L'année des come-backs : hier, encore...

Les Revenants | La rentrée lyonnaise est encore placée sous le signe des come-backs. De Renaud à Sniper en passant par The Cure, nombreux sont les anciens venant se produire sur les scènes de la métropole dans les mois à venir. Au risque de voir le public faire une overdose de nostalgie ? Peut-être.

Gabriel Cnudde | Mercredi 21 septembre 2016

Photo : © DR


« Hier encore » chantait Charles Aznavour. « Hier, encore... » serait-on tenté de lui répondre aujourd'hui, en découvrant les programmations des salles en cette rentrée : la saison à venir suivra les bases posées par la précédente, à savoir un lot de découvertes ; des têtes d'affiche qui cartonnent ; mais surtout des come-backs à la pelle.

Certes, Johnny Hallyday ne s'est pas (encore) lancé dans une énième tournée d'adieu, mais sa manie de revenir sans cesse en a inspiré plus d'un. Le phénomène n'est pas neuf et semble croître un peu plus chaque année, comme si une infection musicale transformait les groupes qu'on pensait morts depuis des années en revenants à guitare. Certains nous veulent du bien : ça s'entend. D'autres veulent surtout payer les factures. Ça s'entend aussi. Comme tous les arts, celui du come-back est bien difficile à maîtriser...

Le point positif avec ces retours : il y en a pour tous les goûts. Ce sont d'abord des grands noms de la chanson française qui viendront se rappeler à notre mémoire, avec Les Insus (ex Téléphone), Michel Polnareff et Renaud à la Halle Tony-Garnier. Absents depuis plus de 30 ans, les premiers, privés de leur bassiste Corine Marienneau, rejouent sur scène (le 1er octobre) les plus grands tubes de Téléphone avec une énergie saluée par nombre de festivaliers de l'été 2016. Sans aucun titre exclusif proposé, on est en droit de se demander si la démarche créatrice ne s'est pas faîte engloutir par une vague de mélancolie...

Côté Renaud (le 28 janvier 2017), qui a enfin pris le dessus sur Renard le soiffard, l'album éponyme déçoit. Moins tranchant, gnangnan, le chanteur de 64 ans a perdu son côté révolté dans une époque qui lui donne pourtant matière à crier contre tout et tout le monde comme il eut l'habitude de le faire. Michel Polnareff (le 10 novembre), quant à lui, repousse encore et toujours la sortie de son album. La guerre par médias interposés lancée avec Renaud aura-t-elle son petit effet sur les billetteries ? « Qui est le meilleur revenant ? À vous de choisir... »

Côté rock, les vieux ont leur mot à dire : 37 ans après la sortie de leur premier album studio, The Cure fouleront les planches de la Halle Tony Garnier le 17 novembre en mélangeant reprises de tubes vintage et inédits. Idem pour Pete Doherty, le 22 novembre au Transbordeur, si toutefois il se décide à venir cette fois-ci.

Jennifer Ayache sera aussi de retour avec Superbus. De quoi attirer les adolescents des années 2000 ravis de revoir les protégés du Mouv' époque rock. Même Mickey 3D vient donner quelques leçons à la société au Radiant Bellevue ce 21 septembre. Des leçons distillées également par le groupe de rap Sniper, réunifié pour une tournée dix ans après la sortie de leur dernier album commun ; toujours au Radiant, Aketo, Blacko et Tunisiano viendront chanter ces titres que tout le monde garde précieusement dans son lecteur mp3 (Gravé dans la roche et Sans répères en particulier).

Le choix ne manque pas pour revivre les émotions liées à la découverte d'un titre, d'un artiste. Mais la nostalgie est à consommer avec modération, comme toutes les bonnes choses... Elle est surtout à consommer avec raison en gardant une citation de Coluche en tête : « Se pencher sur son passé, c'est risquer de tomber dans l'oubli. »


Mickey 3D


Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Marie-Hélène Lafon : le fils de l'homme

Littérature | Dans une saison littéraire parcourue du frisson glacé du secret de famille, le Renaudot 2020 est venu couronner l'Histoire du fils de l'Auvergnate Marie-Hélène Lafon, l'une des plumes les plus subtilement acérées du paysage français. Un roman à tiroirs spatio-temporels dans lequel les soubresauts familiaux (dé)composent la déchirante tectonique d'une vie.

