds avec ‘Bethesda’, remarquable sixième album de retour en grâce. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 octobre 2009

Le Mal Entendu

2002, sur la pochette d’‘Il fait Soleil’, Silvain Vanot, guitare à la main, a le nez à la fenêtre, baigné par la lumière du jour. Le temps est alors au beau fixe : il est pensionnaire d’une major et son album témoigne des moyens dont il dispose au service d’une pop raffinée promise au succès. Il chante : «Je suis heureux, il fait soleil. Et pourtant…». Pourtant… 2009, pochette de ‘Bethesda’ : sur une colline battue par les vents où visiblement après la pluie ne vient pas le beau temps, un Vanot presqu’un peu flou, grisonnant, limite hirsute. Entre les deux photos, le temps s’est couvert sur Silvain Vanot car, à vrai dire, il n’a pas fait soleil longtemps. Au lieu de ça : une éclipse de sept ans qui nous a presque fait oublier ces petits tubes de poésie triste qu’étaient ‘La Bouche Herbue’, ‘Le Petit Bois’ ou le sublime ‘Les Roseaux’. Dans les années 90, Silvain Vanot est l’un des chefs de file d’une scène française qui, de Dominique A à Miossec, d’Autour de Lucie à Diabologum, allie l’élégance patinée du verbe français à l’arrogance crasse du rock anglo-saxon. Neuf ans durant, cet ancien prof de lettres découvert par Murat, livre quelques magnifiques albums défendus par une poignée

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