Terry Riley prend un ticket pour l'Africa Express

Sébastien Broquet | Mardi 21 juin 2016

Photo : © DR


Terry Riley est une figure de la musique minimaliste dont l'œuvre emblématique reste sans aucun doute la transcendante pièce In C, composée en 1964 en Californie et régulièrement interprétée depuis. Écrite pour 35 musiciens, potentiellement plus ou moins, elle est particulière dans le sens où elle laisse une grande liberté d'improvisation : elle est composée de 53 motifs qui doivent être joués dans l'ordre et répétés par tous les interprètes, mais ces derniers choisissent le nombre de fois où ils répètent chacun des phrasés, et ils doivent parfois s'interrompre pour écouter l'ensemble avant de reprendre. De plus, tous les instruments sont les bienvenus. Comme une impression d'infini, d'état onirique après des heures dans un train lancé au mitan de paysages inconnus, qui influença grandement le krautrock (cf. le E2-E4 de Manuel Göttsching).

À la lecture de cette introduction, l'on saisit aisément tout l'intérêt du voyage effectué sur le continent africain par cette pièce historique : comme un retour aux sources de la musique répétitive, plus de cinquante ans après sa création. C'est le collectif initié par Damon Albarn (Blur, Gorillaz) qui s'en est emparé ; Africa Express, avec un Brian Eno pas loin, a revu et corrigé à la sauce malienne ce In C nourri ici de balafon, de kora, de flûtes et de voix.

Durant quarante minutes, nous voici plongé dans les méandres maliens, un voyage transversal et traversé de saillies renouvelant complètement la pièce originelle, pourtant déjà souvent revisitée. Un véritable coup de maître, visible pour une salle date en France : ce sera aux Nuits de Fourvière, juste avant un autre moment de grandeur, la rencontre entre la kora de Ballaké Sissoko et le violoncelle de Vincent Ségal, dialogue improvisé d'une subtilité rarement égalée sur une scène.

Africa Express plays In C in Mali + Vincent Ségal & Ballaké Sissoko + Oum
Au Grand Théâtre le mardi 28 juin dans le cadre des Nuits de Fourvière


Nuit Africaine

Ballaké Sissoko & Vincent Segal + Africa Express + Oum
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Comédie | À la fois prologue et poursuite de la série télévisée, film d’épée et de fantasy, épopée dramatique teintée de notes burlesques et d’éclats symphoniques, Kaamelott – Premier Volet marque le retour attendu de l’inclassable saga arthurienne comme celui du réalisateur Alexandre Astier. Une concrétisation artistique ouvrant sur une prometteuse trilogie.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Deux tailles, deux ambiances… La porosité est faible entre le petit et le grand écran. S’il arrive qu’un succès au cinéma trouve des prolongations en feuilletonnant à la télévision en version longue des sagas (Le Parrain, Jean de Florette/Manon des Sources) ou en donnant naissance à une déclinaison/spin off (M*A*S*H, Fame, L’Arme Fatale, Star Wars : Clone Wars, The Mandalorian…), plus rares sont les séries TV à atteindre les salles. Et encore : sous forme de reboot semi-nostagique, comme en témoignent Chapeau melon et bottes de cuir (1998), The Wild Wild West (1999), Starsky et Hutch (2004) ou The Man from U.N.C.L.E. (2015). Rares exceptions à ce jour, Espace détente (long métrage autour de Caméra café, 2005), Sex and the City (2008) ou Downtown Abbey (2019) ont poursuivi dans la foulée de leur diffusion — et avec leur distribution originale — des aventures conçues pour la récurrence télévisuelle. Mais elles ressemblaient surtout à des épisodes de luxe. Jusqu’à Kaamelott - Premier Volet, excep

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Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Kaamelott | Alors que sort le mercredi 21 juillet le film plus attendu de l’année, Alexandre Astier revient sur la genèse et le tournage de "Kaamelott - Premier Volet". Écriture, personnages, musique, image, distribution… L’auteur-réalisateur-compositeur-interprète aborde tous les postes et ouvre des perspectives. Attention, spoilers ! Vous viendrez pas nous dire qu’on vous aura pas prévenus !

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Dix ans se sont écoulés entre la fin du Livre VI de la série télévisée et Kaamelott - Premier Volet. La même durée dans la fiction pour les personnages (donc l’équipe) que pour le public… Néanmoins, vous avez vécu à la fois avec et sans Arthur durant tout ce temps puisqu’il a été celui de la préparation du film… Alexandre Astier : Il y a déjà un avantage à cet arrêt : la série se termine sur un mec lui-même à l’arrêt, plus du tout concerné par ce qui se passe dans une Bretagne sur laquelle il n’a plus aucun impact, et qui erre à Rome comme un clochard. Le royaume de Logres, aux prises avec ses anciens camarades, est devenu un état dictatorial mené par un taré, dans un bain de collaboration et de résistance. Du point de vue d’Arthur, comme ça ne le concerne plus, ça aurait pu durer vingt ou trente ans. Dire « je pars ; non, je déconne, en fait je reviens », ça ne peut pas marcher ! Il faut justement que celui qui ne voudrait pas revenir soit obligé de revenir sur une seule patte. L’autre avantage concerne l’écriture. À part quelques grands traits, je ne pouvais pas s

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Kevin Costner dans "L'un des nôtres" : très chère chair de notre chair

Thriller | Un thriller de Thomas Bezucha, avec Kevin Costner et Diane Lane, qui pourrait figurer dans les filmographies de Clint Eastwood ou John Cassavetes.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Kevin Costner dans

Montana, fin des années 1950. Après la mort accidentelle de leur fils, Margaret et George voient leur bru épouser le très discret Donnie, et quitter la ville du jour au lendemain avec leur petit-fils Jimmy. Bien décidés à le récupérer, ils partent à sa recherche, sans imaginer le calvaire à venir… Signé par un réalisateur n’ayant jamais connu la gloire et doté d'un titre français bancal, L’un des nôtres sort presque en catimini, mais ne vous y trompez pas : il pourrait figurer dans la filmographie de Clint Eastwood ou de Cassavetes. Avec son couple formé d’un shérif retraité mutique (Kevin Costner, parfait dans la mesure et le non-dit) et d’une cow-girl obstinée (Diane Lane, nouvelle Gena Rowlands), ce néo western glissant d’un déchirant drame familial vers un glaçant thriller ne cesse de surprendre par la richesse de ses motifs secondaires et de sa justesse. Sobriété d’interpré

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Arvine : vins d’Est

Restaurant | Entre Satho et la salle Rameau, un chic bistrot, doté d'une opulente carte des vins.

Adrien Simon | Jeudi 22 octobre 2020

Arvine : vins d’Est

Au début de l’été le nom d'Hippolyte Flandrin apparut dans la presse nationale. Dans l’incendie de la cathédrale de Nantes, Saint-Clair guérissant les aveugles (1836) fut malheureusement calciné, il était l’œuvre de cet élève d’Ingres, lauréat du prix de Rome. Le peintre est honoré à Lyon, sa ville natale : représenté dans la fontaine des Jacobins, une rue porte aussi son nom. Une ruelle qui depuis quelques années s’est remplie non pas d’ateliers d’artistes mais de commerces de bouche. Tous inscrits dans le renouveau actuel de la nourriture : mettant à l'honneur le travail artisanal, bio, local, sans oublier d'être jeune et cool. Un mouvement porté ici par le multi-primé et multi-tatoué restaurant La Bijouterie. Mais rue Flandrin, on trouve un représentant de la bonne bouffe pour tout domaine ou presque. Une boulangerie ? L’excellent Antoinette. Du fromage ? Le BOF de la Martinière. Des pizzas bio ? Hape. Des cocktails ? L’Antiquaire. De la bistronomie ? Hector. Il manquait un hommage au bon vin. On y vient. Cet automne la rue a vu ouvrir un nouveau venu sous l’enseigne Arvine. Le correcteur

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Alain Chevarin « ces groupes radicaux d'extrême-droite défendent l'idée d'une guerre culturelle »

Politique | Lyon, laboratoire des extrême-droites. Une affirmation sans cesse assénée dans les différents médias, ces dernières années. Et ressentie localement, nombre de ces groupes radicaux s'emparant régulièrement de l'espace public pour mener leur combat obscurantiste. Alain Chevarin, ancien enseignant, spécialiste du sujet — il avait déjà publié Fascinant/Fascisant, s'est penché avec précision sur le sujet, remontant aux sources, cartographiant les groupuscules, et fait paraître en cet automne Lyon et ses extrêmes droites. On en parle.

