Voilà l'été : un jour, une sortie #5

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Mercredi 3 août 2016

Photo : © Charles Loupot


29 / Mercredi 3 août : cinéma

La Chanson de l'éléphant

L'appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l'enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s'extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. (lire la suite de l'article)

30 / Jeudi 4 août : art martial & danse

Initiation à la capoeira

Vous apprêtant à décoller pour assister aux JO de Rio, on ne saurait trop vous conseiller de tenter l'initiation à la capoeira, cette technique de combat dansée qui pourrait bien vous servir si vous vous égarez un soir dans quelque favela. Dans le pire des cas, si vous n'allez pas au Brésil, vous pourrez toujours faire l'intéressant pendant que cuisent les saucisses du barbecue familial, en prenant bien soin de ne pas vous bloquer le dos ou de renverser la sangria.
Sur la place Bellevue dans le 1er, jusqu'au 25 août tous les jeudis de 19h30 à 21h

31 / Vendredi 5 août : sport

Jeux Olympiques de Rio

Ah, ça on s'ennuyait ferme depuis la fin de l'Euro et du Tour – intervenue dès la troisième étape. La magie des JO est de retour avec ses après-midis fondus dans le canapé à mater un Letton lancer un marteau ou à s'affoler le rythme cardiaque sur une course d'aviron sans barreur et sans français. L'esprit olympique et l'ennui aoûtien, c'est la reine des carpes mariée au prince des lapins, on n'a jamais inventé meilleur mariage arrangé.
À Rio et dans votre salon jusqu'au 21 août

32 / Samedi 6 août : exposition

Loupot, peintre d'affiches

L'ambre solaire et le pastis sont vos amis de l'été ?! Sachez que le premier à avoir porté haut et fort leurs couleurs est à l'honneur au musée de l'Imprimerie, jusqu'au 28 août. Charles Loupot, affichiste quand la publicité n'était pas encore vraiment un concept, a notamment travaillé pour L'Oréal dès les années 1930 et pour la marque Saint-Raphaël. Ne ratez pas ses magnifiques et très graphiques travaux.
Au musée de l'Imprimerie

33 / Dimanche 7 août : exposition

Divinement foot

Quelle drôle de sensation, que d'admirer l'assemblage de maillots rivaux cousus de concert, à commencer par la pièce mêlant couleurs de l'AS Saint-Etienne et de l'Olympique Lyonnais : l'on se trouve légèrement mal à l'aise, même… Cette exposition itinérante (Bâle, Amsterdam...) prendra idéalement le relais de l'Euro en vous préparant au retour du football de club, une large part étant consacrée à l'histoire de celui présidé par M. Aulas, même si ce n'est pas la partie la plus vitale, les liens entre religion et football en début de parcours étant sujet à de plus amples réflexions.
Au musée Gadagne jusqu'au 4 septembre

34 / Lundi 8 août : glacier

La Fabrique Givrée

Une nouvelle boutique jaune pétant vient de s'installer dans le Vieux Lyon. Ici, on s'appelle modestement "artiste glacier" et on entend "redonner du sens" à la double boule (4, 70€) et au dessert à l'assiette (en carton, 10€). Les ingrédients de base viennent d'Ardèche : le lait pour les glaces, l'eau pour les sorbets, les fruits rouges. Pour le reste (les 22 parfums) on nous parle de beaux produits et on y croit : glaces aux noisettes du Piémont ou à la Vanille de Tahiti, sorbets au jus de pommes d'Ardèche ou aux mangues d'Inde. Quant aux "créations", elles sont mimi, comme "J'en suis baba" : une boule de fraise, une boule de pêche-verveine, un baba imbibé de rhum et jus de citron vert, des morceaux de fraise et une bonne dose de chantilly.
66 rue Saint-Jean, 5e

35 / Mardi 9 août : exposition

Introduction à l'œuvre et à la vie de Pasolini

L'exposition Pasolini, una vita violenta constitue une très bonne introduction visuelle (images d'archive biographiques et de tournages de films, affiches de films...) à la biographie et à la carrière prolifique de Pasolini. Elle donne envie de se plonger dans ses écrits et dans ses films, ou encore dans la lecture du dernier et passionnant numéro de la revue Initiales (éditée par l'Ecole des Beaux-Arts de Lyon) qui lui est consacré.
À la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu jusqu'au 10 août


