Jacques a dit

Techno | Compositeur de musique électronique faite de bruits naturels, Jacques dit Tout est magnifique. S’il est lui-même « perdu entre méditation réfléchie et spontanéité préméditée », ne le soyez pas : artiste à suivre.

Lisa Dumoulin | Mardi 10 octobre 2017

Photo : © DR


On aurait aimé le rencontrer mais il a décidé de ne plus faire d'interviews jusqu'à nouvel ordre. Comme il a décidé de ne pas faire d'études car « je n'ai pas spécialement envie de me spécialiser » ou de vivre en squat car « pour moi c'est plus facile de dormir dans un endroit où il n'y a pas l'eau, où c'est un peu galère, et de faire ce que je veux, plutôt que de me pointer tous les matins dans une pizzeria pour bosser. » Un mec un peu perché certes, mais surtout doué, poétique et infiniment sensé quand on y réfléchit sérieusement.

On pense à cette citation du philosophe indien Jiddu Krishnamurti : « Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale d'être bien adapté à une société malade », en lisant les précédentes interviews de Jacques, ses posts Facebook ou en écoutant sa conférence TED où il explique justement pourquoi il n'a pas fait d'études et ce qu'il a fait à la place.

Comme monter le collectif Pain Surprises, au départ simple organisateur de soirées devenu label notamment de Jabberwocky, et se couper les cheveux à l'envers (rasé sur le haut, long sur les côtés) pour remettre en question la norme en adoptant « la coupe de cheveux que personne ne souhaite. »

Tout est magnifique

Celui qui aime réconcilier les opposés (le beau et le laid - d'où le titre de son EP Tout est magnifique - le normal et le bizarre - il veut « écrire des musiques pour que les normaux et les bizarres dansent ensemble » - l'artisanal et le synthétique) fabrique de la “techno transversale”, une musique d'objets à partir de bruits et sons naturels qu'il déploie en boucles. Dans la radio est enregistré à partir de sons glanés dans la Maison de la Radio, The Whisper avec tous les bruits d'installation dans un squat, où on entend « le bruit des raviolis qui chauffent » et le murmure d'un pote car il faut déblayer et s'installer tout en restant discret. « En duo permanent avec la beauté cachée dans le bruit des choses du quotidien », Jacques a trouvé une fabuleuse recette pour nos oreilles mais aussi pour la vie.

Jacques
Au Sonic le vendredi 13 octobre (after du vernissage de l'exposition avec Valentin Guillon à la MLIS)


Jacques


Sonic En face du 4 quai des Étroits Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Valentin Guillon & Jacques

Eurythmie
Maison du Livre, de l'Image et du Son 247 cours Émile Zola Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Bergman, Tati et une tortue rouge sur Netflix en mai

Plan Canapé | Puisque les cinémas vont rouvrir le 19 mai et que vous allez enfin pouvoir revoir des films sur grand écran, célébrez proprement votre rupture avec vos plateformes de VOD. Et justement, avec trois œuvres l’un des maîtres de la question, Ingmar Bergman, qui arrivent sur Netflix en mai.

Vincent Raymond | Vendredi 30 avril 2021

Bergman, Tati et une tortue rouge sur Netflix en mai

« En mai, fait ce qu’il te plaît ». Oui, bon, presque… En attendant d’aller se faire une toile au ciné, révisons quelques indispensables classiques d'Ingmar Bergman : Netflix ajoute dès le 1er mai à son catalogue des Danaïdes Le Septième Sceau (1957), Scènes de la vie conjugales (1974) et Sonate d’automne (1978), soit trois regards sur la vie (donc la mort), le couple et la famille. Le premier est un conte métaphorique, le second une série de saynètes sur la vie à deux — et l’adaptation d’une série télévisée qui, à l’époque de sa première diffusion, a eu plus de succès en Suède que GoT, La Casa de Papel et Les Simpson réunis — ; quant au troisième, il constitue un face à face perturbant entre une mère et sa fille autour d’un partenaire commun souriant sardoniquement de ses 88 dents : un piano. Leur force à tous trois : être puissamment

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La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

Cinéma | « La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se (...)

Vincent Raymond | Mercredi 3 mars 2021

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

« La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se dévouer à la présidence d’Unifrance — l’organisme en charge du “rayonnement” du cinéma français à l’international. Auréolé d’un joli succès dans les salles françaises avec 421 578 spectateurs — cela, du fait d’une exploitation prématurément réduite puisqu’il était sorti avant la seconde fermeture des salles fin octobre 2020 —, très bien accueilli à l’étranger, son huitième long-métrage La Daronne, adapté du polar homonyme d’Hannelore Cayre vient d’être désigné Prix Jacques-Deray par l’Institut Lumière, succédant à Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin, également distribué par

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Jacques Perrin-Fayolle, le constructeur

Architecture | II fut l’architecte du campus de la Doua, de l’hôpital cardio, de la bibliothèque de la Part-Dieu et pourtant Jacques Perrin-Fayolle (1920-1990) est aussi méconnu du grand public que ses œuvres sont fréquentées. Le professeur d’histoire de l’architecture Philippe Dufieux livre un solide et fort intéressant inventaire de son travail, racontant ainsi comment Lyon s’est transformée dans les années 60 et 70. L’auteur sera présent à la librairie Descours le jeudi 21 janvier.

Nadja Pobel | Mercredi 20 janvier 2021

Jacques Perrin-Fayolle, le constructeur

On ne va pas se mentir, en lisant ce livre, on s’est d’abord rendu compte que les bâtiments qui entachaient cette belle Presqu’île étaient dues à… Jacques Perrin-Fayolle, tel l’hôtel Sofitel sur le quai Gailleton (à la place de l’ancien hôpital militaire Desgenettes) ou les immeubles qui donnent sur la Saône, côté 2e arrondissement, sur le quai Saint-Antoine vers la place d’Albon et la rue Mercière. Il n’aura là, d’une certaine manière, que remplit ces espaces que le maire et roi du béton Louis Pradel avaient libéré, peu enclin à rénover l’existant déclinant, devenu insalubre au fil du temps. Mais bien sûr, ceci est presque une anecdote dans cet ouvrage de près de 300 pages extrêmement fouillé et imagé (photos d’hier et d’aujourd’hui, plans, dessins et même aquarelles), car ce que dresse Philippe Dufieux, c'est le portrait d’un homme de son temps, participant activement aux politiques étatiques de construction massives de campus et d’hôpitaux publics, plus qu’aux logements (le quartier villeurbannais du Tonkin est de son fait, l’immeuble Les Eaux-vives dans le 6e à la lisière du

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Jeanne Moreau ouvre le bal

Théâtre | La rentrée au Théâtre de la Croix-Rousse se fait en musique, avec cette pièce inspirée d'une émission de télévision, "Discorama", qui conviait Jeanne Moreau en 1968.

Nadja Pobel | Lundi 28 septembre 2020

Jeanne Moreau ouvre le bal

Avant qu’il ne file refaire le monde au Teil en terres sismiques, Olivier Rey avait, au Lavoir Public, redonné vie aux Radioscopies de Jacques Chancel. Cet intérêt pour les émissions phares de la radio et de la télévision de l’époque en noir et blanc, se retrouve dans Je suis vous tous (qui m’écoutez) où Jacques Verzier et Patrick Laviosa enfilent les costumes d’un numéro de Discorama : nous sommes en 1968, Denise Glaser reçoit Jeanne Moreau. La rentrée au Théâtre de la Croix-Rousse se fait donc en musique avec cette création prévue initialement au studio en avril dernier. Basculé en grande salle pour une distanciation respectable, ce travail reste centré sur ces deux femmes qui se rencontrent à l’occasion du disque Chansons de Clarisses, écrites par le poète Eugène Guillevic

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Fondus au monde

Photographie | Le Réverbère réunit quatre photographes qui ont le voyage dans le sang de leur création : Thomas Chable, Serge Clément, Jacques Damez et Bernard Plossu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2020

