La rentrée musique : 13 concerts à ne pas manquer

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 septembre 2017

Photo : Ride © DR


Beth Ditto

Affranchie de The Gossip, c'est assez naturellement que Beth Ditto s'est retournée, avec son premier album solo, Fake Sugar, vers ses racines, du fin fond de l'Arkansas. Un mal (la douleur de la séparation d'un groupe vieux de 17 ans) pour un bien puisque la chanteuse y gagne en nuances et en diversité. Moins punk, plus pop, n'hésitant pas à fricoter avec la musique de son enfance : la country et toutes ces sortes de choses, rappelant parfois, dans une proximité de timbre sudiste une Dolly Parton sévèrement azimutée – si tant est que ce ne soit pas un pléonasme – électrifiée et parfois dansante. Pas sûr qu'une partie des fans hardcore habitués au désordre punk-glam-discoïdes des concerts de The Gossip, apprécient. Les inconditionnels un peu plus ouverts y verront une belle, et parfois émouvante, surprise.

Au Transbordeur le mercredi 4 octobre


Cannibale

Difficile de qualifier la musique de Cannibale, découverte cette année grâce à l'indispensable label Born Bad Records. Dans le doute, le groupe s'auto-attribue les qualificatifs d'exotica-pop-psyché, ce que, dans le doute encore, on ne saurait lui nier. Toujours, est-il que ce mélange de cumbia, d'afrobeat, de rock 50's ou de garage réunionnais et de pas mal d'autres choses (n'en jetez plus, le tout étant ici bien supérieur à la somme des parties) est tout simplement décoiffant et constitue sans doute l'une des choses les plus étranges et addictives parue ces derniers temps dans l'Hexagone. Que ce soit sur l'incroyable No Mercy For Love, enregistré depuis, au sens propre, un trou normand que sur scène où la transe est au programme, pour ne pas dire obligatoire.

Au Marché Gare le vendredi 6 octobre


Timber Timbre

De disque en disque, Timber Timbre s'impose comme un des groupes les plus fascinants du continent (nord) américain, tout en opérant quasi systématiquement une révolution décennale : après le folk 50's sur Timber Timbre, le doo-wop 60's sur Creep On Creepin' On (torsion du célèbre titre de Len Chandler Keep On, Keeping On, cité dans un discours de Martin Luther King), l'expérience 70's sur Hot Dreams, le superbe Sincerely, Future Pollution et ses textures synthétiques plonge au cœur d'ambiances cinématographiques (le revival 80's de certaines BO de films) et plus particulièrement dans les tréfonds lynchiens, auxquels la profondeur du "timbre" de crooner du chanteur-leader Taylor Kirk, descendant mutant de Roy Orbison et de Nick Cave, donne une résonance aussi glaçante que vaporeuse. L'expérience live sera envoûtante ou ne sera pas.

À l'Épicerie Moderne le samedi 7 octobre


Justice

Depuis dix ans, Justice a poursuivi son chemin de croix (grosse la croix, en béton, en néon, en tout ce que vous voulez, mais immuable autant que transportable), promené ses blousons douteux et son emballage FM dans tous les charts de la planète avec sa formule dansante dont bizarrement personne ne semble se lasser. Peut-être parce que le duo parvient toujours à accrocher de nouvelles guirlandes à son totem cruciforme (un peu de disco ici, là du r'n'b), donnant ainsi l'impression de changer l'eau en vin, alors que le son Justice demeure obstinément rétro-futuriste. Au point qu'on se demande s'il avance vraiment. Pas grave, il y a toujours autant de monde pour les suivre.

À La Halle Tony Garnier le lundi 9 octobre


Daniel Romano

L'Ontarien revenu du punk et passé par la country était venu l'an dernier avec son redoutable groupe conquérir le Sonic dans une chaleur insoutenable avec force moustaches et chapeaux de cow-boy, distillant un répertoire long comme le bras, à la sortie d'un album, Mosey, qui convoquait les figures de Lee Hazlewood et de Randy Newman. Cette année, un disque de plus au compteur, le dylanien en diable (mais période Rolling Thunder Revue) Modern Pressure, ce caméléon de l'Americana vient remettre le couvert sur le rafiot du quai des Étroits. Ceux qui étaient là l'an dernier reviendront. Il conviendra pour les autres de ne pas rater ça.

Au Sonic le samedi 14 octobre


Godspeed You ! Black Emperor

Entre deux larsens, c'est un riff de western apocalyptique qui émerge du chaos pour libérer une mélodie aux accents paradoxalement orientaux (le balancement est-ouest étant une quasi constante de GY!BE). Ainsi débute Anthem for No State Part.III, deuxième extrait de Luciferian Towers, successeur d'Asunder, Sweet and Other Distress, qu'annonçait avant lui le titre Undoing Luciferian Towers, plage dronique grinçante et malaisante, qui ouvrira un album quatre titres, dont deux divisés en trois mouvements. Un premier extrait qui ouvre l'album, un deuxième qui le clôt, c'est presque assez pour se faire une idée du nouveau GY!BE et de la créature scénique qu'il engendrera en live. Avec Godspeed, la surprise est rarement au rendez-vous mais le choc toujours.

