Voyage dans la mémoire de l'opéra

Opéra de Lyon | Mettez trois œuvres mythiques dans un même espace temps, ajoutez trois metteurs en scène encore plus mythiques, laissez passer quelques décennies et faites les revivre dans un Festival Mémoires.

Pascale Clavel | Mardi 28 février 2017

Photo : Heiner Muller © Roger Viollet


C'est un incroyable triptyque que propose Serge Dorny à l'Opéra de Lyon : on connaissait le goût du directeur pour les festivals exotiques et décalés, mais cette fois le pari semble plus audacieux. Il suppose que l'on ne nous serve pas du réchauffé, du déjà vu, de la chose artistique fanée et cela suppose aussi que nous soyons encore surpris. Que peut-on faire pour sauvegarder la mémoire d'un spectacle ? Qu'en garde-t-on ? Qu'oublie-t-on ?

Les trois grands metteurs en scène d'origine sont morts : comment préserver la mémoire de leur spectacle ? Comment reconstruire sans refaire à l'identique ? La re-création est un risque : de figer le spectacle une fois pour toute, d'en perdre la vitalité. Il faut imaginer ces reprises comme des reconstructions de mises en scène mythiques, qui vont être réanimées par les collaborateurs des artistes d'origine.

Le chemin est tout tracé mais il faut savoir l'agrémenter, le réactualiser pour que les spectacles parlent aux spectateurs d'aujourd'hui, jouer d'un côté sur la mémoire, mais aussi sur le neuf : les interprètes étant eux-mêmes nouveaux.

Mémoire vive

L'Opéra de Lyon réunit-là trois spectacles qui ont marqué puissamment l'opéra, par trois artistes issus de cette merveilleuse école théâtrale allemande de la fin du 20e siècle. À l'origine : Elektra de Richard Strauss mis en scène par Ruth Berghaus à Dresde en 1986, Tristan et Isolde de Richard Wagner mis en scène par Heiner Müller à Bayreuth en 1993 et le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi mis en scène par Klaus Michael Grüber à Aix en Provence en 1999.

Pour Tristan, Stephan Suschke, à l'époque assistant d'Heiner Müller, sera aux manettes pour faire revivre au plus juste la mise en scène d'origine. Pour Elektra, Marie-Louise Strandt, costumière attitrée de Ruth Berghaus, sera une des mémoires vives de cette nouvelle production. Enfin, Ellen Hammer, assistante de Klaus Michael Grüber, vient faire revivre le Couronnement de Poppée.

Grüber, comme si on y était

Jean-Paul Fouchécourt, directeur de l'Opéra studio, a préparé les jeunes chanteurs pour le Couronnement de Poppée. Dans le spectacle d'origine, il jouait le rôle d'Arnalta et bien sûr, il a côtoyé le très charismatique Klaus Michael Grüber. Tendons l'oreille : « J'ai pu vivre de l'intérieur les anecdotes, les moments difficiles et, pour travailler avec un metteur en scène de cette trempe, ce n'est pas toujours simple. J'ai chanté le Couronnement trois fois avec Grüber, il était une sorte de Dieu à qui on pouvait à peine poser une question, il était intouchable. Grüber n'était jamais présent aux premières, même à la générale, il partait, il ne venait pas saluer, peut-être par angoisse. C'est compliqué de travailler avec des personnes qui sont tellement adulées, tellement imprévisibles dans le travail. Ellen Hammer, son assistante qui reprend le spectacle, n'est pas dans la même mouvance tout en étant complètement imprégnée de l'esthétique de Grüber. C'est formidable comme expérience pour les jeunes chanteurs de cette production. »

Festival Mémoires
À l'Opéra de Lyon du 7 mars au 5 avril


Le Couronnement de Poppée

De Claudio Monteverdi, dir mus Sébastien d'Hérin, ms Klaus Michael Grüber
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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