Fondus au monde

Il est cinq heures du matin à New York, à Dakar, Mumbai, Istanbul, Bangkok... Aux pays des ombres, la vie doucement s'éveille : au pied d'un pont, en bordure de plage, à l'intérieur d'une voiture, ou au reflet d'une vitrine... Et, dans cette montée timide de la lumière, le photographe canadien Serge Clément capte le lent remuement de silhouettes sombres à l'orée du jour. L'accrochage, au Réverbère, de ses images prises aux quatre coins du monde, toujours à la même heure, nous saisit par sa dominante de noirs, cette sorte de brume sombre et flottante d'humanité, parmi laquelle, peu à peu, les images comme les corps se dessinent, se précisent. Ce fondu des formes, cet entre-deux du flou et du réel nous renvoie à l'image d'un autre photographe, Bernard Plossu, métamorphosant un car touristique à Rome en présence fantomatique. Comme si chez l'un et chez l'autre de ces photographes voyageurs, le

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Comme sur un plateau : "Les Petits Maîtres du Grand hôtel"

Documentaire | À l’Hôtel Lesdiguières de Grenoble, le personnel est composé d’élèves en formation. De poste en poste, ces jeunes employés découvrent la rigueur et les exigences des métiers du service et de l’hôtellerie. Parfois en déchantant…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Comme sur un plateau :

Après avoir résidé au Lesdiguières, Jacques Deschamps a eu envie de connaître les chevilles ouvrières de cet établissement d’application et de les filmer dans ce processus particulier qu’est l’apprentissage. Cette démarche exploratoire des coulisses d’une institution rappelle le cinéma de Wiseman ou de Philibert, où la caméra sait se faire oublier pour capter la parole de chacun : le voyage se révèle immersif, complice, édifiant et captivant puisqu’on en apprend autant sur les étudiants (leurs aspirations, leurs désillusions) que leur cursus. Drôle d’idée, tout de même, d’ajouter des intermèdes musicaux chantés, et surtout de les confier à ces apprentis déjà bien embarrassés par leurs missions quotidiennes. Non qu’ils déméritent : ils font ce qu’ils peuvent, en braves amateurs. On comprend bien l’idée de filer la métaphore en illustrant un monde de rites et de chorégraphies par une mise en scène ad hoc, et de montrer qu’en toutes choses les élèves restent des apprenants un peu gauches sur le chemin de l’excellence. Mais cette petite excentricité ressemble davantage à un caprice de cinéaste destiné à rajouter de la fraîcheur

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Loustal : pour ceux qui aiment le jazz

Portrait | Après Brüno en 2018, c’est lui qui donne des visages et des images au Festival Jazz à Vienne. Rencontre avec un illustrateur prolifique associant depuis plus de trente ans musiques et couleurs : Jacques de Loustal.

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Loustal : pour ceux qui aiment le jazz

Droit comme un i, vêtu avec une élégance non ostentatoire, il saute prestement de sa bicyclette, semblant surgir d’un album de ses confrères Dupuy & Berbérian. Quelques volées d’escalier plus haut, on pénètre dans son atelier d’artiste ; les murs confirment sans l’ombre d’une hésitation son identité. Outre quelques peintures accrochées ici ou là, et quelques travaux en cours, une bibliothèque chargée jusqu’à la gueule d’albums et d’ouvrages mêlant jazz, cinéma, littérature et illustration, voisine avec des piles de CD. L’atmosphère studieuse de cet antre du XIXe arrondissement parisien ne la rend pas moins accueillante : le canapé, guère éloigné de la table à dessin, ne semble pas avoir pour seule vocation de décorer les lieux. Jacques de Loustal s’y octroie une poignée de minutes de sieste chaque jour, dit-on. On raconte aussi qu’il aurait un autre studio dans les Monts d’Or quand il se déplace en région lyonnaise. Car l’homme aime les voyages, autant qu’il est passionné de musique. La faute à ses grands frères, qui l’ont initié au jazz, au blues et ensuite au rock :

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Jacques Greene pour les cinq ans de Rinse France

Clubbing | Rinse France fête cinq années d'existence au Petit Salon en compagnie du crew Artjacking : attraction.

Sébastien Broquet | Mardi 19 mars 2019

Jacques Greene pour les cinq ans de Rinse France

Rinse FM, en Angleterre, c'est une référence : créée en 1994 par DJ Geeneus et Slimzee, c'est au départ une pirate surfant sur la vague jungle puis la drum&bass et le UK garage (ce style malheureusement trop sous-estimé en France...), soit tout ce qui fait alors vibrer les nuits underground de Londres et le meilleur moyen de découvrir et les nouveaux DJ's, et les futurs sons qui vont faire dégoupiller sur les dancefloors - jusqu'au dubstep et au grime, avant la répression, en 2005. Cinq années plus tard, Rinse obtient l'autorisation d'émettre sur la FM. Et quatre ans après, lance sa déclinaison parisienne, en Web-only, sous l'impulsion de Manaré. Une première : jusque-là, la radio qui a propulsé sur le devant de la scène nombre de figures de la bass music se contentait d'émissions éphémères à Ibiza, mais pas de station à plein temps à l'étranger. Rinse France s'est vite développée, tout en restant libre et indépendante de ses aînés londoniens, mais en gardant le même principe : éclectisme total (il y a même du rock) et flair impeccable pour dénicher et les tendances, et les artistes de demain. C'est là que G'Boï de La Chinerie fai

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Aux marges du palais : "L'Incroyable histoire du Facteur Cheval"

Biopic | de Nils Tavernier (Fr, 1h45) avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Aux marges du palais :

Drôme, XIXe siècle. Maladivement réservé et mutique, le facteur Cheval effraie bon nombre des villageois qu’il croise durant sa tournée. Sauf la belle Philomène, qu’il va épouser. Pour leur fille Alice, il va entreprendre la construction d’une œuvre spontanée et insensée : un palais idéal. À partir des bribes de témoignages et de rares documents d’époque (dont le fameux cahier autographe de Joseph-Ferdinand Cheval), Nils Tavernier dresse son portrait du mystérieux architecte naïf autodidacte, postulant à demi-mots que son aversion pour les rapports humains relevait peut-être d’un trouble du spectre de l’autisme. Obstiné, raide dans son col et sa souffrance, Gamblin s’accapare ce personnage s’exprimant davantage par ses doigts bandés et ses monosyllabes soufflées sous ses volumineuses moustaches : le moindre de ses tressaillements est signifiant. De fait, sa construction de Cheval s’avère tout aussi fascinante que l’histoire de l’édification de son palais, qui elle répond à des impératifs narratifs plus classiques, scandée de drames et de deuils ayant marqué le bâtisseur,

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Tati Chloé Serre à la BF15

Art Contemporain | La jeune performeuse et sculptrice Chloé Serre ouvre à la BF15 plusieurs chantiers (chorégraphie, exposition) afin de cerner, par le geste et par l'espace, ce qui constitue l'os même de nos relations aux autres.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 24 septembre 2018

Tati Chloé Serre à la BF15

« Ouvrez quelques cadavres : vous verrez aussitôt disparaître l'obscurité que la seule observation n'avait pu dissiper ». C'est avec cette phrase, presque avec ce geste, que Xavier Bichat ouvrait en 1801 l'ère de la médecine moderne. En 2018, chorégraphes et artistes ouvrent, eux, des corps vivants afin de parfaire l'observation de notre société contemporaine, la "clinique" de notre monde et de ses malaises et travers... Avec rage et violence chez la chorégraphe Maguy Marin (voir notre chronique de sa création Ligne de crête sur notre site), avec plus de douceur et dans un esprit beaucoup plus burlesque chez la jeune plasticienne et performeuse Chloé Serre. Nourrie des écrits du sociologue Erving Goffman (La mise en scène de la vie quotidienne)

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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Soirée Anti-foot au Ciné-Rillieux

ECRANS | Si vous n’aimez pas la Coupe du monde, allez vous faire foot. C’est en substance ce que vous propose le Ciné-Rillieux en termes plus fleuris — ou gazonnés (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Soirée Anti-foot au Ciné-Rillieux

Si vous n’aimez pas la Coupe du monde, allez vous faire foot. C’est en substance ce que vous propose le Ciné-Rillieux en termes plus fleuris — ou gazonnés —, histoire de vous changer des matches monopolisant le petit écran. Sa suggestion ? Une soirée bière-pizza à 20h en compagnie de la projection de la version restaurée du brûlot de Jean-Jacques Annaud Coup de tête (1976), portrait vitriolé d’une bourgade de province à travers ses notables aussi moralement crasseux dans leurs affaires que dans leur club de foot. Patrick Dewaere y joue les trublions façon libertaire avec une jubilation libératrice pour le public. Le stade ultime du plaisir. Coup de tête Au Ciné-Rillieux le mercredi 27 juin à 20h

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Jacques Truphémus, Jérémy Liron et la mélancolie

Peinture | Le Musée Paul Dini réunit deux peintres, Jacques Truphémus et son cadet Jérémy Liron, sous le signe des "silences de la peinture".

