Sage : renaissance pop

Petit Bulletin Festival | Ancien membre du très en vue trio Revolver, Sage a fait mieux que réussir sa reconversion solo, il a trouvé sa voix entre électro, pop et classique. Au Petit Bulletin festival il proposera notamment des extraits de son prochain disque Paint myself.

Stéphane Duchêne | Mercredi 28 mars 2018

Photo : Ismael Moumin


Il y a parfois des nouveaux départs qui ont des airs de table rase. Ambroise Willaume, aka, Sage peut en attester. En 2012, le trio baroque pop Revolver auquel il appartient se sépare. Non pas que le succès ait lâché le groupe. Juste « l'envie de passer à autre chose », la peur aussi de ne plus se supporter. Un beau sacrifice fait à l'amitié.

C'est donc au sortir d'une tournée en Australie que la rupture se consomme, chacun devant voguer sur ses propres vagues. Pas encore arrivé en France, Ambroise apprend que le studio qui avait ses guitares en pension vient d'être cambriolé. Plus de groupe, plus de guitare, de quoi remettre les choses à plat et repartir bien à zéro, moral compris.

Qu'à cela ne tienne, il se met alors au piano, y découvre une autre manière de composer, « un élan », « une fraîcheur d'écriture » libératrice, l'influence de ces grands anciens passés un jour de la guitare au piano (Neil Young, Lennon) et bâtit ainsi les structures des premiers morceaux de Sage. Louant ses services à d'autres talents (Woodkid, Gaëtan Roussel), il croise la route de Benjamin Lebeau de The Shoes.

On s'est embarqué, explique Ambroise, dans un travail de production de ces chansons en partant du piano et en essayant de faire une synthèse de nos deux mondes, folk et électro ».

Une réussite si l'on en croît la réception de l'EP et de l'album qui en découlent. Pour le second disque, à paraître en juin, mais dont il livrera de larges extraits sur la scène des Subsistances, Sage a choisi de travailler seul.

Son titre, Paint myself dit « le travail solitaire et les couches superposées » :

J'ai essayé, dit-il, de me servir de tous mes outils et de tout ce que je connaissais, de créer une espèce de maison avec mes instruments, mes sonorités ».

Au cœur de ce refuge, Sage s'est permis le droit d'être lui-même :

Je ne me suis pas forcé à respecter un style. Je voulais être dans une liberté de servir les chansons. Comme c'était la première fois que j'étais vraiment seul sur un album, j'ai vraiment la sensation d'avoir fait mon premier disque ».

Une renaissance en quelque sorte. Une de plus.

Cascadeur + Sage + Nakhane
Aux Subsistances le vendredi 27 avril


Cascadeur + Sage + Nakhane


Les Subs 8 bis quai Saint-Vincent Lyon 1er
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Et dans un triste État, "Un pays qui se tient sage" de David Dufresne

Documentaire | Plongée au mitan des violences policières commises au cours des manifestations des Gilets jaunes : un salutaire documentaire.

Vincent Raymond | Jeudi 24 septembre 2020

Et dans un triste État,

Le comble pour un journaliste-documentariste est de signer un film en phase avec l’actualité. Hélas, serait-on tenté d’ajouter à propos de celui de David Dufresne, édifiant travail d’information et d’analyse sociologique, intellectuelle, historique sur les violences policières (et leurs conséquences) observées — subies — par les manifestants français depuis 2017. Coïncidence : cela correspond à l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Alors que le nouveau dispositif de sécurité (le “schéma national du maintien de l’ordre”) tout juste paru laisse entendre que tous les journalistes et observateurs des manifestations — et donc potentiels témoins d’exactions policières — seront désormais susceptibles d’être interpellés pendant l’exercice de leur métier, en violation de leur imprescriptible droit d’informer, U

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David Dufresne et Karin Viard attendus au Comœdia

Avant-Premières | Sortez vos agendas tous neufs, vous allez avoir de quoi noter : à peine les Hallus terminées, le Comœdia (Lyon 7e) embraye avec un chapelet de (...)

Vincent Raymond | Vendredi 11 septembre 2020

David Dufresne et Karin Viard attendus au Comœdia

Sortez vos agendas tous neufs, vous allez avoir de quoi noter : à peine les Hallus terminées, le Comœdia (Lyon 7e) embraye avec un chapelet de films présentés en avant-première par leurs réalisateurs et/ou interprètes. Avec l’attachante dramédie sentimentale Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret escorté par celui-ci le jeudi 10 septembre à 20h, le thriller Les Apparences de Marc Fitoussi accompagné (sous réserves) par Karin Viard le mercredi 16 à 20h, et enfin l’explosif documentaire Un pays qui se tient sage dégoupillé par David Dufresne le dimanche 20 à 18h. Juste après viendra le tour de la sélection cannoise 2020 des films de l’ACID — on en reparlera.

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Prenez garde ! : "Je promets d'être sage"

Comédie | Lassé par ses années d’échec au théâtre, Franck se fait recruter comme gardien vacataire dans un musée. Sa présence suscite l’hostilité de Sibylle, une consœur rigide, mais complète le staff et permet au conservateur de lancer un inventaire des collections. Au grand dam de Sibylle…

Vincent Raymond | Samedi 17 août 2019

Prenez garde ! :

Imaginez ce que peut donner la rencontre d’un chien fou et d’une minette sauvage dans un magasin de porcelaine : à peu de choses près, voilà à quoi équivaut l’association entre Franck et Sibylle ; deux caractères tellement dissonants qu’ils sont fatalement faits pour s’entendre. Cette comédie trépidante s’inscrit dans la droite ligne du cinéma de Pierre Salvadori, où prédominent fantaisie des situations, dialogue parsemés d’absurdités cocasses et courses-poursuites. Ronan Le Page laisse quelques zones d’ombre bienvenues sur le passé de Sibylle et donc la latitude de l’imaginer ou le déduire de ses actes. Quel plaisir : rien n’est plus agaçant qu’un scénario où la moindre intention a besoin d’être justifiée. Couronnée cette année pour une prestation dramatique — un registre dans lequel elle excelle (la voir face au regretté Maurice Bénichou dans la pièce Blackbird suffisait à s’en persuader) —, Léa Drucker possède également le rythme et l’abattage nécessaires pour camper un personnage de comédie aussi imprévisible que Sibylle, dont la mythomanie (un brin kleptomane) évoque l’héroïne de …C

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Chanvre amérindien : "Les Oiseaux de passage"

Polar | Comment une peuplade amérindienne fut à l’origine des cartels de la drogue colombiens, Ciro Guerra & Cristina Gallego déconstruisent le thriller sur fond de tragédie antique et ethnographique pour livrer un polar singulier, fascinant de poésie et de couleurs.

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Chanvre amérindien :

Colombie, années 1970. Vivant au rythme de leurs traditions, dans le respect des codes, plusieurs familles appartenant à l’ethnie Wayuu se lancent dans le lucratif trafic de drogue vers les États-Unis. Mais peu à peu, des dissensions naissent entre associés et une guerre sans merci éclate… Pour la première fois, Ciro Guerra est ici crédité comme coréalisateur. Il partage son fauteuil avec Cristina Gallego, partenaire artistique de toujours dont l’influence et le rôle n’ont cessé de s’accroître au fil du temps : elle était notamment monteuse-productrice de leur précédente collaboration, l’hypnotique L’Étreinte du serpent, étonnant mariage entre conte philosophico-ethnographique et récit d’aventures célébré sous l’égide d’un esthétique noir et blanc. Wayuu, voyous Les Oiseaux de passage s’engage sous les mêmes auspices, même si son ouverture à contenu narratif ultra-minimaliste peut dérouter, évoquant davantage un documentaire sur des Amérindiens qu’une ficti

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Pierre-Yves Lenoir arrive aux Célestins

Nomination | Pierre-Yves Lenoir rejoindra au 1er mars Claudia Stavisky à la tête du Théâtre des Célestins. Il remplace Marc Lesage, parti diriger le Tthéâtre de l'Atelier à Paris.

