Christophe, irradiant

Sébastien Broquet | Mardi 24 janvier 2017

Photo : © Lucie Bevilacqua



Christophe


Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Visiteurs du jeudi

CONNAITRE | Embarquement immédiat pour la troisième saison du cycle de conférences et de rencontres “Visiteurs du jeudi” : l’évènement hebdomadaire pendant lequel Hôtel71 s’ouvre au public. Et pas avec n’importe qui.

Article Partenaire | Lundi 6 septembre 2021

Visiteurs du jeudi

Chaque semaine - le jeudi donc - un·e professionnel·le de la culture ou des médias vient partager son expérience personnelle mais aussi son expertise. Alors oubliez tout de suite l’image académique et poussiéreuse de la conférence : il s’agit d’une rencontre où le public a toute sa place pour poser ses questions et échanger avec les intervenant·e·s, tous plus intéressant·e·s et pointu·e·s les un·e·s que les autres. Saison 3 avec des tables rondes Après une saison en ligne l’an dernier pour cause de crise sanitaire, l’équipe est vraiment ravie de réouvrir ses portes IRL au public. Avec une nouveauté cette année : deux tables rondes sont programmées en plus des rencontres classiques, avec différent·e·s intervenant·e·s réuni·e·s autour d’une thématique commune. La première sera dédiée à “La Blockchain au service des artistes” le 23 septembre, avec plusieurs acteur·ices du secteur technologique et artistique. La seconde le 25 novembre rassemblera des représentant·e·s de tiers lieux lyonnais pour mieux comprendre leurs fonctionnements et leurs modèles.

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100 ans de la radio : « je n’ai jamais parlé dans un micro de ma vie »

Médias | Hommes de radio, pirates des ondes, doux dingues ayant senti le vent tourner à l’aube des années 80 quand Mitterrand élu s’apprêtait à libérer les fréquences : Serge Boissat et Christophe Mahé ont tous deux vécu pied au plancher l’époque baptisée "radios libres". Ils ne se parlaient pas, n’avaient rien à fricoter ensemble, l’un doit son succès aux cocos, l’autre ses débuts à Chirac. Mais ils partagent ce même amour inconditionnel d’un média qui a marqué des générations : la radio. Et sont les deux faces d’une même pièce ayant fait vibrer les ondes lyonnaises des 80’s. Au micro, les deux protagonistes de cette fabuleuse histoire : Serge Boissat, dictateur de la cultissime Radio Bellevue, décédé durant l’été 2018, et Christophe Mahé, entrepreneur à succès et patron de Espace Group. Ce sont les 100 ans de la radio : pump up the volume !

Sébastien Broquet | Mardi 1 juin 2021

100 ans de la radio : « je n’ai jamais parlé dans un micro de ma vie »

Serge Boissat : My name is Serge Boissat. 1973, j’ouvre ma boutique Bouldingue. 1975, mon frère et trois potes montent une structure nommée Veronica. Plein de petits concerts sont organisés, des trucs de rock progressif comme Van Der Graaf Generator ou Caravan. Et les Rolling Stones au Palais des Sports. À un moment, ils ont trop grossi. Jean-Pierre Pommier démarrait, en tant que banquier il a commencé à financer un concert ou deux. Pommier, il a plein de défauts, il m’horripile des fois, même tout le temps… Sauf quand il est bourré. Lui venait de faire Kevin Ayers, bien dans le même style que ce que faisait Veronica. Donc, ils se sont associés. Et ils ont ouvert le Rock’n’Roll Mops. J’y ai passé deux mois et demi. Le Rock’n’Roll Mops, c’est le début

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“Possessor” de Brandon Cronenberg : de la mort des marionnettes

VOD | Possessor aurait pu constituer l’Easter Egg idéal du festival Hallucinations Collectives si… Mais avec des si, les cinémas seraient ouverts et on ne serait pas obligé de voir le Grand Prix de Gérardmer signé Brandon Cronenberg en direct to DVD en espérant qu’il sorte enfin sur grand écran…

Vincent Raymond | Mardi 13 avril 2021

“Possessor” de Brandon Cronenberg : de la mort des marionnettes

Dans un monde parallèle, une firme hi-tech vend à ses très fortunés clients ses “talents“ consistant à téléguider neurologiqument des individus afin qu’ils commettent des meurtres ciblés. Tasya Vos, l’une de ces marionnettistes du subconscient, éprouve de plus en plus de difficultés à sortir de ses missions. Et la dernière qu’elle accepte pourrait bien lui être également fatale… En d’autres circonstances, on aurait été embarrassé d’évoquer le père à travers le fils. Mais ici tout, du thème au style organique choisis par Brandon, renvoie au cinéma de David Cronenberg et tend à démontrer par l’exemple (et l’hémoglobine) la maxime « bon sang ne saurait mentir ». Non qu’il s’agisse d’un film par procuration, plutôt de la perpétuation logique d’un esprit, de la manifestation d’un atavisme cinématographique. Avant que le concept soit énoncé et surtout banalisé dans toutes gazettes, l’idée de l’Humain augmenté — quel que soit le moyen choisi (hybridation vidéo, amélioration psychique,

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De l'imaginaire fête sauvage sur les quais à Lyon, et de l'indignation sélective

Edito | Ou comment créer de toute pièce une polémique remontant jusqu’à l’État — qui pourtant devrait avoir d’autres chats à fouetter — grâce à une poignée de secondes de vidéo sur les réseaux sociaux, montrant des jeunes se lâchant quelques instants à la fin d’un apéro en plein air, alors que le couvre-feu approchait.

Sébastien Broquet | Mercredi 31 mars 2021

De l'imaginaire fête sauvage sur les quais à Lyon, et de l'indignation sélective

Selon plusieurs médias, locaux comme nationaux, une « fête sauvage » aurait eu lieu ce mardi soir sur les quais de Saône, en plein centre-ville. Les plus réactionnaires d’entre-eux, du Figaro au Bonbon en passant par LyonMag, s’en offusquent vigoureusement, s’appuyant en grande partie sur quelques secondes de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Des politiques leur emboîtent le pas — Christophe Guilloteau, sur BFM, apparaît scandalisé. Sérieusement, le président LR du département du Rhône était donc le seul politique disponible pour donner son avis sur cette « fête sauvage » ? La ministre Marlène Schiappa n’a pu manquer l’occasion de se faire remarquer à son tour ce matin, stigmatisant les participants et participantes. Ces gens n’ont jamais fait la fête. Ou nous mentent. Assurément. Ils sauraient sinon qu’une grosse demi-heure de liberté et de joie arrachée à une année plombante, ce n’est pas une fête. Juste une soupape de sécurité, une cocotte-minute prête à exploser dont on prend soin de libérer un peu

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Christophe Simplex : « de l'inédit, rien que de l'inédit »

Lyon, capitale du rock | Musicien, collectionneur compulsif de matière lyonnaise et véritable historien du rock d'ici, Christophe Simplex a monté en 2019 le label Simplex Records, maison portée sur l'artisanat local et l'édition d'inédits et autres trésors cachés de la scène locale des années 60 à 80. Rencontre avec ce puriste quelques semaines après la sortie de la quatrième référence du label, disque d'inédits assez ravageurs du combo 80's Floo Flash, et avant celle qui mettra à l'honneur le Villa Borghese de Gérard Maimone.

