Vu dans le Vercors

Vercors Music Festival | Entre grande scène (Le Foyer) et Club (entrée libre), tête de gondoles et têtes chercheuses, le festival d'Autrans poursuit son intéressante ascension dans le grand cirque des festivals d'été. Sélection de saison.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Photo : © DR


Bigflo & Oli

Des rappeurs formés au Conservatoire, en France ça fait mauvais genre, on se méfie. On cherche "l'authentique" d'un Eddy de Pretto greffé à son iPod, on guette le Booba en eux, Orelsan les évite. Oui, les frérots du flow toulousain Bigflo & Oli souffrent de n'avoir pas l'image de mauvais garçons élevés à Scarface ou aux mixes crasseux. C'est sans doute ce qui les a conduit au sommet des charts français, partisans d'un rap à l'ancienne où la richesse de la rime le dispute à celle des instrus (leur totem : IAM). À force de clichés, le rap hexagonal a fini par faire de la place à ceux qui n'en étaient pas, quitte à leur coller, peut-être injustement, l'étiquette commerciale. En ouverture de leur deuxième album l'an dernier, le duo toulousain règle ses comptes et clame : « le rap français choqué, il pensait pas nous trouver là / On m'écoute en Suisse, en Belgique, à La Réunion, à Nouméa (…) quand les chiffres sont sortis j'ai cru que ces fils de pute allaient s'étouffer. » Cette année, Bigflo et Oli, d'autres chiffres le disent, sont les rois incontestés des festivals. Comme quoi.

Au Foyer le vendredi 6 juillet à 21h


Keziah Jones

Voilà plus d'un quart de siècle qu'Olufemi Sanyaolu, alias Keziah Jones, trimballe sur les scènes du monde entier son blufunk – mélange de blues et de funk donc, quelque part entre Fela et Prince. Au commencement, comme dans les plus beaux contes musicaux, le Nigérian se faisait remarquer dans le métro parisien – comme d'autres après lui – et imprima dans le cortex collectif un rythme fou qui n'était qu'amour : un tube baptisé Rhythm is love qui lui fit un succès en forme de météore. N'oubliant pas d'où il vient, le chanteur à toque et à torse (nu) retourna dans le métro parigot en 2008 pour une poignée de concerts événements. Élargissant son spectre musical tout au long de sa carrière, le regard néanmoins toujours tourné vers l'Afrique, cet interprète vibrant a entrepris en 2018 de livrer un album de reprises dont on aura sans doute une partie de la primeur en live.

Au Foyer le samedi 7 juillet à 19h15


Bagarre

En cette ère de "bienveillance" généralisée, cache misère d'une violence sociale plus que rampante, rien de tel, avouons-le, qu'une bonne baston – fut-elle symbolique. En découdre, y compris physiquement c'est ce que promet justement les bien nommés Bagarre. Un collectif en Béton Armé, si l'on en croit le titre de leur désormais fameux single, et même armé tout court d'une volonté farouche : de composer ensemble, de se défaire de toute notion de genre (on est quelque part entre la pop de combat et le clubbing déclencheur d'alarme), de transformer chacun de leur concert en inoubliable foutoir et parfois de porter beau le jogging vintage comme signe d'un mauvais goût revendiqué. Absolument indispensable.

Au Club (entrée libre) le dimanche 8 juillet à 15h


Le Villejuif Underground

Australien égaré à Villejuif, Val-de-Marne (c'est un peu comme si un prothésiste dentaire d'Alfortville se trouvait lâché en plein cœur d'Alice Springs, mais à l'envers), Nathan Roche n'aime guère qu'on le compare à Lou Reed (d'un autre côté, Lou Reed aimait-il qu'on le compare à Lou Reed, la question mérite d'être posée ?). Mais a-t-il simplement baptisé son génial groupe Le Villejuif Underground parce qu'il pratiquait une forme plutôt underground de rock depuis Villejuif et que le jeu de mots était tentant ? Pas sûr. Car la parenté est évidente avec le Velvet et son acariâtre leader, qui déborde volontiers sur le psychédélisme garage des Seeds ou une certaine forme de je-m'en-foutisme lo-fi (de je-m'en-foutisme tout court d'ailleurs, ou long comme le bras, tellement il y en a). Une chose est certaine en revanche : Villejuif abrite l'un des meilleurs groupes du paysage rock français. Underground ou non.

