Gaspar Claus & Casper Clausen : de l'autre côté du miroir

Pop | Tout semblait les opposer mais tous les a ramenés l'un vers l'autre, à commencer par une troublante histoire familiale aux ramifications portugaises. Le violoncelliste Gaspar Claus et le chanteur danois d'Efterklang Casper Clausen en ont tiré un étonnant projet, enregistré à Lisbonne et publié il y a deux ans qu'ils viennent présenter à l'Épicerie Moderne.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 avril 2018

Photo : © DR


La carpe, le lapin, on connaît l'histoire. C'est un peu celle de Gaspar Claus et Casper Clausen, deux quasi homonymes dont les personnalités semblent se regarder en miroir. L'un, Gaspar Claus, est français et né en 1983, « un jour d'été harassant ». L'autre, Casper Clausen, est danois, il a vu le jour un an plus tôt « une nuit d'hiver glacé. » L'un vit le jour, l'autre la nuit. L'un est un violoncelliste aux pouvoirs de Protée, l'autre est le chanteur d'un groupe caméléon, Efterklang.

Mais l'histoire dans l'histoire ne s'arrête pas là quand il s'agit d'envisager une collaboration pour un peu plus que la blague : leurs grand-pères respectifs Hans-Gert Claus et Helmer Clausen, ont tous deux fréquenté à l'hiver 1954 le Bairro Alto, le mythique "quartier haut" de Lisbonne, y vivant chacun de leur côté la même expérience à l'origine selon la légende, de leurs prénoms respectifs, Gaspar et Casper – en réalité le même.

On vous passe d'autres détails mais on serait dans un roman de Paul Auster ou chez W.G. Sebald qu'on ne paierait pas plus cher.

Superposition

C'est donc à Lisbonne évidemment, à l'instigation de leur ami Vincent Moon, réalisateur bien connu des amateurs de la Blogothèque – lui-même sujet à une vision – que Claus et Clausen sont partis (re)composer le mythe familial devenu commun.

Là, ils produisent un album, publié en 2016 et baptisé... Claus & Clausen, qui passe comme un rêve mais un rêve malaisant. Où le violoncelle de Claus qui peut aller chercher les plus divines mélodies comme se perdre dans l'abstraction bruitiste, triture la matière musicale – nul ne sait donner vie comme lui au pouvoir d'évocation d'un tel instrument –, traçant la voie au timbre gris et plaintif, parfois rageur, de Clausen – qui flirte avec le Scott Walker expérimental ou le soyeux David Sylvian. Mais une voie qui progresserait dans la brume du crépuscule et sur des chemins de traverse semés de buissons ardents.

Et cela agit comme une transe dont on ne saurait se dépêtrer, un passage de l'autre côté du miroir qui déforme les genres, les fait se confondre, les ouvre à tous les possibles. Sur la pochette de Claus & Clausen les visages des deux musiciens, fantomatiques, en superposition, se fondent l'un dans l'autre, comme si les pages de leur histoire se refermaient l'une sur l'autre. C'est toute l'idée de ce disque : la carpe et le lapin, à tous égards, ne forment plus qu'un.

Gaspar Claus & Casper Clausen + Bye Bye Dubaï
À l'Épicerie Moderne le mercredi 11 avril


Gaspard Claus & Casper Clausen + Bye Bye Dubaï


Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Au charbon ! : "Makala"

ECRANS | de Emmanuel Gras (Fr, 1h36) avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo…

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Au charbon ! :

Kabwita bâtit sa maison. Afin d’acheter les tôles destinées à recouvrir le toit, il entreprend de fabriquer du charbon qu’il ira vendre sur le marché de Kowelzi. Alors s’engage un très long processus : coupe du bois, calcination, acheminement “à dos d’homme” et cycle de lourds sacs… Dûment récompensé par le Prix de la Critique sur la Croisette, ce film oscille — sans avoir vocation à trancher, d’ailleurs — entre documentaire et fiction ; flirte parfois avec le suspense pour s’achever par une envolée mystique. Captivant par sa pure élégance formelle, avec ses plans enveloppants (voire caressants), Makala est un film quasi marxiste, dans la mesure où il matérialise toutes les étapes de la production d’un — très exigu — capital, conquis par un forçat de la terre. Emmanuel Gras saisit du labeur l’abrutissante mécanique hypnotique, l’ingratitude de la rétribution, comme il montre l’aisance des intermédiaires ou le racket ordinaire opéré par les forces de l’ordre. D’aucuns pourraient se gausser devant la croisade dérisoire de Kabwita, arguant

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Petit Bulletin Festival #1 : clap de fin !