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 juin 2018

Jacques Truphémus, Jérémy Liron et la mélancolie

C'est, pour le critique d'art, une véritable gageure de trouver des points communs entre le plus connu des peintres lyonnais, Jacques Truphémus (1922-2017), et Jérémy Liron (né en 1980). Rien ne semble relier le style atmosphérique et post-impressionniste du premier à la clarté méditerranéenne et à la rigueur géométrique du second... Si ce n'est, bien sûr, une particulière attention à la lumière, le goût du paysage (urbain ou autre), et peut-être une certaine mélancolie. Mélancolie qui se traduit chez Jacques Truphémus par une quasi disparition de la figure humaine, engloutie parmi les fumées lumineuses de ses intérieurs de cafés lyonnais, les brumes de la ville, les coulures végétales dans les Cévennes. Le Musée présente d'ailleurs l'un des derniers tableaux cévenols, et sans doute le plus étrange, du peintre récemment disparu : sa Sieste sous la tonnelle datant de 2007. Deux personnages ensommeillés à une table, d'un blanc fantomatique, semblent se dissoudre

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Cinq expos à voir en juin

Sélection | Les cinq expositions à voir absolument avant l'été, de Jacques Truphémus le Lyonnais au méconnu photographe chinois LU Yangpeng.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 juin 2018

Cinq expos à voir en juin

Jacques Truphémus et Jérémy Liron au Musée Paul Dini Il y a peu de points communs a priori entre la peinture atmosphérique de Jacques Truphémus (1922-2017) et celle, plus moderniste et architecturée, de Jérémy Liron (né en 1980)... Si ce n'est, peut-être, une certaine mélancolie diffuse et embrumée chez Truphémus, solaire et urbaine chez Liron, insistant sur la fragilité des formes et des choses. L'exposition est, en tout cas, une belle occasion de découvrir deux œuvres fortes sur le traitement de l'espace et le rapprochement du dehors et de l'intime. Jacques Truphémus et Jérémy Liron​, Les silences de la peinture Au Musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône jusqu'au 16 septembre Adel Abdessemed au Musée d'Art Contemporain Dans une courte vidéo, Adel Abdessemed (né en 1971 à Constantine) est soudain perforé d'un javelot, alors qu'il déambule dans son atelier... Une mise en scène symbolique pour un artiste qui se veut littéralement traversé par la violence et l'actualité du monde. Ses œuvres ne cessent d'agir et

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Né pour l’apnée : "L'Homme dauphin, sur les traces de Jacques Mayol"

Documentaire | de Lefteris Charitos (Fr-Gr-Can-Jap, 1h19) avec Jean-Marc Barr…

Vincent Raymond | Mardi 29 mai 2018

Né pour l’apnée :

L’eau-dyssée de Jacques Mayol, petit Français si fasciné par le monde du silence et l’espèce des dauphins qu’il tenta à sa façon d’en devenir un en se lançant, avec succès, dans la plongée en apnée, discipline dont il fut l’un des précurseurs et surtout le charismatique ambassadeur… Aller plus profond. Tel était le leitmotiv de Jacques Mayol, cet aventurier à l’ancienne, ayant tout du play-boy international sans attaches, oubliant qu’il avait une famille pour vivre son rêve d’absolu ; sa quête ô combien paradoxale de lumière menée en s’enfonçant toujours plus loin dans l’impénétrable obscurité des abysses… À sa façon, Lefteris Charitos va lui aussi sous la surface, derrière l’image lisse rendue par la fiction inspirée de sa vie dans Le Grand Bleu (1988) de Luc Besson. En explorant les moindres images d’archives, en faisant parler les ultimes témoins, les proches de l’apnéiste, ses disciples comme son maître bouddhiste, le documentariste tente de plonger dans le secret d’un homme dépressif — et qui fut vaincu par la maladie. Sobre et apaisé, son portrait rév

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La Loi n’a pas dû marcher : "En guerre"

On ne Loach rien ! | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

La Loi n’a pas dû marcher :

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

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Ossang n’a pas perdu la main : "9 doigts"

Le Film du mois | L’épisodique F.J. Ossang est de retour avec un nouvel objet manufacturé aux saveurs intemporelles, empruntant sa cosmogonie au polar comme au fantastique, et sa linéarité à la courbe d’une spirale. Meilleure réalisation à Locarno, forcément.

Vincent Raymond | Mardi 20 mars 2018

Ossang n’a pas perdu la main :

Une gare, la nuit. Magloire se soustrait à un contrôle de police et court. Sa fuite le mène à un homme agonisant sur une plage, qui lui remet une liasse de billets. Un cadeau empoisonné lui valant d’être traqué par Kurtz et sa bande. Capturé, Magloire va être coopté par ces truands… 9 doigts raconte un peu mais invoque, évoque, provoque. Beaucoup de voix au service d’un film noir à la Aldrich que viendra insidieusement “polluer” une inclusion de radioactivité. Également d'une histoire de survivance paradoxale : celle d’un héros malgré lui, dépositaire d’un trésor qui n’est pas le sien, embarqué dans un rafiot vide au milieu d’escrocs rêvant d’un gros coup, échouant tous à le concrétiser. Une métaphore du cinéma, où pour durer il vaudrait mieux voyager léger, à l’écart des apprentis-sorciers, quitte à se retrouver isolé. Mais libre d’agir à sa guise, de créer un monde non orthodoxe, à gros grain et son saturé, avec des fermetures à l’iris, des ruptures de ton, des ellipses… Ossang ne saurait mentir Fidèle à sa ligne

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Patrick Boucheron et Jacques Rancière : quel récit pour l'Histoire ?

Dialogue | Son Histoire mondiale de la France (parue au Seuil en 2017) a fait grand bruit, ce fut même la grande polémique de la discipline ces derniers (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 mars 2018

Patrick Boucheron et Jacques Rancière : quel récit pour l'Histoire ?