Nadja Pobel | Vendredi 4 janvier 2019

Pierre-Yves Lenoir arrive aux Célestins

C'est une nomination qui aura pris moins de temps que celle visant à remplacer Gwenael Morin au Théâtre du Point du Jour : Pierre-Yves Lenoir a été nommé ce 3 janvier codirecteur des Célestins. Il prendra ses fonctions le 1er mars 2019 et remplace Marc Lesage, qui avait annoncé son départ subitement début décembre. Auparavant, Pierre-Yves Lenoir a exercé des responsabilités au sein d’établissements nationaux de création artistique (La Colline, Centre National de la Danse), accompagné Jean-Michel Ribes dans la création du Théâtre du Rond-Point et a été administrateur de l’Odéon où il a travaillé aux côtés d’Olivier Py, de Luc Bondy et de Stéphane Braunschweig avant de rejoindre le théâtre La Scala à Paris en tant que directeur exécutif.

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Désertions et convoitises à la tête des théâtres

Rentrée Théâtre | Étrange rentrée que celle-ci dans le domaine du théâtre. Les spectacles sont multiples, mais rien ne semble immanquable a priori, et des directeurs ou directrices quittent la Ville abruptement... Débroussaillage.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

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Marc Lesage quitte les Célestins

Théâtre | Le co-directeur du Théâtre des Célestins quittera ses fonctions le 31 décembre prochain pour prendre la direction du Théâtre de l'Atelier à Paris, au 1er (...)

Nadja Pobel | Mercredi 21 novembre 2018

 Marc Lesage quitte les Célestins

Le co-directeur du Théâtre des Célestins quittera ses fonctions le 31 décembre prochain pour prendre la direction du Théâtre de l'Atelier à Paris, au 1er janvier 2019. Claudia Stavisky est donc seule à bord des Célestins jusqu'à une prochaine nomination pour perpétuer cette co-direction. Après l'annonce du départ de Cathy Bouvard aux Subsistances (qui part fin décembre pour les Ateliers Médicis en Seine-Saint-Denis), l'attente d'une nomination au Théâtre du Point du Jour (suspendue à l'avis de Gérard Collomb qui a pris la main sur ce dossier), le renouvellement dans un an du directeur du TNP, le paysage théâtral local connait des changements d'une ampleur majeure.

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Une rue vernie

Vernissages | Toutes, ou presque, les galeries de la rue Burdeau inaugurent leurs nouvelles expositions ce samedi 8 septembre, dès le début d'après-midi et jusqu'à 20h30. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Une rue vernie

Toutes, ou presque, les galeries de la rue Burdeau inaugurent leurs nouvelles expositions ce samedi 8 septembre, dès le début d'après-midi et jusqu'à 20h30. Avec des menus appétissants : une exposition photo collective au Réverbère (William Klein, Denis Roche...), une autre expo collective autour du dessin à la galerie Pallade (avec Ivan Messac, Nicolas Rubinstein...), un dialogue plastique entre le peintre Jean-Pierre Schneider et le sculpteur Olivier Giroud chez Pome Turbil... À deux pas de la rue Burdeau, l'Abat Jour vernit aussi une expo prometteuse avec les photographies d'Arnaud Brihay.

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Jafar Panahi, éblouissant Prix du scénario à Cannes : "Trois visages"

Le Film de la Semaine | Passé expert dans l’art de la prétérition et de la mise en abyme, le cinéaste Jafar Panahi brave l’interdiction qui lui est faite de réaliser des films en signant une œuvre tout entière marquée par la question de l’empêchement. Éblouissant Prix du scénario à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Jafar Panahi, éblouissant Prix du scénario à Cannes :

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, une jeune villageoise se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences — c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Le cinéaste Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à s

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Un festival de talents (et de surprises)

Pépites | En plus d'Alela Diane, le Petit Bulletin Festival #2, ce sont deux autres têtes d'affiche, Cascadeur et Orchestra Baobab, et quatre jeunes talents fascinants. À noter aussi quelques concerts acoustiques et surprises à découvrir sur place pour lesquels il faudra prêter l'oreille. On n'en dit pas plus.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 avril 2018

Un festival de talents (et de surprises)

Les têtes d'affiche Cascadeur C'est Cascadeur qui ouvrira le festival comme première tête d'affiche. Une tête d'autant plus reconnaissable qu'elle est casquée mais dont les mélodies et les atmosphères d'apesanteur pop ne sont pas moins inoubliables que la tenue de pilote-cascadeur qui va avec. Son dernier album, Caméra est une pépite. Et ses prestations live des rêveries. Orchestra Baobab C'est la touche sono mondiale du festival, au goût de légende. Car l'orchestre de bal ouest-africain, l'un des plus grands du genre, créé en 1970, à l'effectif pléthorique et changeant, aura connu une histoire aussi riche qu'accidentée. Reformé en 2000 après une longue absence, Orchestra Baobab vient présenter un hommage forcément jouissif à l'un de ses membres les plus éminents : El Hadj Ndiouga Dieng, décédé en 2016. Alors on danse ? Les découvertes Sage Pour beaucoup ce n'est pas à proprement parler une découverte puisque le dénommé Ambroise Willaume a déjà officié avec le trio Revolver qui connut un certain succès en mode pop de chambre au tournant des

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Erik Fitoussi : punk à livres

Portrait | Erik Fitoussi est depuis 18 ans à la tête de Passages, l'une des principales librairies indépendantes lyonnaises. L'indépendance, un mantra qui accompagne le libraire depuis sa première vie au sein de Marie et les Garçons, totem de la mouvance punk locale, qui en deux ans d'existence à peine se bâtit un destin culte et tutoya la légende.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 mars 2018

Erik Fitoussi : punk à livres

Difficile quand on voit Erik Fitoussi se confronter à l'érudition d'un Emmanuel Todd ou d'un Éric Vuillard à la Librairie Passages où il anime parfois des rencontres et dont il est le propriétaire, d'imaginer qu'il y a presque quarante ans, ce libraire bien connu des Lyonnais se faisait jeter des canettes (pleines) par le public du festival rock de Fourvière, futur Nuits de Fourvière. De ce concert, Libération tira à l'époque son fameux "Lyon, capitale du rock" dont on se gargarise encore aujourd'hui et Erik Fitoussi un souvenir impérissable. Le jeune homme tient alors la guitare de Marie et les Garçons, groupe culte à la trajectoire de météore formé sur les bancs du lycée Saint-Exupéry à la Croix Rousse. Erik, « pied-noir suédois » (pied-noir par son père, médecin, et suédois par sa mère, laborantine, il est né en Suède

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Le Petit Bulletin Festival #2 : La Playlist

MUSIQUES | De Cascadeur à Orchestra Baobab en passant par Sage, Alela Diane et tous les autres, petite sélection best of spéciale Petit Bulletin Festival #2. Même si le meilleur est à venir en live du 27 au 29 avril au Subsistances.