Stéphane Duchêne | Mercredi 9 décembre 2020

Marie-Hélène Lafon : le fils de l'homme

Le chauvinisme lyonno-rhonalpocentré étant ce qu'il est — toute personne ayant posé un pied à la gare de Perrache pour s'offrir un Twix à un distributeur en attendant que la chenille ne redémarre pouvant être certifié pur gone —, que n'a-t-on pas gagné avec la généreuse extension régionale à la riante Auvergne, outre un président de Région à la sauce lentille, s'entend ? Par exemple, une autrice dont les origines comme une grande partie de l'œuvre vont se nicher aux confins aurhalpins du Cantal — c'est quasiment à l'autre bout de la France et pourtant désormais, c'est ici. Sans doute, peut-on dès lors s'enorgueillir sans vergogne de ce Renaudot tombé dans l'escarcelle de la dite Marie-Hélène Lafon, l'une des plus fines plumes hexagonales. Sans doute aussi, comme c'est souvent le cas avec les prix de prestige à la française, ce Renaudot 2020 vient-il couronner par le truchement de sa dernière production, une œuvre entière. Mais il ne sera pas dit que la providence — et accessoirement le jury qui la déclenche — a frappé au hasard. Et c'est peut-ê

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François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Vendredi 10 juillet 2020

François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers https://fr.wikipedia.org/wiki/Aidan_Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça ne s’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après

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Beethoven par Renaud Capuçon, héroïque

Classique | L'Orchestre de Lyon et le violoniste Renaud Capuçon jouent cette semaine l'une des symphonies les plus populaires de Beethoven, la Troisième dite Héroïque. Un héroïsme proprement musical pour une œuvre ouvrant de nouveaux chemins de composition et de sensations.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 décembre 2018

Beethoven par Renaud Capuçon, héroïque

Rarement l'écart entre le contenu de sens visé par une œuvre et son rendu perceptif n'aura été aussi grand que dans la Sinfonia eroica de Beethoven. Très impressionné par l'esprit révolutionnaire du jeune Bonaparte, le compositeur allemand voulut lui dédier sa 3e Symphonie, avant de se raviser lorsque Bonaparte devient empereur. « Ce n'est donc rien qu'un homme ordinaire ! Maintenant il va fouler aux pieds tous les droits humains, il n'obéira plus qu'à son ambition ; il voudra s'élever au-dessus de tous les autres, il deviendra un tyran » se serait exclamé, dans un éclat visionnaire, Beethoven. Mais bien malin serait celui qui pourrait relier l'ode à la Révolution française à la matière musicale de la Symphonie héroïque, composée entre 1802 et 1804... Si ce n'est que cette matière est en elle-même révolutionnaire, annonçant notamment le romantisme à travers le spectre particulièrement large et varié des émotions proposées (de la marche funèbre du deuxième mouvement à l'emportement échevelé du quatrième).

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3 concerts aux Nuits de Fourvière

Nuits de Fourvière | Jack White S'il faut dire la vérité aux gens qu'on aime, n'y allons pas par quatre chemins : le dernier album de Jack White, Boarding (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

3 concerts aux Nuits de Fourvière

Jack White S'il faut dire la vérité aux gens qu'on aime, n'y allons pas par quatre chemins : le dernier album de Jack White, Boarding House Reach, n'était ni fait ni à faire. Car s'il ne manquait pas d'ambition, à ce collage d'inspirations et d'effets plutôt mal branlé et en rupture avec le style direct du gars White, il manquait l'essentiel : des chansons, étouffées sous un concept trop envahissant. Rien ici qui ne fasse taper du pied ou ne perfore durablement et positivement le cerveau à coups de riffs rutilants. Mais Jack White reste Jack White et son CV parle pour lui : White Stripes, Raconteurs, Dead Weathers, son admirable label, Third Man Records, et deux premiers albums déflagrants, eux. Surtout, surtout, une capacité hors du commun à transformer le plomb fondu de son country-rock-blues-punk en or live. Et à dégainer les tubes qu'il a en magasin plutôt que des créatures de laboratoire. Au Théâtre Antique de Fourvière le dimanche 8 juillet Benjamin Biolay Entre Hubert Mounier

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Dany Boon ne perd pas le Nord : "La Ch’tite famille"

Comédie | de et avec Dany Boon (Fr, 1h47) avec également Laurence Arné, François Berléand, Line Renaud…

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Dany Boon ne perd pas le Nord :

Designer star, Valentin s’est créé un passé d’orphelin par honte de sa famille nordiste prolétaire. L’irruption inopinée de celle-ci chamboule son quotidien ultra-maniaque et est la cause indirecte d’un accident le rendant amnésique mais aussi Ch’ti à nouveau. Un malheur ? Une chance. On se souvient que le précédent Dany Boon, RAID Dingue, était littéralement inégal : après un début burlesque très convenable, le film s’enlisait dans la gaudriole franchouillarde improbable à base de travestis avec accent d’Europe centrale — Clavier aurait été lapidé s’il s’était commis là-dedans. Par un effet de symétrie assez singulier, La Ch’tite famille souffre d’un commencement désastreux (sur-caricatures de bouseux du Nord et de Parisiens prétentieux, défilé de copains people, décors hurlant le studio), que rattrape une suite à dominante tendre, illuminée par Laurence Arné — dont le personnage insupportable de prime abord évolue (et c’est heureux) très favorablement. Ce retour aux basiques a tout de la piqûre de ra

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Wax, de l'art de malaxer

Théâtre d'objets | Changer d'état. La question est plus que d'actualité, mais c'est avec de la cire passant de liquide à solide que Renaud Herbin convoque la métamorphose dans "Wax". Jolie parabole accessible dès la prime enfance.