Loupot, peintre d'affiches

Charles Loupot (1892-1962), grand affichiste français, est l'un des inventeurs du style Art Déco et a porté l'affiche publicitaire à l'apogée de la création artistique
Musée de l'Imprimerie et de la communication graphique 13 rue de la Poulaillerie Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Pasolini, una vita violenta

Retour sur la quête d'absolu et de spiritualité de Pier Paolo Pasolini, poète, écrivain et réalisateur italien
Bibliothèque de la Part-Dieu 30 boulevard Vivier Merle Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


La chanson de l'éléphant

De Charles Binamé (Cda, 1h50) avec Bruce Greenwood, Xavier Dolan...
À la veille de Noël, la disparition soudaine du docteur Lawrence provoque une onde de choc dans l’institution psychiatrique où il exerce. Le directeur, le docteur Green, veut éviter que la nouvelle devienne publique, car l’hôpital a été récemment au centre d’un scandale. Il entreprend alors de questionner Michael, un jeune homme en traitement qui est le dernier à avoir vu le médecin. Malgré l’avertissement de l’infirmière en chef qui connaît mieux que quiconque le patient, celui-ci entraîne Green dans un jeu psychologique qui le trouble profondément. La Nef 18 boulevard Edouard Rey Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Divinement foot !

A l'occasion de l'UEFA Euro 2016, une exposition européenne et interactive qui envisage le football comme une nouvelle religion, avec ses héros, ses rites, ses temples et ses valeurs
Musées Gadagne 1 place du Petit Collège Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Embrasse-moi idiot : "Matthias & Maxime"

Drame | À la suite d’un pari perdu, deux amis d’enfance (Matthias et Maxime) doivent s’embrasser devant une caméra. La situation les perturbe profondément et affecte leur relation, d’autant plus tendue que Maxime va partir deux ans en Australie. Ce baiser aurait-il révélé une vérité enfouie ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Embrasse-moi idiot :

Débarrassons-nous tout de suite des tics dolanniens qui, à l’instar d’excipients dans une recette, font du volume autour du “principe actif“ ; en l’occurrence, le cœur palpitant et original du film. Oui, on retrouve un portrait vitriolé de la génération parentale, en particulier des mères — les pères étant globalement absents. La génitrice du personnage de Maxime joué par Dolan apparaît comme de juste dysfonctionnelle, excessive (et droguée, violente, sous tutelle pour faire bonne mesure). Autre constante, la B.O. ressemble encore au juke box personnel du cinéaste, les aplats de musiques se révélant bien commodes pour faire des ponts entre séquences. Sorti de cela, Matthias & Maxime se situe dans un registre moins exalté qu’à l’ordinaire : la trentaine approchant, la rébellion s’amenuise et certaines paix intimes se conquièrent. Ce qui ne signifie pas que le film soit un robinet d’eau tiède : les tensions et les passions qu’il abrite y sont intériorisées (principalement par le personnage de Matthias), explosent par moment, mais sans extraversion carnavalesque.

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Matthias & Maxime (& Xavier)

Avant-Première | Même si officiellement le Festival Lumière ne débute que le lendemain, certains invités devancent l’appel et en profitent pour venir présenter leur film en (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Matthias & Maxime (& Xavier)

Même si officiellement le Festival Lumière ne débute que le lendemain, certains invités devancent l’appel et en profitent pour venir présenter leur film en avant-première. C’est le cas de Xavier Dolan, auteur et interprète de Matthias & Maxime, qui va écumer les salles pour accompagner son dernier-né, lequel faisait partie de la compétition cannoise ce printemps. Comme vous aurez sans doute plein d’autres films à voir le 16 octobre lors de sa venue au festival, prenez de l’avance ! Matthias & Maxime Au Lumière Terreaux​ le vendredi 11 octobre à 18h & 18h15, au Pathé Bellecour à 19h, à l’UGC Ciné-Cité Confluence à 19h45 et au Comœdia à 20h30

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Juste après la fin du monde : " Ma vie avec John F. Donovan"

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h03) avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Juste après la fin du monde :

