Oum : « Je me contente de refléter ce que je suis »

Sono Mondiale | Avec son dernier album Zarabi — "tapis" en arabe — enregistré en partie dans le désert, la chanteuse marocaine Oum tresse des fils soyeux et chatoyants entre rythmes jazzy, langueurs orientales et percussions africaines. Rencontre avec une artiste dont les poésies envoûtantes chantent le désir féminin et exaltent un hédonisme empreint de sagesse.

Houda El Boudrari | Jeudi 23 juin 2016

Photo : © Lamia Lahbabi


Vous incarnez l'image d'une femme arabo-musulmane libre, à la fois fière de sa culture et ouverte sur le monde. Avez-vous conscience du symbole que vous représentez dans le contexte actuel d'exacerbation des replis identitaires ?
Oum :
Oui, c'est une image que j'assume parfaitement, sans pour autant l'avoir préméditée. Je me contente de refléter ce que je suis, dans la diversité de mes composantes identitaires : mes racines sahraouis, mon ancrage africain, ma culture arabo-musulmane, ma francophilie et mes influences occidentales. Je suis consciente qu'en tissant une synthèse apaisée de ces identités, j'offre un autre visage de la femme marocaine et arabe, loin des représentations stéréotypées du voile et de la soumission. Je me donne pour mission de porter cette réalité-là aussi auprès des Marocains, afin de les réconcilier avec leurs identités plurielles, et peut-être modestement contribuer à forger d'autres modèles d'identification féminine.

Votre musique puise dans la soul, le jazz, les percussions africaines, la musique orientale et même le rythme afro-cubain, et pourtant le résultat de cet assemblage hétéroclite est d'une harmonieuse cohérence. Comment décririez-vous votre style?
J'ai longtemps buté sur cette question, ne sachant trop comment relier ma musique à une catégorie bien définie et m'excusant presque de cette "particularité". Aujourd'hui, j'ai trouvé une définition économe sans être réductrice : musique marocaine contemporaine.

Mon style a aussi évolué au fil de rencontres avec des musiciens virtuoses qui m'ont accompagnée lors de mon album précédent (Soul of Morocco) et ont fortement inspiré la gestation de Zarabi. Grâce au oud de Yacir Rami, j'ai redécouvert le répertoire arabo-andalous, la contrebasse de Damian Nueva m'a initiée à la musique cubaine, la trompette de Yelfris Valdes a désinhibé mon approche du jazz et les percussions de Rhani Krija ont sublimé mes compositions inspirées des rythmes gnawas de mon enfance à Marrakech.

« En tissant une synthèse apaisée de mes identités multiples, j'offre un autre visage de la femme marocaine et arabe »

Vous avez choisi de chanter en dialecte marocain, tout en optant pour un registre soutenu et un phrasé ciselé dans la poésie ancestrale des tribus bédouines, loin des refrains faciles de la musique pop maghrébine. Où avez-vous puisé vos influences ?
Écrire en arabe a été d'abord un défi avant de devenir une évidence. Cette langue si belle et lyrique mais truffée de tabous et de détours pour dire l'amour, le désir, l'érotisme… J'ai naturellement puisé dans la tradition "d'art oral" du peuple sahraoui et le célèbre théâtre de rue de la place Jemaa el-Fna, tout en distillant dans cette langue du quotidien des expressions joliment désuètes et des envolées poétiques.

J'ai surtout voulu composer un album qui me ressemble, où l'on retrouve aussi bien les sonorités des séries marocaines kitch des années 90 que les influences des groupes mythiques de la chanson protestataire des années 70, Nass El Ghiwane et Jil-Jilala, sans oublier l'inspiration de la grande chanteuse mauritanienne Dimi Mint Abba, surnommée "la diva du désert", et les grandes voix féminines du jazz comme la sud-africaine Miriam Makeba. D'ailleurs, mon prochain projet sera de revisiter le répertoire du jazz féminin des années 20 aux années 60 sur trois territoires différents : l'Afrique, l'Amérique du Nord et l'Amérique Latine pour le réinterpréter avec ma touche arabo-afro méditerranéenne.