Sébastien Broquet | Jeudi 8 octobre 2020

Alain Chevarin « ces groupes radicaux d'extrême-droite défendent l'idée d'une guerre culturelle »

Pourriez-vous nous faire une photographie de l'extrême-droite lyonnaise actuelle, afin que nous comprenions bien l'importance du livre que vous venez de publier ? Alain Chevarin : Effectivement, Lyon occupe une place particulière par rapport à l'extrême-droite dans la mesure où l'on y trouve à peu près tous les mouvements existants. Bien sûr, les vieux mouvements : le Rassemblement National s'y trouve depuis l'origine du Front National ; l'Action Française a un local de l'autre côté de la Saône ; et à côté de ces historiques, on trouve tous les autres : l'extrême-droite radicale, groupusculaire, comme les identitaires qui sont les plus visibles actuellement sur Lyon et qui ont rouvert il y a quelques jours leur salle La Traboule, qui avait été fermée administrativement. On trouve aussi tous les groupes nationalistes révolutionnaires : le GUD et son successeur le Bastion Social, dissous l'an dernier, qui n'existe plus officiellement mais dont les militants sont toujours présents. Le Parti Nationaliste Français, installé rue Saint-Georges, un vieux mouvement pétainiste refondé dans les années 80. Ce sont ceux qui ont des locaux et pignon sur rue. À côté de

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Venin Carmin : pour Lucrèce

Post-Punk | Pour son deuxième album, "Constant Depression", publié en mai et disponible en vinyle, les filles de Venin Carmin conjuguent au post-punk la figure de Lucrèce, femme suppliciée que le viol a poussé au suicide. Et y puise une pulsion de vie.

Stéphane Duchêne | Mercredi 9 septembre 2020

Venin Carmin : pour Lucrèce

Elle est seins nus, comme abandonnée : à l'amour, sans doute, au sexe, on imagine, à un homme, sûrement, la tête sur le côté, légèrement en arrière, les yeux clos. Oui, c'est bien une femme offerte que l'on voit, tout l'indiquerait si, sur la gauche du tableau, il n'y avait, on ne le voit pas tout de suite, le poignard dans sa main droite, dans l'ombre, qu'elle retourne contre elle, s'apprête à s'enfoncer dans ses entrailles que son autre main semble caresser. En un éclair, un coup de poignard, le temps d'un éclat de lumière sur la lame, Eros cède la place à Thanatos. La petite mort s'efface devant la grande. C'est donc en réalité à la mort que s'offre la jeune femme. Ce qu'on prend pour du désir est une résignation autant qu'un soulagement. Cette femme, c'est Lucrèce, "la Dame romaine", qui mit fin à ses jours après avoir été violée par Tarquin, au prétexte, s'il en fallait, qu'elle aurait aimé un esclave. C'est ce tableau de Guido Gannaci — le sujet fut traité par les plus grands peintres et é

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Damon Albarn et Thom Yorke reprogrammés en 2021

Pop | Ils devaient jouer à l'Auditorium et aux Nuits de Fourvière : Damon Albarn et Thom Yorke ont tous deux reportés leurs dates respectives en avril et juillet 2021.

Sébastien Broquet | Vendredi 22 mai 2020

Damon Albarn et Thom Yorke reprogrammés en 2021

Les fondus de pop anglaise des 90's seront soulagés : le leader de Blur et celui de Radiohead feront bien halte à Lyon. Pas cette année, on l'a bien compris, qui restera comme une sorte de vide intersidéral en terme de spectacle vivant, mais en 2021, puisque tous deux reportent leurs dates respectivement prévues à l'Auditorium et aux Nuits de Fourvière à l'année prochaine. Ce qui relève du tour de force de la part des organisateurs pour des artistes de ce calibre ayant des agendas surchargés longtemps à l'avance. Alors bien sûr, on dit brit pop, mais tous deux viennent en solo et leurs parcours ont largement explosé les frontières d'un seul genre, Damon Albarn travaillant entre autre beaucoup autour des musiques africaines et de l'opéra, Thom Yorke ne s'étant lui jamais vraiment remis de l'écoute des disques de Warp Records. Commençons par ce dernier, vu récemment au Transbordeur : il revient aux Nuits de Fourvière le mercredi 7 juillet 2021, au grand théâtre bien

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Le sport : une autre Histoire

Fête du Livre de Bron | La politique et l'Histoire par le sport, voilà l'idée du dialogue proposé par Sylvain Coher et Judith Perrignon à travers Vaincre à Rome et L'Insoumis et ces deux figures de héros modernes que furent le marathonien Abebe Bikila et Mohamed Ali.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2020

Le sport : une autre Histoire

Que pourrait bien avoir en commun Abebe Bikila et Mohamed Ali, le coureur éthiopien et le boxeur de Louisville ; le modeste soldat de l'Armée d'Haïlé Sélassié et le déserteur superstar ; le petit homme discret et l'intarissable grande gueule ? A priori pas grand-chose. Sauf peut-être les Olympiades de Rome de 1960, année où 17 pays africains accèdent à l'indépendance. Comme un symbole, l'épreuve la plus olympique de toute, celle du légendaire Philippidès, soldat lui aussi, y est remporté par l'inconnu éthiopien Abebe Bikila, qui court pied nu sur le goudron car les chaussures lui donnent des ampoules. Quant à l'épreuve du plus noble des sports, rejeton de l'antique pugilat, elle est remportée en catégorie mi-lourds par un descendant d'esclave ba

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Creuzevault, enfin !

Théâtre | Comme Vincent Macaigne, Sylvain Creuzevault a débarqué dans le milieu théâtral au mitan des années 2000 avec l’envie de renverser la vieille table de son (...)

Nadja Pobel | Mardi 7 janvier 2020

Creuzevault, enfin !

Comme Vincent Macaigne, Sylvain Creuzevault a débarqué dans le milieu théâtral au mitan des années 2000 avec l’envie de renverser la vieille table de son art, de ne diriger aucun lieu, flirter avec le cinéma et faire vivre une expérience quasi physique aux spectateurs avec de grands textes pour le premier (Shakespeare, Dostoïevski) et des impros au plateau sur de hauts faits historiques pour l’autre. Ainsi Creuzevault a revisité la Révolution française avec Notre terreur : pas de majuscule car il fouinait dans les détails de la fabrication de ce qui n’était pas encore un fait de l’Histoire mais des discussions entre Barère, Saint-Just ou Collot, qui préparaient cela comme des syndicalistes une manif'. Remuant, implacable, Notre terreur était immédiatement séduisant au risque de minimiser les faits. Avec Le Père Tralalère, Creuzevault avait déjà joué du bi-frontal pour cette fois dynamiter la famille.

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Le dessin tout en révérences : Lyon Art Paper

Dessin | Durant quatre jours, le salon du dessin contemporain Lyon Art Paper prendra ses quartiers au Palais de Bondy pour une cinquième édition avec comme invitée d'honneur Rosa Loy.