Stéphane Duchêne | Mercredi 28 février 2018

Le Petit Bulletin Festival #2 : La Playlist

Hors d'œuvre, piqûre de rappel, ou occasion de découvrir un, deux, trois ou même les huit artistes invités, appelez-ça comme vous voulez. Mais face à l'éclectisme de la programmation du Petit Bulletin Festival #2, de la pop de Cascadeur et Sage au folk d'Alela Diane, de la révélation Nakhane sud-africaine au totem sénégalais Orchestra Baobab, de l'ovni Lior Shoov à un autre ovni nommé Isaac Gracie, le mieux est encore de mettre un peu d'ordre dans tout ça et de prêter une oreille attentive à cette belle palette de musiques. Classiques, nouveautés ou les deux des artistes précités achèveront sans doute de vous convaincre de réserver son week-end du 27, 28 et 29 avril.

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Petit Bulletin Festival #2 : Embarquement immédiat !

MUSIQUES | Pour sa deuxième édition, le Petit Bulletin Festival prendra ses quartiers aux Subsistances les 27, 28 et 29 avril prochains avec pas moins de sept artistes au programme, de la folk à la pop en passant par la world music. En voici le détail.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 février 2018

Petit Bulletin Festival #2 : Embarquement immédiat !

C'est la verrière des Subsistances qu'investiront les artistes de la deuxième édition, printanière, du Petit Bulletin Festival. En ouverture, le vendredi 27 avril, c'est le petit génie casqué Cascadeur qui viendra présenter son troisième album, à paraître le 30 mars et sur lequel il poursuit une œuvre aussi aérienne qu'énigmatique. Un disque plus cinématographique que jamais, jusque dans son titre Camera, que Cascadeur délivrera sur scène masqué mais sans fard en quatuor pop. Avant lui, c'est un autre prodige du genre, Sage, ex-Revolver qui fera apprécier, lui aussi en quatuor, son sens de la composition et des arrangements, déjà vus à l'œuvre, outre Revolver, aux côtés de Woodkid et The Shoes, et rassemblés sur de nouveaux titres comme sur ceux de son album éponyme, paru en 2016. Les deux musiciens français à la voix perchée et à la formation classique seron

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"Visages, Villages" d'Agnès Varda et JR

Le Film de la Semaine | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels et une nouvelle tête du street art partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes d’Agnès Varda ce buddy-road-movie est surtout un film sur le regard.

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

L’attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour “grand-mère de la Nouvelle Vague”, s’allie à JR, l’installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup de pub. Il s’agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l’ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet — elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c’est-à-dire de l’écriture finale du film —, Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu’elle a envie de montrer. Tout à l’œil Davantage que la “machinerie” JR (l’alpha et l’oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l’interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d’entrée dans leur intimité, dans leurs histoires.

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Georges Perec : apparition

Littérature | Il lipogramma à l’Oulipo pour toi qui lis, ami ; construisit moult romans parfois longs, parfois courts, mais pour toujours cultissimi. Bouquins rigolos (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Georges Perec : apparition

Il lipogramma à l’Oulipo pour toi qui lis, ami ; construisit moult romans parfois longs, parfois courts, mais pour toujours cultissimi. Bouquins rigolos ou pas, nourris au pis d’un savoir absolu, tout autant assaillis par maints dadas malins : car gamin juif, il paya un lourd tribut (papa occis, maman aussi) aux tyrans nazis — un hiatus natif, à vous pourrir nuits plus jours jusqu’au mastaba. À part ça, ah l’imaginatif ! L’adroit original ! Au CNRS, où il bossa, il signa un plaisant faux rigolard, moquant jargon ou tics du clan savant. On aurait fait pipi sur soi tant on avait ri ! Las ! Il mourut trop tôt (quadra plus cinq ans — un marmot !), du fait d’un mal salaud, tumoral, au poitrail. Gallimard l’introduit aujourd’hui dans son gotha biblio-chic. Hosanna ! Un global absolu du boulot (romans) qu’il accomplit, ici façon duo top. Faut pas faillir ! Lis donc à profusion, à foison, tout son opus. Qui donc ? Ah, ça ! Mais voyons : Georges Perec. Georges Perec dans la Pléiade, rencontre avec Claude Burgelin et Jean-Luc Joly À la Librairie Passages le mercredi 17

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"Message from the King" : et ma sœur ?

ECRANS | de Fabrice Du Welz (G-B-Fr-Bel, int. -12 ans avec avert., 1h42) avec Chadwick Boseman, Luke Evans, Teresa Palmer…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Parti du Cap, Jacob King atterrit en urgence à Los Angeles. Il a sept jours et 600 $ pour retrouver sa sœur Bianca, mystérieusement disparue. Très vite, il découvre son corps à la morgue mais aussi qu’un réseau de dealers, un producteur pédophile et un dentiste vénal sont liés à sa mort… Il a dû se faire plaisir, Fabrice Du Welz, en tournant ce film aux faux-airs de blaxploitation, où les bas-fonds crasseux du New York des années 1970 sont troqués contre un L.A. contemporain, alliant visage sinistre et indécente opulence. En bon disciple du cinéma de genre, il respecte le cahier des charges, en réunissant une cohorte d’affreux aussi patibulaires que pervers, une donzelle en danger, dont le sauvetage assurera la rédemption du héros — qui a forcément un carnaval de choses à se reprocher, de l’abandon de sa sœur aux avoinées qu’il distribue. Jacob King a en outre des accents eastwoodiens, marquant physiquement les coups qui lui sont prodigués. On pourrait croire à un pur film d’action et d’ambiance, misant davantage sur l’efficacité que sur l’invent

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Lyon, terre d'édition BD

Bande Dessinée | Comment la Seconde guerre mondiale et l'implantation de la Résistance à Lyon ont initié un terreau fertile pour la bande dessinée à la Libération.

Sébastien Broquet | Mardi 25 avril 2017

Lyon, terre d'édition BD

Lyon est une terre de bande dessinée qui s'est longtemps ignorée. Peut-être parce qu'elle l'est devenue un peu par défaut, conséquence des soubresauts de l'Histoire ayant contraint dessinateurs et éditeurs à se replier entre Rhône et Saône, durant la Seconde guerre mondiale. Car c'est bel et bien là que tout débute. C'est à ce moment-là qu'un auteur comme Chott, de son vrai nom Pierre Mouchot, évadé des geôles allemandes, s'installe à Lyon et rejoint les éditions SAGE (Société Anonyme Générale d’Édition) fondées par Ettore Carozzo, arrivé lui en 1940, fuyant le fascisme de Mussolini. Comme d'autres éditeurs locaux, SAGE (qui deviendra Sagéditions) s'est vite fait une spécialité des petits formats vendus peu chers : ici l'on trouve des séries comme Mandrake, Le Fantôme du Bengale ou plus tard, Raoul et Gaston. Chott travaille sur Jumbo, tout en s'engageant dans la Résistance. Et s'associe à la fin de la guerre avec Marcel Navarro, rencontré dans les bureaux de SAGE, pour créer leur propre série : ce sera Fantax, é

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"L'Homme aux mille visages" : espion, venge-toi !

Thriller - Le Film de la Semaine | Transformant une escroquerie d’État des années 1980 en thriller rythmé et sarcastique, le réalisateur de "La Isla minima" poursuit à sa manière son exploration critique de la société espagnole post-franquiste, quelque part entre "Les Monstres", "L’Arnaque" et "Les Affranchis".