Vos costumes de scène chamarrés fusionnent des folklores d'Afrique et des fantasmes d'Orient, emprunts d'une sensualité et d'une féérie hors du temps. Est-ce une version afro-saharienne de la Shéhérazade des mille et une nuits ?
J'attache beaucoup d'importance à la scénographie de mes concerts. C'est presque une forme de sacralisation de ce moment unique où je veux offrir au public un voyage sensoriel complet. Cette recherche esthétique rejoint aussi mon goût personnel pour les tissus et les costumes traditionnels marocains dans leur sophistication et leur raffinement. Mais je me suis surtout entichée de la "melhfa", ce tissu d'un seul tenant qui habille avec grâce et simplicité les femmes du Sahara. J'aime la liberté de mouvement qu'il permet et la silhouette qu'il dessine, à la fois sensuelle et asexuée. Une manière aussi de revendiquer ma part de masculinité…

Oum + Africa Express + Vincent Ségal & Ballaké Sissoko
Au Grand Théâtre de Fourvière le mardi 28 juin dans le cadre des Nuits de Fourvière


Nuit Africaine

Ballaké Sissoko & Vincent Segal + Africa Express + Oum
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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“Rouge“ de Farid Bentoumi : poussée à boue

Thriller | De petits arrangements avec la sécurité dans une influente usine vont empoisonner l’environnement, les salariés et les relations familiale d’une infirmière trop jeune et trop honnête. Après la belle histoire Good Luck Algeria, Farid Bentoumi monte d’un cran avec cet éco-thriller tristement contemporain. Label Cannes 2020.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Rouge“ de Farid Bentoumi : poussée à boue

Tout juste diplômée, Nour a été embauchée comme infirmière dans l’usine où son père est syndicaliste. Très vite, elle découvre l’existence de graves pollutions boueuses affectant l’environnement et les salariés, ainsi que de nombreuses complicités pour dissimuler ces empoisonnements… Ironie tragique, le rouge du titre ne renvoie pas à la couleur du monde ouvrier, celui-ci ayant pactisé avec le patronat autour d’intérêt communs ; en l’occurence sur le dos du monde vert. C’est d’ailleurs l’un des enjeux remarquables de ce film qui infléchit de manière pragmatique la démarcation entre “les bons et les méchants“. En vérité, on n’est plus dans la dialectique ancienne parant mécaniquement le prolétaire de toutes les vertus et l’employeur des pires turpitudes : la loi du marché est passée par là. Et les compromissions clientélistes successives des élus comme des représentants syndicaux ont fait le reste. Le capitalisme ayant horreur du vide (comprenez : de ne pas avoir une classe à exploiter impunément) a donc jeté son dévolu sur l’environnement, au sens large. Alerte rouge

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Kebab de Chëf, comme à Berlin

Food | Chaque midi, une foule d’affamés attend, parfois une heure durant, de pouvoir croquer dans un kebab de Chëf (10 rue Terme, de 11h30 jusqu’à la fin des (...)

Adrien Simon | Mercredi 19 mai 2021

Kebab de Chëf, comme à Berlin

Chaque midi, une foule d’affamés attend, parfois une heure durant, de pouvoir croquer dans un kebab de Chëf (10 rue Terme, de 11h30 jusqu’à la fin des broches, fermé le dimanche). Un pain turc généreusement garni de lamelles de poitrine de veau mariné (ou de poulet, et même de seitan), d’une tonne de légumes cuits et crus (dont du chou rouge), de feta, et d’un trait de jus de citron, comme à Berlin. Ce qui fait courir les amateurs, c’est la promesse d’un 'dwich intégralement maison : du pain aux sauces, en passant par la broche assemblée sur place. Besma Allahoum, qui a mûri le projet pendant quatre ans avec son frère Redouane, jure qu’elle ne boostera pas le volume au détriment de la qualité. « On n’a même pas de congélateur » ajoute-t-elle en riant.

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Du sang à la dune : "Abou Leila" de Amin Sidi-Boumedin

Policier | Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l’accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers la sang et la folie…

Vincent Raymond | Lundi 13 juillet 2020

Du sang à la dune :

Il ne faut pas craindre l’épreuve de la durée ni l’errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l’histoire politique récente de l’Algérie à travers les yeux d’un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long-métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normatives d’une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible. Bad trip au sens propre, le voyage se double d’une évocation des Algéries — pluriel signifiant, puisqu’entre la métropolitaine Alger au nord et les sahariennes dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé. De cette dichotomie à la schizophrénie paranoïaque du personnage ou au mal-être ambiant de toute la population, il n’y a qu’un pas. Progressant par crises successives et violentes, Abou Leila trouve son apothéose dans un finale d’un symbolisme stupéfiant, digne d’un conte épique, hypnotiq

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Le sport : une autre Histoire

Fête du Livre de Bron | La politique et l'Histoire par le sport, voilà l'idée du dialogue proposé par Sylvain Coher et Judith Perrignon à travers Vaincre à Rome et L'Insoumis et ces deux figures de héros modernes que furent le marathonien Abebe Bikila et Mohamed Ali.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2020