Sarah Fouassier | Mardi 1 octobre 2019

Le dessin tout en révérences : Lyon Art Paper

Revenons à l'essentiel : au dessin. Dessin sur papier ou carton, au feutre, à l'aquarelle, à la caséine ou au crayon, toutes les techniques de dessin seront représentées en tant qu’œuvre autonome au salon du dessin contemporain. Pour sa cinquième édition, Lyon Art Paper a reçu plus de 300 candidatures et a sélectionné quelque soixante artistes français et européens qui présenteront pas moins de 500 à 600 œuvres ! Pour ne pas frôler l'overdose de crayonné, prenez le temps de déambuler dans les chemins qui séparent l'abstrait de Danielle Prijikoski du figuratif de Clara Castagné, le romantisme de Rosa Loy du punk de Nils Bertho, la ligne subtile de Grégory Compagnon du trait épais de Abraham Hadad. Le salon nous offre l'occasion de voir ailleurs que sur du papier glacé ou sur un écran, le délicat tra

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Vincent Segal fait salon

Nuits de Fourvière | En ouverture classieuse des Salons de musique proposés par les Nuits de Fourvière, le maître violoncelliste Vincent Segal et le label No Format unissent leurs talents à l'Odéon pour célébrer leur conception de la musique pas comme les autres, friande de rencontres et d'épure.

Stéphane Duchêne | Mardi 18 juin 2019

Vincent Segal fait salon

D'une pierre deux coups, d'un concert deux rêves, c'est ce que réalisent cette année les Nuits de Fourvière en inauguration de ces Salons de musique, qui du 23 juin au 11 juillet offriront comme un genre de programmation parallèle au festival, entre l'Odéon, la Salle Molière et l'Opéra de Lyon. D'abord, il s'agissait d'exaucer le désir du violoncelliste protée Vincent Segal (révélé avec Bumcello et capable d'accompagner Enrico Macias et Susheela Raman, M et Mayra Andrade, Blackalicious et Agnès Jaoui) de proposer un autre genre de performance que celles régulièrement livrées par lui entre les marches des deux théâtres antiques, autour de quelques amis musiciens échangistes et sans amplification. Un salon de musique en somme. Ensuite, pourquoi pas en profiter pour fêter ainsi en grande pompe mais en toute modestie, les quinze ans du label No Format, fondé en 2004 par Laurent Bizot, défenseur des musiques singulières, immatures, métissées et improvisées, qui accueillit les premiers pas en piano solo de Gonzales,

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Romain Cogitore : « l’amour reste à découvrir »

L’Autre continent | Histoire d’amour en forme rupture, d’un deuil effectué du vivant de l’un des amants ; mariage d’une comédie sentimentale et d’un mélo, d’un drame réaliste et d’un film expérimental, "L’Autre continent" allie les contraires. Explications avec le réalisateur, entre les Rencontres du Sud et les Rencontres de Gérardmer…

Vincent Raymond | Jeudi 13 juin 2019

Romain Cogitore : « l’amour reste à découvrir »

Pourquoi ce jeu autour des différentes langues ? Romain Cogitore : Comme le film est tiré d’une histoire vraie, c’est venu de la réalité : les protagonistes s’étaient rencontrés en Asie et s’étaient retrouvés autour de cette question des langues. Dans mon travail de fiction, pour donner du sens à ce magma d’événement, je me suis posé la question de la communication amoureuse : dans quelle langue se parle-t-on, se comprend-on (ou pas) ? Au début du film, les personnages de Deborah et de Paul sont comme deux extraterrestres : l’un est dans un monde complètement intérieur, l’autre complètement extérieure ; une fois qu’ils se connaissent mieux, en France, ils communiquent en chinois pour que les parents ne les comprennent pas. La langue leur permet de créer un monde qui n’appartient qu’à eux. La dimension plastique de votre film est très importante. Considérez-vous le cinéma, à l’instar de Bazin, comme un langage ou comme un territoire à explorer ? Je le sens surtout en terme de matière : j’étais poussé par un désir de matière et de texture. Quant au fait de filmer des pla

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Maria, pour mémoire : "L'Autre continent"

Comédie Sentimentale | De Romain Cogitore (Fr-Taï, 1h30) avec Déborah François, Paul Hamy, Daniel Martin…

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Maria, pour mémoire :

Polyamoureuse, Maria s’est exilée à Taïwan pour devenir guide-interprète (en flamand). Sur place, elle flashe sur Olivier, un polyglotte compulsif… mais sentimentalement timoré. Après quelques mois de bonheur fou, Olivier se sent mal et un cancer du sang le plonge dans un coma profond… Les énièmes remous aigres de “l’affaire Vincent Lambert” précèdent d’une bien triste manière la sortie de ce très audacieux mélo expérimental. Car il serait des plus malséants de prendre appui sur ce film (lui même inspiré d’un authentique cas clinique) pour donner du grain à moudre aux partisans de l’acharnement thérapeutique : comparaison n’est jamais raison, et les dossiers médicaux n’ont rien à voir. En outre, si l’on est honnête, Cogitore ne s'intéresse pas au “miracle médical” d’une guérison, mais plutôt à l’apprentissage d’un deuil amoureux. Et surtout, il se saisit de la matière cinématographique comme d’une chance pour transcender son récit — c’est une constante, visiblement, dans la prolifique famille Cogitore. L’Autre continent revêt donc successivement les atou

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Une saison 2019/2020 allant de Bach à Damon Albarn

Auditorium | L'Auditorium poursuit sa mue vers les musiques contemporaines, multipliant ses ouvertures vers les domaines des musiques du monde, de la pop, ou encore de la musique classique contemporaine en s'associant, par exemple, au compositeur australien Brett Dean.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mai 2019

Une saison 2019/2020 allant de Bach à Damon Albarn

Quelques changements en douceur à l'Auditorium et pour l'Orchestre National de Lyon... En 2019, le chef danois Nikolaj Szeps-Znaider a succédé à Leonard Slatkin à la direction de l'ONL, et donnera cette saison quatre concerts à Lyon (dont un concert d'ouverture qui comprend les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, sommet d'émotion lyrique). L'Auditorium s'entoure aussi de plusieurs artistes associés : le chef Ben Glassberg (qui dirigera l'ONL pour le plus beau et le plus épuré des Requiem, celui de Gabriel Fauré), le pianiste lyonnais Jean-Yves Thibaudet (pour, notamment, une œuvre d'Olivier Messiaen, la Turangalîla-Symphonie, compositeur trop rarement interprété à notre goût), et le compositeur australien Brett Dean qui présentera six de ses pièces : des compositions souvent inspirées par l'actualité (politique, écologique...) aux paysages sonores très dynamiques, voire explosifs ! Quelques points d'orgue

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Alain Cavalier en grand format

ECRANS | Grand filmeur devant l’Éternel, Alain Cavalier a débuté il y a plus d’une trentaine d’années une activité de portraitiste qu’il mène assidument en parallèle de ses (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Alain Cavalier en grand format

Grand filmeur devant l’Éternel, Alain Cavalier a débuté il y a plus d’une trentaine d’années une activité de portraitiste qu’il mène assidument en parallèle de ses caméra-journaux ou de ses fictions. Alors que sortent, répartis en trois programmes, Six portraits XL (c’est à dire de 50 minutes au lieu de 13 chacun), le cinéaste accomplit sa traditionnelle visite en terres lyonnaises pour les présenter. Normalement, il sera accompagné par sa caméra. Six portraits XL Au Comœdia ​le mercredi 24 octobre à 20h

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Terry Riley, retour à l'underground

Contemporain | Terry Riley investit l'amphi de l'Opéra Underground pour une date rare et cruciale, à la mesure de l'importance de celui qui acta la naissance de la musique répétitive avec "In C" avant de nouer une relation fructueuse avec le Kronos Quartet.

Sébastien Broquet | Lundi 24 septembre 2018

Terry Riley, retour à l'underground

Vous connaissez tous Terry Riley. Ne serait-ce que pour avoir traînassé un dimanche soir sur votre canapé en matant un épisode des Experts : Manhattan... Baba O'Riley, le générique signé The Who, est un hommage au compositeur de In C, dont les expérimentations ont durablement influé sur la scène rock et plus tard électronique. La révélation, au sens spirituel, date de 1964, impulsant l'acte fondateur de la musique répétitive avec la partition de In C, aussi courte - une seule page - qu'influente : elle fera le tour du monde et encore récemment, en 2016, les Nuits de Fourvière accueillaient la version africaine concoctée par Damon Albarn et Africa Express de cette pièce devenue un classique absolu du XXe siècle. Parmi les membres initiaux de l'orchestre l'ayant joué, on note la présence de Steve Reich, son ami, et de Jon Hassell...