Son Histoire mondiale de la France (parue au Seuil en 2017) a fait grand bruit, ce fut même la grande polémique de la discipline ces derniers mois qu'a initié Patrick Boucheron, largement politisée car appuyant là où ça grince en ces temps troublés. Car oui, l'Histoire, le passé lointain, est le ferment du présent et selon la façon de la conter, de l'occulter, de la magnifier, l'on se façonne une société et donc un futur forcément différents. Les tenants d'un roman national, plutôt ancrés très à droite (Finkielkraut et Valeurs Actuelles sont montés au créneau), se sont offusqués que l'on rabaisse ainsi la France en l'intégrant dans la globalité du monde. Boucheron, qui s'est solidement entouré, a livré une somme démontrant avec justesse que le repli identitaire est une impasse historique, la nation s'étant de tous temps construite par ses échanges avec le reste de la planète. L'Historien spécialiste de la Renaissance échangera avec le philosophe Jacques Rancière (lui-même ayant abordé le sujet dans son ouvrage Les mots de l'Histoire) le vendredi 9 à 20h dans la salle des Parieurs de l'hippodrome, sur l

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14e Prix Jacques-Deray : “Mon Garçon” l’emporte

Institut Lumière | Après Diamant Noir l’an dernier, le prix Jacques-Deray — récompensant le meilleur film policier de l’année selon le jury de l’Institut Lumière, sera (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 20 février 2018

14e Prix Jacques-Deray : “Mon Garçon” l’emporte

Après Diamant Noir l’an dernier, le prix Jacques-Deray — récompensant le meilleur film policier de l’année selon le jury de l’Institut Lumière, sera remis au voisin Christian Carion pour Mon Garçon où Guillaume Canet partage l’affiche avec Mélanie Laurent. Le réalisateur recevra le prix le samedi 24 février à 19h à l’Institut Lumière. Bonus intéressant, une projection de la version restaurée de Le Désordre et la nuit (1958) de Gilles Grangier, dont Jacques Deray fut l’assistant-réalisateur, précèdera la remise du prix à 16h. 14e Prix Jacques-Deray À l’Institut Lumière le samedi 24 février à 16h

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Le peintre Jacques Truphémus est mort

Peinture | Au Café Bellecour, où il avait ses habitudes, on ne croisera plus la silhouette de Jacques Truphémus. Le peintre lyonnais est décédé vendredi 8 septembre, à 94 (...)

Sébastien Broquet | Samedi 9 septembre 2017

Le peintre Jacques Truphémus est mort

Au Café Bellecour, où il avait ses habitudes, on ne croisera plus la silhouette de Jacques Truphémus. Le peintre lyonnais est décédé vendredi 8 septembre, à 94 ans. Il n'avait jamais cessé de peindre. Né à Grenoble en octobre 1922, ville où il se nourrira goulûment de l'influence de ses visites au Musée de Grenoble, y découvrant Matisse, Picasso et bien d'autres, Truphémus se lancera à son tour dans la peinture en 1937. L'élève d'Antoine Chartres se révéle en 1948 lorqu'il expose à la chapelle du Lycée Ampère avec la jeune garde de la peinture lyonnaise (tous ont moins de 30 ans, la plupart sont issus de l'École des Beaux-Arts de la ville que Truphémus a intégré en 1941), mouvement que Paul Philibert-Charrin baptisera "sanzisme" le temps de cette exposition. Jacques Truphémus est celui qui sera le plus vite reconnu par les institutions : les musées de Genève et d'Annecy, dès les années 50, se dotent chacun d'une de ses œuvres. Le Musée des Beaux-Arts de Lyon lui consacre une première rétrospective dès 1986, comme le Musée Paul-Dini de Villefranche-sur-Saône en 2005. Un reportage de FR3 tourné en 1974 le montre s'e

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"Anna" de Jacques Toulemonde : Maman a tort

Drame | de Jacques Toulemonde Vidal (Fr-Col, 1h36) avec Juana Acosta, Kolia Abiteboul, Bruno Clairefond…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Bipolaire, Anna a peur de perdre son fils Nathan. Alors, elle l’enlève et l’emmène dans son pays d’origine, la Colombie, où elle veut tout recommencer avec son nouveau compagnon… Comment ne pas éprouver de la sympathie pour Anna ; comment ne pas être effrayé par son inconséquence, son exubérance, sa mise en danger perpétuelle ? Absolue en tout, raisonnable en rien, l’amour qu’elle porte à son enfant ne l’empêche pas de commettre les pires négligences. Juana Acosta s’investit avec une entière sincérité dans le yoyo émotionnel de son personnage. La fragilité touchante qu’elle dégage fait écho aux fragilités propres du film… et le renforce, paradoxalement. À noter l’esquisse transversale d’une Colombie spectaculairement tranquille ; une vision plutôt rare d’un pays habitué à la représentation de ses soubresauts.

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Simon Feydieu à Snap : produit intérieur brut

Art Contemporain | L'artiste lyonnais Simon Feydieu présente à la galerie Snap une première exposition "brute de décoffrage". Où il est question de gestes, de destruction et de négativité pour crier-créer contre les normes de la représentation ou de la construction.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 mai 2017

Simon Feydieu à Snap : produit intérieur brut

Nous avions découvert l'artiste lyonnais Simon Feydieu (né en 1984 à Pessac) en 2010 au centre d'art Néon, avec son grand mur nommé Bossanoïa, constitué de carreaux de plâtre reliés entre eux par un mortier fait de... raisins, de citrons verts, de sucre et de figues ! Il y avait de l'humour dans cette œuvre sur laquelle le regard venait buter, coupant l'espace intérieur du centre d'art, et aussi un héritage artistique assumé : celui de l'arte povera ("art pauvre"), du ready-made et des collages et recyclages architecturaux de l'artiste allemand Kurt Schwitters (1887-1948). Depuis, Simon Feydieu poursuit son cheminement artistique entre installation, construction et sculpture, à partir de matériaux bruts tels que le plâtre, des tubes PVC, du carrelage, de la terre, du béton... Des évocations de figures, quelques signes (parfois frustes tels que des grattages), des formes y apparaissent parfois, entre les li

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"Rodin" : mâle de pierre

Le Film de la Semaine | Pour commémorer le centenaire de sa disparition, Jacques Doillon statufie Auguste Rodin dans ses œuvres. L’incandescence contenue de Vincent Lindon et le feu d’Izïa Higelin tempèrent heureusement une mise en scène par trop classique. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

De 1880 à l’aube du XXe siècle, quelques particules de la vie d’Auguste Rodin : sa notoriété naissante, la passion fusionnelle vécue avec son élève et muse Camille Claudel, sa gloire parmi ses pairs émaillée de scandales artistiques, son caractère d’ursidé… Malgré son titre lapidaire et globalisant, ce Rodin ne prétend pas reconstituer l’entièreté de l’existence du sculpteur sous des tombereaux de détails mimétiques. Aux antipodes de ces émollientes hagiographies du type Cézanne et moi, Doillon opte en effet pour une approche impressionniste, en pierre brute, évoquant la démarche de Pialat dans Van Gogh — le temps et l’obstination rapprochent par ailleurs les deux plasticiens, aux fortunes pourtant diamétralement opposées. Buriné Malgré cela, Doillon ne parvient pas à se défaire d’une forme de pesanteur académique et conformiste. Cinéaste du heurt, de la parole torrentielle, d’une vie surgissante et spontanée, il se tr

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Becker en Ciné-Collection

ECRANS | Dans son Voyage à travers le cinéma français, Bertrand Tavernier révèle que son premier souvenir de cinéma se rattache à la vision de Dernier Atout (1942) de (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Becker en Ciné-Collection

Dans son Voyage à travers le cinéma français, Bertrand Tavernier révèle que son premier souvenir de cinéma se rattache à la vision de Dernier Atout (1942) de Jacques Becker ; ce même réalisateur connu pour avoir immortalisé Saint-Germain-des-Prés, révélé Lino Ventura et Michel Constantin, ou inspiré à François Truffaut le concept de “politique des auteurs“. Trop tôt disparu, ce Howard Hawks français laisse une petite dizaine de films d’un étourdissant éclectisme, où cependant le genre noir s’octroie la part du lion. Parmi ces perles en figurent deux monumentales, reprises ici pour le cycle Ciné-Collection, chacune ayant contribué à fonder des légendes du 7e art. D’abord Casque d’Or (1952), un drame de la jalousie se déroulant au XIXe siècle dans le monde des apaches parisiens, illuminé par l’irrésistible beauté vénéneuse de la nouvelle-venue Simone Signoret, rendant fou le malheureux Serge Reggiani. Ensuite, Touchez pas au grisbi

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Les registres étendus de Jacques-Henry Nader

Café-Théâtre | Dans un one-man-show d'un seul tenant ou presque, Jacques-Henry Nader ose le rire incorrect et réhabilité la langue française dans un même élan. Explications.