Le sport : une autre Histoire

Que pourrait bien avoir en commun Abebe Bikila et Mohamed Ali, le coureur éthiopien et le boxeur de Louisville ; le modeste soldat de l'Armée d'Haïlé Sélassié et le déserteur superstar ; le petit homme discret et l'intarissable grande gueule ? A priori pas grand-chose. Sauf peut-être les Olympiades de Rome de 1960, année où 17 pays africains accèdent à l'indépendance. Comme un symbole, l'épreuve la plus olympique de toute, celle du légendaire Philippidès, soldat lui aussi, y est remporté par l'inconnu éthiopien Abebe Bikila, qui court pied nu sur le goudron car les chaussures lui donnent des ampoules. Quant à l'épreuve du plus noble des sports, rejeton de l'antique pugilat, elle est remportée en catégorie mi-lourds par un descendant d'esclave ba

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De la chouette animation : "L'Odyssée de Choum"

Animation | La parade nuptiale d’un oiseau pour trouver l’élue de son nid ; l’amitié entre un oiseau naufragé et une jeune baleine ; la course-poursuite entre un bébé chouette et son puîné dans l’œuf emporté par une tempête… Trois courts-métrages exceptionnels à voir sans tarder !

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

De la chouette animation :

L’exemple récent de films d’animation atypiques partis de France ou d’Europe à la conquête du monde, glanant les récompenses (après avoir éprouvé toutes les peines à se financer…), devrait rendre les spectateurs plus vigilants : qu’elles soient longues ou courtes, ces œuvres animées brillent souvent par leur inventivité graphique, leur poésie narrative et visuelle ou leur intégrité artistique les conduisant hors des sentiers rebattus. Et combien dépaysants se révèlent la plupart des programmes estampillés “jeune public“, effervescent laboratoire du cinéma contemporain ! Judicieusement composé autour des volatiles, celui-ci est un mixte de techniques : 2D minimaliste colorée et épurée pour Le Nid de Sonja Rohleder, peinture sur verre (image par image, donc) pour le déchirant L’Oiseau et la Baleine de l’opiniâtre Carol Freeman et enfin celui donnant son titre au programme (une 2D digitale au rendu rappelant celui de Zombillénium) écrit par Claire Paoletti et Julien Bisaro, lequel l’a réalisé. Gravez d’ores et déjà leurs noms dans vos mémoires : on perçoit chez les au

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"Portraits de brousse et de studio 1963-1978" par Oumar Ly

L'Œuvre de la semaine | Quarante-cinq photographies d'Oumar Ly, portraitiste sénégalais décédé en 2016, s'exposent à la galerie Regard Sud. À l'instar de Malick Sidibé, il avait ouvert (...)

Sarah Fouassier | Mardi 21 janvier 2020

Quarante-cinq photographies d'Oumar Ly, portraitiste sénégalais décédé en 2016, s'exposent à la galerie Regard Sud. À l'instar de Malick Sidibé, il avait ouvert son studio photographique dans lequel il tirait le portrait de ses compatriotes, mais à la différence du Malien, Oumar Ly ne capturait pas l'effervescence d'une jeunesse citadine. C'est au milieu de la brousse, de ses villages et dans la petite ville fluviale de Podor que le photographe saisissait les portraits de Sénégalais contraints de posséder une photographie d'identité en raison d'un recensement. Au milieu des cases en terre et en chaume, un jeune homme pose fièrement près d'un palmier et nous laisse entrevoir l'attrait des jeunes pour la mode occidentale et pour ses tendances vestimentaires, comme ici avec une chemise nouée qui révèle une partie de l'abdomen et ce surprenant pantalon pattes d'eph à motifs. De purs produits de la mode glamour et hippie des seventies qui nous montrent que même au milieu de la brousse, le style a toute

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Cinq expos à voir en janvier

Bons Plans | Une sélection qui vous emmène ce mois-ci au Sénégal aussi bien qu'à Ménilmontant, aux frontières des objets ou dans de beaux drapés...

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 8 janvier 2020

Cinq expos à voir en janvier

Brousse Né à Podor sur les rives du fleuve Sénégal, Oumar Ly (1943-2016) restera toute sa vie durant attaché à sa région. Et, pendant une cinquantaine d'années, il y photographiera ses concitoyens en pleine brousse ou dans son studio à Podor, suivant avec attention les modes et les évolutions de sa société. La galerie Regard Sud lui consacre une prometteuse exposition monographique. À la galerie Regard Sud du 16 janvier au 14 mars Draperies Depuis la Renaissance au moins, le drapé est à la fois un défi technique et un objet de fascination esthétique. Le Musée des Beaux-Arts lui consacre toute une ambitieuse exposition, déclinant ce motif de la Renaissance à nos jours. Avec pour point d'orgue des dessins de Dürer, Michel-Ange, Poussin, ou Ingres, et les œuvres plus inattendues de Georges Grosz, Fernand Léger, Alain Fleischer, ou même

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Les expos à ne pas manquer cette année