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Remercié par les services secrets espagnols et ruiné, le rusé Paco Paesa a dû se reconvertir du trafic d’armes vers l’évasion fiscale. Quand Luis Roldán, patron de la Garde Civile soupçonné de détournement de fonds, réclame son aide, il flaire le bon coup pour se refaire. Du billard à mille bandes… Contrairement à Fantômas, Paco Paesa n’a nul besoin de revêtir de masque ni d’user de violence pour effectuer ses coups tordus. C’est par la parole et l’apparence, en douceur, qu’il arrive à ses fins, laissant croire à son interlocuteur ce qu’il a envie de croire. En cela, L'Homme aux mille visages rappelle la grande époque de la comédie italienne, dans sa manière notamment de ridiculiser, voire d’infantiliser les puissants, ravalés au rang de marionnettes dans les mains d’un manipulateur habile. Et de prendre les ambitieux, surtout les corrompus, au piège de leur avidité — c’est "l’arrosé” arrosé, en somme. Faux et usage de vrai Alberto Rodríguez est de ces cinéastes qui, à l’instar de Sorrentino pour Il Divo (2008), s’emparent de faits avérés et de personnalités authentiques pour le

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10 Hallus Cinés

ECRANS | Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa (...)

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

10 Hallus Cinés

Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa “Chambre des Merveilles” regorgeant de nouveautés aussi folles que drôles, tantôt connues, tantôt oubliées. Digne d’une chasse aux œufs punk, la soirée d’anniversaire régalera ses invités d’une ribambelle de court-métrages, clips et bandes-annonces inédits, en passant par la projection d’un film secret en avant-première mondiale. En plus d’accueillir Fabrice Du Welz, pont à lui seul de la Belgique aux États-Unis avec son Message from the King en avant-première, attardons-nous un instant sur deux films qui résument le sens de cette manifestation, antinomiques sur la forme mais oniriques dans le cœur : Soy Cuba de Mikhaïl Kalatozov et Litan de Jean-Pierre Mocky. Redécouvert dans les années 1990, le pre

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Hallucinations Collectives se dévoile

Festival | Oyez ! Oyez ! Hallucinations collectives dévoile sa 10ème programmation avec des infos juteuses… pour ne pas dire saignantes ! Sévissant du 11 au 17 avril, le festival accueillera des invités de choix et des avant-premières à la pointe de l’actualité pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles déviants.

Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

Hallucinations Collectives se dévoile

Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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"Sage Femme" : critique et interview de Martin Provost

ECRANS | Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. Passions, regrets et nostalgie vont s’inviter chez ces deux femmes que tout oppose. Étude sur l’acceptation du passé, cette petite histoire s’accompagne d’une mise en scène discrète, presque invisible de Martin Provost. Écrasé par deux actrices qu’il admire, le réalisateur limite la forme à une simple illustration. Seuls Quentin Dolmaire et Olivier Gourmet irradient leurs apparitions d’un charisme qui dénote avec l’ensemble. En dépit d’une première heure touchante, la simplicité recherchée donne un sentiment d’inabouti. Des images calmes, une musique calme et un scénario calme, achèvent de rendre le troisième acte maladroit, presque ennuyeux dans les adie

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"L’Histoire d’une mère" : un enfant à la mère

ECRANS | Mère célibataire d’un petit Louis mutique, la jeune Neige vit âprement avec la revêche Héloïse — sa grand-mère aux talents de rebouteuse — dans une ferme isolée (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Mère célibataire d’un petit Louis mutique, la jeune Neige vit âprement avec la revêche Héloïse — sa grand-mère aux talents de rebouteuse — dans une ferme isolée appartenant au maire du village. Entre les deux femmes, la communication est minimale, abrupte. Et le drame couve… On ne s’étonnera pas que Sandrine Veysset ait trouvé de l’inspiration dans le conte homonyme d’Andersen, car il contient (ou appelle en écho) tous ses thèmes fétiches : l’enfance blessée — avec ses familles discontinues grevées de secrets —, la Nature — avec la ruralité, et son existence parfois spartiate —, le silence — et ses ténèbres. Mais comme tout conte, la part de fantastique est compensée par une part de merveilleux. Oh, elle est certes ténue, et repose finalement sur la foi du spectateur en la possibilité d’un miracle. Toutefois, elle s’étoffe grâce à la présence magnétique de l’excellente Lou Lesage dans son rôle d’héritière de sorcière. Sans jamais étaler de sensualité outrancièrement vénéneuse, elle envoûte une assistance le temps d’une danse fascinante. Cette magie dispensée aura, hélas pour son personnage, un prix.

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Paysages contemporains

ARTS | À Archipel, Centre de Culture Urbaine, jusqu'au 5 mars, l'on peut découvrir une intéressante et didactique exposition consacrée aux mutations des paysages (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 31 janvier 2017

Paysages contemporains

À Archipel, Centre de Culture Urbaine, jusqu'au 5 mars, l'on peut découvrir une intéressante et didactique exposition consacrée aux mutations des paysages européens contemporains. Avec, par exemple, ces nouvelles terres agricoles aux portes des grandes villes italiennes, ces ruines de chantiers abandonnés en Espagne ou de zones pavillonnaires en France, ces grandes prairies aménagées pour les urbains en manque de verdure....

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"Sausage Party" : voulez-vous consommer avec moi ce soir ?

ECRANS | L’intenable Seth Rogen imagine un monde où les aliments d’un grand magasin vivent heureux dans la chaste attente du Paradis. Jusqu’à ce qu’une saucisse impatiente de fourrer (sic) un petit pain ne découvre leur funeste destinée. Scabreux, grossier, incorrect, inégal, ce film d’animation ne manque décidément pas de qualités…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Parents, tenez vos enfants à distance de ce film ! Non qu’ils risquassent d’en sortir traumatisés, mais vu que la plupart des gags se situent en-dessous de la ceinture — donc leur passant au-dessus du crâne —, vous vous exposez à devoir répondre à des questions incongrues toutes les cinq secondes (“Elle fait quoi, la saucisse, dans le trou du bagel ? Et la madame pain à hot dog, pourquoi elle a un collier de perles dans les fesses ? etc.”). De toutes façons, ils peineront à entrer : la commission de classification des œuvres cinématographiques a restreint l’accès aux plus de douze ans, et le bon goût le limite aux amateurs de V.O. — sinon, c’est la sanction Hanouna en V.F. Sausage, comme des images Nanti de ce héros aussi explicite que turgescent, Sausage Party s’ouvre sur un boulevard de grivoiseries (et se conclura sur une “orgie” alimentaire), en enchaînant les propos orduriers au sous-texte sexuel, pour bien rappeler le contexte du film d’animation transgressif. Mais l’enrobage cul laisse vite la place à une subversion plus forte encore : l’assimilation des religions à une imposture, une sorte de conte destiné à endorm

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Vincent Borel, d'Actuel à "Fraternels"

Littérature | De Vincent Borel, l'on connaît sa brûlante passion pour l'opéra qu'il dissèque régulièrement au sein d'Opéra Magazine. Peut-être bien que cette proximité avec les (...)