Nadja Pobel | Mardi 21 mars 2017

Les registres étendus de Jacques-Henry Nader

C'est de bonne guerre : lui (l'artiste) en haut, et nous (le peuple qui s'est délesté de quelque argent) en bas. Et il nous snobe. Ne surtout pas croire qu'on est égaux ! Ce serait mentir. Et Jacques-Henry Nader, même s'il bombe le torse en entame de spectacle, n'a pas l'intention d'adoucir les angles face à ce public qu'il suppose peu malin et à qui il va falloir expliquer les choses. Ne cédant pas au rythme de la succession de sketchs, Jacques-Henry Nader se lance dans une longue séquence qui, au départ, manque de structure et comprend quelques attaques très politiquement incorrectes et drôles visant les handicapés, les racistes, une explication sur son nom et donc ses origines mi-versaillaises (par sa mère) mi-libanaises (par un ami de sa mère). Mais peu à peu, et ça va crescendo tout au long de sa performance, il trouve un tempo plus solide avec des propos de plus en plus grinçants voire engagés (la solidarité entre riches et les pétitions signées au stylo Mont-Blanc). Si ce one-man n'est pas une satire de l'actualité, cette dernière transparaît tout de même comme une fille mal élevée qui ne peut s'empêcher de la ramener avec, entre autres, la réha

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13e Prix Jacques-Deray : voyez plutôt "Credo" que "Diamant Noir"

ECRANS | Quand la perle rare n’est pas où on l’attend… Un mixte de stupeur et d’incrédulité accompagne souvent la révélation du Prix Jacques-Deray, remis cette année à (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

13e Prix Jacques-Deray : voyez plutôt

Quand la perle rare n’est pas où on l’attend… Un mixte de stupeur et d’incrédulité accompagne souvent la révélation du Prix Jacques-Deray, remis cette année à Diamant noir. Aussitôt balayé, heureusement, par l’annonce du titre complétant le programme de la soirée de remise de la récompense à l’Institut Lumière : le second film est choisi dans la filmographie de Jacques Deray, grand maître du genre policier, mais aussi de la tension psychologique. Tel Credo (1983), œuvre inconnue de la plupart des spectateurs — ou plutôt des télespectateurs, car ce huis clos fut tourné pour le petit écran — mettant en scène Alexandre Lenski, un professeur de sociologie convoqué par le commissaire d’un quelconque “État frère” pour répondre de sa foi catholique et y renoncer comme l’on consent à se défaire d’une sale manie. D’une pesanteur beige glaçante, cette dramatique écrite par Jean-Claude Carrière (qui fourbit ici des arguments théologiques avant La Controverse de Valladolid

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Réveillonnez en humour !

Café-Théâtre | Que vous soyez néophytes ou adeptes, le réveillon est une date idéale pour se ruer dans les café-théâtres. Le 31 décembre, il y en a pour tout le monde, les petits comme les grands, ceux qui ont envie de rire comme ceux qui veulent redécouvrir les classiques.

Gabriel Cnudde | Mardi 13 décembre 2016

Réveillonnez en humour !

Milady en sous-sol Alors qu'Alexandre Astier et Jean-Christophe Hembert viennent d'achever la tournée de l'Exo Conférence, d'autres acteurs de la série Kaamelott investiront le Boui Boui le soir du réveillon avec une pièce délirante. Avec Jacques Chambon (Merlin dans Kaamelott) aux commandes, Milady en sous-sol revisite La Belle au bois dormant. Sauf que cette fois-ci, le prince charmant se fait laminer par le dragon, laissant la princesse, jouée par Chrystel Rochas, seule dans son donjon. Jusqu'à l'arrivée d'Eddie, le prince de la lose, interprété par Aurélien Portehaut (Gauvin dans Kaamelott). S'en suit une myriade de dialogues absurdes entre deux personnages qui n'ont rien à faire ensemble. Portée par deux acteurs talentueux et un texte juste, Milady en sous-sol revisite un conte vieux comme le monde. Jouissif. Au Boui Boui à 17h15 Sois parfaite et t'es toi ! Si le café-théâtre permet avant tout de rire et de passer un bon moment, il est aussi un art qui permet de véhiculer un message. Avec Sois parfaite

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Surfaces sensibles

Musée Paul Dini | Traquant les représentations picturales du goût, de l'odorat, de la vue, de l'ouïe et du toucher, le Musée Paul Dini se laisse aller joyeusement aux tentations des sens, et même... de la sensualité !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 novembre 2016

Surfaces sensibles

Le Musée Paul Dini fête son quinzième anniversaire en mettant en avant les diverses représentations possibles des cinq sens, tout au long du 19e siècle. Que la peinture et la sculpture soient liées à la sensibilité depuis leur origine, nul n'en doute, mais ce siècle y est sans doute particulièrement attentif sous l'impulsion des mouvements naturaliste, réaliste, voire impressionniste... L'art s'adresse dès lors moins à l'esprit et à ses besoins de narration ou de sublimation, que directement au corps et à sa soif de sensations nouvelles. L'exposition au Musée Dini rassemble quelque quatre-vingt dix œuvres (dont de nombreux prêts du Musée d'Orsay) signées, par exemple, Odilon Redon, Auguste Morisot, Jean-Léon Gérôme, Paul-Hippolyte Flandrin, Eugène Carrière, Gustave Doré... Joie de peindre L'une des sections de l'exposition concerne tout particulièrement la thématique érotique de ce numéro, en mettant en avant les "Tentations galantes et les nudités". Les peintres, au 19e siècle, n'ont plus besoin de recourir aux su

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BD Webtrip : “Chers correspondants…“

BD Webtrip | Sous l’égide des Entretiens Jacques-Cartier — qui favorisent les brassages d’idées entre le Canada et la France — deux festivals majeurs de bande dessinée (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

BD Webtrip : “Chers correspondants…“

Sous l’égide des Entretiens Jacques-Cartier — qui favorisent les brassages d’idées entre le Canada et la France — deux festivals majeurs de bande dessinée ont noué depuis cinq ans de fructueuses relations : le festival de la BD francophone de Québec et le LyonBD festival. Ce jumelage fraternel a donné naissance à des résidence d’artistes, des invitations mutuelles, ainsi qu’à d’intenses sessions de réflexions sur les métiers de l’illustration et les particularismes vécus de chaque côté de l’Atlantique. Mais également à des projets éditoriaux dont le dernier en date, Correspondances, sort de presse. Il compile six mois d’échanges entre quatre auteurs de la Belle Province et quatre ressortissants de l’Hexagone ; six mois de découvertes réciproques, de comparaisons et d’interrogations amusées. L’anodin flirte avec l’intime de la création, la description sociétale voisine avec la sociologie fine d’une profession, et la variété des styles proposés garantit une lecture captivante. La genèse de cet album sera dévoilée durant la première partie d’une journée d’étude à l’École Bellecour (10h30 à 12h), l’après

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Le plein d'histoires pour l'hiver

Librairies Jeunesse | C’est le moment de l’année où faire le plein d’histoires à lire aux enfants sous la couette. Voici notre sélection de librairies où dénicher leurs nouveaux livres de chevet préférés.

Lisa Dumoulin | Mardi 18 octobre 2016

Le plein d'histoires pour l'hiver

Vivement Dimanche C’est la nouveauté de la rentrée : Vivement Dimanche a ouvert une librairie spécialisée jeunesse. À deux pas de la “maison mère” rue du Chariot d’Or, à l’angle de la Grande rue de la Croix-Rousse, elle a ouvert ses portes le 17 septembre. Un lieu entièrement réservé à la jeunesse, découpé en plusieurs univers selon les âges. Ce rayon grandissant au fil des années, il était temps de lui consacrer un espace à part entière. Maya Flandin et son équipe sont particulièrement attachés à cette section, qui représente un fabuleux moyen « d’inoculer la culture dès le plus jeune âge. » À Titre d’aile La référence à Lyon. Dix ans que Carole Ohana et Cedric Chaffard défrichent la littérature jeunesse pour le plus grand bonheur des habitants du quartier mais aussi au-delà : on vient de toute l’agglomération voire même de la région pour obtenir les précieux conseils des libraires. Tous deux professionnels de l’enfance au départ, ils travaillent avec une approche différente, se plaçant du point de vue de l’enfant pour faire découvrir les livres. Carole est spécialiste

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Jane Birkin chez les frères Lumière

Institut Lumière | Alors que vient de débuter la rétrospective Varda, donnant l’occasion de (re)voir vendredi 16 septembre le portrait-fantaisie que la cinéaste avait consacré à (...)

