Concrete Knives : tous en coeur

Pop | Très attendu par ceux à qui leur premier album avait fait choper la danse de Saint-Gui, les irrésistibles Caennais de Concrete Knives reviennent après plus d'une décennie d'absence discographique. Et n'ont rien perdu de leur pouvoir d'attraction.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mars 2018

Photo : © Solveig Robbe


Voilà six ans qu'on n'avait pas eu de nouvelles de Concrete Knives, un groupe qui à ses débuts avait tout fait très vite. Y compris taper dans l'œil – et les oreilles – de Simon Raymonde, ex-Cocteau Twins et boss en chef du label anglais Bella Union, et de pas mal de monde, nous compris. En un rien de temps, Concrete Knives s'était mis à tourner dans toute l'Europe diffusant son euphorie communicative et sa jeunesse éternelle à chaque montée sur scène, l'écosystème préféré du groupe, là même où Simon Raymonde l'avait déniché comme on trébuche sur une espèce non répertoriée.

C'est qu'après avoir beaucoup tourné, s'être mis entre parenthèse pour ne pas faire comme le Grand Jojo et oublier de vivre, après s'être consacré à différents projets solo (Samba de la Muerte, Elecampane, Faroe), ce qui est une manière comme une autre de s'occuper de soi, revoilà ces chers Caennais aux commandes de leur drôle de tropicalisme normand.

Et alors que, depuis le temps, le groupe aurait pu rejoindre le cimetière des coups d'un soir pop vite oubliés, ces petits plaisirs purement physiques rendus loin des yeux loin du corps, voilà que depuis l'annonce de ce retour l'écho des suiveurs musicaux bruissait de ce genre d'« Enfin ! », de « C'est pas trop tôt » ou d'« On a failli attendre » prononcé à la frimousse de l'être aimé parti acheter des cigarettes pendant six mois.

Talking Heart

La chose s'appelle donc Our Hearts et l'on retrouve, comme s'il n'était jamais parti, ce mélange de pop anglo-saxonne et de rythmes panafricains simples et funkys mais irrésistibles, de groove cool et de montée au front où les guitares viennent percuter les synthés analogiques et le chant (Morgane Colas et Nicolas Delahaye) se fondre en cris de ralliement ; ce truc qui réussit l'exploit de faire des assouplissements en se tenant raide comme la justice.

Une pop Milky way, comme on l'a souvent dit des Pixies : croquante voire cassante à l'extérieur, fondante à l'intérieur qui rappelle aussi la franchise Weezer/The Rentals (Tightrope), que les Yeah Yeah Yeahs (Babies) ou les Talkings Heads (The Lights), où la musique, moins naïve que sur Be your own king, se joue toujours toute voile dehors mais en se laissant apprivoiser par la subtilité ou quelques belles embardées hors des sentiers déjà foulés. Par un propos plus introspectif, riche de ces quelques années écoulées et de cette tête relevée enfin du guidon.

Mais l'important chez Concrete Knives, et le titre de cet album le confirme, c'est le cœur : cette impression d'une pulsation collective au service d'un battement à l'unisson, d'un Talking heart, qui, chez ce groupe-là, emporte tout très vite.

Concrete Knives + The Jacques
Au Ninkasi le mercredi 21 mars

Our Hearts (Vietnam/Because)


Concrete Knives + The Jacques


Ninkasi Gerland 267 Rue Marcel Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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La samba sans sambas de Samba de la Muerte

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Stéphane Duchêne | Mardi 15 juillet 2014

