Le rock au Frigo : dans le sillage d'Electric Callas

Stéphane Duchêne | Mardi 21 mars 2017

Photo : © DR


C'est une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et à vrai dire les moins de 60 ans non plus. Il fallait sans doute avoir 20 ans en 1978 pour avoir vécu la chose autrement que par la légende. À savoir l'ébullition musicale qui secoua Lyon dans les années 70 et 80, avant et pendant l'ère Frigo. Ainsi lorsque Libération titre : "Lyon Capitale du rock en 1978", le quotidien ne croit pas si bien dire.

Depuis quelques années, s'y ébat rageusement une poignée de groupes qui connaîtront leur heure de gloire une nuit de juillet 78, lors d'un concert baptisé New Wave French Connection à Fourvière qui verra se produire, outre Téléphone, Bijou ou Au bonheur des Dames, les Lyonnais de Starshooter (menés par Kent), Electric Callas, Ganafoul et Marie et les Garçons. Ces derniers viennent d'enregistrer à New York avec John Cale et se sont produits en première partie des Talking Heads et de Patti Smith. Opérant alors un léger virage disco, Marie et ses boys reçoivent ce soir là non pas une pluie de coussins mais de canettes. C'est le point culminant de cette scène en même temps que le début de sa fin, car c'est aussi la fin du punk.

Mais à Lyon, ce n'est pas fini pour la musique. Pour ne pas dire que tout commence. Un symbole, comme un lien : plus tard dans l'année, Marie répète dans la cave de Frigo avec Electric Callas, qu'elle rejoindra ensuite. Frigo qui sera à l'origine de Radio Bellevue, radio libre et défricheuse dont les playlists classées par années (en écoute à l'exposition) marquent bien l'éclectisme, suivant l'émergence du rap tout en se passionnant pour tout ce qui ne passe pas à la radio (funk, new-wave, pop anglaise, reggae).

C'est Frigo encore qui organise, en 1982, les Nuits bleues, dont des extraits de la deuxième édition sont visibles à l'exposition, avec le label Mosquito fondé à Lyon par Bernard Meyet et Serge Bessart (label de Carte de Séjour et de Lapassenkof, le groupe de Robert Lapassade, qui ont pris la relève avec Gestalt ou l'Enfance éternelle), des concerts privés avec Kas Product et Michael Nyman (!). Pendant toute la décennie, le Palais d'hiver, la Bourse du Travail, voient passer des monuments tels qu'Iggy Pop, les Clash, les Talking Heads, REM à la salle Molière, les Cure à l'ENTPE.

La décennie voit aussi s'inaugurer l'Espace Tony Garnier (par Stevie Wonder et AC/DC) en 1984, le Transbordeur (par New Order), le Caméléon et le Glob (1988). Autant d'événements et de salles dont la simple évocation provoque chez les anciens des trémolos dans la voix.


Frigo Generation 78/90

Retour sur 10 années d’intuition et d’énergie pure : dans les années 80, FRIGO a été un des groupes emblématiques de la culture alternative en Europe, et ça se passait à Lyon !
Musée d'Art Contemporain Cité Internationale, 81 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Lugdunum Calling

Exposition | Un peu plus de quarante ans après le fameux "Lyon capitale du rock" de Libération, le Département Musique de la Bibliothèque Municipale revient, sous la forme d'une exposition merveilleusement documentée, sur la grande aventure rock qui agita la ville entre 1978 et 1983 et rend hommage aux acteurs qui l'ont menée. Forcément capital.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 mai 2019