Pop Contemporaine | La première édition du Petit Bulletin Festival s'est achevé ce dimanche 29 octobre en La Chapelle de la Trinité. Une première réussie avec trois concerts complets mais surtout trois moments hors-du-temps dans la droite ligne de l'ambition du festival : proposer des concerts pas comme les autres. Ce qui fut fait et pas qu'un peu avec Cocoon, Keren Ann et Rover. Petit bilan pour la bonne bouche.

Stéphane Duchêne | Lundi 30 octobre 2017

Petit Bulletin Festival #1 : clap de fin !

Ça y est, c'est terminé et le moins que l'on puisse dire c'est que c'est passé vite. Le Petit Bulletin Festival s'est achevé dimanche soir après trois soirs de concerts vibrants en une Chapelle de la Trinité comble à chaque fois. De public, mais aussi d'émotions. Tout avait commencé le vendredi soir avec la création opérée par Cocoon et baptisée Chupee Chapel. Accompagné de la pianiste et chanteuse Thea et, sur certains morceaux, du Quatuor Debussy, c'est un Mark Daumail aux anges qui entamait le concert par un Cathedral joué au milieu du public et sans micro, avant de délivrer un mélange des classiques de Cocoon (On my way, Hummingbird, Tell me, Comets, Sushi) et d'extraits de son dernier album, W

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Rover « La petite enfance des chansons »

Petit Bulletin Festival | Au sortir d'une longue tournée consécutive à la sortie de son deuxième album, Let It Glow, Rover remet le couvert avec Out Of The Blue, nouveau concept scénique qui le voit revenir aux sources de la création de ses chansons et qui passe par le Petit Bulletin festival, en compagnie du violoncelliste Gaspar Claus.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 septembre 2017

Rover « La petite enfance des chansons »

Comment s'est passé l'après Let it Glow et la tournée qui s'en est suivi ? Rover : C'était une très belle tournée, très dense et très riche. Très inspirante. La première tournée, on a tendance à davantage la subir qu'on ne la vit, tout va très vite. La deuxième on prend le temps, ça permet d'être pleinement dans la musique. C'est différent. Ce n'est pas forcément mieux, mais différent. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Les débuts ont été chaotiques du fait des attentats du Bataclan. Le disque était sorti une semaine avant. On a fait la tournée dans ce contexte avec ce genre d'émotion très forte qu'on n'arrive pas à expliquer. Mais ces émotions, la musique permet de les vivre, et de les assimiler un tout petit peu. Quelle est l'origine du projet scénique Out Of The Blue ? En quoi consiste-t-il ? Out Of The Blue signifie en anglais “sorti de nulle part”. Ça fait référence à quelque chose qu

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Un festival, trois étoiles

Petit Bulletin Festival | Rosemary Standley et Dom La Nena, Benjamin Clementine, San Fermin, Alela Diane, Piers Faccini et Vincent Segal, Bruce Brubaker plays Philip (...)

La rédaction | Mercredi 20 septembre 2017

Un festival, trois étoiles

Rosemary Standley et Dom La Nena, Benjamin Clementine, San Fermin, Alela Diane, Piers Faccini et Vincent Segal, Bruce Brubaker plays Philip Glass, Gabriel Kahane, Yael Naim, The Apartments, Pedro Soler et Gaspar Claus, Chris Thile, Thomas Dybdahl... Depuis novembre 2013, ce sont pas moins de 15 concerts, organisés en partenariat avec Rain Dog Productions, qui ont régalés les spectateurs dans le cadre des Petit Bulletin live. L'idée : inviter un artiste à se produire dans un lieu exceptionnel, atypique, ou les deux : Chapelle de la Trinité, Théâtre des Ateliers, Temple Lanterne, Sucre, Subsistances ou Comédie Odéon. Des artistes confirmés ou à découvrir dans une configuration musicale parfois inédite et souvent intime. La formule a fait ses preuves et quelques heureux, à commencer par nous, mais nous avons décidé de la modifier. Après tant de concerts parsemant la saison musicale, place à un format festival dont la première édition, en collaboration avec Les Grands Concerts se t

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Flamenco | Après Barlande, Gaspar Claus et son père, Pedro Soler, sont de nouveau réunis sur Al Viento. Avec dix cordes seulement, une guitare et un violoncelle, ils réinventent le flamenco et tentent de l'offrir au plus grand nombre. Inépuisable explorateur musical, Gaspar Claus se livre sur ce projet et sa permanente volonté de décloisonnement des genres.