Nadja Pobel | Mardi 16 mai 2017

Wax, de l'art de malaxer

Dans le paysage théâtral français, une trentaine de centres dramatiques nationaux quadrillent le territoire. Seuls deux d'entre eux sont dédiés au jeune public : le TNG qui accueille enfin avec Wax le second, qui est le TJP de Strasbourg. Son directeur (depuis 2012) Renaud Herbin, spécialiste ès marionnettes - le TJP étant fléché théâtre d'objets – parvient à pousser cet art vers la matière. Pas de petites figurines manipulables par des fils, mais une matière à transgresser comme le fait également Johanny Bert avec des post-its ou de la mousse. De la cire renversée et figée sur une toile plastifiée mise à l’horizontale est prétexte à évoquer la distorsion. Rien ne tient bien en place sur le plateau, à commencer par la comédienne, Justine Macadoux (diplômée, comme Renaud Herbin, de l'École Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières). Elle se tord, tente de rester en équilibre, portant ce spectacle créé en octobre dernier aux confins du théâtre et de l'art plastique, mais aussi de la danse. Elle ne rentre pas dans ce cadre qu'elle évoque. Et lorsque, jouant des ombres de ce

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Peinture sous toutes ses coutures

Peinture | À l'occasion de l'ouverture récente du Musée Jean Couty, voisin de quelques mètres, l'Attrape-Couleurs réunit cinq artistes lyonnais qui, chacun, ont une (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 mai 2017

Peinture sous toutes ses coutures

À l'occasion de l'ouverture récente du Musée Jean Couty, voisin de quelques mètres, l'Attrape-Couleurs réunit cinq artistes lyonnais qui, chacun, ont une approche singulière de la peinture. Jean-Luc Blanchet procède par "effacements" : il recouvre des toiles de peinture noire laquée et retire ensuite de la matière pour faire naître des figures... Ici, on découvre deux fragments de forêts en hivers aux allures assez sinistres et aux formats imposants. La jeune Anne Renaud (née en 1985) assemble quant à elle, sur des toiles plus modestes et des tonalités plus acidulées, différentes formes oscillant entre abstraction et figuration (on y devine quelques fruits ou légumes). Ses compositions d'allure très rythmique et musicale, font beaucoup penser à l'univers de Vassily Kandinsky... Frédéric Houvert développe lui-

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"L’Ami, François d’Assise et ses frères" : Un biopic en ordre mineur

ECRANS | de Renaud Fely & Arnaud Louvet (Fr, 1h27) avec Jérémie Renier, Elio Germano, Yannick Renier…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Sortez vos bréviaires, règle numéro un du petit sanctifié : s’il veut que son message bénéficie d’une postérité, un prédicateur doit toujours être trahi par l’un de ses proches — voyez Jésus, qui a d’ailleurs prédit la traîtrise de Judas à ses ouailles lors de son dernier banquet. Pour Saint-François-d’Assise, c’est pareil : il aura fallu qu’un de ses apôtres assouplisse en douce les commandements rigides de sa radicale fraternité de mendiants pour que l’Église consente à la reconnaître comme étant de sa Maison. Ah, ces bonnes intentions pavant la route vers l’enfer… C’est bien joli ces plans extatiques avec petits oiseaux devant la caméra de Fely & Louvet. Et puis la verte nature rugueuse mais bienfaisante, l’hostilité du haut clergé méfiant face au vœu de pauvreté, et celle des gens d’armes imperméables aux farandoles exaltées de ces gueux hurlant leur amour… Du nanan pour le catéchisme. Bon, on ne verse pas non plus dans l’hagiographie mystique d’un Delannoy déclinant : il y a quand même des corps derrière ces esprits. Et surtout un défilé de têtes, qui porte à croire que la totalité des comédiens italiens francophones disponibl

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"Comme des bêtes" : la vie secrète des peluches

ECRANS | Un film de Yarrow Cheney, Chris Renaud (É-U, 1h26) avec les voix (VF) de Philippe Lacheau, François Damiens, Willy Rovelli…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Très attendu depuis la diffusion d’extraits révélant “la vie secrète des animaux” — c’est-à-dire, ce que les peluches domestiques font en douce lorsque leurs propriétaires humains ont tourné les talons — Comme des bêtes démontre une fois encore le gouffre sidéral séparant une enfilade de gags raboutés à des fins de bande-annonce, d’un long-métrage d’animation ayant de vraies ambitions narratives et développant un univers original (Là haut ou Vice-Versa, au hasard). Reprenant sans vergogne la trame de Souris City (avec un soupçon de Volt, star malgré lui, histoire de brouiller les pistes), la paire Cheney-Renaud cultive ici la paresse avec une insouciance de glaneurs dans un champ de patates : puisque tout est déjà sorti de terre, il n’y a qu’à se servir. L’insupportable voix vrille-tympans de Willy Rovelli, en tel sur-régime qu’il se révèle incapable de la moindre modulation achève de vous convaincre que le court métrage présenté avec avant-programme (cinq minutes de Minions, la dose limite pour ne pas risquer l’indigestion) est le

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The Cure à Tony Garnier

MUSIQUES | Du rimmel a coulé sous les ponts depuis la dernière véritable tournée européenne de The Cure. C'était en 2008 et, depuis, le groupe s'est contenté de quelques dates (...)