Sébastien Broquet | Mardi 20 septembre 2016

Vincent Borel, d'Actuel à

De Vincent Borel, l'on connaît sa brûlante passion pour l'opéra qu'il dissèque régulièrement au sein d'Opéra Magazine. Peut-être bien que cette proximité avec les plus grandes voix (il fît même de la figuration, dit sa bio) lui a donné le sens de l'harmonie parfois grandiloquente que l'on décèle dans son écriture. Le beat, celui qui fait pulser ses phrases et nous colle frénétiquement aux pages les recueillant, il l'aura plutôt emprunté lors de ses années en rave partys, qu'il chroniquait alors du côté du magazine Actuel, dont il fût un ardent journaliste, avant de devenir rédacteur en chef de Novamag, où l'auteur de cet article le rencontra. Un tempo soutenu tout au long de son premier roman, Un Ruban noir, paru en 1996 et qui fut la première fiction française à explorer ce monde obscur et stroboscopé de la techno. Baptiste le plongea quelques années plus tard, en 2002, dans la vie de Jean-Baptiste Lully : joyeuse lecture. Antoine et Isabelle en 2010 lui fit passer un cap : dans la maîtrise romanesque, dans la notoriété aussi pu

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"Les Démons" : Philippe Lesage, pas pour ses images

ECRANS | de Philippe Lesage (Qué, 1h58) avec Édouard Tremblay-Grenier, Pier-Luc Funk, Pascale Bussières…

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Il y a mille et une manières de passer à côté de son film. Pourtant bien parti en agençant une collection de petites tensions diffuses ressenties par un gamin à la lisière de la préadolescence, Philippe Lesage opte pour une méthode radicale — enfin, pour qui possède le goût de se saborder. Il casse sa belle construction toute en subjectivité enfantine pour se focaliser pendant une (trop) longue digression sur un autre personnage, traité avec une froideur si outrancière qu’elle le désigne dès la première image comme l’équivalent du loup-garou. Et ces petits zooms au ralenti pour nous prévenir de l’imminence d’une abomination dans le hors champ… Ne manque qu’une lumière clignotant dans un coin et un commentaire de l’auteur, du style : « ’tânsion, maôdzit spectsâotseur ; y va-tu s’passer un trzuc pas chrâétieân d’vant tes d’zyeux, lâ ! » Blague à part, cette rupture de ton aux allures de court-métrage mal greffé démembre Les Démons. On se serait bien passé de cette élucidation triviale dans le réel, et contenté du point de vue d’un enfant, en proie à ses questionnements, ses doutes et ses peurs.

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Emmanuel Venet de Passages

Littérature | Les "Asperger", du nom de ce syndrome autistique qualifiant certains autistes géniaux, ont toujours été une matière à fiction fort riche (de Rain Man à la série (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 septembre 2016

Emmanuel Venet de Passages

Les "Asperger", du nom de ce syndrome autistique qualifiant certains autistes géniaux, ont toujours été une matière à fiction fort riche (de Rain Man à la série The Bridge), du fait notamment de leur rapport unique au premier degré, à l'hypocrisie et aux conventions sociales grandement pourvoyeur de situations décalées. Entre les mains d'Emmanuel Venet, par ailleurs psychiatre même si on le lui rappelle assez, un personnage atteint de ce syndrome ne peut (c'est malheureux à dire) qu'offrir de belles promesses de roman et même de roman drôle pour ne pas dire de drôle de roman drôle. On avait découvert chez l'auteur de Marcher droit, tourner en rond (tous les paradoxes du personnage sont dans le titre), avec son premier roman, Rien, belle surprise d'il y a trois ans, déjà publiée chez Verdier (éditeur de figures comme Pierre Michon, gage de qualité), un sens de l'humour uni

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Aux Bons Sauvages, la carte des vins mérite l'exploration

Restaurant | Un café-concert (since 1670 !) à sept mètres de Lyon, en bord de Saône, avec terrasse, beau bar, source et vins naturels.

Adrien Simon | Mercredi 1 juin 2016

Aux Bons Sauvages, la carte des vins mérite l'exploration

Fuir Lyon : prendre l'autoroute du Soleil, et finalement renoncer, à l'entrée du tunnel. Après un audacieux virage à gauche et une ligne droite d'une double encablure, on entre de sept bons mètres dans la Mulatière. Et l'on découvre la terrasse d'Aux Bons Sauvages, avec vue étendue sur Lyon outre-Saône : de la gare de Perrache au néo-quartier Confluence. Le quai des Étroits a beau être passant, on se sent au calme. L'adresse est (facile) tri-centenaire. Elle fut sans doute entourée de nombreuses guinguettes, aujourd'hui disparues. Après une courte période de fermeture, une troupe de jeunes gens a repris l'affaire. À l'intérieur, la salle du fond, voutée, pierres apparentes (ex-écurie ou stockage à bateau ?) accueille deux-trois fois par semaine des concerts (tout y passe : jazz oriental, rock tzigane, indie folk, fanfare, slam, etc). Sur un mur coule une source... Dans la salle de bar : un zinc, de vieilles tables de bistrot et un poêle à bois fonctionnel. L'ardoise change toutes les semaines, parfois d'un soir sur l'autre : trois puissance trois choix d'entrée-plat-dessert. Ainsi, pour commencer, un soir de mai, l'on hésitait entre une omelette aux mousser

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Castellucci : Le parfum du scandale

SCENES | Romeo Castellucci s’engage corps et âme dans la bataille. Et forcément, parfois, ça grince. Sur le concept du visage du fils de Dieu, présenté à Avignon et (...)

Sébastien Broquet | Mardi 19 janvier 2016

Castellucci : Le parfum du scandale

Romeo Castellucci s’engage corps et âme dans la bataille. Et forcément, parfois, ça grince. Sur le concept du visage du fils de Dieu, présenté à Avignon et surtout au Théâtre de la Ville à Paris à l’automne 2011, en fit les frais. Le portrait du Christ est l’élément central du décor. A Avignon, on vit quelques spectateurs s’agenouiller pour prier devant le théâtre. L’institut Civitas commença à s’indigner, suivi par l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, où se réunissent les adeptes de la pensée intégriste de la fraternité Saint-Pie X. Tout resta calme avant le début des représentations à Paris : là des manifestants issus de l’intégrisme chrétien et de l’extrême droite, en possession de places pour certains, s’en prirent aux spectateurs, jetant oeufs, boules puantes, huile de vidange, montèrent sur scène pour réciter des cantiques. La police a dû protéger les représentations. 32 catholiques intégristes furent finalement condamnés en juin 2013, écopant d’amendes de 200 à 2000 euros. Ce spectacle était jugé blasphématoire par les seuls chrétiens de France (à Rome, le spectacle fut donné dans le calme) à cause des dernières minutes de la représentation,

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Hamlet à l'assaut de la Tour Passagère

CONNAITRE | La phrase a tourné en boucle dans notre tête pendant la première du Songe d'une nuit d'été de Tim Robbins à Fourvière, mise en scène tellement textbook de cet (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 juin 2015

Hamlet à l'assaut de la Tour Passagère

La phrase a tourné en boucle dans notre tête pendant la première du Songe d'une nuit d'été de Tim Robbins à Fourvière, mise en scène tellement textbook de cet impénétrable vaudeville – i.e. toute entière au service du texte et mue par une foi indéfectible en la capacité à incarner tout et n'importe quoi (y compris des arbres) d'acteurs rompus à tous les arts de la scène – qu'elle en devenait embarrassante : «Voilà qui serait bien mieux mis en valeur dans un théâtre élisabéthain.» Par exemple celui qui s'élèvera au square Delfose du 15 juin au 15 juillet et où se déroulera la première édition de La Tour Passagère. C'est d'ailleurs un autre classique de Shakespeare, plus tragique celui-ci, qui ouvrira ce singulier festival : Hamlet, interprété, nous promet-on, avec un vrai souci d'exploiter la connivence entre public et comédiens qu'autorise cette impressionnante structure de bois, par la compagnie Les Mille Chandelles. La suite peut se résumer à un grand chantier de décloisonnement de la musique baroque, par des spécialistes du genre : le Quatuor Varèse, le Concert de l'Hostel-Dieu, l'Ensemble Boréades... On s'en re

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Cet été, montez dans la Tour passagère

ACTUS | Un théâtre élisabéthain en bord de Saône, vous n'en rêviez pas forcément (vous auriez dû), Baroque et Plus l'a quand même fait. Tout de bois et cerclé (...)