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 février 2021

Christophe Simplex : « de l'inédit, rien que de l'inédit »

Vous êtes une figure plutôt connue de la scène lyonnaise. Pour commencer peut-on revenir sur votre parcours ? Christophe Simplex : j'ai commencé avec un fanzine, M. Hublot, en 1989 et fait beaucoup de radio, toujours centré sur le rock lyonnais. Pas mal de presse écrite nationale aussi puisque j'ai travaillé pour Jukebox Magazine pendant une vingtaine d'années. Parallèlement à ça, j'ai été chanteur dans différents groupes, notamment Les Inoxydables dans les années 90 avec lesquels j'ai fait un album. Et dans les années 2000, le groupe Deuce qui a duré une quinzaine d'années : deux albums et beaucoup de concerts. Comment vous est venu l'idée de créer Simplex Records ? J'ai toujours été intéressé par le rock lyonnais et toujours collectionné les disques. À partir des années 90, je me suis mis à collectionner ceux de groupes lyonnais sur la période année 60-début 90, notamment des vinyles. Ça m'a amené à m'intéresser aux studios lyonnais qui existaient dans les a

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Au temps pour lui : "Tenet" de Christopher Nolan

Thriller | Attendu comme le Messie, le nouveau Nolan peut exploser le box-office si les spectateurs consentent à voir plusieurs fois ce "Mission : Impossible" surnaturel pour être sûr de bien le comprendre. Il y aura donc un avant et après "Tenet". Encore que…

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Au temps pour lui :

Agent travaillant pour une organisation gouvernementale, Tenet est chargé d’enquêter sur un trafic de matériaux aux propriétés physiques insolites puisqu’ils inversent le cours du temps. Derrière tout cela se cache un mafieux russe cruel, Sator, doté d’une belle femme malheureuse… Quand un concept surpasse la chair de l’intrigue… Nolan nous a habitués à manipuler — et de façon osée — les deux composantes “deleuziennes“ du cinéma : l’image-temps et l’image-mouvement. À modeler la texture de la première pour qu’elle accueille la seconde. Une démarche aussi productive qu’inventive entamée avec Inception, poursuivie avec Interstellar et étrangement Dunkerque (où le montage approfondissait différemment l’intrication d’espaces temporels disjoints et cependant parallèles). Tenet suit logiquement cette ligne, aussi sûrement qu’une obsession proustienne pour le temps perdu, avec donc ce qu’elle comp

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Tu vas lire (en circuit court)

Littérature | Alors que la destinée des livres du printemps a été avalée par un pangolin mondialisé – quel pitch de roman cela ferait –, et que l'injonction présidentielle à lire s'est heurtée à la fermeture des librairies, les affaires reprennent pour les auteurs désormais prêts à « enfourcher le tigre ». Notamment les auteurs régionaux.

Stéphane Duchêne | Mercredi 27 mai 2020

Tu vas lire (en circuit court)

« Lisez ! » disait notre bon président, avant de fermer bibliothèques et librairies — c'était la guerre, faut dire —, ne nous laissant avec pour seules nouveautés que les chroniques confinées de Leila Slimani et Marie Darrieussecq, dont on a assez vite décroché. Après quoi on s'est vite aperçu qu'il était bien difficile de lire dans un tel contexte et on est parti faire du pain. C'est peu dire que ce virus aura fait du mal au livre, à la littérature et aux auteurs, notamment ceux dont le livre venait tout juste de paraître quand le confinement a fermé à double tour nos vies soudainement hydro-alcoolisées — ce n'était pas beaucoup mieux pour ceux dont les livres avaient paru fin janvier ou en février. On pense notamment à nos chers auteurs rhônalpins Milan Dargent qui a tout de même eu le temps d'aller présenter à la Fête du Livre de Bron (bien inspirée de s'être avancée en février), son Popcorn, délicieux abécédaire de souvenirs d'enfance et des années 70, paru à la

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Christophe, une playlist

Chanson | Hommage au déjà regretté Christophe que nous aimions beaucoup par ici, avec quelques dizaines de tubes évidents, de pépites plus obscures mais incontournables, de revisites de ses classiques, et de featuring classieux comme le bonhomme. Le tout courant sur six décennies et autant de réinventions. Un tour de chant qui commence avec Aline, le classique populaire qui fit revenir toutes les femmes sauf l'intéressée, et s'achève avec un autre Goodbye, qui assure d'un retour.

Stéphane Duchêne | Dimanche 19 avril 2020

Christophe, une playlist

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Cours particuliers : "Wet Season"

Drame | Singapour. Ling enseigne le chinois à des élèves de terminale à qui cette matière importe peu et peine à avoir un enfant. Épouse dévouée, elle s’occupe du père paralytique de son mari fuyant. L’un de ses élèves se rapproche alors d’elle, alors qu’au-dehors, la mousson s’abat sur le pays…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Cours particuliers :

Le hasard fait se succéder sur les écrans français à quelques semaines d’intervalle La Beauté des choses (1995), l’inédit de Bo Widerberg et ce nouveau film d'Anthony Chen qui lui répond de façon stupéfiante. Bien que le contexte historique (la Seconde guerre mondiale en Suède chez Widerberg, Singapour aujourd’hui chez Chen) et le point de vue (l’adolescent pour l’un, l’enseignante pour l’autre) soient opposés, la trame est identique : un lycéen un peu à part noue une relation “inappropriée“ avec une enseignante mariée et délaissée par son époux, alors que gronde une menace extérieure — ici, climatique. Un argument de fantasme à deux sous (à dessous ?) qu’Anthony Chen habille de nombreuses ramifications signifiantes en composant l’entourage de Ling. Celle-ci apparaît en effet comme totalement marginalisée : à son foyer, elle s’occupe de son beau-père infirme et doit mendier (en vain) des rapports sexuels à son mari afin de concrétiser son vœu de grossesse ; au travail, la matière qu’elle enseigne, le chinois, est dénigrée au profit de l’anglais plus “vendeur“. Mutique, fragilisé, son pe

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Désobéir

Documentaire vivant | Le journaliste et écrivain Christophe Bourseiller rejoint le metteur en scène Sébastien Valignat pour la première d'un nouveau concept lancé au Point du Jour, Grandreporterre.

Sébastien Broquet | Mardi 7 janvier 2020

Désobéir

Acteur à l'occasion, accumulateur d'archives en tout genre, compulsif rédacteur de livres consacrés aux marges diverses, Christophe Bourseiller est un homme intrigant qui se voit convié par le Point du Jour pour un premier Grandreporterre, ce nouveau format conviant tous les six mois un journaliste et un artiste à ausculter un sujet d'époque avec quelques invités. Avec pour thème, pour cette première, la désobéissance civique et les questions inhérentes de la violence et de la radicalisation, que celui qui est aussi journaliste (France Inter, etc.) va aborder en compagnie du metteur en scène Sébastien Valignat, de la compagnie Cassandre, déjà sensible à ce type de format puisqu'auteur de "comédies documentées" dont l'une consacrée à l'affaire de Tarnac, Taïga. Dans les marges Bonne idée pour renouveler les co

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Lumières en circuit court

Fête des Lumières | Dans les airs, en ribambelle ou plaquées aux murs, les œuvres de Christophe Martine, des Theoriz et Erik Barray illumineront encore cette Fête des Lumières et s’installent sur les lieux phares des festivités après en avoir épousé les contours. Gros plan sur les parcours remarquables de ces locaux.

