Cult wave au festival Transfer avec Trisomie 21

Festival Transfer | Parmi les têtes d'affiche, si tant est qu'il y en ait, de la 2e édition d'un festival Transfer bien riche, on trouve, le deuxième soir, Trisomie 21, cultissime totem de la cold wave française, qui renaît une énième fois de ses cendres pour une tournée mondiale dans le sillage du très classe "Elegance never dies", sorti l'an dernier.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Photo : Trisomie 21 © DR


« L'élégance ne meurt jamais ». On dirait le titre d'un de ces James Bond contemporains qui aurait basculé vers le côté obscur du placement produit à la frontière de laquelle se trouve la série cinématographique depuis bien longtemps. Sauf que l'on est ici à l'opposé de cet univers : dans celui d'un groupe qui a toujours incarné la lutte, la contestation et le contre-pied. Elegance never dies est donc le titre du dernier album de Trisomie 21, pionniers de la cold wave made in France, neuf ans après le dernier et une promesse de tout arrêter.

Nous sommes en 1980 lorsque les frères Lomprez, peu enclins à entrer dans le moule social qui leur est promis, forment à Denain dans le nord, genre de Manchester français, ce qui ressemble sans doute le plus au pendant français de Joy Division : une formation maniant la cold wave comme personne, décrivant avec une rage froide le désœuvrement industriel des années 80.

Casser les codes

Cela leur vaudra d'être signé par Pias en 1987 et de connaître un succès, notamment à l'étranger (Belgique donc, Pays-Bas, Allemagne), dont le groupe n'aura pas toujours conscience (le Brésil tombe amoureux d'un de leurs titres, ils ne le sauront que vingt ans après). Pendant deux décennies et quelques périodes de reformation, Trisomie 21 se livre à toutes les expérimentations possibles, aux collaborations les plus aventureuses, casse les codes discographiques et scéniques, surprenant toujours mais ne désarçonnant jamais ses fans, en gagnant toujours au passage. Bref, le lot des formations cultes.

Car de Trisomie 21, on mesure aussi près de quarante ans après la réussite, non seulement à la permanence de titres comme The Last Song, La Fête Triste ou Breaking Down, mais aussi à l'aune de ce dernier album. Lequel charrie bien la grâce de ces albums tardifs – de reformations ou pas – sur lesquels des groupes supposés sur le retour ont accepté de laisser infuser l'air du temps sans vouloir reproduire une formule, mais sans pour autant se renier non plus – on songe par exemple au Get Ready de New Order. Un disque qui symbolise le fait que si tout finit par périr, Trisomie 21 ne se démonte pas et l'élégance elle, ne meurt jamais.


Cinq groupes à ne pas rater au Transfer

King Gizzard & the Lizard Wizard

C'est de loin, le groupe le plus attendu de ce festival. Un phénomène à tous les niveaux : scénique, un domaine dans lequel le groupe australien se révèle monstrueux avec ce roster d'airain proposant notamment trois guitares et deux batteries ; par la dévotion qu'il engendre chez ses fans ; et, ceci expliquant cela, par son goût du concept. En 2017, King Gizzard, qui n'en était pas à son premier défi, a ainsi rempli de justesse sa promesse de livrer cinq albums dans l'année, couvrant autant de registres. Chose faite donc le 31 décembre avec la sortie de Gumboot Soup, sorte d'avenant et de synthèse mêlés de ses cinq prédécesseurs. Menu copieux en perspective.

The KVB

Dans le sillage de son leader Klaus Von Barrel, de son vrai nom Nicholas Wood, The KVB pose son nuage de psychédélisme pile sur la ligne qui sépare The Jesus & Mary Chain, Spacemen 3 et The Brian Jonestown Massacre. Un nuage noir, étouffant, développant une vraie tendance à la sociopathie et à la névrose faites musique que quelques envolées ne suffisent pas à soustraire à cette atmosphère crépusculaire. Sur scène l'ensemble prend une fascinante troisième (et peut-être quatrième) dimension grâce au travail visuel de Kat Day, la complice de Von Barrel. S'attendre à l'hypnose, et pas vraiment médicale.

BRNS

Une pop d'influence nineties, c'est ainsi que l'on pourrait poser les bases de BRNS. BRNS comme Brains et donc un peu comme jus de cerveau. Parce qu'une fois posées ces bases, il s'agit moins pour le groupe belge de construire dessus – ce serait trop facile – mais de déconstruire. C'est ainsi que surgit la structure de morceaux toujours déroutants, courant les chemins de traverse, hésitant entre le sucre et l'acidité, l'évidence et l'écueil. De la pop savante mais de la pop quand même.

HMLTD

Avant même d'avoir sorti le moindre album, les britanniques de HMLTD (comme Happy Meal Limited) ont fait sensation un peu partout où ils sont passés, c'est à dire essentiellement dans les festivals. C'est que la chose est plutôt fascinante, dans le genre glam-blues-punk-synth pop théâtrale nimbée d'inquiétante étrangeté. Lynchien, dit-on généralement par commodité. Mais derrière le genre de rideau cher au réalisateur de Lost Highway, HLMTD cache de beaux et irrésistibles tubes sacrément tordus.