Au Toboggan le vendredi 20 octobre


Micah P. Hinson

C'est sans doute l'une des figures les plus étranges du folk américain. Ce qu'on appelle un original dans tous les sens du terme. Déjà parce qu'on se demande quelle musique Micah fait réellement sans que jamais cela n'empêche de se prosterner devant ses disques, noirs comme la bile, que viennent embaumer une déchirante voix de crooner à la vie multi-accidentée. C'est le cas sur Presents the Holy Strangers, qu'il qualifie d'opéra folk moderne et qui retourne le cœur ("You're just a girl of my dreams, But it seems that my dreams never come true", chante-t-il sur l'embardée cashienne Lover's Lane) aussi sûrement qu'un burger sur un vieux barbecue d'Abilene (Texas), là même où cette étrangeté nommée Micah a grandi.

Au Groom le samedi 21 octobre


Ride

Jurant ses grands dieux qu'on ne l'y prendrait pas, ce que semblaient confirmer la fin plus que houleuse de leur première carrière, Andy Bell et Mark Gardener, hydre à deux têtes de Ride, ont fini par succomber aux sirènes de la reformation. Et revoilà Ride en selle depuis 2015, pour une reprise des concerts mais pas que. Car la figure de proue du mouvement shoegaze – courant musical mais aussi esthétique de la dépersonnalisation du musicien – et du label Creation d'avant Oasis a également commis un nouvel album, honnête (le single Cali) mais dépourvu de la grâce qui habitait leurs premiers assauts soniques (Nowhere, Going Blank Again). On les retrouvera néanmoins avec bonheur sur scène, comme tous les types de cette époque, le début des 90's, pour lesquelles on a une sympathie pas tout à fait objective.

Au Transbordeur le mardi 31 octobre


Boss Hog

17 ans qu'on n'avait pas eu de réelles nouvelles du duo matrimonial et néanmoins über-sexy Boss Hog, ci-devant Jon Spencer et madame, surtout madame, Cristina Martinez, véritable âme du groupe, qui provoqua en son temps quelques émois musicaux (le titre Itchy & Scratchy) et pas que (on garde un souvenir ému du clip d'I Dig You, de quelques pochettes hotissimes et de l'incapacité notoire de Cristina à garder ses vêtements sur scène). Après Whiteout en 2000, le couple revient avec Brood X et repart en tournée au volant de son punk-blues chaudard et chaloupé. Prouvant au passage qu'il n'a rien perdu de son pouvoir d'envoûtement. Connaissant les appétences scéniques de Spencer et Martinez, ce n'est pas un limitateur de son qu'il faudra à l'Épicerie Moderne mais un thermomètre pour mesurer la chaleur ambiante. Ou une distribution de bromure.

À l'Épicerie Moderne le lundi 6 novembre


Future Islands

C'est comme une balle que Future Islands était soudain arrivé lancé à nos oreilles avec ce qui constituait déjà leur quatrième album Singles, et sa formule bizarre : nappe de synthés, basses aquatiques, rythmiques dansantes mais le tout emballé dans une atmosphère aussi mélancolique que rageuse. Un succès qui devait aussi beaucoup à la personnalité d'un chanteur ressemblant à peu près à rien, au non look absolu, mais s'adonnant sur scène (sur disque, on ne peut pas voir) aux plus improbables des chorégraphies tout martyrisant ses paroles par des effets de gorge et des trémolos venus de là où se nichent les douleurs. L'effet était saisissant et totalement addictif. Au vu de la teneur de leur petit dernier, The Far Field, où la formule est jalousement conservée sans jamais s'éventer, nul doute que la magie risque d'opérer à nouveau sur une scène de l'Épicerie qui semble les avoir adoptés.

À l'Épicerie Moderne le vendredi 17 novembre


The Residents

C'est avec un spectacle inédit, rôdé au Club Blue Note de Tokyo au printemps dernier que les Residents se présentent, tous masques dehors forcément. Son titre ? In Between Dreams qui met en scène une sorte de panorama de tout ce qui, dans la discographie de l'énigmatique et anonyme groupe californien se rapporte à un thème récurrent de la geste résidente : la notion de rêve. Avec des titres tirés, pour les connaisseurs, de Jelly Jack, The Boneless Boy, Picnic on the Jungle, The Monkey Man, du récent The Ghost of Hope ainsi que des morceaux inédits. Le tout entrecoupé de vidéos de célébrités racontant les leurs (John Wayne rêvant d'être une ballerine, Mère Teresa cauchemardant un déraillement de trains). Quant on connaît un tant soit peu les Residents, il est facile d'imaginer un moment hallucinatoire.

Aux Abattoirs le samedi 25 novembre


Alice Cooper

À l'heure où sort un remake ciné de la terrifiante mini-série Ça est revenu, dont on pressent qu'en 2017 il ne devrait pas faire peur à grand monde, on peut également se demande – réponse immédiate dans la question – si Alice Cooper effraie encore qui que ce soit avec ses simagrées gore, son maquillage qui coule et son rock grand-guignol passé par tant de styles qu'une chauve-souris n'y reconnaîtrait pas ses petits. Pas grave, la venue de Vincent Furnier, homme des plus charmants à la ville, déplace toujours les foules et l'on assiste à ses concerts comme on visite un cabinet de curiosités ou une maison hantée de fête foraine. Sans trop y croire, en connaissant tous les trucs, mais en ne boudant pas son plaisir.