La samba sans sambas de Samba de la Muerte

Ne pas s'y tromper : cette Samba de la Muerte ne s'incarne aucunement en une samba endiablée jusqu'à ce que mort s'ensuive. Plutôt loin de là, même. Au moment où les formations les plus en vue de la pop française s'éparpillent en projets solo (il n'y a qu'à voir les Atlas Mountains faire feu de tout bois), c'est ici un Concrete Knife, sensation 2013 venue de Caen – Be Your Own King, souvenez-vous – qui s'accorde un quartier libre pour donner un peu de champ à ses élans créatifs. Loin de la pop à la fois martiale et en sucre (candide) des couteaux de béton, menée de main de maître par Nicolas Delahaye et incarnée par la lunaire Morgane Colas, Adrien Leprêtre – accompagné de Corentin Olivier (guitare), Gabriel Legeleux (percussions) et Martin Bonnet (basse) – affirme moins frontalement ses facilités. Préférant la demi-teinte et les demi-tons : mélange de folk, d'orientalisme et d'indietronica, plus atmosphérique qu'accroche-coeur ou tapageur. Et en cela, atmosphérique donc, comme les climats océaniques au contact desquels a grandi le musicien, sujet au changement, la fraîcheur laissant place au réchauffement et inversement – Bon Iver en été, qu

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The French Invasion

MUSIQUES | Tous à vos marinières ! Si The Bewitched Hands et Concrete Knives sonnent comme le meilleur de la pop anglo-saxonne, ils n'en sont pas moins les ambassadeurs d'une pop française dont le renouveau est un éternel recommencement. Et une arme fatale pour conquérir le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 novembre 2012

The French Invasion

Il fut une époque où la pop des régions (on n'a plus le droit de dire « provinciale », ça fait parigot) avait pour épicentres Toulouse ou Rennes. Nancy fut également un temps à la pointe, on en a encore la preuve la semaine prochaine avec le retour de Kas Product – improbable créature américano-lorraine qui fit danser jusqu'outre-Manche. Puis Clermont-Ferrand plus récemment, dans le sillage de la Coopérative de Mai. Si l'on devait aujourd'hui distinguer les deux places to be en matière de musique de jeunes, nul doute que Reims et la Basse-Normandie (Caen et ses environs) sortiraient haut la main du chapeau.   D'un côté, The Shoes ou Yuksek, Alb, The Film ou Brodinski ont déjà fait des dégâts aussi bien dans la presse que sur les dancefloors ou, comme disait Coluche, « dans les milieux autorisés ».   De l'autre, le bocage normand est actuellement en train d'accoucher d'une ribambelle de formations toutes plus sexys et créatives les unes que les autres (Lanskies, Chocolate Donuts, Da Brasilians, Jesus C

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High Cool Musical

MUSIQUES | Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer School is Cool ? Une bande de jeunes anversois aux ambitions musicales démesurées, déjà prophète en son pays et qui pourrait bien faire office de révélation musicale de l'année dans pas mal d'autres contrées.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2012

High Cool Musical

Si l'on sait pertinemment, à force de l'entendre, que « La montagne ça vous gagne ! » ou que « le cheval c'est génial !», on n'a en revanche encore trouvé personne, de quelque côté de l'estrade que ce soit, pour affirmer qu'« A l'école qu'est-ce qu'on rigole ! ». Surtout en cette période où l'on voit défiler sur les plateaux télés des chapelets de profs qui, en guise de goûter, ont mangé du bourre-pif à la récré.   Fort heureusement, dès qu'il est question de prendre les chose à la « cool », il y a la Belgique : un pays, berceau du surréalisme, passé maître dans l'art de l'autogestion humoristique et de la dérision. C'est là qu'est né un groupe dont le seul nom, School is Cool – choisi un peu par défaut et parce que ça sonne bien –, nous redonne à lui tout seul foi en l'institution scolaire. Et musicale.   Car la pop du quatuor ne fait rien d'autre que de mettre un bon coup de tatane dans la fourmilière rock d'Outre-quiévrain.   Au point q

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Revenants

MUSIQUES | À force, les salles lyonnaises sont un peu comme le PMU du coin de la rue, elles finissent par avoir des habitués. Ce qui en dit long sur la qualité de l'accueil de nos salles. Ou sur le fait que Lyon soit bel et bien réapparu sur la carte de France du rock. SD