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Lutins de sa glace ! : "Santa & Cie"

Comédie de Noël | de & avec Alain Chabat (Fr, 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Lutins de sa glace ! :

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ — ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie —, le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch fa

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Triplettes musicales à l'Auditorium

Ciné-Concert | Au cinéma, c’est un fait, les injustices ne manquent pas. Prenez le film d’animation Les Triplettes de Belleville (2002). S’il a valu à son réalisateur (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Triplettes musicales à l'Auditorium

Au cinéma, c’est un fait, les injustices ne manquent pas. Prenez le film d’animation Les Triplettes de Belleville (2002). S’il a valu à son réalisateur Sylvain Chomet d’être découvert et, à juste titre, apprécié, d’aucuns ont déploré que cette gloire ait insuffisamment rejailli sur un illustrateur dont le trait semble avoir été d’une inspiration déterminante : Nicolas de Crécy. Il en va de même pour la bande originale de ce film, aux accents jazzy. Bien que récompensé par un César, l’auteur de la musique demeure injustement occulté par la notoriété de l'interprète du hit-titre, Matthieu Chedid. Il est grand temps de remettre le Québécois Benoît Charest en lumière et c’est justement ce que propose l’Auditorium dans un de ces ciné-concerts dont il a le mélodieux secret. Le compositeur et instrumentiste (il est guitariste) viendra en personne, accompagné d’une formation trépidante, agrémenter la projection de ce film. On mesurera ainsi l’importance des phrases musicales dans la construction du récit, lequel se raconte avec un minimum de mots :

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Alain Cavalier, la voie du filmeur

Rétrospective | Son importance dans le paysage cinématographique contemporain n’a d’égale que son infinie discrétion. Humble mais résolu, il se révèle capable d’audaces inouïes (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Alain Cavalier, la voie du filmeur

Son importance dans le paysage cinématographique contemporain n’a d’égale que son infinie discrétion. Humble mais résolu, il se révèle capable d’audaces inouïes sur un fil entre intimité et impudeur, restant étranger cependant à toute obscénité. S’il revêt la forme de l’énigme, Alain Cavalier est une figure de style à lui seul, en marge et en marche continues — avant que l’expression soit à la mode, donc galvaudée. C’est une voie d’exigence et d’épure que ce filmeur s’est tracée, se dépouillant patiemment des attirails, des lourdeurs du cinéma. Ce chemin, qui démarre sur les bas-côtés de la Nouvelle Vague, à distance des chapelles, l’Institut Lumière propose d’en accomplir un fragment significatif autour de ses premières œuvres. En apparence classiques, ou du moins conformes à la “forme“ de l’époque, Le Combat dans l’île (1962) avec Romy Schneider et Trintignant puis L’Insoumis (1964, avec Delon et tourné à Lyon) jouent pourtant avec le feu en abordant frontalement des thématiques sensibles, comme la guerre d’Algérie. Il oblique v

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Les tribulations d'un Toussaint en Chine

Littérature | À la (fausse) remorque du récit du tournage quelque peu ubuesque d'un film adapté de son œuvre et d'un portrait de son éditeur chinois, Jean-Philippe Toussaint livre avec Made in China, une réflexion aussi drôle et émouvante que stimulante sur la soumission du créateur au hasard et à l'oeuvre elle-même.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 novembre 2017

Les tribulations d'un Toussaint en Chine

Mener un projet à terme alors que l'on agit dans des conditions que l'on n'a pas choisies, voilà, nous explique Jean-Philippe Toussaint dans son dernier livre Made in China, une conception plutôt chinoise des choses. Ainsi, « il est impossible d'entrer dans la pensée des Arts de la Guerre de la Chine si on ne prend pas en compte le fait que le général ne se fixe pas d'objectif particulier, et même à proprement parler n'a pas de visée, mais évolue en exploitant continûment à son profit le "potentiel de situation" qu'il a su détecter. » « Je voyais, poursuit Toussaint, dans cette réflexion, une parfaite illustration de l'état d'esprit dans lequel j'arrivais en Chine pour tourner The Honey Dress. Il m'importait moins de mener à bien (...) un film idéal, qui aurait en quelque sorte préexisté dans mon esprit à sa réalisation que de rester disponible et de me mettre en adéquation avec la situation que j'allais trouver. » L'auteur, qui lors de ses fréquents voyages en Chine a l'habitude de se laisser balloter comme un enfant par son éditeur chinois Chen Tong, ne croit pas si bien dire. Car c'est ic

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Bruno Coulais, le Maître de musique

Master class | À quoi reconnaît-on un grand compositeur de musiques de films ? À l’adéquation existant entre ses mélodies et les images du metteur en scène avec lequel il (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Bruno Coulais, le Maître de musique

À quoi reconnaît-on un grand compositeur de musiques de films ? À l’adéquation existant entre ses mélodies et les images du metteur en scène avec lequel il collabore, ou bien à la faculté qu’ont ses musiques à vivre indépendamment du support cinématographique, puis à s’imposer dans notre esprit ? Chacun a son avis sur la question, mais celui du prolifique Bruno Coulais mérite d’être entendu — non : écouté. Auteur de partitions pour près d’une centaine de longs-métrages de cinéma en trois décennies d’activité créative (on ne compte pas celles pour les courts et la télévision), le compositeur aux trois César de la meilleure musique originale (Microcosmos, Himalaya : l’Enfance d’un chef et Les Choristes) brille par son éclectisme, et sa sainte horreur des chapelles. Fidèle partenaire de Jacques Perrin, Benoît Jacquot ou Jean-Paul Salomé, il se consacre volontiers à l’habillage musical des œuvres documentaires ou d’animation pour lesquelles il trouve, à l’instar d’un Danny Elfman, des notes convoquant les territoires évanescents de l’enfance. En

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Monstres contre Cie : "Zombillénium"

Le film du mois d'octobre 2017 | L’auteur du court-métrage La Révolution des crabes passe enfin au long avec l’adaptation réussie de sa série BD la plus célèbre, narrant l’histoire d’un parc d’attractions dirigé par des morts-vivants, mais menacé de fermeture. Une illustration animée du capitalisme inhumain…

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Monstres contre Cie :

Pas de chance pour Hector ! Venu inspecter Zombillénium, il a découvert par accident le secret de ce parc d’attractions : c’est une annexe des enfers où travaillent des morts-vivants. Pour s’assurer de son silence, le directeur le transforme en démon et l’intègre à son l’équipe. Il en aura besoin. Lorsqu’ils ont découvert ses premiers albums Péchés Mignons, peuplés de personnages aux sages rotondités poupines se livrant à de coquins ébats, les lecteurs d’Arthur de Pins ont sans doute été déroutés : le style néo-ligne claire-3D de l’auteur et sa bouille de premier communiant ne laissaient pas présager d’une telle hardiesse. Mais le sieur Arthur excelle dans l’art du faux-semblant ; sa série suivante, Zombillénium, en est une preuve éclatante. Sous des dehors lisses, brassant l’imaginaire fantastico-gothique dont les ados sont friands, ce cycle d’albums fait du diable le cupide actionnaire majoritaire du parc — son exploitant…exploiteur. Même si le propos de De Pins n’est pas très éloigné de Dismaland (le parc à thème anarcho-divergent de Banksy), le destin des “em

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Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

120 battements par minute | Auréolé du Grand Prix du Jury au Festival de Cannes, le scénariste et réalisateur de 120 battements par minute revient sur la genèse de ce film qui fouille dans sa mémoire de militant.