Vincent Raymond | Dimanche 4 septembre 2016

 Jane Birkin chez les frères Lumière

Alors que vient de débuter la rétrospective Varda, donnant l’occasion de (re)voir vendredi 16 septembre le portrait-fantaisie que la cinéaste avait consacré à la jeune quadragénaire — Jane B. par Agnès V. (1988) —, Jane Birkin a droit à “son” invitation à l’Institut Lumière. Une soirée en deux parties, forcément trop courte pour évoquer l’étonnante carrière de l’Anglaise aux “yeux bleus, cheveux châtains, teint pâle”. À elle seule en effet, la muse et interprète de Serge Gainsbourg puis de Jacques Doillon, a beaucoup plus accompli durant le demi-siècle écoulé en faveur de la place du Royaume-Uni dans l’Europe culturelle que nombre de ministres de Sa Gracieuse Majesté. Comédienne de cinéma, puis chanteuse presque par hasard ; femme de théâtre et de lettres, réalisatrice enfin (Boxes, en 2007), l’artiste Jane Birkin est aussi une bel

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"Je me tue à le dire" : avec un Berroyer bouleversant de tendresse

ECRANS | Un film de Xavier Seron (Bel/Fr, 1h30) avec Jean-Jacques Rausin, Myriam Boyer, Fanny Touron…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Est-ce parce qu’il enseigne le cinéma que Xavier Seron s’est acquitté d’une réalisation à la forme aussi respectueusement scolaire ? Noir et blanc léché vintage, chapitrage méthodique, cadres surcomposés intégrant jusqu’au tournis la figure du cercle — ce symbole du sein maternel malade d’une tumeur par lequel la somatisation du fils arrive —, tout porte à croire que le cinéaste s’est fabriqué l’objet filmique idéal… pour une dissection en compagnie de ses élèves. Malgré ce sentiment d’application contrainte, Je me tue à le dire touche par son parfum d’antan, mâtiné de surréalisme belge, qui doit beaucoup à son protagoniste, visible émule de Vincent Macaigne (au niveau vestimento-capillaire, s’entend). Seron manifeste enfin un indéniable courage en abordant le thème répulsif du cancer sur un mode décalé et non larmoyant. On trinque (au mousseux) davantage qu’on déguste (à la chimio), et l’on croise de beaux personnages campés par des visages, des figures et des corps : Serges Riaboukine, Myriam Boyer ainsi que l’ineffable Berroyer, bouleversant de tendresse.

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Théo & Hugo dans le même bateau : une triste déambulation

ECRANS | de Olivier Ducastel & Jacques Martineau (Fr, 1h37) avec Geoffrey Couët, François Nambot, Mario Fanfani…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Théo & Hugo dans le même bateau : une triste déambulation

La constance appliquée avec laquelle Ducastel & Martineau semblent s’employer à décevoir les spectateurs depuis près de vingt ans force le respect. Le duo avait mis la barre haut avec Jeanne et le Garçon formidable, comédie musicale bariolée de l’âge du sida ; mais depuis, il a eu beau enchaîner les films et les genres cinématographiques (road movie, chronique, comédie, drame intimiste), aucun d’entre eux n’a retrouvé ni l’élégance, ni l’innocence gracieuse de cet opus inaugural. On fondait des espoirs sur Théo & Hugo…, romance entre jeunes gens ; c’est à nouveau un coup dans l’eau pour nous et une déculottée pour eux. Justement — voilà peut-être la seule audace du film —, les deux héros du titre font connaissance nuitamment dans une boîte à fesses de la capitale, où ils échangent étreintes et fluides. La séquence est filmée sans fausse pudeur, avec des gros plans sur des kikis décapsulés donc, mais dans une esthétique un peu fauchée, qui est au cinéma de Gaspar Noé ce que Sissi Impératrice de Ernst Marischka est à Ludwig de Visconti. Ce rigide morceau de bravoure passé, le film sombre dans une triste déambul

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Le Crépin de Lyon : Chapka fourrée et bottes de cuir

Rêves de cuir | 121 ans, trois générations et des milliers de produits improbables. Le Crépin de Lyon, maison fondée en 1895, est probablement le plus vieux concept store lyonnais.

Julie Hainaut | Mardi 5 avril 2016

Le Crépin de Lyon : Chapka fourrée et bottes de cuir

« Bonjour, auriez-vous des lacets bleus en cuir de vachette ? » Oui. « Et une ceinture verte toute douce en cuir de kangourou ? » Aussi. « Des clous de ressemelage ? » Évidemment. « Des talons tournants ? » Bien entendu ! « Des boutons pour bottines ? » Bien sûr. « Des ceintures en peau de gazelle ? » Au fond à droite, derrière les calendriers des années 20. « Des petites bourses en cuir pour ranger ma monnaie ? » Non, mais je peux vous la fabriquer. Jacques Baudière, marchand crépin, troisième génération du nom, régale antiquaires, collectionneurs et autres particuliers à la recherche du mouton à cinq pattes. Sa caverne d’Ali Baba n’a pas bougé d’un iota depuis plus d’un siècle. À droite, des becs de gaz des années 1800. À gauche, des pubs anciennes et des buvards surannés. Sous des tas de fourrures, un vieux poêle de 1860. Au mur, des cartouches de clous à galoche et des valises de présentation du siècle dernier. Au plafond, une romaine centenaire de 350 kilos qui servait à peser et descendre le cuir à la cave. Au fond, entre deux peaux, trois ceintures et cinq moutons retournés, trône Pernod, le

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Retour réussi pour La Juive à l’opéra de Lyon

MUSIQUES | À l’occasion du festival Pour l’humanité, La Juive de Jacques Fromental Halévy a ravi le public. Créé en 1835, cet opéra a connu un immense succès au (...)

Sébastien Broquet | Mardi 22 mars 2016

Retour réussi pour La Juive à l’opéra de Lyon

À l’occasion du festival Pour l’humanité, La Juive de Jacques Fromental Halévy a ravi le public. Créé en 1835, cet opéra a connu un immense succès au XIXe avant de disparaître des scènes pour ne plus être joué que trop rarement. Les raisons d'un tel désamour ? L'éloignement du public du grand opéra français, une musique qui semble dépassée ? Un livret avec quelques faiblesses ne nous épargnant pas les clichés antisémites de la France de 1835 ? Les applaudissements plus que chaleureux qui ont accueilli la première lyonnaise démontrent que cet opéra mérite un immense respect. La musique est pleine de lyrisme, on retrouve le bonheur des duos, des trios qui font s’entremêler les voix dans une émulsion vocale dont l’opéra post-romantique s'est fait tant avare. Le tout est servi par des artistes de grande valeur, dont le ténor Enea Scala. La mise en scène d'Olivier Py est sobre, efficace et gomme les détails embarrassants du livret en évoquant de manière subtile l'histoire du XXe. Quant au chef Daniele Rustioni, sa baguette est précise tant pour la fosse que pour la scène. Un grand moment d’émotion pour cette Juive que l'on espère

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À Vaulx Jazz comme des images

ECRANS | Chaque édition d’À Vaulx Jazz donne l’occasion de rappeler combien fécondes peuvent être les noces entre ce genre musical et le cinéma, combien intacte demeure leur complicité.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

À Vaulx Jazz comme des images

L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

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Truphémus se raconte

ARTS | Un tout frais documentaire réalisé par Florence Bonnier, édité en DVD, nous permet d'entrer dans l'univers du peintre Jacques Truphémus : et c'est un (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 2 mars 2016

Truphémus se raconte

Un tout frais documentaire réalisé par Florence Bonnier, édité en DVD, nous permet d'entrer dans l'univers du peintre Jacques Truphémus : et c'est un plaisir de pénétrer dans son atelier, qui fut celui d'Étienne Morillon, d'écouter ce vieil homme de 93 ans nous conter longuement son inspiration comme les chocs picturaux ressentis devant les toiles de Matisse, qu'il décrit longuement, ou Picasso : « Guernica, quand je l'ai vu, si je l'avais touché c'était presque comme s'il n'était pas sec ». Passionnant. À se procurer à la galerie Le Soleil sur la Place, dans le 2ème.