Lugdunum Calling

On le sait, quelque part dans le Surmoi lyonnais vient se nicher un complexe vieux comme Lugdunum. Celui de n'être pas capitale à la place de l'arrogante Paris, fille trop facile du jacobinisme. Étrange quand on sait, car on le sait aussi, que Lyon croule sous les titres de "capitale" : des Gaules sous l'Empire Romain ; de la Résistance ; de la gastronomie ; de la soie ; des goals même pendant une décennie 2000 où la bande à Coupet et Juni rêgna sur la Ligue 1 pré-Qataris. Il est même établi qu'en 1528, François 1er hésita à faire de Lyon la capitale de son royaume. Même le journal... Le Parisien surnomma Lyon, "L'autre capitale" dans un article daté du 8 juin 2018. Et puis bien sûr, il y eut ce titre, historique, éphémère mais éternel, décerné un jour de juillet 1978 par Libération, à l'époque bible du bon goût s'il en fut : "Lyon, capitale du rock". Un titre justifié par l'effervescence musicale qui agita la ville pendant une poignée d'années, au tournant des années 70 et 80, du punk et de la new-wave, et à laquelle la Bibliothèque Munic

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Sauvage innocence aux Halles du Faubourg

Art | Réunissant plusieurs structures artistiques et des plasticiens de tous horizons, Les Nouveaux Sauvages investissent les Halles du Faubourg, une ancienne usine lyonnaise. Retour sur la soirée d'inauguration et notre regard sur l'expo.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 8 octobre 2018

Sauvage innocence aux Halles du Faubourg

Vendredi 5 octobre dans le septième arrondissement, 19h30. L'atmosphère est douce, presque estivale, sereine et bon enfant... Une longue file d'indiennes et d'indiens lyonnais s'étend depuis l'Impasse des Chalets pour déboucher dans le grand tipi de 1200 m² des Halles du Faubourg qui accueille l'exposition-événement Les Nouveaux sauvages. Avant de pouvoir y pénétrer, deux cow-boys sympathiques et bonhommes, en des gestes aujourd'hui ritualisés, fouillent les sacs des peaux rouges amateurs d'art. Si l'on avait laissé chez soi flèches et tomahawks, il devenait alors possible de découvrir une ancienne usine retoquée avec goût par quelques jeunes architectes d'intérieur et scénographes, espace rythmé par des éléments métalliques repeints en bleu. Au sein de ce beau volume, voué à une existence artistique éphémère avant projet immobilier, d'autres tipis sont dressés : une grande tente d'aspect militaire où le collectif lyonnais Frigo&Co présente une installation vidéo démultipliant des yeux borgnes autour du spectateur ;

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Serge Boissat, patron de Boul'Dingue, est décédé

Disparition | Figure emblématique de la scène rock lyonnaise, érudit des contre-cultures, féru de bandes dessinées, Serge Boissat est décédé dans la nuit du mercredi (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 2 août 2018

Serge Boissat, patron de Boul'Dingue, est décédé

Figure emblématique de la scène rock lyonnaise, érudit des contre-cultures, féru de bandes dessinées, Serge Boissat est décédé dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 août à l'âge de 66 ans, vaincu par le cancer. Il était l'un des plus anciens bouquinistes de la ville, ayant lancé sa boutique Boul'Dingue en 1974, où l'on peut dénicher raretés et occasions. Mémoire de la scène musicale lyonnaise, ami de Choron et Cavanna, il avait marqué durablement les esprits mélomanes de la ville en assurant la direction d'antenne de Radio Bellevue de 1981 à 1986, recrutant des animateurs qui deviendront célèbres (tels Rachid Taha ou Philippe Vecchi) et donnant à la radio sa couleur musicale exigeante, curieuse et plurielle : Serge avait mis les 20 000 disques de sa collect

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Livraisons : Les mille et un visages de la revue

Festival | Le festival "Livraisons" poursuit son cheminement parmi le monde prolifique et hétéroclite des revues. Sa troisième édition nous emmène en Suisse, sur les rives du Danube ou encore au plus proche d'expérimentations artistiques singulières.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 mai 2017