Nadja Pobel | Mardi 3 décembre 2019

Lumières en circuit court

Point de Damien Fontaine ou de Daniel Knipper lors de cette dernière édition de l’ère Collomb. Il y a bien Cozten sur la colline de Fourvière et dans l’Hôtel de Ville — le second étant aussi prometteur que le premier ennuyeux — mais deux des lieux phares (Bellecour et Saint-Jean) sont confiés à des artistes qui ont grandi, voire sont nés, avec cet évènement qui rassemble désormais presque deux millions de visiteurs. Théoriz en pratique En 2011, David Chanel et Jonathan Richer sortent de l’école supérieure de chimie physique électronique de Lyon et, dans le cadre des projets d’arrondissements (sabrés par les plans de sécurité post-attentats de 2015), se réunissent en Théoriz Studio

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Au revoir mon amour : "L'Angle Mort"

Fantastique | Dominick possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré — chaque “passage“ lui coûtant cher en énergie vitale — car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au revoir mon amour :

Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles — ésotériques ou psychiques — forment “l’ordinaire fantasmatique“ du cinéma de Bernard & Trividic, collectionneurs de discordances en tous genres. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique — comme si Rohmer s’était aventuré dans le registre du super-héros décalé, ou Alphonse Daudet au cinéma. Drame à double niveau sur la question de la disparition du corps social — ce qu’il advient de l’individu lorsque sa présence physique s’évanouit au sens propre, mais aussi lorsque son ex

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Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

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La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

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Planche de salut : "La Source"

Comédie | Désœuvré, vivant comme une malédiction la nécessité de reprendre l’entreprise de plomberie familiale de son père défunt, Samir s’imagine un autre avenir loin de la cité, en devenant surfeur pro. Même s’il n’a jamais mis les pieds sur une planche de sa vie. Et qu’il ne sait pas nager…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Planche de salut :

Du parcours “éclaboussant“ de Karim Braire, le réalisateur (et surfeur) Rodolphe Lauga a ôté toute l’écume sulfureuse et le ressac saumâtre : Samir en constitue une version à la fois épurée et fictionnalisée dans le bon sens du terme, puisque seul compte le récit initiatique d’un ado refusant le déterminisme socio-familial pour s’accomplir dans une inexplicable passion, en suivant son instinct. On objectera que le schéma est classique, mais le film l’est moins, qui déroge à tous les clichés du cinéma de banlieue ou du cinéma de glisse : l’une et l’autre sont en effet considérés ici comme des éléments contextuels, non comme des prétextes à images chocs ou spectaculaires. Par ailleurs scénariste (notamment des deux derniers Canet), Lauga déploie une écriture plus resserrée, disséminant çà et là quantité de petites trouvailles dynamisant sa mise en scène. À mettre à son crédit également, le choix du débutant Amine “Sneazzy” Khemissa issu du groupe 1995 (dont le premier EP se nommait ju

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Lumière sur Nolan !

Rétrospective | L’Institut Lumière célèbre Christopher Nolan qui, en moins de vingt ans, s’est affirmé comme l’un des auteurs qui comptent à Hollywood et ailleurs : dix (...)

Élise Lemelle | Mardi 30 avril 2019

Lumière sur Nolan !

L’Institut Lumière célèbre Christopher Nolan qui, en moins de vingt ans, s’est affirmé comme l’un des auteurs qui comptent à Hollywood et ailleurs : dix longs-métrages ont suffi à imposer sa singularité. Cette rétrospective s’ouvrira sur Memento, incarnant à lui seul l’univers Nolan, et retracera sa filmographie complète : depuis Le Suiveur (1999) jusqu’à Dunkerque (2017). Elle sera agrémentée, notamment, par une conférence de Philippe Rouyer et la projection du film fétiche du cinéaste — 2001 de Kubrick — pour achever sa saison. La trilogie Batman - The Dark Night sera aussi de la fête, mais elle donnera lieu à une programmation autonome lors d’une nuit dont la date n’a pas encore été révélée : l’Institut Lumière ayant fait valoir son… Joker. Rétrospective Christopher Nolan À l’Institut Lumière ​du 24 avril au 16 juin

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Sa mère la fantôme : "Moi, Maman, ma mère et moi"

Comédie dramatique | De Christophe Le Masne (Fr, 1h27) avec Grégory Montel, Olivia Côte, Philippe Rebbot…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Sa mère la fantôme :

Après vingt ans d’absence, Benoît est de retour dans la maison familiale pour faire du tri avant, peut-être, de la vendre. Entre deux engueulades avec son frère et ses sœurs, il subit les visites intempestives et insistantes de sa mère. Problème : elle est morte l’année d’avant… Du réalisme magique made in Pays de Loire. Pourquoi pas, après tout… À condition de ne pas être trop regardant sur l’intrigue, façon secret de famille de feuilleton estival, et de tolérer l’arythmie générale qui réclame de supporter dix minutes plan-plan à chaque fois qu’il y a quinze secondes dynamiques. Dommage, car il y a de bonnes idées ou personnages (comme le voisin magnétiseur susceptible) au milieu des incohérences (le puzzle intact après trois décennies au bord de la flotte). Pour cette réunion de famille, le cinéaste a fait appel à des interprètes ayant tous un haut potentiel de sympathie. Sans doute est-ce parce que lui-même est comédien : il a eu la délicatesse de laisser à chacune et chacun un “solo“ leur permettant d’avoir une partition face au groupe. L’attention, louable, a le déf

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Redoublement en 6e pour Tom Cruise : "Mission : Impossible - Fallout"

Action | Suite directe de Rogue Nation, Fall Out revisite les fondamentaux de la franchise Mission : Impossible en passant la sixième vitesse. La rapidité, une manière comme une autre pour Tom Cruise de défier le temps qui passe…

Vincent Raymond | Mercredi 1 août 2018

Redoublement en 6e pour Tom Cruise :

Censé empêcher un groupe terroriste de s'emparer de sphères de plutonium, Ethan Hunt compromet sa mission afin de sauver un membre de son équipe. La CIA lui met alors dans les pattes l’agent Walker chargé d’évaluer l’IMF ; charge à lui de récupérer les éléments radioactifs… Pour ce sixième opus, on ne change pas une équipe qui gagne (des dollars), et encore moins l’architecture narrative de la franchise : une nouvelle fois, il est ici avéré qu’une taupe trahit l’Agence et des preuves accablantes s’accumulent contre Hunt ; lequel, placé en fragilité, doit jouer contre sa hiérarchie pour sauver le monde avant même de prouver son innocence. Voilà qui n’est pas sans rappeler la trame de l’excellent film inaugural de DePalma (1996). Impression renforcée par un finale à coup d’hélicoptères, une large inscription territoriale du film entre Paris et Londres et le démasquement grâce à un masque du traître de l’histoire. Les références à l’épisode matriciel deviennent des révérences assumées. Éternelle genèse Vingt ans plus tard, ce

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Frères de sang : "The Strange Ones"