Jeune acteur dans le vent, Rupert Turner raconte à une journaliste pète-sec dans quelles circonstances il entretint enfant une correspondance épistolaire avec John F. Donovan, un autre comédien à l’existence torturée, et comment cet échange influa sur leurs destinées… Un petit saut de l’autre côté de la frontière et voici donc enfin (pour lui) Xavier Dolan aux manettes d’un film étasunien. Mais, outre la langue et donc les interprètes la pratiquant, point de métamorphose dans son cosmos : la structure nucléaire basique de son cinéma reste inchangée (une relation fusion/répulsion entre un fils et sa mère renforcée par l’absence du père, le sentiment teinté de culpabilité de se découvrir habité par des pulsions différentes de la “norme hétéro“, de la musique pop forte plaquée sur des ralentis, des éclats de voix…). Certes, le maniérisme formel est (un peu) mis en sourdine au profit de l’histoire — elle mérite toute l’attention de l’auteur, puisqu’il s’agit d’un enchâssement de récits —, mais il demeure quelques facilités consternantes empesant inut

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Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

CANNES 2018 | Avec Pawel Pawlikowski (Meilleur réalisateur pour Cold War), Stéphane Brizé et Lee Chang-dong en compétition ainsi que trois autres réalisateurs dans les sections parallèles dont Lukas Dhont, Caméra d'Or pour Girl, le distributeur et producteur Michel Saint-Jean a contribué au succès du festival de Cannes 2018. Affable mais discret, le patron de Diaphana y fait souvent résonner des voix indépendantes et engagées. Rencontre.

Vincent Raymond | Samedi 19 mai 2018

Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

Même si rien ne vient jamais amenuiser son prestige, la rumeur prétend que son éclat s’estompe avec le temps. C’est un fait chimique : l’oxydation est la pire ennemie des César. Celui décorant discrètement le bureau de Michel Saint-Jean a de fait gagné son pesant de patine. Sans doute s’agit-il de la statuette remportée en 1999 avec La Vie rêvée des anges ; sa petite sœur conquise en 2009 pour Séraphine demeurant chez ses producteurs. Un trophée du meilleur film toutes les années en 9, comme pour célébrer chaque nouvelle décennie de sa société Diaphana fondée en 1989… Le distributeur peut toucher du bois pour 2019. Et pourquoi pas dès 2018 grâce à En guerre, la nouvelle réussite de Stéphane Brizé ? Ce « combat pour la dignité et la justice allant au-delà de la photographie de la délocalisation », s’inscrit dans la cohérence des près de 350 films qu’il a portés sur les écrans depuis ses débuts, où l’on croise le Lucas Belvaux de la géniale Trilogie ou de

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Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

3 questions à | Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été convaincu de ressentir le choc qu’elle m’avait promis. Je l’ai rangée dans la bibliothèque. Après Lawrence Anyways,

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Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Juste la fin du monde | Acteur discret et intérieur, Gaspard Ulliel incarne Louis, le pivot de Juste la fin du monde. Xavier Dolan et lui reviennent sur la genèse de ce film, ainsi que leur rapport à l’écriture de l’auteur, Jean-Luc Lagarce…

Vincent Raymond | Dimanche 18 septembre 2016

Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Si on m’avait appelé pour me dire « on peut faire Donovan tout suite », j’aurais dit « trop tard, c’est celui-ci que je fais. » Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai ramené chez moi son grand cahier — son texte de théâtre, en fait — avec ses annotations en marge, les déplacements... J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été co

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"La Chanson de l’éléphant" : les mimiques exagérées de Xavier Dolan

ECRANS | Un film de Charles Binamé (Can, 1h50) avec Bruce Greenwood, Xavier Dolan, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. S’il s’agissait de montrer l’étendue de ses capacités de comédien, la prestation qu’il a livrée à Cannes en recevant son Grand Prix en mai dernier laissait déjà planer de sérieux doutes. A-t-il voulu camper (en anglais) un résident d’hôpital psychiatrique jouant au chat et à la souris avec le directeur de l’établissement par amour pour la pièce originale, pour en remontrer à ses confrères anglo-saxons, pour s’accorder une ultime chance ou bien par pur masochisme ? Quel que soit le mobile, ses mimiques exagérées de Norman Bates canadien valorisent le jeu retenu de ses partenaires — en particulier l’excellent Bruce Greenwood.