Art | Les expositions de ce début d'année nous emmèneront en bord de plage avec Picasso, parmi différentes formes de contre-cultures futuristes avec Fabien Giraud et Raphaël Siboni, ou s'attarderont sur les figures moins connues d'Edi Dubien, Oumar Ly ou Claire Vaudey : visite guidée.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 janvier 2020

Les expos à ne pas manquer cette année

Avec une bonne édition de la Biennale d'Art Contemporain et une passionnante exposition consacrée au drapé (au Musée des Beaux-Arts jusqu'au 8 mars), la saison a commencé sur les chapeaux de roue ! Et l'année 2020 s'annonce sous de très bons augures, avec pour premier grand rendez-vous une exposition autour du thème des baigneuses chez Picasso (au Musée des Beaux-Arts du 18 mars au 13 juillet), avec pour point d'accroche la si étrange et si touchante Femme assise sur la place (1937) que détient le musée depuis le legs Delubac en 1997. De l'autre côté du spectre artistique, on attend aussi beaucoup des deux larrons quadragénaires de l'art contemporain français, Fabien Giraud et Raphaël Siboni qui occuperont tous les espaces de l'Institut d'Art Contemporain (du 21 février au 3 mai) avec un important dispositif artistique, rassemblant sculptures, vidéos et performances, pour envisager les futurs possibles

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On en sait plus sur le défilé de Biennale de la Danse 2020

Danse | Le défilé de la Biennale de la Danse aura lieu le dimanche 13 septembre 2020, rue de la République sur la Presqu'île, dans le cadre de la saison Africa 2020. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

On en sait plus sur le défilé de Biennale de la Danse 2020

Le défilé de la Biennale de la Danse aura lieu le dimanche 13 septembre 2020, rue de la République sur la Presqu'île, dans le cadre de la saison Africa 2020. Avec pour particularités pour cette édition une collaboration étroite entre les douze groupes de danseurs amateurs du défilé et des artistes africains, une ouverture entonnée par la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, et un finale concocté par le danseur nigérian Qudus Onikeku dans une ambiance de danses urbaines et de hip-hop. Le défilé 2020 est affublé aussi d'une marraine et d'un parrain prestigieux : la chorégraphe sénégalaise Germaine Acogny et le Prix Nobel de la paix 2018 Denis Mukwege.

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Divorce à la tunisienne : "Noura rêve"

Drame | Son époux incarcéré, Noura a refait sa vie avec Lassad et attend avec impatience que son divorce soit prononcé. Son mari étant libéré plus tôt que prévu, Noura doit faire profil bas pour ne pas risquer cinq ans de réclusion pour adultère, ni perdre ses enfants et son travail…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Divorce à la tunisienne :

De la condition féminine dans les pays du Maghreb post Révolution de Jasmin ? Oui et non. Car si l’histoire de Noura s’inscrit dans le sillage des réalisations tunisiennes rendant compte de la difficile situation des femmes dans une société conditionnée par l‘emprise patriarcale — à l’instar de l’exemplaire La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania —, elle pourrait tout aussi bien (ou mal) se dérouler en France, où rappelons-le puisque cela ne semble pas beaucoup émouvoir en haut lieu, 129 femmes ont été tuées par leurs compagnons (ou ex-) depuis le début 2019. Il n’y a pas de meurtre de conjoint ou conjointe dans Noura rêve, plane toutefois en permanence une menace diffuse de violence. Verbale, psychologique et légale, elle fait de l’épouse en attente du jugement de divorce, la captive de son

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Quand l’Europe tentait le régime sans Grèce : "Adults in the Room"

Thriller | Comment la Grèce a tenté de résister, grâce à Yánis Varoufákis, au chantage de l’Eurogroupe et à l’intrusion humiliante des technocrates dans son économie… Costa-Gavras revient en force avec un thriller économico-politique constatant un déni de démocratie ordinaire.

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Quand l’Europe tentait le régime sans Grèce :

Grèce, janvier 2015. Syriza, parti de gauche radicale, remporte les législatives. Élu député, l’économiste Yánis Varoufákis est nommé aux Finances et s’emploie à convaincre les instances européennes de renégocier la dette, sans nouveaux sacrifices. Une mission quasi impossible… La Providence aurait-elle un goût pervers pour l’ironie ? Aurait-elle ourdi cette tragédie grecque 2.0 que constitue la crise de la dette publique ayant frappé la République hellénique à partir de 2008, pour qu’au terme d’un infernal sirtaki dans les hautes sphères, Costa-Gavras puisse signer ce thriller économico-politico-diplomatique, retrouvant le mordant combatif faisant défaut à sa dernière réalisation en date, Le Capital (2012) — promenade dans l’univers de la haute finance plus désabusée qu’à l’accoutumée ? À l’instar des précieux Z, L’Aveu ou Missing, Adults in the Room relate le parcours d’un individu contre une machine étatique que sa puissance bureaucratique et sa doctrine économique ou politique ont transformée en monstr