Drame | de Christopher Radcliff & Lauren Wolkstein (É-U, 1h21) avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus…

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Frères de sang :

Nick est adulte, Sam un pré-ado ; tous deux font la route ensemble, se présentant comme des frères. Mais le sont-ils vraiment ? Et pourquoi sillonnent-ils la campagne américaine, dormant dans des motels ou à la belle étoile ? Ce road movie étrange joue la carte de la suggestion et du proto-fantastique, entre narration elliptique et linéarité contrariée. The Strange Ones est en effet balafré d’analepses et de prolepses, comme pour dissimuler avec la plus grande ostentation possible — c’est-à-dire lui donner davantage d’écho lors de sa révélation — son drame matriciel. En maniant l’allusif, en accentuant sans raison apparente certains aspects du réel (notamment en composant avec l’insondable étrangeté de la nature) mais aussi en pratiquant cette forme de récit “déconstruite“ plus proche de la spirale que de la ligne droite, Radcliff & Wolkstein font naître une forme d’angoisse diffuse. Une atmosphère rappelant les climats oppressants de Blue Velvet (1986) quand David Lynch demeurait à la lisière du bizarre sans total

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Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures : "Plaire, aimer et courir vite"

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs, avec un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition Cannes 2018.

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures :

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur, un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris — ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida —, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non, ma fille tu n’iras pas danser (2009) pour l’inspiration bretonne et autobiographique et des Chansons d’amour (2007) ou d’Homme au bain (2010) pour la représentation d’étreintes masculines. L’ego lasse

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Demande à la poussière : "Katie Says Goodbye"

Portrait | de Wayne Roberts (E-U-Fr, int.-12 ans, 1h29) avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Mireille Enos…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Demande à la poussière :

Fleur pure éclose au milieu d’un trou désertique perdu, Katie vit avec sa mère immature, dispense chaque jour son sourire dans le diner où elle bosse et fait des passes avec quasi tout le monde afin de partir à Frisco pour devenir esthéticienne. Un ange de bonté, qui va pourtant subir le pire… Bien malin qui parvient dès les premières minutes à dater ce film renvoyant une image atemporelle ou, à tout le moins, figée dans le rose-bonbon années 1950 des États-Unis : aucun des marqueurs coutumiers de la “contemporanéité“ que sont les écrans ou les smartphones ne vient perturber ce microcosme figé dans une époque idéalisée, bien que totalement révolue. Des enclaves bien réelles, rappelant ces patelins aperçus récemment dans Lucky ou America où le sentiment d’isolement n’a rien d’une vue de l’esprit. Dans ce cadre a

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68, année politique : arrêtez le monde, je veux descendre !

Mai 1968 | Conversation entre le rare et précieux Tariq Ali, le romancier et ancien étudiant à Nanterre Jean-Christophe Bailly, et la remarquée historienne Ludivine Bantigny : un autre regard sur mai 1968 se profile du côté de Bron.

Sébastien Broquet | Mardi 6 mars 2018

68, année politique : arrêtez le monde, je veux descendre !

La légende veut qu'il ait inspiré en partie les paroles de Street Fighting Man, fameuse composition des Rolling Stones, rare incursion des apôtres du british beat dans le politique ; au même titre que la révolte de mai 1968 à Paris, ce que Mick Jagger a largement reconnu. Tariq Ali, incontournable activiste londonien au cœur des swinging sixties, méconnu en France, est invité à Bron pour évoquer "1968, année politique", fort de son expérience de militant trotskyste au sein de l'International Marxist Group. Alors rédacteur au sein de The Black Dwarf, il suivait de près les événements de Paris et en a fait la Une du journal de la gauche radicale. Le 13 juin 1968, il était même invité à la BBC pour une émission avec, entre autres, les leaders parisiens que sont Daniel Cohn-Bendit et Alain Geismar. Tariq Ali a écrit deux essais consacrés à 1968, non traduits en français à ce jour : il dialoguera à Bron avec Jean-Christophe Bailly, lui-même auteur d'un récit sur son expérience (il était étudiant à Nanterre au moment du mouvement du 22 mars) titré Un arbre en mai, tout juste paru en janvier

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Ours dort : "Ernest et Célestine en hiver"

Animation | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr, 0h45) animation avec les voix de Pauline Brunner, Xavier Fagnon, Raphaëline Goupilleau…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Ours dort :

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que le long-métrage ayant donné vie cinématographique aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Aubier & Patar, que font-ils sur grand écran sans “plus-value”, sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Ninkasi | Pour ses vingt ans, le Ninkasi s'est offert un lifting : rendez-vous le 16 octobre pour un lieu multiple repensé autour d'une programmation toujours plus éclectique où se croiseront jusqu'en décembre Arrested Development, The Stranglers ou encore Tété. On en parle avec Christophe Moulin, le programmateur.

Sébastien Broquet | Mardi 19 septembre 2017

Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Quel retour feriez-vous de votre première année de programmateur du Ninkasi ? Christophe Moulin : Il y a un an, nous avons commencé les travaux, dont nous ne récoltons pas encore les fruits. C'était une année de transition, mais aussi de complication pour le public, pour les artistes - les backstages étant en travaux. On s'en excuse encore ! C'était une année d'expérimentation, sans pouvoir aller au bout du geste. Ça va vraiment démarrer le 16 octobre : là on va commencer à dérouler la machine telle qu'on l'a réfléchie il y a deux ans. Je garde de très bons souvenirs comme The Game, ou encore la Ninkasi Urban Week où l'on a pu investir l'espace urbain, notre travail sur le Mur7 avec Birdy Kids. C'est ma touche personnelle, cette porosité entre la salle et le quartier. J'ai du mal à rester en place ! C'est normal que les habitants n'entrent pas obligatoirement dans une salle de concerts qui reste un cube fermé. Mais le concert doit sortir à l'extérieur, lui.

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Carte blanche à Fellag

Nuits de Fourvière | Actuellement sur la scène du Théâtre antique de Fourvière, Fellag s’octroie une respiration cinématographique au Comœdia où il vient présenter deux films qui (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Carte blanche à Fellag

Actuellement sur la scène du Théâtre antique de Fourvière, Fellag s’octroie une respiration cinématographique au Comœdia où il vient présenter deux films qui lui sont chers. D’abord, Le Gone du Châaba (1998), dans lequel il joua, en présence de l’auteur de ce roman autobiographique, Azouz Begag, ainsi que du réalisateur, l’excellent Christophe “découvreur-de-talents” Ruggia. Ensuite, cet hymne à la salle obscure qu’est Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore, lequel pourrait bien faire le déplacement pour l’occasion. Carte blanche à Fellag Au Comœdia les samedi 1er et dimanche 2 juillet à 11h15 à 19h30

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"Le Christ aveugle" : apprenti prophète

ECRANS | de Christopher Murray (Chi-Fr, 1h25) avec Michael Silva, Bastian Inostroza, Ana Maria Henriquez…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Depuis son enfance, Michael est persuadé d’être une sorte d’élu de Dieu, capable de miracles. Prêchant souvent dans le désert, il s’attire davantage d’hostilité que d’écoute. Un jour, il part guérir un ami d’enfance victime d’un accident. Ses fidèles le suivent, guettant le prodige… Dans le foisonnement actuel du cinéma chilien, Christopher Murray tente une entrée par le versant du mysticisme religieux — les évangélistes de tout poil ayant particulièrement la cote en Amérique du Sud. Cette fiction n’en est une qu’à demi, puisqu’il s’est nourri du quotidien des habitants de la Pampa del Tamarugal, de leur décor et de leurs histoires pour composer la trame du film. Ce sont eux également qui ont été choisis pour en être les interprètes — normal que Le Christ aveugle leur soit dédié. Grâce à cette approche, Murray conserve une indiscutable vérité (les visages émaciés, les corps suppliciés par l’indigence ou la maladie ne mentent pas) ; il retranscrit également le besoin muet d’un peuple abandonné de croire en l’impossible — fût-il promis par un semi-illuminé. Dommage qu’il m

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En route vers la mégalomanie et le despotisme

TNP | Poursuivant son exploration de la langue d'Aimé Césaire, Christian Schiaretti livre avec La Tragédie du roi Christophe un spectacle choral instructif mais étonnement figé.