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Pasolini, une œuvre inconsommable

Bibliothèque de la Part-Dieu | Deux événements complémentaires pour (re)découvrir l’œuvre de Pasolini : une exposition qui retrace, en images et en archives, sa biographie et les grandes étapes de sa carrière artistique ; un numéro passionnant de la revue Initiales qui creuse sa pensée intempestive et son héritage.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 mai 2016

Pasolini, une œuvre inconsommable

En reprenant pour son exposition le titre d'un livre de Pier Paolo Pasolini publié en 1959, Una vita violenta (Une vie violente publiée en français chez 10/18), le Lyonnais Michel Chomarat annonce la couleur : rouge marxiste, rouge-sang pour un artiste qui n'a cessé d'être poursuivi et menacé, dont la vie familiale fut tragiquement traversée par l'Histoire et qui finit lui-même assassiné sur une plage à Ostie début novembre 1975... Constituée essentiellement d'éléments visuels (photographies d'archives, affiches de films, images de tournages, reproductions d’œuvres d'art en lien avec Pasolini...), l'exposition constitue une intéressante introduction à la biographie et à l’œuvre monumentale de Pasolini : cinéaste (une vingtaine de films), romancier, dramaturge, poète, essayiste ! Michel Chomarat nous invite à parcourir quatorze "stations" en référence au Chemin de croix et au film L'Évangile selon Saint-Matthieu (1964). « Comme le Christ, Pasolini, figure emblématique de l'homme blessé, vilipendé, humilié, trahi, s'est chaque fois relevé, pour finalement succomber sous les coups » écrit de manière un peu lyrique Michel Choma

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L’Art et la matière : Charles Loupot au musée de l'Imprimerie

Musée de l'imprimerie | Passé par les Beaux-Arts de Lyon, Charles Loupot a élevé la publicité visuelle au rang d’art dès les années 1920. Au gré des affiches réalisées pour L’Oréal ou Saint-Raphaël, le musée de l’Imprimerie propose un somptueux accrochage correspondant pleinement à son autre appellation de "communication graphique".

Nadja Pobel | Mardi 19 avril 2016

L’Art et la matière : Charles Loupot au musée de l'Imprimerie

Quand la publicité n’était pas encore virale ou télévisée, l’affiche était le support privilégié de quelques annonceurs ayant saisis précocement l’intérêt de séduire le client via des messages informatifs et esthétiques. Charles Loupot en a fait un métier : affichiste. Plus d’une soixantaine de ses lithographies grands formats permettent de retracer l’histoire d’un artiste qui, après avoir assimilé le mouvement moderne des années 20 (Cézanne, Picasso), s’intéressera de très près à l'Art déco — un mot postérieur à la naissance de ce courant — puis lorgnera dans les années 50 vers plus d’abstraction et d’austérité. Pour le chocolat Cémoi ou le café Martin, il va à l’épure, imposant au premier plan, en le colorisant, le produit et laissant dans le clair et le pastel une image secondaire. Pour Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal, il parvient à se focaliser sur le mouvement des cheveux, négligeant un visage sans yeux ni bouche : tout le shampoing Dop est ainsi résumé. De même que l’Ambre solaire caramélise et dore vraiment la peau avec ce slogan imparable « Brunir sans brûlures ». Dessine-moi un arôme Mais quelques lettres tapuscrites témoignent q

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Une belle fin

ECRANS | D’Uberto Pasolini (Ang-It, 1h27) avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Une belle fin

Fonctionnaire gris dans une banlieue grise de Londres, John May est chargé de retrouver les proches des personnes décédées dans l’anonymat. Un travail qui le passionne, si tant est que ce petit bonhomme à la vie monacale et monotone puisse être qualifié de passionné. Aussi, quand il apprend que son job est menacé, il met toute son énergie pour réunir famille et amis de son voisin, Billy Stoke. Uberto Pasolini — rien à voir avec Pier Paolo — n’a pas peur du pléonasme visuel pour illustrer cette histoire au demeurant originale, même si un bon court-métrage aurait sans doute suffit à en faire le tour. Cadres au cordeau dont la répétition donne le la d’une existence désespérante, interprétation monoexpressive du pourtant excellent Eddie Marsan, petite musique triste qui revient à intervalles réguliers sur la bande-son ; tout est fait pour conférer une ambiance de crépuscule funéraire à cet objet dont la mélancolie est purement fabriquée. Sans parler d’un scénario programmatique, dont l’enjeu est cousu de fil blanc : comment ce John May va retrouver le goût de la vie en redonnant sa dignité à un mort. La fin est en cela une petite leçon de cynisme tire-larmes, rep