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Des étoiles dans les yeux : "Les Météorites"

Drame | De Romain Laguna (Fr, 1h25) avec Zéa Duprez, Billal Agab, Oumaima Lyamouri…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Des étoiles dans les yeux :

Nina, 16 ans, a lâché le lycée et bosse pour l’été dans un parc d’attraction. Seule à voir une météorite zébrer le ciel, elle y lit un signe du destin et se sent invincible. Alors Nina ose, agit selon son cœur et ses envies, quitte à essuyer de cosmiques déconvenues. Elle grandit… Bonne nouvelle : une génération de comédiennes est en train d’éclore et en plus, on leur écrit des rôles à la hauteur de leur talent naissant, donnant au passage de la jeunesse d’aujourd’hui une image plutôt féminine et volontaire. Après la révélation Noée Abita dans Ava de Léa Mysius (2017), voici Zéa Duprez en Nina — la prévalence des prénoms mono ou di-syllabiques riches en voyelles étant fortuite. Mais le volontarisme de Nina n’exclut pas une dose d’ingénuité lorsqu’il s’agit d’affaires de cœur : on n’est pas sérieux quand on a 16 ans, on croit en l’éternité de l’amour et l’on déchante avec d’autant plus de cruauté. Romain Laguna fixe des instantanés d’un été à part, ainsi que les mille et unes facettes d’une héroïne tantôt farouche et rugueuse quand elle r

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La Roumanie c'est ici

SCENES | Dans le cadre de l’année France-Roumanie, les Célestins accueillent deux spectacles au Point du Jour. OMG (du 2 au 4 avril), en bi-frontal, aborde (...)

Nadja Pobel | Mardi 2 avril 2019

La Roumanie c'est ici

Dans le cadre de l’année France-Roumanie, les Célestins accueillent deux spectacles au Point du Jour. OMG (du 2 au 4 avril), en bi-frontal, aborde la question de l'identité via le corps retrouvé sans vie d'une femme portant une burqa ; dans Artist's talk (du 5 au 7 avril), Gianina Carbunariu questionne la parole des artistes après avoir interrogé dans un spectacle précédant estampillé Avignon 2014, celle des politiciens. Une auto-critique toujours bienvenue ! Et surtout, au cours de cette semaine, l'occasion de vérifier que le théâtre roumain a la même pertinence que son cinéma.

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Philippe Godeau & Omar Sy : « le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi »

YAO | En dédiant YAO à leurs pères respectifs, Philippe Godeau et Omar Sy insistent sur l’importance de la question de la transmission et des racines se trouvant au cœur du film. Retour sur ses origines en compagnie du scénariste-réalisateur et du comédien.

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Philippe Godeau & Omar Sy : « le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi »

Vous êtes tous deux coproducteurs. Autrement dit, votre implication est double puisqu’elle va au-delà de l’investissement artistique. Pourquoi spécifiquement sur ce film ? Philippe Godeau : Omar, c’est l’acteur numéro 1. En faisant un film en Afrique, au Sénégal, j’avais l’envie de partager une expérience, le voyage… Je savais en plus qu’il avait une envie de produire et je trouvais que c’était bien de faire ce voyage à deux. Comme je suis un vieux producteur et un jeune metteur en scène ; qu’Omar est un acteur d’aujourd’hui et novice en production (sourire), je lui ai proposé… Omar Sy : Et j’ai accepté ! Le fait qu’il me laisse cette place, cette chance même, j’ai accepté parce que l’envie de partager quand on est producteur est rare. Avoir ce partage était intéressant : le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi ainsi que l’aventure avec Philippe : c’est la première fois que je participe à des discussions sur la manière dont on fait, on réfléchit un film, comment on le prépare, on le tourne, on le monte. Et le voyage n’est pas terminé ! Du coup, mon implication

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Cahier d’un retour au pays des ancêtres : "YAO"

Comédie dramatique | De Philippe Godeau (Fr-Sen, 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse, Fatoumata Diawara…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Cahier d’un retour au pays des ancêtres :