À la Salle 3000 le vendredi 1er décembre


London Grammar

« Truth is a beautiful thing » titre London Grammar à l'occasion de son deuxième album sorti cette année. « La vérité est une bien belle chose. » La célébrité aussi, dont les ressorts sont aussi compliqués à démêler que la vérité elle-même. C'est peut-être aussi ce que se dit le trio anglais en constatant à quelle vitesse s'est déroulée son ascension. Soit aussi rapidement que sa musique est lente et cotonneuse, à la (belle) remorque de la voix grave de la blonde Hannah Reid. Leur If you wait en 2013 avait déjà bien chatouillé les charts à coups de chansons tristes comme un jour sans pain mais rêveuses comme un militant de la France Insoumise. Truth... lui, s'y agrippe avec force tandis que le groupe remplit d'immenses hangars de fans entrés en religion.

À la Halle Tony Garnier le mercredi 6 décembre


Beth Ditto


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Cannibale + Tropical Horses

Exotica pop psyché
Marché Gare 34 rue Casimir Périer Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Timber Timbre

Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Justice + The Blaze

Halle Tony Garnier Place des Docteurs Charles et Christophe Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

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Stéphane Duchêne | Mardi 19 mars 2019

La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

Parce que le temps file, qu'on a dépassé les 40 ans et qu'il vaut mieux boulotter la barbaque tant qu'elle fume encore, les hurluberlus Born Badiens de Cannibale n'ont guère lanterné avant de donner un successeur à leur inaugural et trois étoiles No Mercy For Love. Et de livrer un nouveau modèle d'artisanat rock et d'idiosyncrasie esthétique qui inclut dans ses nombreux ingrédients son propre exotisme, en plus de tous ceux qu'il convoque aux quatre coins des genres, et une sauce résolument psychédélique dont seuls ces Bas-normands ont le secret. Si bien que l'on en vient à se dire que le titre dudit album, Not Easy to Cook, est bien mensonger, tant la décontraction et l'aisance semblent parcourir l'échine de ces onze titres électrisants oscillant entre la messe pas toujours noire et la danse de sabbat (comme sur The Ugliest Rabbit of the 70's). Comme une version, pas révolutionnaire, non, mais sans doute plus raffinée de leur précédent exercice. « It is a delicate and sweet dish » chante

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Portrait | Membre du Collectif X, Maud Lefebvre a la rigueur des grands enfants appliqués et la folie de ceux qui tentent de bousculer le quotidien. C’est comme metteure en scène de Cannibale que cette comédienne de formation nous avait épatés. Avec Maja, à la Renaissance cette semaine, elle convie l’étrange et nos peurs sur un plateau. Rare.

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Savoureuse dévoration

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Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

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Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an dernier. Ce n'est que justice que ce spectacle fasse encore escale par ici (au Théâtre de la Renaissance, Oullins, du 25 avril au 4 mai). Un couple amoureux (deux garçons) dissertent autour du repas du soir confectionné sous nos yeux de ce qu'il adviendra d'eux, de celui qui reste quand la maladie dont est atteint l'autre l'aura irrémédiablement fait passer par dessus bord. Physique, brutal, à vif mais toujours tendre, ce texte d'Agnès D'halluin mis en scène par Maud Lefevre est ambitieux. Les deux jeunes femmes ont su le déployer pleinement (décor représentant toutes les pièces d'un appartement, extérieur, vidéo...) et s'appuyer sur deux comédiens impeccables rencontrés à l’école de la Comédie de Saint-Étienne dont ils sont issus, Martin Sève et Arthur Fourcade. Certains membres de ce Collectif X seront, dans un tout autre genre, présents aux Ateliers Frappaz, le 29 juin, à l'issue d'un long travail mené sur le territoire de Villeurbanne avec la

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Vincent Raymond | Lundi 20 novembre 2017

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Au moment où le très discret groupe CGR vient d’annoncer le rachat du circuit Cap’Cinéma — et annonce avoir dépassé en nombre d’établissements sur le territoire national le réseau Pathé-Gaumont —, la firme au coq le défie sur le terrain de l’innovation technique. Pour contrer le système ICE (Immersive Cinema Experience) lancé lors de la sortie de Valérian, Pathé fait donc coup double en métropole lyonnaise. En ouvrant pour commencer dans son complexe du Carré de Soie une salle équipée de la technologie 4DX, un système proposant une “expérience” sensorielle et immersive au spectateur, grâce notamment à des fauteuils sur vérins et des effets de soufflerie interagissant avec le film. Réservée aux blockbusters (Justice League essuie les plâtres) et à une centaine de privilégiés par séance, cette attraction devrait consolider la position de leader régional du cinéma vaudais, par ailleurs doté d’un écran Imax. Avec déjà plus d’un million de billets vendus depuis le début 2017, le Pathé Carré de Soie concentre à lui seul quasiment 20% de la fréquentati