Livraisons : Les mille et un visages de la revue

Bibliothèque de la Part-Dieu, Musée Gadagne, Musée d'art contemporain... La nouvelle édition du festival de la revue Livraisons diversifie ses lieux d'implantations, en écho à ce drôle d'objet qui, selon les mots de Gwilherm Perthuis et Paul Ruellan (responsables de l'événement), « s'incarne de mille manières : le papier, bien sûr ; la toile numérique, plus que jamais ; l’enregistrement sous toutes ses formes ; les recherches graphiques les plus abouties ; les regroupements, les mises en commun, les délibérations de toutes sortes. Livraisons s'en fait l’écho : littérature, art et pensée sont à l'honneur par l'écriture et la parole, l'affiche et la radio, le livre d'artiste, la performance. » C'est au Musée des Beaux-Arts que s'ouvrira, comme à l'accoutumée, Livraisons, avec un grand témoin du monde des revues, Michel Cré

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Frigo : complètement givrés !

Avant-Garde | Le Musée d'art contemporain ouvre ses cimaises au collectif d'artistes Frigo, qui officia à Lyon de 1978 jusqu'au début des années 1990. Une exposition réussie où l'on retrouve, presque palpable, l'électricité de ce groupe avant-gardiste.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 21 mars 2017

Frigo : complètement givrés !

1978 : Valéry Giscard d'Estaing appuie sur les touches de son accordéon dans les palais de l'Élysée. Le baron Empain est enlevé, Claude François s'éteint dans sa baignoire et la légion saute sur Kolweizi... À Lyon, Collomb (Francisque de son prénom) entame son premier mandat à l'Hôtel de Ville. Bref, rien de bien folichon quand on a une vingtaine d'années et qu'on sort de l’École des Beaux-Arts. Mais si le contexte ne porte ni n'enthousiasme, alors autant essayer de le changer, histoire au moins d'affirmer son arrogance et d'attirer le regard des filles... « Quelques-uns de ces jeunes gens modernes refont le monde en ouvrant une galerie expérimentale. Les cours d'histoire de l'art leur ont appris que chaque génération depuis la Renaissance, existe en tournant le dos à celle qui lui a précédé. » écrit Alain Garlan dans

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Alain Garlan, l'initiateur

Portrait | Cet homme a participé au culte collectif Frigo, à l'honneur en ce moment au Musée d'Art Contemporain. Mais aussi aux lancements, dans le désordre, de : TLM, Radio Bellevue, Symposium d'Art Performance, Zap FM, Couleur 3, le Truck et bien plus encore. Mais il faudrait un livre pour tout raconter. Ça tombe bien, il existe et se nomme Rois de la forêt, tout juste paru. Voici (une partie de) l'histoire d'Alain Garlan.

Sébastien Broquet | Mardi 14 mars 2017

Alain Garlan, l'initiateur

Fracassant, le retour ! Il faut croire que les vieux rebelles ont le cuir épais. Oh, pas tous... Mais Alain Garlan, l'œil toujours alerte, le regard un brin taquin, oui, c'est certain. L'homme a déjà marqué en profondeur l'underground lyonnais, il y a bien longtemps. Et a continué à naviguer dans l'overground, les années suivantes. Laissant infuser dans la ville un feeling mödern qui aujourd'hui porte son empreinte : pas pour rien que Christophe Mahé, le boss de Radio Espace, accueille de nouveau Garlan et sa bande dans son groupe audiovisuel avec Radio Bellevue Web. Que Vincent Carry, directeur de Arty Farty, les suit de près et pense encore à eux pour son futur incubateur, les renommant « la start-up de vieux »... Comme Cyrille Bonin le boss du Transbordeur, ils ont tous grandi en écoutant Bellevue ou Zap sur leur transistor dans les années 80 ! Et Thierry Rasp

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Radio Bellevue Web, start-up de vieux (punks)

Des radios libres à la webradio | « Les webradios sont les nouvelles radios libres ! » Pour apprécier la pertinence du propos, signé Alain Garlan et Robert Lapassade, il faut remonter aux (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 13 décembre 2016