Benjamin Mialot | Mardi 5 mai 2015

Cet été, montez dans la Tour passagère

Un théâtre élisabéthain en bord de Saône, vous n'en rêviez pas forcément (vous auriez dû), Baroque et Plus l'a quand même fait. Tout de bois et cerclé de deux balcons, il s'élèvera sur le square Delfosse du 15 juin au 15 juillet et abritera pas moins de 17 spectacles (pour un total de 29 représentations). Au programme : du Shakespeare of course, à savoir un Hamlet, proposé par une compagnie rompue à ce type de lieu, Les Mille Chandelles ; de la musique baroque évidemment, notamment deux programmes (l'un sur Purcell, l'autre autour de la chaconne) par le Concert de l'Hostel Dieu ; mais aussi et surtout des propositions visant à la décloisonner en la mêlant aux airs de Broadway (Lisandro Nesis), aux vers d'Ovide (l'Ensemble Oneiroi) ou aux provocations glam du New York des années 70 dans le cas de l'Ensemble Boréades, déjà à l'origine d'un étonnant biopic anachronique de Jimi Hendrix (et qui animera le bal Renaissance qui clôturera l'événement). Deux autres structures bien connues de nos service

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L’obscur objet de notre désir

ARTS | Au Musée des Beaux-Arts, Denise et Michel Meynet présentent 300 très beaux objets et oeuvres d’art de toutes époques et horizons, issus de leur collection privée. Une passion de couple à laquelle nous serons, ici, totalement infidèles. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 6 mai 2013

L’obscur objet de notre désir

Etrange sentiment. L’exposition-florilège de la collection de Denise et Michel Meynet fourmille d’objets formidables et singuliers. Pourtant, on a l’impression en la découvrant de se trouver dans une sorte de boutique luxueuse. Pour un peu, on chercherait même les prix de ce masque du Mali ou de ce poteau d’intérieur en forme de long "Y" affublé d’une paire de seins. Oui, très bien pour le salon, parfait pour la chambre parentale, chéri ce sera pour nous un formidable accélérateur de fertilité… L’accrochage thématique («les séries», «le visage», «les objets du quotidien»…) cligne aussi ostensiblement de l’œil vers les vieux cabinets de curiosités, surchargés, généreux, ouverts aux quatre vents de la création, de l’artisanat et de la technique. Mais il y manque une "âme" qui lierait ensemble ces superbes ou étonnants objets d’art. La reconstitution du "mur" de l’atelier d’André Breton à Beaubourg, prolifique lui aussi, pourrait servir de contre-exemple : tout tient ensemble, la peinture et les masques échangent leurs lignes de forces, en créent de nouvelles, l’aura de Breton hante la vitr

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Pêche originelle

MUSIQUES | Il a dix ans. On sait, cela ne semble pas vrai, mais le festival L'Original a dix ans. Et il n'a, en dépit d'une programmation 2013 manquant un peu de lustre, rien perdu de l'esprit «festif, fédérateur, rassembleur, défricheur et prescripteur» qui l'anime depuis sa fondation. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 22 mars 2013

Pêche originelle

A chaque type de musique son festival. Les musiques électriques ont La Route du Rock, Rock en Seine ou Le Rock dans tous ses États. Les musiques électroniques ont Nuits Sonores, Astropolis ou le tout nouveau Weather Festival. Et l'on pourrait, toujours en se cantonnant au territoire français, filer la démonstration avec les musiques (plus ou moins) improvisées, les musiques du monde, les musiques sacrées, les musiques contemporaines, les musiques extrêmes... Mais les musiques dites urbaines ? Sans doute trop indisciplinées, comme est venue le rappeler la volonté récemment affichée par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls de «lutter contre les paroles [de rap] agressives», elles n'ont peu ou prou que L'Original. A cette aune, le fait que ce rendez-vous dédié à la promotion des valeurs originelles du mouvement hip hop (respect, camaraderie...) et à sa pluralité créative (rap donc, mais aussi graff, DJing, danse et beatboxing), s'apprête à souffler sa dixième bougie mérite qu'on tire notre casquette équilibriste à son fondateur, le breakdancer Jean-Marc Mougeot (qui comme tant d

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Les Amants passagers

ECRANS | De Pedro Almodóvar (Esp, 1h3O) avec Javier Camara, Carlos Areces…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Les Amants passagers

Après un incident technique, un avion est en perdition au-dessus de Tolède, attendant une solution pour un atterrissage forcé. Le personnel de bord, stewards plus ou moins ouvertement pédés, drogue les passagers de la classe éco et tente de régler la situation avec les "privilégiés" (un tueur, un banquier corrompu, une mère maquerelle, un couple en voyage de noces, un homme volage). On voit bien la métaphore filée par Almodóvar derrière ce récit de pure fantaisie : alors que les mœurs évoluent en Espagne (un des stewards a même un mari !), l’économie régresse vers un archaïsme de classe dirigé par des puissants en pleine déréliction. Point de vue intéressant mais qui se heurte très vite au désir du cinéaste de retrouver l’esprit Movida de ses premiers films. Ce maître du scénario invente ainsi un récit complètement décousu, qui n’avance pas vraiment et se contente d’empiler les saynètes inégales. Les Amants passagers ne trouve jamais sa vitesse de croisière, même si l’ensemble n’est pas déplaisant à suivre. Alors que

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À en perdre ses latins

ECRANS | Pour leur 29e édition, les brillants Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola ouvrent en fanfare avec le dernier Almodovar, puis continuent avec un programme mêlant best of de la saison et perspectives sur les événements cinématographiques à venir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 11 mars 2013

À en perdre ses latins

Comment ça va, le cinéma latino ? Plutôt bien, si on en croit le début de saison, puisqu’au milieu d’une écrasante domination américaine, c’est bien du côté de l’Espagne, de l’Argentine et du Chili que la résistance a été la plus vive. Aussi, les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain n’ont eu qu’à aller piocher ces bonnes nouvelles-là pour assurer le fond goûtu de leur 29e édition. On ne pourra donc que conseiller aux distraits de ne pas rater les séances de rattrapage de Blancanieves, petit bijou de cinéma muet d’aujourd’hui qui a entre temps effectué une razzia historique aux Goyas (les César espagnols). Plus frais encore, le génial No de Pablo Larraín sur le référendum organisé par Pinochet en 1988 pour asseoir son pouvoir — raté ! mérite une vie sur le long cours ; le festival sera un endroit parfait pour savourer ce thriller politique prenant et audacieux.Comme un justicier qui viendrait remet