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Timber Timbre : bleu nuit et brouillard

Rock | C'est dans un bain de sonorités 80's que Taylor Kirk et Timber Timbre reviennent nous hanter avec leur perpétuel mais versatile vague à l'âme. Pour un résultat aussi noir que fascinant.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 octobre 2017

Timber Timbre : bleu nuit et brouillard

Bleu Nuit, en français dans le texte, c'est le titre du pénultième titre de Sincerely, Future Pollution, dernier album de Timber Timbre. Et c'est bien cette nuance de couleur qui habite en profondeur ce disque autant qu'elle symbolise le blues dont Taylor Kirk ne s'est jamais vraiment départi, quelles qu'aient été les orientations esthétiques de Timber Timbre. Car Taylor Kirk reste un crooner, un bluesman à la voix d'encre dont il ne cesse de tester les dispositions sur l'ensemble du spectre musical comme s'il passait en revue les décennies : 50's sur Timbre Timbre, folk 60's sur Creep on, Creepin' On, 70's sur Hot Dreams. Ici, celui qui dit avoir toujours détesté les années 80 (comprendre : la musique de cette époque) fait pourtant ses ablutions au milieu des nappes de synthés et des boîtes à rythme. Peut-être parce que le Capitaine Kirk a laissé bien davantage de latitude à ses compères Trottier et Charbonneau. Peut-être parce qu'il s'agit d'une suite logique après l'exploration des précédentes décennies. Peut-être parce que l'esthétique 80 est revenue nous imprégner par tous les

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Cannibale : la compagnie créole

Psyché garage | Tardive révélation et nouvelle trouvaille du label Born Bad, les quarantenaires de Cannibale bouffent à tous les râteliers musicaux créolisant le rock avec un appétit pan-exotique hautement contagieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 octobre 2017

Cannibale : la compagnie créole

Qui a vu le culte Cannibal Holocaust n'en a sûrement jamais effacé les images de sa rétine. Dans ce vrai-faux docu, un groupe de journalistes fort antipathiques part à la recherche d'une tribu cannibale au cœur de la forêt amazonienne et se fait recevoir avec les honneurs dus à son manque de savoir-vivre : les voilà transformés en brochettes sauce état de nature. On ne sait guère à quelle sauce JB Guillot, boss du label Born Bad, s'attendait à être mangé lorsqu'il enfourcha sa moto à destination d'un coin reculé de Normandie à la rencontre d'une tribu elle aussi Cannibale, dont la réputation commençait à bruire à travers les feuilles – il était temps, ses membres, la quarantaine bien tapée, avaient officié deux décennies durant dans une kyrielle de groupes dont le dernier Bow Low avait connu un début de petit succès classé sans suite. Selon la légende, les Cannibale lui servirent un plat plus commun que sa propre tête – une simple purée, qui n'en contenait pas moins une haute portée s

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Who's (Born) Bad ?

MUSIQUES | Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Who's (Born) Bad ?

Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé d'un tel raout, que son emploi du temps est bien assez chargé et qu'il se serait plutôt fait un cadeau à lui-même. Pourtant cette tournée est bien là, elle existe - « il y avait beaucoup de demandes » avoue-t-il. Comme existe encore Born Bad, le label phare du renouveau rock et pop français, en réalité né en 2006. Parfois au grand étonnement de son fondateur, rocker alternatif qui souhaite à l'origine remettre à l'heure les pendules de l'indépendance déréglées par son expérience de directeur artistique en major (voir interview). Premier groupe signé, comme un symbole : Frustration – « meilleur groupe de post punk français », précise-t-il – dont le batteur est propriétaire de la boutique Born Bad à laquelle s'adosse le label sur les modèles de Rough Trade ou New Rose. D'entrée, Born Bad se veut « très cocardier », soucieux de défendre la contre culture française : de rééditions de pépites françaises 60's, 70's, 80's, oubliées (« une façon de revendiquer une f

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Justice et Sting pour les 15 ans de Musilac

Festival | Rendez-vous du 13 au 16 juillet à Aix-les-Bains (Savoie).

Sébastien Broquet | Mercredi 14 décembre 2016

Justice et Sting pour les 15 ans de Musilac

La programmation des quinze ans du festival Musilac, qui durera cette année quatre jours, continue à être dévoilée au compte-gouttes. On savait déjà pour Phoenix, Die Antwoord, Archive, The Lumineers, Calypso Rose et Vianney. Deux nouveaux noms se rajoutent. D'abord les producteurs de tubes à la pelle (D.A.N.C.E., Never Be Alone...) Justice, dont le nouvel album vient de sortir. Et le on-ne-le-présente-plus Sting. Pour savoir qui passe quel jour, c'est sur le site du festival que ça se passe.

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Collectif X : un talent cru

Théâtre de l'Élysée | Sans grand moyen mais avec une ambition artistique immense, Cannibale est la preuve que le théâtre est une arme d'émotion massive avec cette fable moderne sur l'amour et la douleur.