Radio Bellevue Web, start-up de vieux (punks)

« Les webradios sont les nouvelles radios libres ! » Pour apprécier la pertinence du propos, signé Alain Garlan et Robert Lapassade, il faut remonter aux sources de Radio Bellevue dans les années 1980, née radio pirate au sein du collectif Frigo. Pan essentiel de l’underground artistique des eighties, ce collectif d’artistes touche alors à tout : la musique et notamment le rock, la BD (deux disciplines encore peu respectées), la danse contemporaine, la performance, l’art vidéo. Frigo s'impose même leader de l’art vidéo : c’était le début des clips et « on montait des images sur la musique » soit tout le contraire de ce qui se faisait jusqu’alors côté cinéma. En passant, la paire a ressuscité Radio Bellevue qui devient RBW (Radio Bellevue Web)

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Punk attitude

MUSIQUES | Soirée / «Attitude»... c'est l'un des meilleurs morceaux du groupe comète Marie et les Garçons. Soit cinq copains du Lycée Saint-Exupéry à Lyon qui, en 1975-1976, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 20 novembre 2009

Punk attitude

Soirée / «Attitude»... c'est l'un des meilleurs morceaux du groupe comète Marie et les Garçons. Soit cinq copains du Lycée Saint-Exupéry à Lyon qui, en 1975-1976, apprennent à jouer ensemble et deviendront, l'espace d'une poignée d'années, l'un des groupes phares de la New Wave et du punk français. On y comptait notamment Marie Girard à la batterie, Patrick Vidal au chant (toujours actif dans la musique aujourd'hui, entre électro, house et rock), Erik Fitoussi (aujourd'hui libraire) et Christian Faye à la guitare. En 1978, le groupe enregistre un 45 tours («Rebop») produit par John Cale, joue en première partie des Talking Heads ou de Patti Smith, enregistre un 33 tours à New York et, l'été, se risque au Théâtre antique de Fourvière où un public rageur l'accueille avec force jets de cannettes de bière ! On ne joue pas «impunément» une musique au fond assez singulière et travaillée, sous l'influence du Velvet Underground, des Talking Heads et de Television... La reformation éphémère du groupe (sans Marie décédée en 1996, et remplacée à la batterie par sa fille Diane Ziggy), pour un set d'une demi-heure, sera l'événement de la soirée organisée au Marché Gare par l'Institut d'art cont

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Rafraichissement

SCENES | Théâtre / Le spectacle n'est même pas commencé qu'il a déjà absorbé le spectateur avec cette diva blonde platine parée de rouge et de lunettes façon Lolita de (...)

Nadja Pobel | Jeudi 11 juin 2009

Rafraichissement

Théâtre / Le spectacle n'est même pas commencé qu'il a déjà absorbé le spectateur avec cette diva blonde platine parée de rouge et de lunettes façon Lolita de Kubrick qui occupe la scène. Assise sur des cuvettes de WC avec classe et une certaine arrogance, elle rappelle en une fraction de seconde que pénétrer dans l'univers de Copi n'est pas anodin. L'écrivain argentin est réputé pour être déjanté, mais il est plus exactement un disséqueur du genre humain. Interrogeant constamment la sexualité, il joue avec les codes, à commencer par les plus évidents : l'apparence physique. Le jeune metteur scène grenoblois François Jaulin s'engouffre dans cet appel d'air en parvenant à garder une conduite. Les textes de Copi donnent parfois lieu à des mises en scène débridées et hallucinées et in fine peu communicatives. Ici, glissé dans des habits féminins taille 36, Fabien Albanese est à son aise pour transmettre le mal-être de son personnage. Il est L., mannequin homosexuel et aspirant écrivain qui enchaîne les viols dans les couloirs et les rails de coke à la farine. Le comédien endosse avec brio les rôles de sa majordome assassine, de son mère envahissante, de sa psy «Fraulein Freud» et de s

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