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Les Saisons

ECRANS | De Jacques Perrin & Jacques Cluzaud (Fr, 1h37) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Saisons

À l’instar des studios Pixar, le Jacques Perrin documentariste aura exploré tous les milieux (l’eau, l’air, la terre), produit et réalisé des œuvres plébiscitées par les scolaires et signé les livres s’y rapportant. Seule différence notable, il n’a pas (encore) de parc d’attractions à sa gloire, ni de jouets à l’effigie des personnages de ses films ! Animé par une sincère volonté de sensibiliser les spectateurs à la beauté fragile du monde, aux menaces pesant sur sa faune et par conséquent sur le futur de l’Homme, l’artiste s’est engagé depuis vingt ans pour la nature comme il le fit autrefois contre les totalitarismes. Moins planant (forcément) que Le Peuple migrateur (2001), moins naïf que le glougloutant Ωcéans (2009), Les Saisons est de ces films contemplatifs parcourant les campagnes que l’on regarde de préférence un dimanche de fainéantise claquemuré chez soi. L’œil mi-clos, dans un état modifié de conscience provoqué par la voix veloutée de Jacques Perrin, avec des chaussettes Meg Ryan aux pieds et une tasse de thé fumante à proximité. Chaque documentaire de Cluzaud & Perrin se posan

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

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Out 1 : un spectre de 12h30

ECRANS | Bien que Balzac soit son auteur tutélaire, c’est plutôt Blaise Pascal que Jacques Rivette évoquerait, par sa propension à faire long comme «s'il n'avait pas le (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

Out 1 : un spectre de 12h30

Bien que Balzac soit son auteur tutélaire, c’est plutôt Blaise Pascal que Jacques Rivette évoquerait, par sa propension à faire long comme «s'il n'avait pas le temps de faire court». Pour preuve, même la version "courte", alternative et remontée de La Belle Noiseuse (1991) tutoyait les 2 heures… Quand il entreprend Out 1 : Noli me tangere (1971), il vient de s'échauffer avec son premier film fleuve, L’Amour fou (1969), une mise en bouche de 252 minutes parlant et montrant du théâtre avec une troupe d'acteurs confondant presque vie et plateau. Out 1 ira plus loin. Considérablement. Issu d'un magma créatif qui aurait joui sans entrave sous les pavés et sur les planches, ce film au scénario quasi improvisé se déploie dans tous les sens. Et aligne une distribution comptant la quintessence de la Nouvelle Vague : Jean-Pierre Léaud, Juliet Berto, Bernadette Lafont, Françoise Fabian, Bulle Ogier, Jean-François Stévenin (entre autres), comme ses confrères Rohmer et Barbet Schroeder. Coréalisé par Suzanne Schiffman, l’assistante préférée de Truffaut, ce "monstre" de 12h30 bénéficie d’une version raccourcie (4h20 quand même…)

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Avril et le monde truqué

ECRANS | Si vous pensez qu’un film d’animation français alliant intelligence de l’écriture, maîtrise du style graphique et virtuosité de réalisation est impossible dans notre espace-temps, préparez-vous à changer de monde…

Vincent Raymond | Mardi 3 novembre 2015

Avril et le monde truqué

Voir fleurir avril sur les écrans début novembre tient déjà de la gageure, alors que dire d’un 1941 à Paris dépourvu du contexte de l’Occupation ! Avril et le monde truqué appartient à cette catégorie rare de films d’animation bouleversant les repères, renversant les habitudes, changeant les règles données pour fixes. Alors que la majorité d’entre eux sont construits en privilégiant leur essence graphique (et se trouvent, de fait, prisonniers des codes propres à sa narration), celui-ci, parce qu’il procède à l’inverse, transcende le genre. À l’instar du Tombeau des Lucioles de Isao Takahata ou du Géant de Fer de Brad Bird, il conjugue les bénéfices d’une histoire astucieuse qui aurait pu être racontée sous la forme d’un long métrage "traditionnel" et d’un traitement animé de luxe. Cette histoire, une uchronie dystopique, est le premier joyau du film : une expérience scientifique ratée (en apparence) a conduit à la mort de Napoléon III à la veille de la déclaration de la guerre contre la Prusse et scellé le sort de la révolution industrielle, bloquant l’humanité à l’âge du c

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Une Belle au bois dormant tout sauf assomante

SCENES | Ça commence un peu comme une perversion de Joël Pommerat. Si la Belle au bois dormant, Berthe de son petit nom, s'est piqué le doigt sur un fuseau, ce (...)

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Une Belle au bois dormant tout sauf assomante

Ça commence un peu comme une perversion de Joël Pommerat. Si la Belle au bois dormant, Berthe de son petit nom, s'est piqué le doigt sur un fuseau, ce n'est pas sous l'emprise de la fascination, mais pour se soustraire à son ennuyeuse condition de princesse. Le souci, c'est que le preux chevalier censé la réveiller a vécu heureux et eu beaucoup d'enfants avec une autre – ou succombé aux embûches menant à sa ronflante promise. Du coup, c'est Eddie, un naze de la cambriole, qui va s'y coller 536 ans plus tard. À partir de là, Jacques Chambon, auteur de ce Milady en sous-sol, reprend ses droits – l'auguste et le clown blanc, la dichotomie freudienne, vous connaissez la chanson de geste. Car tout sépare Eddie et Berthe, y compris des siècles d'évolution des mœurs et des droits : elle est cash et pragmatique, lui est hypersensible et philosophe, et Chambon n'aurait pu leur trouver meilleurs interprètes que le couple Chrystel Rochas / Aurélien Portehaut. Non seulement parce que les bouilles polissonnes de la première et le timing de star du muet du second font tout le sel de quiproquos plus ou moins attendus – le cinéma ayant déjà pas mal exploré

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La rentrée café-théâtre 2015/2016

SCENES | Deux festivals, de nouvelles pièces d'auteurs chéris, le retour d'un illustre représentant de la trop lointaine école anglo-saxonne... La saison café-théâtre démarre plutôt fort.

Benjamin Mialot | Mardi 8 septembre 2015

La rentrée café-théâtre 2015/2016

En temps normal, il est presque inconvenant de parler d'une "rentrée" en matière de café-théâtre, les lieux homonymes ne connaissant de pauses que celles qui précèdent les punchlines de leurs invités. Cette saison 2015/2016 n'a cependant rien d'habituel ; pour preuve, elle s'ouvrira, passée la traditionnelle Semaine de l'humour (10€ dans les lieux participants, du 16 au 27 septembre) sur deux festivals. À gauche l'arlésienne Juste pour Lyon, émanation à crinière du célèbre raout canadien Juste pour rire qui, du 28 septembre au 7 octobre, investira en off la plupart des salles de musculation des zygomatiques de la ville. La programmation officielle sera elle délocalisée au casino Le Lyon Vert et verra se succéder les solitaires-en-scène les plus prometteurs du moment : la soundbank humaine Jibé (qui commence à faire son trou chez nos cousins d'Amérique), le chic type survitaminé Vérino (pour une édition spéciale de son inglorious comedy club, en présence notamment du couple star de Bref), la team Jocelyn Flipo (Alex Ramirès, Yann Guillarme, Gérémy Crédeville.