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Collectif X : un talent cru

Deux hommes cuisinent en se racontant des banalités. Ils sont manifestement chez eux, les odeurs de viande et de légumes dorés à la poêle commencent à envahir l'espace. Ça n'a l'air de rien, c'est pourtant légèrement inquiétant : le couteau, même manié avec attention pour émincer des oignons, est presque un danger. Un faux mouvement et c'est la blessure assurée. Cannibale est à l'instar de ce geste : constamment sur le fil du rasoir. Le récit se nourrit de ces détails ; pour le reste, rien à signaler : que le couple soit formé de deux garçons n'est jamais un sujet. L'homosexualité n'est pas discutée. Elle est là, montrée et vécue, en même temps totalement absente. Ce qui intéresse l'auteur Agnès D'halluin est cette histoire d'amour solide et magnifique ébranlée par la maladie incurable de l'un deux, poussant le rescapé à envisager de dévorer le corps de l'autre, mort. Last exit to... death Ce cannibalisme est aussi théâtral : l'envie de livrer une pièce très écrite et très incarnée, comme si Truffaut avait croisé François Ozon, comme si Rohmer se baladait chez Gui

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Théâtre de l'Elysée : Deux trésors de retour à l'affiche

Théâtre de l'Élysée | Le mal qui gangrène les théâtres avec la multiplication de pièces programmées pour seulement trois ou quatre soirs d'exploitation est contrecarré en cette rentrée (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre de l'Elysée : Deux trésors de retour à l'affiche

Le mal qui gangrène les théâtres avec la multiplication de pièces programmées pour seulement trois ou quatre soirs d'exploitation est contrecarré en cette rentrée par l'Élysée. Son directeur, Jacques Fayard, a décidé de faire revenir deux trésors de la saison dernière, dont Illusions, conte retors sur l'amour, sa durée et ses failles raconté par quatre vieilles personnes. Bien qu'incarnés par une jeune garde de comédiens, les mots du contemporain Ivan Viripaev gardent leur dangerosité dans cet espace, entouré des spectateurs imaginés par le metteur en scène Olivier Maurin qui a l'art de porter à la scène les balbutiements et les messes-basses. Dans la foulée, retour de ce qui a été un choc, calé en plein milieu de la période creuse des vacances de Pâques : Cannibale. Écrite, mise en scène, jouée par des anciens de la Comédie de Saint-Étienne (pour trois d'entre eux) réunis en collectif X, cette chronique

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Daniel Romano : La Métamorphose

Country & Pop | Ex-punk rocker, devenu plus countryman que la country, le cow-boy canuck Daniel Romano a opéré une nouvelle mue musicale avec Mosey, grand œuvre de westernades pop folk fait d'arrangements grandioses et de croisements esthétiques.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 septembre 2016

Daniel Romano : La Métamorphose

On a connu le dénommé Daniel Romano s'affichant en photo ou en pochette d'albums — son Come Cry with me en tête — en costumes tissés façon tapisserie à motifs floraux, complet de countryman d'un autre âge (sans doute dérobés en douce dans la garde-robe épileptique de Porter Wagoner), surplombé d'un Stetson, d'une moustache et d'une lavallière rose hésitant par politesse entre le fuchsia et le bonbon. Ainsi attifé comme le fantôme de l'Opry (Nashville, Tennessee), le Canadien (il n'est même pas Américain) déroulait une country ad hoc, entre clonage d'Hank Williams et meta-country en ratatouille, et fameuse avec ça, de George Jones, Merle Haggard, Johnny Cash et many consorts. Et à l'aquoibonisme possiblement généré par cette démarche d'antiquaire musical, Romano répondait d'abord par son sens aigu du songwriting. Peu importe le style, le but c'est de mettre dans le mille, dit le cow-boy.

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Les 10 concerts à voir en septembre

Musique | La concurrence (ou les confrères) prenant leur temps pour redémarrer la saison en mode diesel, c'est une certaine péniche du quai des Étroits, qui ce mois-ci fait figure de bon élève boulimique, alignant comme des perles les concerts de musique pas comme les autres. Septembre sera (surtout) Sonic ou ne sera pas.

La rédaction | Jeudi 1 septembre 2016

Les 10 concerts à voir en septembre

Daniel Romano Les fans hardcore de l'ancien Daniel Romano ont sans doute eu du mal à reconnaître leur protégé canadien lorsqu'ils ont posé l'oreille sur Mosey, son dernier album, puis constaté qu'il avait troqué le costume de dandy à Stetson – et les chansons crincrin qui allaient avec – pour une veste de jogging. Finie (pour le moment) la country pliant (magnifiquement) le genou devant les figures d'Hank Williams ou Merle Haggard, Romano a ici sorti le couteau suisse musical et donne l'impression de balayer d'un revers de main sa discographie précédente à coups de pop cinématographique, emphatique ou intime, reliant par la grâce du fil invisible d'un songwriting impressionnant Morricone, Dylan, Newman, Hazlewood. Et surtout l'ancien Daniel avec le nouveau, génial dans toutes les configurations. Au Sonic le mardi 13 septembre

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Dix concerts qui vont faire du bruit

MUSIQUES | Dans le landerneau des organisateurs de concerts, ce mois d'octobre 2015 est si dense en propositions qu'il est surnommé "Octobrute". Un nickname d'autant plus approprié qu'une bonne partie d'entre elles fait plus dans le jean élimé que dans la dentelle. Exemples contractuels.