Nadja Pobel | Mardi 31 janvier 2017

En route vers la mégalomanie et le despotisme

Comment se traduit au quotidien un régime démocratique ? Au travers des écrits de Césaire, Christian Schiaretti visite avec appétence cette question fondamentale qui agite continuellement le monde, notre riche Occident de plus en plus fragilisé par l'accroissement des inégalités n'étant pas en reste. Avec Une saison au Congo, il parvenait à matérialiser l'injuste chute de Lumumba et à rendre perceptibles les manigances hors-sols de l'ex-colonisateur belge. Le metteur en scène poursuit ce travail consistant à expliquer l’immense difficulté de rendre le peuple libre. En Haïti, sur les cendres de Saint-Domingue, Césaire saisit la première démocratie noire au monde, proclamée en 1804, avec en entame un combat symbolique de coqs entre Pétion qui règne sur le Sud de l'île et Henri-Christophe sur le Nord. Ce dernier l'emporte et va peu à peu faire marcher ses administrés aux pas militaires de son ambition, déviant vers la mégalomanie comme en témoigne la construction de la pharaonique citadelle pour laquelle même femmes et

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Le ballet futuriste de Christopher Bauder et Robert Henke

Deep Web | S'il est bien une performance que l'on attend avec une immense impatience, c'est celle menée par Robert Henke et Christopher Bauder à l'Hôtel de Région. Ce (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 décembre 2016

Le ballet futuriste de Christopher Bauder et Robert Henke

S'il est bien une performance que l'on attend avec une immense impatience, c'est celle menée par Robert Henke et Christopher Bauder à l'Hôtel de Région. Ce devait être une création, avant l'annulation des festivités l'an dernier, c'est donc Berlin via le CTM Festival qui eut l'honneur de la première en février dernier ; avant le retour à Lyon de cet ingénieux tandem, pour leur seconde Fête des Lumières, après la présentation de Grid en 2013 (tous deux avaient déjà collaboré pour Atom, en 2007, pas vu à Lyon). Deep Web, ainsi est baptisée leur nouvelle idée, est une gigantesque installation complètement immersive utilisant douze lasers de précision et 175 sphères mobiles emplies d'un liquide absorbant la lumière, réunis au sein d'une structure interactive de 25 mètres de long. Voilà pour la fiche technique. Durant quinze minutes à chaque fois, les deux artistes vont mêler leurs médiums et leurs algorythmes, les figures géométriques ainsi composées en une sculpture de trois dimensions réagissant en direct aux mélopées électroniques de Henke, via un son surround.

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La chose publique : des Lumières à Internet

Festival d'idées | C'est une somme. En fait, ce sont même deux sommes. En deux lourds volumes tout juste parus, et plus de cent articles rédigés par autant de spécialistes placés (...)

Sébastien Broquet | Mardi 15 novembre 2016

La chose publique : des Lumières à Internet

C'est une somme. En fait, ce sont même deux sommes. En deux lourds volumes tout juste parus, et plus de cent articles rédigés par autant de spécialistes placés sous la direction de Christophe Charle (un historien) et Laurent Jeanpierre (un sociologue), s'étalent deux siècles de La vie intellectuelle en France. Et c'est tout sauf rébarbatif, même pour un non-initié, car les niveaux de lecture s'entrecroisent et sont multiples, du plus petit détail au large panorama : l'on y croise le Godard matraqué par la police alors qu'il soutient Henri Langlois, que Malraux veut virer de la Cinémathèque, l'on y explore également les soubresauts des musiciens français dont les recherches esthétiques évoluent au fil du XXe siècle. On s'interroge sur la place d'Internet dans le renouvellement des idées, comme l'on s'immerge dans un salon du XIXe, on débat par revues interposées, ou encore l'on crie sa naissance au collectif par un manifeste. Ce gigantesque ouvrage couvre tous les champs : philosophie, sciences humaines, musique et journalisme, débat politique et avant-gardes artistiques, mathématique

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"Apnée" : Les Chiens de Navarre ne manquent pas d’air

ECRANS | de Jean-Christophe Meurisse (Fr, 1h29) avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca, Maxence Tual…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Deux hommes et une femme pénètrent dans une mairie en robe de marié-e pour convoler ensemble. L’élu, excédé, leur signifiant que « ce n’est pas encore possible », ils partent alors à la poursuite de chimères, se heurtant au passage à diverses contingences du réel… Au générique, le trio fait du patin à glace avec pour seule tenue des masques de lucha libre, avant de barboter dans une baignoire placée dans la vitrine d’un magasin. Rien n’effraie la compagnie théâtrale Les Chiens de Navarre dans ce collage aussi inégal que foutraque : les séquences s’enchaînent comme des petites saynètes indépendantes, selon les règles souples du coq-à-l’âne et au gré d’une fantaisie absolue. À croire que le film a été fabriqué en semi-impro durant les périodes de vacances de la troupe, comme une récréation. Cela ne gâche pas sa fraîcheur, mais en fait un objet relativement anodin, car convenu dans sa forme — Apnée n’est pas À bout de souffle non plus, si vous voyez la fine allusion. Mentions spéciales toutefois à quelques idées rigolotes post-surréalistes (tel le Christ décrucifié incapable de marcher

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Voilà l'été : un jour, une sortie #1

MUSIQUES | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

Sébastien Broquet | Mercredi 6 juillet 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #1

1 / Mercredi 6 juillet : musique Clips grand format Premiers Clips pose ses valises au Transbo pour une projection sur grand écran des 19 meilleurs clips rhônalpins sélectionnés avec amour par le collectif Shoot It. Trois remises sont en jeux, dont le prix artistique Petit Bulletin qui permettra au vainqueur d'enregistrer pendant deux jours au Studio Purple Sheep. Pour l’ambiance, comptez sur Rosemary Martins en DJ ! Au Transbordeur à 19h 2 / Jeudi 7 juillet : apéro Petit Bulletin Summer Sessions Pour le coup, c’est nous qui vous convions : l’apéro du Petit Bulletin c’est au Transbo, avec aux platines un duo qui grimpe aux rideaux, à savoir les Femmes aux Fourneaux pour concocter la mise en bouche avant deux concerts bien moelleux : la bass & cold wave de Kaben en guise d’entrée, suivie des prometteurs Her pour le plat de résistance. On sait : si la France bat l’Islande, ce sera aussi soir de demi-finale.