Benjamin Mialot | Lundi 23 novembre 2015

The Cure à Tony Garnier

Du rimmel a coulé sous les ponts depuis la dernière véritable tournée européenne de The Cure. C'était en 2008 et, depuis, le groupe s'est contenté de quelques dates prestigieuses mais éparses. Il passera cette fois par Paris, Montpellier et Lyon. Mais il faudra s'armer de patience : ce n'est que le 17 novembre 2016 que Robert Smith et ses camarades nous gratifieront de leurs grands tubes dépressifs, à la Halle Tony Garnier. Ouverture de la billetterie vendredi 27 (de cette année, cette fois).

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H-Burns trace ses routes

MUSIQUES | Après avoir atteint une sorte de Graal rock en enregistrant un "Off the Map" aride et plein de rugosités dans l'antre du mythique Steve Albini, H-Burns a, avec "Night Moves", ouvert grand ses écoutilles mélodiques en direction d'une Californie dont le territoire semble s'étendre à l'infini. Et même jusqu'à l’Épicerie moderne. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

H-Burns trace ses routes

À l'écoute de son œuvre discographique, on aurait tendance à penser H-Burns lancé dans la quête d'une place dans le monde que, sans doute et c'est tant mieux, il ne trouvera jamais. On avait ainsi laissé le Drômois du côté de Chicago, aux mains du rigoriste à salopette Steve Albini pour le très sec (forcément) Off the Map, arrachant aux passages les frusques folk auxquelles il nous avait plutôt et plus tôt habitués. Mais une fois tombé de la carte, H-Burns en a ouvert une autre, délaissant les rigueurs venteuses de Chicago pour la brise californienne et, au fond, la brisure. Et c'est assez logiquement que Renaud Brustlein s'est tourné, pour orienter son contre-pied, vers un producteur à même d'enrober de la plus belle des manières des compositions qu'on n'avait guère imaginé habitées d'une verve si mélodique : Rob Schnapf, co-producteur du Mellow Gold de Beck et des meilleurs Elliott Smith, mais choisi au départ pour ses travaux avec AA Bondy. Bande-son D'emblée, Night Moves déroute, dans tous les sens du terme. Comme avec l'immédiat Nowhere To Be, en ouverture, premier jalon du paradoxe géographico-mus

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu'aride, crée une dialectique chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

«Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui répond-il. Et il précise : «Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux». Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait

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L’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

L’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Eastwood, Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les superauteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter Ascending le 4 février — que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une ambition folle, les Wachowski s’envoient en l’air pour

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Aux yeux des vivants

ECRANS | De Julien Maury et Alexandre Bustillo (Fr, 1h28) avec Anne Marivin, Francis Renaud…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Aux yeux des vivants

On se fatigue de répéter depuis dix ans la même chose à propos du cinéma d’horreur français : que ses cinéastes se contentent de refaire leur DVDtèque, qu’ils ne savent pas écrire des dialogues et diriger des acteurs, qu’ils n’ont rien à dire de subversif et compensent par un goût du sadisme gore gratuit et lassant. Aux yeux des vivants aligne donc soigneusement tous ses défauts-là, même s’il tente vaguement de renouveler la recette en se plaçant au niveau d’un trio d’adolescents mavericks — l’influence Stand by me, sans doute. Le plus drôle étant que Bustillo et Maury situent une partie de l’action dans un studio de cinéma en plein air désaffecté, comme si Almeria avait été transplanté en banlieue parisienne. Cette invention d’un lieu mythologique et abandonné où se serait fabriqué le cinéma de genre hexagonal dit assez bien ce qui manque à ce cinéma : une tradition, un savoir-faire, même perdu, même oublié ; bref, une culture qui ne serait pas seulement celle des cinéastes-cinéphiles derrière la caméra, mais aussi celle des producteurs, des techniciens et, surtout, des spectateurs. Christophe Chabert Sortie le

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Deux jours en or

CONNAITRE | Une cinquantaine de dessinateurs, scénaristes et coloristes en dédicace, une exposition de planches et crayonnés de Lincoln, l'excellent western (...)