Gabriel Cnudde | Lundi 31 octobre 2016

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Après Barlande en 2011, tu retrouves ton père pour ce nouvel album, Al Viento. Gaspar Claus : L'année dernière, on parlait d'un second album. Après Barlande on a fait beaucoup de concerts. L'envie semblait être présente du côté de la maison de disque. Pedro m'a dit : « tu parles tout le temps d'un deuxième album. Il faudrait qu'on arrête d'en parler, qu'on se pose et qu'on l'écrive. » Mais en réalité, après Barlande on avait déjà commencé à créer de nouveaux morceaux. On avait déjà la matière pour faire ce second album. Il était presque prêt. C'est une écriture en permanence. Peut-être que d'ici quatre ans et sans l'avoir voulu, on aura un nouveau répertoire. On entend dire que ton père a un style "archaïque" alors que tu es souvent qualifié d'explorateur musical. C'est une vision que vous partagez ? Tout dépend de ce qu'on entend par archaïque. L'archaïsme de Pedro rejoint une extrême modernité. Il est dans une épure, dans une recherche de la qualité du son. Ce sont des points de concentration qui sont très présents dans les musiques modernes ou d'avant-garde.

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PB Live | Et débute une nouvelle saison de PB Live, ces concerts que Le Petit Bulletin organise en compagnie de Rain Dog Production en des lieux atypiques de la ville, avec des artistes pas communs ni connus : première salve avec Pedro Soler & Gaspar Claus.

Sébastien Broquet | Mardi 20 septembre 2016

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C'est une histoire de filiation, un conte de transmission, un récit de passation. L'on y croise des cordes, celles d'une guitare ibérique, légères, mélancoliques mais joyeuses ; et celles plus sombres, plus matures, solennelles d'un violoncelle. Pourtant, la jeunesse enjouée vient du père : Pedro Soler, renommé gratteur de six cordes pour quelques belles pointures du flamenco, estampillé maître du genre depuis près de cinquante printemps, disciple de Pepe de Badajoz. Et le fils, Gaspar Claus, la trentaine, est le chaleureux possesseur de ce violoncelle qu'il balade dans le monde des musiques improvisées (Jim O'Rourke, Keiji Haino, ce genre), là où les chemins de traverse sont légion mais où un seul ne menait pas à Rome mais le ramenait vers l'Andalousie natale : le flamenco. Tous deux se sont acoquinés pour imaginer des moments de douce magie au départ totalement improvisés dans un studio de New York : ce fut l'album Barlande, en 2011. Le père et le fils sont de retour avec Al Viento, nouveau sommet d'un genre que l'on aura du mal à définir mais qui puise, encore, aux racines flamenco, pour mieux instaurer l

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Sébastien Broquet | Mercredi 18 mai 2016

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Dialogue empreint de finesse entre un père et son garçon, noué autour du flamenco, la rencontre musicale entre le guitariste Pedro Soler et son fils le violoncelliste Gaspar Claus tisse avec subtilité et virtuosité des liens entre l’Andalousie et les musiques improvisées : un voyage onirique, pur moment de joie nomade que l'on pourra savourer en PB Live la saison prochaine. Ce sera le mercredi 9 novembre, dans un cadre soigné : le Temple Lanterne, dans le 1er arrondissement. Les deux protégés du label Infiné (Bachar Mal-Khalifé, Rone, Clara Moto...) trouveront là un écrin à leur juste mesure pour dévoiler les merveilles de leur dernier album récemment paru, Al Viento, poursuivant ces échanges de cordes familiaux entamés dès 2011 avec Barlande, à l'initiative du fils, alors enregistré à New York.

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