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"L'Outsider" : pour enfin comprendre l'affaire Kerviel

ECRANS | Christophe Barratier remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la Loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Qu’il semble loin, le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : “l’affaire Kerviel”. Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est “l’évocation de faits réels” — une touchante pudeur visant à se prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les ra

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Trois questions à Christophe Barratier, réalisateur de "L'Outsider"

Trois questions à... | Après le Pape, Jérôme Kerviel a trouvé en Christophe Barratier un nouveau témoin de moralité de poids.

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Trois questions à Christophe Barratier, réalisateur de

Pourquoi ce titre ? Quelqu’un m’a dit un jour : « Jérôme Kerviel n’était pas fait pour être trader, il est arrivé comme un outsider » Quand ce jeune homme de Pont-L’Abbé est arrivé sur le desk, personne ne soupçonnait que deux ans plus tard il gagnerait 200 fois plus que les autres, et serait huit ans plus tard l’auteur du plus grand scandale financier de tous les temps. Après l’avoir rencontré, quelque chose ne collait pas dans cette histoire. C’est la personne la plus fiable que je connaisse : je n’hésiterais pas à lui confier les clefs de mes maisons, la garde de ma fille, ce que vous voulez… Comment se fait-il que ce type-là, pour moi l’un des plus honnêtes, soit connu comme le plus grand fraudeur de tous les temps ? La version de la Société Générale du “loup solitaire terroriste“ ne résiste pas à l’épreuve des faits quand on fait huit jours d’enquête. N’est-ce pas vous L’Outsider, dans la mesure où vous sortez ici de votre “zone de confort” ? Si vous le dites, je ne le refuse pas… Mais je ne me suis jamais dit à un moment « je vais montrer que je sais faire autre chose ».

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Maxime Delcourt : Fiers de ne rien faire

Chanson Engagée | De 1968 à 1981, l'Hexagone est parcouru d'un vent libertaire et inventif s'immisçant au cœur de ses chansons et portant les premiers groupes de pop du pays. Le journaliste Maxime Delcourt en conte la génèse dans un livre et lors d'une conférence.

Sébastien Broquet | Mardi 24 mai 2016

Maxime Delcourt : Fiers de ne rien faire

« Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire » : cette baseline ultime de Saravah, label pas comme les autres initié par Pierre Barouh, lui-même directeur artistique pas commun, est devenu le titre d'un livre de Maxime Delcourt paru l'an dernier aux excellentes éditions Le Mot et le Reste. Lequel Barouh, du Japon où il passe aujourd'hui une bonne partie de son temps, nous écrivait il ya quelques années : « Depuis mon adolescence, j'ai toujours été imprégné de l'obsession de L'Autre rive (titre d'une chanson inscrite dans l'album Le Pollen), mais je me considère plus promeneur que nomade... » Cette promenade sur l'autre rive, l'auteur du livre nous y convie au fil des pages contant les petites et la grande Histoire d'un genre, la chanson, qui en France aussi a connu ses chemins de traverse pendant un peu plus de dix ans. Comme dans ce studio prêté justement par Pierre Barouh au génial combo de free-jazz, l'Art Ensemble of Chicago, en 1969 et donnant naissance à cet album indémodable de Brigitte Fontaine, Comme à la radio : elle passait justement par là avec des textes sous le bras et les grava en compagnie de

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Rictus : humilité, année zéro

Les Hommes Forts | Au cœur de la première édition du prometteur festival des arts de la rue de Givors, Les Hommes Forts, se trouve un spectacle exceptionnel, gratuit, celui de Garniouze qui interprète avec une justesse sidérante un homme errant.

Nadja Pobel | Mardi 24 mai 2016

Rictus : humilité, année zéro

Comment ça, Givors c'est loin ? Idée de programme : en 16 minutes de TER ou un plus long voyage en TCL, direction la Cité des étoiles, cette étrangeté architecturale signée Jean Renaudie qui dans les 70's construisit des logements sociaux en rompant avec les barres initiées par Le Corbusier puis dévoyées dans la banlieue parisienne naissante. Voilà des appartements en angles, avec chacun deux balcons. Une utopie réalisée qui s'inscrit dans le passionnant parcours du même nom de l'agglomération lyonnaise (quartier des États-Unis à Lyon 8e, Gratte-ciel de Villeurbanne...). Ensuite, rendez-vous en contrebas : sur la place Jean Jaurès, à 19h15. Christophe Lafargue dit Garniouze sera là, comme il était aux ateliers Frappaz dans le cadre de Sens interdits en octobre dernier, avec son meuble à tiroirs sur roulettes, son complice musicien François Batibou, faiseur et diffuseur de sons ; et les textes de Johan Rictus, poète français de la fin du XIXe siècle qui donna la parole à un vagabond (Les Soliloques du pauvre). Dans une langue gouailleuse et incroyablement précise, construite en octosyllabes plus ou moins malmenées, Rictus dit la bile d'un homme délai

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Le Ninkasi Kao remet la pression

Musiques Actuelles | La vie des salles lyonnaises est animée ces derniers mois : c'est désormais le Ninkasi Kao qui fait l'actualité en relançant son activité de production de concerts mais pas seulement, comme nous l'explique Christophe Moulin, tout nouveau directeur de la partie musicale, venu de Caen où il avait fondé le festival Nördik Impakt.

Sébastien Broquet | Mardi 10 mai 2016

Le Ninkasi Kao remet la pression

Pourquoi le Ninkasi relance l'activité de concerts au Kao maintenant ? La raison est lointaine et dépasse de très loin mon arrivée, le 1er mars dernier. Les concerts s'étaient arrêtés depuis 2009, quand les pouvoirs publics ont décidé de ne plus verser de subventions à l'association Kao Connection, qui portait alors cette activité. Nous avons décidé de relancer un projet culturel fort, pas seulement des concerts qui n'en sont qu'une partie, mais aussi de développer un soutien aux groupes émergents, de l'accompagnement, des résidences, un soutien en communication... La production de concerts va faire partie d'un ensemble cohérent, utilisant les différents espaces du lieu. C'est une envie de mettre le pilier musique au cœur du projet avec Christophe Fargier, le directeur, au delà du simple concert : le Ninkasi est un ensemble formidable, on ne se refusera rien. Pour quelle direction artistique ? Nous n'avons aucune subvention aujourd'hui, donc nous sommes dans une économie toujours précaire. Mais nous voulons un projet ambitieux, pertinent, au cœur de la ville et collaboratif avec les différentes associations lyonnaises, c

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New York : vice et versa

Théâtre | Le théâtre à Lyon vous a paru compassé, dépassé et trépassé, ces dernières semaines (à quelques notables exceptions près : Occident, En courant dormez) ? À (...)