Benjamin Mialot | Dimanche 3 novembre 2013

Deux jours en or

Une cinquantaine de dessinateurs, scénaristes et coloristes en dédicace, une exposition de planches et crayonnés de Lincoln, l'excellent western métaphysico-burlesque des frères Jouvray (dont le huitième tome vient de paraître), des impromptus théâtraux, la réalisation en direct d'une fresque par les artistes de la galerie Le Bocal, une remise de prix... Ce n'est pas le programme de la prochaine édition de Lyon BD, mais celui d'un festival du neuvième art autrement plus modeste : le festival de la Bulle d'or, un doyen dans son genre, puisque c'est sa vingt-quatrième édition qui se tiendra les 9 et 10 novembre à Brignais. Au-delà des têtes connues (Kieran, Marie Jaffredo, la fratrie susmentionnée...), il est un auteur en particulier dont la présence sur place justifie le déplacement : Renaud Dillies, petit maître de l’anthropomorphisme auquel on doit au moins deux chefs-d’œuvre, le terrassant Abélard (sur un doux rêveur qui se met en tête de décrocher la Lune pour sa bien-aimée) et, plus récemment, le déroutant Saveur coco, où il raconte en de magnifiques aquarelles d'inspiration mexicain

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Leçon de direction

MUSIQUES | Ils ne sont plus très nombreux, les chefs de la trempe de Sir Neville Marriner : Sir Colin Davis vient de disparaître, Seiji Ozawa et Daniel Barenboim, (...)

Pascale Clavel | Vendredi 24 mai 2013

Leçon de direction

Ils ne sont plus très nombreux, les chefs de la trempe de Sir Neville Marriner : Sir Colin Davis vient de disparaître, Seiji Ozawa et Daniel Barenboim, bien que septuagénaires, font figures de jeunots... Avec sa direction devenue "bonhomme" au fil des prestations, Marriner, qui s'est fabriqué une réputation internationale avec l'Academy of St Martin-in-the-Fields, magnifique orchestre de chambre qu'il a créé en 1958, donne à entendre une musique pleine d’humanisme et où rien n’est plus à démontrer. C'est toutefois avec l’Orchestre National de Lyon qu'il interprètra cette semaine la Symphonie n°35 en ré majeur « Haffner»  et le Concerto pour violon n°3 en sol majeur de Mozart. Des oeuvres qu'il maîtrise plus que quiconque, lui qui les a jouées aux quatre coins du monde sans jamais tomber dans le piège de la simplicité prétendue de certains opus du compositeur. On se souvient d'ailleurs que c'est Marriner en personne qui dirigea les musiciens enregistrant la bande-son du Amadeus de Milos Forman, pour un résultat simplement merveilleux. Pour l'occasion,

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Deux fougueux sur un plateau

MUSIQUES | Piano à Lyon reçoit le très médiatique violoniste Renaud Capuçon et l’hypnotique pianiste géorgienne Buniatishvili. Deux magnifiques interprètes pour un programme (...)

Pascale Clavel | Jeudi 16 mai 2013

Deux fougueux sur un plateau

Piano à Lyon reçoit le très médiatique violoniste Renaud Capuçon et l’hypnotique pianiste géorgienne Buniatishvili. Deux magnifiques interprètes pour un programme finement ciselé de sonates pour piano et violon de Franck, Enesco et Bartok, ambassadeurs d'un post-romantisme assez méconnu. Redécouvrir, sous leurs doigts magiques, les couleurs un peu passées de ces musiques élégantes et aux harmonies d’une exceptionnelle richesse revient presque à atteindre un nouveau monde. Georges Enesco reste peut-être, à notre époque, le compositeur le plus confidentiel des trois. Une citation, recueillie par le critique Bernard Gavoty, pourrait le résumer : «La perfection qui passionne tant de gens ne m’intéresse pas. Ce qui importe, en art, c’est de vibrer soi-même et de faire vibrer les autres». L’œuvre d’Enesco est en effet faite pour chacun et touche jusqu’à la moelle. Sa sonate, pétrie des sonorités d’Europe centrale, offre des impressions d’immensité, impose un tempo toujours en mouvement, révèle des timbres évoquant une musique tzigane plaintive. Quant à Franck, Renaud Capuçon

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Syndrome de Stockholm

MUSIQUES | Vous voulez vous convaincre que la vie en Suède n'est qu'une lente, froide et sombre agonie baptisée "ennui", un interminable magasin Ikea dépourvu des (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 janvier 2013

Syndrome de Stockholm

Vous voulez vous convaincre que la vie en Suède n'est qu'une lente, froide et sombre agonie baptisée "ennui", un interminable magasin Ikea dépourvu des passages secrets qui permettent de s'en échapper pour aller profiter de son attaque de panique sur le parking sans passer par le rayon literie ? Avec Holograms – qui rime vaguement avec "hooligans" – vous en aurez pour vos couronnes – là-bas, point d'euros. Parce que la Suède, le groupe de Stockholm, issu de la classe ouvrière, la taille en pièces. Et en biseau bien coupant avec ça. La social-démocratie, le modèle scandinave ? Une illusion, des Holograms. Du bullshit sauce gravlax. Bien sûr, comme ils sont jeunes on pourrait croire qu'ils exagèrent un tantinet. Sans doute parce qu'il est plus compliqué de s'inventer une rébellion dans la paisible Suède que sous l'Angleterre de Thatcher ou à Téhéran. Toujours est-il que comme la littérature noire suédoise le laisse entendre – de Millenium à tant d'autres – il semblerait qu'il y ait un lièvre à lever et qu'il ait un goût de malaise. C'est ce malaise que l'on ressent à l'écoute du punk tordu d'Holograms, où les synthés viennent troubler une