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Revenants

Cette saison encore, quelques bienvenues impressions de déjà-vu. Qu'il s'agisse d'artistes quasi bi-annuel comme Dominique A – dont, quoi qu'il arrive, on ne se lasse pas – ou quasi-annuel comme Deerhoof ou The Wedding Present qui (re)vient tout spécialement pour jouer en intégralité l'un de ses albums mythiques Seamonsters. Il y a aussi les chouchous tels le Canadien Patrick Watson – pourtant de plus en plus déroutant – pour lequel l'Épicerie Moderne se damnerait volontiers, comme elle le ferait pour la formation hollandaise The Ex quasiment assignée à résidence, ou ses collègues bruitistes d'A Place to Bury Strangers aka «le groupe le plus bruyant de NY». Autre retours de groupe qu'on a l'impression d'avoir quittés hier : Dark Dark Dark, malheureusement programmé l'an dernier en face de The Chap, et les Caennais de Concrete Knives dont l'avenir, sur le label anglais Bella Union, s'annonce aussi glorieux que leurs hymnes pop sont foux-dingues. Tandis que ceux-ci passeront de la scène du Kafé, à celle plus p

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A couteaux tirés

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Stéphane Duchêne | Vendredi 23 septembre 2011

A couteaux tirés

Même amputé de son Kao, le Ninkasi a toujours du cœur. Et donc les « coups » qui vont avec et viennent régulièrement frapper à la porte du Kafé.Dernier en date : un jeune groupe de Caen nommé Concrete Knives. Bizarre : allez donc couper quelque chose avec un « couteau en béton » à part peut-être des cheveux en quatre. C'est tout le paradoxe de ce groupe dont la raideur rythmique tranche comme une lame japonaise. Pour le reste, c'est tout en élasticité joyeuse que ce quintette étale sa culture musicale sur une tartine pop-punk qui tombe toujours du bon côté. Découverte du Printemps de Bourges, on se permettra néanmoins de signaler que la sélection de Concrete Knives par l'antenne Basse-Normandie est une erreur. C'est un passeport new-yorkais, tendance brooklynite, qu'agite leur musique, aspirant Vampire Weekend aux accents panafrico-paulsimoniens (période Graceland, bénie soit-elle) comme sur Brand New Start ; Yeasayers compulsifs à la positivité contagieuse ; Animal Collectif où le chant se pratique en choeur dans le sillage de la sémillante Morgane Colas, seule fille du groupe mais visiblement porteuse de la culotte et du culot général. Chez les Concret

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A découvrir absolument

MUSIQUES | Cette belle saison automnale qui s'annonce sera aussi l'occasion de découvrir une flopée de nouveaux talents venus d'un peu partout — et même de Lyon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

A découvrir absolument

Dans le calendrier musical c'est souvent à l'automne, saison du renouveau de la programmation, que viennent fleurir les nouvelles plantes. Le parfum de nouveauté, les effluves de talent, la promesse d'une renommée et, souvent, le succès d'un disque, viennent chatouiller les narines (et les oreilles) du programmateur averti, qui souvent en vaut deux. Ainsi fait-on déjà, sans doute, de Selah Sue une sorte d'Amy Winehouse flamande (et surtout vivante). Il faut dire que la jeune Belge (22 ans et donc encore en course pour le club des 27, ouf !) a le cheveu blond comme la bière, la voix amère comme le picon et le disque (déjà) de platine. À ce niveau là, on ne peut plus guère parler de découverte, mais sur une scène lyonnaise, le Transbordeur le 4 novembre, c'en sera une. Non loin de là, en Wallonie, le Ninkasi, toujours sous le coup d'un «Coup de cœur», est allé nous dénicher Applause, preuve que la pop belge est décidément fertile en talents. En revenant, les gens de Gerland sont passés chercher les excellents Concrete Knives, que la fièvre de la pop afrophile à la Vampire Week-end est allée saisir du côté de Caen. Voilà deux groupes dont on devrait reparler, ces derniers repas

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