Au Club (entrée libre) le lundi 9 juillet à 21h


Juliette Armanet

Le moins que l'on puisse dire c'est que Juliette Armanet s'ancre profondément dans une tradition bien française : celle de l'artiste qui ne laisse pas indifférent, pour lequel on est obligé de trancher, amour ou détestation, slip ou caleçon, il faut choisir son camp. Pour certains, Juliette Armanet est cette fille un peu énervante qui ne chante que des voyelles et ferait passer Véronique Sanson pour une orthophoniste. Pour d'autres, visiblement beaucoup plus nombreux, elle est la révélation francophone de l'année (allez, à égalité avec Eddy de Pretto). Album révélation de l'année aux dernières Victoires de la Musique, la nordiste réconcilie sur les ailes de son immarcescible piano branchés et grand public, ballades évanescentes et disco tranquillisante, Barbara et William Sheller. Et à l'occasion, au détour d'un titre ou deux, détracteurs et admirateurs. C'est pas rien.

Au Foyer le mardi 10 juillet à 20h

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Démons d'or sort de sa boîte : la programmation dévoilée

Festival | Annoncé pour les 28 et 29 juin en son antre de Poleymieux-au-Mont-d'or, Démon d'or vient de dévoiler la programmation de ce qui sera sa quinzième édition. (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2019

Démons d'or sort de sa boîte : la programmation dévoilée

Annoncé pour les 28 et 29 juin en son antre de Poleymieux-au-Mont-d'or, Démon d'or vient de dévoiler la programmation de ce qui sera sa quinzième édition. Fidèle aux canons esthétiques du festival, on y retrouvera les maîtres du dub Stand High Patrol en compagnie de Marina P pour leur album commun Summer on Mars, sorti en novembre dernier, et dans la même veine : Jahneration. Sur le front électro, on retrouve le très hype producteur Thylacine pour une version live de son album Roads. Contrefaçon (acid techno) et Columbine (rap) viennent compléter le tableau en compagnie des inclassables zinzins de Bagarre. À noter également deux cartes blanches à Hadra Records et EZ ! Sur la scène 2 dont la programmation tournée vers la trance et la bass music restent à définir, tout comme celle de la désormais traditionnel Dub Arena du Démon.

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Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

Rock | Exilé de son Val-de-Marne natal, le Villejuif Underground de Nathan Roche revient (enfin) présenter son deuxième album à venir : "When will the flies in Deauville drop ?". Le retour en grande pompe d'un groupe toujours délicieusement à côté de ses pompes.

Stéphane Duchêne | Lundi 14 janvier 2019

Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

« Quand les mouches tomberont-elles à Deauville ? ». Il y aurait presque dans le titre du deuxième album du Villejuif Underground, ici traduit en français, un côté Les oiseaux se cachent pour mourir. Une sorte d'inquiétude existentielle. Sauf qu'ici les aventures du père Ralph de Bricassart, prêtre expatrié en Australie tiraillé entre sa foi et l'amour terrestre, seraient incarnées par un expatrié dans l'autre sens : un Australien échoué dans le Vieux monde – et même carrément dans le Val-de-Marne, cet eldorado qui s'ignore mais que l'intéressé et sa bande de pieds nickelés ont désormais quitté. Une sorte de double inversé qui ne se poserait pas tant de questions, évacuant les dilemmes d'un revers de main mou. Entre la foi (ici une forme d'authenticité trop involontaire pour tenir de la pose) et les tentations plus triviales (le succès, la réussite, la promotion, ce genre de conneries), il ne fait aucun doute que le dénommé Nathan Roche a choisi la foi depuis longtemps. Et s'a

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Cult wave au festival Transfer avec Trisomie 21