Nadja Pobel | Mardi 19 avril 2016

New York : vice et versa

Le théâtre à Lyon vous a paru compassé, dépassé et trépassé, ces dernières semaines (à quelques notables exceptions près : Occident, En courant dormez) ? À nous aussi. Sans prétention, sans moyen, trois jeunes comédiens en sortie d’école (l’Acting studio) donnent vie à des personnages ressuscités et mis en scène par notre ancien collaborateur Christophe Chabert, évoquant là le cinéma américain des 80’s. Soit deux gamins qui, dans un New York aussi galvanisant que déprimant, s’emmerdent et s’inventent des problèmes là où il n’y en a pas (avec les filles, avec l’argent). Construit comme un film avec pré-générique, des actes (malgré un lieu unique : la piaule de l’un d’eux), des changements de rythme prégnants, une bande son (Franck Zappa), Deal with it file à toute allure, fustige la boboïsation qui ne dit pas encore son nom (ah, le concept du brunch !), tacle sévèrement la notion d’héritage et le libéralisme des années Reagan — l’insulte suprême étant de se traiter de Républicain ! Sous le discours de ces ados bien p

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

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Remember

ECRANS | de Atom Egoyan (Can, 1h35) avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Remember

Dénué de quiétude, le cinéma d’Atom Egoyan porte en lui les remous d’un drame originel, d’une fracture violente dont chaque film observe les conséquences — ou plutôt, les séquelles. Nul besoin d’être grand clerc pour déceler dans cette obsession comme dans ses nombreux films marqués par les voyages ou les pèlerinages, des références au cataclysme que fut le génocide des Arméniens. Egoyan a fait de la mémoire des disparus l’un des piliers majeurs de sa carrière, et des survivants leurs dépositaires luttant pour qu’elle ne soit pas oblitérée. Sans doute le plus connu, De beaux lendemains (1997) en constitue un exemple loin d’être isolé : Exotica (1994) ou plus récemment Captives (2014) racontaient en adoptant la forme du thriller comment ceux qui restent dissolvent leur vie présente dans la réactivation obstinée de leurs souvenirs. Remember croise à nouveau les genres en mêlant thématique historique (de la grande Histoire, puisqu’il s’agit de la traque d’un ancien nazi) avec structure de polar. Le fait que le personnage principal souffre de troubles de la mém

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¡Hola cine! Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain

ECRANS | Sous la houlette de leur directeur Laurent Hugues, les Reflets villeurbannais sont devenus une indispensable passerelle entre les cinémas latins et le public français. Et un passage obligé pour les cinéastes de référence.

Vincent Raymond | Mercredi 9 mars 2016

 ¡Hola cine!
Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain

Qu’est-ce qui a présidé au choix du film d’ouverture, Hablar de Joaquín Oristrell ? Laurent Hugues : On voulait à la fois commencer par la compétition et un film ibérique — puisque nous faisons cette année un focus sur l’Espagne. Hablar s’est imposé par son parti pris artistique : il s’agit d’un faux plan-séquence dans une rue historique de Madrid, sur 300 mètres, permettant de croiser une vingtaine de petites histoires. C’est un cri d’alarme militant que lance Oristrell, qui a tourné ce film avec des amis. Certains ont complètement improvisé sur la trame préétablie. Hablar dresse un portrait de l’Espagne d’aujourd’hui par la parole, l’échange, dans une rue où Podemos est bien implanté. Et il défend les couleurs espagnoles dans la compétition. Il n’y a qu’un seul film en lice par pays ? Pour éviter la surreprésentation, oui. Avec l’Espagne, cela aurait été facile de faire concourir trois films. Notre engagement étant que les films soumis au choix du public soient inédits, ou que leur distribution en France ne soit pas prévue pour l’instant. C’est une manière de porter un éclaira

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Le beau geste frère des Innocents

MUSIQUES | Loin du tapage, JP Nataf et Jean-Christophe Urbain ont ravivé avec l'impeccable "Mandarine" la flamme mélomane des Innocents. Réhabilitant au passage le souvenir parfois faussé d'un groupe qui compte au final beaucoup plus que l'enfilade de tubes pop livrée deux décennies durant.

Stéphane Duchêne | Mardi 13 octobre 2015

Le beau geste frère des Innocents

Chienne de vie. Vraiment. Quand on voit la vitesse à laquelle s'est rempli le Transbordeur à l'annonce d'un concert surprise des Insus (soit Téléphone reformé en mode clando pour faire genre) et qu'on constate avec quelle discrétion est accueilli le retour des Innocents, eh bien messieurs dames, on vous le dit comme on le pense, quelque chose branle dans le manche, il y a du mou de veau dans l'hygiaphone et le monde est décidément «aussi parfait qu'il est plat» – c'est-à-dire surtout plat. Parce que, si on peut se permettre de parler un peu musique, les Innocents c'est quand même un autre Finistère que Téléphone. Ironique, quand on songe que les deux groupes ont été portés par une ribambelle de tubes dopés par les radios. Sauf que. Concernant Téléphone, il y a les tubes, taillés pour les stades ou les soirées quadras qui dégénèrent après minuit, mais c'est tout. Du côté des Innocents, il y a les tubes aussi, mais ceux-ci cachent un énorme malentendu. Geste frère, frères de geste Car lorsqu'on écoutait, dans les années 80-90, tous leurs hits (on vous fait grâce de la liste), on n'écoutait pas vraiment. On se laiss

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Dix auteurs lyonnais à découvrir à Lyon BD

CONNAITRE | Baru, Loisel, Peeters, Schuiten, Trondheim... Nous avons, au fil des saisons, déjà largement commenté l’œuvre des invités les plus illustres de Lyon BD 2015. Profitons plutôt des dix ans du festival pour louer autant d'auteurs qui comptent ou vont compter dans le paysage lyonnais (parmi les 150 recensés à ce jour !). Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 juin 2015

Dix auteurs lyonnais à découvrir à Lyon BD

Jean-Christophe Deveney Jean-Christophe Deveney coordonne deux des projets les plus révélateurs des préoccupations supra-événementielles de Lyon BD. D'un côté Webtrip, un feuilleton qui voit collaborer à distance auteurs du cru et invités internationaux (cette année exclusivement des Catalans). De l'autre Héroin(es), une expo (et désormais un livre) qui fait subir aux grands héros du neuvième art un changement de sexe, manière ludique de pointer certains automatismes phallocrates que le milieu peine à désapprendre. Il est surtout un excellent scénariste, le seul de cette sélection, notamment de Mangetrouille (Le Lombard), un croquignolet triptyque jeunesse sur les craintes enfantines, et de Bang ! (Akileos), un polar russophile particulièrement sombre et pétaradant. Héro(ïne)s Jusqu'au 27 juin à la Maison du Livre, de l'Image et du Son Retour sur Webtrip

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La fin du monde selon Chauzy

CONNAITRE | «En un instant, le monde a changé à jamais.» prévenait l'affiche de l’adaptation pour le grand écran de La Route de Cormac McCarthy. Ce pourrait également être (...)