Petit Sénégalais de treize ans, Yao vénère la star européenne Seydou Tall, au point de connaître son livre par cœur. Apprenant que l’idole est de passage à Dakar, Yao fait les 400km séparant son village pour le rencontrer. Touché (et poussé par le destin), Seydou décide de le ramener chez lui. Il s’agit là clairement d’un conte où le voyageur pensant maîtriser son cheminement se trouve “voyagé“, guidé par des forces de plus en plus pressantes à accomplir une mission initiatique à laquelle il n’était pas préparé. Dans ce récit, Yao n’est pas le héros mais le déclencheur inconscient, l’adjuvant à travers lequel le fatum va se manifester pour infléchir la trajectoire de Seydou ; un cicérone malgré lui tirant par ailleurs des leçons profitables de son escapade. Godeau et Sy ont tenté manifestement d’éviter le “folklorisme“ tout en préservant un certain réalisme dans la vision du pays. Toutefois, il ne faut pas non plus s’attendre à une vérité documentaire : la caméra ne reste pas assez longtemps pour cela, c’est l’histoire qui le veut… et le genre road movie, qui lui aussi e

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Nuit du droit

ECRANS | Jeudi 4 octobre de 19h à 1h, la Faculté de droit vous le donne (le droit) de passer la soirée en ses murs. Pour assister à d’édifiantes conférences sur, par (...)

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Nuit du droit

Jeudi 4 octobre de 19h à 1h, la Faculté de droit vous le donne (le droit) de passer la soirée en ses murs. Pour assister à d’édifiantes conférences sur, par exemple, la Justice et les médias (avec notamment Me Éric Dupond-Moretti et Me Antoine Vey). Mais aussi le procès fictif de Severus Rogue dans Harry Potter (alors, à votre avis, a-t-il droit aux circonstances atténuantes du fait d’une création capillaire humiliante ?), ainsi que de projections. Jean Libon et Yves Hinant viendront présenter Ni juge, ni soumise, le documentaire qu’ils ont consacré à Anne Gruwez (en sa présence), et un montage autour de La justice au cinéma complètera la rencontre. Et l’entrée est, comme vous, libre. Nuit du Droit À l'Université Jean Moulin Lyon 3 (Manufacture des Tabacs) le jeudi 4 octobre

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Taste of Cement

ECRANS | Pour Ziad Kalthoum, sa caméra est une « arme contre le régime, contre la société actuelle, contre le crime, contre tous ceux qui essaient de détruire la (...)

Margaux Rinaldi | Lundi 11 juin 2018

Taste of Cement

Pour Ziad Kalthoum, sa caméra est une « arme contre le régime, contre la société actuelle, contre le crime, contre tous ceux qui essaient de détruire la Syrie. Une arme contre la censure, aussi. » Et surtout, une arme qu’il utilise dans son film Taste of Cement, en montrant la vie des ouvriers syriens qui bâtissent un gratte-ciel à Beyrouth, tandis qu’ils perdent leur maison et leur famille sous les bombardements. Une vie en exil retracée par un mélange entre le son de la construction le jour, et de l’anéantissement la nuit. Taste of Cement Au Zola le mardi 19 juin à 20h

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Un portrait un peu gauche : "L'Insoumis"

Documentaire | de Gilles Perret (Fr, 1h35) documentaire avec Jean-Luc Mélenchon

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Un portrait un peu gauche :

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, on s’étonnait de ne pas avoir dès 20h de déclaration à chaud ni d’images de Jean-Luc Mélenchon. Cette absence médiatique du bouillonnant candidat, si présent durant la campagne, était-elle consécutive à la stupéfaction, la déprime ou une bouderie de se retrouver classé quatrième à l’issue du scrutin ? Près d’un an plus tard, cet instant d’actualité, devenu fragment d’histoire immédiate, nous parvient grâce à la “caméra embarquée” exclusive d’une production privée — le paradoxe s’avère pour le moins étrange concernant le champion de La France Insoumise — ; celle du documentariste Gilles Perret, alors en train de tourner son portrait. Las, on devrait parler d’hagiographie tant le film du bon camarade Perret, partageant les idées de Mélenchon, s’emploie à renvoyer du candidat un reflet flatteur, visant à rectifier la caricature de loup-garou ordinairement diffusée par ses adversaires. D’un côté comme de l’autre, il s’agit pourtant de propagande, et aucune n’est donc recevable. Proche idéo

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Le Bistrot du Potager Gerland : ça déménage !

Restaurant | Cette quasi institution de la rue de la Martinière se téléporte du côté de Gerland. Le voyage lui a fait un bien fou.

Adrien Simon | Mardi 17 octobre 2017

Le Bistrot du Potager Gerland : ça déménage !