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Cartes en mains

MUSIQUES | Le groupe H-Burns revient avec un quatrième album encore plus grand et plus majestueux que les précédents : «Off the map» (sortie janvier 2013). Un hors-carte qu’il chante hors-temps ; un concert à ne pas manquer en somme, dont on a discuté avec le songwriter et chanteur du groupe, Renaud Brustlein. Propos recueillis par Laetitia Giry

Christophe Chabert | Vendredi 9 novembre 2012

Cartes en mains

Il me semble qu’il y a quelque chose de plus aérien et de plus tragique dans ce dernier album… Le ressentez-vous comme ça ?Renaud Brustlein : Difficile à dire… Il y a quelque chose de plus urbain sans doute. Par le choix tout d’abord d’aller enregistrer dans une mégalopole d’Amérique du nord [Chicago, NdlR]. Aérien ? Oui, de façon métaphorique, car le processus d’écriture a été moins autobiographique que pour le précédent. Pour ce disque, mon approche a été plutôt "cartographique" si je puis dire. J’ai cherché à écrire sur les cheminements, les choix de route,  bons ou mauvais, et essayé de situer les personnages comme des points clignotants sur des cartes satellite, aux destins croisés par accident, aux trajectoires ratées. Tragique ? Oui, pourquoi pas. L’album parle de perte totale de repères, du fait de ne trouver aucune place, sur aucune carte… J’imagine que c’est un peu tragique comme idée… On note une ouverture vers une instrumentalisation de plus grande ampleur, avec les cuivres par exemple… Vers quoi vouliez-vous faire tendre votre musique en faisant ce choix ?Les cuivres, c’est quelque chose

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Captain Jack

MUSIQUES | Coup d'envoi de la saison à coups de tromblon blues, avec la venue de Jack White, conservateur en chef du rock américain, à l'occasion de son premier album solo : le détonnant "Blunderbuss". Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 23 août 2012

Captain Jack

Blunderbuss, le mot qui sert de titre au premier album solo de Jack White, désigne dans notre langue le tromblon. Au sens armurier du terme bien entendu. Soit cet ancêtre du fusil, au canon évasé, dont la particularité était de tirer un peu n'importe quoi dans à peu près toutes les directions. Le mythe américain dit de lui qu'il fut l'arme des premiers pèlerins du continent américain : ceux-là mêmes qui s'installèrent à Plymouth Rock, furent sauvés de la famine par des Indiens locaux, les Wampanoag, qu'ils remercièrent en les invitant pour ce qui fut le premier «Thanksgiving». Une fête qui aujourd'hui encore a pour but de «remercier Dieu de la qualité providentielle du Nouveau Monde et la bonne entente avec les populations indigènes (lol)». Tout ça, ironie de l'histoire indienne, pour finir massacrés et tatoués sur des motocyclistes sexagénaires fans de Johnny Hallyday. Autant que le «blunderbuss» brandi par les pèlerins, dont il connaît sans doute l'histoire par cœur, fut-elle romancée, Jack White est devenu une icône de la culture américaine. Une raison à cela : il n'a cessé d'en cultiver les graines elles-mêmes empreintes d'une veine très

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Cité des Étoiles – Givors

CONNAITRE | C’est chronologiquement la dernière "utopie" du parcours. Là encore, c’est la volonté d’un maire de gauche, Camille Vallin, qui permet à cet ensemble (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Cité des Étoiles – Givors

C’est chronologiquement la dernière "utopie" du parcours. Là encore, c’est la volonté d’un maire de gauche, Camille Vallin, qui permet à cet ensemble d’exister, pour améliorer les conditions de vie des ouvriers. L’architecte choisi, Jean Renaudie, a déjà expérimenté les "Étoiles" à Ivry-sur-Seine. Il reprend ce projet à l’heure où les grandes barres n’ont plus la côte et que les Trente Glorieuses ne sont plus qu’un souvenir. Comme ailleurs, le béton brut peut rebuter, mais les formes sont fascinantes. C’est avec un sourire et certaine fierté qu’une habitante ouvre toujours ses portes aux visiteurs (avec guide !) pour montrer ses deux balcons (un tout petit et un grand), ses angles impossibles à meubler mais si atypiques et sa fonctionnalité en dépit de petites superficies. Le théâtre de Givors et la salle d’exposition de la Mostra sont installés en bas. Adossée à la colline du château, cette cité est un étonnant joyau architectural. TER arrêt Givors (à 16 min de Lyon)

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Archi vivante

CONNAITRE | À Lyon ou aux portes de la ville, cinq sites majeurs de l'architecture moderne, regroupés sous la mention Utopies réalisées, s'offrent au visiteur curieux. En route pour une découverte estivale des quartiers des États-Unis, des Gratte-ciel, des Étoiles, du couvent de la Tourette et de la cité Le Corbusier de Firminy. Des lieux sont toujours habités (logement social ou édifice religieux). Car ce qui a prévalu à leur construction vaut toujours : mieux vivre ensemble.