Vincent Raymond | Lundi 21 août 2017

Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

Comment évite-t-on de tomber dans le piège du didactisme ? Robin Campillo : Ça fait longtemps que se pose pour moi le problème des scénarios qui prennent trop le spectateur par la main comme un enfant et qui expliquent absolument tout ce que vivent les personnages. La meilleure façon que j’aie trouvée, c’est de reprendre ce truc à Act Up Paris : il y avait un type qui fait l’accueil, qui expliquait très bien comment fonctionnait la prise de parole. Mais ensuite, quand on était dans le le groupe, on ne comprenait absolument plus rien à la manière dont fonctionnaient les gens : il y avait trop d’informations ! On s’apercevait que le sujet sida était éclaté en plein d’autre sujets, et on était perdus. J’ai donc voulu jeter le spectateur dans cette arène, comme dans une piscine pour qu’il apprenne à nager tout seul. Je voulais qu’il n’ait pas le temps de réagir à ce qui se produisait, aux discours ni aux actions, lui donner l’impression que les choses arrivaient sans qu’il ait le temps d’en prendre conscience. Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu, quand on ne sait pas ni où ni à quel moment on

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À Cannes, il a eu le Grand Prix : "120 battements par minute" de Robin Campillo

Act Up Paris | de Robin Campillo (Fr, 2h20) avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

À Cannes, il a eu le Grand Prix :

Histoires de révoltes et de combats. Celles des militants d’Act Up Paris à l’orée des années 1990, sensibilisant à coup d’actions spectaculaires l’opinion publique sur les dangers du sida et l’immobilisme de l’État. Et puis la romance entre Nathan et Sean, brisée par la maladie… Grand Prix à Cannes, ce mixte d’une chronique politique et d’une histoire sentimentale est aussi une autobiographie divergée de Robin Campillo. Ancien membre d’Act Up, il a toute légitimité pour évoquer le sujet de l’intérieur, en assumant sa subjectivité, et tenant compte du temps écoulé. Le portrait collectif qu’il signe n’est ainsi ni un mausolée aux victimes, ni un panégyrique aux survivants, ni un documentaire de propagande : il s’inscrit dans un contexte historique, à l’instar d’un conflit armée. Campillo emprunte d’ailleurs sa construction aux films de guerre, chaque génération ayant les siennes — les AG étant les réunions d’état-major avant les actions et manifs ; le champ de bataille les lieux d’intervention. Sauf qu’il y a ici deux guerres à mener : l’une, visible, contre les insti

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Benjamin Clementine, le fantôme de la Liberté

Pop | Programmé à Fourvière, Benjamin Clementine, figure spectrale du piano-voix venu d'ailleurs, est enfin de retour sur scène et avec un single Phantom of Aleppoville qui lui va comme un linceul et annonce la suite, magnifique et toujours aussi aventureuse.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 juin 2017

Benjamin Clementine, le fantôme de la Liberté

Benjamin Clementine s'est toujours avancé comme un spectre. Lorsqu'il arrive sur scène, orné de son manteau noir, c'est bien à une rencontre paranormale que l'on a l'impression d'avoir affaire. Or on le sait les spectres, fantômes ou esprits frappeurs, quelle que soit la manière dont on les nomme seraient avant tout des entités intranquilles coincées entre les vivants et les morts par un flot de souffrances irrésolues les empêchant de franchir la frontière d'un autre monde – si tant est que ce monde fut possible. C'est sans doute pourquoi sa musique est à ce point capable de nous hanter. Parce qu'elle est la complainte d'un spectre habillé de noir, une ombre sur de l'ombre, de la noirceur sur de la noirceur, de la souffrance sur de la souffrance. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'un des morceaux qui a fait décoller la popularité du géant anglais avait pour titre Condolence, avec cette impression qu'on n'avait jamais rien entendu de tel, et que pourtant, il y avait là quelque chose de familier. Dans cette chanson, où il se disait né d'un néant consécutif à un orage, il chantait, cette drôle d'impression de déjà vu : « I swear, that you

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120 battements par minute

ECRANS | Grand Prix du Jury à Cannes — malgré Pedro Almodóvar qui, semble-t-il, aurait bien aimé le voir un cran plus haut dans le palmarès, soit lauré d’or — le (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

120 battements par minute

Grand Prix du Jury à Cannes — malgré Pedro Almodóvar qui, semble-t-il, aurait bien aimé le voir un cran plus haut dans le palmarès, soit lauré d’or — le film-fleuve de Robin Campillo consacré à l’épopée militante d’Act Up s’offre une séance lyonnaise en présence de son réalisateur deux mois avant sa sortie nationale. Et en pleine Fête du Cinéma. 120 battements par minute Au Comœdia le lundi 26 juin à 20h

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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Alain Chamfort, en douceur

Chanson | En 2015, Alain Chamfort était revenu avec un album éponyme qui constituait son véritable retour en solo depuis Le Plaisir en 2003 – période entrecoupée de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 14 mars 2017

Alain Chamfort, en douceur

En 2015, Alain Chamfort était revenu avec un album éponyme qui constituait son véritable retour en solo depuis Le Plaisir en 2003 – période entrecoupée de compilations, d'un album live, d'un autre sur Saint-Laurent et d'un disque de reprises de ses plus grands tubes en duo 100% féminins. Le succès commercial fut aussi mesuré que pour Le Plaisir mais l'on y retrouve le sens de la mélodie de cette figure incontournable de la chanson et même de la pop française. Une figure influente – c'est le producteur Frédéric Lô qui est venu le prendre par la main pour enregistrer cet album – dont l'endurance contre vents et marées commerciaux montre que le chanteur ne se laisse jamais abattre. Et positive, aux commandes de mélodies catchy et volontiers 80's, comme le single Joy qui replonge l'auditeur dans l'atmosphère de son immortel Manureva, et avec une modestie rare qui fait aussi la préciosité de cet artiste qui ne s'est jamais pris pour un autre. Juste pour Alain Chamfort, et c'est déjà beaucoup. Ce que son public ne devrait pas manquer de lui rappeler, ce 16 mars au

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"Les Figures de l’ombre" : Les étoiles noires de la NASA

ECRANS | de Theodore Melfi (É-U, 2h06) avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner…

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

La trajectoire Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, brillantes mathématiciennes à la NASA durant les années 1960, dont les contributions permirent à l’aérospatiale d’effectuer des avancées décisives. Tout en combattant la ségrégation au quotidien, car elles étaient noires… Alors que la société étasunienne semble n’avoir jamais été autant proche de succomber à ses pulsions rétrogrades, Hollywood continue de produire des biopics édifiants et formatés, idéalisant — héroïsant parfois — des personnalités issues de la société civile. Quand Jeff Nichols ose le drame réaliste et pudique avec Loving, Theodore Melfi chausse les grosabots d’une hagiographie convenue, farcie de répliques sur-écrites pour donner une apparence de comédie, de retournements moralisateurs ainsi que de personnages secondaires tellement archétypiques et manichéens qu’on n’imagine même plus les trouver dans des scripts d’apprentis scénaristes. Ces gugusseries semblen

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Insomniaque

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 11 octobre 2016

Insomniaque

14>10>16 TERMINAL PHILOU LOUZOLO Nous ne connaissions pas Philou Louzolo, avant d'aller jeter une oreille sur le Web en préparant cette rubrique : l'invité du crew Art Feast était passé sous nos radars, et cette première venue dans nos contrées permet de réparer ce manque ; car l'afro house de ce producteur basé à Rotterdam, nourrie de ses héritages congolais et nigérians, enflamme par son groove implacable. Quand l'Afrique s'invite dans la petite boîte noire, en compagnie pour l'occasion de Klaaar et de Miimo. Black. 14>10>16 NINKASI OUTRANCE Parmi les grands mystères de l'humanité figure en bonne place le retour de la trance, genre que l'on pensait évaporé dans les limbes des années 90. Et pourtant le retour en force est flagrant, de la clubbeuse jeunesse à une Nina K

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Dhafer Youssef au musée des Confluences

Jazz Days | S'il est né en Tunisie en 1967, il est fort difficile de résumer Dhafer Youssef à une origine ou à une époque : ce joueur de oud virtuose s'ingénie au (...)