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Zoom sur une œuvre de Maurice de Vlaminck

ARTS | Bien malin celui qui pourrait donner une définition précise et unique de la modernité en art, en peinture en particulier. A minima (et c’est déjà très (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 18 janvier 2013

Zoom sur une œuvre de Maurice de Vlaminck

Bien malin celui qui pourrait donner une définition précise et unique de la modernité en art, en peinture en particulier. A minima (et c’est déjà très discutable), il semble que, depuis les impressionnistes et les premiers abstraits, l’espace même de la peinture et ses matériaux prennent de plus en plus d’importance au détriment de la représentation réaliste. On remarque en tout cas deux points prégnants en déambulant dans l’exposition consacrée à l'art moderne lyonnais par le Musée Dini : une dilution des formes et des figures parmi des atmosphères vaporeuses ou lumineuses (de Louis Carrand à Paul Signac ou Pierre Bonnard par exemple) ; un travail sur la puissance des volumes et de la touche (chez Suzanne Valadon notamment)… Puis, tout à trac, on tombe face au Paysage de neige (1933) de l’ancien fauve Maurice de Vlaminck (1876-1958). Une toile lyrique et tourmentée qui emporte tout dans son sillage, ses sillons de neige et de boue noirâtre : masses des arbres tordus, nuages, route submergée, perspective torve… Tout y est dramatique, mouvementé, expressif et les vues de fleuves

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60 ans, toujours Positif !

ECRANS | En ces temps bien sombres pour la presse (et plutôt crépusculaires pour la critique de cinéma), le fait que Positif fête ses soixante ans tient presque du (...)

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

60 ans, toujours Positif !

En ces temps bien sombres pour la presse (et plutôt crépusculaires pour la critique de cinéma), le fait que Positif fête ses soixante ans tient presque du miracle. Si la revue, fondée à Lyon par Bernard Chardère, a résisté aux assauts du temps, c’est grâce à sa constance ; là où son frère ennemi des Cahiers du cinéma tanguait à coups de révolutions de palais hasardeuses, Positif n’a jamais cherché à être autre chose qu’une revue de passionnés désintéressés mus essentiellement par la cinéphilie. Autre axe fort : son sens de l’histoire. Si elle n’a pas été avare en aveuglements (de Godard dans les années 60 à Carax aujourd’hui), elle fut aussi une des rares à accompagner des cinéastes majeurs plutôt décriés par le reste de la critique française — Robert Altman en est le meilleur exemple. Après de nombreux déboires financiers, elle a trouvé refuge (et couleurs !) à l’Institut Lumière, désormais co-éditeur avec Actes Sud. C’est donc là que la revue terminera sa longue tournée anniversaire avec un week-end spécial où seront projetés des films emblématiques de son histoire. Des choix judicieux, notamment Alice dans les villes, caract

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On voit ce qu'on aime

ARTS | Le paysage n'existe pas, pas à l'état naturel en tout cas. Il s'agit d'une invention des peintres européens autour du XVIe siècle. «Tant que l'homme fixe le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 4 janvier 2012

On voit ce qu'on aime

Le paysage n'existe pas, pas à l'état naturel en tout cas. Il s'agit d'une invention des peintres européens autour du XVIe siècle. «Tant que l'homme fixe le ciel, il ne regarde pas la terre ni les autres hommes. Paysages et visages profanes apparaissent à peu près au même moment dans la peinture occidentale, car on n'aime pas ce qu'on voit mais on voit ce qu'on aime» écrit Régis Debray. La galerie Descours nous invite à nous détourner des lubies transcendantales pour "ancrer" notre regard dans les cieux, les forêts et les terres de quelques peintres du XVIIe au début du XXe siècle. L'accrochage, sobre et sans prétention, confronte dans une première salle quelques réalisations lyonnaises (signées Grobon ou Janmot par exemple) à celles de leurs collègues nord-européens, nettement plus romantiques. On découvrira là par exemple la très belle Prairie à Saint-Ouen d'Antoine Chintreuil avec ses lumières ambiguës de crépuscule et cette étrange émotion induite par une grande économie de moyens et de motifs. Dans la deuxième salle, on pourra notamment revoir l'un des très rares paysages de Cretey et une grande toile de Hubert Robert. Une ultim

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Francis, pas assagi…

MUSIQUES | Musique / Le Grnd Zéro Vaise accueille un des artistes importants du hip-hop américain, Sage Francis, avec un nouvel album, "Li(f)e", où il n’a jamais autant flirté avec le rock… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 septembre 2010

Francis, pas assagi…

On l’a découvert dans la bouillonnante marmite de l’écurie Anticon au début des années 2000. Sage Francis exposait alors, avec un flow démentiel et un verbe cru, les pages arrachées de son existence. Puis on l’a vu sur scène, brute tatouée et pleine d’humour descendant dans le public pour mieux lui éructer ses états d’âme torturés. On n’a jamais quitté depuis ce personnage à part dans le milieu du hip-hop. Au fil des disques, d’ailleurs, le hip-hop ne semblait plus vraiment être son affaire — les étiquettes, il a tendance à les brûler avec un jerrycan d’essence. Quittant le label de San Francisco pour se rapprocher d’une autre maison, plus proche à l’époque des groupes de hardcore que du rap, Sage Francis y a développé une musique fièrement rétive à toutes les bastilles. "A healthy distrust", son disque le plus violent, sentait la poudre, les mauvais coups, la fièvre. "Human the death dance" respirait la convalescence, l’envie de se ranger, la perspective de l’amour au-delà des plans foireux. Vies et mensongesEt voilà 'Li(f)e'. Ou la vie comme un mensonge… À moins que Sage Francis ne considère que toute vie doit se construire sur la duperie pour espérer dire sa vérité.

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Droit de passage

ECRANS | De Wayne Kramer (ÉU, 1h53) avec Harrison Ford, Ray Liotta…

Christophe Chabert | Jeudi 8 juillet 2010

Droit de passage

Sous genre du film choral, le film choral thématique a pour modèle le déjà pénible "Collision" de Paul Haggis. Wayne Kramer, réalisateur du nerveux et violent "La Peur au ventre", a tourné avec "Droit de passage" un décalque presque complet du film de Haggis, remplaçant le racisme par l’immigration. Le problème est donc exactement le même : les personnages sont doublement prisonniers du sujet et de la forme, chacun de leurs actes venant illustrer un aspect du dossier (l’ado présumée jihadiste, l’Australienne prête à tout pour obtenir sa carte verte, le gamin asiatique qui pense que la citoyenneté américaine se gagne dans la rue arme au poing…), l’important étant que leurs chemins se croisent à un moment ou à un autre du récit. Arrosé d’une dose de pathos maladroit, curieusement fade dans sa réalisation (Kramer est pourtant un cinéaste assez graphique), "Droit de passage" n’est à l’arrivée qu’un sous-produit auteuriste. CC

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D'autres bonnes expositions en galeries

ARTS | Vous pouvez découvrir d'autres expositions intéressantes en galeries au mois de juillet, dont vous retrouverez nos chroniques sur le site du journal (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 2 juillet 2010

D'autres bonnes expositions en galeries

Vous pouvez découvrir d'autres expositions intéressantes en galeries au mois de juillet, dont vous retrouverez nos chroniques sur le site du journal (www.petit-bulletin.fr). - Pour quelques jours encore seulement, les très belles lithographies de Bram Van Velde, à la galerie Henri Chartier jusqu'au samedi 10 juillet - Des estampes et des dessins d'Assan Smati jusqu'au vendredi 16 juillet à l'URDLA à Villeurbanne - La vision kaléidoscopique et éclatée de New York du photographe canadien Serge Clément au Réverbère jusqu'au samedi 24 juillet - Plusieurs séries d'images (portraits en studio, reportages dans les bars et les soirées des années 1960, combats de boxe) du célèbre photographe malien Malick Sidibé à la galerie Georges Verney-Carron jusqu'au samedi 24 juillet (dans le cadre du festival Passages organisé par le Musée des Confluences)

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D'autres passages

ARTS | En plus des expositions, Passages propose plusieurs événements culturels liés à d'autres disciplines artistiques : un colloque universitaire à Lyon 2 autour (...)