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Dix concerts qui vont faire du bruit

Valient Thorr / Broken Water On a découvert Valient Thorr par hasard, au détour d'un abattoir reconverti en squat de vikings. C'était à l'été 2014, on avait une bonne douzaine d'années de retard sur le reste de la population mondiale – du moins celle assez sensible au high energy rock'n'roll pour s'organiser en chapitres – mais qu'importe : rarement a-t-on vu musiciens faire montre d'autant d'engagement que ces Américains aux bonnes trognes... ben d'Américains. Au point de descendre, entre deux riffs taillés pour faire imploser les jukeboxes des restoroutes, faire du rameur dans la fosse. [+ Child + Black Bone] Au Warmaudio jeudi 15 octobre On a déploré la brouille de Frank Black et Kim Deal. On a chouiné à l'idée que Thurston Moore et Kim Gordon les imitent – et ils ont fini par le faire, les salauds. Puis est apparu Broken Water. C'était en 2010 avec Whet, un premier album qui voyait ce très revendicatif trio mixte d'Olympia (des droits des femmes à la surveillance généralisée, ce ne sont pas

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La rentrée musique côté jazz et world

MUSIQUES | Du côté de l'AOC "world, soul, jazz, etc.", le fourre-tout est de rigueur, les talents pluriels et les esthétiques en quinconce. Si bien qu'on ne sait plus où donner de la tête. Eh bien c'est juste ici, un peu partout.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté jazz et world

C'est comme souvent le Rhino jazz qui va donner le tempo de la rentrée jazz. Mais tel le rhinocéros, l'événement, une fois lancé, court dans tous les sens et c'est dans trois départements que le spectateur doit se mettre en mode safari. Tout le monde n'étant pas équipé d'une jeep, contentons-nous ici des haltes lyonnaises : outre Tigran (voir page 4), se présenteront l'étrangeté électro-jazz-blues Yom (à l'Opéra le 12 octobre), Vincent Perrier qui va «bopper avec Django» à la Clé de Voûte le 23 ou encore le duo Donkey Monkey, croisement de jazz et de rock japonais, oui madame, le 24 au Périscope. Un Périscope qui garde son cap de chaudron expérimental. Citons pêle-mêle : Emmanuel Scarpa et François Raulin (aucun lien) pour leur Tea Time le 1er octobre, le violoniste Régis Huby et son projet Equal Crossing dont on a lu, sans rire, qu'il promettait une «ambiance frottis» ; ou encore le 13 novembre le chelou Finlandais Mikko Innanen. Et pour la bonne bouche, Cannibales et vahinés, où l'on ret

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenue très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans

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Une équipée de rêve

MUSIQUES | En première partie de Mogwaï, le canadien Taylor Kirk, alias Timber Timbre, vient présenter son déjà cinquième album, "Hot Dreams", variation capiteuse et lynchienne sur un univers folk où noirceur et bizarrerie cherchent à se frayer un chemin vers la lumière. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 1 juillet 2014

Une équipée de rêve

Si le patronyme Timber Timbre – "Timber!" étant le cri poussé par les bûcherons pour prévenir de la chute d'un arbre – fait référence à la cabane en bois dans laquelle le canadien Taylor Kirk a commencé sa carrière de musicien – une waldenisation, ou la pop dans les bois, qui commence à devenir sérieusement virale – l'auditeur francophone pourra lui s'attacher à y voir l'expression d'un timbre vocal impressionnant. Si Timber Timbre s'inscrit de fait dans la tradition du folk pastoral, boisé, mais aussi passablement musqué, qui sied à son décor, le capitaine Kirk déborde quelque peu de cette étiquette sur son récentHot Dreams. Parti enregistrer l'affaire du côté de Laurel Canyon, temple historique du pop-folk américain où il ne fut pas rare de croiser d'autres Canadiens (Neil Young, Joni Mitchell), Kirk se laisse aller à un penchant certains pour le crooning un peu schlass – quant on a une voix pareille, on la bichonne –, la soul dessalée et les envolées en cinémascope (l'impressionnant Run From Me qui démarre chez Roy Orbison pour finir chez Morricone). Ouvrir les rideaux

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Gagnez des places pour le festival Justice/Injustice

MUSIQUES | L'événement de la semaine (outre Quais du Polar, Hallucinations Collectives, Ça cloche, L'Original et Reperkusound, certes), c'est le festival (...)