Festival Transfer | Parmi les têtes d'affiche, si tant est qu'il y en ait, de la 2e édition d'un festival Transfer bien riche, on trouve, le deuxième soir, Trisomie 21, cultissime totem de la cold wave française, qui renaît une énième fois de ses cendres pour une tournée mondiale dans le sillage du très classe Elegance never dies, sorti l'an dernier.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Cult wave au festival Transfer avec Trisomie 21

« L'élégance ne meurt jamais ». On dirait le titre d'un de ces James Bond contemporains qui aurait basculé vers le côté obscur du placement produit à la frontière de laquelle se trouve la série cinématographique depuis bien longtemps. Sauf que l'on est ici à l'opposé de cet univers : dans celui d'un groupe qui a toujours incarné la lutte, la contestation et le contre-pied. Elegance never dies est donc le titre du dernier album de Trisomie 21, pionniers de la cold wave made in France, neuf ans après le dernier et une promesse de tout arrêter. Nous sommes en 1980 lorsque les frères Lomprez, peu enclins à entrer dans le moule social qui leur est promis, forment à Denain dans le nord, genre de Manchester français, ce qui ressemble sans doute le plus au pendant français de Joy Division : une formation maniant la cold wave comme personne, décrivant avec une rage froide le désœuvrement industriel des années 80. Casser les codes Cela leur vaudra d'être signé par Pias en 1987 et de connaître un succès, notamment à l'étranger (Belgique donc, Pays-Bas, Allema

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Le Mob Hôtel arrive en septembre

Confluence | Le Mob Hôtel ouvrira ses portes le 7 septembre à Confluence : imaginé par Cyril Aouizerate, le co-créateur des Mama Shelter avec Serge Trigano et ancien co-propriétaire de la Flèche d'Or à Paris, le lieu promet d’apporter un peu du groove qui manque dans le quartier : on a hâte.

Lisa Dumoulin | Vendredi 21 juillet 2017

Le Mob Hôtel arrive en septembre

À quelques pas de la rencontre du Rhône et de la Saône, à mi chemin entre la Sucrière et le Musée des Confluences, ouvrira début septembre un hôtel pas comme les autres. Le Mob Hôtel, petit frère de celui des puces de Saint-Ouen à Paris, a un objectif : le brassage. Potagers partagés, cinéma en plein air, book club (animé deux fois par mois par François Pirola, le président de Quais du Polar) et cours de yoga : tout est fait pour ancrer les Lyonnais dans ce lieu habituellement réservé au passage. La bibliothèque / librairie au rez-de-chaussée, composée de livres de poche dans toutes les langues en neuf (avec la librairie Passages) ou d'occasion (avec Père Peinard & Fabrice Sivignon), nous évoque la tour de Babel et donne à apercevoir l’utopie de son fondateur Cyril Aouizerate (associé à Michel Reybier, Philippe Starck et le fondateur d'AOL Steve Case) qui nourrit ses projets d’une réflexion autour de la question de l’Autre, de bienveillance et du faire ensemble : des pistes à creuser en lisant le manifeste, agrémenté de philosophie et de poésie, de plus de 400 pages - et bilingue - publié sur le site Internet. Ainsi, le r

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Massif attaque dans le Vercors

Vercors Music Festival | En 2015 a vu le jour à Autrans, dans le massif du Vercors, un nouveau festival tout simplement baptisé Vercors Music Festival – parce qu’en anglais c’est plus classe ? Avec tout de suite l’envie de jouer dans la cour des grands en proposant de grosses têtes d’affiche. En amont de la troisième édition prévue du 7 au 11 juillet, zoom sur cinq artistes que l’on pourra écouter là-haut dans la montagne, et discussion avec l'un des organisateurs pour en savoir un peu plus.