Sébastien Broquet | Mardi 26 avril 2016

Dhafer Youssef au musée des Confluences

S'il est né en Tunisie en 1967, il est fort difficile de résumer Dhafer Youssef à une origine ou à une époque : ce joueur de oud virtuose s'ingénie au fil des années à brouiller les pistes et à marier les répertoires, naviguant d'un monde à l'autre, d'un continent au suivant. Même quand on l'invite pour un concert comme le fait le musée des Confluences, le Tunisien multiplie les perspectives : car ce n'est pas moins de trois concerts qu'il offre à ceux qui sont aussi curieux que lui. Outre celui en compagnie de Dave Holland ce mardi, le voici se présentant ce jeudi pour un voyage aux confins de la Perse et surtout une exceptionnelle rencontre avec son ami Ballaké Sissoko le samedi 30, pour une virée dans les contrées des griots. Avec ce maître malien de la kora, connu aussi pour ses collaborations en compagnie de Vincent Ségal, l'accord s'annonce parfait d'autant que le Norvégien Eivind Aarset les épaulera solidement. Grand moment en perspective pour amoureux de musiques sans étiquette.

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Ciné O’Clock : le cinéma britannique au Zola

ECRANS | Prévu du 6 au 14 février au Zola, le festival anglo-irlandais étend son empire. En plus des traditionnelles projections, de sa cargaison d’avant-premières, de (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Ciné O’Clock : le cinéma britannique au Zola

Prévu du 6 au 14 février au Zola, le festival anglo-irlandais étend son empire. En plus des traditionnelles projections, de sa cargaison d’avant-premières, de son faramineux blind test, voici qu’il se penche sur le cas des séries télévisées en consacrant une soirée le vendredi 12 au monument du réseau ITV : Chapeau melon et bottes de cuir, avec un propos du spécialiste Alain Carrazé et la projection de deux épisodes-clef, Ne m’oubliez pas (le meilleur : Mrs. Peel et Tara King réunies !) et Jeux. Heavens !

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Les profondeurs pop de Requin Chagrin

MUSIQUES | Dernière révélation du bureau français du défrichage et de l'aménagement du sous-territoire indie La Souterraine, Requin Chagrin se pointe l'air de rien et le museau en avant avec sa pop de squale triste pour plages désertes et embrumées. Un genre de surf-garage propice à la noyade et à l'amnésie.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 octobre 2015

Les profondeurs pop de Requin Chagrin

Revoilà madame La Souterraine, présentant un nouveau poulain. Oui, mais un poulain avec plusieurs rangées de dents et un aileron, naviguant en eaux troubles avant de fondre comme si de rien n'était sur sa proie, après quelques ronds dans l'eau menaçants et hypnotiques. Ce n'est ni plus ni moins que la manière de fonctionner de Requin Chagrin (© Michel Sardou pour le nom), gangue de requins auxquels on aurait collé un coup anesthésiant sur le museau (le seul moyen, paraît-il, d'échapper à une attaque) ou supprimé les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. Car Requin Chagrin prend les vagues comme on attaque sa vingt-huitième piña colada en bord de piscine un jour de canicule – avec une conviction légèrement entamée – mais, porté par sa belle nature, surfe comme personne : à deux à l'heure et la voix en mode sonar (mixée très en arrière, le groupe sur la plage, la chanteuse Marion Brunetto dans l'arrière-pays). Et quand le squale est lancé, pour peu que le pouls asymptomatique de cette batterie autiste s'accélère et que les synthés soient bien branchies, il y a intérêt à nager vite (redoutable tourbillon que le titre Le Chagrin).

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Bruce Brubaker, San Fermin et Yael Naim ouvrent la saison 2015/2016 des PB Live

MUSIQUES | Philip Glass joué par Bruce Brubaker au Sucre, Yael Naim qui fricote pour la quasi première fois avec le Quatuor Debussy en la Chapelle de la Trinité et le retour de San Fermin au Marché Gare : cette saison, le PB Live voit triple.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

Bruce Brubaker, San Fermin et Yael Naim ouvrent la saison 2015/2016 des PB Live

On avait laissé les Petit Bulletin Live résonner sur les dernières notes du Songs of Time Lost de Piers Faccini et Vincent Segal au Temple Lanterne en novembre dernier – ces derniers y refaisant un passage le 10 décembre. Certes, le temps fut long, mais comme l'a chanté Francis Lalanne, «on se retrouvera», et ce dès le 21 octobre. Et pas avec Francis Lalanne, c'est dire si le public est gâté. Et pas que pour une seule date, mais trois. Cette année, le PB Live, après une remise en forme, s'est converti à la tactique bien connue de Jacques Anquetil et de notre précieux et enthousiaste partenaire Rain Dog Productions :«On part à fond, on accélère au milieu et on finit au sprint.» Donc on part à fond, avec du lourd et du pointu, un bon 53x12 en langage cycliste mais qui, une fois lancé, roule tout seul : Bruce Brubaker joue Glass. Au Sucre. Parce que personne ne joue mieux Glass que Brubaker, à part peut-être Glass lui-même. On y revient de toute façon très vite. Sachez simplement que, interprétées par un tel virtuose, les études pour piano solo de Philip Glass,

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La rentrée musique côté chanson et french pop

MUSIQUES | Ah, la France et sa diversité. Elle sera belle cette année, entre piliers indéboulonnables, y compris de nos salles lyonnaises, comebacks attendus, jeunes gens modernes (indé ou pas) pétris de talents et éternels relous. Rien que de très classique dans un paysage toujours très ouvert. Pour ne pas dire trop.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté chanson et french pop

Si la rentrée musicale "française" est surtout affaire de reformation (voir page 4), la programmation saisonnière est aussi le théâtre du retour perpétuel de figures qui, elles, ne se sont jamais séparées. Et pour cause : elles sont seules. Un exemple ? Stephan Eicher ? Visiblement pas tant que ça, en tout cas il doit rapporter puisqu'on le reverra du côté du Radiant (7 octobre), mais cette fois-ci pour rejouer ses tubes à grands renforts étranges de carillons, de tuyaux d'orgues et de bobines Tesla. Changement de formule également pour Jean-Louis Murat (au Théâtre de Villefranche le 12 octobre) qui poursuit sa tournée Babel sans le Delano Orchestra. Cela ne devrait pas décourager ses fans, qui sont hardcore ou ne sont pas. Un peu comme ceux de Corbier qui, lui, fait des infidélités à A Thou Bout d'Chant pour se payer un Transbo (le 10 octobre). Cap sur Belin Tout cela ne rajeunissant personne, penchons nous sur la génération montante qui se taillera la part du Lyon, entre

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Le Musée Paul Dini voit "Doubles"

ARTS | L'art, depuis son origine, joue à se vouloir le double du réel. Pour l'imiter, le maîtriser, le conjurer, le raconter. Mais aussi, voire surtout, pour (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 1 septembre 2015

Le Musée Paul Dini voit

L'art, depuis son origine, joue à se vouloir le double du réel. Pour l'imiter, le maîtriser, le conjurer, le raconter. Mais aussi, voire surtout, pour l'altérer insensiblement, le percevoir autrement, en extraire et en souligner l'insu et l'inouï. Pour l'exposition collective Doubles (jusqu'au 20 septembre), rassemblant peintures, vidéos et photographies, le Musée Paul Dini de Villefranche-sur-Saône s'empare de cette thématique fondamentale et formidablement riche tout au long de l'histoire de l'art. Il la décline sous plusieurs aspects : le miroir et l'autoportrait (avec des œuvres d'Alain Chevrette), le duo et la paire (avec des peintures du Lyonnais Daniel Tillier ou d'Andrée Philippot-Mathieu), les tableaux en diptyque, la gémellité (à travers des œuvres de Jackie Kayser ou de Pierrick Sorin par exemple), le recto et le verso des toiles... Pour ceux que ce sujet abyssal intéresse, on signalera aussi la sortie récente de Le Sujet et son double aux éditions Dunod. Johann Jung, enseignant en psychologie à Lyon, y explore la construction de l'identité humaine à travers et à partir de son "double".