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Dheepan

ECRANS | Jacques Audiard a décroché une Palme d’or avec un très bon film qui n’en avait pourtant pas le profil, même si cette histoire de guerrier tamoul cherchant à construire une famille en France et se retrouvant face à ses vieux démons est plus complexe que son pitch ne le laisse croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Dheepan

Prenons une métaphore footballistique : si Un prophète était dans la carrière de Jacques Audiard un tir cadré et De Rouille et d’os un centre décisif, Dheepan fait figure de passe en retrait… Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne conduira pas à un but, et c’est bien ce qui est arrivé à Cannes, puisqu’il est reparti avec une Palme d’or qui a surpris tout le monde. Mais c’est peut-être le propre des grands films que d’apparaître sous un jour fragile tout en laissant la sensation d’assister à quelque chose de fort qui nous accompagnera longtemps après. Dheepan s’ouvre sur la préparation d’un bûcher où l’on va brûler des cadavres. Nous sommes au Sri Lanka et la guerre civile se termine, soldant la défaite des Tigres tamouls. Parmi eux, Dheepan observe les dépouilles de ses compagnons avec résignation ; la guerre est derrière lui, mais que lui réserve l’avenir ? C’est une femme, Yalini, qui lui offre une porte de sortie : elle traverse le camp de réfugiés à la reche

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Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

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Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

ECRANS | "Youth" de Paolo Sorrentino. "The Assassin" de Hou Hsiao-Hsien. "Mountains May Depart" de Jia Zhang-ke. "Dheepan" de Jacques Audiard. "Love" de Gaspar Noé.

Christophe Chabert | Dimanche 24 mai 2015

Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

Dur dur quand même ce festival de Cannes. Comme d’habitude, nous objecte notre petite voix intérieure. Oui, enfin, un peu plus que ça, lui répond-on, agacé. C’est parce que tu as la mémoire courte, renchérit-elle. Non, les pieds en feu et les yeux cernés surtout, tentons-nous pour couper court au débat. Sur quoi on se dit que si l’on en est à écrire ce genre de conversations imaginaires, c’est qu’effectivement il y a comme une forme de surchauffe intérieure et qu’on n’est pas loin de crier, proximité de l’Italie oblige : «Aiuto !» Youth : la grande mocheté de Sorrentino À moins que cet appel à l’aide ne soit la conséquence de l’accueil délirant réservé au dernier Paolo Sorrentino, Youth, qu’on considère pourtant clairement comme une horreur, sinon une infamie. C’est à ne plus se comprendre soi-même, tant on était resté sur le souvenir, émerveillé, de sa Grande Bellezza il y a deux ans, où il portait son cinéma rutilant et excessif vers une forme d’absolu, sillonnant les rues romaines avec une caméra virtuose et élégiaque dans un h

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Dill et Sassolas prennent la psychose à rebrousse-poil

CONNAITRE | «On ne reverra pas de sitôt une époque si excessive. Nos vieux pays n'en ont plus les moyens, ni même l'envie. Chacun a trop réellement peur de la misère pour (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 mai 2015

Dill et Sassolas prennent la psychose à rebrousse-poil

«On ne reverra pas de sitôt une époque si excessive. Nos vieux pays n'en ont plus les moyens, ni même l'envie. Chacun a trop réellement peur de la misère pour s'offrir le luxe de tout renverser » écrit Claude Arnaud à propos des années 1970 en France. L'énergie créative de cette période vibra jusqu'à Villeurbanne où une petite bande de psys (Marcel Sassolas, Jacques Hochmann...) allait inventer une psychiatrie à échelle humaine et des structures novatrices, les maisons thérapeutiques de l'association Santé mentale et communauté. Nourris des écrits de Harold Searles et de Winnicott, proches des expérimentations de Jean Oury à la Borde ou de Paul-Claude Racamier à Besançon, ils s'insurgent notamment contre l'enfermement asilaire, ses effets déshumanisants et désubjectivants. Les individus en prises avec la psychose trouvent au contraire à S.M.C. des lieux de vie où le soin se trame à partir de la vie de petits groupes et de la réalité quotidienne communautaire. Soit une psychiatrie relationnelle sur le mode de la "sympathie" du philosophe Paul Ricœur qui permet aussi l'émergence de la nouveauté, de l'inattendu... Le tout visant à approcher «la psyc

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Jazz à Vienne 2015 : la programmation

ACTUS | La programmation de Jazz à Vienne ? Du classique jamais trop classique, des habitués qui prennent le temps de se changer, des têtes d'affiches de tous ordres. Bref, Vienne tel qu'en lui même : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Jazz à Vienne 2015 : la programmation

Après un premier vrai-faux départ sous forme d'Extra Night avec Pharrell Williams, c'est en mode pas moins happy que va débuter cette année Jazz à Vienne le 26 juin avec un week-end aux accents carnavalesques de la Nouvelle Orléans : de la légendaire figure locale Allen Toussaint au Dirty Dozen Brass Band et à la fascinante et prometteuse Leyla McCalla. En passant, on serait tenté de dire "bien sûr", par Dee Dee Bridgewater qui, après avoir gratifié Vienne de tout le spectre esthétique de la black music, revient en compagnie du New Orleans Jazz Orchestra. Et puisqu'on en est à parler des habitués du festival – ceux dont on a l'impression qu'ils sont là même quand ils ne le sont pas, comme Jean-Jacques Milteau, Éric Bibb, Didier Lockwood ou Éric Truffaz – on ne peut faire l'économie d'un Marcus Miller qui, en compagnie de l'ONL, dirigé pour l'occasion par Damon Gupton, retourne aux sources musicales et géographiques du jazz – un projet au départ discographique baptisé Afrodeezia et première in

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Anton Tchekhov 1890

ECRANS | De René Féret (Fr, 1h36) avec Nicolas Giraud, Lolita Chammah, Jacques Bonnaffé…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Anton Tchekhov 1890

Comme il l’avait fait pour Nannerl, la sœur de Mozart, René Féret consacre à Anton Tchekhov un biopic en costumes qui louvoie entre académisme télévisuel et volonté de ne pas se laisser embastiller par sa reconstitution. Projet bizarre, assez ingrat, qui récupère des défauts de tous côtés, que ce soit dans des dialogues beaucoup trop sentencieux et littéraires ou dans une caméra à l’épaule qui, loin de donner de l’énergie à la mise en scène — comme chez Benoît Jacquot, quand il est en forme — souligne surtout le manque de moyens de l’entreprise. Il y a aussi cette manière très scolaire d’exposer sa thèse sur l’auteur : médecin modeste et pétri d’un sentiment de culpabilité et d’impuissance, Tchekhov — Nicolas Giraud qui, comme les autres jeunes acteurs du film, paraît frappé d’anachronisme — ne s’épanouit pas non plus dans la littérature, se jugeant indigne des honneurs qu’on lui consacre. Il faudra qu’il s’exile dans un bagne pour que ses deux vocations se rejoignent et que Tchekhov parvienne à une forme de paix intérieure. C’est d’ailleurs le

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Le Dernier loup

ECRANS | De Jean-Jacques Annaud (Chine-Fr, 2h) avec Feng Shaofeng, Shawn Dou…

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Le Dernier loup

Jean-Jacques Annaud est-il devenu une sorte d’ambassadeur français auprès des territoires en plein boom économique, un ministre du cinéma non officiel allant refourguer son expérience (les gens de droite disent son "expertise", c’est un bon moyen de les reconnaître) ? Après le Qatar pour Or Noir, c’est la Chine qui coproduit ce Dernier loup où plane l’ombre d’un autre animal jadis magnifié par Annaud : l’ours. Car les mécanismes sont à peu près les mêmes : de beaux paysages — ceux de la steppe mongole — des grands sentiments et une bête d’abord sauvage, puis apprivoisée par un maître aimant, curieux et compréhensif. Il est dommage, alors que la critique a été souvent injuste avec l’auteur de La Guerre du feu et du Nom de la Rose, modèles d’un certain cinéma populaire à grand spectacle, qu'il soit aujourd'hui congelé dans sa créativité, au point de ressortir en moins bien des recettes désormais datées. Par moments, il arrive toutefois à capter quelques visions puissantes, comme ces chevaux pris dans un lac de glace ; mais Le Dernier loup manque d’ampleur, et encore plus de courage. Car au moment où des cinéastes

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