Benjamin Mialot | Lundi 25 mars 2013

Gagnez des places pour le festival Justice/Injustice

L'événement de la semaine (outre Quais du Polar, Hallucinations Collectives, Ça cloche, L'Original et Reperkusound, certes), c'est le festival Justice/Injustice, imaginé par l'Opéra de Lyon. Soit trois soirées lyriques sur l’arbitraire et la violence du pouvoir, dont une qui verra la première de Claude, création d'après Victor Hugo de Thierry Escaich (musique) et Olivier Py (mise en scène) sur un livret de Robert Badinter. Le Petit Bulletin et la vénérable institution de la place de la Comédie s'associent pour vous faire gagner des places pour les représentations du Prisonnier de Luigi Dallapiccola (qui prend pour toile de fond l'Inquisition) et de Erwartung de Arnold Schoenberg (sur une femme perdue en forêt à la recherche de son amant disparu), mises en scène par  Alex Ollé et La Fura dels Baus et données successivement vendredi 29 mars à 20h. Comment en bénéficier ? Il vous suffit de nous appeler jeudi 28 de 18h

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L’opéra se fait justice

MUSIQUES | De tous les festivals qu’il a tricoté depuis son arrivée à la tête de l’opéra, Serge Dorny livre le plus spectaculaire, le plus visionnaire et le plus culotté : Justice/Injustice, qui réunit une création mondiale, trois œuvres contemporaines, des metteurs en scène au geste pur et des chefs faisant entendre une musique aux partis pris insensés et jubilatoires. Explications avec l'intéressé. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Lundi 25 mars 2013

L’opéra se fait justice

Le festival Justice/Injustice ne devrait-il pas s’appeler Festival Robert Badinter ?Serge Dorny : Non. J’ai une estime énorme pour Robert Badinter, je le vénère, je suis un "Badinterâtre", à la fois au niveau de l’engagement, de l’éthique, de la personne même. Mais l’opéra Claude, dont il signe le livret, est une œuvre parmi plusieurs. Quand je vois le festival, je vois quatre œuvres : Le Prisonnier de Dallapiccola et Erwartung de Schoenberg, Fidelio de Beethoven et une création mondiale, une nouvelle commande, à partir d'un texte de Victor Hugo, écrite par Robert Badinter et composée par Thierry Escaich. Bien évidemment le librettiste Badinter est une personne immense. Il a une place importante, le personnage est fascinant, intellectuellement et humainement. Sa détermination et son engagement sont exceptionnels. J’ai eu le privilège de travailler avec lui depuis quelques années et au-delà de la commande, j’ai rencontré un être à part.Comment s'est monté Claude ?C'est lors d’un dîner qu'il m’a pa

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Claude et Robert en tête

MUSIQUES | Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de (...)

Pascale Clavel | Dimanche 6 janvier 2013

Claude et Robert en tête

Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de Lyon vient de réussir l’exploit le plus impressionnant de ces dernières années, en choisissant comme clef de voute du prochain Festival Justice/Injustice Claude, premier opéra du compositeur Thierry Escaich. L’ancien garde des Sceaux en a écrit le livret d’après le court roman de Victor Hugo. Lorsqu’on sait que Jérémie Rhorer est à la baguette et Olivier Py à la mise en scène, on jubile par avance. N’en oublions pas le reste de la programmation musicale lyonnaise, riche et diversifiée, savoureuse et délicatement construite autour de quelques pépites à déguster sans modération. Le Festival de musique baroque notamment, qui fête ses 30 ans et fait pour l’occasion venir Marc Minkowski, le baroqueux qui résiste le mieux au temps. Il nous livrera en avril une Messe en ut de Mozart des plus inspirées. Les Journées Grame quant à elles, s’étirent dans le temps pour que nos oreilles puissent enfin s’installer dans leur siècle. De janvier à mai, elles nous invitent

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Ce n'est que Justice

MUSIQUES | Parfois, chers lecteurs, nous vous envions. Pas parce que vous êtes élégants, distingués, séduisants et cultivés évidemment. Mais nous vous envions aussi parce (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 11 mai 2012

Ce n'est que Justice

Parfois, chers lecteurs, nous vous envions. Pas parce que vous êtes élégants, distingués, séduisants et cultivés évidemment. Mais nous vous envions aussi parce que vous avez la chance de ne jamais être soumis à ces dilemmes aux faux airs d'évidences dont l'exercice du quatrième pouvoir est fécond. Exemple : fallait-il souligner ainsi le concert de Justice, sachant qu'il affiche complet et que le deuxième album du duo francilien, Audio, Video, Disco, est une douloureuse boursouflure Hard FM ? Oui, avons-nous tranché au terme d'un débat d'une virulence quasi-présidentielle, estimant que cette date constituait, à au moins deux égards, un véritable événement. D'abord parce que †, premier album dudit duo, est toujours cinq ans après le buzz interstellaire qui a accompagné sa mise en rayons (la French Touch 2.0, le clip controversé de Stress), un monument de disco futuriste comme Daft Punk ne savait à l'époque déjà plus en produire. Et surtout parce que ce n'est pas si souvent que l'on peut prendre un bain de loops et de stroboscopes sous les ors, enfin, sous les aci

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Droit de ciné

ECRANS | Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à (...)