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114 films des frères Lumière sur grand écran

ECRANS | Ce fut l'un des événements du dernier festival de Cannes : la projection d'un montage de 114 films des frères Lumière, restaurés en très haute définition (...)

Benjamin Mialot | Mardi 25 août 2015

114 films des frères Lumière sur grand écran

Ce fut l'un des événements du dernier festival de Cannes : la projection d'un montage de 114 films des frères Lumière, restaurés en très haute définition pour l'occasion. Mardi 29 septembre à 20h, l'Institut Lumière vous invite à découvrir ces images historiques à l'Auditorium, le temps d'une projection commentée par l'inénarrable Thierry Frémaux (et accompagnée au piano en direct par Romain Camiolo). De quoi s'échauffer la rétine avant le grand raout cinéphile maison qui consacrera Martin Scorsese deux semaines plus tard.

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Un Festival Berlioz impérial

MUSIQUES | Pas facile d’imaginer été après été un festival dédié à un même compositeur sans risquer de tourner en rond. Le Festival Berlioz réussit pourtant à surprendre avec un (...)

Philippe Yves | Mercredi 24 juin 2015

Un Festival Berlioz impérial

Pas facile d’imaginer été après été un festival dédié à un même compositeur sans risquer de tourner en rond. Le Festival Berlioz réussit pourtant à surprendre avec un programme à l’inspiration chaque fois renouvelée, grâce à une maline approche thématique. Sans oublier les tubes berlioziens tels la Symphonie fantastique, le festival nous emmène cette année sur la route Napoléon (qui relie les Alpes et la Côte d’Azur), en Corse et sous la figure impériale de… Napoléon. Bonaparte est au centre des choix musicaux des invités, dont le chef Daniel Kawka avec trois évocations napoléoniennes (Schönberg, Castérède, Honegger), ainsi que d’une création mêlant les polyphonies corses d’A Filetta et un orchestre signée Bruno Coulais. Et comme on ne saurait fêter Berlioz sans ses œuvres XXL pour masses orchestrales et chorales, le festival investira le Théâtre antique de Vienne pour une nuit autour du monumental Te Deum dirigé par François-Xavier Roth réunissant près de mille pros et amateurs. Une nuit symboliquement ouverte aux jeunes et clôturée par une relecture jazz avec Louis Sclavis,

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Jamie XX donne des couleurs à Nuits Sonores

MUSIQUES | Discret architecte de la sophisti-pop cafardeuse de The XX, le Londonien Jamie Smith publie son premier album solo, malicieusement titré In Colour. Un chef-d’œuvre qui met à jour trente ans de dance music made in England et capture mieux qu'aucun autre les sentiments contradictoires que font naître les grands raouts électroniques comme Nuits Sonores. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

Jamie XX donne des couleurs à Nuits Sonores

Chaque année, au matin du quatrième jour, quand nous quittons le site nocturne de Nuits Sonores au pas d'un vampire en décomposition, le corps fumant et les yeux dissimulés sous des lunettes de soleil m'as-tu-vu, on se dit qu'on ne nous y reprendra plus. Que c'est la dernière fois qu'on subira la moiteur des hangars surpeuplés, les tirs de barrage rythmiques à hauteur de genoux et les bredouillements alphabétiques de nos congénères (MDMA, LSD, DMT...). Trop vieux pour ces conneries. Et pourtant, chaque année, on y retourne, badge au clair et les poches lourdes de tokens. Pourquoi ? Que cherche-t-on dans cette assourdissante promiscuité ? Pour la première fois depuis la création du festival, la réponse est limpide. Il a fallu à Jamie XX six ans pour la formuler. La couleur des sentiments Pour qui sait lire entre les lignes de basse, son premier album dit simplement ceci : on y cherche la même chose qu'en amour, un certain type de lien à l'autre et, surtout, à retrouver la sensation qui nous a parcouru la première fois qu'il fut noué. Un fugace pincement au cœur, une démangeaison persistante le long de l'échine, une pression humide à l'arrière des gl

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Piers Faccini et Vincent Segal de retour au Temple

MUSIQUES | Vous les aviez adorés au Temple Lanterne l'automne dernier en PB Live ? Vous les adorerez une seconde fois. Car le guitariste et chanteur (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 6 mai 2015

Piers Faccini et Vincent Segal de retour au Temple

Vous les aviez adorés au Temple Lanterne l'automne dernier en PB Live ? Vous les adorerez une seconde fois. Car le guitariste et chanteur anglo-italo-cévenol Piers Faccini et le violoncelliste Vincent Segal reviendront pour une halte acoustique et pleine de leur incommensurable talent pour la reprise suave (Townes Van Zandt, chanson italienne, Alain Péters...) le 10 décembre au même endroit. Croyez-nous, ça vaut bien une messe, alors une virée au Temple, même en hiver...

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Benjamin Clementine : le patient anglais

MUSIQUES | L'étape de l'album devait être celle de la confirmation pour Benjamin Clementine, et ce d'autant plus qu'il laissait planer un doute joueur. C'est chose (bien) faite avec "At Least for Now". Au point que c'est à guichets fermés que l'Anglais va opérer pour son deuxième concert lyonnais. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

Benjamin Clementine : le patient anglais

Au printemps dernier, alors qu'il s'apprêtait à faire fondre le Sucre en PB Live, Benjamin Clementine, attendu au tournant du premier album après tant de promesses précoces basées sur si peu de matériel, nous confiait : «Je ne me sens pas en demeure de tenir la moindre promesse : je pourrais très bien décider de publier mon album dans dix ans.» Tout en se disant qu'un feu trop grand brûlait en cet homme pour qu'il ne l'alimente pas à sa juste mesure, on se demandait quand même si une telle tête de pioche n'était pas tout à fait capable de tenir cette parole-là : attendre dix ans avant de sortir un album, au risque de l'oubli. Bon, évidemment, ça ne s'est pas fait. Ou du moins l'album, lui, s'est fait. Et si Benjamin pensait devoir prendre son temps pour combler les attentes immenses placées en lui par les observateurs, bref parvenir à assumer ce talent qu'il venait en quelques semaines à peine de jeter à la face du monde, eh bien le résultat montre que la gestation a duré juste le temps nécessaire. Cascades vocales Porté par des arrangements de très grand luxe mais jamais ostentatoires – la

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Réalité

ECRANS | Un caméraman qui veut tourner son premier film d’horreur, un producteur instable, un animateur atteint d’un eczéma imaginaire, une petite fille nommée Réalité… Avec ce film somme et labyrinthique, aussi drôle que fascinant, Quentin Dupieux propulse son cinéma vers des hauteurs que seul un David Lynch a pu atteindre ces dernières années. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Réalité

Vient toujours un moment, dans la carrière d’un cinéaste digne de ce nom, l’envie de tourner son Huit et demi, c’est-à-dire un grand film réflexif sur la manière dont il aborde le cinéma : Truffaut avec La Nuit américaine, Almodovar avec Étreintes brisées, David Lynch avec Mulholland Drive… Quentin Dupieux, qui avait déjà approché la question dans Rubber à travers des spectateurs regardant avec des jumelles le film en train de se dérouler sans caméra, ni équipe, ni projection, en fait le cœur de Réalité. Le titre lui-même est un leurre sublime : ici, la réalité est sans doute ce qu’il y a de plus incertain et fluctuant, toujours contaminée et reformulée par le cinéma et la fiction. En fait, ce n’est pas la réalité que le film cherche à capturer, mais une petite fille prénommée Réalité, que l’on filme en train de dormir et dont on veut atteindre le subconscient — autrement dit, la capacité à produire de l’imaginaire. Dans la boucle folle que le scénario finira par créer, on comprendra que cet imaginaire-là n’est rien d’autre que celui de Dupieux lui-même ; dans les rêves de Réalité, il y avait ce long rêve éveillé qu’e

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Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenue très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans

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Benjamin Clementine de retour à Lyon

MUSIQUES | Il était venu, en PB Live en mars dernier au Sucre, on l'avait vu et il avait vaincu. Cette fois, enfin armé d'un album et accompagné d'un violoncelle, (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 décembre 2014

Benjamin Clementine de retour à Lyon

Il était venu, en PB Live en mars dernier au Sucre, on l'avait vu et il avait vaincu. Cette fois, enfin armé d'un album et accompagné d'un violoncelle, l'empereur Benjamin Clementine, son panache capillaire et sa voix panoramique s'attaquent au fort Transbo pour une date qui s'annonce exceptionnelle. La vie étant une affaire de libre arbitre, vous pouvez faire ce que vous voulez de votre soirée du 17 mars prochain, ne pas vous précipiter sur la billetterie déjà ouverte, mais vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.