Depuis la cour du Croiseur, salle de spectacle du 7e, on observait l'année dernière de grandes grues s'affairer au sein d'un chantier monstre. C'était durant le Salon des Débouchées, hommage de novembre aux vins propres (nous en reparlerons). Quant au projet immobilier en question, il s'agissait de Gerland 75, réhabilitation, en logements et bureaux, des anciens Magasins Généraux de la Mouche. L'année dernière, la petite halle en pierres du XIXe se tenait toute seule au milieu d'un terrain vague. Aujourd'hui, même si elle attend toujours les parcs paysagers qui devraient l'entourer, la voilà habitée par un tout neuf Bistrot du Potager. Rappel : il y a presque douze ans, Franck Delhoum ouvrait le Potager des Halles, à la Martinière (dans le 1er), avant de lui adjoindre un bistrot à tapas. Or, Franck a mis les voiles, direction Gerland. Un quartier plein d'avenir si l'on en croit la Métropole, qui vante à grand renfort de plaquettes chics, un « territoire » en « métamorphose », attirant de « nouvelles énergies créatrices »

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L'Épicerie Moderne sous les tropiques

Sono Mondiale | Ça vous tente, un trip musical original en visitant les quatre coins du monde en une seule soirée ? Ça tombe bien : c'est ce que vous a réservé l'Épicerie Moderne avant sa trêve estivale bien méritée (ils nous ont bien gâtés en terme de programmation cette année).

François Cau | Vendredi 8 juillet 2016

L'Épicerie Moderne sous les tropiques

Changement de décor : ce n'est pas dans la salle habituelle de l'Épicerie que les festivités se dérouleront. Cette fois, c'est le Fort de Feyzin qui va être envahi par Moderne Tropique, lequel va pour la première fois ouvrir ses portes de nuit. Comme ils sont « conscients que l'avenir sera construit par l'actuelle génération de nos enfants », les programmateurs de l'Épicerie la plus moderne qui soit ont prévu l'après-midi des ateliers pour "minus" avec un espace jeux ; les plus grands pourront également en profiter autant qu'ils le souhaitent avec des ateliers tatouages, couronnes de fleurs, BD et autres... Vient ensuite l'heure de bouger : goûter / boum pour les enfants, avec DJ Stéphane. Parents, ne soyez pas jaloux, un blind test dansant (avec les enfants) vous attend juste après. 19h, heure de l'apéro certes, mais en musique : les 29 seniors de la Chorale Rock de l'Épicerie (édition 2016) ne vont pas rester les bras croisés à vous regarder siroter votre verre, ce n'est

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Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr, 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Good Luck Algeria

Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors qu'Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d’un exploit individuel accompli dans un cadre absurde. Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s’inspire des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et “promené” par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l’athlète que par l’aubaine d’une subvention à détourner — des notables ici moqués avec causticité. À partir de l’anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe, où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu’à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si pour la course Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retro

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Le Trésor

ECRANS | Touchant à tous les registres sans faire de tapage, Corneliu Porumboiu compose, film après film, une peinture méticuleuse de la société roumaine contemporaine et s’impose comme le plus important cinéaste actuel de son pays. Nouvelle perle à sa filmographie, “Le Trésor” le confirme.

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Le Trésor

Qu’est-ce qu’un trésor ? À cette question, chacune et chacun possède au moins deux réponses. L’une sentimentale, se référant à un objet matériel ou immatériel dénué de toute valeur marchande ; l’autre, absolue, désignant un bien universellement reconnu comme précieux, source de richesse potentielle pour son détenteur. Il est rare dans notre monde matérialiste que les deux définitions se superposent ou que l’une parvienne à se substituer à l’autre, à moins que l’on ait conservé une âme innocente. C’est le cas de Corneliu Porumboiu, qui malgré sa lucidité d’adulte, sait encore décocher des regards en direction d’un naturel merveilleux. Avoir un tel sens de l’absurdité et faire preuve d’autant de poésie relève du prodige. De l'ironie à la pelle Chaque époque connaît sa quête du Graal, plus ou moins ludique ou comique. Ce film en est une, qui renvoie à un temps et à un imaginaire révolus — celui des romans peuplés de pirates dissimulateurs, ou de ces contes que le héros Costi lit le soir à son fils. Seulement, en étant transposée de nos jours à l’échelle d’un jardin, l’aventure se trouve comme vidée de sa substance héroïque, de son éclat, d’une forme de danger

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Le Grolektif, une bande à part

MUSIQUES | D'abord regroupement informel de jeunes jazzmen en mal de sensations scéniques, le Grolektif est aujourd'hui un modèle de foisonnement et de résilience DIY. A la veille de son 11e anniversaire et de la 4e édition de son festival étendard, récit d'une belle aventure commune. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 31 mars 2015