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

Droit de ciné

Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à cette occasion Yves Boisset, en pleine promo de son livre de souvenirs. Celui-ci présentera le 12 mars à l’Institut Lumière Le Prix du danger, où le cinéaste imaginait les dérives de la télévision spectacle à travers une fable d’anticipation au cachet très années 80. Bon, allez, on ne va pas mentir, Michel Piccoli en Drucker faisant lui-même les slogans des sponsors de l’émission ou Gérard Lanvin lançant des «bande d’enculés» dans tous les sens, c’est plus drôle qu’angoissant, et c’est ce qui arrive quand des films font passer leur discours avant leur mise en scène. Par ailleurs, Yves Boisset a choisi pour ces rencontres deux immenses films du non moins immense Sidney Lumet, Douze hommes en colère (le 13 mars au Comœdia) et Le Verdict (le 15 au même endroit), qui prouvent qu’on peut avoir un point de vue sur des grands sujets (la justice, ici) et les traduire par de vrais choix de cinéma. On ne sait

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La vie est ailleurs

MUSIQUES | C'est sans doute l'un des plus beaux clips qu'il nous ait été donné de voir cette année. Une ambiance kubrickienne, 2011 l'Odyssée de l'espace, quelque chose (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 octobre 2011

La vie est ailleurs

C'est sans doute l'un des plus beaux clips qu'il nous ait été donné de voir cette année. Une ambiance kubrickienne, 2011 l'Odyssée de l'espace, quelque chose du Moon de Duncan Jones. Un astronaute barbu, christique, file à travers l'espace à la recherche d'un monolithe triangulaire, survole une planète aux airs martiens qui pourrait tout aussi bien être le Grand canyon (et l'est très probablement dans la réalité). La chanson qui va avec, For 12, est aussi, ça tombe bien, l'une des plus belles de l'année. Leurs auteurs se nomment Other Lives, viennent de Stillwater en Oklahoma, là où les plaines embrassent un horizon infini régulièrement déchiré par les tornades. De là un album, Tamer Animals, qui mêle folk sophistiqué à la Fleet Foxes et rock plus ombrageux (le single éponyme évoque The National). Un disque qui, comme le Midwest américain, s'avère plus farouche qu'il n'en a l'air. Ce sera sans doute pour beaucoup la révélation, aussi courte soit-elle,

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Timber Timbre

MUSIQUES | C'est en douceur que le festival des Inrocks revient à Lyon, privilégiant la qualité à la quantité (une seule soirée, snif). En tête d'affiche, l'un des OVNIS (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

Timber Timbre

C'est en douceur que le festival des Inrocks revient à Lyon, privilégiant la qualité à la quantité (une seule soirée, snif). En tête d'affiche, l'un des OVNIS folk-blues de ces deux dernières années, déjà aperçu à l'Épicerie Moderne : Timber Timbre, c'est une voix d'outre-monde venu du Canada, une sorte de Screamin' Jay Hawkins blanc croisé Roy Orbison à barbe qui martèle une douce (amère) musique de rêve américain à l'ambiance de cauchemar ouaté. Au Transbordeur, le 5 novembre.

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Blues timbré

MUSIQUES | Du fond de ses bois, Taylor Clark, alias Timber Timbre, appartient comme Bon Iver à un sous-genre du folk : le folk Into The Wild, qui se vit comme il (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 4 février 2011

Blues timbré

Du fond de ses bois, Taylor Clark, alias Timber Timbre, appartient comme Bon Iver à un sous-genre du folk : le folk Into The Wild, qui se vit comme il se chante, en pleine nature, entre une forêt à déboiser et un élan à dépecer. C'est sans doute quelque part ce qui donne leur authenticité à ce blues qui vient de là qui vient des tripes (pas celles de l'élan, hein), monté avec trois bouts de ficelles mais qui pourrait nous tenir au chaud tout l'hiver. A l'Épicerie Moderne, vendredi 11 février, en compagnie du blues en noir et blanc du vintage CW Stoneking.

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On s’fait une bouffe ?

SCENES | Cirque et Théâtre / Nouvelles coqueluches du théâtre contemporain, David Bobée et Renan Chéneau présentent aux Subsistances Cannibales, pièce pluridisciplinaire, existentielle et… prometteuse ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 12 juin 2008

On s’fait une bouffe ?

Nés dans les années 1970, adolescents dans les années 1980 quand «Dorothée passe d’Antenne 2 à TF1» et avec «l’apparition des cracottes chez Heudebert», adultes dans les années 2000, ils constatent «que rester vautré, recroquevillé chez soi, avec la dernière livraison de Jack Bauer, saison 4, n’est finalement pas ce qui peut nous arriver de plus mal…»… Voilà où nous en sommes, voilà où ils en sont, eux, couple trentenaire petit-bourgeois habitant un appartement immaculé et quasiment décalqué d’un catalogue d’Ikéa. C’est dans cet intérieur qu’on les découvre, «Elle» et «Lui», et dans l’intimité de leurs discussions décousues à propos de sexe, de bonheur, de science, de politique, de tout, de rien, de pas grand chose, de ce qui reste… Dernier volet d’une trilogie qui peut se découvrir séparément, Cannibales a été écrite par Ronan Chéneau directement sur le plateau avec la complicité du metteur en scène David Bobée et de ses comédiens : «Mon travail d’écriture se fait au cœur même de la machine théâtrale, avec le travail, de la lumière et du son, le jeu, la mise en scène, pour être contaminé par eux, toujours proche du vivant, du présent. En période de création, j’écris et réécris san

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