Quand la Fura dels Baus se confronte au mythe d'Alceste

Opéra | L’Alceste de C.W. Gluck, donné actuellement à l’Opéra de Lyon, est une heureuse surprise de la saison.

Yannick Mur | Mardi 9 mai 2017

Photo : © Jean-Louis Fernandez


Opéra moins connu et moins représenté qu'Orphée et Eurydice, Alceste a pourtant quelques similitudes avec cette œuvre. Créées toutes deux à Vienne dans une version italienne, elles ont été reprises et remaniées par Gluck lui-même pour la scène parisienne avec un texte en français. Similitude du sujet, également : dans les deux cas il s'agit d'un amant qui, défiant les dieux, descend aux enfers pour récupérer l'être aimé.

Inspiré de la tragédie d'Euripide, Alceste conte l'histoire du roi Admète au seuil de la mort. L'oracle d'Apollon indique qu'il ne pourra survivre que si quelqu'un se sacrifie pour lui. Son épouse Alceste offre sa propre mort pour que vive Admète. Le roi, meurtri par ce sacrifice, descend au royaume d'Hadès pour sauver sa bien-aimée. Y parvient-il ? La réponse est donnée dans un stupéfiant tableau final conçu par Alex Ollé du collectif catalan La Fura dels Baus.

Pour cette mise en scène, Alex Ollé nous fait vivre le drame d'une famille bourgeoise. Le préambule filmé montre un accident de voiture qui plonge Admète dans le coma. Puis, par l'utilisation judicieuse et esthétique des lumières et de la vidéo, Alex Ollé modèle le décor, autant pour donner une ambiance orageuse et ésotérique lors de la consultation de l'oracle que pour dessiner une angoissante descente aux enfers.

Sur scène, le Lyonnais Julien Behr en Admète nous ravit de son timbre chaud et moiré et Karine Deshayes en Alceste déploie toute une palette d'émotions par les inflexions de sa voix et l'interprétation du rôle. Dans la fosse, le chef Stefano Montanari, aidé d'un orchestre de l'opéra qui joue pour la première fois sur des instruments d'époque, exalte la sonorité authentique et les accents dramatiques de la musique de Gluck. Cet Alceste bouleversant nous emmène subtilement, une fois le rideau tombé, à nous interroger sur l'amour, la mort et le don de soi.

Alceste
À l'Opéra de Lyon jusqu'au mercredi 17 mai


Alceste

Opéra de Christoph Willibald Gluck, livret Calzabigi et Du Roullet, dir mus Stefano Montanari, ms Alex Ollé. Tragédie lyrique en 3 actes (1767) inspirée de la première tragédie grecque d'Euripide
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Alceste à bicyclette

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Lundi 14 janvier 2013

Alceste à bicyclette

À l’origine de l’«idée originale» du film, Fabrice Luchini a sans doute voulu s’offrir son Looking for Richard : une réflexion sur son métier d’acteur et sa confrontation avec un texte monstre de Molière, Le Misanthrope. Il y a d’ailleurs, dans Alceste à bicyclette, quelques scènes fascinantes où ce comédien génial abolit la frontière entre la réalité et la fiction et se montre seulement au travail, cherchant, hésitant, se reprenant jusqu’à trouver la note juste pour faire vivre sans pompe les alexandrins de Molière. Mais plutôt que de créer un dispositif fort autour de son acteur, Philippe Le Guay lui colle dans les pattes un sparring partner encombrant (Lambert Wilson, très moyen en acteur précieux rendu célèbre par un feuilleton médical sur TF1) et brode autour de pauvres intrigues de fiction qui sentent bon le téléfilm parfumé à la naphtaline. Dire qu’on se fout intégralement de la belle Italienne, du chauffeur de taxi ou de la jeune fille qui tourne des «films X» est un euphémisme, et pourtant, ce foutoir poussiéreux finit par prendre toute la place. Alceste à bicyclette projette ainsi Molière dans une médiocre

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