Dorotée Aznar | Lundi 31 mai 2010

D'autres passages

En plus des expositions, Passages propose plusieurs événements culturels liés à d'autres disciplines artistiques : un colloque universitaire à Lyon 2 autour des images véhiculées sur l'Afrique avec Georges Balandier et Marc Augé ; des rencontres littéraires au Théâtre de l’Élysée avec Sunjata, Véronique Tadjo et Moussa Konaté ; une soirée festive au Musée des Moulages samedi 12 juin. On peut aussi se faire tirer le portrait par des artistes africains dans différents studios situés dans le quartier de la Guillotière, samedi 5 juin.

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Tireurs d’élite

MUSIQUES | Pop / S’appeler Revolver, voilà une décision culottée. Non pas parce qu’en France on aime moins les armes qu’au pays de la NRA, mais parce que dès qu’il (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 novembre 2009

Tireurs d’élite

Pop / S’appeler Revolver, voilà une décision culottée. Non pas parce qu’en France on aime moins les armes qu’au pays de la NRA, mais parce que dès qu’il s’agit de musique, ce nom évoque immédiatement un célèbre album des Beatles. Et pas le plus mauvais avec ça, peut-être même le meilleur. Trois petits gars de Paris, sortis de nulle part, et qui se prennent pour les Beatles, on nous l’a sans doute déjà faite et ça n’a jamais pris. Eux en plus en rajoutent une couche en évoquant le compositeur Purcell dans le titre de l’album. Visiblement ces gars-là cherchent à se faire étriller. Il y a pourtant de fortes chances qu’ils n’y parviennent jamais. Car au démarrage du disque, la promesse est tenue avec une grande assurance. Les trois membres du groupe, anciens membres de la maîtrise de Notre-Dame, en font preuve d’une sacrée de maîtrise. De même que d’un sens pop comme on n’en voit pas tous les jours à l’intérieur de nos frontières. Surtout, ils ont un talent assez épatant : celui d’être à la fois d’un grand classicisme et d’une grande modernité. De la pop de chambre en quelque sorte, de la pop anglaise venue tout droit de 66, mais 1666, de la pop à perruques qui n’a rien à voir avec Elt

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Aux frontières du visible

ARTS | C’est en silence que je me suis rendu à Oswiecim… Je ne sais pas ce qui pousse un photographe à se rendre aux frontières du visible ; en tout cas, il s’agit (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 30 octobre 2008

Aux frontières du visible

C’est en silence que je me suis rendu à Oswiecim… Je ne sais pas ce qui pousse un photographe à se rendre aux frontières du visible ; en tout cas, il s’agit bien précisément pour ma part d’une quête où la photographie se révèle à nouveau peu à peu, se glissant obstinément là où on la rejette. Sincères sans être fragiles, les images se fabriquent presque d’elles-mêmes. Je le pense, écrit Emmanuel Berry. Après avoir visité les camps d’extermination d’Auschwitz Birkenau, l’artiste a décidé d’en photographier les abords immédiats, les alentours presque anodins : quelques maisons isolées, quelques bosquets, une rivière, un champ, un wagon abandonné, un cimetière, un parc, un saule pleureur… Ses images en noir et blanc de petit format sont précises, pudiques, sereines, toujours dépouillées de toute présence humaine, et rappellent l’esthétique d’un Walker Evans. Pour autant, il ne s’agit pas ici de documenter un lieu, mais d’interroger les frontières du visible. Au début de l’exposition, une première photographie montre un étroit fossé séparant en deux une étendue champêtre. Et le regard ne cessera ensuite de croiser des lignes droites ou diagonales (rails, routes, chemins, li

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La parole du Sage

MUSIQUES | Musique / Au sein d’un riche plateau punk et hip-hop à l’Épicerie Moderne, événement avec la prestation de Sage Francis, dont les performances scéniques musclées font écho à son rap écorché vif, engagé et enragé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2008

La parole du Sage

Sacré coup de trafalgar orchestré par L’Épicerie moderne, la scène musicale en forme de la saison ! En conviant, le même soir, Pissed jeans (un quatuor punk noise que l’on présente comme les dignes descendants de Jesus Lizard), plus James Delleck (un des meilleurs rappeurs français, qui avait enthousiasmé avec ses participations impeccables aux projets Gravité zéro et L’Atelier, et dont le premier album, Le Cri du papillon, confirme de surprenantes velléités musicales) plus Sage Francis, ils proposent haut la main le meilleur plateau du mois. Les articles de presse, comme la vie, étant cruels, on se concentrera sur le dernier de la liste, l’exceptionnel Sage Francis. La raison est simple : depuis le choc éprouvé lors de son concert au Printemps de Bourges il y a quatre ans, on rêvait de voir débarquer ce rappeur paradoxal dans une salle lyonnaise. Choc ? Pour peu qu’on se trouvât trop près de la scène, on risquait en effet de se prendre le pied de l’artiste en pleine poire, celui-ci ayant l’étrange habitude d’effectuer à la fin de chaque morceau des danses démentes où il lève la jambe le plus haut possible au risque de se fracturer le nez. Ça, c’est quand il ne descend pas, micro a

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L'amour en fuite

CONNAITRE | Livres / Avec L'Amour est très surestimé, un titre emprunté à une chanson de Dominique A., Brigitte Giraud donne un recueil de nouvelles gorgées de rage, de (...)

| Mercredi 25 avril 2007

L'amour en fuite

Livres / Avec L'Amour est très surestimé, un titre emprunté à une chanson de Dominique A., Brigitte Giraud donne un recueil de nouvelles gorgées de rage, de grâce et de mélancolie. Onze histoires courtes qui explorent les amours finissantes, sous tous les angles. Dans «La Fin de l'histoire» premier texte de ce petit livre précieux, Brigitte Giraud dit l'incompréhension liée à la fuite inéluctable des sentiments et la perte progressive du désir. L'écriture cinglante, animée par des phrases courtes et acérées, excelle à ausculter les détails, les imperceptibles fêlures, les gestes les plus infimes qui ont jadis fait naître l'amour («comme toujours au commencement d'une histoire, les maladresse sont des trésors») et qui finissent par le condamner. Mais l'amour n'est pas seulement cette chose intime que Brigitte Giraud observe en entomologiste derrière les portes closes. C'est aussi une affaire familiale et sociale. Il en est question dans «Dire aux enfants», une nouvelle très sensible sur le délicat moment de l'annonce d'une séparation, qui sonne aussi comme l'aveu d'un échec : «Nous allons leur apporter la preuve que l'amour n'est rien, rien de ce qu'on nous avait laissé croire», mai

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