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Pasolini

ECRANS | D’Abel Ferrara (Ita-Fr, 1h24) avec Willem Daffoe, Ninetto Davoli…

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Pasolini

Etre ou ne pas être un biopic, là est la question qui se pose à tout cinéaste qui se respecte abordant la vie d’un homme célèbre. Pasolini vu par Ferrara n’est pas plus une bio filmée de l’auteur d’Accatone que ne l’était le Saint Laurent de Bonello ; ladite vie est réduite aux dernières vingt-quatre heures du romancier-réalisateur-essayiste, mais Ferrara crée des trouées de fiction dans sa chronologie : les images de Salo, des extraits de Pétrole, grande œuvre romanesque inachevée, ou un article polémique sur le monde contemporain deviennent les réels événements de la première partie, de loin ce que Ferrara a tourné de mieux depuis des lustres. Pasolini — et son interprète, Willem Daffoe, excellent — avance d’un pas serein vers une fin dont il semble avoir la prémonition, comme en témoigne cette scène magnifiquement mise en scène où la caméra accompagne son retour dans sa famille sans effusion, dans une harmonie retrouvée où chacun reprend naturellement sa place. La manière dont Ferrara adapte à l’écran les bribes de son dernier roma

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Gilles Pastor en terrain conquis

SCENES | Sur un plateau de jeu impeccable, le metteur en scène Gilles Pastor transforme ses acteurs (et ses footballeurs !) en figurines animées au service d'un texte complexe et passionnant de Pasolini : "Affabulazione". Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 novembre 2014

Gilles Pastor en terrain conquis

Il y a les spectacles qui prennent le temps de se mettre en place et ceux qui, dès leur entame, existent pleinement. Avec Affabulazione, Gilles Pastor a indiscutablement choisi la deuxième option. Sur une musique de clavecin en stéréo, il crée d’emblée une dissonance. Et chacun des comédiens de venir du fond de la salle, puis traverser le plateau, dos aux spectateurs. Et rejoindre les coulisses. Ce mini prologue donne le ton : celui d’un spectacle net, d’une élégance peu commune et déjà délicatement grinçant. Placé sous le haut patronage de Sophocle, avec la voix de Jeanne Moreau pour faire résonner son spectre, Affabulazione raconte dans une langue superbe, quoique complexe, comment un père, riche industriel milanais des années 70, est perturbé par un rêve dans lequel il a pensé tuer son fils. «Comme si dans mon sommeil il avait plu» dit-il. De cet Œdipe inversé allié à une foi soudaine découle une réflexion sur le sens de la paternité et de la jeunesse disparue qui, loin de rester à l'état de théorie insaisissable, s’incarne sur le plateau. Comme dans Théorème, l’équilibre familial s’en trouve chamboulé. Par terre

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Mommy

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h18) avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément…

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans — dommage qu’il en fasse fin

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Tom à la ferme

ECRANS | Même s’il affirme une sobriété inédite dans sa mise en scène, Xavier Dolan échoue dans ce quatrième film à dépasser le stade de la dénonciation grossière d’une homophobie rurale dont il se fait la victime un peu trop consentante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Tom à la ferme

Un discours d’adieu écrit à la peinture bleue sur du papier cul, une reprise des Moulins de mon cœur de Michel Legrand, une crise d’hystérie en bord de route : Tom à la ferme démarre en caricature du cinéma de Xavier Dolan, mélange d’immaturité et de pose qui nous l’a d’abord rendu insupportable, avant qu’il ne réussisse à en extraire d’authentiques fragments de sidération dans son beau quoiqu’inégal Laurence anyways. Surprise ensuite : le film adopte une sobriété inattendue pour raconter l’arrivée de Tom (Dolan lui-même) dans la ferme familiale de son ancien compagnon décédé. La musique de Gabriel Yared, le climat lourd de menaces et quelques clins d’œil appuyés lorgnent vers le thriller à la Hitchcock, mais la peinture de cette famille hypocrite et sadique rappelle plutôt le cinéma de Chabrol, Que la bête meure en premier lieu. Dolan brouille ainsi les motifs qui conduisent Tom à s’éterniser sur les lieux du "crime" — désir de vengeance ? Volonté de témoignage ? Attirance-répulsion envers ses hôtes, et notamment le frère bruta

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Comme une odeur de souffre

ECRANS | Figure unique du cinéma italien, Pier Paolo Pasolini compte parmi ces auteurs monstres, à l'oeuvre aussi radicale que leur personnalité. En neuf films, les (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 28 mars 2013