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Retour au Temple

MUSIQUES | Magie du Temple Lanterne ou des deux invités de cette soirée ? Les deux sans doute. Toujours est-il que vendredi soir, lors de la première de la saison 2 du (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 décembre 2014

Retour au Temple

Magie du Temple Lanterne ou des deux invités de cette soirée ? Les deux sans doute. Toujours est-il que vendredi soir, lors de la première de la saison 2 du PB Live avec Vincent Segal et Piers Faccini, il y eut du recueillement et de l'extase. Avec leurs reprises de chansons italiennes, de Townes Van Zandt (sublime version de Quicksilver Dreams of Maria) et d'Alain Péters (Piers chantant en créole, savoureux), présentes sur leur disque Songs of Time Lost, mais aussi quelques unes piochées dans les albums solo de Piers (Where Angels Fly, entre autres), le duo a fait exploser le Temple d'émotion. Quand l'un faisait soudain sonner son violoncelle comme un hautbois, l'autre jouait de la guitare comme on use d'une kora malienne ou se paraît d'une voix de crooner qui réchauffait les murs pierreux du lieu. Sur Dicitencello Vuje, on a même vu une vieille dame en larmes. Comme c'était complet, dans tous les sens du terme, voici pour consoler les absents une vidéo de leur prestati

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Infini Pallett

MUSIQUES | Infatigable mercenaire pop (Arcade Fire, Last Shadow Puppets, Beirut...) l'ex-Final Fantasy Owen Pallett est aussi son propre maître. Et quel maître ! Car après le prodigieux album-concept "Heartland", le Canadien au violon, de passage à l'Epicerie Moderne cette semaine, a encore pondu avec "In Conflict" un disque fascinant. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 2 décembre 2014

Infini Pallett

Sur son précédent Heartland, Pallett s'était inventé un pays imaginaire, réduit aux contours du disque, dont il incarnait avec malice le démiurge, déroulant un conte pop symphonique aux résonances post-héroïc fantasy. Le Canadien y démontrait à quel point la contrainte est une voie vers la libération prolongée et régulée de l'inspiration, une façon d'accroître la maîtrise de son art. Sur In Conflict, sorti cet année, Pallett abandonne ce procédé – et l'on peut d'ailleurs très bien, soyons-en (r)assuré, écouter les deux albums en n'ayant conscience ni dudit procédé, ni de son abandon. Reste qu'en s'en affranchissant, ce collaborateur régulier des anarchiques Arcade Fire libère comme une autre – ou mille autres – facette de son talent. Pour ne pas dire, le concernant, de son génie, qu'il aurait renoncé à maintenir sous l'éteignoir. Car oui, il y a quelque chose d'un génie en Pallett, au moins au sens primordial du terme, ou comme pouvait l'être la Scarlett Johansson invisible et pourtant omniprésente d'Her, film dont Pallett composa la musique – nommée aux Oscars. Tache Roi du grand huit, de la cascade pop et de la métamorphose,

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Piers Faccini & Vincent Segal, les compagnons de la chanson

MUSIQUES | En 25 ans d'une belle amitié musicale, Piers Faccini et Vincent Segal n'ont jamais cessé, dans leurs chambres ou sur scène, de revisiter les chansons des autres - mais aussi les leurs. Et viennent enfin d'en tirer un très beau disque, "Songs of Time Lost". Le violoncelliste de Bumcello se confie sur ce projet qui le lie au barde anglo-italien.

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 novembre 2014

Piers Faccini & Vincent Segal, les compagnons de la chanson

Vous connaissez Piers Faccini depuis 25 ans et n'avez jamais cessé de vous produire avec lui. Vous avez même réalisé son premier album Leave No Trace. Pourtant, Songs of Time Lost est votre premier vrai disque ensemble. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Vincent Segal : Pour moi Leave no Trace a été tout aussi important. Je me suis tellement investi, en termes de composition, au niveau des idées, que même si ce n'était pas mon album, il a été très important dans ma vie de musicien. Songs of Time Lost est né d'une proposition de Laurent Bizot du label No Format. Ca faisait des années qu'il nous entendait jouer ensemble. Il venait nous voir régulièrement aux Bouffes du Nord et nous demandait sans cesse pourquoi on n'enregistrait pas un album en mode violoncelle-guitare-voix. Ca ne nous était même pas venu à l'idée tellement jouer ensemble nous était naturel, que ce soit sur une scène ou à la maison. Comment vous êtes-vous retrouvés sur le choix de ce répertoire entre ancienne

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UN CNSMD sans frontière

MUSIQUES | Pour la cinquième édition de ses "nuits festives", le Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Lyon entend nous faire passer une "Nuit (...)

Pascale Clavel | Mardi 4 novembre 2014

UN CNSMD sans frontière

Pour la cinquième édition de ses "nuits festives", le Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Lyon entend nous faire passer une "Nuit transfrontalière" qui s'annonce étonnante. Et adresse là, en ces temps où les frontières ont plutot tendance à se fermer, un message quasi politique – qu'elle répètera à deux reprises ultérieurement dans la saison, articulant chaque soirée comme trois volets d’une seule et même œuvre. Et qui mieux que l’inclassable violoncelliste Vincent Ségal pour s'en faire l'écho ? Véritable touche-à-tout, le prochain invité de nos PB Live (au Temple Lanterne le 28 novembre avec Piers Faccini) expérimente avec avidité tout ce qui lui tombe sous l'archet : de la pop au hip-hop, de la musique africaine à l’électro, il cherche et recherche des mélanges d’une texture toujours inattendue. Dans une première partie en forme de carte blanche, il associera ainsi les classes de violoncelle, viole de gambe et violoncelle baroque pour ce qui promet d'être un beau moment de décalage, avant de s'offrir un tête-à-tête avec le griot malien et maître de la kora à vingt-et-une cordes Ballaké Sissoko. Les deux hommes ont beau être complices depuis longte

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Alain Cavalier : «À mon âge, terminer un film est une victoire»

ECRANS | Rencontre avec Alain Cavalier, autour de son dernier film, "Le Paradis". Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 20 octobre 2014

Alain Cavalier : «À mon âge, terminer un film est une victoire»

Comment jugez-vous le retour de la fiction dans votre œuvre entre Pater et Le Paradis ? Est-ce une suite logique ou est-ce plus accidenté ?Alain Cavalier : Je n’ai jamais fait de différence entre fiction et documentaire. Quand je faisais de la fiction, je copiais la vie ; je regardais comment parlaient les gens, comment ils vivaient et quand j’écrivais un scénario, j’essayais de reconstituer ce qui m’avait intéressé dans la vie. Après, pour changer un petit peu, je suis allé filmer les gens directement dans leur vie, comment ils travaillaient… Ce qui m’intéresse, c’est regarder la vie et la copier le mieux possible avec ma caméra pour la proposer au spectateur. Je vous pose cette question car je me souviens qu’au moment de René, vous assumiez le fait d’avoir essayé de réinjecter la fiction dans votre nouvelle manière de tourner…Avant cela, j’avais rencontré quatre jeunes gens pour faire un film qui s’appelait Le Plein de super ; j’avais envie de tourner av

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