Vundabar, à bonne école et au Sonic

Noisy Pop | Héritiers d'une tradition née dans le Massachusetts, Vundabar endosse avec une facilité déconcertante le legs d'une pelletée d'illustres aînés, fait de surf-music, de proto-punk, de noisy-pop et toutes ces sortes d'indie-choses bruyamment mélodiques.

Stéphane Duchêne | Mardi 13 juin 2017

Photo : © DR


Il y a presque trois ans, en ouverture de Sebadoh au Marché Gare, les plus observateurs des spectateurs – du moins ceux qui n'étaient pas trop transis d'impatience à l'idée de retrouver leurs vieilles idoles Lou Barlow et Jason Loewenstein pour ne pas faire œuvre d'une inattention compréhensible – avaient sans doute remarqué ces jeunes Vundabar chargés de chauffer la salle, dignes héritiers de la tradition rock du Massachusetts.

Car c'est bien dans leur état natal, à l'ombre de certaines des grandes universités (Harvard, Cambridge, M.I.T. Amherst...) ou dans les banlieues de Boston, qu'est née la fine fleur de la power-pop et du rock à guitares indie :

Dick Dale, père du surf rock ; les Géo Trouvetou proto-punk The Modern Lovers ; le Galaxie 500 du velvetolâtre Dean Wareham ; The Cars, inventeurs de la formule power ; le mélange rock milky-way (croustillant à l'extérieur, moelleux à l'intérieur) des Pixies ; Dinosaur Jr. et ses finesses techniques logées dans un grand fracas je-m'en-foutiste ; Sebadoh, exutoire de l'aigre-doux Lou Barlow, également bassiste de Dinosaur Jr., et pour ainsi dire Weezer, sorte de Beach-boys noisy nés dans la caboche d'un étudiant d'Harvard nommé Rivers Cuomo...

Crises de nonchalance

Dans le cas de Vundabar, voilà ce qu'on appelle être à bonne école. Certes, lorsque les groupes précités faisaient successivement les choux-gras de la presse musicale et les grandes heures des college radios, les gamins de Vundabar étaient au pire pas nés, au mieux babillaient en culottes courtes dans quelque courtyard de Boston. Et pourtant c'est comme si cet art consommé de la main de velours dans un gant de fer avait infusé l'esprit de ce jeune groupe, deux albums au compteur, qui peine à cacher son talent mélodique derrière des murs de guitares, à remiser la lascivité de ses compositions à la remorque d'intentions rageuses.

On reconnaît bien là des petits frères de Weezer et des Pixies, mélange, avec une touche de surf, de grâce pop collant aux godasses et de débaroulage toutes guitares dehors, aménagé d'harmonies vocales là où d'habitude elles arracheraient la gueule de n'importe qui d'autre. Le tout en piquant à chaque morceau l'une de ces crises aiguës de nonchalance telles qu'on en chopait dans les années 90 en passant du lit au canapé et du punk à la pop. De ces nineties, et de la nostalgie qui va avec, qu'on ne s'y trompe pas, ces types sont si ce n'est l'avenir, du moins le présent perpétuel.

Vundabar + Bobine
Au Sonic
le samedi 17 juin


Vundabar + Bobine


Sonic En face du 4 quai des Étroits Lyon 5e
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Barlow fidelity

MUSIQUES | Après un retour remarqué l'an dernier à la basse de Dinosaur Jr., Lou Barlow, roi des losers, revient cette fois avec Sebadoh, autre mythique trio indie rock des 90's. Reformé en 2007, presque une décennie après une première fin en eau de boudin, le groupe vient présenter "Defend Yourself", son premier album en quatorze ans. C'est sur la scène du Marché Gare et le dernier arrivé est fan de Phil Collins. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 14 octobre 2014

Barlow fidelity

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La route des indés

MUSIQUES | Dans la collection automne-automne musicale, la tendance est clairement à l'indie rock, cette notion floue et changeante qui pourtant se nourrit d'une évidence : quelles que soient sa nature, sa forme, son humeur, son envie, quand on voit un artiste indé, on le reconnaît au premier coup d’œil. Et à ce qu'on en veut toujours plus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

La route des indés

«Just gimme indie rock !!!!» C'est sur ce cri primal que s'ouvre, en 1991, Gimme Indie Rock, EP culte et (re)fondateur de Sebadoh. Le trio, alors composé d'Eric Gaffney, Lou Barlow et Jason Loewenstein – qui vient de rejoindre le groupe du Massachussetts – y évoque ses influences dans une furieuse séance de name-dropping (Velvet Underground, Husker Dü, Sonic Youth et même Dinosaur Jr., dont Barlow vient pourtant de se faire éjecter comme un malpropre) qui s'accompagne du mode d'emploi indie : jouer plus lentement, fumer de l'herbe (pas forcément dans cet ordre) et hurler à la face du monde. Ce cri, c'est un peu le cri que le public lyonnais averti (qui comme chacun sait en vaut deux) est depuis quelques temps en mesure de pousser à chaque début de (demi-) saison. Car il sait, à mesure qu'on lui sert sur un plateau des Dinosaur Jr. donc, des Chokebore, des Swans et on en

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Dinosaur Senior

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Stéphane Duchêne | Jeudi 16 mai 2013

Dinosaur Senior

Avec quelques autres, Dinosaur Jr. a contribué à semer le vent dont Nirvana récolta la tempête. Et s’il fallait comparer chacun des piliers de l’indie rock à un Cavalier de l’Apocalypse, nous dirions que Sonic Youth fut Pestilence (aussi appelé Conquête), le déclencheur, introduisant dans le fruit le ver d’une révolte sonique (voir encadré) ; les Pixies seraient Guerre, cheval rouge comme le visage hurlant de Black Francis, imposant la dynamique furieuse et létale du morceau qui brise la nuque ; Nirvana, bien sûr, serait Mort, incarnant à la fois l’avènement ultime de l’Apocalypse, la Révélation et dans le même temps l’achèvement du mouvement par le geste symbolique que l’on sait. Manque le troisième cavalier, Famine. C’est Dinosaur Jr., cheval (de trait) noir claudiquant car, comme dans la Bible, porteur d’une balance qu’il n’a jamais su maintenir en équilibre. Famine, car Dinosaur Jr. dont on a dit qu’il était à Nirvana ce que Chuck Berry fut aux Beatles, laissa quoi qu’on en dise le monde de l’indie rock sur sa faim, se fossilisant dans sa propre aigreur. «Ear-bleeding

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The Delano Orchestra

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Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

The Delano Orchestra

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock. Xxx De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me. Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté –

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Dinosaur Jr

MUSIQUES | I Bet on Sky (Jagjaguwar/Pias)

Stéphane Duchêne | Mardi 25 septembre 2012

Dinosaur Jr

Avec les années, pas loin de trente, Dinosaur Jr aurait peut-être eu meilleur goût de se rebaptiser Denver (ou Amherst, du nom de leur bled d'origine), le dernier dinosaure. Entendez : dernier dinosaure du grunge et de ce mouvement slacker (« branleur » en Français) qui lança tendances et mouvements artistiques muant la force d'inertie d'une génération en théorie du chaos quotidien : du Slacker de Richard Linklater à Clerks de Kevin Smith, du Génération X Douglas Coupland à Harmony Korine en passant par le Reality Bites de... Ben Stiller. Sauf que la bande d'un J Mascis rabiboché depuis 2005 avec ses bassiste et batteur historiques (le grand Lou Barlow, prince protéiforme de la lo-fi (Sebadoh, Sentridoh,

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