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Archi vivante

Mieux vivre ensemble. Tant pis si l'expression a des airs de tarte à la crème resservie à chaque élection. Au début du vingtième siècle, les ouvriers vivent dans des logements insalubres et la France a l’un des plus forts taux de mortalité au monde. Soucieux de la santé de leurs administrés et surtout des moins aisés, des maires téméraires comme Lazare Goujon à Villeurbanne et Édouard Herriot à Lyon font alors fait appel à des architectes inventifs pour que tous vivent mieux ensemble. En 1934, les Gratte-ciel (Villeurbanne) et le quartier des États-Unis (actuellement dans le 8e arrondissement de Lyon) sont inaugurés. À Lyon, Tony Garnier a travaillé sur l'espace intérieur et extérieur et construit des îlots entourés de verdure. À Villeurbanne, l'ensemble dessiné par Morice Leroux et Robert Giroud est plus imposant, mais l'accent est également mis sur la praticité des immeubles : où que l'on soit logé, il est possible d'accéder à un commerce du rez-de-chaussée sans mettre le nez dehors, se protégeant ainsi du froid. Et surtout, audace rare : la construction du règlement urbain (réseaux d'assainissement, de gaz, d'électricité) se fait en même temps que les immeu

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Pervertir la réalité

ARTS | L'hyperréalisme trop lisse de Brann Renaud cache bien son jeu, sinon ses jouets. Le jeune peintre (exposé à la galerie Elizabeth Couturier jusqu'au 4 (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 4 janvier 2012

Pervertir la réalité

L'hyperréalisme trop lisse de Brann Renaud cache bien son jeu, sinon ses jouets. Le jeune peintre (exposé à la galerie Elizabeth Couturier jusqu'au 4 février) reproduit par exemple sur ses toiles des mises en scène de figurines, légos, poupées, sur une surface réfléchissante et baignées d'une nuit artificielle. Une série intitulée Les Nuits du chasseur, en hommage au chef-d’œuvre de Charles Laughton. Un indescriptible malaise en émane, quand ce n'est pas une angoisse franche et massive devant, par exemple, la vue rapprochée des bustes de deux poupées aveugles. Brann Renaud a été l'élève de Pat Andréa aux Beaux-Arts de Paris, artiste qui sait si bien mêler l'innocence à la luxure ou à la transgression et à la perversion (Pat Andréa expose d'ailleurs deux dessins dans la galerie en lien avec l'univers de Lewis Carroll). Brann Renaud part toujours de photographies pour composer ensuite des tableaux les plus réalistes possibles. Il présente d'autres œuvres récentes réussies comme cette femme à la robe chatoyante gisant sur le sol d'un parking souterrain

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Entretien avec Emmanuel Carrère

CONNAITRE | Pourquoi vous êtes-vous mis à écrire à la première personne avec L’Adversaire (paru en 2000) ?Emmanuel Carrère : L’Adversaire est un livre que j’ai mis (...)

Nadja Pobel | Dimanche 11 décembre 2011

Entretien avec Emmanuel Carrère

Pourquoi vous êtes-vous mis à écrire à la première personne avec L’Adversaire (paru en 2000) ?Emmanuel Carrère : L’Adversaire est un livre que j’ai mis longtemps à écrire ; le fait divers est survenu en 1993 et le livre est sorti en 2000. J’ai essayé de l’écrire de toutes sortes de façons à la troisième personne comme j’avais toujours écrit auparavant, ça ne m’était jamais venu à l’esprit d’écrire à la première personne. Ce n’était même pas quelque chose que j’avais écarté après considération mais vraiment ça ne me venait pas à l’esprit. Et après avoir essayé de toutes sortes de manières différentes, j’ai abandonné ce récit avec un certain soulagement ; je m’éloignais de cette terrible affaire. J’ai alors eu envie d’écrire pour moi, à usage personnel, un mémo de cette histoire, les rencontres faites, le procès... Je le faisais à la première personne et je me suis aperçu que ça devenait le livre que j’avais été incapable d’écrire pendant des années. Pour le moment, j’ai du mal à envisager d’écrire autrement. Il y a une espèce de bascule qui s’est opérée à ce moment-là et je suis toujours dans cet usage qui m’est désormais

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Par-delà beau et laid

ARTS | «Suce ma bite t’auras des frites !», «Kadafille», «J’adore ta chatte ! Je te bouffe l’abricot (chants tamouls)»… Tels sont certains des calembours ou (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 octobre 2011