La rédaction | Mardi 20 juin 2017

Massif attaque dans le Vercors

Barbagallo Batteur des Australiens de Tame Impala et de l'étrange créature pop française Aquaserge, Julien Barbagallo est tiraillé entre deux mondes : celui d'une pop anglo-saxonne aux vents psychédéliques et au souffle progressif et celui d'une tradition très française de chanson s'accomplissant jusqu'à l'absurde dans la langue de Molière. Estimant que chanter en anglais serait pour lui un non-sens, l'Occitan se positionne à l'intersection de ces deux mondes, se nourrissant des expériences piochées ça (Tame Impala) et là (Aquaserge). C'est sur la route avec les premiers et à Melbourne que Barbagallo a écrit son dernier album Grand chien (traduction du surnom dont on l'affuble en Australie, "Big Dog") sur lequel il joue de chaque instrument et qui n'est pas sans rappeler les grandes heures d'un Polnareff piétinant avec grâce et en français, à coups de textes farfelus et de glaçages médiévaux, les plates-bandes de ses confrères d'outre-Manche. Vendredi 7 juillet à 19h Morcheeba Il y a un peu plus de vingt ans, Morcheeba débarquait en queue de comète du trip-hop p

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Le Villejuif Underground : Velvet style

MUSIQUES | Velvet Underground made in Val-de-Marne mené par un australien imitant Lou Reed comme personne, Le Villejuif Underground (ça ne s'invente pas) s'avance comme l'un des grands espoirs de l'indie-rock français. Et sans aucun doute comme le plus cool.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 mai 2017

Le Villejuif Underground : Velvet style

Que serait-il advenu si le Velvet Underground était né, non pas à New York, mais à Villejuif dans le Val-de-Marne ? Sans doute pas grand-chose, et l'histoire de la musique en eut probablement été changée. Pourtant, lorsque l'on écoute le titre éponyme d'une drôle de formation baptisée Le Villejuif Underground, on se dit que décidément dans le monde merveilleux de la musique alternative, tout est possible. Y compris qu'un Australien vienne s'installer au sud de Paris pour y commettre l'un des projets les plus fous de ces derniers mois avec une poignée d'autochtones. À savoir une musique garage lo-fi qui voudrait sonner comme le Velvet, sans se prendre une seconde au sérieux – ce que la bande à Lou Reed ne faisait que trop – mais sans jamais non plus verser dans la blague. L'homme à l'origine de l'affaire se nomme donc Nathan Roche et figure un parfait imitateur de Loulou en même temps qu'un type qui ne recule devant rien, y compris s'installer à Villejuif, donc. Une demi-douzaine de groupes et trois projets solo derrière lui, Roche semble bien avoir trouvé ici, dans le Val-de-Marne et avec ses trois compères du Villejuif Under

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Âge tendre et têtes d’affiche

MUSIQUES | Jeunesse et expérience, c’est le mélange que propose la Fnac pour cette fête de la musique. Un plateau situé Square Delfosses qui réunira notamment trois jeunes (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 11 juin 2009

Âge tendre et têtes d’affiche

Jeunesse et expérience, c’est le mélange que propose la Fnac pour cette fête de la musique. Un plateau situé Square Delfosses qui réunira notamment trois jeunes espoirs lyonnais dont deux, Laisy Daisy et A.N.I., ont connu cette année les honneurs de l’adoubement Dandelyon. A.N.I., ou Artificial Non Intelligence, alias Pierrick Monnereau, fut le violoniste de Scalde avant de se consacrer à ce projet électro-pop qui rend hommage, non sans les égratigner, à la new-wave ou à la French Touch. Dans un tout autre genre, Laisy Daisy marque les esprits depuis un moment déjà avec sa formule power trio. Le groupe de Xavier Desprat, l’ingé-son de Fake Oddity, sort d’une résidence au Marché Gare avec Philippe Prohom où il aura pu rôder son jeu de scène sans concession. Dans cette même veine «on joue comme si c’était le dernier concert», Golden Zip, lauréat lyonnais du tremplin Fnac 2009, ne s’en laissera pas plus compter. Forcément moins connu, le Zip affiche des influences maltées et musclées au croisement de The Hives et Iggy. Il faudra donc bien toute l’expérience des deux têtes d’affiche pour tenir tête à toute cette belle jeunesse. La première en la personne de Sammy Decoster, ténébreux Be

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