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

La fin du monde selon Chauzy

«En un instant, le monde a changé à jamais.» prévenait l'affiche de l’adaptation pour le grand écran de La Route de Cormac McCarthy. Ce pourrait également être la tagline du Reste du monde de Jean-Christophe Chauzy qui, en quelque sorte, transpose ce classique instantané de l'errance en milieu mystérieusement dévasté dans les Pyrénées françaises, où une mère célibataire et ses deux fils vont se retrouver livrés à eux-mêmes suite à un orage aux proportions bibliques. Le verbe de Chauzy, l'un des éléments les plus versatiles de la fine équipe Fluide Glacial, ne possède évidemment pas la puissance eschatologique de celui du récipiendaire du Prix Pulitzer 2007. Au contraire, les dialogues de cet album, première partie d'un diptyque dont il signe à la fois le scénario et la mise en images, manquent même terriblement de naturel. Mais il a su saisir la quintessence du survival, cette façon tour à tour haletante et tranquille de faire dialoguer désordre à grande échelle et chaos intime – celui de la mère courage donc, qui va canaliser sa frustration vis-à-vis de son ex-mari démissionnaire en pur instinct de survie

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Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

ECRANS | Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui Hark et qui nous ont donné envie d’écrire sur le cinéma. Et une fois cet ancien journaliste de Starfix passé derrière la caméra, il nous a fait croire que le cinéma de genre s’était trouvé en France un styliste majeur. Aussi, lorsque nous sommes sortis dépités de La Belle et la Bête, le sentiment était celui d’avoir tué le père, avec ce que cela implique de mélancolie et de culpabilité. Heureusement, grâce à Hallucinations Collectives, tout est pardonné : en l’invitant à choisir trois films pour une carte blanche résolument surprenante, le festival prouve que Gans est resté un cinéphile pointu prêt à se faire le défenseur de toutes les formes d’innovations en matière de mise en scène — on n’a pas oublié par exemple ses visionnaires analyses à la sortie d’Avatar. I

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Jean-Christophe Bailly, vers l'infini et au-delà

CONNAITRE | Connu du grand public pour "Le Dépaysement, voyages en France", Jean-Christophe Bailly vient de faire paraître un livre entretiens qu'il présentera à la galerie Descours. Soit une double occasion de découvrir son œuvre foisonnante et singulière. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 novembre 2014

Jean-Christophe Bailly, vers l'infini et au-delà

Jean-Christophe Bailly fait partie de ces écrivains ou intellectuels qui agacent particulièrement les journalistes (tant mieux !) en n'entrant dans aucune "case". A la fois poète, philosophe, dramaturge, éditeur, critique d'art, essayiste, romancier, ce penseur âgé de soixante-cinq ans a aussi connu les influences les plus diverses : le surréalisme, Georges Bataille, le premier romantisme allemand (avec L'Encyclopédie de Novalis notamment), Cesare Pavese, Walter Benjamin, Büchner... On lui connaît aussi des amitiés et des collaborations avec des artistes (Jacques Monory, Piotr Kowalski...), des philosophes (Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe), des photographes (Bernard Plossu)... Sa biographie comme sa bibliographie ressemble à un archipel éclaté. Et lui-même se réclame du projet romantique consistant à «connecter infiniment» les genres et les domaines. «L'univers aussi parle, écrit Novalis. Tout parle, des langues inconnues» Il s'agira donc d'écouter et d'intensifier notre perception de ces langues inconnues, qu'elles soient celles des poètes ou celles des animaux, que Bailly chérit tout particulièrement. Une pensée clau

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un «trou de ver» et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés — l’eau, la glace ; c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan, mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous entend rêver Les trois grandes parti

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White Bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White Bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious Skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley Face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de ce White Bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White Bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hant

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Astier, la tête dans les étoiles

SCENES | Assouvissant un vieux fantasme, celui de parler d’une potentielle civilisation extraterrestre, Alexandre Astier revient sur les planches après l’excellent "Que ma joie demeure" pour une "Exoconférence" mystérieuse qu’il créera au Radiant les 12 et 13 septembre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Astier, la tête dans les étoiles

Les amateurs de Kaamelott ont pu, au fil de leurs visionnages intensifs de la série, se rendre compte à quel point le sujet de la vie extraterrestre travaille son créateur Alexandre Astier. Des mystères de Stonehenge à ceux des «crop circles», ces cercles de culture parfaits et inexpliqués, des dissertations de Perceval sur les étoiles aux clins d’œil à la science-fiction américaine, l’auteur-acteur a placé des références à ce qui reste pour lui une passion de toujours : l’astronomie, l’espace et l’hypothèse, à laquelle il souscrit, d’une forme de vie sur une autre planète que la nôtre. «Je faisais partie de ceux qui étaient bouleversés par la possibilité d’une civilisation extra-terrestre concomitante à la nôtre» confesse-t-il. Après le succès de Que ma joie demeure où il incarnait Jean-Sébastien Bach, Astier a donc décidé de retrouver la scène pour cette Exoconférence dont le programme est clair : «Réglons la question de la vie extraterrestre». Il insiste : «"Réglons la question…", pas "débattons" ou "parlons-en" ou "rouvrons la question". Non

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Souriez, c'est l'été

SCENES | Chaque été, c'est la même chose : tandis que les gens de théâtre se piquent la ruche à l'origan du Comtat entre deux huées dans la cour d'honneur du Palais des (...)

Benjamin Mialot | Mardi 15 juillet 2014

Souriez, c'est l'été

Chaque été, c'est la même chose : tandis que les gens de théâtre se piquent la ruche à l'origan du Comtat entre deux huées dans la cour d'honneur du Palais des papes, les pauvres drilles du café-théâtre, eux, assurent le service minimum. Le service strict minimum, même, la quasi-totalité des humoristes de France et de Navarre étant eux-mêmes bien occupés à brader leur amour-propre aux abords dudit Palais. Ce n'est pas le cas de Jefferey Jordan, qui passera toute la saison à affiner son déjà très solide one-man-show à triple malus – il est auvergnat, gay et violoniste – à l'Espace Gerson (jusqu'au 26 juillet) puis aux Tontons Flingueurs (du 13 au 31 août), ni celui de Mathieu Cohin qui, en attendant le retour du sémillant Alex Ramirès (à partir du 2 septembre) et que les corrosifs Antoine Demor et Victor Rossi récidivent au Repaire (du 1er au 29 août pour l'un, du 2 au 30 pour l'autre), présente au Boui-Boui (jusqu'au 26 juillet) un mignonnet seul-en-scène-avec-une-guitare-et-un-accordéon. Côté boulevard, deux auteurs feront tourner la boutique. D'un côté l'expert en disputes Pier

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Edge of Tomorrow

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Edge of Tomorrow

Sur le papier, il y a comme du high concept foireux derrière Edge of Tomorrow : en gros, il s’agit d’opérer le croisement improbable entre Le Soldat Ryan, Un jour sans fin et Starship Troopers, inspiré d’un bouquin d’Hiroshi Sakurazaka. D’ailleurs, le temps que la greffe prenne — quinze minutes — on reste un peu incrédule, avalant couleuvres scénaristiques sur couleuvres scénaristiques, en particulier celle qui envoie au front un officier spécialisé dans la communication, sans expérience de terrain et ayant dépassé la limite d’âge — Tom Cruise a beau faire tout ce qu’il peut pour le faire oublier, c’est aujourd’hui un quinquagénaire encore en forme mais trop vieux pour jouer les héros. Quand enfin tout est en place — un système assez ludique de reboot temporel qui permet à Cruise de rejouer un débarquement futuriste sur les plages normandes pour bousiller des aliens et retrouver une «full métal bitch» campée par la passionnante Emily Blunt — l’alliance entre le scénario habile et très bien écrit de Jez Butterworth — magistral dramaturge anglais — et Christopher MacQuarrie — déjà derrière l’excellent

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