Le Villejuif Underground

Dans le sillage de son grand Mamamouchi australien Nathan Roche, homme, Le Villejuif Underground fut sans doute, au-delà de son nom magique de tribute band à la noix, l'une des choses les plus étonnantes qui soient venues aux oreilles des amateurs d'indie rock ces deux dernières années. Quelque part entre le Velvet, le garage 60's, Mac DeMarco et le meilleur des groupes de bricolage rock. Où ? On ne sait pas trop.

Festival Transfer #2

King Gizzard & the Lizard Wizard + The KVB + Zombie Zombie + BRNS + Mild High Club + Drahla + KCIDY
Au Transbordeur le vendredi 2 mars

Trisomie 21 + Scuba presents SBC live + Shifted + Dollkraut band + HMLTD + Le Villejuif Underground + TERR + Ashinoa
Au Transbordeur le samedi 3 mars


King Gizzard & The Lizard Wizard + Zombie Zombie + The KVB + BRNS

Drahla + Mild High Club + Kcidy
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Trisomie 21 + Scuba + Shifted + Dollkraut Band

+ HMLTD + Le Villejuif Underground + Terr + Ashinoa
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

Rock | Exilé de son Val-de-Marne natal, le Villejuif Underground de Nathan Roche revient (enfin) présenter son deuxième album à venir : "When will the flies in Deauville drop ?". Le retour en grande pompe d'un groupe toujours délicieusement à côté de ses pompes.

Stéphane Duchêne | Lundi 14 janvier 2019

Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

« Quand les mouches tomberont-elles à Deauville ? ». Il y aurait presque dans le titre du deuxième album du Villejuif Underground, ici traduit en français, un côté Les oiseaux se cachent pour mourir. Une sorte d'inquiétude existentielle. Sauf qu'ici les aventures du père Ralph de Bricassart, prêtre expatrié en Australie tiraillé entre sa foi et l'amour terrestre, seraient incarnées par un expatrié dans l'autre sens : un Australien échoué dans le Vieux monde – et même carrément dans le Val-de-Marne, cet eldorado qui s'ignore mais que l'intéressé et sa bande de pieds nickelés ont désormais quitté. Une sorte de double inversé qui ne se poserait pas tant de questions, évacuant les dilemmes d'un revers de main mou. Entre la foi (ici une forme d'authenticité trop involontaire pour tenir de la pose) et les tentations plus triviales (le succès, la réussite, la promotion, ce genre de conneries), il ne fait aucun doute que le dénommé Nathan Roche a choisi la foi depuis longtemps. Et s'a

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Entre deux : "L'École de la vie"

Documentaire | de Maite Alberdi (Fr-Chi-P-B, 1h32) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Entre deux :

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros — Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette, Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale —, et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étr

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L'été indien

CONNAITRE | D'une bataille de pigments en l'honneur des désormais octogénaires Gratte-Ciel à leur programmation musicale, pour le moins bariolée et forte en gueule(s), Les Invites de Villeurbanne s'annoncent plus polychromes que jamais. Balayage de spectre. Stéphane Duchêne et Benjamin Mialot

Stéphane Duchêne | Mardi 17 juin 2014

L'été indien

«Aux Invites, exit la grisaille». C'est par cette parole que débute la présentation des Invites, le festival urbain et gratuit de Villeurbanne. Cette année, plus encore que les précédentes, Patrice Papelard et ses équipes y joignent le geste, et pour cause : 2014 coïncide avec le quatre-vingtième anniversaire des Gratte-Ciel, ce quartier si emblématique du vivre ensemble à la villeurbannaise que sa skyline rehausse le logo de la Ville. Entre l'inauguration en leur cœur d'une monumentale passerelle éphémère le long de laquelle s'étaleront des portraits de riverains et un final inspiré par la Holi, cette tradition hindouiste qui consiste à s'emplâtrer avec son voisin à coups de poudres bigarrées, tout concourra donc à contraster avec leur auguste blancheur.   Côté interventions in situ, on en verra aussi de toutes les couleurs. Du jaune notamment, celui de la colossale nacelle au pied et au sommet de laquelle les danseurs de la compagnie Beau Geste déploiero

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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

MUSIQUES | «Nuits Sonores n'est pas un festival de blockbusters». La phrase est de Vincent Carry, le directeur de Nuits Sonores et elle a rarement été aussi appropriée que pour l'édition 2013 du festival, l'équipe d'Arty Farty ayant choisi de rester stable sur ses fondamentaux plutôt que de se lancer dans la course à la surenchère que laissait entrevoir le très solennel dixième anniversaire de l'événement. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 24 janvier 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

Ça pour une belle fête d'anniversaire, c'était une belle fête d'anniversaire : de l'édition du bouquin commémoratif 10 ans sans dormir à l'accueil des séminaux New Order en passant par la conclusion de sa programmation nocturne sur un plateau secret, le festival Nuits Sonores a l'an passé mis les petits plats dans les grands au moment de célébrer sa décennie d'existence. A tel point qu'on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir poursuivre sa croissance sans verser dans l'excès. Arty Farty nous a ouvert les yeux ce matin : l'édition 2013 de l'événement ne sera ni plus maousse ni plus timide que les précédentes, elle sera dans leur droite lignée, c'est-à-dire urbaine, sélective, éclectique et réflexive. A ceci près qu'elle durera six jours, mitoyenneté calendaire du 8 mai et de l'Ascension oblige.Pour le reste donc, les habitués du festival seront en terrain connu, en tout cas pour ce qui concerne la partie diurne des

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