Par-delà beau et laid

«Suce ma bite t’auras des frites !», «Kadafille», «J’adore ta chatte ! Je te bouffe l’abricot (chants tamouls)»… Tels sont certains des calembours ou des propos contenus dans les œuvres de Jean-Xavier Renaud. Pas très subtils, me direz-vous… Pire, l’artiste adopte parfois les points de vue les plus régressifs ou réactionnaires. Ses créations se veulent alors sans doute une catharsis de notre veulerie contemporaine ou, tout au moins, un reflet de notre société. Après tout, ce jeune homme de 34 ans, vivant à la campagne dans l’Ain, reprend l’une des fonctions classiques dévolues à l’artiste : représenter le monde. Et dans le monde, il y a notre beauferie, la remontée en flèche des nationalismes, le cynisme généralisé, le cul et ses histoires, le refoulé et ses retours. Il y a aussi la beauté et l’émotion que Jean-Xavier Renaud traite à travers ses paysages relativement sereins, ses «portraits» d’animaux, quelques natures mortes… L’artiste semble, dans tous les cas, créer à fleur de peau, dans l’urgence, utilisant toutes sortes de techniques et de formats qu’il maîtrise avec maestria : de très grandes huiles sur toiles, des aquarelles, des fusains, des encres, du feutre sur papier…

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Renaud Layrac, Sky zero

ARTS | Après la dissolution du groupe BP en 2008 (un duo dont toutes les œuvres tournaient avec acidité autour de la thématique du pétrole), Renaud Layrac poursuit (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 29 septembre 2011

Renaud Layrac, Sky zero

Après la dissolution du groupe BP en 2008 (un duo dont toutes les œuvres tournaient avec acidité autour de la thématique du pétrole), Renaud Layrac poursuit une carrière artistique en solo. À la galerie Martinez (jusqu’au 5 novembre), il s’attaque aux architectures du pouvoir contemporain, à travers notamment des images orangées et désolées de sièges aussi hauts que vaniteux de multinationales connues. La critique continue à l’ère du capitalisme financier (avec un titre où le "sky" comme le "ground" est égal à zéro). Son ancien comparse Frédéric Pohl aurait quant à lui tout envoyé balader, création et marché de l’art compris. Une autre façon, radicale, de résister. JED

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Interprétation des rêves

MUSIQUES | Entretien / Renaud Capuçon, violoniste. Malgré lui peut-être, il a réussi à starifier son instrument et la musique classique tout à la fois. Interprète brillant, il se produit à Lyon en trio avec son frère, le violoncelliste Gautier Capuçon, et le pianiste turc Hüseyin Sermet au jeu élégant et suave. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 4 décembre 2009

Interprétation des rêves

Petit Bulletin : Est-ce toujours une évidence de faire de la musique avec son frère ? La connivence est-elle vraiment toujours au rendez-vous ?Renaud Capuçon : Il n'est pas forcement évident de partager la musique avec un des membres de sa famille. Pourtant, mon frère, Gautier et moi avons eu cette chance. Nous jouons ensemble depuis 1997 et je dois dire que nous avons vécu de très beaux moments musicaux. La constante entre nous, c'est cette facilité à marier nos sonorités, à mettre en commun nos univers artistiques (si différents pourtant) et à unir nos énergies. Mais ça n'est pas toujours une évidence. Il faut travailler avec acharnement, s'écouter constamment, réfléchir et se remettre sans cesse en question. Sinon, l'intérêt ne serait que de courte durée. Dans ce duo fort que vous décrivez, comment peut s’inscrire le troisième instrumentiste ? Quelle place réelle peut-il prendre ?Souvent, lorsque nous jouons en trio, le pianiste (ou l'altiste, quand il s'agit d'un trio à cordes) doit dialoguer avec deux personnes et avec une vision personnelle, une sonorité bien à lui. Ce qui est à la fois séduisant pour un partenaire extérieur qui doit s’investir e

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Mutants

ECRANS | De David Morley (Fr, 1h25) avec Francis Renaud, Hélène de Fougerolles…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Mutants

Après la catastrophe Humains, le cinéma d’horreur français relève (un peu) la tête avec Mutants. Pourtant, la liste des défauts de ce premier film est longue : comédiens très inégaux, dialogues approximatifs, caméra secouée comme un shaker pour exprimer la panique… Mais David Morley a une idée assez payante : après une introduction bancale posant un film de zombie apocalyptique façon 28 jours plus tard, il enferme son couple principal dans un décor unique, et ce huis retraçant patiemment la déchéance physique de l’homme contaminé est assez réussi. Comme si, en revenant à l’essence cinématographique française (de Guitry à Sautet) qui consiste grosso modo à mettre un homme et une femme dans une pièce, Morley crédibilisait avec pertinence sa tentative de gore de chez nous. C’est aussi pourquoi, passée l’invasion finale qui n’a pas les moyens de ses ambitions, l’ultime séquence arrive à émouvoir : non par un déluge de violence, mais par un simple échange de regards. CC

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