Le Grolektif, une bande à part

«Pourquoi les collectifs se multiplient-ils ?» se demande en Une de son tout premier numéro la revue trimestrielle Théâtre(s) Magazine. Fondateur du Grolektif, au même titre qu'une quinzaine d'autres diplômés du Conservatoire de Lyon et de l’École National de Musique de Villeurbanne, Romain Dugelay a sa petite idée sur la question : «C'est une réaction face à une certaine économie et un certain climat.» Á rebours de l'austérité libérale et du retour de l'ordre moral (moins de bruit, moins de blagues, moins de mélanges), cette forme d’organisation un rien utopique s'impose en effet de plus en plus, dans le champ culturel mais pas que, comme le meilleur moyen non seulement d'assumer les risques économiques inhérents à la création, mais aussi de remettre en cause certains acquis artistiques. Et ça, le Grolektif l'a compris dès 2004. Les petits bals perdus Á l'époque, âgés d'une vingtaine d'année, frais émoulus de leurs hautes écoles et pour beaucoup multi-instrumentistes, Romain Dugelay et ses compagnons sont mus par un simple besoin, commun à tous les jeunes diplômés : celui de passer

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Soumission

CONNAITRE | de Michel Houellebecq (Flammarion)

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Soumission

Le bruit médiatique disait, avant l’arrivée en librairies de Soumission, que le dernier Houellebecq était un roman sur l’islam ; après sa sortie (le 7 janvier !), non seulement l’idée était incrustée dans les consciences des (non ou futurs) lecteurs, mais l’auteur était carrément devenu «islamophobe». Il aurait suffit de laisser passer l’orage et de le lire à tête reposée — si tant est que cela est possible vu le contexte — pour se rendre compte que tout cela était au mieux superficiel, au pire absolument faux. L’islam, dans Soumission, est autant un prétexte qu’un révélateur d’un état de la société française mais aussi, et surtout, du héros houellebecquien, nommé ici François, professeur de littérature à l’Université, quadragénaire désabusé et résigné à mourir seul. Lorsqu’en 2022 Mohamed Ben Abbes, fondateur d’un parti baptisé la Fraternité musulmane, parvient à la Présidence de la République avec le soutien des grands partis de gauche, du centre et de droite, François découvre que ce qui a changé — obligation de se convertir pour retrouver son poste, magasins de vêtements féminins fermés — est finalement moins fort que ce qui demeure immuabl

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Pas juste pour rire

SCENES | L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 janvier 2015

Pas juste pour rire

L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une tentative similaire de son complice Jacques Chambon, Les Sentinelles (20 février au Karavan), une intrigante «tragédie burlesque sur l’incapacité des hommes à se reconnaître dans l’autre». Autre auteur et metteur en scène pas-que-drôle, Jocelyn Flipo présentera lui Sale mentor (à

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Des barreaux de rire

SCENES | «En prison, pour pouvoir apprécier le bon côté de la vie, il faut parfois savoir fermer les yeux». La maxime est d'Antoine Schoumsky et elle résonne idéalement (...)

Benjamin Mialot | Mardi 22 avril 2014

Des barreaux de rire

«En prison, pour pouvoir apprécier le bon côté de la vie, il faut parfois savoir fermer les yeux». La maxime est d'Antoine Schoumsky et elle résonne idéalement avec l'ambition avouée de cet habitué des formats courts – il a notamment fait quelques panouilles pour Groland et est membre du collectif web Golden Moustache : ouvrir les nôtres en grand sur ce pur espace de fiction et catalyseur de maux (racisme, solitude, domination) qu'est le milieu carcéral, le long d'Au parloir, un seul en scène aussi cru que vraisemblable. En cela, c'est-à-dire dans cette capacité, par le biais d'une situation de départ astucieuse – il interprète un pauvre type qu'un irrépressible désir de célébrité a conduit à enfreindre la loi et qui espère obtenir un allègement de peine en suivant un stage de réinsertion par l'humour – et d'une écriture plus soutenue que la moyenne, à provoquer la réflexion autant que l'hilarité, il peut être rapproché de Cédric Chartier – qu'il a d'ailleurs précédé sur la scène de l'Espace Gerson en mars. A u

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Beur sur la ville

ECRANS | De Djamel Bensalah (Fr, 1h39) avec Booder, Issa Doumbia, Steve Tran…

Dorotée Aznar | Vendredi 7 octobre 2011

Beur sur la ville

Parodie au culturopoing du bebelopolar de Verneuil, Beur sur la ville rappelle pourquoi le cinéma français fait de la peine. Entre buddy movie et comédie communautaire, Djamel Bensalah veut peaufiner son style et son cinéma, vaguement cinéphile, un brin régressif et finalement pas finaud. S'embrouillant dans une partie polar bâclée qui n'est utile qu'à souligner la référence, son film s'embourbe vite dans une série de lourds running gags racistes à la mentalité datée pas si éloignée des bessonades de Taxi. Bensalah sait pourtant tenir son cadre, fabriquer une esthétique transformant la banlieue en vraie petite mythologie de cinéma. Mais c'est une goutte d'eau dans un nanar débile qui n'est en vérité qu'un spot déguisé pour Fanta. Jérôme Dittmar

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