Comme une odeur de souffre

Figure unique du cinéma italien, Pier Paolo Pasolini compte parmi ces auteurs monstres, à l'oeuvre aussi radicale que leur personnalité. En neuf films, les plus emblématiques, l'Institut Lumière revient durant un mois sur l'œuvre du poète et cinéaste dont la fin tragique (assassiné sur une plage) aura couronné d'absolu la carrière. Débutant tardivement au cinéma et sans expérience avec Accatone, portrait sidérant des banlieues populaires de Rome, Pasolini s'engouffre d'abord sur les traces du néoréalisme. Cette approche, qu'il ne quittera jamais vraiment, lui permet immédiatement de trouver son style, sauvage, direct et à la fois emprunt d'une volonté d'aller cueillir la mythologie partout. Tourné dans la foulée, Mamma Roma pousse encore plus nettement ce désir de souder l'abstraction au réalisme pour interroger l'homme, ses rêves et sa morale dans toutes ses contradictions, puisant à la fois dans le religieux, le politique et l'art.Pasolini cherchera toujours à créer cet équilibre étrange, pliant les mythes universels (Les Mille et une nuits, L'Evangile selon

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Laurence anyways

ECRANS | Bonne nouvelle : Xavier Dolan fait sa mue et commence à devenir le cinéaste qu’il prétend être. Si Laurence anyways est encore plein de scories, d’arrogances et de références mal digérées, on y trouve enfin de vraies visions de cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à ferme

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Les Amours imaginaires

ECRANS | De et avec Xavier Dolan (Canada, 1h40) avec Monia Chekri, Niels Schneider…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Les Amours imaginaires

Xavier Dolan est gay. C’est l’incroyable nouvelle que ce Québécois de 22 ans nous assène avec ces assommantes "Amours imaginaires". Il est gay, donc il joue un gay dans un film qui, de la première à la dernière image, de Wong Kar-Wai à Christophe Honoré en passant par Demy, recycle le soi-disant cinéma gay avec un mélange d’esbroufe et de prétention. Par ailleurs, Xavier Dolan est un grand cinéaste. C’est le fabuleux mantra que ce très jeune réalisateur se répète à chaque plan de son deuxième long-métrage. Témoignages face caméra, ralentis sur des gens qui marchent, qui fument, qui se frôlent, dialogues alternant stylisation poétique et truculence tabernacle, Dolan ne doute jamais de son génie. Et pourtant… "Les Amours imaginaires", qui montre un garçon et une fille faire une fixette sur le même beau ténébreux, précieux et maniéré, mais qui en fait n’est ni gay, ni sexué (alors que tout est censé nous le faire croire dans le film !) n’est qu’un scénario de sitcom adolescent à l’idiotie confondante et au nombrilisme affligeant. CC

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Le théorème de P

CONNAITRE | Livres / Comme il l’indique lui-même dans sa préface, Pier Paolo Pasolini détestait les interviews. Il a pourtant accepté de jouer le jeu avec Jean Duflot, (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 28 novembre 2008

Le théorème de P

Livres / Comme il l’indique lui-même dans sa préface, Pier Paolo Pasolini détestait les interviews. Il a pourtant accepté de jouer le jeu avec Jean Duflot, qui est déjà à l’origine d’une passionnante conversation avec un autre géant italien, Alberto Moravia. Ce livre d’entretiens, qui remontent aux années 1969/1975 (juste avant la mort mystérieuse et non résolue de Pasolini, sur une plage d’Ostie) était introuvable depuis plus de vingt ans. Les éditions Gutenberg le remettent en circulation, et nous permettent de plonger dans l’intimité de ce créateur éclectique : poète, écrivain, cinéaste et homme de théâtre, il fut un artiste sulfureux et un personnage public à l’image particulièrement trouble. Mais il restera avant tout comme un créateur hors norme, novateur et subversif, qui a dynamité les codes cinématographiques et poétique de son époque. Chacun de ses domaines de création est ici disséqué avec une grande intelligence. On y retrouve des thèmes qui traversent l’ensemble de sa vie et de son œuvre : la violence, le sacré, la liberté, la lutte contre le fascisme, l’apocalypse... Un choix de textes rares, dont un poème inédit et un décapant Manifeste pour un nouveau théâtre clôtur

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